‹ Monographie de la cathédrale de Sainte-Cécile d'AlbiChapitre 31 sur 63 · RESTAURATION DU BALDAQUIN · texte numérisé non relu

RESTAURATION DU BALDAQUIN

La restauration du magnifique baldaquin qui précède la porte principale de l'église a présenté de nombreux et difficiles problèmes. On ne pouvait envisager sans effroi les dégradations que la main du temps, Tincurie ou la méchanceté des hommes avaient fait subir à cet admirable ouvrage. Les précautions prises pour sa conservation devaient elles-mêmes concourir à sa ruine. Les crampons et goujons en fer employés pour relier entre elles les diverses pierres qui composent cette entrée monumentale avaient puissamment contribué à sa destruction. Le fer se dilatant sous l'impression de la chaleur, ou bien, au contraire, se contractant par l'action du froid, faisait éclater la pierre. On ignorait alors que les boulons en bronze, dans les ouvrages de ce genre, ne présentent pas les inconvénients que nous signalons. En tout cas, l'état avancé de dégradation dans lequel se trouvait le monument présentait un sérieux embarras , quant au système de restauration qui devait être mis en œuvre. Fallait-il le

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déposer en entier pour le restituer pièce par pièce, ou bien attaquer dans le massif même, en détail et d'une manière successive, les diverses parties qui le constituent? C'était là, quelle que fût la détermination de l'architecte, une entreprise hardie et difficile. Le dernier parti a été adopté et a obtenu le plus entier succès.

La complète restauration du monument, confiée à M. Léon-Joseph Nelli, sculpteur distingué, embrassait la restitution générale des sculptures du baldaquin. Pour Texécution de cette œuvre, des crochets ou modèles en plâtre ont été moulés sur les parties les mieux conservées, de sorte que le sculpteur a eu sous les yeux le fac-similé du travail qu'il était chargé de reproduire *.

Mais une question aussi importante que délicate devait se présenter en cours d'exécution de la restitution générale de ce somptueux monument.

Elevé sur un plan carré, le baldaquin est

* Ils ont étë relevés par M. Espinasse, sculpteur du pays, qui a mis dans l'exécution de ce travail un zèle et une intelligence au-dessus de tout éloge.

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supporté par deux énormes piliers recouverts à Textérieur d'une riche ornementation du style gothique fleuri, et du côté de Téglise par des contreforts du même style engagés dans rédifice même.

Cet immense dais de pierre, ouvert et sans voûte, avait-il été voûté dans l'origine pour servir comme de péristyle à l'édifice, ou n'était-ce qu'une simple ornementation, une fantaisie artistique, admirable, mais sans but ? — Une opinion, respectable d'ailleurs, estimait que le couronnement intérieur du baldaquin n'était composé que de deux grands arcs croisés à leur tiers point et formant arc de triomphe. Elle s'appuyait sur cette considération que si les arceaux de ces arcs sont bien marqués sur les quatre piliers qui supportent le monument , on n'apercevait sur les faces latérales et intérieures du carré qu'il décrit rien qui indiquât qu'il eût existé là une voûte pleine '. Elle s'autorisait, en outre, d'un passage d'une description de

1 Ràppcyri sur la cathédrale d'Âlhi, par M. Tabbé Caminade, archiprétre de la cathédrale. Albi, 1862, Papailhau, imprimeur, page 30.

