‹ Monographie de la commune de JuvignyChapitre 15 sur 19 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Nomination de marguilliers. — Visite de l'évèque constitutionnel Dio t. — On brûle les titres féodaux. — Le curé Formey renonce à ses foDctions. — Incendie à Javigny. — Fête de la prise de Toulon. — L'abbé Formey quitte la paroisse. — L'abbé Delacour. — Ses erreurs. — Sa mort. — Cessation du culte public. — Fête de la déesse Raison. — Ridicule de ces fêtes. — Rappel de l'abbé Formey. — 11 restaure l'église. — Il meurt. — Juvigny cesse d'être canton.

La révolution avait de la peine à s'introniser dans Juvigny, Une répulsion secrète causée par leâ excès révolutionnaires, par ses tendances irréligieuses et subversives , par le renversement successif de Tordre de choses depuis si longtemps établi , s'emparait du cœur des hommes honnêtes, du cœur de ceux-là même qui l'avaient saluée comme l'aurore

(1) A Notre-Dame : 4 lampes d'argent, piîsant 4 livres; — i encensoir avec sa navette, 9 livres 1/2 ; — 2 bassins d'argent, i/2 liv. — î burettes , i/î livre ; — I soleil , — 1 ciboire, — 2 calices , — ) patènes et I autre petit ciboire , le tout en argent.

A Saint-Martin : 2 burettes en argent ; — 1 bassin d'argent , — • 1 soleil , — i ciboire , — i calice.

Dans la nuit du K janvier 1793, des voleurs s'étant introduits dans l'église Saint-Martin^ en enlevèrent le ciboire, et laissèrent les Saintes Bspèces sur le corporal. Ils s'emparèrent en outre de plusieurs surplis. Les auteurs de ce vol sacrilège restèrent inconnus.

La chapelle Saint- Charles , au château de Juvigny , possédait un calice avec sa patène , une paire de burettes en argent avec plat en argent.

du bonheur et des libertés. A part quelques esprits exaltés, la population de Juvigny était saine et paisible.

Le 1 3 janvier 1 793, on procédait encore à la nomination des marguilliers de Téglise Notre-Dame et de Saint-Martin. A Notre-Dame , c'étaient Pierre- François Carré et Laurent Sévestre : à Saint-Martin, Pierre Verdenet et Pierre-Jean Lhôte (4).

Pierre Mestrude, ancien procureur de la commune, était mort avant d'avoir vu les mauvais jours. Raphaël Herlequin avait donné sa démission de maire. En février, Pierre-François Carré le remplace. Les autres dignitaires se retirent, et bientôt va dominer la figure révolutionnaire de Nicolas Jacquot et de ses acolytes, Nicaise-Thomas Goujard et Malotet. C'est le règne des ténèbres.

Nicolas Diot, ancien curé de Vendresse , évêque constitutionnel de la Marne , vint bénir la République à Juvigny, le 13 juin, et donner la confirmation à quelques rares et jeunes disciples. Il avait été reçu la veille , avec une certaine solennité par le curé de Notre-Dame, accompagné de la garde nationale.

Le 14 juillet, les électeurs du canton votaient TacceptatioD de la Constitution.

Condorcet avait prononcé ce discours à l'Assemblée nationale : « C'est aujourd'hui l'anniversaire de ce jour mémorable où l'Assemblée constituante,

(I) Ce dernier que j'ai enterré en 18»! , à Tâge de quatre-vinglseize ans.

en détruisant la noblesse, a mis la dernière main à rédifice de Tégalité politique. Attentifs à imiter un si bel exemple, vous Tavez poursuivie jusque dans les dépôts qui servent de refuge à son incorrigible

vanité D'autres vestiges en subsistent encore

dans les bibliothèques publiques, dans les chambres des comptes, dans les maisons. Il faut envelopper ces dépôts dans une destruction commune. Je propose, en conséquence, de décréter que tous les départements sont autorisés à brûler les titres qui se trouvent dans les divers dépôts (1). »

On ne fut que trop fidèle à exécuter à Juvigny un ordre dicté par une aussi stupide fureur.

