Gelinn seii (jelima, id est manipulus, i^erbe
LA SEIGNEURIE SPIRITUELLE ET l’ÉGLISE.
Et l’enquête nous apprend que le commandeur Guillaume de Calmont voulut s’en tenir au serment et à la parole de ces hommes recommandables autant par leur âg'e que par leur honnêteté, et cela, sine strepitu et figura jiiclieii : sans fracas ni autre forme de procès.
Il faut reconnaître que la dîme prélevée au huitième et au neuvième sur le blé et l’avoine était un impôt excessif, et c’était sans doute pour le faire oublier que, sur les objets de première nécessité et de consommation courante, sur le maïs et les légumes, la dîme se payait au douzième seulement. Si cette différence ou plutôt cette compensation fut * provoquée par un sentiment de justice et de charité, il faut en savoir gré aux chevaliers de Saint-Jean.
D’ailleurs, même à cette époque, si opposée à la nôtre par les idées, les mœurs et les coutumes, on comprenait combien était onéreux cet impôt. Nous en trouvons une preuve frappante dans les archives. Quand la culture du pastel s’introduisit dans le territoire de la commanderie, vers la fin du treizième siècle ou au commencement du quatorzième, à combien fixa-t-on le taux de la dîme qu’on allait prélever sur cette récolte insolite? On le fixa au quatorzième et non plus au dixième. Voici ce que nous lisons dans le der-
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nier article d’un accord , passé à celte époque, entre le commandeur et les habitants de Caig'nac^ : Item que del faijt ciel clemo des pastels, les habitants del dict loc fasens pastels, cVaras en avant, agran a pagar et eedar al dict comandadon, per causa del deyme, le xiv tôt del pastel que se fayra. Pourquoi cette différence et cette diminution sensible, sinon parce que décimateurs et décimés avaient nettement conscience du poids de cet impôt?
La dîme était perçue, nous l’avons dit, comme impôt ecclésiastique et pour assurer le service relig*ieux de la paroisse. Le commandeur, étant curé primitif, la prélevait et, par là même, contractait l’oblig’ation de pourvoir aux nécessités de ce service. Il nommait donc son vicaire perpétuel et lui fournissait sa pension.
Au début, les églises données aux Hospitaliers et exemptées de la juridiction épiscopale, furent desservies par des prêtres religieux de l’Ordre de Saint-Jean. Ces religieux, d’abord assez nombreux, suffirent pendant longtemps à assurer le service divin dans leurs églises. En cas de vacance, le commandeur présentait son candidat à
I. Arch. départ, de la Haute-Garonne, fonds de Malte, 1. XX*, no i.
LA SEIGNEURIE SPIRITUELLE ET l’ÉGLISE.
TEvêque. Celui-ci, sur celle simple présentation et la promesse qu’on lui faisait d’assurer une pension décente au titulaire, l’acceptait et approuvait ainsi le choix du commandeur, son rôle étant, dans la circonstance, purement passif.
Nous avons trouvé la lettre de frère Jean de Rolhac, lieutenant du g’rand-prieur de Toulouse Jean de Rang-uis, à frère Jean Cavalier, prêtre de l’Ordre*. Cette lettre, datée du 3 juin 1496, avait été écrite pendant une des séances du chapitre provincial du grand-prieuré de Toulouse, célébré à Fronton, et elle conférait à frère Cavalier la rectorerie de Caignac avec le droit del Barralij ou del Verally^ et une pension de 7 francs {pro vestiario)^ six setiers de blé, mesure de Caignac, et trois barriques de vin rouge {boni et sinceri).
Voici un document du même genre du 2 mai i53o. C’est une requête adressée par le com-
1. Arch. départ, de la Haute-Garonne, fonds de Malte, 1. XXIV, no 7.
2. Nous n’avons pas pu trouver l’explication de ce qu’était ce droit Barrglly ou Verralij. Etait-ce un droit de mesure? Barrciliim, Barrale, id est cadns, mensiira liqiiidonim qiiœ duos et septiiarjinta sextarios gallicos cnpere solet.
