‹ Monographie de la commune de JuvignyChapitre 17 sur 19 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

ISaO— 1843.

Procès entre M. Godart et là commune. — Arrangement à l'amiable.

— Mort du baron de Rebcl, maire de Juvigny, — de M. Deirraisse.

— M. Contenet , nommé doyen de Fère- Champenoise. — M. Daras lui succède. — Visite épiscopale en 1830. — Procès-verbal de visite. — Travaux exécutés pendant l'administration de M. Godart, maire de Juvigny. — M. Daras accepte la cure de Vraux. — Plus tard , il est nommé chanoine-secrétaire. — M. Turpin , curé de Juvigny. — Son zèle. — Mariage de M. Croissant. — Incendie de Juvigny en 1842. — Détails. — Noms des bienraiteurs des incendiés. — Redressement de la route dans la partie iacendiée.

Le procès entre la commune et HM. Delfraisse et Godart eut un certain retentissement. Nous suivrons pour en raconter les phases diverses un mémoire imprimé , présenté au Roi en son Conseil d'État par les n\aire et habitants de Juvigny. Le simple récit des faits, accompagné de l'analyse des actes produits par les parties, parut suffisant pour

légitimer aux yeux des membres du Conseil d*État rappel des habitants à la justice de Sa Majesté. Voici les faits :

Les biens coflimunaux de Juvigny se composaient d« huit parties de terrain; celle commune avait, en outre, la propriété des eaux de Noire-Fosse, dans laquelle, de temps immémorial, les habitants de Juvigoy faissîenl rouir leurs chanvres $ cette propriété est constatée par plusieurs sonteuoes rendues de li36 à 1576; une transaction de 1717, entre quelques habitants et le seigneur de Juvigny, n'a pu détruire le droit de propriété, d'autant plus que eet acte consacre le droit de rouissage sur lequel un arrêt de la Table de Marbre rendu en 1776, ne peut avoir. aucune influence.

Noire-Fosse, ancien lit de la Marne, ne renfermant que des eaux mortes, n'est alimentéa que par sa profondeur et les débordements; le nom de Noire-Fosse indique assez U stagnation de ses eaux.

Par délibération des 18 ventôse an m, et 30 ventôse an iT, la commune de Juvigny a procédé au partage de ses biens communaux, et elle ne pouvait y parvenir régulièrement qu'en se conformant aux dispositions de la loi du -10 juin 1793, notamment en ce qui concernait l'expertise préalable, ayant pour objet d'indiquer les terrains à excepter du partage.

En conséquence de cette loi, on a excepté: I* dans ud terrain dit la Ainçonnet'ie, une portion réservée pour fournir un jardin à l'instituteur; 2" le terrain placé le long de Noire-Fosse et au-dessus du chemin des Postes ; o" la partie presqu*entièrement desséchée en pré-tnarais sur la n\t gauche de Noire-Fosse , et servant plus particulièremeiit à fairo sécher les chanvres après le rouissage; 4** les lisières, bordages, talus et les eaux de Noire-Fosse.

Le bornage a eu lieu. Les herbes crues sur les bords ont été plusieurs foift mises en adjudication au profit de hi comiaunauté.

La pèche a été louée pluéiears fois aussi ; ebaeun de^ i>aux énonçait la réserve foriBeU« des usages de la commune ipoor le rouissage et stipulait la condition que cette pèche 04 causerait aucun dommage aux ha>bcs qui croissaient SUT les bords de cette mare.

M, Delfraisse, en provoquant la vente de la pièce de pfttare grasse entourée de fossés et joignant le parc du chè*teaa, s'en est rejida adjudicataire en mars 1808.

Les habitants avaient remis en commun le revenu de leurs lots, afin d'effectuer le paiement de leur prcsby— tère; lorsque cette indivision a cessé, un décret du 3 janvier 1809 a obligé chaque co-partageant de reprendre son lot, avec la contenance et le bornage primitive HMnt déterminés.