Le sixième jour de frimaire, an 2 de la République française, une et indivisible, le citoyen Paulmier, sur la réquisition des membres de la municipalité, leur remit tous les titres féodaux qui dépendaient de la ci-devant seigneurie , puis après examen ( il y en avait 21 7), on en fit un auto-da-fé ; le feu consuma tous ces titres précieux un à un, et leur cendre fut jetée aux vents. Il est vrai de

dire qu'ils brûlaient en présence de Tarbre de la liberté (2) ! Les auteurs de ce vandalisme ont signé

leur œuvre (3).

(1) Préface des Eludas historiques, p. 19, édit. Didot.

(î) Le 4 novembre 1801 un ourajçan brisa l'arbre de la liberté qui était pourri. Le maire fit amènera la maison commune les débris de ce symbole, autour duquel s'était accompli plus d'un acte fou ou odieux.

(3) C'étaient J.-F. Carré , maire ; N.-F. Poupellier , Pierre Ver-

En ce moment, la terreur était toute puissante. Le bruit des sanglantes exécutions de la Capitale effrayait les plus hardis , et ce sentiment explique jusqu'à un certain point la lâcheté des citoyens honnêtes et même de quelques prêtres. Plusieurs eurent la faiblesse de déposer dans les municipalités leurs lettres d'ordre, afin de les faire brûler.

« Le 11 nivôse an ii (31 décembre 1793), le citoyen Formey , curé , a déclaré à la municipalité, qu'il renonce dès aujourd'hui à l'exercice actuel de ses fonctions de curé, et dépose entre les mains des officiers municipaux ses lettres d'ordre, ainsi que ses lettres d'institution canonique et de prise de possession de la cure de Juvigny (1 ) . »

La main de M. Formey devait trembler, lorsqu'il signait cette apostasie !..

Le 3 janvier 1694, on retirait de l'église Saint- Martin , pai" ordre de l'agent national , les objets mobiliers servant au culte.

Mais si Dieu semblait se ^taire , sa vengeance éclatait parfois comme la foudre. Dans la nuit du 1 au 1 1 janvier, un incendie terrible se déclare à Juvigny, et dévore en quelques heures les maisons, granges , écuries , étables et bergeries des citoyens Jean Droulléet Laurent Sévestre (ce dernier président de la commune), ainsi que le mobilier qu'elles

denet et Jacquot , procureur de la commune. Les trois premiers ne tardèrent pas à donner leur démission.

(1) Registre des Délibérations.— Archives de la mairie.

contenaient. Les lettres de prêtrise de Tabbé Formey n'échappent même pas aux flammes. Le président Sévestre devait les porter au Directoire de Châlons.

En cette triste circonstance, les pays voisins accoururent avec un empressement louable , dont depuis ils ont donné plus d'une fois l'exemple au secours des habitants (1).

Après rincendie, Juvigny eut ses fêtes patriotiques. On commença la série de ces fêtes odieuses et ridicules par la fêto de la prise de Yinfame Toulon. Elle eut lieu le 20 janvier. Ce fut en ce jour que le nommé Pichard , en compagnie de deux ou trois séides, entra résolument à Téglise , monté sur son cheval, pendant que Tabbé Formey célébrait les saints mystères. Il voulut l'arracher de l'autel, mais l'agent national Jacquot prit la défense du curé patriote. Pichard s'empara de tous les ornements, bannières, statues et autres objets servant au culte, fit porter toutes ces richesses sur la place publique, y mit le feu, afin de détruire, dans sa rage insensée, tout vestige d'une religion auguste, et qui, selon les révolutionnaires, n'était qu'un amas impur, de superstition et de fanatisme (2). Le curé fut le témoin de ces profana-

(1) C'était la première fois que la pompe de Juvigny manoeuvrait dans un incendie. Elle avait été achetée en 1784.

