TRAVAUX DE RESTAURATION A L'EXTÉRIEUR
Ceux qui présidaient aux conseils de la cité ne se trompaient pas dans cette détermination. L'honneur et la renommée des villes ne se fonde pas par la création de places plus ou moins régulières, de rues larges et artistement alignées. Ces améliorations sont, sans doute , infiniment appréciables. Elles procurent aux habitants plus de confort et d'agrémen* pour leur existence, de facilité pour le commerce, de sécurité dans la circulation des voies publiques; le jour, la lumière , le charme des beaux aspects, enfin des conditions hygiéniques essentiellement favorables au bien être et à la santé publique. Mais la réputation des cités s'établit par les monuments qu'elles possèdent dans leur sein. C'est là, en dehors des afi'aires, l'attrait qui attire les visiteurs et les étrangers. Les villes de Strasbourg, de Bourges, de Sens, de Beauvais, de Narbonne, d'Amiens, etc., sont célèbres par leurs cathédrales, Nîmes par ses antiquités, Avignon par le palais qui fut la demeure des papes, Arles par ses arènes, Pau par le château où naquit le bon roi Henri IV, Albi par son incomparable église de Sainte-Cécile. Au-»
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jourd'hui où le goût des arts est devenu populaire en France , où les chemins de fer permettent au voyageur de se porter dans quelques heures d'une extrémité de la France à l'autre, les visiteurs affluent là où il y a un chef-d'œuvre à voir, ua monument à visiter. C'est donc une pensée grande et patriotique que de glorifier et de mettre en lumière les grandes créations de l'art ; et ils ont bien mérité du pays ceux qui , dans l'œuvre de rénovation de l'ancienne cité, ont tenu compte de la célèbre cathédrale dans laquelle se résume sa renommée.
Les grands sacrifices faits sans hésitation par la ville ont, par un juste retour, attiré l'attention du gouvernement, qui a considéré que la conservation de la cathédrale d'Albi intéressait au plus haut degré les arts et la gloire nationale. L'Etat n'a pas hésité à entreprendre sa complète restauration, qui se poursuit sans interruption depuis 1850, au moyen de crédits considérables , annuellement renouvelés.
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ISOLEMENT DE LA CATHEDRALE. — COMPLET DEGAGEMENT DE LA PARTIE ORIENTALE.
Mais ce grand œuvre de restauration ne pouvait être complet et produire Tefifet qu'on est en droit d'en attendre, qu'autant que cet édifice serait complètement dégagé des habitations qui en masquaient l'aspect. La ville avait acquis et détruit, en 1853, un îlot de maisons qui obstruait un des côtés du monument. Elle en a opéré le dégagement au sud par la démolition d'un autre îlot qui nuisait à ce dernier aspect. Mais il restait à dégager le côté du chevet formant la partie orientale de l'édifice, des habitations qui y étaient adossées, de façon à empêcher Toeil d'en embrasser le majestueux ensemble. Le dégagement, déjàréalisé aux autres aspects, semblait rendre plus urgent et plus nécessaire l'isolement de l'édifice du côté de l'est. Cependant la ville devait imposer des bornes à ses sacrifices ^, et d'autre part, l'Etat répugnait
1 Les frais d'exécution de la place Sainte-Cécile et de ses abords se sont élevés, jusqu'à ce jour, à la somme de 584,553 francs 83 centimes.
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à prendre lui seul, à sa charge, la dépense d'acquisition des maisons nécessaires à la réalisation de cette œuvre pour laquelle d'autres intérêts lui paraissaient devoir concourir. Dans ces circonstances, le conseil général du département a pris l'initiative et a offert son concours dans l'intérêt d'un monument qui honore le pays. La ville s'est empressée, dès lors, de contribuer à la réalisation de cet utile projet. Un décret en date du 20 novembre 1867 a déclaré d'utilité publique le dégagement de la partie orientale de l'église métropolitaine située au chevet de cet édifice ; l'expropriation des maisons qui l'obstruaient de ce côté a eu lieu en 1869; le dégagement vient de se réaliser par la démolition de ces mêmes maisons.
Par là est consommé le grand œuvre de dégagement de la cathédrale d'Albi. Dès ce moment, on peut en apercevoir les conséquences K Nous n'avons pas l'avantage d'être dans les secrets de l'architecte qui préside à la restauration de ce monument, nous avons
i Le dégagement qui vient de s'opérer produit un magnifique aspect qui étonne et frappe les plus indifférents .
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encore bien moins la prétention de lui suggérer un projet quelconque qui serait toujours dépassé par les ressources de cet esprit, aussi distingué qu'il est justement autorisé. Qu'il nous soit permis, néanmoins, de faire entrevoir une situation que les esprits les moins pénétrants pourront apprécier, d'avance.
