CHAPITRE VIII
Visite épiscopale de MS' de Saulz-Tavannes. — Procès-verbal de visite. — Vices dominants dans la paroisse. — Sentence du Présidial au sujet des danses. — Jean Merlin s'intéresse aux pauvres de Juvi^y ; — il est nommé promoteur du doyenné de Bussy. — Sa mort. — Jacques de Gaulle dessert la paroisse. — Jacques Royer est nommé curé. — Revenus de la cure. — Mort de Jacques Royer. — Son épitaphe. — Philippe Tbit&ult, — Jacques-Michel Bongrain, — Henri Formey , curés succesifs. — Charles Roland , seigneur. — Reconstruction du portail.
Le \ •' mai 1 726 , W Louis Nicolas de Saulx- Tavannes, évêque, comte de Châlons, pair de France, premier aumônier de la reine, arrivait à Juvigny, accompagné des abbés Yignau, Le Maistre de Paradis et Hocart, ses vicaires généraux, de M. Desprez, prêtre de la Congrégation de la mission, supérieur du grand Séminaire, de son secrétaire et de ses deux aumôniers.
Le procès-verbal de visite offre des détails intéressants.
« Soixante garçons et quarante filles fréquentent l'école pendant six mois.
dame Philippe Glozier, femme du comte de La Chapelle, vendit à P.-C. Roland le quart lui appartenant dans la seigneurie , moyennant 4,000 fr.; le quart dans le fief de Frambourg, moyennant 2,000 fr.; plusieurs terres et héritages, moyennant 12,000 fr. M. Roland acheta en Dutre à divers habitants un grand nombre de parcelles situées dans l'enceinte du ch&teau de Frambourg, en la môme année 1740. — Archives de M. Léon Godart.
» Le clocher et les deux cloches sont en bon état.
» La voûte, qui est au-dessus de la grande porte^ et celle des fonts, menace ruine.
» Il existe deux autels latéraux : l'un sous Tinvocation de la Sainte-Vierge, l'autre sous l'invocation de Saint-Pierre.
Le mobilier de la sacristie était riche.
La messe de paroisse était chantée à huit heures en hiver, à dix heures en été; les vêpres à une heure et demie.
Le troisième dimanche de chaque mois, il y avait exposition du Saint-Sacrement, et prières du soir tous les jours, excepté le temps de la moisson.
» La fête patronale est la Nativité de la Sainte- Vierge.
» Il existe une confrérie du Rosaire.
» Le curé, Jean Herliïi, est âgé de quarante-huit ans. Deux servantes et un valet font le service de sa maison.
» Le revenu de la cure est d'environ 400 livres. Les patrons du bénéfice sont les chanoines de Notre- Dame-en-Vaux ; et les décimateurs sont les chanoines de l'église de Reims pour un tiers ; ceux de N.-D. pour un tiers, l'abbé de Toussaint et le prieur-curé de La Veuve et de Saint-Martin de Juvigny, son annexe, pour le dernier tiers.
» Jean Mailly était lieutenant en la justice; Pierre Droullé, procureur fiscal; Jean Le Rouge, greffier, et Etienne Robin, sergent. »
A SainMAartin, dix enfants fréquentaient l'école. Is curé, Joseph Protte, religieux Prémontré» était âgé de soixante-trois aQS.
Le procès-verbal nous donne ensuite le nombre des communiants qui était, pour la paroisse de N.-D., de trois cent-dix, pour celle de Saint-Hartin, de soixante-deux. Trois personnes seulement n'avaient pas accompli le devoir pascal.
Le nombre des confirmants dans les deux paroisses fut de cent-cinquante. Il n*y avait pas eu de visite épisoopale depuis le 21 mai 1 71 3.
Les revenus de la fabrique de M. -D. étaient alors de 300 livres environ; ceux de Saint-Martin de 80 livres, déduction faite de l'acquit de vingt obits.
Le procès-verbal signale encore les vices dominants dans la paroisse. Puissent les descendants ne point se reconnaître dans le tableau suivant, tracé par H. Merlin (1)1 «Les cabarets trop fréquentés, surtout les fêtes et dimanches ; les injustices qui suivent Fesprit de chicane et la mauvaise foi ; la danse avec mélange des deux sexes (2) ; les que-
(I) ASta» pa/rewtûm p^or avU tul^ Nom nequiores, mow dattfros Progeniem vitiosiorem.
Horace, ode 6, liyre m.
SupposoBS que le poëte romain D*af t pas eu toute raison d'airancer que la génération présente est pire que cette de ses pères , il ne faut pas moins reconnaître que la pauvre humanité est revêtue des mêmes &iblesses , et que sous le rapport moral et religieux, elle a beaucoup perdu. Il ne tient qu'à nous de Ikire mentir le podte.