(9) Pichard retournait dans le foyer les bannières et le b&ton de la Sainte- Vierge avec son sabre. La statue avait été arrachée aux flammes par une jeune fille , mais poursuivie à coups de plat de sabre par

tions, et sur l'ordre impie et crnel de Pichard, agent national de Châlons , il jeta aux flammes le Livre des Evangiles,

Le soir , il y eut un repas où Ton mangea à la gamelle , pour fraterniser. Un arbre avec ses branches garnies de fagots fut planté dans la prairie. On y mit le feu et on brûla en effigie les traîtres anglais. Des danses s'organisèrent autour du feu de joie. Le pauvre abbé Formey, portant le bonnet rouge , lui aussi , dansait à la ronde. La crainte de la mort Favait trainé là .... . Mais comprenant que c'était assez de cette nouvelle apostasie, et que malgré ses tempéraments, ses faiblesses inouies que sa dignité d'homme et de prêtre devaient lui reprocher amèrement, Texercice du ministère n'était plus pour lui dorénavant possible , il partit le lendemain pour Vitry-sur-Marne , son pays , et là , il put traverser sans péril la tourmente révolutionnaire. Que n'avait-il , imitant la noble fermeté de son évêque et de cette multitude de bons prêtres du second oi^ dre, que n'avait-il demandé, comme eux, à la terre étrangère un asile oii il pût attendre , dans la prière , que les jours de colère 3e fqssent éloignés de la France, et que des jours plus sereins lui permissent après l'exil de revoir ses ouailles ? Quelle belle page

le Tameux Pichard , elle fut obligée de remettre son précieux larcin. Les deux bannières qui furent brûlées en ce jour néfaste étaient un don de madame la présidente Fraguier , fît avaient coûté , m'a-ton assuré , la somme de 1 ,000 livres.

dans sa vie , et cette page nous ne pouvons récrire I

L'abbé Formey était un vieillard; il avait un €œur excellent , il aimait ses paroissiens , et c'est ce qui explique ses faiblesses. Au reste^ l'abbé Delacour , qui avait sur lui l'ascendant du talent , n'avait pas peu contribué à le faire dévier de la voie droite. L'abbé Delacour était dans la force de l*âge ; doué d'un caractère ardent , il avait embrassé les doctrines révolutionnaires avec exaltation , sans comprendre peut-être la profondeur du mal qu'elles devaient prcfduire; et lorsque l'horizon s'était rembruni , lorsque l'autel et le trône tombaient sous la hache, au lieu de se recueillir en lui-même, au lieu de revenir à la mère qu'il avait trahie , il se précipita dans un nouvel abîme ; il contracta un mariage civil à La Veuve I

Le 4 août 1 794 , il se présentait à Juvigny pour y remplir les fonctions d'instituteur, «apprendre à lire , à écrire, à compter, les droits de l'homme, la Constitution et les actions héroïques et vertueuses. y> Il n'en exerça pas longtemps les fonctipns ; il fut ensuite et jusqu'à sa mort, notaire public, à la résidence de La Veuve.

Recueillons de suite et avec bonheur l'extrait suivant du Mémorial de la Catholicité; il est consolant pour le cœur de Toir le repentir planant sur le bord de la tombe :

« L'an de grâce 1806, le 7 août , est décédé à Tàge de

48 ans , après avoir reçu les sacrements de réglite, Joseph- Etienne Delacour, notaire public résidant à La Veuve, prêtre du diocèse cy-devant de Reims, et cy-devant aussi chapelain

du ch&teau de Juvigny , marié civilement à

Ledit Élicnne-Joseph DelaeoUr , avant de recevoir les sacrements , a témoigné se repentir de ses égarements lors de la révolution , et s*est engagé en présence de M. Camiat, desservant de Bouy, de Claude Loche et de Louis-François Regnault, tous deux de La Veuve, qo'en cas de retour à la santé, il se pourvoirait par devant le cardinal Légat, posr obtenir un bref de sécularisation et une dispense pour contracter en face de l'église , un mariage légitime, et a ajouté qu*il voutaK vivre et mourir dans la profession de la religion catholique et romaine , est déeédé dans ces aentlments, et a été inhumé au cimetière de La Veuve le 8 août. Signé : DoaTu, curé desservant de Juvigny et La Veuve. >

