CHAPITRE IV
Incendie de l'église de Juvigny par les Huguenots, en 1867. — ^.^ Fosse des Huguenots. — Pierre Chappelot, curé. — François Cloche lui succède. — II est remplacé par Claude Millet. — Sentence de l'oflScialité au sujet de la desserte de La Veuve et de Saint-Martin de Juvigny. — Guerre de la Fronde. — Passage de troupes à Juvigny et à La Veuve. — Malheurs des temps. — Dénombrement des usages de la communauté.
Luther et Calvin , sous prétexte d'abus à réformer dans réglise , avaient allumé le brandon des discordes religieuses qui devaient bientôt dégénérer en guerres civiles et répandre partout le pillage et la dévastation.
Charles IX régnait, et sa mère Catherine de Médicis, régente du royaume, appuyait secrètement les disciples de Calvin.
Après le massacre de Vassy, qui fut singulièrement exagéré, les Huguenots coururent aux armes et se répandirent dans les provinces.
Le duc de Guise les battit près de Dreux , mais bientôt il mourait assassiné par la main d'un calviniste. Cette mort fut funeste à la religion. Les calvinistes relevèrent leurs espérances et voulurent même s'emparer du roi Charles IX qui , déjouant leurs projets, les mit en déroute dans la plaine de Saint-Denis (année 1567).
« Dans leur retraite, les Huguenots ravageaient les campagnes , brûlaient et démolissaient les églises , les dépouillaient de leurs richesses , y commettaient les plus exécrables profanations ; ils massacraient les prêtres et les religieux , passaient des populations entières au fil de l'épée , et poussaient leur rage sacrilège jusqu'à violer les tombeaux (1 ) . »
Juvigny, pas plus qu'Avenay, Sarry, etc., ne devait échapper à la rage fanatique de ces sauvages incendiaires, Les titres, baux y et chavires qui concernaient la comrhunauté et qui se trouvaient dans V église Notre-Dame , furent anéantis et consumés par le feu. L'église elle-même fut incendiée, il n'en resta debout que les murs (décembre 1567).
Le badigeon recouvrait , il y a quelques années , les traces fumantes de l'incendie^ et les parements
(f) De Saint- Victor. Tableau hitt, et pUt» de Paris , t. ni*, page
sai.
intérieurs de la tour du clocher , calcinés par le feu ^ attestaient ces actes de destruction et de barbarie.
Il est présumable qu'ils ne furent pas accomplis^ sans combat, et que plusieurs d'entre les hérétiques payèrent de leur sang, leur impie et sacrilège agression. Car dans une' partie réservée du cimetière, il existait, avant son nivellement, en 4853, une fosse connue sous le nom de Fosse des Huguenots où sans doute quelquesr-uns furent inhumés, à moins toutefois que Juvigny n'ait apporté sa part à l'hérésie , ce qui est peu pro- .bai)le.
. Pierre Chappelot était curé de la paroisse N.-D., et Jacques Damberton , prieur de La Veuve , était curé de Saint-Martin.
Pierre Chappelot avait été nommé à la cure de Notre-Dame de Juvigny et de son annexe Sainte- Madeleine de La Veuve, le 29 avril 1 562, par l'évêque Philippe IV de Lénoncourt. L'ordonnance d'institution est signée par les vicaires généraux Sybeot ,. professeur de théologie, et Daoust , chanoine officiai (1).
Il appert d'un procès-verbal fait par la justice de La Veuve, de la mort subite du supérieur de la ministrerie de Saint-Jacques de La Veuve, en 1 577, que malgré le titre de curé de Sainte-Madeleine de La Veuve, donné au curé de K.-D. de Juvigny, celui-ci était souvent , d'après arrangements à
(i) Archives de la Préfecture. Fonds de Vtviché,
l'amiable, remphS dan& tes fonctions pastoralespar le prieur de La Veuve ; car il est dit dans ce procès-verbal , qu'on fit venir, pour exercer les fonctions du saint ministère, à La Veuve, Pierm Chappelot , curé de Juvigny et de La Veuve. C'est une preuve que dès ce temps, comme auparavant, il n'y avait point d'autre curé de La Veuve que celui de Notre-Dame de Juvigny.
