‹ Monographie de la voie sacrée éleusinienne [microform] de ses monuments et de ses souvenirsChapitre 11 sur 48 · tw, o'faç ^àpiToc; [k' à7i;é8coxa[v · texte numérisé non relu

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7r]apà Ttôv 7ra(8ajv xo[Ji.{a£<jOat

« S'il y a jamais eu une femme entièrement bonne,

« e-^'est moi, et pour la justice et pour lés autres qua- « lités. Mais, étant telle, je n'ai pas reçu la récompense « que je méritais. Jem'èloigne.... de ma mère et de

« mon père , tous deux. . . . . . , car c'est ainsi qu 'ils

« m'ont récompensée. ..■. . . recevoir de ses enfants. ...»

Xapty /ofjit^saOat ést iiiie expression consacrée. Thucydide (1) a dit : Ho^cppov^é re dvxl al<sx^ôiç> xop'cjaa^at X^P'^> Démostliène dans son discours Powr la couronne (2) :

H/rwy ^oôcVrwy' avTt Toû'zofiitaa'tj^at X^piv, th%vac, ucpé^ei.

Les trouvailles faites sous la butte de Vkyly. Tptàc, d'ans les mois de mai et juin 1863, ont été complétées par la découverte d'un grand bas-relief brisé en deux morceaux, à gauche des tombeaux de la famille d'Agathon. Ce bas-relief (3), qui date seulement de trentecinq années après la mort dfe Périclès, peut être hardiment rangé au nombre des plui5 admirables sculptures produites par le sol de la Grèce depuis son affranchissement., il réprésente un guerrier à cheval qui terrasse un combattant à pied. Le cavalier lève sOn bras, comme pour frapper de sa lance un ennemi vaincu : celui-ci, renversé sur son bouclier, offre dans son visage une expression dé douleur contenue et de résignation virile qui est admirable à voir. Nous nous abstiendrons, du reste, dé toute réflexion sur là beauté de cette sculpture, où respire encore le souffle sublime de Fécole de Phidias. Le lecteur pourra en juger par lui-même dans les galeries de l'École des Beaux-Arts, d'après le moulage que nous en avons fait faire à notre dernier

(•î) Revue archéologique, nouv. sér. t. Vill, pi. XV.

voyage d'Athènes. Nous remarquerons seulement que le sujet représenté dans ce bas-relief semble avoir été, dans la meilleure époque de l'art grec, consacré pour les tombeaux de cavaliers athéniens (1). Nous; en connaissons trois autres répétitions qui présentent entre elles quelques yariantes, mais sont toutes du plus admirable style et du siècle de Périçlès : 1° un fragment d'une grande stèle en marbre pentélique (2) portant les restes d'une insci'iption en vers (3), découvert à XcxXdvdpt. (rantique, Cholarge) (4) et envoyé par L. Ross au musée de Berlin (5), dont il forme aujourd'hui une clés plus précieuses richesses; 2° un grand et célèbre bas-relief sculpté dans je mênje marbre, qui se voit à Rome da;ns les galeries de la Villa Albani (6) ; 3° un fragment du musée du Vatican (7) , dont on a depuis longtemps déjà fait remarquer (8) l'analogie de style avec les sculptures de la frise du Parthénon. Le tombeau signalé par Pausanias (9) sur la route de FAcadémie, et où étaient représentés les cavaliers Mélanopus et Macartatus , devait présenter une sculpture analogue.

( i ) Voy. Friedlsend^r, De operihus anaglyphis in monumentis sepulcra" libus graecis , p. 46 et suiv. — Friederichs , Archxologische Zeitung , 18G!i, p. 12 et. suiv.

(2) Archajologische Zeitung, 18C)S^l>\. CLXIX.

(3) Rheinisches Muséum, nouv. sér. t. VIII, p. 125 et p. 625. — R.os&, Archœologische Aufsgelze, t. II, p. 654.

(4) Voy. Hanriot, Recherches sur les dèmes, p. 75 et suiv.

(5) Griechisches Cabinet, n° 468.

(6) Winckelmann , Mon. ined. n° LXII. — Zoega, Bassiriîievi antichi, t. II, pi, LI. — • Platner, dans la Beschreibung der $tadt Rom, t. III, p. 562. — Archxologische Zeitung, 1863, pi. CLXX, n" 1.

(7) Archxologische Zeitung. 1863, pi. CLXX, n°2.

(8) Braun, Ruinen und Sluseen Roms, p. 2G9.

On remarque sur le marbre original un grand nombre de trous qui servaient à fixer des ornemenls en métal, tels que les baudriers des jeunes guerriers et la bride du cheval. C'est un fait semblable à celui qui a déjà été observé sur les cavaliers de la frise du Parthénon. En outre, la figure du combattant à cheval présente autour de la tête des crampons de bronze, qiii servaient anciennement à ajuster une coiffure faite de la même matière; sans doute, d'après la disposition des crampons, cette coiffuî'ë était un chapeau plat ou pétase thessalien, pareil à celui des cavaliers du Parlhénon. La chevelure, qu'elle recouvrait, est à peine indiquée. Deux autres crampons, qu'on remarque sur la cuisse du même cavalier, avaient servi à fixer la lance, qui n'existe plus.

Le bas-relief surmontait originairement une base en tuf calcaire, rentrant en arc de cercle du côté de la voie, et une plinthe de marbre de la même forme, que l'on a retrouvées encore en place à quelques pieds en arrière et qui portaient une inscription par laquelle sont indiqués l'âge précis de ce chef-d'œuvre et le nom du personnage dont il ornait la sépulture :

AE3EIAEn2AY2ANIOOOPIK102

ErENET0EriTEI2ANAP0APX0NT02

APEOANEEPEYBOAIAO

ErKOPINOniTnNPENTEIPPEnN

Ae^iXecùç Avaavio\> ©optxto; kyivexo km Tîiadvèpoi) âpyovzoçj

L'inscription est postérieure de quelques années à

l'archoiitat d'Euclide; aussi y voit-on déjà figurer la lettre f2. Du reste, l'orthographe ancienne y est encore conservée, dans l'expression de la diplithongue ou par un simple o, et dans la manière d'écrire ly la préposition h devant un mot commençant par un z.

Nous ne nous arrêterons pas sur lé dème d'où Dexiléos était natif. L'identité de Thoricus avec lalo^ calité appelée aujourd'hui indifféremment ITopro Mdvèpa. et ©epao est un des points les mieux établis de la topographie attique (1). Le véritable intérêt de rinscription est dans les circonstances historiques auxquelles elle se rattache.

Eubulide fut archonte en 394 avant l'ère chrétienne (2), et dans cette année même eut lieu entre les Athéniens et les Lacédémoniens, soutenus des deux côtés par de nombreux alliés, la sanglante bataille de Corinthe, longuement racontée par Xénophoh (3), et dans laquelle Platon, âgé alors de trente-cinq ans, se distingua d'une manière toute spéciale (4). C'est évidemment à cette bataille, comme l'ont déjà vu tous ceux qui avant nous se sont occupés des tombeaux de la porte Dipyle, que font allusion les mots IvKoptvOw Twy TTsyre mTréwv, dont le sens ne peut être que : « des (( cinq cavaliers tués à Corinthe. »

On est étonné de voir ce nombre de cinq seulement pour les cavaliers tués dans une bataille oii le nombre

(1) Leake, Demi , 2' édition, p. 22, 69, C7 et suiv.^ Hanriot, Recherches sur les dèmes, p. 207.

(2) Diod. Sic. XIV, 85. — Aristid. Orat. XLVI, p. 474. -- II est appelé par erreur Eubulus flans les éditions de Lyslas, Pro Aristophan, bon. p. 154.

(3) ifcWemc. IV, 2, 9-23. — Cf. Demosth. Contr.Leptin.Tp. 472. —Diod, Sic. XIV, 86. — Pausan. I, 29, 8.

(4) Diogen. Laërt. 111, 8 ; cf. 111, 24. — ^Elian. Var. Hist. VII, 14.

des morts fut très-considérable et où, d'après Xénophoii, les Athéniens en particulier eurent six divisions de leurs hoplites, sur dix, presque entièrement taillées en pièces. Ils avaient cependant^ toujours d'après le même auteur, six cents hommes de cavalerie engagés dans ce combat. Mais une circonstance relatée par le disciple de Socrate peut servir à expliquer la différence des pertes subies par la cavalerie et par l'infanterie. Une partie seulement des troupes athéniennes était opposée aux Lacédémoniens. Quatre divisions des hopliteg tenaient tête au contingent de la ville de Tégée, qu'elles enfoncèrent dès le commencement de l'action. S'étant mis à la poursuite des Tégéates pendant que les soldats de Sparte attaquaient et massacraient leurs camarades, ces hoplites furent dépassés par. eux et, lorsqu'ils apprirent que la bataille était perdue, purent se retirer en bon ordre sans être inquiétés par les ennemis. Aussi ne perdirentils que les hornmes qui avaient été tués dans le premier choc avec les gens deTégée, om dné^avovamm izl-nv eïm h r/j ^uuêoX'/5 uTTo Teyeoixô)Vi et les expressions mêmes de Xénophon montrent que ceux-là devaient être en fort petit nombre. Il est probable que la cavalerie s'était également élancée à la poursuite des Tégéates et qu'elle put, grâce à cette circonstance, échapper comme les quatre divisions d'hoplites. Ainsi s'expliquerait qu'elle n'ait perdu que cinq hommes dans cette journée meurtrière.

