AU POINT DE VUE DE LA SCIENCE ICONOGRAPHIQUE
Miranda in minimit.
Nous venons d'assister à un grand spectacle. Dans les voûtes de Sainte-Cécile Thistoire de la religion et du monde s'est déroulée à nos yeux : la création de rhpmme, sa chute, sa rédemption, la loi ancienne, la loi nouvelle, la vie du Sauveur, sa glorification, son triomphe, l'établissement de son Eglise, ses combats et ses victoires, la lutte du bien et du mal, les vertus et les vices, le dernier
avènement du Fils de l'homme, enfin, les espérances et les châtiments de l'autre vie.
Nous avons pu admirer ce que cette grande conception comporte de savoir, de science, de cette science qui consiste dans la connaissance de ce langage naturel ou mystérieux que nos pères ont confié aux monuments et que ces monuments nous transmettent.
Mais notre œuvre serait incomplète si nous ne relevions, avec l'importance qu'elle mérite, tout ce que ces peintures présentent de remarquable au point de vue de la science iconographique, considérée comme science pratique.
La plus simple réflexion vient révéler ce que les artistes qui ont orné les voûtes de Sainte-Cécile du magnifique manteau de peinture qui les recouvre en entier, possédaient de connaissances iconographiques.
L'iconographie {v.xiy^^ image, y^é.(^tajf écris), qui est la science des images, consiste dans l'art, mûri par les imagiers de tous les siècles , tantôt d'exprimer par la peinture des images ou des faits réels, tantôt se servant de symboles, d'emblèmes, d'allégories, pour représenter par des formes sensibles des êtres
abstraits et incorporels. Ce n'est point leur caprice ou leur génie que les peintres ont dû prendre pour guide dans la composition des scènes religieuses. Les usages de l'Eglise catholique, les types que leur a laissés la tradition, le respect profond qu'ils avaient pour l'antiquité, telles ont été les sources fécondes où ils ont puisé leurs inspirations. Nos pères, en voyant ces images dans nos vénérables temples, les ont admises avec empressenaent et, lorsqu'ils ont consacré de nouvelles basiliques, ils se sont fait un devoir de les y reproduire i.
Ce sont là les règles que les artistes de Sainte-Cécile ont puisées dans l'exécution de leur immense ouvrage. Il fallait donner aux nombreux personnages représentés dans ces voûtes, patriarches, prophètes, sibylles, martyrs, apôtres, cénobites, vierges, évêques, saints et saintes, le costume qui leur est propre , les attributs qui leur appartiennent d'après la tradition, mettre chacun dans la place qui lui appartient, et cela sans qu'aucune erreur ait pu être ni reconnue ni con-
i Second concile de Nicée, apud Labbé, tome III , p. 431.
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statée, malgré les plus minutieuses investigations. C'est là une œuvre admirable qu'il nous appartenait de signaler...
Chacun des personnages et des saints qui figurent dans les voûtes de Sainte-Cécile y est représenté avec les signes et le costume qui le caractérisent dans Tart populaire et qui lui sont attribués par la tradition. La plus sévère investigation ne pourra signaler ni une lacune ni une erreur dans ce grand ouvrage. L'esprit le plus investigateur sera satisfait en appliquant à chacune de ses parties les principes de l'iconographie chrétienne dans son rigorisme le plus absolu ^
1 En plaçant sous nos yeux le savant ouvrage du père Cahier . nous avons pu nous convaincre de la vérité de cette assertion.
Voir Caractéristiques des Saints dans Vart populaire énumérées et expliquées par le p. Ch. Cahier ^ de la Compagnie de Jésus. Paris , grand in-folio, 1867.