Au mois de décembre 4 588 , Pierre Chappelot mourut à Juvigny, dont il avait été curé pendant vingt-sept ans et neuf mois. Que de ruines morales^ et matérielles il avait eu à relever I
François Cloche, prêtre du diocèse de Reims, fut nommé curé de N.-D. de Juvigny, collégiale de N.-D.-en-Vaux, avec sa succursale ou annexe de La Veuve , par Nicolas Clause de Marchaumont , évêque de Châlons , en remplacement de Pierre Chappelot, décédé [i ). Nommé le 1 3 janvier 1 589, François Cloche prit possession de la cure le 20. Les témoins furent François Nolin et Jean Pignon , laboureurs à Juvigny. Il gouverna la paroisse pendant trente ans , et il est probable qu'il y mourut. Il fut remplace au mois de mai 1624 par Claude Millet, prêtre du diocèse de Reims , chapelain de la chapelle Saint-Éloi de l'église Saint-Pierre-aux- Monts, de Châlons.
(l) Ad parochialem EccUtiam Beaiœ Mariœ de Juvigmcioo cum «ud êuecursâ seu annexa de Vidud^ post obitum defuncti magistri Pétri Chappelot, (Lettres <i'iostitutloQ canonique^ Archiv. dela Préf.)
A peine était-il entré en fonctions qu'une difficulté survenue entre lui et le prieur de La Veuve^ au sujet de la desserte de l'église Sainte-Madeleine de La Veuve, donna lieu à une sentence rendue le \ 2 novembre 1 621 , par devant Geoffroy, officiai de Châlons , qui le condamna à administrer ou à faire administrer les sacrements tant aux paroissiens de N.-D. de Juvigny qu'à ceux de La Veuve (1).
Cette sentence eut pour effet de faire revivre un
(1) « Extrait du Registre aux causes de l'officialité de Chaalons du 12* jour de novembre 1631 , par devant Geoffroy , officiai de Ghaa> Ions.
> Les habitants de Juvigny, paroissiens de Saint-Martin , demandeurs en requeste du 6 novembre 1621.
» Parties ouïes et sur quoi, attendu que le dit Lambisson (prieur de La Veuve), et Millet (curé de N.-D.), nonobstant le consentement par eux ci-devant donné en plein synode sur la célébration du divin service des lieux de Saint-Martin de Juvigny et de La Veuve , accordé de faire ou faire faire par chacun d'eux à l'avenir le service divin et fonctions curiales, savoir : le dit Lambisson au dit Saint-Martin duquel lieu il est pasteur et curé , et le dit Millet de la paroisse N.-D. de Juvigny, et d'administrer ou faire administrer les sacrements tant aux paroissiens de N.-D. du dit Juvigny qu'aux habitants de La Veuve , ainsi qu'il eu est tenu et que ses prédécesseurs ont fait ou fait faire ès-dits lieux ès-noms, du consentement commun des dits Lambisson et Millet, ordonne que chacun d'iceux à leur égard, feront ou feront faire les fonctions ès-dites Saint-Martin de Juvigny et La Veuve , bien et dûment, et au contentement des paroissiens, à ce qu'ils n'aient plus par ci-après matière et sujet de faire plainte à Monseigneur ou ii nous , ainsi qu'ils ont fait ; remettons lesdites parties hors de cause et de procès sans dépens, dont lesdits demandeurs ont protesté d'appeler, et ont lesdits Lambisson et Millet signé avec nous et notre greffier, les jours et an que dessus. Signé: Gillàrt. — Archives de la Marne. Liasse concernant Juvigny.
arrangement antérieur passé entre les prieurs de La Veuve et les curés de Juvigny.
Le prieur de La Veuve accordait annuellement au curé de Juvigny six écus pour chanter, à Saint- Martin, la messe paroissiale les jours de dimanche et fêtes , et le prieur de La Veuve continua à exercer les fonctions curiales à La Veuve au lieu Qt place du curé deN.-D. de Juvigny.
