‹ Monographie de la commune de JuvignyChapitre 16 sur 19 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Uabbé Dortu, curé de Juvigny. — On rachète le presbytère. — Établissement de la classe des filles. — Propriétés communales. '— La p&ture grasse. — Lettre de M. Pormey. •— Château de Juvigny. — Passage de l'impératrice Marie-Louise. — Discours du maire à cette occasion. — Invasion de 1814. — Année calamiteuse pour Juvigny. — Grande mortalité. — L'abbé Dortu quitte la paroisse. -«• L'abbé Contenet lui succède. — Fonte de deux cloches. — Réquisitions en 181î(. — M. Godart reçoit des lettres de noblesse. — Bientôt elles sont révoquées. — Suites de ces rivalités jalouses.

L'église de Juvigny ne fut pas longtemps veuve de pasteur. M. Louis Dortu, ancien curé de Saint- Jean de Châlons , fut envoyé à Juvigny , le i *' février 4 803. Aussitôt , la municipalité demande au Préfet l'autorisation d'acheter l'ancien presbytère aliéné pendant la révolution, pour y recevoir le curé. L'autorisation fut accordée. Le presbytère appartenait au citoyen Madroux, de Paris, qui le céda à la commune , moyennant la somme de 3,800 livres.

L'Empereur des Français signait au palais de Gênes , le 1 6 messidor an xiii , le décret autorisant le maire de Juvigny à acquérir à ce prix l'ancien presbytère et ses dépendances.

Aussitôt qu'il fut remis en état, il fut habité par l'abbé Dortu qui résidait, en attendant, dans la maison rectorale des filles. Et c'est à son zèle et à

son désintéressement que fut dû le rétablissement de la classe des filles.

La communauté de Juvigny n*avait presque plus de ressources. Le partage des biens communaux^ commencé en 1795, avait été une grande faute.

La commune jouissait, en < 789, d'environ vingtcinq hectares d'anciennes pâtures, partagées individuellement entre les habitants en vertu de la loi du 1 juin 1 793 ; d'environ huit hectares quarantecinq ares d'usages, partagés en vertu de la même loi ; de dix-huit hectares de pâtures vendues par la Nation, comme domaine national à M. Louis-Joseph Delfraisse.

Qu'on nous permette un mot rétrospectif sur cette pâture grasse.

Le 4 juin <794, Liouville, vérificateur des domaines nationaux, en avait pris possession au nom de la Nation.

Les habitants n'en jouirent pas moins jusqu'au moment où, en vertu de la loi du 24 ventôse an iv,. le citoyen Delfraisse , propriétaire à Juvigny , soumissionna cette pâture qui lui fut adjugée. Expropriés , les habitants s'opposèrent par exploit du i 2 thermidor an iv, à l'effet de toute soumission et contrat de vente, et continuèrent d'envoyer leurs bestiaux dans la prairie.

M. Delfraisse leur intima l'ordre de respecter sa propriété, ce qui n'empêcha pas les plus mutins de se rendre avec faulx et autres instruments sur

la pâture , d'y couper Fherbe et d'y conduire leurs, bêtes. Le citoyen Herbillon, commissaire du pouvoir exécutif du canton de Juvigny, en informa le département. Un détachement de gendarmerie fut d'abord envoyé, mais comme il fut jugé insuffisant pour arrêter l'insurrection et rétablir Tordre, d'autresgendarmes et quelques hussards vinrent augmenter la force armée. Ce déploiement de force accompagné de l'arrestation des plus mutins , mit bientôt fin à cette émeute populaire.

Un arrêté du déparlement, du 9 messidor an vi (27 juin 1798), plaça sous la garantie et responsabilité collective et individuelle des habitants , la personne et les biens du citoyen Delfraisse. Le même arrêté suspendait de ses fonctions l'adjoint municipal qui s'était refusé à coopérer au rétablissement de la tranquillité publique (1).

La communauté ne voyait pas moins avec un immense déplaisir cette spoliation. Aussi, par Forgane de son agent municipal, le citoyen Debin, adressa-t^Ue au ministère des finances une requête forte de raisons, par laquelle elle demandait que la vente faite à M. Delfraisse fût déclarée irrégulière et de nul effet. Une députation fut même nommée pour aller à Paris présenter les plaintes et doléances de la communauté au sujet de cette usurpation

(1) Ces renseignements n'existent pas dans les archives communales. Nous les avons puisés dans un mémoire écrit par M. Delfraisse» et dans lequel il relate avec soin toutes les péripéties de ce petit drame populaire. Par bonheur, il ne fut point sanglant.

nationale (1 ), mais elle n'aboutit pas. H. Delfrai8s& fut confirmé dans sa possession. Ce dernier voulut bien néanmoins céder aux habitants le droit de pâture sur cette propriété, moyennant une redevance annuelle. Plus tard» par une transaction faite entre M. Godart et la commune, celle-ci rentra en possession d'une partie de cette pâture grasse.

