‹ Monographie de la commune de JuvignyChapitre 10 sur 19 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Jean Clozter fonde un ti're âfi chapelain. — Il meurt. — Charles Roland lui succède. — Beconstruclion du château. — Chapelle du ch&teau. — Claude Garnesson, premier chapelain. — Nicolas Pilon se démet de la cure. — Nomination de Jean Merlin à sa pljce. — Election d'une sage-femme. — Mort de Charles Roland.

Malgré les luttes et les petits démêlés d'intérêt qu'avait suscités Jean Clozier/il n'en fut pas moins fidèle aux traditions de vertu qu'il avait recueillies de ses père et mère, comme un pieux héritage. Aussi, voulant faire un saint usage des biens que la Providence lui avait si largement départis, il fonda un titre de chapelain pour le service particulier du château et celui de la paroisse. Ce chapelain, qui devait être agréé par l'évêque, était à la nomination du seigneur et révocable à sa volonté. Il devait, chaque semaine, célébrer trois fois la messe dans la chapelle du château, et trois fois dans la chapelle du Rosaire, établie par son père à Notre-Dame, et de plus aider le curé dans toutes les fonctions ecclésiastiques ^ui lui seraient confiées. Son traitement, payable par quartier, comme les portions congrues, consistait dans une rente annuelle et perpétuelle de 300 livres non rachetable ni amortissable sur un contrat de constitution qui appartenait au fondateur.

L'acte fut passé le 6 mars 1702, par-devant

Guyot, notaire, en présence de Louis Bayen, laboureur à Vraux, et de Jean Le Rouge, recteur d'école, à Juvigny.

L'évêque de Châlons, après Favis favorable du promoteur, de Nicolas Pilon et de Jacques Raussin, curés de N.-D. et de Saint-Martin, qui tous reconnurent que cette fondation ne pouvait être que très utile à ces paroisses, en contribuant plus abondan)ment au bien des âmes, reçut et agréa la fondation de messire Jean Clozier. .

Celui-ci ne put jouir des avantages spirituels qu'il s'en était promis; il mourut le 22 juin de la même année, en la communion de la sainte Église. Le lendemain, son corps fut conduit à N.-D. par Jacques Raussin , curé de Saint-Martin , dont relevait le château, et inhumé dans la chapelle du Rosaire, par Nicolas Pilon. Claude et Philippe Clozier, ses deux sœurs, signèrent l'acte de décès. Jean Clozier était âgé de cinquante-neuf ans.

Charles Roland , son neveu , gentilhomme ordinaire du roi , fut appelé à recueillir son héritage. Depuis l'année 1 694 , il possédait déjà , par acte de donation de Claude Clozier, sa mère, le quart des terres de Juvigny et La Veuve, et le quart des droits seigneuriaux des fiefs de Frambourg et Noire- Fosse.

Jean Clozier, par donation entre vifs, lui avait donné, par acte du 1®' février 1702, la moitié de la terre et seigneurie de Juvigny et La Veuve,

relevant du domaine d'Epernay, consistant en haute justice, moyenne et basse censîve; la inoitié au fief de Frambourg, en franc-alleu noble et ses dépendances, la moitié en la garenne de Juvigny, la totalité du château , Nôire-Fosse et les meubles meublants du château (1).

De grands travaux s'exécutaient au château de Juvigny, lorsque M. Roland en prit possession. Le 3 février \ 702, Jean Clozier avait passé un marché avec Nicolas Petit, architecte à Reims, pour desmolir le chasteau de Juvigny et le rebastir, en lui fournissant tous les matériaux nécessaires pour la construction, moyennant la somme de 4" 10' par chacune toise de maçonnerie tant plein que vuide, y compris la démolition. La dépense s'éleva, en \ 702, à la somme de < 365^ ■U»6d (2).

Deux ou trois ans plus tard, le château devait être terminé. C'est celui qui existe maintenant.

Le château , avec son vaste corps-de-logis et ses

(1) L'inventaire du mobilier atteste une richesse princière ; il ne contient pas moins de 16 p. in-r**. La bibliothèque n'était pas considérable , et j'ai compté moins de volumes que de fauteuils en velours cramoisi et en bois doré.

