‹ Monographie de la cathédrale de NeversChapitre 64 sur 69 · ENTRÉE SOLENNELLE DES KVÊQIJES DE NEVERS · texte numérisé non relu

ENTRÉE SOLENNELLE DES KVÊQIJES DE NEVERS

De tout temps l'intronisation des Évêques a été faite avec pompe . et, quoique Bertrand III soit le premier évêque de Nevers dont l'entrée solennelle ait été constatée par des actes authentiques,, il est hors de doute que les mêmes cérémonies étaient suivies depuis long-temps dans ce diocèse , car le procès-verbal de son installation portait que tout fut fait scion l'ancienne coutume. Parmentier assure avoir trouvé dans les archives de l'évêché deux manuscrits , sur parchemin, remontant au douzième siècle, qui faisaient mention du portage de nos Kvêques l.

C'est à tort que M. Saulnier, dans son Autun chrétien ~, regarde le portage comme un des privilèges de cette église, car on le retrouve dans presque tous les diocèses. D. Félibien, dans son Histoire de

1 Archives Uc Nevevs.

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APPENDICES

Paris 1 , fait remarquer que Wilfrid, sacré a Compiègne évêque de Northumbre , vers 066, fut porté par les évêques sur un siège d'or , suivant la coutume pour lors observée en France. Hincmar parle du portage au neuvième siècle 2. Nous pourrions citer un plus grand nombre de témoignages ; presque partout nous trouvons les barons de l'évêché obligés au -portage. Il est important de faire connaître l'origine de cet antique usage.

Quand nos premiers rois francs étaient proclamés , on les plaçait sur le pavois, et on les promenait par tout le camp, au milieu des acclamations générales. Le portage de nos évêques n'aura été probablement qu'une imitation de cet usage; on aura voulu élever le nouvel évêque au milieu du peuple , avide de le voir et de recevoir ses bénédictions ; c'était tout à la fois un honneur qu'on lui rendait , et une faveur que le peuple réclamait. On comprend facilement que , dans ces siècles de foi , c'était à qui porterait le nouveau pontife. Lebœuf rapporte que quand saint Géran, soixante -unième évêque d'Auxerre, fit, en 910, sa première entrée dans sa ville épiscopale, des personnes pieuses le portèrent jusqu'à la cathédrale, où, ayant été revêtu des ornements pontificaux , il fut intronisé dans sa chaire épiscopale 3.

Bientôt on comprit la nécessité de régulariser un usage qui était général , afin d'éviter tout désordre ; comme les évêques étaient seigneurs temporels, et qu'à ce titre ils avaient leurs vassaux, le portage fut considéré comme un droit des vassaux de l'évêché , droit réservé aux quatre premiers barons. Les seigneurs qui avaient le droit de porter les évêques de Nevers étaient les barons de Druy, de Poiseux , de Cours-les-Barres et de Givry. Mais nous avons tort de

1 Livre II , no -2.

2 Lettre à Adventius , opuscule 43.

3 Histoire d'Auxevre, tome I, page2(i5.

parler de droit; tout, ici-bas, va en dégénérant; cet usage, qui dans le principe était un honneur que tout le inonde réclamait, et qu'on avait été forcé de réserver comme un droit aux premiers vassaux de l'évêché, était devenu un devoir que les évéques rappelaient à leurs barons , puis enfin une charge dont ces derniers cherchaient à se débarrasser.

Michel Cotignon , qui était secrétaire de l'évêché quand Eustache du Lys fit son entrée solennelle , dressa et signa le procès-verbal de cette cérémonie. Le registre, qui contenait ce procès- verbal , est aujourd'hui perdu ; mais M. l'abbé Alloury l'avait copié , et M. de Saintcmarie 1 a fait l'extrait suivant de la copie de M. Alloury :

« L'Évèque partit de Prémery à huit heures du matin , monté sur » une haquenée, et accompagné d'un grand nombre de gentilshommes ;> du pays, tous à cheval. Arrivé à l'église des PP. Capucins, faubourg » Sainte-Vallière, il y trouva la plus grande partie des Ecclésiastiques >, de la ville , et se revêtit en leur présence , devant l'autel , de la » soutane, du rochet et du camail; après quoi il remonta a cheval et » s'avança vers la ville. Arrivé à la porte de la Barre . il y trouva » Messieurs les Echevins, les vingt-quatre conseillers de ville et les » principaux citoyens, tous à cheval. Après une courte harangue, qui » lui fut adressée par Guillaume Rapine de Saintemarie , cette caval- » cade se joignit au cortège , et l'on entra dans la ville. A quelques » pas de la porte se trouva Henri Girard , prieur du monastère de » Saint- Etienne, à la tête de tous ses religieux et d'un très -grand » nombre d'habitants, venus en procession avec la croix, les cierges » et l'encens. Après avoir entendu la harangue du prieur, et reçu de » lui l'encens, l'Évèque jura de maintenir les privilèges du monastère

î Recherches historiques sur y-crers, page 838.