Peut-être aussi ces guerriers, désignés par le nom des « cinq cavaliers de la bataille de Gorinthe, » comme des gens qui y avaient gagné une gloire ineffaçable et connue de tous, étaient-ils parmi un plus grand nombre de cavaliers tués dans le combat, des hommes qui s'é-

taient illustrés par quelque trait de courage et de dévouement analogue à ce qu'a été dans nos guerres modernes celui du cheyalier D'Assas, se sacrifiant jpour sauver l'armée et couvrir sa retraite. "

C'est à des cavaliers athénieiis. illustrés par ûri dévouement semblable que Simonide aivait consacré ùiïe éloquente épitaphe conservée par l'Anthologie (!') :

Xa(p£t' dcptaTrjSç ttoXÉ{Ji.ou,^ H-ÉYO' xûSqç e^^ovtsç,

0'{ TTOTs xaXXij(6pbu -nrspî uaTpJSof; àXicraô' ^6ï)V, UXeiCTTOtç ÉXXâvwv àvxCa (j.apvà[JLevoi.

« Salut, braves jeunes gens, l'ëlite des Athéniens, (( excellents cavaliers que la guerre a gratifiés d'une « gloire immortelle 1 Pour votre belle patrie vous ayez « sacrifié votre jeunesse en affrontant des MUiérs de « Grecs. » .

Si le nom de Simonide n'était pas attaché à cette épitaphe dans le Manuscrit Palatin, on croirait volontiers qu'elle se rapporte aux cinq cavaliers de Gbrinthe. Au resté la critique a déjà élevé dés doutes siirrattri--' bution à Simonide (2), car du temps du grand poëte de Céos on ne trouve aucun événement auquel puissent se rattacher naturellement les expressions de cette épitaphe.

L'inscription ajoute que Dexiléos, tué sous Eubulide à la bataille de Corinthe, était né sous l'archontat de Tisandre, hl Tswav^pou ap^ovioc. Or les fastes attiques ne rapportent aucun archonte de ce nom. Seulement

(1) Brunck, Jnalect. t. I, p. 136.-- Anlhol. Palat. VII, 254.

(2) Jacobs, Animadv, in Ânthol. graec. 1. 1, p. 232.

un archonte du nom de Pisandre se rencontre à l'année 414 ayant Jésus-Christ. Mais comme ce nom de Pisandre, Ile«Vj^'5poç, ne s'appuie que sur l'autorité des manuscrits de Diodpre. de Sicile (1), M, Rhangabé (2) et après lui M. Wescher (3), ainsi que M. Rhousopoulos (4), ont montré qu'il fallait corriger le texte de Diodore en cet endroit et lire TeïWi^poç au lieu de ITetaav^po;. Né en 414, mort en 394, le jeune cavalier de Thoricus avait donc vingt ans juste quand il tomba devant Corinthè. Cet âge concordé parfaitement avec ce que nous savons des institutions militaires chez les Athéniens. C'est en effet à vingt ans que les jeunes Athéniens sortaient de la classe des éphèbes pour être comptés au nombre des citoyens et des défenseurs armés de la patrie (5).

Pausanias (6) mentionne dans le Céramique extérieur, sur la route qui menait de la Porte Dipyle à l'Académie, les tombeaux des soldats tués à la bataille

de Corinthè, y.zïvzoa èk vm ol Trspî K6ptv0oy Tztaôvxz^' Fautil, comme l'ont fait M. Rhangabé et M. Wescher, rapporter à la sépulture de Dexiléos cette indication du périégète? Nous ne le croyons pas, et cela pour un assez grand nombre de raisons qui nous semblent décisives. D'abord Pausanias parle évidemment d'un polyandriiim du même genre que tous ceux qui se voyaient sur la

(1) Diod. Sic. XIII, 7.

(2) Dans rEùvo[j.to du 4/16 juin 1863.

(3) Revue archéologique, nouv. sér. t. VUI, p. 83.

(4) ÉtpYiii. àpx. nouv. sér. 1. 1, p. 297.

(5) Voyez la belle thèse de M. Dittenberger, De ephebis Atticis, Grettingue

route de l'Académie et qui contenaient les cendres des guerriers morts dans les principaux combats des Athéniens, et le tombeau deDexiléos était bien évidemment la sépulture isolée d'une seule des victimes de la bataille dé Corinthé, placé au niilieu de tombeaux d'individus sans rapport avec celui qu'elle renfermait. Puis les tombes signalées dans la Description dé la Grèce étaient sur la route de l'Académie, tandis que celle àà Dexiléos était sur la route d'Éleùsis. Enfin elles étaient à quelque distance de la ville, après l'enceinte d'Artémis Gallisté, le petit temple de Dionysus Éleuthereus, les tombeaux de Thrasybule, de Périclès, de Ghabrias, de Phormion, des gtierriers morts à Drabescus, de Melanopus et de Macartatus, des cavaliers thessaliens tués dans l'invasion d'Ârcliidamus, des archers crétoîs morts dans la même guerre, de Clisthène, des cavaliers athéniens tombés lors delà première invasion dans la guerre du Péloponnèse, des Gléonéens morts pour là cause athénienne à la bataille de Tanagra, des citoyens tués dans les luttes contre les Éginètes ou sous les murs d'Olynthe, de Mélésandre, qui avait fait remonter ses navires par le cours du Méandre dans la Garie supérieure, des Athéniens et dés Argiens morts dans la guerre contre Gassandre, d'Apollodore, le général des mercenaires grecs au service du roi dé Perse qui empêchèrent Philippe de prendre Périnthe, d'Eubulus ^Is de Spintharus, enfin de ceux qui avaient conspiré contre le tyran Lacharès ou pour chasser du Pirée la garnison macédonienne. Le tombeau de Dexiléos se trouvait, au contraire, aussitôt après qu'on était sorti de la porte Dipyle. On voit par ces remarques que l'assimilation proposée ne peut en réalité point être

■ ' -îSi

fé| établie. Il est bien évident, d'ailleurs, que la partie du C^ Céramique oti ont été faites toutes ces découvertes n'est pas celle que la République réservait pour les sépultures décernées officiellement aux guerriers morts pour sa cause, puisque la plupart des tombeaux de cet endroii étaient ceux d'étrangers, et non de citoyens d'Athènes.

Là se sont arrêtés les travaux des mois de mai et de juin lB63vInteri|ompues:pendant quelques mois par suite des événemjBnts politiques, des excessives chaleurs de l'été et des inégociatipns entamées poerrac-quisition du terrain entre le gouvernement grec et les propriétaires^ les fouilles ont été reprises en octobre de la même année sous la direction officielle de M. Pitlakys (si malheureusement enlevé à la science pendant le cours de ces travaux) et de son adjoint M. Evstratiadis. Présent à Athènes lorsqu'elles furent recomr mencées, nous les avpns suivies avec le soin le plus scrupuleux. Elles continuaient encore au moment de notre départ, mais nous pouvons du moins enregistrer les résultats obtenus jusqu'au 7 novembre 1863, en nous réservant de comprendre dans un appendice à la fin du présent volume ceux qui pourraient se pré^ senter ultérieurement.

Les travaux des mois d'octobre et de novembre se sont composés de deux parties. Dans la première on a ouvert la butte de VÀyU Tptàç jusqu^au niveau du sol hellénique, depuis son extrémité orientale jusqu'à la petite maison destinée aux gardiens des plantations, au pied de laquelle, du côté de l'occident, avaient été faites les fouilles du printemps. Cette partie des déblayements n'a produit qu'unseul résultat; elle a prouvé d'une

manière décisive que la porte Dipyle devait être, comme nous l'avons dit plus haut, sur l'emplacement du carrefour actuel des routes du Pirée et d'Eleusis. La ligne des murs antiques de la ville ne passait, en effet, nulle part sous la butte de VÂyta Tptàç. Au reste, dans toute cette vaste tranchée on n'a pas rencontré un tombeau, mais seulement quatre puits à margelle de terre cuite disposés dans l'alignement du bord de la voie ancienne. Notons encore un fait important, sur lequel nous aurons à revenir plus loin, c'est que la grande fosse renfermant pêle-mêle les ossements d'une multitude d'individus enterrés à la hâte et sans honneur, où nous avons proposé de reconnaître la sépulture des victimes des soldats de Sylla, se continuait dans toute cette partie au sommet de la butte, indiquant ainsi que l'amoncellement des terres était d'une date antérieure à l'événement auquel se rapportait le trépas de ces malheureux.

