‹ Monographie de la cathédrale de NeversChapitre 23 sur 69 · PILIER HISTORIE · texte numérisé non relu

PILIER HISTORIE

tout simplement, un caprice d'artiste? Nous adoptons ce dernier sentiment.

Sur la même guirlande , nous voyons se reproduire la légende de Charlemagne dont nous avons parlé : le prince , au pied d'un arbre , la couronne en tête , fléchit le genou devant le saint enfant qui lui amène le sanglier, et perce de son épée l'animal furieux ; auprès de cette scène , on voit un autre enfant nu , ailé , monté sur une licorne. Pendant que l'enfant, armé d'un arc , lance une flèche contre un animal monstrueux , au corps écailleux , aux ailes membraneuses , aux larges griffes, la terrible licorne, de son côté, perce le monstre de sa redoutable corne , au moment où il s'approche d'une fontaine.

Nous savons que ce n'est plus à la fin du quinzième siècle qu'il faut s'appliquer à découvrir des symboles ; le symbolisme, à cette époque, avait à peu près disparu ; cependant , comme nous supposons ici que c'est un prêtre, et un prêtre d'outre-Rhin, pays où le symbolisme a eu plus de durée, qui a dirigé ce travail, nous pouvons croire qu'il y a dans ce tableau un sens caché , et nous nous hasarderons à en donner l'explication. Dans l'iconographie chrétienne , la licorne , à cause de sa force , est un des emblèmes sous lesquels on représente Jésus-Christ ; Bellarmin , en expliquant le passage du psaume xxvm : Dileclus quemadmodum fiiius uiiicorniwn , dit que le Sauveur n'est pas seulement l'humble victime qu'on conduit au sacrifice, mais qu'étant le fils de l'invincible

licorne , il partage la gloire et la force de son père. Cet animal monstrueux , à griffes aiguës , à ailes de chauve-souris, est une des mille formes qu'on donne au démon , esprit de malice et de ténèbres ; enfin l'âme est souvent rendue sensible sous les traits d'un petit être humain.

Ne faut-il pas reconnaître ici la morale de la légende de Charlemagnc , qui a dû son salut à la prière. Quand nous rencontrons quelque danger , quand l'ennemi du salut vient nous attaquer , sachons , par la prière , prendre les ailes de la colombe pour nous réfugier dans le sein de Dieu ; alors nous n'aurons plus rien à craindre , nous serons capables de tout , avec celui qui nous communiquera sa force , et qui combattra pour nous. Le chrétien est invincible quand il peut dire avec le Prophète : « C'est par vous , c'est en votre nom que » nous foulerons aux pieds nos ennemis ; je ne mettrai » point mon espérance dans mon arc, ni mon salut » dans mon épée 1 . »

Au-dessus du chapiteau, on reconnaît, dans l'arc latéral et dans les nervures de la croisée d'ogive de la basse nef, les caractères du treizième siècle tellement précis , qu'il est impossible de concevoir aucun doute à cet égard : d'où il faut conclure que dans la réparation exécutée au quinzième siècle, on a tenu suspendue l'arcade et la voûte du bas-côté, pour reprendre les deux

1 Psaume xliii , 5 et 6.

piliers. On remarque, à la hauteur de la première galerie, un déchirement considérable dans la partie méridionale. Par quel accident a-t-il été produit? Faut-il l'attribuer à l'incendie de 1308, ou à celui dont nous avons remarqué les traces au milieu des constructions postérieures? Ou bien , ce déchirement s'est-il opéré quand on a repris en sous-œuvre les deux piliers? Nous l'ignorons; mais nous croyons la solidité de l'édifice compromise , du moins dans cette partie.

Onze chapelles ont été construites à la fin du quinzième siècle et au commencement du seizième ; huit flanquent les bas-côtés de la nef, quatre au nord et quatre au midi ; deux sont placées à gauche du portail septentrional , en entrant dans l'église , et une à l'extrémité du croisillon septentrional du transsept. Toutes ces chapelles sont ornées de verrières flamboyantes ; elles ont leurs voûtes sillonnées de nervures prismatiques , joignant la plupart aux croisées d'ogives et aux formerets les tiercerons et les liernes : plusieurs ont leurs clés de voûte en pendentifs1.