N’était-ce pas un droit qui autorisait le recteur de Caig-nac à assister aux cours de justice' comme jiidex prima/dns ? Barralus, qui præsidet barræ, id est Auditorio. Nous n’osons pas l’affirmer.
{Glossaire de du Gange. — Parisiis, sub oliva (iaroli Osniont, 1783.)
. LA GOMMANDERIE DE GAIGNAG.
mandeur Géraud de Massas, commandeur de Caig-nac et de Pexiora, à TEvêque de Mirepoix : Rever endo in Christo patri et domino Mirapisciam episcopo^ aiit vestro in spiritualibus vicario generali^,,. Après avoir administré la cure de Gaig-nac de 1496 à i53o, frère Jean Cavalier avait résig-né ses fonctions entre les mains du commandeur, et celui-ci, soucieux de la responsabilité qui lui incombait comme supérieur spirituel, ne voulait pas que, par défaut de présentation, l’église de Gaignac pût un instant souffrir de celte vacance. C’est alors que Géraud de Massas adressa sa requête à l’Evêque, le priant d’accepter très noble frère Bernard Cavalier, prêtre de l’Ordre, plénum de legalitate^ scientia^ bonis rnoribus et honestate^ et il s’engageait à lui donner une pension de six setiers de blé, trois barriques de vin et 7 livres tournois, le tout payable à la fête de la Toussaint.
On ne peut s’empêcher de faire la comparaison entre les revenus considérables que fournissait au commandeur la perception de la dîme et la maigre pension que celui-ci faisait à son vicaire perpétuel. Ce mode de payement n’eut aucun inconvénient tant qu’un prêtre de l’Ordre de Saint-Jean
I. Arch. départ, déjà Haute-Garonne, fonds de Malte, 1. XXIV, no 8.
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dirig*ea la paroisse. Les liens de fraternité relig’ieuse qui Munissaient au commandeur en faisaient son représentant, son procureur, son commensal habituel. Mais quand les commandeurs furent oblig’és de faire appel au clerg’é séculier, le vicaire perpétuel devint alors une espèce d’officier subalterne, aux g’ag’es du commandeur, n’ayant plus droit aux mêmes ég-ards que ses prédécesseurs, les relig*ieux de Malte. Ce fut alors que sa pension devint insuffisante.
Voici ce que nous lisons dans le procès-verbal d’uue visite g-énérale faite en l’année 1696 par messire Claude de Seig-nouret-Fabrezan, receveur au g’rand-prieuré de Toulouse, et frère Gausbert Gauran, prêtre religieux de l’Ordre : « Le sieur « Abadie, curé, nous a dit avoir été pourvu dudit « bénéfice par feu M^" le commandeur de Barben- (( tane, en i65o*; qu’il a de pension seize setlers (( de bled, deux pipes de vin et 5o livres d’arg-ent, « et qu’il a environ 4oo communions, et nous « a exhibé le reg^istre des baptêmes , mariag-es (( et mortuaires, tenu suivant l’ordonnance du Roy. »
On le voit, la situation matérielle et pécuniaire des curés dits à la portion congrue n’était pas
I . Il y a ici erreur de date, le sieur Pierre Abadie n’ayant pris possession de son poste qu’en 1688 (mars). .
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brillante; elle ressemblait assez à celle des petits fermiers de l’ancien rég’ime. Pour être vrai, il faut ajouter que le vicaire perpétuel de Caig'nac jouissait, à cette date (1696), d’un obit doté d’une maison et jardin servant de presbytère, obit charg-é de deux messes hautes et fondé par le commandeur de Tersac-Montberault.
Enfin, les chevaliers de Malte, comme seig’neurs spirituels, avaient le privilèg'e de pouvoir visiter leurs églises, et il en fut ainsi pour l’église Saint- Etienne de Caignac. A l’origine, ce droit fut exercé par les précepteurs eux-mêmes ou les grandsprieurs, et dans la suite, au dix-septième siècle, par des visiteurs délégués à cet effet par les grands-prieurs ou les chapitres provinciaux de l’Ordre.
Ces visiteurs, au nombre de deux, étaient ordinairement un chevalier de justice’^ et un prêtre appartenant à l’Ordre. En ce qui concerne l’église et les curés, cette visite pourrait s’appeler une visite canonique^ puisqu’elle remplaçait la visite épiscopale et qu’elle portait sur les mêmes points que cette dernière.