La prolongation de la tranchée ouverte d'abord par les propriétaires du terrain, depuis le tombeau de Denys jusqu'au boulevard qui conduit de la route moderne du Pirée à la place de la Concorde, c'est-à-dire jusqu'à l'extrémité actuelle de la butte de VAyia TptsJç du côté de l'occident, a été plus féconde en découvertes archéologiques. On y a mis à nu la continuation de la ligne des tombeaux qui bordaient le côté gauche de la Voie Sacrée dans cette portion de son parcours.

Immédiatement après le tombeau de Denys, en continuant à marcher dans la direction d'ÉIeusis, on voit une tombe marquée par un cippe carré-long de marbre bleuâtre de l'Hymette, orné d'une moulure à la base

— Blet au sommet, en forme de piédestal de statue (1) ou de sarcophage simulé. La face tournée vers la route porte rinscription :

■ ^ '■ ^'^ ■"■.---- -iVl H^l 2 ^'^ -•■■ MIAH2IA

écrite avec le type de caractères eii usage vers les premiers temps delà domination romaine, avant l'empire; Au moment de la découverte ' cette inscription pressentait une particularitéecurieuse, qui a bien vite disparu sous Faction de l'air, du soleil et de la pluie. On voyait encore autour des lettres les vestiges manifestes du tracé peint qu'avait suivi le lapicide dans le travail de son ciseau. Preuve, dont nous aurons à nous servir plus tard, que le tombeau qui nous occupe venait à peine d'être achevé lorsqu'il a été enfoui sous les terres qui ont formé la butte de l'Âyia Tptaç.

A 1 mètre et demi en arrière du cippe de Mélis est une petite stèle ronde en marbre bleuâtre de l'Hymette, de la forme ordinaire à cette sorte de monuments (3), qui porte exactement la même inscriplion :

MHAI2 MIAH2IA

(1) ÉcpTiix. àpx. nouv. sér t. I,.pl. XLIV, n" 5.

(2) George Typaldo, Revue archéologique, nouv. sér. t. VUI, p. 180.

(3) É(pYi{x. àp.5^. nouv. sér, 1. 1, pi, XLIV n°6.

Faudrait-il en conclure que ces stèles rondes qui surmontaient les tombeaux du commun et dont les marbriers d'Athènes devaient toujours avoir un grand nombre de toutes faites en magasin, s'employaient aussi sur les sépultures plus riches, comme les croix de bois provisoires que l'on met dans nos cimetières en attendant l'achèvement des monuments funéraires? Le cippe de Mélis ayant été enfoui au moment où il venait d'être posé, on n'aurait pas eu le temps d'enlever la petite stèle qui en avait provisoirement tenu la place. Autrement la présence sur un même tombeau de deux pierres portant toutes deux la même inscription serait un fait inexplicable.

Vient ensuite un autre cippe de la même forme que celui de Mélis et du même marbre. Il est sans inscription> mais surmonté de la statue d'un chien de l'espèce des molosses (1), présentant avec une exactitude très-remarquable tous les caractères spécifiques que l'on peut observer dans la belle figure d'un animal semblable publiée dans le recueil de Gavaceppi (2). Ce chien est représenté couché (3), la tête haute, et les dimensions en sont :

(1) Aristophan. Thesmophoriaz. v. 416.— Alex. ap. Athen. XII, p. 640.— Oppian, Cijnegelic. V, v. 370.— Alciphr. Epùt. \\\, 47.~Apol!odor. II, 7, 3. — PoUux, V, 37 et 39. — Lucret. V, v. 1062. — Virg. Georg. III, v. 405.— Horat. II, 5a«ir. Vf, V. 114.

Celte race est encore celle que les bergers nomades de la Grèce emploient pour garder leurs troupeaux. Il n'est pas un seul voyageur dans ce pays qui ne les connaisse et qui n'ait conservé les plus désagréables souvenirs de leur férocité.

(2) Statue antiche ristaurate, 1. 1, pi. VI.

(3) George Typaldo, Revue archéologique, nouv. sér. t. VIII, p. 181. — Rhousopoulos, ÉtpYi[x. àpx- nouv. sér. 1. 1, p. 295.

De la naissance de la queue à Textrémité

des pattes de devant • • ^""-^^

De la naissance de la queue à l'extrémité

du museau. . • i A$

Longueur de la tête. .40

Largeur d'une oreille à l'autre '. . . .30

Hauteur jusqu'au sommet de la tête .87

Il est fait d'un seul bloc de marbre bleuâtre de i'Hymette, sauf les deux oreilles, les pattes de devant et l'extrémité du museau, qui sont de pièces rapportées. Il n'en manque pas, du reste, un seul morceau. Le travail est de la meilleure époqnp, plein d'accent et de vie, et d'un grand caractère.

Parmi les célèbres marbres de Gabies on remarque une statue de chien lévrier, surmontant une urne carrée en marbre(l) qui doit avoir renfermé des cendres, plutôt qu'avoir été un coffre destiné à contenir un trésor sacré, comme le pensait Visconti.

La ligure d'un chien placée sur un tombeau ne peut être qu'une de ces représentations allusives au nom du mort, dont nous avons parlé plus haut à l'occasion du taureau qui surmontait l'ensemble de la sépulture de Denys. En voyant cet énorme molosse on ne peut s'empêcher au premier moment de penser au tombeau de Molottus que Pausanias signale dans cette partie même du parcours de la Voie Sacrée. Mais oh est bientôt obligé d'abandonner cette conjecture si l'on réfléchit au nombre d'indications sur lesquelles nous reviendrons plus loin et qui semblent prouver que tous ces monuments n'étaient déjà plus visibles au

(1) Visconti, Monumenii Gahini, pi. XV, n"43.

'temps où Pausanîas écrivait son livre. Mais le nom de Mololtus a été porté plusieurs fois dans l'antiquité, et de plus la figure qui surmonte îè tombeau dont nous nous occupons a pu s'appliquer aussi d'une manière allusive à des personnages portant d'autres noms. Parmi les appellations d'animaux employées comme noms propres chez les Grecs, celle du chien a sa place; elle fournit comme noms d'hommes, Kùwç, K'jvtajto;, Iv.ûlal et 2>tupoç, comme noms de femmes, Kuvwîtyi et Kuyfe^. On trouve aussi dans les auteurs et dans les inscriptions des individus appelés KuyaXct>Tr7î^> Kyv/zyéryiç, KvyoùXAoç OU portant d'autres noms analogues, sur la tombe desquels l'image d'un chien pouvait encore être placée par une allusion asse^ naturelle.

Du reste, cette image peut aussi se rapporter à quel^ que particularité dé la vie du mort ou à un surnom qu'il aurait reçu. Ainsi nous savons qu'un chien surmontait la tomhe de Diogène le Cynique (1), ce qui a donné lieu à cette épigramme de l'Anthologie : « Chien, « dis-moi à quel homme appartient le monument sur « lequel tu veilles ? — Au chien ^ — Quel était cet ({ homme, que tu appelles chien? — Diogène. — Dis- (( moi son pays. — ïl était de Sinope» — Celui qui ha- « bitait un tonneau? — Précisément ; mais maintenant « qu'il est mort, il -a les astres pour demeure (2). »

Après la tombe surmontée du molosse, les ouvriers

(1) Diogen. Laërt. VI, 78.

(2) Brunck, Anakct. t. III, p. 2C8.— Anthol. Palat. VII, 64.— Cf. Auson. Epitaph. 31.

Nous avons reproduit l'élégante et Adèle traduction de M. Dehèque, en l'empruntant aux deux volumes que le savant académicien, avec une beaucoup trop grande modestie, vient de publier sans y mettre son nom.

ont rencontré un beau vase funéraire en marbre penlélique, de la forme si longtemps et si improprement appelée vase de Marathon, d'un galbe élégant et pur, orné de cannelures et de godrons, mais sans aucune inscription. Il était renversé de sa place antique et brisé. Au delà les restes presque informes d'un tombeau de forme carrée, en maçonnerie, revêtue extérieurement d'un stuc décoré de peintures. Ce tombeau n'a pas été conservé de la même manière que ceux de Denys et de la famille d'Agathon ; il a au contraire été presque entièrement détruit dès une époque très-ancienne. Mais cela tient à ce qu'à l'endroit oii il se trouvait le niveau de la butte de VA.yU Tpiàc; s'abaisse par une pente assez rapide. Après l'amoncellement des terres qui ont formé la butte, la plus grande partie de ce tombeau se trouvait percer le sol et, s' élevant à la surface, était exposée à toutes les causes de destruction qui l'ont fait effectivement disparaître.