Par une pétition adressée au Préfet, le 18 mai 1811, M. Godart avait demandé, pour cause d'insalubrité» la suppression du rouissage des chanvres dans ^^oire-Fossc ; il offrait, en même temps, de faire creuser ailleurs une autre roise, et Noire-Fosse devenant ainsi inutile à la commune, il proposait l'échange de cette propriété contre une pièce de paturftge que la commune tenait à loyer de M. Delfraisse, son aïeul. Par une autre pétition adressée à la commune le IS juillet, il demandait les arbres et talus du terrain de la Maçonnerie, et qu'en outre de Noire-Fosse, on lui abandonnât le pré situé derrière cette mare vers le ChampsaU

En 1812, une adjudication d'herbes servit de prétexte à une opposition formée par MM. Godart et Jolicœur, et sur laquelle intervint une décision du Conseil de préfecture, en date du 10 mai 1815, qui prononça l'annulation de cette adjudication, en ce qui concernait les herbes du terrain dit la lisière de Noire-Fosse, et autres biens compris dans le partage, sauf l'exécution de la réserve imposée aux copartageants.

A cette époque, MM. Delfraisse et Godart étaient devenus successivement acquéreurs de plusieurs lots provenant du partage. Le premier acquit, de la caisse d'amortissement, tme pièce de pré située entre le Ghampsat et Notre^Fosse»

Devenu avec M. Godart propriétaire d'une grande partie des lots de la rive droite de Noire-Fosse, il prétendit à la propriété des eaux mortes de cette mare, de ses talus, bordages cl accrues, et voulut faire cesser le rouissage dans ce caual. En conséquence, MM. Delfraisse et Godart firent assigner, en 1819, an tribunal de Chàlons, divers habitants pour voir dire qu*il leur serait défendu de faire rouir leurs chanvres dans Noire-Fosse, et s'entendre condamner à des dommages et intérêts, pour se Tétre indûment permis. Le baron de Rebel, maire de Juvigny, intervint dans cette instance; un jugement du 25 juillet 1820 ordonna qu'il serait constaté par trois experts, si les eaux de Noire-Fosse étaient mortes ou courantes.

Ils déclarèrent que les eaux étaient courantes.

En cet état, le maire de Juvigny voyant que le tribunal avait posé en principe que les propriétaires riverains devaient jouir des eaux courantes, s'adressa au Conseil de préfecture pour faire statuer que M. Delfraisse, par son acquisition de vingt ares environ de pré, n'était pas devenu, par le fait, propriétaire riverain de Noire-Fosse.

Le Conseil renvoya les parties devant les tribunaux.

En même temps, le maire forma opposition à l'arrêté du 10 mai 1813. Sur cette opposition, intervint un arrêté du 3 janvier 1821, qui renvoyait les parties à se pourvoir devant l'autorité supérieure compétente

L'appel de ces jugements fut déféré à la Cour royale de P)iris.

La commune de Juvigny invoquant, dans un mémoire très détaillé, la protection et la justice du Roi, se pourvut devant Sa Majesté, à l'effet d'obtenir l'annulation des trois arrêtés du Conseil de préfecture, en date des 10 mai 1813, 13 décembre 1820 et 3 janvier 1821.

Les difficultés qui divisaient les parties se réduisaient aux points suivants, à savoir : si, lors des partages, la commune s'était réservée la propriété d'une partie de terrain prés de Noire-Fosse, des eaux de Noire-Fosse ainsi que des

talus, accrues , arbres existant sur les deux rives de cette mare.

Le détail des faits le prouve surabondamment, d^autant plus que la transaction de 1717, sans influence, disait le Mémoire, relativement à un droit de propriété consacré par cinq sentences rendues contradictoirement avec le Roi, alors seigneur de Juvigny, n*a opposé aucun obstacle à Texercice du droit de rouissage.

Alors que les eaux de Noire-Fosse seraient courantes, le rouissage n'empêcherait pas les bestiaux de s'y abreuver : on ne peut mettre en balance la conservation d'un peu de poisson avec la culture du chanvre si intéressante pour la localité (1).