C’est grâce à ces procès-verbaux de visite soi-
I. On appelait chevalier de justice celui qui entrait dans l’Ordre après avoir prouvé ses quartiers de noblesse et fait valoir ses titres.
LA SEIGNEURIE SPIRITUELLE ET L’ÉGLISE
g'neusement rédig'és el conservés que nous avons pu apprécier le zèle minutieux avec lequel les clievaliers ou commissaires visiteurs s’acijuittaient de leur mission. Ou’on nous permette d’insister, et il nous sera Facile de remarquer que beaucoup d’évéques, à la meme époque, ne visitaient ni aussi fré([uemment ni aussi soig'neusement leurs diocèses. Dans la seule année 1753, étant commandeur Jean-Josepli-Gabriel de Thomas de Gignac, nous voyons paraître dans l’église de Caignac et au château trois séries de commissaires visiteurs.
Le 27 juillet 1763, ce sont le commandeur de Léaumont et frère de Lamothe, prêtre de l’Ordre de Saint-Jean , visiteurs généraux du grandprieuré de Toulouse.
Le 29 août, frère Louis-Hippolyte de Varagne- Gardouch-Bélesta, commandeur de la Tronquière, et frère Estienne Beynes, prêtre d’obédience et collégial de l’Ordre, sont députés par le grandprieur de Toulouse, messire d’Albertas-Dauphin, (( pour'voir, corriger, réformer, ordonner et remé- (( dier à tous excès, manquemens, ruines, désor- (( dres qui se trouveraient tant sur les personnes « à nous sujettes que sur les biens et domaines de « notre Ordre. »
La même année et le 24 septembre, nouvelle
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visite PARTICULIÈRE par frère François de Niipces, commandeur de Gap, en Dauphiné, et frère Louis de Franc-Montg’ey, députés par le vénérable chapitre provincial de l’Ordre, tenu et célébré à Toulouse, le 3o mai 1753.
Enfin, en 1755, a lieu la contre-visite des chevaliers de Franc-Montg-ey et de Labarthe, pour se rendre compte des réparations et améliorations demandées et ordonnées par les commissaires visiteurs.
Cette simple constatation nous permettra d’apprécier la merveilleuse organisation des biens et des églises de l’Ordre de Malte.
Bien que l’église de Caignac fût exempte de la juridiction épiscopale, les archives nous ont cependant conservé le procès-verbal d’une visite que l’évêque de Mlrepoix, J. -B. de Gharnpflour, aurait faite en l’an 174O :
(( Le second jour du mois de septembre mil (( sept cent quarante et un, nous, Jean-Baptiste, « par la providence divine et l’authorité du Saint- « Siège Apostolique évêque de Mirepoix, nous (( sommes transportés au lieu de Caignac , où « étant sur dix heures du matin, accompagné de
I. Arch. départ, de la Haute-Garonne, fonds de Malte, liasse 20. Pièce non numérotée.
LA SEIGNEURIE SPIRITUELLE ET l’ÉGLISE.
(( M® Pierre-Paul Monclin, prêtre, clianoine de (( notre ég-lise cathédrale, et de M® Barthélemy « Betoise, prêtre, curé de Mazères, dans la maison » d’un certain particulier dud. lieu, nous nous « sommes revêtu de nos habits pontificaux, et « ayant été conduit processionnellement à l’ég-lise (( paroissiale dudit lieu avec les cérémonies ordi- (( naires, les consuls portant le dais, après les (( prières accoutumées, nous avons donné au peu- « pie la bénédiction pontificale. »
Dans ce procès-verbal de visite de Monseig’neur de Mirepoix, il n’est fait aucune allusion aux droits spirituels du commandeur. Aucun élog’e n’est adressé ni au vicaire perpétuel ni à la population. La lecture attentive de cette pièce laisse une impression de froideur et même de dépit. « Nous (( avons visité la chappelle qui est dans la nef « du côté de l’Evang-ile, dédiée à la S‘® Vierg'e, et (( nous avons ordonné qu’elle demeurera inter- « ditte. Ayant visité la chapelle du Purg'atoire (( qui est du même côté, nous avons ordonné pa- « reillement qu’elle demeurera interditte. Nous « avons visité la chappelle qui est du côté de « PEpître, dédiée à S‘ Barthélemy, et nous avons « ordonné de même qu’elle demeurera interditle. « Nous avons ordonné que le confessional sera « réparé, qu’on y mettra des g-rilles avec des tra-
LA COMMANDERIE DE CAIGNAG
(( verses et des coulisses, et que jusques à ce que (( lad. réparation sera faite, led. confessional de- (( meurera interdit...