Après le départ de Tabbé Formey, le presbytère fut abandonné et converti en une fabrique de salpêtre. Bientôt 11 fut aliéné, les biens de l'église vendus, Targenterju^ .^et les cuivres des églises Saint- Martin-aux-Raiei^,f^e Notre-Dame remis, pour le compte de la Nation |,, au District de Châlons. Les deux cloches de Saint-Martin, d'une harmonie parfaite , dont les inscriptions illisibles attestaient une haute antiquité, et une des deux cloches de Notre-Dame furent descendues pour être emmenées à l'arsenal de Metz ; l'église Saint-Martin ellemême fut adjugée à démolir à un nommé Herbillon, de Châlons (1), qui fit construire avec les matériaux une maison, où il vint habiter avec sa famille et qui a retenu le nom i'Herbillonnerie.

(1) C'était le père du lieutenant-général Herbillon.

Dès lors , tout culte public cessa. Les personnes pieuses et chrétiennes furent obligées de demander en secret les secours de la religion à quelques prêtires fidèles qu*dles savaient cachés par de saintes familles , et qui venaient la nuit administrer les sacrements. Le vénérable abbé Brocard vint souvent de Châlons, apporter les consolations reli* gieuses à Juvigny. Mais tous ne recouraient pas au prêtre catholique.

Il est curieux d'apprendre quel était le cérémonial des nouveaux prêtres de la Raison^ en ce qui concerne les inhumations. Quand on procédait à la levée du corps, l'officier public frappait trois coups sur le cercueil avec une baguette blanche, et disait : <c Au nom de la loi , je te commande de sortir d'ici et de me suivre I » Puis on enterrait les pauvres morts comme des chiens, sans croix, sans eau bénite, sans prières, sans prêtre I

On avait commencé par renier Dieu, bientôt on

fut idolâtre.

Le 24 pluviôse an n , le citoyen Jacquot propose à l'assemblée du club d'inaugurer la ci-<levant église de Juvigny, et d'en faire le temple de la Raison. La fête fut fixée au 30 (<8 février 1794). L'organisation en fut longuement méditée par les membres de la commission. Drapeaux et rubans tricolores, tambours, organiste, chariots à l'an^ tique destinés à recevoir la déesse Raison et douze nymphes en blanc pour lui servir de cortège, chars

des vieillards et des enfants, charrues, etc., etc., tout fut préparé avec un zèle digne d'une meilleure cause. Sur le portique du temple , on inscrivit ces mo|ts : Temple de la Raison. Il fallut s'enquérir ensuite d'une prêtresse de cette nouvelle religion. Les commissaires de la fête ayant jeté leurs yeux sur Marie Carré, jeune personne belle et riche,* vont lui offrir les honneurs de la divinité. Un refus formel accueille leur demande.

Peu s'en faut que le Comité de surveillance ne lui fasse un mauvais parti de ce refus. Il se contente toutefois de consigner Marie Carré dans sa maison; deux fusiliers en gardent les issues, et reçoivent chacun, comme indemnité, quarante sols par jour que leur paie la jeune fille récalcitrante.

Une autre jeune personne fut choisie à sa place.

Le programme de la fête reçut son entier accomplissement. Le cortège, après avoir traversé les rues du village, arriva à l'église (1). La déesse descendit de son char triomphal^ fut portée à l'autel et s'assit à la place de Dieu I.. Des discours furent prononcés, des hymnes patriotiques chantés en chœur.

(1) L'ëglise fut alors le lieu où se célébrèrent les décades et les fêtes républicaines. Quant aux mariages civils du canton, ils étaient célébrés à VhStel-de-ville. Les jugements en justice de paix se rendaient aussi dans cette maison , qui devint plus tard le presbytère, et enfin la maison d'école des fiUes , dirigée par une sœur de la Providence , de Portieux. C'était là sa première destination.