Nous n'en voyons pas moins dans une note, insérée au livre des baptêmes de La Veuve , que frère André Théard , prieur « déclare aux habitants de La Veuve , en 1 645 , qu'il ne veut plus les servir ny administrer aucunes fonctions curiales , les advertissant qu'ils ayent recours à M. Le Gentil, curé de Juvigny , leur paroisse de toute antiquité. Et le dit Le Gentil , curé dé Notre-Dame de Juvigny et de La Veuve a baptisé et fait baptiser, par frère Michel Délavai , prêtre et religieux de l'ordre de la Sainte-Trinité et Rédemption des captifs , ministre de la ministrerie de Saint-Jacques de La Veuve, les enfants des habitants de La Veuve; et l'année suivante le dit Théard a recommencé à faire les mêmes fonctions. »
En 1 641 , Claude Millet n'était déjà plus curé de Juvigny, et Le Gentil le remplaçait. Aucune pièce n'a pu nous indiquer en quelle année il avait pris possession, ni celle de la résignation de la cure ou de sa mort.
Signalons aussi qu'en 4 654 , il était passé , à l'oc-
casion des guerres désastreuses de la Fronde , un corps d'armée considérable à Juvigny et àLa Veuve. Le fait est noté dans les registres de cette dernière paroisse, qui remontent à Tannée 4 642.
Le tableau que trace de ces désastres un écrivain contemporain , auteur de la Vie de M. Félix Vialarf de Herse, évêque de Chdlons (1) , nous fait assez comprendre quelles furent les souffrances de nos aïeux.
» Le diocèse était le théâtre d'une guerre civile et étrangère. Le saint évêque avait la douleur de voir les moissons enlevées, les terres abandonnées, les maisons brûlées , la plupart des familles fugitives, les prêtres même traités indignement, les autels profanés, les églises pillées et renversées, le sacrifice de la messe interrompu ou interdit dans beaucoup de paroisses, les vivants sans consolations et sans secours, les morts sans sépulture.»
J'ignore si tous ces maux à la fois tombèrent sur notre malheureux pays ; il est à croire qu'il en eut sa large et douloureuse part.
Quelques années auparavant, on avait fait le dénombrement des Usages de la commune. Celte pièce est intéressante et nous fait connaître quelles étaient les richesses communales à cette époque. Nous la copions textuellement :
€ Déclaration des usages de Juvigny étant au dépôt des
(1) Page 73 de rdditionde Cologne, de 4738. Cette vie est entaehëe de Jansénisme.
fiefs de la Cli arabise des Comptes, h Paris, au 21*" vol., au-" inérolée 753, cotée 3918, du 3 may 1634.
» Pfous soussignés Jean Copitet, procureur syndic des habitants et communauté de Juvigny, Claude Bayen, Nico-las Noiin , Claude Terrier et Mathieu Cartelet, laboureurs dcmeuiants au dit Juvigny ès-noms et comme procureursdes habitants et communauté de Juvigny par acte d'assemblée passé par lesdits habitants le 17 d*aviil 163^ par de^ vaatRemy Lamirault, lieutenant en la justice du dit lieu y signé au bas Lamirault en la dite justice, disons et déclal'ODS etalfîrmons par devant vous, messieurs les commissairesdéputés par le Roy, pour la liquidation des droits de fiancs-^ fiefs et nouveaux acquêts au ressort du Parlement de Paris ;
> Qu*à la communauté de Juvigny compétent et appartiennent les usages communs et aisances ci-après déclarés.
> Savoir une pièce de pâture grasse consistante en 73 fauchées ou environ, tant pâture fossés que lieux marécageux, tenant d'une part et d'autres à plusieurs et aboutissant où vont journellement les bétes a corner et autres bestiaux ei> pâture au dit Juvigny, appelé communément les Parcs, petit Parc et Norolaine, prisée la fauchée revenant à prorata de Tautre la somme de quinze livres et rapporte par an la somme de quinze sols.
