CHAPITRE XIV
Cautérisation.
103. — Il reste donc bien démontré, par tout ce qui précède, qu'aucun des nombreux remédes vantés comme capables de neutraliser les effets de la morsure des animaux enragés, ne mérite la confiance, parfois absolue, que l’on est trop facilement porté à leur accorder. Ils ne doivent l'apparent succès qu'ils semblent avoir obtenu dans quelques cas particuliers, qu'à cette circonstance, dès longtemps mise en lumière par les savants les plus compétents, que, lorsque plusieurs personnes sont successivement mordues par le même animal enragé, la contagion ne s'exerce pas également sur toutes, et qu'un certain nombre d'entre elles échappent, par des causes diverses, à la transmission du mal, sans avoir été soumis à aucun préservatif (77).
Ainsi donc, quant aux mesures prophylactiques, administratives ou autres, dirigées contre le développement et la propagation de la rage, et au traitement curatif de la rage confirmée, la sollicitude du gouvernement, les recherches des voyageurs, : les tentatives des empiriques et les expérimentations plus ou moins rationnelles des médecins, n'ont pas réussi à réaliser des progrès assez sérieux
pour tranquilliser la conscience publique. La taxe municipale sur les chiens n’a pas répondu aux espérances conçues sous ce rapport ; on peut en dire autant des opérations pratiquées sous la langue de ces animaux dans le but de les mettre hors d'état de communiquer la rage par morsure. Rien enfin, malheureusement, ne permet de modifier le pronostic désespéré auquel devra toujours donner lieu l'apparition des effrayants symptômes de la rage confirmée.
Deux vétérinaires distingués, MM. Decroix et Rey, déjà cités, croient à la curabilité de la rage. Leur croyance est basée sur quelques observations où des chiens, ayant manifesté pendant plusieurs jours les symptômes de cette maladie, en auraient été guéris et sans traitement. Nous serions heureux de voir cette assertion devenir une réalité; en attendant la preuve plus convaincante d’un fait aussi désirable, nous nous rangeons à l’opinion de MM. Bouley, Sanson et autres personnages non moins recommandables et d’une si haute compétence en l'espèce.
Tout en faisant, pour ne pas fermer la porte à toute espérance, nos réserves sur quelques moyens préventifs dont 1l a été question dans ce travail, et sur lesquels nous avons appelé la sérieuse attention du gouvernement (87, 94, 99), on peut dire, pour éviter les conséquences fâcheuses
d’une fausse sécurité, que la confiance que l'erreur publique accorde à de prétendus préservatiis, constitue un danger réel qu'il convient de signaler; elle a, en effet, pour résultat, d'empêcher ou de retarder l'emploi du seul moyen véritablement efficace contre le développement de la rage, celui que l'expérience et la tradition ont consacré : LA CAUTÉRISATION AUSSI RAPIDE ET AUSSI PROFONDE QUE POSSIBLE, C'est-à-dire faite moins d'une heure après la morsure virulente.
104. — A ce point de vue, le rapport de la Commission d'enquête officielle, faite sous les auspices du ministère de l’agriculture et du commerce, a recueilli cent quinze cas suivis de mort, pour lesquels on a noté avec soin la manière
dont ont été traitées les morsures faites par des
animaux enragés, et dont l'analyse à donné les
résultats suivants :