Le Mémoire était terminé par les considérations générales suivantes :

« La commune de Juvigny ne se pennettra plus que quelques, réflexions sur les inconcevables prétentions de ses adversaires. Déjà privée d'une pâture grasse et d'arbres d'une valeur réelle; également dépouillée des terrains qu'elle avait eu soin d'excepter du partage, elle perdrait le moyen de subvenir à ses dépenses, et surtout à celles du culte; la cessation du rouissage détruirait une branche d'industrie importante. Six cents cultivateurs, tons sans exception, laborieux, paisibles, religieux et dévoués à l'auguste dynastie des Bourbons verraient consommer leur ruine! Et quel serait l'unique objet de pareils sacrifices? Ce serait de donner à BIM. Delfraisse et Godart le droit exclusif de la pêche et ménager leur amour-propre. Le meilleur des rois ne le souffrira pas. Sa haute sagesse saura concilier sa souveraine et impartiale justice, avec la protection que son inépuisable bonté ne cesse d'accorder aux opprimés.» — Al. le baron de €ormen in était rapporteur, et M. Gollin , de la Cour de cassatioQ, avocat de la commune.

(i) Depuis longues années déjà, la culture du ^anvre est complètement abandonnée dons la commune. Auj<yurd'hul on n'aurait pu invoquer la question du rouissage comme moyen de défense.

Ce procès demeura deux ans sans solution, jusqu'à ce qu'enfin mieux inspirées les parties belligérantes entrèrent dans des pourparlers de paix, qui se terminèrent par une transaction avantageuse à la commune (avril 4823). La bénigne influence de H. le baron de Jessaint, qui avait bien voulu entendre les parties , comme médiateur , servit à ramener entre ces hommes faits pour se ccHnprendre la bonne harmonie que ces divisions intestines avaient momentanément troublée.

La commune se désista des prétentions sur Noire- Fosse et sur le ruisseau, jusque son entrée dans le pont de Chaillot.

Elle abandonna le pré Champsat.

On accorda à M. Godart la propriété du fossé suivant et longeant la ruelle des prés , avec droit par la commune d*y laisser boire les bestiaux.

H. Godart cédait à la commune une chenevière pour servir de jardin à Finstituteur; onze hectares cinquante-deux ares quatre-vingt-douze centiares de pâture, se réservant un talus de quatre mètres autour du fossé, au levant, et d'un mètre vingt centimètres au couchant.

La commune ne pourra faire aucune plantation d'arbres dans toute l'étendue de la pâture.

La commune cède en échange à M. Godart d'autres pièces de prés , terres , chemins , le tout , après estimation d'experts, montant à 1 ,600 francs, tandis que les biens cédés par M. Godarf s'élèvent à la

saoïine de 5^4 50 francs« Toutefois, te dernier ne réclame à la commune que 3,000 francs.

Pour subvenir au paiement de cette plus-value ainsi que des frais du procès , un impôt extraordi* naire de 5,000 francs payables en trois annuités fut voté par le conseil. 1 ,1 58 fr. 90 cent, avaient été préalablement remboursés à M. de Rebel, à l'occasion de ce procès.

Au reste , la mort se chargea bientôt d'éteindre toutes les rivalités. Le 8 février 1826, elle frappait inopinément le maire de Juvigny. Le 10, on conduisait à sa dernière demeure, le baron Alexandre de Rebel , ancieu officier supérieur des gardés^lu-* corps , lieutenant^général en retraite , commandant (le Tordre royal et militaire de SaintrLouis, officier de la Légion d'honneur, membre du conseil d'arrondissement et du conseil municipal de Châlons, époux de Marie Antoinette Bellot. Il était âgé de soixante^ix-sept ans (1). M. de Rebel était né au château de Gaujac (Lotret-Garonne) de Barthéle-* my de Rebel et de Marguerite d'Excudié. A Tépoque de la révolution , il commandait les gardesdu-corps du Roi à Châlons, et s'était rendu acquéreur de la ferme de M. le commandant de Courcelles et de la maison de M. Louis-Joseph Delfraisse.

Celui-ci le suivit de près dans la tombe. Son père,

(t) Une bellf* crotx en fer, reposant sur un socle en pierre , r(*<* couvre les restes mortels du baron de Rebel , dans le cimetière de JuYiimy. Une inscription, gravée sur curvre, nous rappelle ses titres nobiliaires et militaires.

ancien receveur de l'entrepôt de labac à Châlons, avait été inhumé dans l'église Notre-Dame de Juvigay, au mois d'octobre 1760, àl'âge de quatre-vingtsept ans. H. Delfraisse, son fils, se voua à l'agriculture, introduisit dans nos pays l'usage des prairies artificielles et se livra à de nombreuses plantations. La ville de Chàlons, dont il fut maire pendant dix-sept ans, lui doit la plupart de celles qu'on y admire. Il mourut âgé de quatre-vingt-quinze ans.