M. Joseph -Louis Delfraisse devint aussi , peu après^ propriétaire du château de Juvigny, qui primitivement, avait été vendu par les héritiers de M. Fra^uier à Jean-Baptiste Perrin , d'Epinal , et à Louis May, de Neufchâtel. La vente en fut faite à M. Delfraisse, le 2 août 1805.

A cette époque, la commune possédait encore huit hectares d'ajeaux, plus moitié des termes, fines séparatifs de Juvigny, Yraux et Matougues, plus les Marchères et les Douvats.

(t) M. Henri Formey , curé de Juvigoy, écrivait le 10 ventôse an VII (28 février 1799), à M. J. Delfraisse, président de l'administration municipale de Châlons :

« Monsieur , vous aurez sans doute wpris que la commune de Jo- Vigny m'a nommé pour un de ses députés à Paris , relativeœeni aux pfttures grasses de JuVigny. J'aurais bien voulu pouvoir me dispenser d'une pareille commission , mais vous savez trop que mon état n'est que précaire , vous n'ignorez pas non plus que mon existence physique est absolument dépendante de cette commune , et qu'une résistance opiniâtre eût pu m'être très préjudiciable. Soyez donc persuadé que malgré mon acceptation , que vous sentez n'être pas libre , je n'oublierai jamais ce qup je vous dois. Ce sont les sentiments les plus vrais de celui qui demeure, avec une entière gratitude, Monsieur» votre très-humble et très-obéissant serviteur , — Formey , curé de Juvigny. »

Le brave M. Formey savait ménager la chèvre et le chou !

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Si les biens communaux n'eussent pas été par^ tagésy l'administration municipale n'eut pas été aussi souvent dans l'embarras ; elle aurait pu alors, comme dans la suite, se créer de magnifiques ressources, sans recourir aussi souvent à l'impôt extraordinaire. Mais loin de nous d'inutiles regrets 1

Nous verrons plus tard , que malgré la modicité de ses revenus , il suffit d'une administration sage et éclairée pour créer des merveilles I

Le 22 mars 1 80i , Pierre-Benoît Delacour avait été nommé maire en remplacement de M. Durand, démissionnaire.

Le 4 juin, le maire^ en vertu du sénatus-consulte du 28 floréal an vu , qui ordonnait que des registres seraient ouverts dans toutes les municipalités de France pour que chaque citoyen y consignât son vœu sur la proposition suivante : « Le peuple veut l'hérédité de la dignité impériale dans la descendance directe , naturelle , légitime et adoptive de Napoléon Bonaparte, etc.,» fait publier et afficher le décret impérial dans la commune, et exécution lui est donnée.

En 4 84 , l'Empereur, par un second mariage , unissait sa destinée à l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche. Ce fut un événement qui , aux yeux de la politique humaine, devait assurer l'alliance de deux peuples autrefois ennemis , maintenir l'équilibre européen, et donner à la France un héritier du trône. Le passage de Sa Majesté l'Impératrice fut

donc s^ué avec enthousiasme par les habitants du département de la Marne. Ceux de Juvigny furent invités à lui rendre tous les honneurs prescrits par la loi du 24 messidor an xii et à se rendre sur la grande route impériale de Châlons à Reims, à la station indiquée par M. le Préfet.

L'Impératrice devait passer le 2*? mars , vers les deux heures. Tous les habitants furent convoqués à cette fête. Le 27 à midi , on se rassembla sur la place. Au signal donné, le tambour battit la marche impériale ; les jeunes gens suivaient , puis le maire et l'adjoint , revêtus de leurs écharpes , le corps municipal distingué par des rubans ; ensuite venaient deux joueurs de violon suivis des jeunesdemoiselles de Juvigny, au nombre de quatre-vingtcinq , ayant chacune un ruban en sautoir et marchant sur deux rangs. Les habitants fermaient la

marche.