(9) J'ai puisé ces renseignements dans VEitat des marchù fcùlt pour le restablÎMemeni du chasteau de Juvigny, de la despense qui y a este' faite en l'année 1702 et des quittances qui ont este' tirés des ouvriers et manauvres qui y ont travaillés, — Terrier de M. Léon Godart.

La journée d'un ouvrier atteignait alors rarement 1 fr. ; celle d'un manœuvre, non nourri, 5 à 6 sols ; celle d'une femme S sols.

deux grandes ailes , ses longs corridors, ses somptueux salons, sa belle horloge, ses tourelles féodales que remplacent deux coquets pavillons, ses hautes et nombreuses fenêtres, sa spacieuse cour carrée, ses caves profondes, sa verte pelouse, ses grands arbres, sa belle allée de hêtres séculaires , ses eaux limpides qui l'entourent comme d'une ceinture, voilà le château du commencement du xviii® siècle, voilà Tœuvre de Nicolas Petit. Et moi, considérant cette grande et confortable habitation, je me prends à regretter, au point de vue de l'art, les pontslevis , les bastions , les vieux murs épais avec leur dentelle de Hère et de lichen , les crenaux de l'antique château des Huard , des Olivier de Juvigny, la vieille maison féodale de Nizelle et de Frambourg I

La chapelle du château fut placée à l'extrémité de l'aîle droite. Rien à l'extérieur n'indiquait que cette partie du bâtiment fut consacrée au culte. La chapelle n'avait rien de monumental. L'autel était en bois , et le rétable était orné d'une très bonne copie de Y adoration des Mages, de C. Vanloo. A droite et à gauche de l'autel, étaient deux autres tableaux de Tisserand, peintre de Reims, le premier représentant saint Pierre, à la porte speciosa, guérissant un paralytique, l'autre qui représente saint Charles Borromée, patron de la chapelle, recevant l'annonce de sa mort prochaine, par le ministère d'un ange, dans la chapelle du

Sépulcre. Ces toiles furent données à Téglise de Juvigny, au commencement de ce siècle, par M. Perrin, des Vosges, alors propriétaire du château.

Le premier chapelain fut Claude Gamesson , né à Fère-Champenoise , prêtre du diocèse de Châlons. Son nom paraît sur les registres paroissiaux de 1 705.

Quelque temps avant, Nicolas Pilon, curé de Juvigny depuis le i janvier 1688, s'était démis volontairement de sa cure, entre les mains des chanoines de Notre-Dame-en-Vaux.

« M® Nicolas Pilon, chanoine de Péglise collégiale de la Sainte-Trinité, chapelain de Tancienne Congrégation de la ville de Chaalons, a déclaré remettre et résigner purement et simplement la dite cure de Juvigny, a juré et affirme qu'en la présente démission n*est intervenu, ni interviendra aucun dol, fraude, simonie, ni autre paction vicieuse et illicite. Fait et passé à Chaalons du S** jour d'avril i70i (1). >

> En même temps, les dits sieurs chanoines-curés de Notre-Dame ont nommé pour curé de Juvigny, au lien et place du dit sieur Pilon, M* Jean Merlin, prêtre, et ont fait dresser l'acte qui suit, l'adressant à MM. les vénérables doyen, chanoines et chapitre de Téglise cathédrale de Chaalons à qui la présentation appartient. >

» Aux vénérables et circonspectes personnes, les doyen, chanoines et chapitre de l'insigne église de Chaalons,

» Les chanoines-curés de l'église collégiale et paroissiale de Notre-Dame-en-Vaux, de Chaalons, salut avec toute soumission et révérence.

(1) Registre des conclusions du Chapitre de la collégiale de N.- D.-en-Vaux, page 12Î. — Mss. déposé aux Archives départementales ; fonds do Chapitre.