Nous remarquons ensuite l'indication de deux tom-^ beaux qui ont perdu leurs stèles, un sarcophage taillé en forme d'auge dans un bloc de marbre pentélique, sans aucun ornement, kquel so présentait par un de ses petits côtés sur la route et a été découvert encore muni de son couvercle ; il contenait' des ossements réduits en poussière avec quelques petites feuilles d'or provenant d'une couronne et de minces débris de fibules en bronze entièrement rongés par l'oxyde. A côté de ce sarcophage était un puits, dont la margelle en terre cuite a offert aux regards, sur trois des pièces arrondies qui la composaient, gravée profondément à la pointe sèche, après la cuisson, en grandes lettres d'une forme cursive, l'inscription suivante :..

OnANOMHN— eT€NYN0AI~KAAAlYeKYeY

nePKYe (i)

Au premier abord cette curieuse et bizarre inscription ne paraît pas explicable. Cependant une étude plus attentive nous a semblé y faire découvrir un sens, et l'on voudra bien excuser notre hardiesse si nous osons en proposer l'explication, tout étrange qu'elle puisse paraître.

Nous croyons y reconnaître deux phrases, dont la première serait ainsi conçue :

T]ô Tcdv Q^n vizEi Nu(/J!.)<^ai v^akai.

La forme o^.>5 pour oaoO se rencontre" quelquefois. Le poëte Straton a écrit : Taûta (5' ôpî cpQavécoy ï'iz^d^avz ;)(povoç (2) ; Ghristodore (3) ; H xai xaX/oy e/suev opî ^ek eïèeï [xQp(^yj<;; enfin Hésychius dans son Lexique enregistre le dorique 6p.&, Quant à vers nous croirions volontiers que ce mot est pour mre , du verbe yew qui signifie « filer, » puis « réunir » comme avec un fil , u accumuler » comme le fil s'accumule sur la quenouille.

Nous traduirions donc :

c( Vous filez tout ou vous êtes le lien de tout, belles Nymphes. »

(1) Nous avons hésité quelque temps sur la question de savoir si la quatrième lettre de cette seconde et plus courte ligne était un X ou un K. Il serait facile de citer de nombreux exemples d'inscriptions en écriture cursive où les deux formes tendent à se confondre.

(2) Anthol. Palat. XU, 234, v. 4.

(3) Ecphr. Y. 314.

L'office de fileuses est précisément celui que Virgile, dans des vers célèbres, attribue aux Nymphes des eaux dans les profondeurs de l'Océan :

Af matef- sonùum, thalamo sub ftuminis alti, Sensit. Eam circum Milesia vellera Nijmphae Carpebant, hyali saturo fucaia colore

Caesariem effusae nitidam per candida colla , ,«»•••••• •• *

Inter quas curam Clymene narrabat inanera

Vulcani.

Carminé quo captae, dum fusïs mollia pensa Devolvunt [i)

Un vase peint, qui faisait autrefois partie des collections du prince de CaninQ.(2), les représente dans cette occupation (3).

En voyant sous l'apparence de fileuses les êtres destinés à figurer les propriétés de Teau qui coule et sur laquelle flottent les navires, qui pourrait méconnaître le rapport existant entre ce genre de travail et la nature même de l'objet dont ces Nymphes sont le symbole? C'est évidemment sous l'influence de cette analogie que le même radical imitatif a été appliqué dans la langue grecque aux idées de mouvement en général (ym), de fluidité (vao)), de navire (vaîc), et de filage (yéw) (4). Le fil que les Nymphes tirent de leurs fuseaux offre une image adoucie et gracieuse de la chaîne formidable que l'Océan lui-même déroule autour du monde. La

(1) Georg. IV, v. 333-349.

(2) De Witte, Catalogue Canino, n° 66.

(3) Ch. Lenormant et De Witte, ^{. des mon. céramogr. t. III, pl.XXXVl, B.

(4) Voy. Ch. Lenormant et De Witte, El. des mon, céramogr. t. III, p. 04,.

présence des mêmes symboles se retrouve et dans la couronne d'or dont Amphitrite fait présent àThésée(l), et dans les bijoux, tous circulaires,

que Vulcain fabrique pour les Océanides Eurynome el Thétis, en récompense de l'asile qu'elles lui. ont donné au fond de la mer (2). A cette occasion il ne doit pas être interdit de rappeler là doctrine exposée dans le Cratyle de Platon (3), d'après Heraclite qui l'avait empruntée sans doute aux sanctuaires religieux de l'Asie, doctrine suivant laquelle les choses de ce monde seraient emportées dans un flux perpétuel. Cette croyance a trop d'analogie avec l'occupation favorite des Nymphes pour que la mention en soit déplacée ici, surtout à l'occasion d'une inscription dont le caractère mystique est évident. Il suffit, du reste, pour bien se pénétrer du sens profond et cosmique attaché dans les idées des anciens à l'occupation de tîleuses qu'ils attribuaient à certaines divinités féminines, de se souvenir que dans la religion athénienne Minerve, la divinité principale, est, sous le nom â^Ergané, la fileuse par excellence, et que le même attribut , le fuseau , est celui qu'une tradition constante attribue aux Parques (4).

Le caractère mystique de l'inscription ressort encore plus de la seconde phrase, dont la lecture nous paraît

(1) Pausan. I, 17, 3.

(2) Homer. Iliad. S, v. 401.

(3) P. 41 et 42, éd. Bekker.

(4) Voir à ce sujet De Wilte^ Ann. de l'inst, arch. 1841, p. 205 et suiv.; |85G;,p. 84.

certaine et qui contient une invocation à la deuxième personne du singulier :

fz, x6s, ÔTtepx'JS (1).

(( Féconde, enfante et réenfante. »

Le verbe vTïzpyMv est nouveau, mais composé trèsrégulièrement de xuety, de la même manière que le super foetare Jatin.

Les motsue, xue constituent une des formules sacramentelles des Éleusinies, la plus importante et la plus solennelle de toutes, celle qu'Origène (2) appelle to [jiiya v.cf.1 àpp/iTov EXeufftvtwy p.iKjTvîptoy. Cette formule, qui exprime l'action mâle et fécondante du principe humide, symbolisée dans FAcropoIe d'Athènes (3) par la figure de laTerre implorant la rosée de ce Jupiter qu'on invoquait dans la célèbre prière 5aov, uaoy, w cp/As Zeî)(4), a été rapportée par mon père (5) avec la plus grande vraisemblance à la dernière scène des spectacles de la pannycliis des initiations, lorsque l'hiérophante et i'hiérophantide s'enfermaient sous le )»«5to5 nuptial (6).

En rencontrant l'invocation us, %ûe, ÛTTspzus, gravée

(1) Nous devons dire, pour rendre à chacun le mérite de ce qui lui appartient, que la lecture de cette phrase, dont le sens nous avait d'abord échappé, est due à M. DeWitte,

(?) Philosophumen. Y, 7, p. 104, éd. Miller. — Cf. Procl. In Tim. p. 293.

(3) Pausan. 1,24,3.— Cf. Ch. Lenormant, ^nn. de Î7ns<.arc/i. t.lV,p.63.

(4) Marc. Antonin. V, 7.— Sur le Zeus Ombrios ou Hyétios, voy. Ch. Lenormant, Nouvelle galerie mythologique, p. 68 et'suiv.

(5) Mémoires de l' Académie des Inscriptions, nouv. sér. t. XXIV, part. I, p. 440.

(G) Aster. Encom. in SS. Mart. dans la Biblioth. Patr. Auct. t. II, p. 193. — Origen. Philosophumen. V, 8, p. ii5, éd. Miller.— Cf. Sainte-Croix, Recherches sur les mystères, 2» édition, t. I, p. 366 et suiv.— Guigniaut, Mém. de VAcad. des Inscr. t. XXII, part. Il, p. 69 et suiv.

sur la margelle d*un puits, il est difficile de ne pas se rappeler l'usage rapporté dans une célèbre lettre d'Eschine (1) et d'après lequel les jeunes filles de la Troade se rendaient lors de leur mariage aux bords du Scamandre pour offrir au dieu du fleuve leur virginité, en disant : Kô&z, 1.vA\}.olv^^i^ zw TrapOsy/av. Cet usage n'était pas spécial à la Troade, et il s'appliquait aux fontaines aussi bien qu'aux fleuves. Plutarque (2) raconte que les vierges de la ville d'Haliartus, en Béotie, au moment de leur mariage, descendaient dans la fontaine Cissoëssa pour y faire l'offrande de leurs propres prémiceSj rà TrpoTsXeta ^uffoucjat. Ce récit nous donne la signification de l'usage athénien, rapporté par Thucydide (3), d'après lequel les jeunes filles de la cité de Minerve devaient, lorsqu'elles se mariaient, se baigner dans la fontaine Gallirhoé avant d'avoir eu aucun rapport avec leurs époux.