La cathédrale de Sainte-Cécile est mise au jour dans son côté oriental. La sacristie reçoit du génie de l'architecte, la transformation et un couronnement qui mettent cet édifice en rapport avec le caractère de l'église. D'un autre côté, l'archevêché est dégagé de toutes les constructions parasites qui le déshonorent. Une enceinte formée par une grille ou un mur ornementé en ferme désormais l'enceinte, permettant néanmoins, de sur la place même, la vue des tours monumentales de cette construction importante et originale qui formait la demeure des anciens comtes d'Albi, devenue plus tard le palais des évêques. En face s'oflFre aux yeux la majestueuse cathédrale dont les formes s'harmonisent si bien avec le palais que nous venons de décrire. Ainsi , ces deux gloires
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monumentales de Tancienne cité, autrefois réunies pour la défense commune, paraissent s*unir et se confondre dans leur imposant aspect.
La cathédrale de Sainte-Cécile est digne à tous égards des sacrifices et des efforts qu*on a tentés pour son embellissement et sa com« plète glorification. Il serait sans objet de rappeler tous les titres que ce monument présente à l'admiration publique.
Tout a été dit sur la splendeur de cet édifice ; et cependant, il en est des chefs-d'œuvre de Tart comme de ces femmes , célèbres par une exceptionnelle beauté, qui semblent avoir plus de droits à Tadmiration à mesure qu'elles obtiennent de nouveaux éloges.
Nous nous bornerons à rappeler comme un récent et solennel hommage, les paroles éloquentes que ce monument inspirait naguère, dans le sein d'une société célèbre, à un écrivain autorisé qui honore notre pays :
« La métropole de Sainte-Cécile d'Albi , » peut, à bon droit, être citée au premier » rang des chefs-d'œuvre de l'art gothique.
» Je ne sais s'il faut attribuer à des impres- » sions d'enfance l'admiration jalouse que
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> m*inspire ce monument. Mais, depuis le
> jour où mon œil fut ravi par cette voûte » aérienne, si éblouissante par son fond
> d'outremer, qu'on. dirait le paradis avec » ses phalanges de saints et de prophètes ; » depuis l'heure où j'admirai ces dentelles de » pierre qui décorent le baldaquin et le » jubé, mon souvenir n'a pu se détacher de » cette céleste apparition. Le hasard des » voyages m'a mis, depuis, en présence du » Westminster de Londres, de la cathédrale » de Burgos, du dôme de Milan, et nul de » ces édifices, justement vantés, n'a parlé à
> mon âme comme celui-là.
» Sainte-Cécile est la manifestation de » Dieu par la pierre et la couleur ; c'est la » vision de l'inflni à travers les prismes en- » chanteurs de l'art ; c'est un musée chrétien » ouvert à l'admiration des siècles, par la » main d'artistes sublimes et inconnus i ».
1 M. Vaïsse-Cibiel , membre de T Académie des jeux Floraux de Toulouse.
TRAVAUX DE RESTAURATION
A l'intérieur.
Ces projets comprennent : la restauration des sculptures du jubé, du choeur et des tribunes, des peintures murales et des verrières.
Sculptures du jubé et du chœur. — Les sculptures du jubé ont été l'objet de nombreuses mutilations à l'époque déplorable otl le génie des arts eut à gémir de tant de destructions. C'est une grande pensée de réparation que celle qui a pour objet la restauration de ce magnifique ouvrage. Cette œuvre
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sera bientôt réalisée ; un grand autel sculpté, dans lo style des parties qui composent le jubé et le chœur, remplacera l'ancien, dont la perte est si regrettable. Des statues rempliront ces niches vides, qui rappellent le temps de nos désastres. Au-dessus du jubé, quatre piliers ont été privés des statues qui les surmontaient. La Vierge Marie et saint Jean sont seules restées à côté du Christ.
Seize grandes statues et cinquante-six de petite dimension (en tout 72), manquent sur la grande façade de ce monument.
C'est dans le sentiment qui a présidé à cette œuvre que l'architecte doit, il nous semble, essayer de retrouver, en l'absence de toute tradition , quels sont les personnages destinés à remplir ces regrettables vides.
Nous avons recherché, dans les voûtes de Sainle-Cécile S les formes symboliques dont il a convenu à nos pères de revêtir la pensée religieuse qui domine dans leurs œuvres, et nous avons trouvé dans l'ensemble du chœur la même disposition symbolique ^.
t Symbolique de la voûte.