(( Nous avons demandé les revenus de la Fabrice que. Il nous a été respondu qu’elle a six livres (( douze sols de rente. Ayant demandé les comptes (( des marg'uilliers, il nous a esté respondu qu’ils (( ne sont point dans l’usag'e d’en tenir : sur quoy « nous avons ordonné qu’on achettera un livre en « blanc, dans lequel on écrira la nomination des « marg'uilliers, qui se fera, chaque année, en la « forme prescrite par les ordonnances du diocèze, « le second dimanche de janvier; qu’on marquera, (( à la tête de ce livre, les sommes dues par les an- « ciens marg'uilliers, la recette tant des rentes que (( des quêtes et l’emploi desd. fonds. Nous ordon- « nons de plus que les marg'uilliers rendront leurs (( comptes le jour qu’ils sortiront de charg'e et (( qu’ils remettront les quittances des achapts (( qu’ils auront fait. »
Notons au passage une disposition ayant pour but d’assurer le recueillement des fidèles pendant le plus saint des offices sacrés : « Nous ordonnons « encore qu’il ne sera fait aucune quête dans « l’église pendant la messe, depuis le commence- (( ment de la préface jusques après la commu-
« mon. »
LA SEIGNEURIE SPIRITUELLE ET l’ÉGLISE.
Enfin, révêqiie demande à connaître le nomlire de communions pascales, le nom de ceux qui n’accomplissent pas ce devoir de leur religion, les obits ou fondations, les ég*lises succursales et les chapelles domestiques, le nom du curé, le patron de la paroisse, le jour de la fête locale et « si on (( prophane ce saint jour par des danses »; et comme sur ce dernier point la réponse du curé est affirmative, il l’exhorte d’« instruire ses pa- « roissiens, d’employer la douceur et la force pro- « près de son état pour empescher les désordres « qui se commettent.
« Sera notre présente ordonnance de visite puce bliée au prône de la messe de paroisse, pendant (( trois dimanches consécutifs, et avons sig*né et « fait contresig’ner par notre secrétaire. »
J J. -B., éu. de Mire poix.
Par Moiiseig-iieiir : Baillé, secrétaire.
Entrons maintenant, à la suite des commissaires visiteurs, dans l’ég-lise de la commanderie.
Bâtie à l’extrémité et à l’ouest du villag*e et le chœur tourné vers l’Orient, ainsi que le demandent les règ’les de la liturg'ie sacrée, elle semble protég*er et couvrir les rues qui montent parallèlement jusqu’au château, pendant que la masse lourde et quelque peu inégale de son vieux clocher
LA GOMMANDERIE DE CAIGNAC.
de briques domine la petite vallée du Gardigeol.
Que reste-t-il, dans cette construction, de la vieille ég-lise du douzième siècle donnée aux Hospitaliers par les seigneurs de Laurac? A la suite de quels événements cette église fut-elle transformée, à la fin du quinzième et au commencement du seizième siècle? Comment expliquer les fenêtres à plein cintre et la voiite à ogive? Les archives de la commanderie sont muettes sur tous ces points, et nous en sommes réduits à formuler des hypothèses. Nous avouons humblement l’insuffisance de nos connaissances archéologiques et l’impossibilité où nous sommes d’éclairer la genèse exacte de l’église actuelle.
