G) VII, 25, C
1ère. Il existe toute une série de vases peints (1) représentant Minerve debout derrière une base, sur laquelle se trouvent des globules ou dés que deux guerriers assis ou agenouillés sont occupés à remuer. On est d'accord aujourd'hui pour reconnaître dans ce sujet la consultation de l'oracle d'Athéné Sciras (2), et une nouvelle preuve en est fournie par les peintures d'une belle cylix du musée de Leyde, oîi la même scène est retracée d'une manière un peu différente et qui exclut toute idée d'image d'un simple divertissement (3). Des compositions analogues, mais oii ne comparaît pas Athéné, sont considérées au contraire et avec raison comme montrant deux guerriers qui cherchent à charmer par le jeu les ennuis de la vie des camps. OiQ a donne à ces guerriers, d'après des textes anciens les noms de Palamède et de Protésilas (4) ou de Thersite (5) ; mais sur deux vases à inscriptions ils sont nommés Achille et Ajax (6). Une amphore provenant d'Athènes (7) remplace les guerriers par deux
(1) R. Rochette, Jlfonum. inéd. d'antiq. fig. p). LVI. — Bullet. de l'Acad. de Bruxelles, t. VII, pi. I. — Gerhard, Ueher Minervenidole , pi. V, n® 9; Etruskische und Kampanische Vasenhilder K. Mus. %u Berlin, p. 29.
(2) Gerhard, Bappor/o Volcente,jp. 133; Auserlesene Griech. Vasenhilder^ t. III, p. 96; Ueber Minervenidole, p. 1 7 . — Panofka , Bullet. de VInst. crch. 1832, p. 71; Bilder antik. Lehens, p. 17. — Welcker, Rheinisches Muséum, 1" série, t. UI, p. 601. — Roulez, Bullet. de l'Acad. de Bruxelles, t. VII, p. 113; Vases peints du musée de Leyde, p. 9. — 0. Jahn, Telephos und Troilos, p. 87.
(3) Roulez, Vases peints du musée de Leyde^ pi. II.
(4) Euripid. Tphig. jIwî. V. 190 et sulv,
(5) Pausan. X, 31, 2. — Voy. P&nofka, Kunsthlatt, 1825, p. IGO.
(6) Ce sont : 1° le vase d'Exécias au musée du Vatican, Mon. inéd. de Vlnst, arch. t. II, pi. XX.U.—Mus. Etrusc. Gregor. pi. LUI ; 2" un vase encore inédit de la collection Candelori, actuellement à la Pinacothèque de Munich, Otto Jahh, Beschreibung der Vasensammlung KÔnig Ludwigs in der Pinakothek %u Mûnchen, n" 567.
(7) De Witte, Bullet, de VInst. arch. 1831, p. 95.
personnages assis sur des pliants et enveloppés dans un ample manteau, et fait voir soiiis la table où se passe le jeu un vase, qui n'est pas l'urne des sorts comme l'a pensé M. Gerhard (1), puisque l'on ne s'en servait pas pour ce genre de divination, mais bien Fhydrie si souvent placée au-dessus des tombeaux de Mttique, dont nous nous sommes occupé dans le chapitre précédent (2). Ici nous reconnaissons une scène d'oracle, mais non pas la consultation de celui de la Minerve de Phalère. Nous reportons le sujet au Scirum de la Voie Sacrée et à l'emplacement de la tombe du devin Scirus^ Il y avait en effet un oracle au Scirum du Céramique comme à celui de Phalère, et Phérécrate cité par Photius (3) dit que les devins s'y rassemblaient habir
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L'oracle n'avait pas son siège dans un temple d'Athéné Sciras puisqu'il n'en existait pas à ce Scirum, mais au tombeau même du devin Scirus, à qui, du reste, un temple était dédié à Phalère, tout à côté de celui de Minerve où l'on consultait le sort par les dés (4). Dans les deux endroits la divination de l'avenir se faisait de la même manière, et le jeu de dés ayant été par suite de cette circonstance placé sous la protection de la déesse, le bourg de Scirum sur la Voie Sacrée devint le rendez-vous des joueurs (5), à qui des mesures de police interdisaient probablement le jeu public dans la ville et dans les alentours. Ils y furent suivis par les
(1) Ueher Minervenidole, p, 17.
(2) P. 137 et suiv.
iZ) Lexic. ■y" Sxipov.
(4) Plutarch. Thés. 17.
