‹ Monographie de la rageChapitre 31 sur 120 · L'enlèvement des petits peu après leur · texte numérisé non relu

L'enlèvement des petits peu après leur

naissance peut produire chez la mère de déplora-

bles résultats. En voici un exemple communiqué par M. Canu, vétérinaire à Thorigni-sur-Vire (Manche), au journal la Santé publique, numéro du 41° août 1874.

« Une petite chienne de quatre ans, toujours enchainée, fit, le 5 février dernier, cinq petits que le propriétaire enleva successivement. Elle en fut très irritée et ne voulut plus dès lors ni boire ni manger. Elle s'agitait beaucoup et poussait des cris plaintifs. La nuit, elle hurlait si fort, que les chiens des environs venaient dans la cour de la ferme. Le 19, elle rompit sa chaîne et s’échappa : dans l’étable où se trouvait une jeune vache qu’elle

mordit au nez. En voulant la faire sortir, le pro-

priétaire lui-même fut mordu au genou ; survint e domestique qui fut mordu à la jambe, et l’assomma d'un coup de bâton.

&« Le 14 mars, la vache mordue ne voulut rien prendre ; elle se jeta Sur un veau qui se trouvait

dans la cour. Elle beuglait fortement, approchait

souvent son nez de l’eau sans boire, se ruait sur les monceaux de fumiers et les éparpillait. Amenée le lendemain à M. Canu, elle avait l'œil vif,

perdait beaucoup de salive et s'élançait sur son gardien sans lui faire de mal. — Beuglements forts et aigus. — Tout en soupçonnant la rage, le vétérinaire évita de communiquer son diagnostic, et recommanda seulement de bien attacher la bête et de lancer des poules sous son nez comme épreuve. En entrant dans son étable, la vache éprouva une épouvante terrible à l’aspect d’une truie couchée à l’autre extrémité. Elle bondit sur elle en beuglant au point de communiquer une secousse terrible à celui qui la tenait.

« Le lendemain, une poule blanche était mise sous son nez ; elle se jeta dessus avec fureur en ouvrant la bouche, et l'aurait déchirée si on ne l’eût retirée aussitôt. Le troisième jour, une forte saignée fut faite, après laquelle elle tomba sans pouvoir se relever. Elle mourut dans la journée.

« Aucun chien errant ni enragé n'ayant été vu dans la commune de Saint-Amand où ces faits ont eu lieu, on ne peut guère supposer que la chienne, visitée par les chiens du voisinage, ait été mordue elle-même. »

Le docteur Allevin cite le cas d’une chienne de chasse qui, ayant mis bas pendant les grandes chaleurs, devint enragée ensuite par l'enlèvement immédiat de tous ses petits, et mordit plusieurs chiens et plusieurs personnes, dont une au moins est morte enragée.

M. Thierry, vétérinaire à Ervi (Aube), rapporte,

ER oh

dans le Recueil de médecine vétérinaire, numéro de mars 1874, le cas d’une magnifique chienne courante qui présenta tous les symptômes de la rage spontanée après l’enlévement immédiat de ses cinq petits. On eût pu la faire abattre comme enragée ; il suffit cependant de la séquestrer, et, deux ans après, cette bête était encore en vie et en bonne santé.

44. — Deux faits semblables de chattes devenues furieuses par l'enlèvement de leurs petits, ont été suivis de mort d'homme.

Il est donc très dangereux de ne pas conserver ‘au moins un ou deux petits aux animaux qui viennent de mettre bas. La sécrétion du lait suivant son issue naturelle par la succion pendant une à deux semaines, on ne court pas le risque de rendre les animaux malades. C’est surtout nécessaire chez le chien et le chat en raison du caractère et du naturel du genre félis et de leur extrême irritation. Dans ces cas, il se produit des phénomènes qui simulent la rage, surtout chez la chienne et la chatte, qui déchirent et mordent sans pour cela communiquer la rage.

44 bis. — Le Figaro du 11 mars 1878 raconte ainsi un fait de rage causé par la douleur :

€ Quand on enterra, il y a quelques semaines, l'auteur de cette jolie chanson : « Mon père était rossignol, » le poête Gustave Mathieu, chacun parla de la douleur de son chien, une bête superbe

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