Le jour même de la mort de M. de Rebel, M. Alexandre Godart fut nommé maire de Juvigny. M. J.^P.-N. Bonnart, adjoint depuis le 21 décembre 1834, continua ses fonctions. H. Nicolas- Antoine Durand, lieutenant-colonel en retraite, chevalier de Saint-Louis, officier de la Légion d'honneur, fut appelé à faire partie du conseil municipal.

Au mois de janvier 1 827 , l'abbé Nicolas Conlenet était nommé curé-doyen de Fère-Champenoise, et recevait le titre de chanoine honoraire de la cathédrale (1).

Il fut remplacé par H. Daras. Né à Châlons, le

23 avril 1 797, M. Jean-Baptiste Daras fut d'abord

commis de comptabilité dans l'administration des

rv — ; — .. -ecrétaire-^énéral de l'élat-major des

des de la Marne. Bientôt, se sentant

appelé au service des autels, il entra au collège Stanislas, de Paris, et devint professeur au petit séminaire de Versailles. Ordonné prêtre, le 10 mars 1 827, par VL^' Cotteret, évêque de Carixte, il fut nommé à Juvigny, au mois d'août de la même année, par M«f' de Prilly, et se rendit à son poste au mois de septembre. Il fut installé le 2, par M. Leblanc, chanoine de Châlons, avec' les cérémonies marquées par le Rituel.

Monseigneur vint donner la confirmation à Juvigny le 18 janvier 1830, et porta l'ordonnance suivante:

« La couverture de Péglise sera réparée;

> Le tableau du maitre-autel changé en un autre plus convenable.

> Le reste de Tédifice se trouve en bon état et suffisam> ment orné. On se propose, avec raison, de faire des change* mcnts à la sacristie qui ne répond pas à la beauté de Féglise et ne suffit pas aux besoins.

» Bans toutes les autres parties , nous n*avons que des éloges à donner aux paroissiens pour le bon entretien et le bon état de cette église , M. le curé et M. le maire s^y employant avec un zèle que nous pouvons proposer pour modèle aux paroisses voisines.

> Nous avons autorisé et autorisons , pour satisfaire la piété des habitants , Térection d*un autel sous Tinvocation de Saint-Martin, qui seroit placé à l'extrémité de l'église, à condition que le passage ne sera point obstrué et qu'on pourra circuler librement pour les processions autour de l'église.

> Il nous a paru qu'un bon esprit régnoit dans cette paroisse, mais en général, les sacrements sont peu fréquentés, surtout par les hommes. Nous les conjurons dans le Sei—

f iieor de remplir exaetemeai leurs devoirs, de se eonfesaerf de faire leurs P&ques. >

En ce qui regarde ce dernier point, l'ordonnance de Monseigneur aurait bien besoin d*être renouvelée ; mais celle de TEglise est permanente.

Quand H. A. Godart avait pris l'administration de la commune, il avait trouvé un grand désordre dans les finances, des dettes à payer, des bâtimeots nombreux qui tombai^nt en ruine, des revenus insuffisants pour subvenir aux charges. A la fin de 1830, la commune était libérée.

Les revenus qui, en 4825, ne s'élevaient qu'à 4,200 francs, étaient portés à 1,700. La ville de Châlons jouissait, depuis longtemps, du produit d'une ferme appartenant aux pauvres et qui ne rapportait que 24 francs par an. Un bureau de bienfaisance avait été définitivement constitué et son revenu dépassait déjà la somme de iOO francs.

Une salle d'école, encore incomplète, mais plus décente , a été construite. Les murs du cimetière, qui s'écroulaient de toutes parts, ont été rétablis, le presbytère restauré.

Une belle compagnie de pompiers a été organisée , et le matériel est complet.