> La cure de Notre-Dame de Juvigny au diocèse de Chaalon3 étant devenue vacante par la démission pure et simple de M* Nicolas Pilon, prêtre, dernier et immédiat possesseur pacifique de la dite cure; attendu qu'en vertu de nos droits canoniaux et prébendes, la nomination à eette cure noua appartient ainsi qu^à vos seigneuries appartient la présentation, avons nommé et nommons par ces présentes, pour administrer cette cure, avec résidence personnelle, M® Jean Merlin, prêtre du susdit diocèse, que nous avons trouvé apte et capable de la desservir ; suppliant instamment vos seigneuries de daigner présenter pour la collation, provision et institution , le dit M* Jean Merlin à Illustrissime et Révérendissime Seigneur Gaston-Jean-Baptiste-Louis de Noailles, évêque-comte de Chaalons, pair de France; veuille le Seigneur vous accorder des jours longs et heureux ! En foi de quoi nous avons revêtu les présentes de notre sceau. Fait et passé en notre Chambre capitulaire, lieu ordinaire de nos séances, Tan de Tlncarnation 170i, le 8' jour d*avril. Signé: Thevenyn (1). >

Jean Merlin n*était âgé que de vingt-six ans, lorsqu'il fut nommé curé de Juvigny (40 avril). Il sut, pendant une administration de près de quarante années, se montrer un prêtre pieux, zélé et instruit. Il était fils de Nicolas Merlin , notaire royal à Châlons.

Rien de particulier ne signala les premières années de son entrée dans le ministère piastoral.

En 1 707 , il se fit une élection qui nous paraît étrange, et qui nous fait connaître un des usages particuliers de cette époque au sujet du choix d'une sage-femme. « Le 30 janvier, à Fissue des vêpres

(1) Page 193 des Conclwiont. Voir le texte latin à l'Appendice.

de ma paroisse, écrit H. Merlin dans les registres, dans rassemblée indiquée à ce but, les femmes en grand nombre ont choisi la veuve Louis Lorin pour sage-femme de la paroisse , sans opposition. Ensuite de quoi , elle a prêté serment entre nos mains , requis en pareil cas, en présence de Jean Le Rouge, recteur d'école en cette paroisse (1). »

On comptait environ trente à trente-cinq baptêmes dans les deux paroisses de Notre-Dame et de Saint-Martin.

Le 28 avril 4 71 0, Jean Merlin mariait à Juvigny messire Jean-Baptiste de Parvillez, conseiller du Roi , receveur des tailles , et damoiselle Marianne Paris , fille de messire Jérôme Paris , conseiller du Roi , en présence de messire Germain Dubois de Crancé, chevalier, seigneur deLivry, commissaire provincial des guerres de Sa Majesté en Champagne; de messire Benjamin Berthellier, écuyer, trésorier de France au bureau des finances en la généralité de Châlons; de messire Louis Clozier, chevalier, seigneur de Puitz, lieutenant-général d'épée au bailliage et siège présidial de Châlons ; de messire Antoine Parchappe , chevalier, seigneur de Noyers.

En 1713, Pierre de Kerancoz, docteur en Sorbonne , curé de Saint-Alpin de Châlons , doyen et

(1) En Tannée 1734, pareille mention est faite sur les registres paroissiaux , de l'élection de Jeanne Brunet, comme sage-femme de la paroisse.

promoteur général du diocèse, célébrait le mariage de Joseph Garnesson , frère du chapelain du château, avec Marguerite de Bouilly, fille du lieutenant en la justice de Sarry.

Quelque temps après, les deux sœurs de M. Merlin se mariaient également à Juvigny.

Le 21 mai 1 74 3 , M»' Gaston de Noailles y vint donner la confirmation.

Jacques Raussin , prêtre de Tordre de Saint-Benoît, prieur-curé de La Veuve et de Saint-Martin, était mort le 27 avril 1 71 1 , après avoir reçu les sacrements , et avait été inhumé dans Téglise Sainte- Madeleine de la Veuve , par Pierre Vaudron , curé de Sarry, doyen de Bussy-le-Château. Jacques Raussin avait été ordonné prêtre en 1684.

Joseph Frotte lui succéda.

En 1 722 , le 1 2 juin , messire Charles Roland , écuyer, seigneur de Juvigny, La Veuve, Suzanne et autres lieux, gentilhomme ordinaire du Roi, était inhumé dans l'église Notre-Dame, par les curés de Notre-Dame et de Saint-Martin.

Après son décès, les portions qu'il possédait dans les terres de Juvigny et La Veuve furent recueillies par son fils, Pierre-Charles Roland qui, plus tard, réunit sur sa tête toute la terre, en achetant le dernier quart de cette terre à Louis-Auguste Thiboust de Berry, chevalier, seigneur, comte de La Chapelle-en-Brie (1 ) .

(i) Ce fut en 1740 que L.-A. Thiboust de Berry, seul héritier de

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