Écoutons leurs accents :

Déesse de la patrie , Embrâse-nous de tes feux ; A toi si chacun se lie, Oa nous verra tous heureux.

En ta main est la balance , Cest pour y peser nos droits ; Et tout cède à ta puissance , Au premier sou de ta voix.

Loin d'ici tout fanatique, Égoïste et muscadin, Toute secte diabolique Et messieurs de parchemin !

En dépit de cette clique, Chantons en dévotion :

Vive notre République Et vive la Convention !

Sur le portique du temple , Gravons-y ces mots châjfi^nij' , La République res^epf blf . ... ,^ « A un vrai peuple d'amis ^

On embrassait ensuite la déesse. Pauvres déesses , elles n'étaient que de bien faibles mortelles I Un habitant de Juvigny voulut cependant savoir si leur nouveau titre leur donnait plus de grâces , quand elles se livraient aux exercices des dieux. Le soir de la fête, au moment où le citoyen Bailly, de Jalons, commissaire, dansait un menuet avec la citoyenne déesse , P. Droullé saisit une bougie , et montant sur une table, il s*écrie qu'il veut voir comment danse 'cette b là. Procès-verbal

de cette insulte à la déesse fut dressé à l'instant » et le trop curieux Droullé fut condamné à payer, dans les vingt-quatre heures, cinq livres d'amende. Avouons que nos révolutionnaires de Juvigny ne poussaient pas encore les choses trop loin.

Ils n'étaient pas toujours d'une humeur aussi facile, surtout en ce qui concernait les pauvres voyageurs qui s'aventuraient dans nos murs sans certificat de civisme ou de sans-^^ulotisme. Un de ces passants fut sur le point d'avoir la tête tranchée comme traître et espion , par cela seul qu'il n'était point porteur d'un passe-port ; il ne dut son salut qu'à l'intervention du juge de paix Durand.

Une pauvre femme du district de Châtillon-sur- Seine fut aussi arrêtée par le comité de surveillance sous le ridicule prétexte qu'elle fabriquait et vendait des moulins-à-vent pour les enfants. Après avoir sérieusement et attentivement examiné s'il y avait dans cette fabrication et vente de moulins péril pour la République, le comité la laissa libre (4).

Au mois d'octobre 1794, le même comité de surveillance avait pris un arrêté portant que si quelqu'un des citoyens n'observait pas les décades, il serait condamné à une amende et dénoncé. . . . liberté!

Mais tout ce qui est violent ne dure pas : «Les fêtes républicaines ne pouvaient étourdir le peuple que quelque temps ; il en sentit bientôt le vide et

(1) 4 août 1794.— Archives communales.

le ridicule. Il regrettait en lui-même la religion si douce , si consolante et si sublime de ses ancêtres (4). »

La Convention avait modéré pour un instant ses haines aveugles et stupides. On commença par révoquer les memlures de la municipalité en exercice.

a Vu l'arrêté du représentant du peuple Albert, ^1 mission dans les départements de la Marne et de l'Aube, du 3 prairial an m, le Directoire nomme maire de Juvigny le citoyen Pierre Cartier, et ofBciers municipaux Pierre Verdenet, François Jolicœur, Laurent Sévestre, Hilaire Herlequin, et Jean Mestrude dit la Précaution. »

Le premier actede la municipalité fut de rappeler Tabbé Formey. Le 27 septembre 1795, elle décide qu'on ira à Yitry-le-François chercher les effets du citoyen Henri Formey, curé de la commune, pour revenir y exercer les fonctions du culte divin , et il fut convenu qu'on accorderait à chaque voiturier la somme de 400 livres en assignats, comme indemnité.

« Le 4 5 vendémiaire (7 octobre) , comparaît devant la municipalité, M. Henri Formey, qui déclare se proposer d'exercer le ministère d'un culte connu 80U8 la dénomination de la loi catholique, dans l'étendue de la commune , et a requis qu'il lui fût donné acte de sa soumission aux lois de la

(1) M. l'abbë Boitel , H\»t. d'Esternay, etc., p. 9i.