Les chemins vicinaux ont été entretenus. Une médaille d'argent décernée par la Société d'agriculture, commerce, sciences et arts du département, à la commune de Juvigny, dans sa séance annuelle de 1829, est venue récompenser le zèle de ses habitants.

M. Godart demandait aa conseil municipal, le 46 mai 1830, de nouveaux crédits montai^l à la somme de 7,000 francs environ, aifin d'Qxécuter des tra^vaux de restauration aux toitures de l'églîs« (4), à récole des garçoois, à celle des fiiies, an presbytère et pour la reconstnictien du pont de Chaéttot.

L'impôt nécessaire pour couvrir ces dépenses fut voté, séance tenante^ et tons ces travaux furent adjugés. M. Godart ne put en surveiller Texécution. Il fut nommé maire de Châlons, le 1 8 décembre .1 831 .

Le 20 septembre, avaient eu lieu les élections municipales. MM. JeainPierre^^Nicolas Bonnart, Alexandre Godart, Yerdenet aîné, Alexandre Debin, Antoine-Pierre Regaault, Pierre-Philippe Lilbert, Nicolas Dupont, Alexandre Moret, Nicolas Contenet, Jean-Uartin Mestrude, Antoine Sévestre, Nicolas-Alexandre Jolicœur, ayant réuni la majorité des suffrages, furent proclamés en qualité de membres du cooseil municipal.

Le 18 octobre, M. Jean-Pierre-Nicolas Bonnart fut élu maice, et M. Jjean-Martin Mestrude, adjoint.

La loi du 32 mars 4831 avait établi des batail* hns cantonnaux de la garde nationale. Celui de Juvigny fit partie de la légion de Châlons (2) .

(1) La fabrique avait dëjà dépensé 700 francs pour la couverture du chevet.

(9) Le bataiHon de Juvigny fut détaché de la léj^ion de CbAlons, par arrêté du membre du gouvernement provisoire , ministre de Kintérieur, eb date du 5 avril 1848.

En 1832, le choléra fit plusieurs victimes à Juvigny. En moins d*un mois, quinze à vingt personnes périrent des atteintes de ce cruel fléau.

M. Pabbé Daras méditait des projets d'embellissement à l'église, quand sur les pressantes* sollicitations des habitants de Yraux, et pour être affranchi du double service de La Veuve, il accepta la cure-desserte de Vraux. Son départ fut très sensible aux habitants de Juvigny. M. Daras y avait exercé le saint ministère pendant six ans (4).

M. Paul-Frédéric Turpin, né le 21 avril 1803, le remplaça le 16 octobre 1833. Il fut un prêtre très zélé pour l'ornementation de l'église qu'il enrichit de beaux et utiles lambris, d'un lutrin, de riches dorures, d'un beau calice et autres objets que, pour la plupart, le style architectural de la nouvelle construction et les prescriptions du cérémonial romain ont forcé de démolir ou d'abandonner.

Le 2 septembre 1 835 , on célébrait avec pompe, dans l'église de Juvigny, le mariage de H. Charles- Edouard Croissant, alors procureur du roi à Châlons , maintenant premier avocat général à la Cour Impériale de Paris, avec mademoiselle Anatole

(I) Malgré des offres d'avancement, M. Daras demeura quatorze ans curé de Vraux quand, en 1847, Monseigneur le pressa d'accepter les fonctions de secrétaire de l'évéché. Il reçut en môme temps des Lettres de chanoine honoraire. Par arrêté du pouvoir exécutif , en ^ate du 28 mars 1848, il fut nommé chanoine titulaire de la cathédrale de Châlons , en remplacement de M. Dubois de Livry, décédé.

Godart. De grands noms historiques ont signé l'acte de mariage, entr'autres MM. Persil et de Royer,. anciens ministres.

M. Jean-Martin Mestrude, adjoint, était nommé maire, le 46 août 4836, en remplacement de M. Bonnart, démissionnaire, et M. Antoine Sévestre, adjoint.

Le perron de l'église tombait en ruines , il fut restauré en 4837 d'une manière peu solide; la fabrique y contribua pour 400 francs.

La commune ne voulut pas rester en arrière du progrès qui se manifestait partout ; elle fit reconstruire, en 4838, la maison d'école des garçons, et dépensa pour cet important objet une somme de 5,000 fr.