En 1490 , l'évêque Pierre de Fontenay fit élever le portail de Loire , précédé d'un narthex ouvert. Les

1 On nomme prismatiques les moulures anguleuses. Les croisées d'ogive sont les nervures qui se coupent diagonalement à la clé de voûte. Les formerets sont les nervures engagées dans le mur latéral de l'édifice. Les liernes sont des nervures lormant la croix , en partant de la clé de voûte , pour se joindre aux tiercerons. Les tiercerons partent des angles où aboutissent les croisées d'ogive, pour se réunir aux liernes, en formant un triangle dont le mur latéral ou bien ï'arc-doubleau fait la base.

démolisseurs de 93 ont renversé la statue qui ornait le pilier symbolique , et les deux autres qui remplissaient les niches, de chaque côté de la porte ; les dais qui les couvraient eurent le même sort. On regrette d'autant plus cet acte de vandalisme et d'impiété, qu'on ne peut s'empêcher d'admirer ce qui reste de l'ornementation du portail. De chaque côté , part un cep de vigne , qui serpente dans une des gorges des pieds-droits, et gravit jusqu'au sommet de l'arc ogival, formant une gracieuse guirlande de ses fleurs et de ses fruits; à la hauteur du linteau , une branche de chêne , qui parait mariée à la vigne, se détache, et semble couvrir d'une ombre protectrice ceux qui entrent dans le temple. Impossible de rendre tout ce qu'il y a de moelleux et de naturel dans ce travail. De distance en distance , on aperçoit des écussons brisés , suspendus à la vigne par une chaîne de pierre, d'une exécution si parfaite, qu'on a peine à croire que la pierre ait pu so prêter à cette œuvre délicate. Nous pouvons deviner les pièces de ces écussons , grâce aux guirlandes dont l'entablement du portail et de la chapelle voisine est orné , et qui soutiennent de semblables armoiries; ce sont celles de Pierre de Fontenay. Il portait palé argent et azur , six pièces , au chevron de gueules , brochant sur le tout .

Pierre de Fontenay avait aussi fait construire la chapelle dont nous venons de parler et qui conserva son nom. ï! y fut inhumé , et on l'y voit encore, représenté à genoux, en habits pontificaux ; malheureusement

cette statue est mutilée. En 1550, on ferma cette chapelle par une cloison en pierre d'un assez mauvais goût.

La plupart des chapelles construites à la fin du quinzième siècle ou au commencement du seizième , présentent des détails excessivement intéressants ; de gracieuses statuettes, placées en pendentifs, soutiennent les retombées des croisées d'ogive ; les unes portent des instruments de musique, tels que harpes, violes, etc.; d'autres tiennent des instruments d'agriculture ; ailleurs ce sont des anges , puis des moines avec des livres ouverts ou des philactères.

Les chapelles les plus curieuses sont , sans contredit , les deux premières à gauche, en entrant par la porte de Saint-Christophe. La plus rapprochée de la porte a été construite par les seigneurs d'Armes , dont on voit les armoiries dans la guirlande de l'entablement , et sur deux pierres tombales , renfermées dans cette chapelle ; ils portaient de gueules, à deux épées d'argent, appointées en pile vers la pointe de l'écu , le% gardes d'or , et une rose de même entre les gardes. On retrouve les mêmes armoiries dans l'église de Suilly-Ia-Tour et dans celle de Vergers , dont les comtes d'Armes étaient seigneurs.

La voûte de cette chapelle est d'une hardiesse étonnante ; les nervures sont enrichies d'une suite d'arcatures trilobées formant festons, et qui vont se réunir à la clé de voûte en pendentif : c'est un des tours de force des architectes de cette époque. Coite magnifique voûte a

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tellement souffert du nouveau mode de couverture1, qu'on redoute une chute prochaine.

Rien n'est gracieux comme la piscine établie dans cette chapelle , il n'y a que celle de la chapelle voisine qui puisse le lui disputer; leurs dais sont de véritables dentelles de pierre. Nous consacrons les chapitres suivants aux deux bas-reliefs qui font le principal ornement de ces deux chapelles ; l'un représente le triomphe de Marie , l'autre , la vie austère du saint Précurseur.

1 On a eu la malheureuse idée de couvrir les bas-côtés de notre cathédrale en asphalte et en ciment.

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