Lorsque le cortège fut arrivé à la station indiquée, la municipalité offrit aux habitants trois cents bouteilles de vin et cent cinquante pains blancs. Le maire et l'adjoint ouvrirent ensuite la danse. On fut d'une gaieté enchantée. M. Dortu lui-même , curédesservant, prit part à la fête.

Mais quel désapointement, lorsqu'après une longue attente, des chasseurs à cheval , qui avaient escorté Sa Majesté, leur apprirent qu'elle était passée à dix heures du matin.

Le maire fut obligé de refouler son compliment.

Pourtant il y tenait du fond de ses entraillei ; aussi a-t-il eu la bonne pensée de l'insérer en entier , de sa propre main , dans le registre des Délibérations. Il est donc juste que nous le reproduisions , afin qu'il ne soit point perdu pour la postérité :

€ Auguste Primcbssb !

> La Providence vous a destinée à être la bien-aimée da plus grand monarque de l'Univers. Vous allez , d'après vos éminentes vertus , par votre glorieuse alliance , couronner le bonheur de Napoléon-le-Grand , notre auguste empereur ,, et devenir la mère de la grande Nation.

> Fasse le ciel que de cette alliance naisse un rejeton, qui par sa haute naissance , donnera la paix générale à tou» les peuples ei fera la gloire des nations autrichienne et fran* çaise!

> Les habitants de votre bonne commune de Juvigny viennent aujourd'hui en foule sur votre passage vous témoigner leur joie sur cet heureux événement. Ils ne cesseront d'adresser tous les jours des vœux au ciel pour la conservation de vos jours , ceux de votre bon ami le grand Napoléon , leur empereur chéri et vos prospérités.

> Vive l'impératrice Marie-Louise !

> Vive l'empereur î

» Le maire de la commune de Juvigny : Delacour, maire. >

On fut obligé de revenir au village, comme on était allé. Au fond, la journée avait été bonne, à la Téserve de quatre à cinq bouteilles et une dovn zaine de gobelets de cassés. Ainsi, s'est terminée la fête (1 ).

Un an plus tard , au mois de juin 1 81 1 , la nais-

(1) Extrait du registre des Délibérations. — Archives municipales..

sauce du roi de Rome fut l'occasion d'une nouvelle fête.

Il semblait que tout allait à souhait pour le maître qui tenait d'une main les rênes de l'État, et de l'autre Fépée qui gagpait les victoires; mais après lé triomphe, les grands désastres.

La Champagne , en 1 81 i , fut le dernier théâtre où l'Empereur signala son courage. L'Europe coalisée contre lui poussa dans nos plaines des armées innombrables de Russes, d'Autrichiens, de Bavarois et autres puissances d'Allemagne. Le bruit du canon retentit jusque dans nos maisons ; nos places publiques furent transformées en places d'armes; et nos campagnes devinrent des champs de bataille.

Juvigny eut une part douloureuse dans les désastres communs.

Ce fut le 6 février 4 81 i, qu'apparurent les premiers Cosaques, jetant l'épouvante parmi la population.

Il fallut satisfaire à des besoins sans cesse renaissants, toujours exagérés ou exprimés avec le ton de la menace et de la violence. Au mois de mars, la place ne fut plus tenable. On compta dans l'enceinte de Juvigny et sur son territoire vingt à vingt-cinq mille alliés pour qui le vol et le pillage furent à l'ordre du jour. La plupart des habitants abandonnant leur demeures envahies par les soldats s'enfuirent dans le parc du château , puis à Matougues , qui était moins accablé que Juvigny.

Les malades, laissés à la merci de l'ennemi , moo^ rurent sans consolation et sans secours.

L'église, encombrée du butin des particuliers, M fût pas plus que les simples demeures à Fabri de la dévastation. Pour un instant même, le pays fut menacé d'une ruine totale. Voici quelle en fut la cause :

Un soldat russe voulait s'emparer par violence d'un objet en aident qu'une femme tenait caché sous ses vêtements. Accourant aux cris de cette femme, le nommé Jean-Baptiste Pérot saisit le soldat russe et l'étreint avec force à la gorge. Aussitôt des soldats, témoins de la scène, s'empressent d'apporter secours à leur compagnon qui se mourait; ils déchargent sur Pérot toute leur rage, lui font subir des tortures inouïes , lui coupent le nez, les oreilles, etc., et enfin le percent de mille coups.