A peine était-elle terminée, à peine l'administration communale entrevoyait-elle les moyens de liquider sa dette, que de nouveau, elle fut plongée dans la détresse.

Un désastre terrible, prompt comme l'éclair, dévorant commme le feu, c'était lui I éclate à Juvigny, le 4 5 août 4 842.

On chantait à l'église la première strophe de Thymne des vêpres de l'Assomption.

L'alarme est donnée ; les portes de l'église sont assiégées; on sort en tumulte, et les yeux aperçoivent un effrayant spectacle 1 Les flammes s'élevaient déjà en tourbillpns et gagnaient de proche en proche. Les toitures en chaume étaient, hélas I

un alim^t facile an fen dévastateur. Od ^bissait alers le soleil brâlant de la canknle; il y ^vait «ne température de trente à trente-quatre degrés. Les beuglemeais sinistres et prolongés des bestiaux, les cris des femmes, le bruit des poutves qui tom^baient aiec fracas, achevaient de fermer un effirayaui tableau, une scène de désolation qu'on ne peut rendre.

Deux jeunes enfants , en jouant avec des ailu^ mettes chimiques sous une petite remise qui contenait des pailles, avaient allumé Tiacendie, et en moins d'u/n quart d^hettre vin^-qnalre maisons,, quinze granges, plusieurs hasgars ou petites étaUes étaient envahis par le feu. Les jardins qui séparaiciit entr'elles les maisons n'étaient point un obstacl» au progrès du fieu.

Pour un instant, on crut à l'ineendie général du pays. L*église, qui commen^it à s'enflammer, fut le rempart devant lequel vint s'abattre le fléau.

Trente-cinq ménages avaient éprouvé des pertes considérables. Dix*huit étaient sans asile. 4 30,00(K avaient été dévorés en un moment. La maison commune non encore adievée, non assurée, avait disparu I Les archives , en partie détruites , volaient dans les airs I Des fragments épars en furent jnecueilHs à plusieurs kilomètres du Jieu du sinistre.

Cependant, les secours n'avaient pas manqué; ils avaient été pronipts et abondants. Au signal d'alarme, tous les pays voisins s'étaient hâtés d-ao-

courir. L'incendie avait été ap^çu à de longuesdistanœs. Plitsieurs per^Moes de Juvigny, qua leur dévotion avait conduites au pèlerinage de^ Notre-Dame de {*£pine, regagnèrent en toute b&te^ à Tannonee du sinistre , leur pays désolé , et quelques-unes, à leur retour, ne trourèrent plus qoe^ les débris fumants de leurs demeures.

Vingt-six pompes étaient arrivées successivement. C'étaient celles des communes d'Aigny, Ambonnay (deux pompes), Athis, Aulnay, Bouy, Châlons (deux pompes), Champagne, Champigneul, Condé, Fa* gnières, Les Grandes-Loges, Jalons, La Veuve, Ma* tougues, Pocancy, Recy, Saint-Etienne-au-Temple, Saint-Gibrien , Thibie, Tours-sur-Marne, Trépail, Vadenay, Villers-aux-Comeilles , Vraux.

« Tous les pompiers, disait H. Godart (1 ], tous lès habitants des communes environnantes ont rivalisé de zèle et de courage. On doit des éloges à MM. les curés de Vraux, de Condé, de Matougues, d'Aigny, de Bouy, et notamment à M. Anstett, curé de Villers (2), et surtout à c^lui de Juvigny, M. Turpin, dont le zèle et l'activité ont été sans bornes.

» Les pompiers de Juvigny n'ont pas quitté le lieu du sinistre, depuis le lundi à deux heures trois

(1) Journal de la Marne , 90 août 1843.

(i) Le mène qui , au diolëra de t8K4 , s'est si adrairablemeot d<5voue & Bnigny, près Épernay. En recoBBaissance des soins qu'il leur . svAinargement prodigués, les habitants loi offrirent, en souvenir, une ^9Diflque pemhAe.

quarts jusqu'au mercredi à onze heures du soir. Leur conduite a été admirable. L'ordre le plus parfait n'a cessé de régner. »

Dans un autre rapport, on signalait à la reconnaissance des habitants M. Alexandre Godart , colonel de la légion de Châlons, et M. E. Croissant^ son gendre, alors substitut du procureur du Roi, près le tribunal de la Seine.

