‹ Monographie de la rageChapitre 4 sur 120 · La rage. Ce mot fait peur! Pourquoi · texte numérisé non relu

La rage. Ce mot fait peur! Pourquoi

Parce qu'on a la triste certitude d’en mourir. Rien n'égale la terreur qu’inspire cette affreuse maladie, terreur occasionnée sans doute par l'impuissance de la médecine à la prévenir ou à la combattre efficacement, et provenant moins du nombre des victimes que de la nature du mal qu’elle constitue, du caractère particulier des tortures morales et physiques qu’elle inflige.

Le choléra, la fièvre thyphoïde, la phtysie, la peste , le typhus, la fièvre jaune, etc., dont on compte les victimes par milliers, sont loin d’inspi-

den ghes

rer les mêmes craintes, parce que tous les cas ne sont pas mortels. L'espoir d'échapper au danger soutient le malade, tandis qu’on peut, sous la seule influence de la peur (38 à 41), devenir enragé et en mourir. Dans ce cas, le cerveau envahi par de continuelles appréhensions et frappé par la terreur, donne lieu aux conséquences les plus graves.

La rage déclarée chez l’homme, au contraire, ne laisse absolument aucune espérance ! La mort est le résultat certain de tous les malheureux qui en sont atteints. Les malades conservent toute leur intelligence, ce qui rend plus affreuses leurs souffrances physiques et morales. C’est un condamné à mort dont le jour de l'exécution, quoique proche, n’est pas fixé!

C’est la maladie la plus sûrement mortelle , une fois développée. C’est aussi la maladie la plus affreuse par ses symptômes, et dont rien ne semble devoir préserver, car c’est le chien, cet ami de l’homme, qui, de tous les animaux domestiques, la contracte et nous la communique le plus souvent. C’est là, il faut le dire, l’un des plus affligeants spectacles des écueils de la médecine.

C’est encore à l’effroi causé par cette maladie qu’on doit des actes d’atrocité à peine croyables. Nous rappelons avec horreur ce fait rapporté en 1816 par les journaux et relatif à un malheureux enragé qu’on aurait fait périr entre deux matelas ! Que peut donc en retirer d’utile la sécurité des personnes qui entourent ces infortunés, puisqu’il n’est pas prouvé qu’une seule fois la maladie ait été communiquée d'un homme à un autre !

Disons encore que la rage n’est connue du public que sous l’une de ses faces la plus effrayante, car on croit généralement que l’idée de ce mot est inséparable de celle de fureur. On ne saurait vulgairement admettre son existence sans des symptômes violents, des scènes de délire dont toutes les imaginations sont frappées. C’est là une erreur que l’éminent professeur de Grignon, M. Sanson, s’est efforcé à détruire en prouvant que, le plus sou-

a, TES

vent, la rage caractérisée existe pendant un certain

temps à l’état latent, avant qu'aucun accès violent se soit manifesté (53).

40. — Enfin, il est un autre préjugé dangereux, depuis longtemps répandu dans le public sur cette maladie , c’est de considérer un chien comme n'étant pas atteint de la rage, par cela seul qu’il boit, mange et ne mord pas, qu’il continue à être caressant envers ses maîtres; et pourtant cet animal peut causer ensuite 16 accidents les plus déplorables. Il résulte en effet de plusieurs faits cités par M. Sanson que, loin de repousser les liquides, la plupart des chiens, sous le coup de la rage, sont pris au contraire d’une soif ardente qu'ils satisfont abondamment, quand les contractions du gosier . n'y mettent pas obstacle.

Donc le chien enragé n’est pas hydrophobe, c'est-à-dire qu'il n’a pas horreur de l’eau. (Voy. symptômes précurseurs , 47.)

AR 2e

Page 1