CETTE PAROISSE DECEDE LE 24 MAY
17 IHS 55
Philippe Thibault» prêtre du diocèse de Châlons^ le rempla^ le 1*' juin. Il ne fut installé qu'un an après , ce qui ne Tempêcha pas de remplir aussitôt sa nomination le ministère pastoral à Juvigny.
Le 23 février 1 756, il était nommé curé de Sarry, résidence épiscopale, et établi doyen du doyenné de Bussy-le-Château.
Jacques-Michel Bongrain, du diocèse de Châlons^ curé de Marson et Francheville, succéda à Philippe Thibault. Il fut nommé le 12 mars 1756.
A cette époque , la terre et seigneurie de Juvigny appartenait toujours à Pierre-Charles Roland, conseiller au Parlement de Paris, commissaire aux requêtes du Palais.
Il eut aussi, comme son bisaïeul, à défendre son héritage contre les persécutions du domaine. Un arrêt du conseil d'Etat avait commis Tintendant
de Champagne poar procéder à la revente des terres et seigneurie de Juvigny, comme faisant partie du domaine. Charles Roland appela au Roi de cette décision; il prouva que la terre de Juvigny était d^ndante du domaine d'Epemay cédé par le Roi au duc de Bouillon, en échange de la souveraineté de Sedan et de Raucourt, en sorte qu'il ne pouvait être tenu d'en rendre foi et hommage qu'au duc de Bouillon. De plus , le procureur général de la Chambre des comptes lui avait donné main-levée de la saisie féodale, et les droits appartenant à Sa Majesté sur les mairies de Juvigny et La Veuve avaient été liquidés par le duc de Bouillon à la somme de 18,163 livres 3 sous 8 deniers.
Le Roi entendit favorablement les justes réclamations de H. Roland, et déclara les terres de Juvigny et la Veuve patrimoniales et non domaniales, et en conséquence non sujettes à revente (1).
Charles Roland n'était point marié. Il était d'uD caractère ardent; plusieurs fois il montra une grande fermeté dans les conseils du Roi, et s'il était sensible à une disgrâce, il ne faisait rien pour l'éviter , quand il croyait devoir exprimer franchement son opinion (2).
(1) Arrêt du Conseil d'État du Roy, tenu à Versailles , le 8 mai 1767. — Archives de M. Léon Godart.
(2) Un ancien du pays, dont le père avait été au service de M. Roland , me racontait que deux fois il avait été envoyé en exil. Il paraît même qu'il était une des colounes du Jansénisme.
Par son testameiit olographe dti 8 août 4780^ il légua tous ses biens à Jeanne-Geneviève Gniyn , veuve en premières noces de Martin Fraguier , et en secondes de Jalcques-Antoise Baratier ^e Saint- Auban , sa cousine germaine, mère de Pierre-Nico^ lafr-Florimottd Fraguier, son neveu à la mode de Buetagne, à la charge de substitution &à faveur dudit Fraguier , son fils. Il ajoutait que dans le cas où madame de Sain1>-Auban ne consentirait pas à posséder les biens à titre de substitution , il instituait M. Fraguier son légataire universel. M. Fraguier devait être le dernier seigneur de Juvigny t
En 4 773 , la cure de Juvigny avait aussi changé de maître. Henri Formey permute avec Jacques- Michel Bongrain qui le remplace à Drouilly. C'e^t lui qui présida à la reconstruction du nouveau presbytère. ,
J'ignore si Fabbé de Salse avait été remplacé depuis l'année \ 760 , que son nom disparaît des registres paroissiaux.
En 1 784 , Etienne^oseph Delacour, né à Aigny, prêtre du diocèse de Reims, remplissait les fonctions de chapelain au château de Juvigny. Il était âgé de 26 ans.
C'est en cette même année 1 784 , que furent entrepris les grands travaux de restauration du portail, des bas-côtés et du perron de l'église Notre- Dame de Juvigny.
M. Durand, rarchitecte de l'hôtel-de-ville de
Cbâions, du palais de l'intendance, de la porte Daupbine, et qui possédait à Juvigny une maison de campagne , fut choisi pour reconstruire ce portail. H. Durand était un homme d'un talent distingué , mais malheureusement , il suivait l'impulsion du siècle. On trouvait alors trop gothiques nos belles églises du xni* siècle ; il fallut les affubler à la grecque ; c'était le paganisme dans l'art I Aussi ce portail grec , adossé à l'église de Juvigny, quoique d'un bon style architectural , quoiqu'orné d'un fronton et de chapiteaux d'une riche sculpture , choquet-il tous les amis de l'art , depuis que le goût des saines traditions en architecture revit chez nous. Heureusement que le temps qui respecte moins ce genre de constructions que les constructions gothiques , aura bientôt fait justice de ce hors d'œuvre.
L'édification de ce portail fut confiée à Jean~Antoine Lochet, de Juvigny, qui perdit sa fortune dans cette entreprise.
Voici ce qu'écrivait au sujet de cette reconstruction, le 6 mars 1786, le président Fraguier à H. Delfraisse, directeur général de l'entrepôt du tabac à Châlons , seigneur de Virly :
« M. Durand m'a dit que les ouvrages du portail et bas-côtés de notre église n'étaient nullement avancés , ce qui donnait avec raison beaucoup d'humeur à M. le curé Formey , votre bon amy; Et comme je ne suis jamais opposé à la raison , voilà pourquoi je vous prie d*empêcher qu'on ne dresse
— sole second rôle de payement , jusqu'à ce que Lochet aye mis le tout à couvert , et qu'on puisse être à Tabry des intempéries de l'air et du froid excessif qu'il fait notamment à Paris où le vent, la neige et la bize nous glacent depuis huit jours au delà de tout ce que l'on peut dire. »
Et le 18, il écrivait encore: « Je ne suis point surpris que l'ouvrage des vitraux soit mal fait, d'autant que le pauvre Lochet ni entend rien, et nous verrons ce qu'il y aura à dire à mon premier voyage. )>
Dans ces mêmes lettres, M. Fraguier s'entretenait avec M. Delfraisse du tracé de la route de Louvois » entrepris en 1786 , pour le service des Dames de France. Le président à la cour des Comptes se berçait de l'espoir de faire établir à Juvigny un relai pour ces Dames , de pouvoir leur faire escorte , lorsqu'elles iraient de Louvois à Châlons , et d'avoir l'honneur de leur faire sa cour.
Mais les temps marchaient à pas précipités vers. une révolution. Les ferments de divisions, l'esprit d'impiété et d'irréligion surexcités par la philosophie du XVIII® siècle, fomentés par le désir du changement et l'amour de la nouveauté, allaient bientôt faire explosion. La lutte du bien et du mal se préparait ardente , terrible I la victoire momentanée de l'esprit du mal devait montrer au monde jusqu'à quel point de dégradation , d'abaissement intellectuel et moral , tombe un peuple qui a renié Dieu , toute idée de vertu et de justice t..