(3) Citons , en passant , un lait qui eut pour ^éfttre le TiOage it
relies avec fimporteineBts et blasphèmes ; tes veilles où les garons sont admis avec des violons; la garde de petits troupeaux de bêtes à cornes par des enfants et domestiques de difierent sexe, qui est la cause de beaucoup de doipnmages dans les prés et de beaucoup d'autres désordres. »
L'évêque porta aussitôt Tordonnance suivante écrite et signée de sa main : « Nous défendons très expressément , et sous les peines portées par les
Kecy , situé à quatre kilomètres de Ji>vif|*ny , et qui montrera quelle était la discipline de cette époque au sujet des danses :
• Le 14 décembre 1&65, et le 3 septembre 1667, le Parlement de Paris avoit rendu deux arrrêts pour interdire les danses publiques , à peine de cent livres d'amende , tant contre chacun des contrevenants , que contre les seigneurs qui ]es auroieoit souffertes , et les officiers qui auroient du les empêcher , et qui ne l'auraient point fait. Au mois d'août 1669 , on contrevint d'une manière scandaleuse à ces arrêts dans le village de Recy, proche Chàlons. Le Présidial, dont le dief était un homme de bien , ayant été informé de cette contravention , ordonna par une sentence du mois de septembre 1669f que les dits arrêts seroient exécutés dans toute leur rigueur ; et pour les avoir violés H condamna le seigneur du Keu à deux cents livres d'amende, au lieu de cent prescrits par ces arrêts. Ce seigneur en rappela au Paiement. Hais il y fut mal reçu. La Cour rendit un arnôt le 9 août 1670, par lequel il est ordonné que le seigneur de Recy , fera vuider son appel dams six mois, et cependant que l'arrêt du 8 sepienibré 1667 , seroiit exiécuté , et suivant ioelui tùt inhibition et défense au dit seigneur et à ses oflUciers de permettre ni de souffrir aucunes danses publiques dans le lieu de Recy , à peine de 900 livres d'amende et d'interdiction contre les dits officiers. M. de GhftloBs appuya œ jugement , et s'en servit pour Caire connol^'e la danger de oes sortes de divertissemens , et combien ils étolent contraires à l'esprit du Christianisme et pernicieux pour les mœurs. • (Extrait ^e l'a vie de meuire F4liaf Vialêrt de Beree, évêque et eomte de Châlont, pair de France. 'CoJqgne, un vol. in-lB, 17S8,p SS7 etâSS.)
Statuts de notre diocèse, aux garçons de se rendre aux assemblées qu'on nomme les veilles. Pour obvier aux scandales et désordres qui s'y commettent, ordonnons aux parents, et enjoignons au sieur curé d'y veiller exactement , pour que notre défense ne soit point enfreinte.
« f Nicolas, évêque, comte de Chaalons. »
M. Merlin présenta en outre à M^'* un mémoire particulier duquel il résulte que, contre l'intention formelle du fondateur, le chapelain du château ne disait que peu de messes à la paroisse N.-D., et refusait tout concours spirituel à cette même paroisse.
En conséquence, Claude Gamesson fut invité à s'acquitter des obligations que lui imposait son titre.
Le curé de Juvigny se plaignait en même temps que la rente de 1 52 livres , fondée en 1 684 par dame Catherine Hennequin, n'était point servie fidèlement aux pauvres de Juvigny et de La Veuve, et il suppliait humblement sa Grandeur d'employer auprès de Madame de Juvigny les moyens que sa prudence lui suggérerait pour qu'il fût fait de ses revenus et des sommes non distribuées un usage conforme aux intentions de la donatrice.
Il est à croire que la haute influence de l'évêque de Châlons fit de nouveau bénir le nom de M"* Clozier , et celui du curé dont le cœur charitable se révèle dans cette plainte que l'amour des pauvres
— Blet de la justice l'avait porté à déposer aux pieds de son évêque.
Au mois de juillet suivant, Jean Merlin fut nommé promoteur du doyenné de Bussy-le-Château , doyenné dont dépendait la cure de Juvigny. Cette faveur était importante et montrait la haute estime de révêque pour celui qu'il revêtait de cette dignité. Le promoteur était avec le doyen, placé à la tête des conférences, pour être un modèle des vertus sacerdotales , pour les faire fleurir parmi ses confrères , et pour maintenir , sous l'autorité de révêque, les mœurs et la discipline ecclésiastiques. Il présidait les assemblées, visitait les paroisses, et jouissait du privilège d'assister aux synodes diocésains.
Aussi voyons-nous M. Merlin se rendre à ceux qui furent tenus à Châlons en 1 728 el années suivantes.
En cette qualité , il rendait les derniers devoirs à Joseph Protte , chanoine régulier de l'ordre de Prémontré, prêtre, curé de la paroisse de La Veuve et de celle de Saint-Martin de Juvigny, décédé le 10 avril 1730, à l'âge de 68 ans.
L'acte est signé par L. Protte , curé de Saint- Martin à Saint-Memmie ; Adnet, curé de Saint- Martin-sur-le-Pré ; Fourré, curé de Dampierre-au- Temple; Cailletau, curé de Vadenay; Thomassu, curé de Recy; Billet, prieur; Louis Laurency, curé de Saint-Étienne-au-Temple, ancien curé de
Juvigny; Fauvage, curé de Saint-Jeain ; Hferlin, curé de Juvigny , promoteur , et Gamessan , chapelain.