Le général russe est averti de l'attentat commis contre un de ses hommes. Il fait conduire le malade à l'hôpital de Châlons et ordonne d'incendier toute la partie du village comprise entre le château et l'église. Cet ordre menaçant arrive aux oreilles de courageux citoyens, parmi lesquels Hippolyte FoIIiet, instituteur. Ils vont sans retard se jeter aux genoux du général russe et osent lui faire entendre un langage de paix, de pitié et de commisération. Le chef cède à leurs instantes prières', et se contente d'ordonner un second pillage général dans cette

partie du village, témoin de Tattentat. Aussitôt, chevaux, vaches, moutons, porcs, ustensiles de ménage, tout devient la proie de Tennemi.

Cependant, le soldat russe était conduit à l'hôpital, et mourait «à quelque distance du village. Ce fut là un coup de Providence, car s'il fut mort à Juvigny même, le lendemain notre malheureux pays n'aurait plus présenté que des ruines, mais ce même lendemain, 27 mars, les alliés quittaient Juvigny.

Le corps de l'imprudent Pérot, abandonné à l'endroit où il avait trouvé la mort , fut recueilli et inhumé dans le cimetière, sans aucune solennité religieuse, tout culte public ayant été interrompu pendant ces jours de deuil et d'épouvantable désordre.

Les habitants avaient éprouvé tant de pertes, tant de terreurs et de mauvais traitements, que beaucoup en moururent. On compta pendant l'année 1 81 4, cinquante-et-un décès , dans un pays où la moyenne de la mortalité est de huit à dix décès par an (1 ) .

Le curé de Juvigny, l'abbé Louis Dortu, fut tellement frappé de ces désastres, tellement découragé, qu'il ne put davantage continuer les fonctions du saint ministère. Vers la fin d'avril, il se retira dans sa famille , à Châlons , où il mourut quelque

(1) La durée moyenne de la vie à Juvigny est de trente-sept aos cinq mois. En 1733, il était mort un centenaire appelé Jean-le-Rouge.

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temps après, rempli de jours. Il avait été, pendant douze ans , curé de Juvigny.

L'abbé Contenet qui, au temps de la terreur , avait émigré en Autriche , fut appelé à recueillir Théritage spirituel de M. Dortu. Il vint à Juvigny au mois de juillet. L'intérim de quelques mois avait été rempli par M. Didier , curé de Vraux.

Mais avant de passer outre, revenons sur un fait que l'importance et la suite des événements ne nous ont point permis de relater en son lieu . L'administration communale nourrissait depuis longtemps la réalisation d'un pieux projet. Il s'agissait de la refonte de la cloche (1). Veuve et désolée depuis le départ de sa sœur qui , de messagère de la paix et de la vie , avait été transformée à Metz en instrument de mort, la vieille cloche avait été brisée à son tour, et n'apportait plus aux fidèles qu'un son faible et discordant.

D'un autre côté, et dans le but de donner aux cérémonies religieuses plus de majesté, et rendre nos fêtes plus augustes et plus solennelles, les principaux habitants organisèrent une souscription qui s'éleva à 2,1 65 francs pour l'acquisition d'une seconde cloche qui serait fondue en même temps que la première.

(1) On n'avait pas, que je sache, fondu de cloches à Juvigny, depuis 1693. J'ai trouvé sur les legistres paroissiaux cette mention écrite de la main de Niéolas Pilon , curé : On doit se donner de garde de faire fondre let cloçhee dans l'église ; elle a pensé être brûlée pour lavoir souffert.

Celle-là devait peser 1 ,200 kilogrammes , et la seconde 800. Mais aucune dos deux, par la faute du fondeur, n'atteignit ce poids , la plus grosse ne pesant que 91 5 kilogrammes.

Les deux cloches furent fondues à Juvigny, an mois de septembre 1 84 3, et, sauf le défaut du poids, l'opération fut très heureuse. La grosse surtout, arec ses sons graves et mélodieux, va au loin appeler l'homme à la prière, et jeter dans nos campagnes un souvenir de Dieu. Elle porte cette inscription :

« L'an 1 81 3 , j'ai été faite sous l'administration de M. le baron de Jessaint , préfet du département de la Marne , et M. de Temasse , sous-préfet. J'ai été nommée Antoinette , par M. Alexandre de Rebel , ancien colonel de cavalerie , et par dame Antoinette-Pauline Papillon de Sannois, épouse de M. Godart. J'ai été bénite avec ma sœur par M. Louis Dortu , curé desservant de Juvigny. »