Un curieux vase peint du Musée du Louvre, publié par Visconti (4), représente une jeune fille qui, Fhydrie à la main, s'approche d'une fontaine, tandis qu'audessus de sa tête et devant elle est tracée l'inscription suivante, composée de trois mots :

AEXE TEPE TAEO

C'est une invocation tout à fait analogue à celle des vierges de la Troade et évidemment placée dans la

(1) X, p, 680, éd. Reiske.

(2) AmoXor. narrât. 1.

(4) Mém. de VAcad. des Inscr. nouv, sér, t. IIÎ, p. 38, — Opère varie, t. III, p. 261 et pi. IV.

bouche de la jeune fille : As^e, T:^p£, Tiaso, accipe, serva, posside (1). La manière dont elle tient l'hydrie et vient puiser l'eau de là fontaine au génie de laquelle elle s'offre en ces termes, ne saurait être considérée comme sans rapport avec les nombreux mythes où Posidon s'unit avec des vierges qui se sont rendues pour puiser de l'eau, à la mer, ainsi que Ceenis (2), dans un fleuve, ainsi queTyro(3), ou à une source, ainsi qu'Amymone (4). Le rapprochement entre ces récits des amours du dieu des eaux et l'usage selon lequel les jeunes filles offraient leur virginité aux fleuves ou aux fontaines est incontestable. C'est aussi auprès d'une source où elle puisait de l'eau, qu'Auge est surprise par Hercule dans les environs de Tégée (5). Sur les médailles de Ciérium de Thessalie (6), Arné, l'amante de Neptune (7), est représentée dans cette action sur les bords du fleuve Giérius (8), et les vases peints figurent presque toujours Amymone sous les traits d'une liydrophore (9). Mon père a fait voir (10) que l'action de la jeune fille remplissant son vase au fleuve ou à la fontaine et celle de la Terre implorant la pluie représentent exactement la même idée, et c'est aussi la même

(1) Cette ingénieuse explication est encore de M. De Witte.

(2) Ovid. Metam. XII, v. 172-209.

(3) Homer. Odyss. I, v. 235-269.

(4) Apollodor. Il, 1, 4.— Hygin. Fab. 169.

(5) Pausan. VIII, 47, 3.

(6) Millingen, ^nctenf coins, pi. III, n°» 12, 13 et 14.

(7) Diod. Sic. IV, 67. — Pausan. IX, 40, 3. — Schol. Venet. ad Homer. Iliad, B, V. 494.

(8) Voy. Cil. Lenormant, Ânn. de Vlnst. arch. t. IV, p. 67.

(9) Ch. Lenormant et De Witte, El. des mon. céramogr. t. III, pi. XVII, XVIII, XXVI, XXVII, XXVIII, XXIX et XXX.

(10) Ànn. de Vlnst. arch. t. IV, p. 68.

QO

idée qui présidait aux sacrifices du genre de celui que raconte la lettre d'Eschine et que retrace le vase du' Musée du Louvre. Aussi Brœndsted (1) a-t-il dû déjà, depuis longtemps, rapprocher du passage de Thucydide que nous signalions plus haut, sur la nécessité du bain des fiancées athéniennes dans les eaux de la fontaine Gallirhoé , les représentations d'hydrophores si multipliées sur les vases 'peints (2). Le savant danois y a été amené en décrivant un vase de la collection Campanari représentant six jeuiies filles,, probablement six fiancées, qui vont processionnellement puiser de l'eau à la source Gallirhoé, désignée par son nom, KALIPEKPENE Ka(X)Xtp(o> xpT^yyj (3). Un autre vase, de la collection Pourtalès (4), substitue au sujet ordinaire de la vierge remplissant son hydrie, devant la bouche de la fontaine, la figure d'une jeune fille dépouillée de tous ses vêtements, à genoux (5) et les cheveux épars sur les épaules (6), exactement comme la Geea implorant la pluie que décrit Pausanias. Elle semble au moment de prendre le bain dans lequel elle offrira sa virginité au génie de la fontaine, et cette précieuse représentation a déjà été rapportée par Panofka (7)

(1) ^ hrief description of thirty-two ancient Greek vases, p. 60.

(2) Sur ces représentations, voy. Gerhard, Ann. de l'inst. arch. t. lll, p. 137 et suiv.

(3) Gerhard, fosen&i7der, pi. CCGVII

(4) Stackelberg, Grxber der Hellenen, pi. XXXVI. — Panofka, Cabinet Pourtalès, pi, XXVI. — Mémoires de l'Académie de Berlin pour 1848, pi. I, no 4.

(5) Sur cette attitude éminemment symbolique, voy. Ch. Lenormant,. Ann. de l'inst. arch. t. IV, p. 64 et suiv.

(6) C'est une particularité constante et caractéristique des figures de la. Terre, voy. Panofka, Ann. de VInst. arch. t. I, p. 302.

(7) Trophonioshultus in Tihegium, extrait des Mémoires de l'Académie de- Berlin pour WiS, p, 7.

d'une manière certaine à l'usage que Plutarque attribue aux fiancées d'Haliartus.

Ne serait-ce pas par un rite du même genre qu'auraient été consacrées les vierges hydrophores athéniennes, que Ton connaît seulement par le rôle qu'elles jouaient dans la cérémonie dû procès de la Hache aii sacrifice solennel des fêtes de Jupiter sur 1' Acropole(l)? îl est certain par le témoignage de Thucydide (2) qu'elles avaient la mission de puiser pour certaines cérémonies religieuses l'eau de la fontaine Callirhoé, c'est-à-dire de la fontaine même oîi les jeunes mariées prenaient le bain qui avait remplacé par une forme adoucie le sacrifice primitif de leur virginité au dieu des eaux. Dès lors on est bien naturellement amené à les comparer aux canéphores de Zeus Basileus dans le culte d'Haliartus de Béotie, lesquelles étaient consacrées par un bain dans la fontaine Hercyné, qui symbolisait la prise de possession de leurs personnes par le dieu (3).

Les cérémonies de ce genre, les représentations d' hydrophores sur les monuments de Fart et les mythes que nous y avons comparés reçoivent un grand jour des peintures d'un curieux vase de la collection Cam-

(1) Porphyre De dbstin. carn. Il, 30.

Il importe, dans les usages athéniens, de ne pas confondre Vliydrophone avec Vliydriaphorie. Tandis que l'une était une cérémonie religieuse, l'autre était, comme la sciadophorie, une des fonctions serviles que les femmes des métèques remplissaient auprès des femmes des citoyens dans la procession des Panathénées. Elle consistait à marcher derrière ces femmes en portant un vase plein d'eau. Pollux, ni, 55.— Cf. Meursius, Panathen, c. 21.-- Peut, Leges atticae, p. 95.

(3) Plutarch. Amalor. narrât, l.

panari et plus tard de la collection Durand (1), fort ingénieusement expliqué par Panofka (2). On y voit un portique formé de deux colonnes ioniques avec un entablement dorique, sous lequel une source jaillit d'un rocher. Une jeune femme tient une hydrie audessous du courant. Tandis qu'elle est occupée à remplir son vase, un lion dont la tête et les deux pattes de devant sont seules visibles, s'élance du fond de la source, ouvrant sa gueule et saisissant la jeune femme entre ses griffes. En même temps un immense serpent, se déroulant entre le rocher et l'entablement du portique, se jette sur elle. Mais au comble du danger, Hercule, qui s'est avancé entre la première et la seconde colonne du portique, saisit l'hydre de la main gauche pour la tuer avec son glaive ; Minerve est derrière le héros près de son quadrige.

Nous avons ici , on n'en saurait douter, une de ces représentations oii plusieurs mythes sont entremêlés et encàevêtrésles uns dans les autres, comme l'a si bien dit Panofka (3), une de ces représentations conçues dans un système de syncrétisme mystique oti les fables étaient employées confusément à l'expression de l'idée religieuse (4). Une partie des traits sont empruntés au combat d'Hercule contre l'hydre auprès de la fontaine d'Amymone (5), les autres à l'histoire de cette Amymone assaillie sur l'emplacement de la source deLerno

(1) BrœndstecI, Description of 32 Greek vases, n° 30.— De Witte, Car. Durand, n° 270.

(2) Ann, de VInst. arch. t. IV, p. 372 et suiv.

(3) Ueber verlegene }Iythen, dans les Mémoires de l'Académie de Berlin pour 1839.