ïlMi

APPENDICES

et continua sa marche, accompagné du prieur e( des religieux, qui , arrivés aux limites de la paroisse Saint-Etienne , prirent congé de lui et se retirèrent dans leur couvent. Parvenu à l'abbaye de Saint-Martin , l'Évèque et tous ceux qui l'accompagnaient mirent pied à terre, et Etienne Mitier, prieur, le reçut à la porte avec la croix, l'encens et l'eau bénite, lui adressa un compliment, reçut de lui le serment accoutumé, et le conduisit dans la maison abbatiale, où il trouva un souper préparé pour lui et pour ceux qui l'avaient accompagné. L'Évèque seul coucha dans l'abbaye. Le lendemain, à huit heures du matin, Pierre Paulet, second archidiacre du chapitre de Nevers, fondé de la procuration de l'archidiacre de Sens , à qui il appartenait de mettre les évêques de Nevers en possession , vint prendre le nouvel évêque dans la maison abbatiale , et le conduisit à l'église du monastère , où il le fit asseoir dans une chaire élevée qui était placée dans le chœur. Après un discours prononcé par M. Paulet, on lut à haute voix les bulles du pape Paul V. Après cette lecture, le sieur Paulet adressa ces paroles à. l'Évèque, assis dans sa chaire et ayant la mitre en tète : « Celui qui, quand il lui fiait, tire le "pauvre de la poussière et donne au faible la puissance , veut que vous vous asseyez parmi les princes du peuple, sur un trône glorieux \. » » Pendant ce temps, le doyen, le chapitre et tout le clergé de la ville s'étaient rendus dans la nef de l'église. L'archidiacre , après s'être assuré de leur arrivée, dit à haute voix à l'Évèque : « Trèsrévérend Père, votre épouse vous attend2. » » A ces mots l'Évèque descendit et passa dans la nef , où il reçut les salutations. Le doyen lui dit en peu de mots, qu'il lui laissait la croix ,

1 Qui suscitât de pulvere egenum, et de stercore élevât pauperem, vull ut sedeas cum principibus , et solium rjloria1 teneas.

2 tleverendissime pater, sponsa tua te e.rpectat.

ET PIÈCES .il STMCATIVES.

les cierges et l'encens, un diacre et un sous-diacre, et qu'il allait retourner a la cathédrale tout préparer pour le recevoir. Après le départ du chapitre, l'Évêque s'assit dans une chaire dehois, couverte de taffetas violet, et Etienne Decolons, bailly de Prémery , appela a haute voix les quatre barons de l'évêChé. A l'instant se présentèrent Simon Marion , maître des requêtes , président au grand conseil , baron de Druy ; Jean -Paul de Guillemin , seigneur de la .Molle, baron de Cours-les-lîarres ; Louis de Lachasseigne , procureur général au bailliage de Nevers , baron de Givry ; et Hugues de Nantois , baron de Poiseux. Ce dernier ayant disputé la préséance aux barons de Cours-les- Barres et de Givry, qui ne voulurent pas lui céder, se retira, et fut remplacé par Edmond de Las, seigneur de La Couldre.

» Ces quatre barons ayant porté l'Évêque dans sa chaire jnsques hors la grande porte du monastère, il les dispensa de le porter plus loin . et voulut faire le chemin à pied.

» Voici l'ordre du cortège :

» Les Capucins avec leur croix; » Les Récollets ; >> Les Dominicains ;

» Les Ecclésiastiques et tous les Curés de la ville ;

r> Après eux, les Religieux de Saint-Martin à droite ;

» Et ceux des prieurés de Saint-Etienne et de Saint-Sauveur à

gauche ;

» Après ceux-ci marchaient les enfants de chœur de la cathédrale ; » Un prêtre portant la croix ;

» MM. Laurent Piochon et Michel Cotignon^ chanoines faisant les fonctions de diacre et sous-diacre . en dalinatique , et portant le livre des évangiles ;

APPENDICES

» Un prêtre portant la crosse ; .

» L'Évêque, en chappe, assiste" de MM. Paulet, archidiacre; » Chasseigne, chanoine, aussi en chappe, et suivi des quatre barons, » derrière lesquels on portait la chaire. La marche était terminée par » toute la noblesse , qui avait accompagné l'Évêque depuis Prémery, » et par la foule du peuple. Après avoir suivi la rue de la Saulnerie, de >. la Revenderie et de la Coutellerie, le cortège arriva à l'entrée de » celle de la Parcheminerie, où était autrefois la porte de la Cité. Là » était tendue une chaîne de fer,, qui fut abaissée pour laisser passer » le clergé, et tendue de nouveau lorsque l'Évêque se présenta. » Derrière la chaîne étaient les échevins , en robe rouge , les conseillers » de la ville et les notables, qui lui présentèrent un petit livre de > velours violet , contenant les privilèges de la ville, et le serment de » les maintenir qu'il devait prêter. Après la prestation de ce serment , » la chaîne fut abaissée, et l'Évêque étant passé, un homme placé à » une fenêtre voisine jeta de l'argent au peuple. Au coin de la place » Ducale se trouvèrent les officiers du bailliage, accompagnés des » avocats et procureurs, et Henri Bolacre de Sigogne, lieutehant- » général, fit une harangue très - éloquente , à laquelle l'Évêque » répondit en peu de mots. Un peu plus loin, Antoine Coquille, » concierge des prisons, lui en présenta les clefs, qu'il remit à M. le » Lieutenant-général pour les garder.

