CHAPITRE VII
Fausse rage chez la vache.
59. — Une affection, simulant la rage à s’y méprendre, a été constatée chez des animaux de l'espèce bovine. Très rare et peu connue des vétérinaires , il importe que le propriétaire et le paysan puissent la distinguer au besoin de la vraie rage. Voici, à ce sujet, un cas observé en juin 1874 par M. Petrus Robellet, vétérinaire à Givors (Rhône), qui l’a très bien décrit dans le Recueil de médecine vétérinaire.
« Une vache de quatre ans , appartenant à M.
Dubost, propriétaire à Chassagny, ayant vêlé le 24 juin, sans rien d’anormal , fut lâchée dès le 28, mais refusa de manger au pré, fuyant les autres animaux et se léchant constamment les membres antérieurs, selon l'observation du pâtre. Rentrée à l'écurie, elle continua à se lécher ainsi et refusa toute nourriture. Dès huit heures du soir, elle parut inquiète et mordit tous les objets qui l'entouraient, ce qui fit appeler immédiatement M. Robellet.
« À son arrivée, il la trouve mordant réellement et avec ténacité sa mangeoire, déjà usée en différents endroits, ainsi que son ratelier et des aliments qu'elle laisse ensuite tomber sans les mâcher ; elle se mordille également le poitrail et
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les membres antérieurs sans endommager la peau.
« Le pouls est à 60, l'artère pleine et roulante. Les yeux, démesurément ouverts, sont rouges, fixes, hagards , la pupille dilatée. La bouche, légérement enflammée, est entourée d’une salive écumeuse. Respiration normale, mouvements du flanc réguliers, à 20 par minute. De temps en temps, cette vache fixe un point de l'écurie, se campe fortement en avant, tire sur sa chaine, mugit, gratte le sol avec les pieds antérieurs et semble vouloir défier un ennemi invisible. En lui présentant alors le manche d’une fourche, elle le saisit aussitôt avec frénésie, et le mord en secouant violemment la tête.
« La rage fut donc diagnostiquée; mais sur l'affirmation positive du propriétaire que sa vache n'avait pas été mordue, il y avait lieu d’être réservé. La chaîne fut pourtant doublée par prudence, et la bête isolée de ses voisines. »
60.— « En présence de cette agitation, M. Ro- . bellet administra lui-même 50 grammes de chloral dans deux breuvages de thé, à un quart d’heure d'intervalle. Quelques minutes après, la vache baisse la tête et tombe comme une masse inerte sur le sol, pour se relever aussitôt sans y être excitée. Dix minutes après, le même phénomène se reproduit. Puis bientôt elle mord avec moins de force et de fréquence, et, étant tombée une troisième fois sur le sol, elle s'assoupit et resta ainsi
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pendant trois heures. En se relevant, elle était guérie ; et, le lendemain, le vétérinaire constatait avec étonnement la disparition des symptômes alarmants de la veille, et tous les signes d’une bonne santé; rumination paisible, œil doux, pas de fièvre, un peu de faiblesse et d’abattement seulement. »
61. —— « Quelle est donc cette maladie, dit M. Hippias? L'auteur ne le dit pas. Evidemment ce n’est pas la rage, puisque l’animal à guéri. Deux signes importants, sinon caractéristiques de celle-ci, manquaient d’ailleurs : ce sont les beuglements rauques, répétés, et les efforts expulsifs. Il est à regretter qu’on n'ait pas songé à présenter un chien à la bête, on a vu l'effet que produit la vue de cet animal dans la majorité des cas (55-56). L’observateur mettant aussi de côté le vertige épileptique et la succion nerveuse, se demande si ce ne serait pas une excitation maniaque provoquée, Soit par la sortie imprudente de la bête au pâturage, à la suite d'un vélage récent, soit par un trouble, une suppression de la sécrétion laiteuse dont l’auteur ne parle pas à tort, soit par toute autre cause ayant profondément impressionné le système nerveux de l'animal? Cette interprétation est d'autant plus probable, que M. Robellet père, pendant sa longue carrière , n’a rencontré que deux cas de cette affection singulière, précisément aussi sur des vaches fraîchement vélées, qui ont guéri également.