(4) Voy. Ch. Lenormant, Ann. de VInst. arch, t. XVII, p. 429. (6) ApoUodor. II, 5, 2.

par le satyre de F Arcadie, Pan, et sauvée par Tapparition de Posidon, qui frappant le rocher avec son trident en fait jaillir les eaux. Hercule tuant l'hydre de Lerne, qui veut dévorer Amymone au moment où elle puise de l'eau, remplace dans cette peinture Posidon, et au lieu de Pan, nous rencontrons un lion, comme sur les médailles de Panticapée oti la tête de cet animal remplace quelquefois celle du dieu de l' Arcadie (1). Le lion est d'ailleurs la personnification ordinaire du dieu redoutable qui réside dans les sources (2) et auquel les jeunes filles offrent les prémices de leur pureté. C'est pour cela qu'un muffle de lion était très-souvent placé à l'embouchure des fontaines antiques,- et que dans son article XeovTtoç ^ropoç Hésychius explique Xsôynoç par AXcpetoç en racontant que des statues de lion se trouvaient à la source de l'Alphée.

Le vase Gampanari retrace donc la lutte du dieu lumineux et solaire contre le monstre sorti des régions inférieures, pour la possession de la vierge venue dans l'intention de puiser de l'eau à la fontaine. C'est ce que semblent préciser les inscriptions qui accompagnent ce sujet : X02A2 auprès de l'hydre, et AX20 à côté d'Hercule. Ainsi que l'a remarqué Pa* nofka, la première paraît être '^w aâç pour exw (jâç (3),

(1) De Kœline, Musée du prince Basile Kotchouhey, t. I, p. 379, n"' 139 et 144.

On y rencontre encore plus souvent le lion au revers de la tête de Pan. Ibid. p. 3^0-355, n"» lt-J3, 27, 42-44, 49-55.

(2) Voy. De Witte, Revue numismatique, 1838, p. 8-10.

(3) L'élision de la voyelle initiale, qui se produit à chaque instant dans le langage populaire des Grecs d'aujourd'hui, avait également lieu dans la langue parlée de l'antiquité. Aussi en trouve-t-on de nomhreuses traces parmi les inscriptions de vases peints. Pour n'en citer qu'un seul exemple, nous rappellerons qu'une cylix de la même collection Gampanari porte, dans la

((je tiens la tienne, » c'est-à-dire ta belle, mis dans la bouche de l'hydre, et l'autre la réponse d'Hercule, a^w, «je l'emmènerai (1). » La récompense que recevra Hercule pour avoir sauvé la jeune fille n'est pas douteuse en effet, c'est celle cju'il reçut d'Hésione et que Persée obtint également d'Andromède, et ainsi nous passons du mythe d'Amymone à celui d'Hésione ou à celui d'Augé, surprise par le fils d'Alcmène au bord d'une fontaine. En même temps cette précieuse peinture, par l'intervention de l'hydre prête à dévorer la vierge qui s'est offerte au génie de la fontaine en puisant son eau, nous révèle le rapport étroit qui existe entre les usages signalés par Eschine dans la Troade et parPlutarque dans la Béotie, ou les histoires de jeunes hydrophores surprises par Posidon, et celles des vierges consacrées au dieu des mers et exposées à la fureur d'un monstre envoyé par lui, afin de racheter par leur mort la vie de leurs compagnes, comme Andromède et Hésione, rapport déjà signalé par mon père (2).

Nous reviendrons du reste, dans notre chapitre IV sur cette offrande' de la virginité des jeunes filles aux dieux des eaux, pour en faire encore plus complètement ressortir le caractère funèbre et les rapports avec les divinités infernales, ainsi qu'avec les doctrines de la religion d'Eleusis» Ce n'est pas en effet une circonstance indifférente que la présence du puits évidem-

signature du fabricant, TLESONHONEAPXOPOESEN, TXtIctwv ô Nedcpxou 'rwd-no£v,pour TT^fjoiûv ô Neàp^ou èiï^Tiuev (Brœndsted, Description o/"32 Greek vases, p. 68, note 1).— Cf. De Witte, Revue de Philologie, t. H, p. 504.

(1) Je crois devoir avertir pourtant que M. De Witte ne semble pas attacher une grande importance à ces inscriptions. Yoy, Cat. Durand, n' 270.

(2) Kouv, Ann, de l'Inst. arch. 1. 1, p. 258.

ment sacré dont la margelle présente l'inscription que nous venons d'étudier, précisément au milieu des tombeaux du Céramique Extérieur et au point de départ delà route qui menait h la ville des mystères.

Un dernier rapprochement se présente à Fesprit en lisant cette formule mystique et si éminemment éleusienne sur la margelle d'un puits : c'est celui du rôle capital que jouait l'eau dans les purifications préparatoires des mystères d'Eleusis, et de l'existence d'un ministre spécial du culte mystique de Déméter nommé vèpavk, qu'Hésychius (1) définit 6 dyvtazr^ç, zwv Èlevaivicàv (2). M. Gerhard a déjà remarqué, du reste, dans son beau Rapporta Volcente (3), que les sujets de vierges hydrophores représentés sur les vases peints étaient souvent dans une relation étroite avec le culte des Grandes Déesses d'Eleusis , puisque les artistes y ont placé quelquefois dans la main de ces femmes la fleur du grenadier, attribut ordinaire de Coré.

D'un véritable intérêt est encore le tombeau qui vient ensuite et qui termine en réalité la ligne de monuments découverte dans les fouilles de 1863, puisqu'il est situé presque à l'extrémité de la butte de VkyU Tptàç, du côté du boulevard conduisant de la route du Pirée à la place de la Concorde, et qu'entre lui et le boulevard on n'a trouvé que le fragment d'une grosse chouette en marbre, placée dans l'antiquité au-dessus de quelque sépulcre, et un carré de deux ou trojs assises superposées en grandes pierres d'appareil hellénique, base

(1) V°68pavo';.

(2) Voyez notre volume sur les inscriptions d'Eleusis, p. 220.

(3) Ann. de Vinst. arch. t. UI, p. 137.

I 'Sffi

d'un tombeau considérable détruit depuis des siècles déjà (1). Le monument dont nous voulons parler est ||

encore complet. ïldoit sa conservation à cette circonstance qu*il s'élevait assez peu au-dessus du sol et qu'il a été entièrement couvert par les terres lorsque la butte s'est formée, malgré la rapide inclinaison de la pente du côté où il était" placé.

Au-dessus d'un soubassement en grandes pierres de ce calcaire grossier que les Grecs d'aujourd'hui, comme :>lgj

leurs ancêtres antiques, appellent 'népivoO-^Qoc, se dresse un bas-relief en marbre pentélique, haut de l^.^O et large de 1°'.62 (2). La sculpture en est mauvaise et Ç^^

grossière, mais n'appartient pas cependant à une époque de pleine décadence. C'est l'œuvre d'un marbrier malhabile, mais d'un temps oii l'on avait encore de bons principes et un grand style. On y voit deux hommes d'un âge avancé, barbus, d'un aspect étrange à cause des formes trapues que leur a données le sculpteur et surtout du développement exagéré des pectoraux, figurés comme de véritables mamelles. Ils sont tous deux couchés sur une même cliné ou lit de repos, le coude gauche appuyé sur un coussin. Devant celui qui est plSicé le plus à droite est une table ronde à trois piedsj chargée de mets, parmi lesquels on remarque des raisins et des figues. Aux deux extrémités de la cliné se voient deux femmes, auxquelles l'artiste a donné un plus beau type qu'à leurs compagnons, assises tandis que les hommes sont couchés, suivant

(1) È<ff\\L. àpx. nouv. sér. 1. 1, p. 313.

(2) Sur ce bas-relief, voy. déjà : George Typaido, Revue archéologique, nouv. sér. t. VUl, p. 181 .— Rhousopoulos, Ètp-rnx, àpx- nouv. sér. 1. 1, p. 206,

Tantique usage des repas chez les Grecs (1). Au premier plau , et dans un registre inférieur, figure une barque à quatre paires de rames dans laquelle est assis un homme barbu, à la chevelure épaisse et hérissée, au visage rude, vêtu d'un court sayon d'une étoffe épaisse, boutonné à la gorge et serré à la taille par une ceinture. C'est Charon ; il étend la main vers le mort à qui était dédié le tombeau, c'est-à-dire vers l'homme devant lequel est placée la petite table et qui tient un gobelet de la main gauche, et il reçoit de lui l'obole qui doit payer son passage dans F empire d'Hadès.