A la nouvelle du sinistre , le Préfet de la Marne fit parvenir à Juvigny un secours de 1 ,000 francs qui fut distribué immédiatement. Quelques jours après, il visitait la commune et promettait d'appeler la bienveillance du (jouvernement sur les victimes de ces désastres afiligeants.

Le Roi offrit une somme de 500 francs prise sur sa cassette, et le Ministre de l'intérieur accordait aux incendiés un secours de 2,950 francs.

La bienfaisance privée s'unit à la munificence royale et ministérielle, pour soulager l'infortune et poser sur les plaies le baume réparateur! Une somme de deiLx mille cent quarante-cinq francs trente centimes fut offerte aux incendiés de Juvigny par diverses personnes et par quelques communes dont nous sommes heureux de signaler les noms à la reconnaissance de tous (1).

(i) MM. Godart (Alexandre), »!6 fr. »» c— Turpin, curé de Juvigny, 500 fr. — Doulcet d'Égligny, receveur général des finances , 300 fr. — Mestrude (Pierre-Didier), à Juvigny, 200 fr. — La commune ûe Bouy, ilO fr. KO c. — Mestrude, maire de Juvigny, 100 fir. — La commune de Louvercy, 100 fr. — Gautherin, directeur des Do-

Les pertes mobilières et immobilières réunies présentèrent un total de 110,000 francs. Les secours provenant des compagnies d'assurances , du bureau central des incendiés et de divers furent de plus de 80,000 francs, ce qui présente un total de secours de plus de 79 pour % des pertes de toute nature.

La commune, déjà si dénuée de ressources, eut à payer pour dépenses faites dans les auberges , le jour de l'incendie, une somme de 1 ,062 francs I

Quelques jours après l'incendie, le maire de Juvigny prenait un arrêté par lequel il défendait à tout propriétaire de couvrir les habitations en chaume, et de les restaurer même partiellement (1). Quatre-vingts couvertures en paille qui n'ont pas été brûlées alors, n'avaient plus le droit d'y trôner impudemment. Et depuis cette époque , beaucoup

roaines, 100 fr. — La commune de La Veuve, 98 fr. — La comtesse d'Âudenarde, à Chftions, SO fr. — Maucourt, maire de Châlons, KO fr. — Bomot, avoue, 30 fr. — - Le curé de Saint-Alpin, de divers, 80 fr. L. Le Conte, banquier, ÎK fr.— Périnet, k Ch&lons, ÎB fr.— Araould , notaire, t» fr. — Copin , conseiller de Préfecture , iO fr, — M"* et M"« de Wignacourt , à Chftlons , 20 fr. — La comtesse de Brache , 13 fr. 25 c. — De Germçy , chef d'escadron d'état-major, 10 fr. — Un anonyme, 10 fr. — Bluget de laGravière, 10 fr. — Berttelemy. 2fr.

« Toutes ces sommes réunies forment un total de 2,145 fr. 30 c. qui, iointes aux dons de S. M. , à ceux du Ministre de l'intérieur et du I^réfet, donnent une somme de 6,393 fr. 30 c. qui ont été distribués à près de quarante incendiés de Juvigny. (1) Arrêté du 1*' octobre 1842, renouvelé depuis.

ont disparu pour faire place à Tardoise ou à la tuile.

La route de communicatiou u® i fut redressée dans la partie incendiée du village. Le Préfet avait déclaré ce redressement d'utilité publique. Ce fut une nouvelle et lourde charge pour la commune, sans compter les dépenses de reconstruction de h maison d'école qui s'élevèrent à une somme de 42,000 francs.

On eut recours à l'impôt extraordinaire qui, pour Juvigny, peut être appelé ordinaire; plusieurs parcelles de terrains vains et vagues furent aliénées; on loua quatre hectares de pâture communale.

Le Gouvernement contribua à la dépense pour 2,000 francs, et la compagnie d'assurances délivra un mandat de 4 ,300 francs.

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