Dans le procès-verbal d’une ancienne visite faite en 1687 par messire Denys de Polastron-la-Hillère et frère Jean-Pierre de Pau, recteur du Burgaud, docteur en théologie, prêtre de l’Ordre, nous trouvons la date des dernières réparations qui furent faites au portail de l’église par le zèle du commandeur Géraud de Massas, dont nous avons déjà rencontré le nom et dont la famille possédait, à Caignac, la terre qui porte encore leur nom. « Au-dessus du portail de la dite église sont les (( armoiries de feu M. le Commandeur de Massas « et la date du temps que la dite porte fut faite.
LA SEIGNEURIE SPIRITUELLE ET L’EGLISE. 45
Voici maintenant la description de Fég’lise qui nous est fournie par la visite de i6g5 :
(( La dite ég-lise a vingft cannes de long-ueur et « six de larg-eur, sans y comprendre les chapelles,
(( toute carrelée, voûtée et blanchie à la chaux,
« bâtie de bonnes murailles de pierre, tuiles et (( briques, à chaux et à sable, le couvert fait de « latte et tuile creux, lequel est réparé maintenant;
« le portail construit de pierres de taille^ ayant (( cinq deg-rés pour descendre et entrer dans l’é- « g’iise, la porte faite à deux battants fermant à ■(( clef, le tout fort propre et tenu avec décence et (( bien ajourée par des fenêtres vitrées. » (Visiteurs : Claude de Seig^nouret-Fabrezan, receveur au g’rand-prieuré de Toulouse, et frère Gasbert- Gauran, prieur du Temple Saint-Jean de Bordeaux (iGgS).
(( Reçus à la porte de Tég-lise, disent les visi- i (( teurs de Fan 1753, par M. Antoine Joterat,
(( prêtre et vicaire perpétuel, qui nous a donné de « l’eau bénite et conduits avec les cérémonies ac- (( coustumées^ au devant du maître-autel que « nous avons visité, après y avoir fait nos prières,
I. Les visiteurs étaient conduits processionnellement au maître-autel, où on chantait le Veni Ci^eatoi^ le Tantum ergo, suivi de la bénédiction du Saint-Sacrement donnée par le prêtre visiteur de l’Ordre, et, s’il n’y en avait pas, par le curé de la paroisse. ( Visites, passim.)
LA GOMMANDERIE DE GAIGNAG.
(( et trouvé icelui orné de sa pierre sacrée, trois (( nappes, son devant d"un petit damas blanc avec (( un g-alon d’or faux et un cadre de bois en me- (( nuiserie, un Te évang’ile et lavabo, six
« chandeliers de laiton à pied triang-ulaire et un « petit crucifix aussi de laiton, un g'radin peint et (( doré sur lequel il y a un tabernacle peint en (( blanc et fileté d’or, doublé en dedans d’un taffe- « tas blanc, dans lequel il y a un ciboire doré en « dedans avec sa bourse ; derrière le tabernacle, « il y a un tableau représentant un Christ, la (( Vierg-e, Jean l’Evang'éliste, Etienne et « Barthélemy, avec son cadre peint en bleu et « les moulures en or, aux armes du commandeur (( de Barbentane.
(( Puis le banc seig'neurial aux armes du même (( commandeur, du côté de l’Evang'ile, et le banc (( pour les prêtres du côté de l’Epître. »
A la sacristie où passent les visiteurs, le vicaire perpétuel devait montrer tous les ornements qui sont soig’neusement examinés. A noter en particulier (( un ornement complet, chasuble, dalmatiques « et devant d’autel d’un damas vert et blanc, avec (( un g*alon de soie roug’e et blanc aux armes du
« commandeur de Barbentane , une bannière
« roug*e avec une g-rande croix blanche sur lace quelle il y a représentation de S* Jean-Baptiste
SEIGNEURIE SPIRITUELLE ET l’ÉGLISE. 47
(( et une croix de Maltlie à clia([iie coin..., un de- (( vant d’autel de cuir doré..., une croix proces- (( sionale d’arg*ent appartenant à la cominu- (( nautë, etc., etc.
« Du côté de l’Evang'ile et dans le sanctuaire, il « y a une chapelle dédiée à Jean-Baptiste, avec (( un tableau représentant la Vierg'e et Jean, (( au bas duquel sont les armes d’un comman- « deur, laquelle est proprement ornée, vofitée et (X carrelée, dans laquelle il y a le banc du jug’e « du seig*neur commandeur.