Les représentations de repas analogues à celle-ci sont on ne peut plus fréquentes sur les stèles funéraires grecques (2), presque autant que les scènes d'adieux ; mais c'est la première fois que l'on y voit intervenir le personnage de Charon. Son intervention a une véritable importance et permet enfin de préciser d'une manière définitive le sens des représentations de ce genre, demeuré jusqu'à présent incertain pour les archéologues. On sait, en effet, qu'il y a près de vingt ans cette question avait donné lieu à une controverse entre deux illustres antiquaires , tous deux enlevés à la science dans la vigueur de l'âge et de l'intelligence, Philippe Le Bas et Letronne. Le premier (3), ayant remarqué que sur quelques-uns des bas-reliefs

(1) Valer. Maxim. II, l, 2. - Dio Chrysost. Orat. VU, p. 243, éd. Reiske.

(2) Montfaucon, Antiquité expliquée, t. IIÏ, pi. L, n» 3.— Winckelmann, Mon. ined. n- XIX et XX. ~ Zoëga, Bassiriliem antichi, pi. XXXVI.- Clarac, Musée de sculpture. Bas-reliefs, pi. CLV, n°» 677. 605, 632, 519, 521 ; pl. CLVI, n« 547 et 562 ; pi. GLVJI, n" 548, 583 et 675; pi. CLIX, n- 602, o67 et 643; pl. GLX, n«» 33 ; pl. CLXI, n" 45 et 535; pl. CLXl A, n° 866.

{S) Expédition scientifique de Morée, Monuments d'architecture, t. H, p. 137-140 ; p. 205-220 de Textrait.--. Revue archéologique, t. III, p. 84-08.

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funéraires représentant des repas (1) on voyait apparaître dans le fond du tableau le cheval, monture de Thanatos, dont il avait le premier expliqué la signification symbolique (2), supposait que cette classe de représentations devait se rapporter au repas appelé "'^

7reptfavov(3) que la famille du mort célébrait auprès de son tombeau dans les Nexuaia ou fêtes des Mânes (4), (( Les vivants, dit-il, prenaient part à ce banquet au- ^

« quel ils supposaient que les morts venaient assister, '^^î

« et auquel même, dans certaines contrées, en Bi- « thynie, par exemple, au témoignage d'Eustathe (5), « on appelait par trois fois les âmes des parents morts « sur la terre étrangère. Ce que l'imagination suppo- %

(( sait, on le représentait comme réel sur les monu- « ments où l'on réunissait tous les membres de la fa- « mille. » Letronne(6), au contraire, ne se résignant pas à admettre ce mélange des morts et des vivants dans la même scène, pensait que dans les repas figurés ?{j^

sur les tombeaux aucune intention symbolique ou re- ' (^^

ligieuse n'avait présidé au choix du sujet. A ses yeux ' ^^

il s'agissait d'une simple scène de la vie civile; c'était ]m

le repas quotidien du mort avec sa famille au temps oii '''**^

il était encore sur la terre, et le cheval ne figurait sur

vif

(1) Marmara Oxoniensia, Y)av[..U,T^\.]X,n°^l.~MonumentaMattheAa'na, iiS^^. t. IIÏ, pi. LXXII, n° 2.— Judica> Aniichità di Acre, pi. X1V.~ Rinck, Kunst- jts^ bîatt, 1828, p. 173.

(2) Expédition scientifique de Morée, Monuments d'architecture, t. Il , p. 11 1 et suiv.; p. 90-98 de l'extrait.

(H) Dio Cass. XL, 49.— Etym. Magn. v ITeptSeinvov.

(4) Artemidor. Oneirocr. IV, 81 ; V, 82.— PoUux, VIII, 7.— S. Hieronym. in Jerem, CXVI, 1.— Hesych. v° ûpaïa.— Lexic. rhetor. op. Bekker. Anecdot, graec. p. 294.— Cf. Meursius, Graecia feriata, v°Nex6aia,— Patin, Comment, in très inscript, graec. p. 220. l'HI

(b) Ad Homer. Odyss. I, p. 1616.

(6) Revue archéologique, t. III, p. 9-11 ; p. 214-220.

fi

— tôt —

quelques-uns de ces bas-reliefs que comme « le compagnon d'armes du défunt. »

La présence de Gharon sur le tombeau de la Voie Sacrée ne permet plus de soutenir l'opinion de Letronne. Il s'agit bien évidemment d'un repas funèbre. Mais la même circonstance dément également l'explication de Le Bas. Le banquet n'est point un repas commémoratif de la famille célébré plus tard sur le tombeau et auquel le mort est supposé assister en esprit, car le mort n'est pas encore entré dans la barque de Gharon. G'est un dernier repas, purement fictif comme les scènes d'adieux si fréquentes sur les monuments funéraires de la Grèce, un repas que le défunt fait avec sa famille avant de se séparer d'elle/Aussitôt que le banquet sera terminé, il va descendre dans la barque du nautonier infernal qui le conduira dans l'empire d'Hadès. De même, sur les bas-reliefs où le cheval apparaît dans le fond du tableau, c'est la monture de Thanatos qui attend le mort dès qu'il aura fini le repas d'adieux avec les siens, pour le porter vers les demeures des bienheureux ,

Tov '/.cà sU HXiJcriov 'neot'ov (JLSTOJïiaOsv ejjlsXXov Zïjvoç tiz' èvv8a('(\<;t, cpépsiv, [xa)tàpwv èixl '^cuoi.^,

comme dit Quintus de Smyrne (1) en parlant des coursiers divins d'Achille. Le cheval figure donc dans ces représentations exactement au même titre que dans un certain nombre de scènes retraçant les adieux suivant le type le plus ordinaire, où son rôle a été parfaitement expliqué par Le Bas (2). Entendues de cette manière,

(2) ^a;p,de¥or^e,Monumeiits d'architecture, t. II, p. 121.124.; p. 1^35-151.

les représentations de repas qui se voient sur un grand

nombre de tombeaux grecs retracent une scène en- K'I tièrement symbolique dont l'idée avait dû être fournie

par le dernier repas que l'on servait aux morts au ;:| moment des funérailles, ïl se composait de mets que l'on plaçait sur le bûcher. Les âmes étaient censées

voltiger autour, se nourrir de la fumée des graisses, et .ifi boire le vin qu'on jetait dans la fosse (1). Le rappro- ^}

cbement entre cet usage et la catégorie de représentations funéraires qui vient de nous occuper, est d'autant plus naturel que toujours, dans les scènes de ce genre,

le défunt seul a devant lui une table chargée de .^i^

mets, et que les autres personnages ne sont en réalité | ;^|

que des assistants. f.W

Une dernière observation doit être faite à propos du | '*^>i

bas-relief découvert à l'extrémité de la butte de VAyi<x "/x-"

Tpiàç, Sur tous les monuments connus jusqu à présent ■ i,;

oh figure Gharon, soit qu'il aille au-devant des morts . '^j|

qui arrivent au bord de l'Achéron (2), soit qu'il re- li.^^^

çoive le prix du passage d'une ombre que lui amène lS|

Hermès Psychopompe (3), soit qu'il fasse traverser à ■'^'"'

d'autres les eaux du fleuve infernal (4), il est seul dans -^

sa barque, qu'il conduit tantôt avec une longue perche,

tantôt avec deux rames. C'est également ainsi que Po- i.^

(>) Lucian. Contempl.22.— Cf. Kirchmann, De funeribus Romanorum;

IV, 5. .fi

(2) Stackelberg, Grseber der Hellenen, pi . XLVIII.-— Otlfr. Mûller continué , " 3 par Wieseler, Denlim. der AU. Kunst, t. II, pi. LXIX, n" 8,69. <'^

(3) Lippert, Dactyliothek, écrin II, n*" 235.— Bellori, Lucerne sepolcrali, ^^ part. 1, pi. XII.— •Ottfr. Mûller et WTleseler, Denkm. der Alt. Kunst, t. II, 'jS, pl. LXIX, n" 871.

(4) Clarke, Travels in varions countries, t. II, sect. Il, p. 616.— Otlfr. Millier et Wieseler, Denkm. der AU. Kunst, t. II, pi. LXIX, n" 870.— Christie, Faint. Greek vases, pi. Y.

îygnote l'avait représenté à Delphes dans les peintures de la Lesché des Gnidiens (1), et cette donnée est strictement conforme au langage unanime des mythographes et des poètes anciens. Dans notre bas-relief sa barque est à quatre paires de rames, ce qui lui supposerait trois acolytes l'aidant à passer les âmes au delà de l'Achéron. Il n'existe aucun témoignage littéraire qui puisse justifier cette innovation, et elle doit être sans aucun doute attribuée à l'ignorance du sculpteur ou à son inadvertance.