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l'église publiée en 1684, dans laquelle on lit les paroles suivantes : « Le porche^ couvert ou 'plutôt couronné d'un ciel-ouvert, est orné de quatre pyramides disposées à ses quatre angles \ » Mais l'autorité de cet écrivain, dont le passage cité, et fort équivoque d'ailleurs, est loin d'être décisive, si l'on considère que la voûte du monument avait probablement disparu par l'effet d'une cause inconnue, au temps où il faisait la description de cette œuvre, puisque la tradition et aucune mémoire d'homme ne nous ont transmis l'époque de cette destruction. Elle serait, d'ailleurs, contredite par l'observation attentive des traces évidentes qui signalaient l'ancienne existence d'une voûte pleine reliant les quatre faces du monument, se manifestant à l'œil nu, non-seulement par les arrachements des nervures primitives, trèsapparentes aux angles intérieures de la construction , mais encore sur les surfaces planes des quatre côtés oti sont adhé-

1 Description naïve de l'église de Sainte-Cécile , par M. de Bbissonade, docteur et avocat au Parlement de Toulouse, 1684, manuscrit de la bibliothèque d'Albi.

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renies aussi les deux branches d'une lierne arrondie : preuve évidente , comme Tont reconnu et constaté les membres autorisés du Congrès archéologique de France, de l'existence d'une de ces voûtes à réseau compliqué si communes au quinzième siècle ^ D'un autre côté, la tradition ne fournissait aucun élément propre à indiquer les données nécessaires à sa restauration. L'artiste était réduit à rechercher dans son imagination, dans des similitudes et des analogies, le style et l'ornementation qui devaient servir aux éléments constitutifs de la nouvelle voûte; lorsqu'un heureux hasard a fait découvrir deux clés de l'ancienne voûte, qui couronnaient, depuis bien des années, les montants d'une porte de jardin dans un des faubourgs de la ville. Une autre était placée comme ornement sur le fronton du moulin dit du chapitre^ près le vieux pont et sur la rive droite du Tarn. Terminés en pendentifs, en spirales d'un goût exquis, les feuilles et les détails dont ces clés étaient ornées sont

i Congrès archéologique de France, XXX* session. A Albi, en t863. compte rendu, page 328.

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parfaitement reconnaissables. Ce qui est détruit se laisse facilement deviner. On a retrouvé, en outre, une partie des pierres où se trouvent les nervures des voûtes, lesquelles, rapprochées des nervures du baldaquin, présentent une adaptation parfaite.

Ce n'était pas tout, sansr doute, bien loin de là ; mais ces éléments ont suffi à l'architecte, qui avait à faire, non une restauration, mais une véritable création. Cette œuvre, aujourd'hui consommée, excite l'admiration de tous les connaisseurs. La voûte se compose de nervures concentriques à leurs bases, se reliant à quatre roses par des clés pendantes au moyen de tiercerons, et se rattachant à une plus grande clé pendante et centrale, ornée de figures et frises en feuilles variées de vigne, chardon, choux... Les nervures dans l'axe de la voûte sont rattachées aux forments par quatre culs-de-lampe sculptés *. Le dessus de la voûte est couvert par

1 Jjés recherches faites par l'architecte Tont amené à constater que la pierre qui a servi à la construction du baldaquin a été extraite de la carrière de Plaisance (Aveyron), laquelle présente le même grain, la même consistance et une couleur analogue.

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d'immenses dalles en forme de chaperon, et ie tout est ménagé de manière à éviter les infiltrations, si redoutables dans les travaux de ce genre. On a ouvert au-dessous de la croisée et à l'intérieur de la galerie correspondante de l'église, une porte donnant entrée au-dessus de cette voûte, laquelle est entourée de tout côté de grilles en pierre, formant le dessus du baldaquin. C'est une riche et vaste galerie d'où l'on aperçoit la superbe plaine qui se présente aux yeux du spectateur.

Le magnifique travail. dont il vient d'être parlé est désormais une des parties les plus curieuses et les plus intéressantes à voir dans le splendide monument dont la restauration se poursuit.

BAIE DE LA PORTE d'eNTRÉE. — STATUES. — PORTIQUE.

Une autre grande restitution vient de s'ac-* complir. Au-dessus de la porte d'entrée de l'église, on apercevait les naissances des diverses parties d'une claire-voie ajourée, nlégradée et obstruée naguère par une misérable cloison. Cette baie rétablie, et le péristyle

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