(( La chaire à prescher est du côté de l’Epître, « et le banc des consuls du côté de l’Evang'ile « avec le confessional. Il y a quatre chapelles « proprement ornées, l’une dédiée à Notre-Dame « et l’autre à S‘ Barthélemy, et les autres sont du (( côté de l’Epître, sans ornements, toutes carre- (( lées et voûtées. »
Voici maintenant le clocher « en forme de pinacle, avec ses trois cloches » et, autour de l’église, le cimetière fermé.
Nous l’avons constaté avec bonheur, les commandeurs qui se succédaient se montraient jaloux d’assurer une honnête décence aux églises qui relevaient de leur puissance spirituelle, et ils entretenaient avec un respect religieux tous les objets servant au culte divin. Parmi ceux qui se
LA GOMMANDERIE DE CAIGNAG.
disting-uèrenl par une plus grande g*énërosité et dont il faut conserver les noms avec reconnaissance, nous citerons les commandeurs Gëraud de Massas, de Ghâteauneuf-Montlëg'er, de Robin de Barbentane.
De toutes ces richesses, on n’a conservé que l’autel de marbre du dix-huitième siècle, marqué au milieu de la croix de Malte à huit pointes et une belle croix de procession en arg’ent.
Quant aux ornements sacerdotaux, bannières, tableaux et ce rétable d’autel « fort vieux et beau » dont parle le procès-verbal de visite de 1637, il n’en reste rien que le souvenir consig*né dans les archives.
Pendant la Révolution, les chapiteaux des colonnes, sur lesquels étaient sculptés les blasons et les armoiries de quelques commandeurs bienfaiteurs de l’ég*lise, furent sottement mutilés. On fit sauter ou on g*ratta les écussons dont on ne disting-ue plus par côté que les tenans, ang’es, chimères, etc., etc. La pierre quadrang-ulaire qui décorait la porte d’entrée et sur laquelle étaient gravées les armoiries du commandeur Géraud de Massas porte encore les traces d’un g*rattag'e ig-nominieux.
Dans la chapelle Saint-Jean-Baptiste, qui s’ouvrait dans le sanctuaire, du côté de i’Evang*ile, et
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qui était la chapelle des commandeurs, les emblèmes évang-éliques, Fang’e de saint Matthieu, le taureau de saint Luc, le lion de saint Marc, l’aig-le de saint Jean, qui soutenaient dans les quatre ang-Ies les retombées d’arc, furent traités comme de vulg-aires sig'nes héraldiques, malgré l’inscription latine qui les faisait connaître.
Le lion passant armé de l’épée, qui décore la clef de voûte de cette chapelle, fut seul respecté, et ég-alement les armes de Malte, « de gueules à la croiæ d'' argent », qui se voient encore à la clef de voûte de la première travée de l’ég*lise.
Plus tard, g tous droits féodaux et titres seigneuriaux étant abolis^», cette même chapelle Saint-Jean-Baptisle, la plus belle de toutes au point de vue architectural, fut isolée du sanctuaire par une cloison et convertie en salle de réunion et finalement en sacristie annexe, par un curé aux idées très libérales, mais au sens peu artistique.
Aujourd’hui, . la vieille église des seigneurs de Laurac et des Hospitaliers est près de tomber en ruines. Sa toiture fait eau de partout; les pierres de ses massifs contreforts se disjoignent et s’effritent; son vieux clocher, en forme de pinacle, n’a
I. Ancienne délibération du Conseil de fabrique. — Archives de l’église.
LA COMMANDEHIE DE GAlGiNAC.
pas su résister aux injures du temps et à Foubli des hommes. Hélas! les vig*ilants chevaliers ne sont plus là, et c’est en vain que ce clocher démantelé et découronné reg-arde, par-dessus les maisons du villag*e, à travers les ouvertures vides, d’où ses cloches sont tombées^ le vieux donjon seig*neurlal qui se dresse toujours fièrement, là-bas, qui le domine encore, mais qui ne peut plus ni le protéger ni le relever de ses ruines.