2 Symbolique de l'église et du chœur.
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Dans les voûtes comme dans le chœur se rèTèlent une idée et un ordre qui nous initient à la pensée de l'artiste : — l'Ancien Testament qui prélude à l'accomplissement de la loi nouvelle. — A l'extérieur et dans le pourtour du chœur, les prophètes annoncent la venue du Sauveur et préludent au grand événement de la rédemption des hommes; les patriarches doivent concourir avec les inspirés d'Israël au grand mystère destiné à régénérer le monde. Ce sont ces personnages qui doivent être comme autant de précurseurs dans ce terrain préparatoire avant de pénétrer dans le sanctuaire.
Peintures murales. — Les peintures qui recouvrent en entier les voûtes et les murs de Sainte-Cécile sont le pi a s bel ornement de cet édifice. Elles ont résisté aux siècles; quelques parties de ce riche vêtement ont eu à souffrir de l'incurie, de l'ignorance ou du vandalisme des hommes et réclament une réhabilitation intelligente.
On a inauguré cette œuvre par la restauration des voûtes des cinq tribunes de l'abside, dont la prudence avait exigé la reconstruction dans ces derniers temps. Cet
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important travail, confié à M. Alexandre Denuelle, peintre décorateur à Paris, auteur des peintures du Louvre, de Sainte-CIotilde, de Saint-Germain-des-Prés et de plusieurs autres églises de Paris, vient d'être terminé.
Les précautions et les mesures prises par l'architecte qui a présidé à cette restauration, par Tartiste distingué qui l'a exécutée, sont d'un heureux présage pour une restauration aussi délicate que difficile. Les calques des anciennes peintures, déjà relevés avec soin par l'architecte, ont été coordonnés et complétés, de sorte que les nouvelles peintures ne sont que la reproduction des anciennes; divers essais ont été faits pour rechercher les tons qui doivent s'harmoniser le mieux avec l'œuvre des anciens âges ; une couche de silicate de potasse a été passée sur l'enduit appliqué aux murs pour en assurer la conservation : le talent de l'artiste a fait le reste. Ces peintures répondent atout ce qu'on peut attendre de plus parfait comme restauration.
Enfin, le nettoyage des peintures conservées des cinq chapelles dont il s'agit a été opéré avec de la mie de pain. Cette méthode,
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qui a eu un plein succès, enlève la poussière sans avoir Tinconvénient du lavage qui les détruit quelquefois, ou qui leur procure un air de jeunesse que nous ne voudrions pas qu'elles fussent appelées à revêtir.
Nous aurions garde de passer sous silence le curieux incident qui s'est produit, dès l'abord, à Toccasion de cette restauration, parce qu'il intéresse l'histoire du monument et celle de la peinture murale. Tandis que les mortiers tombaient par plaques des voûtes des cinq tribunes à restaurer^ se révélaient, parfaitement conservées sur plusieurs points, d'anciennes peintures, dont aucune mémoire^ aucune parole écrite ne constataient l'existence. Alors que des arabesques grêles, aux ramages ténus et effilés, des images de saints ou de saintes accusaient la manière des treizième et quatorzième siècles, un témoin muet et certain déterminait l'époque de l'exécution de cette œuvre. On a rencontré, dans toutes les voûtes, Técusson de Bérauld de Fargis, qui occupa le siège d'Albi, de 1314 à 1334. Cet écusson, écartelé au 1-4 d'argent à la croix pattée et alésée de gueules, au 2-3 d'or au pot de sable, est figuré sur la clé de la troi-
sième arcade de la voûte du côté de l'abside; il se trouvait aussi reproduit sur le riche vitrail de la tribune du milieu du chevet, qui vient d'être enlevé pour procéder à sa restauration. Il est à désirer que, pour ne pas mentir à l'histoire, il soit exactement reproduit sur la nouvelle verrière ^
L'écusson découvert dans les voûtes des tribunes de Tabside est incontestablement celui de Bérauld de Fargis. Ce prélat, célèbre dans l'histoire de l'église d'Albi, était de l'ancienne et illustre maison de Guilhaume de Fargis, en Provence 2, neveu du pape Clément V, frère du cardinal Raymond de Fargis, d'abord archevêque de Rouen, et puis de Narbonne, en l'année 1311, lequel mourut lorsqu'il occupait ce siège, en 1341, et fut enseveli dans le chœur de son église primatiale, dans un tombeau de marbre, sur lequel on voit les armes de sa famille. L'évêque
ï Notre vœu a été rempli : il vient 'd'être reproduit dans la verrière avec toute l'exactitude désirable.
'i La maison de Budos, en Vivarais, celle de Guilhem Pascali , au comté Venaissin , et celle de Fargis en Provence avaient la môme origine. Voyez Hist. de la noblesse du comté Venaissin, tome II , page. 80.