» Item, une autre pièce de prez tant marais que pâture où vont les dits bestiaux de Juvigny en pâture appelée communément la Glaye et Maucherotte : consistant en huit fauchées ou environ tenant d'une part à plusieurs et aboutis-» sants, prisée la fauchée la somme de dix livres en fonds ^ étant en réserve par an pour chacune fauchée, la somme de dix sols.
>Item, appartient aussi à la dite communauté un petit droit d'aisance appelée communément la Nau-de-Han, te-> nant d*une part au ehâteau de Frambourg, d'autre à Gailly
et autres, d'un bout à la Fosse->Noiresse, d'autre à
prisée la pièce au fonds vingt livres qui pourrait rapportei^ par an là somme de vingt sols.
>lieiD, une autre aisance appelée Fossc-Godins, conte*»
nant environ une fauchée, étant au bout du dit JoTÎgny vers Chaalons en laquelle place, les pâtres font assemblée de leurs bestiaux pour mieux mener en pâture au dit terroir, prisée environ six livres en funds et étant en réserve peut rapporter par an dix sols.
> Item, une autre aisance appelée les Sermons, usage au dit Juvigny, consistante environ en trois fauchées, tenant d*une part et d'autre à plusieurs , d'un bout au terroir de Vraux, d'autre au terme de Matougucs, le tout prisé la somme de vingt livres, étant en réserve pourrait rapporter par au h somme de vingt sols.
> Item, une autre aisance appelée la Voie-des-Perches, tenant d*une part et d'autre à plusieurs, d'un bout k la Chimolle, d'autre bout à la pâture des agneaux, prisée ea fond la somme de dix livres environ, étant en réserve, peut valoir dix sols par an.
>Item, un petit canal d*eau, communément appelé la Fosse-Noire avec quelques petites aisances tenant à iceluy où vont quelques bestiaux en pâture , où les dits habitants mettent leurs chanvres en roise, et prennent du poisson, prisée en fonds la somme de cinquante livres, et qui pourrait rapporter étant en réserve, par an, la somme de cinquante sols.
> Item, compète et appartient aux dits habitants de la commune de Juvigny et La Veuve la quantité de quatre cents journels de terres vaines et vagues, appelées les Hautes- Terres, tenant d'une part aux terres des villages voisins, qui sont de petits rapports, et vallent environ au fond quinze sols le journel, lesquels villages sont chargés de cent livres envers le Roy par chaeun an , et quarante-quatre sols six deniers qui se payent au jour de la Saint-Remy, chef d'octobre, au receveur du domaine à Épernay, qui peuvent valoir et rapporter, si on les labourait, par au, à chacun par journel, douze deniers.
> Signé : Claude Bayen , Claude Terrier, Mathieu Cartellet , Nolin et Jean Copitet.
» Et si en outre ce que dessus , les dits soussignc^s députés par leur communauté par la procuration à eux donnée, ils déchirent qu*ils n'ont aucuns titres ni baux de leur commune, usages et de ce qui est porté dans la présente déclaration ; et qu'en Van 1567, au mois de décembre leurs titrée et charités étant dans leur dite église^ ils ont été brûlés ensemble la dite église , par les hérétiques , et ci-déclarant qu'au cas qu'il se trouve d'autres usages appartenantes aux dits habitants autres que ceux-ci dessus déclarés , ils consentent qu'ils soient réunis au domaine de mou dit seigneur Roy.
> Cejonrd'bui troisième jour de may i634, sont comparus Claude fiayen , Claude Terrier, Nicolas Noiin et Mathieu Cartellet, laboureurs demeurants à Juvigny, fondés de la procuration de la communauté des habitants du dit lieu da dix-septième avril dernier, par devant nous commis à la réception des déclarations des fiefs, arrière-fiefs, terres, pos— sessions, héritages, rentes et droits immobiliers sujets aux droits de franc et fîefs et nouveaux acquêts en l'élection de Cbaalons, lesquels m'ont rendus la présente déclaration laquelle j'ai reçu aux charges et soumissions y contenues, et ont signé à Chaalons les dits jour et an. Ainsi signé: Mathieu Cartellet , Claude Bayen , Claude Terrier et Nolin et Donons , commis , tous avec paraphe.
> Taxé quatre-vingt livres. >