Quelque temps après» plusieurs habitants de Juvigny déposèrent au parquet du procureur da Roi de Châlons une plainte contre ce dernier, en même temps qu'ils présentaient une requête à Monseigneur pour se plaindre de ses scandales.
Il est probable que les faits n'étaient pas clairement prouvés, puisque l'on voit reparaître sur les registres la signature de Claude Gamesson , remplaçant M. Merlin pour les fonctions du ministère.
Claude Gamesson mourut dans la nuit du 17 au 1 8 mars 1 740, après avoir reçu tous les sacrements, et fut inhumé le 19 par M. Merlin. II était âgé de soixante-dix-huit ans.
Jean Merlin le suivit de près dans la tombe. Le 47 septembre 1741, il signait son dernier acte, et trois jours après, le 20, il rendait son âme à Dieu, à l'âge de soixante-trois ans , surpris à Pierry par une maladie inopinée. Le curé de cette paroisse avait pu le confesser et lui administrer le Saint- Viatique et l'Extrême-Onction. Il fut inhumé dans le sanctuaire de l'église de Pierry, le 21 septembre.
Le 28 du même mois , ses confrères , conformément aux statuts du diocèse , célébrèrent dans l'église N.-D., un service solennel auquel assistèrent tous les habitants en larmes. L'acte qui fut rédigé à cet effet est signé de MM. Cailletau, Fourré,
Guépard, prieur de La Veuve et curé de Saint- Martin^ Thomassu, Marquis et Michel.
Jean Merlin h'àvstit eu qu*tine seule épouse spirituelle, l'église Notre-Dame; il T-avait gouvernée et sanctifiée pendant trente^huit ans;
Elle resta veuve de pasteur titulaire pendant trois mois. Joseph Dosûe qui fui curé de Saint- Germam avait été nommé à la cure, mais ne Favait point acceptée. Jacques-François de Gaulle la des-servit par intérim (1).
Jacques Royer, ancien curé de Coole, fut nommé curé de Juvigny le 21 novembre et prit possession le 22. Jean Joseph Lamirault, curé de Sarry, doyen de Bussy, l'installa selon les formes prescrites par le rituel, en présence de Paul dé Salse, chapelain du château, de J.-F. de Gaulle, prêtre desservant, de Jacques Pannerot, syndic et de Pierre Droullé, procureur fiscal.
Deux ans après, Jacques Royer était, comme son prédécesseur, promu aux fonctions de promoteur du doyenné.
Les revenus de la curé consistaient alors en un
(I) Pour ce qui est du titre de desservant, à cette époque , il n'avait pas l'acception restreinte que lui donnent les articles organiques. Il signifiait un prêtre chargé provisoirement de desservir une paroisse pendant la vacance de la cure. — Jousse, Traite' du gouvernement spirituel et temporel des Paroisses. 1 vol. in-12. Paris, 1769.
Jacques-François de Gaulle devint , peu api*ès , curé de Villevenard , et doyen du doyenné de Vertus. Il avait été ordonné prêtre le S7 mai 1741.
gros qui est de quarante-huit septiers; savoir: vingt-sept septiers de seigle, vingt d*orge et huit de froment, mesure de Châlons; en un supplément de 82 livres 1 sous , payables par les décimateurs, les chanoines de N.-D. de Châlons, ceux de la cathédrale de Reims, Tablée Le Maistre et le prieur de La Veuve; en une petite ferme que la cure fait valoir de moitié , laquelle moitié est estimée 60 livres; en la réception des novales qui peuvent valoir 20 livres.
Le curé de N.-D. était taxé aux décimes à la somme de 55 livres ; de plus il dépensait pour les réparations annuelles de son presbytère 20 livres en moyenne {1 ) .
Jacques Royer fut curé de Juvigny pendant douze ans. Le Doyen qui avait présidé à son installation présida encore à ses obsèques. Jacques Royer, âgé de soixante-et-un ans, fut inhumé dans le cimetière de la paroisse, le 25 mai 1753, en présence de François Thomassu , curé de Recy, de Gérard Malicet, curé de Vadenay, de Jean-Pierre Mahoult, curé de Saint-Etienne-au-Temple, de Simon-Remi Le Sure, prieur-curé de La Veuve et de Saint-Martin (2), de Charles-Gaston Seneuze, curé de Saint-Martin-sur-le-Pré , de Paul de Salse ,
(1) Extrait de la déclaration des biens et revenus de la cure de Juvigny et des charges de ces mêmes biens ; conformément aux intentions de Sa Majesté^ par Jacques Royer , en 17K1.
(3) Il avait été nommé le 27 janvier 1781 , en remplacement de Jean Chepy.
chapelain de M. de Juvigny, de Nicolas Gard^ prieuiM^uré de Bouy, du P. Pacôme La Grange^ récoUet, desservant la paroisse.
Une modeste pierre sur laquelle repose une croix, en fer, recouvre les restes mortels de Jacques Royer i elle porte cette simple inscription :
CY GIST M* lACQVES
ROYER CVRE DE