» Enfin, arrivé par la rue de Loire à la porte méridionale, de Saint- » Cyr, il y trouva tous les chanoines en chappe , et sur un échafaud » médiocrement élevé, Jean de Koffignac, doyen, et Martin Saborin , « grand-chantre. Le doyen, après l'avoir invité à monter, lui adressa » un discours, qu'il termina en le priant de faire le serment accoutumé » de maintenir les privilèges du chapitre, ce que l'Évêque fit sur le » livre des évangiles ; après quoi il demanda qu'on lui ouvrît les portes » de l'église. -Alors l'archidiacre Paulet élevant la voix, lui demanda :

ET PlliCJÏS JUSTIFICATIVES.

« Voire entrée est-elle pacifique 1 ? » Sur la réponse affirmative, les » portes s'ouvriront , et l'archidiacre, le prenant par la main, l'intro- » Saisit dans l'église , en disant : « Entrez donc , le béni du Seigneur *. » »> Après la cérémonie ecclésiastique, l'Ûvêquc fut conduit, avec la » croix et les cierges, jusqu'à la grande salle de l'officialité, où il avait » fait servir magnifiquement une table de deux cents couverts.

» Après le dîner, M. Etienne Decolons se rendit, par ordre de » l'Évêque , aux prisons, pour y interroger les prisonniers; et étant » venu rendre compte de l'interrogatoire à l'Évêque, celui-ci s'y » transporta lui-même à deux heures, et les prisonniers, au nombre » de six, dont quelques-uns étaient dans le cas d'être condamnés à » mort, ayant été amenés devant lui, après une exhortation trôs- » pathétique qui leur fut faite par le P. Denis , jésuite , il les fit mettre » en liberté, en présence du lieutenant -général et des officiers du » bailliage de Nevers, du prévôt des maréchaux et de son lieutenant, » d'après le droit qu'ont toujours eu les évêques d'accorder ces sortes » de grâces le jour de leur joyeuse entrée. »

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Notre travail était terminé, et la dernière feuille se trouvait sous presse , quand l'honorable secrétaire de la Société Nivernaise , M. Héron de Vilîefosse, nous communiqua quatre chartes inédites du plus haut intérêt pour l'histoire de la Cathédrale. Ces chartes font partie des précieux parchemins retirés récemment de l'atelier d'un cartonnier de notre ville, et acquis pour être déposés aux archives du département.

1 Est ne ingressus tuus pacificus?

2 Ingredere igitur, henedietc r>ei.

APPENDICES

La première est la circulaire adressée, en 1331 , par Bertrand III à tous les patriarches, archevêques, évêques, pour les prier de déléguer un d'eux pour consacrer sa Cathédrale, ne pouvant le faire lui-même , pour cause de maladie.

La seconde renferme les pouvoirs conférés par l'évêque Bertrand à Pierre de La Palu , patriarche de Jérusalem , pouvoirs illimités pour tout le diocèse de Nevers.

La troisième est l'acte authentique de la consécration de la Cathédrale , dressé par Pierre de La Palu.

Enfin la quatrième, qui est, selon nous, la pièce la plus importante, est une circulaire de Bertrand IV, de 1336 , qui confirme l'opinion que nous avons plusieurs fois émise , que le chœur n'était pas terminé quand l'église fut consacrée, en 1331. Il réserve toutes les quêtes de l'Avent et du Carême, pour aider h terminer la Cathédrale , qui restait inachevée , ainsi que le tiers des quêtes des autres temps de l'année , et défend, sous peine d'excommunication , d'autoriser qui que ce soit à faire d'autres quêtes, à moins qu'il n'ait obtenu du Souverain-Pontife une permission toute spéciale. Les membres de la Société nous ont prié de joindre ces chartes aux autres pièces justificatives l.

N°1 — Reverendis in ChristoPa tribus Patriarchis, Primatibus, Archiepiscopis et Episcopis umversis graciam et communionem sedis apostolice obtinentibus, Bertrandus , permissione divina Nivernensis Episcopus, cum sui recomandacione sinceram in Domino caiïtatem. Cum ecclesia nostra Nivernensis consecracione indigeat, ut laudes Domino ibidem uberius exsolvantur, et petentes pecaminum veniam exaudiri facilius mereantur; non valentes, ad presens, dicte consecracioni vacare prout ex cordis intimis afifectamus , impedimento nostri corporis impediti , reverendis paternitatibus vestris humiïiter suplicamus quatinus î l le

\ Nous avons tenu à conserver l'orthographe latine adoptée dans ces chartes.

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