Plus bas on lit : « M. Folliet cler (sic) paroissial », et de l'autre côté, ces mots : « J'ai été faite avec ma sœur par Cauchois-Liébaux fils. »

L'autre cloche, pesant 700 kilogrammes, porte les lignes suivantes : « L'an 1813, j'ai été nommée Marie , par M. Alexandre Godart de Juvigny, payeur du département de la Marne , et par dame Marie-Antoinette Bellot, épouse de M. de Rebel. — MM. P.-B. Delacour, maire, P. Verdenet, adjoint, A. de Rebel, L.-J. Delfraisse, A. Godart, N. Durand, M.-V. Vigreux, P.-D. Mestrude, J.-A. Lochet,

X. Robin, A.-J. Sévestre, N.-A. Jolicœur, tous membres du conseil municipal de la commune. » En 4 81 4 , c'était encore la même administration communale , et le 2 novembre , à la rentrée des Bourbons , ces édiles prononçaient le serment dont la teneur suit : « Je jure et promets à Dieu de garder obéissance et fidélité au Roi , de n'avoir aucune intelligence» de n'assister à aucun conseil, de n'entretenir aucune ligue qui serait contraire à son autorité, et si dans le ressort de mes fonctions ou ailleurs, j'apprends qu'il se trouve quelque chose à son préjudice, je le ferai connaître au Roi. »

Le i 2 novembre, le baron de Rebel était nommé maire, et M. Alexandre Godart, adjoint, en remplacement de Pierre-Benoît Delacour, et de Pierre Yerdenet, nommés membres du conseil.

En 1 81 5^ pendant les Cent-Jours, les habitants élisent en assemblée primaire les maire et adjoint.

M. Godart, maire, et Pierre-Didier Mestrude, adjoint, prêtent le serment de fidélité aux constitutions de l'Empire et fidélité à l'Empereur.

Après les Cent-Jours , c'est M. de Rebel qui reprend les fonctions de maire, et M. Godart, celles d'adjoint.

Les levées extraordinaires d'hommes jointes à la misère du temps ne contribuèrent pas plus que tous ces changements de gouvernement à la prospérité du pays. En 1815, les habitants n'avaient encore eu ni le temps ni les moyens de réparer leurs

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pertes , et cependant il fallut trouver assez de ressources dans le travail pour supporter de nouveaux sacrifices, et subvenir aux besoins de nombreuses troupes étrangères dont la présence centuplait la consommation. M. Alexandre Godart voulut bien se charger de la pénible mission de pourvoir au service des réquisitions frappées pour les besoins des troupes françaises, russes, bavaroises et prussiennes (1).

En reconnaissance des services rendus au pays par cet honorable citoyen , quelques habitants avaient signé une pétition par laquelle ils demandaient au Roi d*accorder à M. Alexandre Godart la faculté d'ajouter à son nom celui de Juvigny. Louis XYIII , par ordonnance insérée au Bulletin des lois , le 1 4 avril 1819, accorda des Lettres de noblesse à M. Godart (2). Mais une protestation de plusieurs habitants ayant à leur tête le baron de

(I) La dépense totale pour la commune s'éleva à la somme de 1S,394 francs 4S centimes, depuis le mois d'avril 1818 jusqu'au mois de janvier 1816, époque à laquelle les alliés quittèrent la France. M. Godart avait perdu pour sa part , soit par réquisitions , dég&ts ou pillage, au château de Juvigny , une somme de 9), 800 francs.

(3) Au reste, la famille de M. Godarl avait été annoblie et admise au Conseil de ville de Cliàlons au milieu du xviii' siècle. — Pierre Godart, avocat en 1*644.

Cette famille possédait la seigneurie de Blacy.

Ses armes sont d'azur au chevron d'argent, accompagné en chef de deux étoiles, et en pointe d'une gerbe de 62^ surmontée d'un pigeon ramier, le tout également d'argent.

Armoriai de la ville de Chftions, par M. Ed. Barthélémy. — Annuaire de la Marne de 1856.

Rebel fut présentée au Roi. Ils demandaient que le titre accordé à M. Godart, titre rappelant la féodalité, fut déclaré nul. Le Roi, par ordonnance du 27 décembre 1 81 9 , le Conseil d'État entendu, révoqua l'ordonnance du 14 avril. C'était là une pauvre victoire I Elle devait susciter à la commune bien des embarras et surtout un long procès qui ne devait pas contribuer à rendre prospère la situation financière communale I

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