La première tranchée ouverte pouf dégager ces tombeaux était fort étroite. Les terres coupées à pic, dans quelques endroits jusqu'à une profondeur de 8 mètres, surplombaient au-dessus des monuments. Il en résulta des éboulémeiits qui renversèrent l'édicule funéraire d'Agathon, dont les marbres furent brisés et durent subir une restauration après avoir été découverts dans un état d'intégrité absolue. Averti par un accident aussi regrettable on résolut, en même temps qu'on poussait les travaux dans le sens opposé pour dégager le sol antique de la Voie Sacrée, d'élargir de 4 à 5 mètres la tranchée derrière les tombeaux et de donner au talus des terres une inclinaison qui permît de ne plus redouter les éboulements. Le résultat de cette opération a été la découverte d'une seconde ligne de sépultures, placée en arrière de la première et dont le niveau est d'environ 1 mètre et demi plus élevé, car si la butte de l'Ayta Tptà? n'existait pas encore au temps d'oii datent ces tombeaux, le sol allait en montant graduellement du côté du Sud pour rejoindre les ro-

(0 Pausan. X, îi8, 2.

cbers qui se trouvent au delà de la route moderne du Pirée.

Aucun des tombeaux de la seconde ligne n'a la splendeur ni l'importance monumentale de ceux qui bordaient immédiatement la Voie. Ce sont pour la plupart des stèles rondes du type le plus simple ou des cippes en forme de piédestaux pareils à celui de Mélis. Au moment oti nous avons quitté Athènes, le 7 novembre 1863, les travaux d'élargissement de la tranchée, commencés à l'extrémité du monticule vers le boulevard, n'étaient encore arrivés qu'à la hauteur de Fédieule consacré à la mémoire d'Agathon. En partant de ce dernier point pour marcher dans la direction que nous avons suivie en décrivant les tombeaux de la première rangée, on rencontrait d'abord cinq sépultures alignées, dont nous plaçons ici les inscriptions,

MHNOOEA

(VlHNOOEMEnS.

AnOAAnNIATII

MyiVoHoc. MxiVoQéiJ.ECù.q AîroXXwytaTtç.

Sur une stèle ronde en marbre bleuâtre de FHymette^ Les deux noms de MwoBioc et Mrjvo9e^tç sont nouveaux. On ne connaissait jusqu'à présent que Myivoyévnç» M/jvo^oTo.ç, Myjyo^copoç, Mvivocp^zv/iç, Mwo(^dvxnç, et Myivoq)tXo.ç, comme représentants de la famille de noms propres oii entre comme composant principal celui du dieu phrygien et cappadocien Mên ou Lunus, famille dont Letronne s'est occupé d'une manière spéciale (1). Ces

(/) Ami. del'[nst. arch. t. XVil, p. 340 et suiv.

noms sont presque constamment portés par des individus originaires de l'Asie Mineure, où le culte de Mon semble avoir été exclusivement concentré (1). Ils ne se montrent qu'à titre d'exceptions d'une extrême rareté dans d'autres contrées du monde antique. «Il y (( a, dit Letronne, deux Mwomloç, dans les inscriptions (( d'Athènes (2), outre l'Athénien de ce nom cité par (( Lysias (3), et le sculpteur Ménodore qui florissait au (( premier siècle de notre ère (4); un cinquième existe (( dans une inscription de Sparte. 5> Cependant les deux personnages mentionnés dans notre inscription n'étaient pas d'Asie Mineure, ni même de l'Apollonie de Tlirace, qui devait son origine à des colons ioniens et où, par conséquent, la transmission du culte de Mên aurait été assez naturelle. Sur les médailles l'ethnique ionique AHOAAfllNlHTEfiN désigne ApoUonie de Thrace et l'ethnique AIIOAAi^NIATAN, semblable à celui qu'offre notre inscription, indique les émissions monétaires d'Apollonie d'Illyrie, où l'on devait en effet parler le dialecte dorique, puisque cette ville était une colonie de Corcyre (5). Mais nous trouvons MrMoxoc, comme nom de magistrat sur les monnaies d'une autre ville illyrienne, de Dyrracliium (6). Cet exemple se joignant à ceux de notre inscription , il faut conclure que le culte du dieu lunaire de F Asie Mineure avait pénétré

(0 Sur le culte de ce dieu, voy. Guigniaut, Religions de l'antiquité, t. Il, p. 96,2 et suiv.— Maury, Histoire des religions de laGrèce, t. IH, p. 123elsuiv.

(2) Corp. inscr. graec. n?» 693 et G08,

(3) Orat. VIII. p. 312, éd. Reiske.

(4j Voy. Sillig, Caialogus artificum, p. 271. — H. Brunn, Geschichte der gnechische Kûnstler, 1. 1, p. 556.

(5) Eckhel, Doctr. num. vet. t. I, p. xcvir.

(0) Mionnet, Description de médailles antiques, Supplément, t. III, P- 341, n" 217. -i > if > >

dans riUyrie, en passant probablement par la Thrace, où nous trouvons à Byzance un magistrat du nom de Mwoy ivYic (1). M. Heuzey (2) a relevé au milieu des ruines de Philippes, sur les rochers qui avoisinent le théâtre, un grand bas-relief représentant le dieu Mên, tel qu'il est figuré sur les médailles des villes de l'Asie Mineure.

PATP0KAH2AP12T0KPIT0YANAKAEY2

OIAINNA

Wqlx^ovXyiç, AptaTO/tpJTOU Lvav.OLZ\)ç,.

Sur un piédestal carré-long en marbre bleuâtre de l'Hymette, de la même forme que celui de Mélis.,

C'est le tombeau d'un mari et de sa femme. La patrie et la filiation de cette dernière ne sont pas indiquées. L'homme était d'Anacaea, dème de la tribu Hippothoontide (3) dont la situation demeure indéterminée (4). On peut cependant aiTiver à fixer la région dans laquelle il devait se trouver. Le nom de ce dème indique en effet un lieu spécialement consacré aux Dioscures, surnommés Âvax-eç dans la religion athénienne (5). Or, en dehors de la ville même d'Athènes, le culte de ces dieux se montre à nous cantonné dans un district spécial de l'AHtique. Pausanias (6) rapporte qu'on les adorait dans le dème de

(1) Musei Arrigonii numi imperatorn graeci, 1. 1, pi. I, n"> 4. — Mionnet, Description de médailles antiques, Supplément, t. II, p. 244, n° 236.

(2) Mission archéologique de Macédoine, pi. IV, n° 1.

(3) Harpocrat. a. h. v.— Steph. Byz. a. h. v, — Suid. a. h.v.— Corp. inscr. graec. n°'295 et 773.

(4) Voy. Hanriot, Recherches sur les dèmes, p. 176 et suiv.

(5) Plutarch. Thés. 33.— Strab. IX, p. 232.-' iElian. Far. Hist. IV, 5. (0) 131, i.

Géphale sous le nom de Grands-Dieux ^ et la situation de ce dème a été établie d'une manière précise et incontestable par Ross (1) et par le colonel Leake (2) aux ruines, renfermant des épitaphes de gens de Géphale, qui se voient sur la rive droite de l'Érasinus, entre le hameau de KaTûo-Bp«wva et Féghse isolée de Filyja Tptaç. L'inscription n° 82 du Corpus de M. Bœckh, inscription précieuse à plus d'un titre, relate les dépenses faites pour une offrande à l'Héracléum de Marathon et pour la célébration de la fête des i.va>teia (3) par les habitants du dème de Plothia, dénie qui appartenait à l'Épacrie, district voisin de Marathon (4), et qui était en même temps, d'après cette inscription même, rapproché de Halse Araphenides. La situation de Halse étant certainement à l'embouchure du ruisseau de Pacp>5va dans la mer (5), il résulte de la double indication que nous venons de recueillir par rapport à Plothia que ce dème devait être sis environ vers l'endroit où s'élève le village actuel de ITt/£p/jti, célèbre par ses gisements de fossiles, mais remarquable aussi par de nombreuses ruines des époques romaine et byzantine. C'est donc probablement dans la plaine entre Ka'îw-Bpawya et ITweput que doit être cherché l'emplacement antique d'Anaceea, peut-être vers le hameau de Jltx^i'ÇoL, où l'on distingue les traces d'un dème qui n'a pu être jusqu'à présent identifié.

(i) Bullet. de l'Inst. arch. J841, p. 90.

(2) Demi, 2" édilion, p. 75.

(3) Sur cette fête, voy. Hesych. v° Avaxsfeiîè— Eustath. ad Homer. Odyss. A, p. 1425.

(4) Lexic. rhetor. op. Bekker. Anecd. graec. 1. 1, p. 259.

(5) Leake, Demi, 2" édilion, p. 74. — Forbiger, Handh. der AU. Ceogr. t. III, p. 954.

onnPA snsiBiôY

MErAPIKH

Orrcipa Scocrtêtoi» Meyapw)^.

Sur une stèle ronde en marbre bleuâtre de l'Hymette.

Le nom d'Opora, que nous avons déjà rencontré plus haut dans une autre inscription, est celui d'une courtisane dans Athénée (1).

MEOH

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