République , et il a prêté un serment ainsi conçu : « Je reconnais que l'universalité des citoyens français est le souverain , et je promets soumission et obéissance aux lois de la République (1). »

Son premier soin fut de s'occuper de la restauration de réglise. Depuis qu'elle était devenue le temple de la Raison , elle avait eu à souffrir bien des mutilations , mais ses murailles quoique mutilées, prêchaient encore assez haut la divinité de la religion, la divinité de l'Église de Dieu que les efforts de l'homme et de l'enfer ne pourront détruire, parce qu'elle a reçu des promesses de vie étemelle I

Quoiqu'il en soit, l'abbé Formey eut bien des ruines à réédifier. Les ornements sacrés, les livres liturgiques , les calices , tout avait été anéanti , les autels étaient brisés, et les premières prières s'y prononcèrent sur des ruines et des décombres I L'administration communale vint à son aide pour les principaux besoins; la charité des fidèles suppléa à ce qui manquait. C'est, je l'avoué , avec une émotion toujours nouvelle que je contemple dans sa pauvreté le calice de verre avec lequel on célébrait alors les saints mystères. On y lit cette inscription : Or es mirabilis 1 1 793 1 Le rapprochement de ces trois mots , avec cette date néfaste de 1 793 , fait mal à l'âme et rappelle les catacombes, l'époque des premiers martyrs!-

(1) Archivet communales. — Registre des Délibérations.

Hais voici que les tyrans mordent à leur tour la poussière du tombeau, les cœurs se desserrent, la société se reconstitue doucement sur ses bases. La main d'un guerrier ouvre légalement les portes des églises; le Concordat de 1804 réconcilie TÉglise de France avec le Saint-Siège; la hiérarchie est rétablie.

L'abbé Formey put jouir de ces heures de calme pour ressusciter à Dieu les âmes que ses faiblesses antérieures avaient scandalisées, et faire pénitence de ses erreurs passées,

M. de Barrai, évêque de Meaux, de Reims et de Châlons, avait créé dans cette dernière ville un conseil épiscopal particulier pour ce diocèse. MM. Becquey, Jobart et de Crancé le composaient, et c'est de ce dernier que M. Formey reçut de nouveaux pouvoirs.

Il mourut à Juvigny le 29 janvier 1803, et fut inhumé le lendemain au cimetière de l'église paroissiale. Il était âgé de soixante-douze ans. Il avait été ordonné prêtre, le 3 avril 1756, par M^*" de Choiseul-Beaupré , en même temps que Jean-Baptiste Chepy, qui fut prieur de La Veuve et curé de Saint- Martin de Juvigny.

L'abbé Formey avait gouverné la paroisse pendant trente ans.

Au moment de sa mort, le maire était M. Durand , l'adjoint, Pierre-Didier Mestrude. Ils avaient

été nommés dès l'année 4 800 , par le Préfet de la

Marne , pour remplacer les adjoints municipaux.

Juvigny avait cessé aussi d'être chef-lieu de ca&* ton, et fit partie de celui de Châlons. Quoique Javigny fut un canton d'origine révolutionnaire, il est regrettable pour différentes communes qui en faisaient partie qu'il n'ait pas été conservé. Billy, Yaudemange, Isse, Condé, Aigny, Vraux, étaient bien plus rapprochés du centre, surtout les premières communes qui font partie du canton de Suippes. Mais de soixante-treize cantons qui existaient en 4 799 dans le dépajrtement , on n'en conserva que trente-<leux en mars 4 800.

Les juges de paix nommés pendant cet intervalle de onze ans qu'exista le canton de Juvigny furent MM. Delacour, d'Àigny et Durand (Nicolas), de Juvigny. Ce dernier, nommé le 7 avril <795, avait été réélu en assemblée primaire , le 4 brumaire an IV. Ses assesseurs étaient Pierre Herlequin, Jean Pannerot, Pierre-Didier Mestrude et François Jolicœur.

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