(6) Theopomp. ap. Pliot. Lexic. v" Sxipacpia,
débauchés, les escrocs (1) et les filles publiques (2), h dk TcS TOTTW TouTw ccl TiQçtvoci h.a^i'Qovzo. Cette dernière circonstance fournit l'explication des monuments céramographiques où , derrière les guerriers jouant aux dés, on Yoit deux femmes dont le geste indique qu'elles prennent le plus grand intérêt au jeu (3). La présence de ces figures, qui sont incontestablement celles de courtisanes, place le lieu de la scène au Scirum du Céramique. Mais est-ce une simple scène de mœurs ? On pourrait le croire, et le geste des femmes se rattacherait alors à l'usage assez fréquent cliez les viveurs antiques de mettre pour enjeu à leurs parties de dés le payement d'une nuit de débauche avec les courtisanes (4). Mais les ceps de vigne qui entourent les figures semblent dénoter une composition de nature plutôt religieuse et rappellent les Oschophories, si intimement liées, comme nous l'avons vu, au culte d'Athéné Sciras, établissant ainsi un rapport étroit entre les cérémonies et les traditions des deux Scirum, celui de la Voie Sacrée et celui de Phalère. Nous expliquons donc les peintures qui viennent d'occuper notre attention comme représentant , aussi bien que celle de l'amphore décrite par M. de Witte, la consultation de l'oracle au tombeau du devin Scirus, en présence des courtisanes, qui dans cet endroit, comme dans tout le monde grec, devaient avoir un caractère sacré et un rôle d'hiérodules.
(1) Alciphr. Bpwi. II, 25.
(2) St^ph. Byz. y° SxTpoç.
(3) Dubois-Maisonneuve, Introduction à V étude des vases, pi. XXIX, n" 3. — Gerhard, Etrusk. und Kamp. Fas, des Mus. m Berl. pi, E, n'"'.22 et 24,
(S) Plutarch. Quaest. rom. p. 2T3.,
Des observations qui précèdent il résulte que le culte du bourg de Scirum et la fête des Scirophories constituaient la part la plus essentiellement agricole de la vieille religion pélasgique de l'Acropole athénienne, identique par le fond des idées à la religion d'Eleusis, mais exprimée sous une forme exotérique différente et longtemps en lutte avec elle. Lorsque la paix fut faite entre ces deux religions, et entre elles et le culte introduit par les Ioniens, elles se pénétrèrent mutuellement et se fusionnèrent. Alors le culte du Scirum, comme tous les sacra gentUitia dont le siège était sur la Voie Sacrée, s'affilia à la religion mystique éleusinienne des Grandes Déesses. Le Dodonéen Scirus, à qui l'on attribuait l'institution pélasgique du culte d'Athéné Sciras, devint dans les traditions populaires un compagnon d'Eumolpe, tué dans les rangs de l'armée éleusinienne dans sa guerre contre les Athéniens. Enfin, l'antique Minerve des Cécropides, dans sa forme agraire des Scirophories, s'identifia tellement avec la Déo d'Eleusis que certains auteurs de date récente en vinrent à dire que la fête du 12 de Scirophorion était consacrée à Gérés et à Proserpine {!).
Après l'emplacement du bourg de Scirum, la route actuelle d'Eleusis, qui rejoint bientôt assez exactement la direction de l'ancienne voie, continue pendant 600 pas environ à travers le terrain du Céramique Extérieur dont les noipbreux tombeaux se reconnaissent encore aux fragments de stèles funéraires incrustés dans les façades de toutes les maisons modernes construites
(I) Clem. Alex. Protrept. p. 11, éd. Poller.— Schol. ad Aristoph. Ecoles. V. 18; Thesmophor. v. 834. — Cf. Preller, Demeterund Persephone, p. 124. — -Fi". Hermann, Gottead. Alterih. der Gricchen, p. 323.
sur le bord de la route. Elle vient ainsi longer les murailles de l'ancienne maison de campagne de Hadji- Ali-Hasséki, l'un des voïYodes turcs d'Athènes, qui en 1770 rebâtit les remparts de la ville pour la mettre à l'abri d'une invasion des Albanais (1), propriété aujourd'hui convertie en jardin botanique.
Dans cette portion de la voie Pausanias indique les tombes de Céphisodore (2), du peintre Héliodore et de Thémistocle, fils de Poliarque (3). Céphisodore, à ce que raconte l'auteur de la Description de la Grèce, était à la tête des affaires de la République, on ne sait pas sous quel titre, peut-être comme Démétrius de Phalère sous celui d'imiJiûr>xyiç zm TTpayjuaTwv, OU comme l'orateur Lycurgue sous celui de ôtoay;T)7ç t>5ç y.oiy7jç, Trpoao^ou, quand Philippe V, roi de Macédoine, déclara la guerre aux Athéniens. Il devint l'âme de la résistance contre ce prince. Ce fut lui qui détermina les rois de Pergame et d'Egypte, lesÉtoliens et les Rhodiens à se déclarer en faveur d'Athènes. Puis, comme les secours de ces princes et de ces républiques n'étaient ni assez efficaces ni assez actifs, ce fut lui qui se rendit en ambassade à Rome pour implorer l'intervention du peuple-roi, d'où sortit l'expédition de T. Quinctius Flamininus et la bataille de Gynoscéphales , circonstance qui est encore confirmée par le témoignage de Polybe (4). Le peintre Héliodore, originaire d'un des deux dèmes du nom d'Halse que renfermait TAttique, n'est cité par aucun autre auteur ; on ignore son époque. Pausanias dit seu-
(1) Leake, Topography of Âthens, 2" édition, p. 98. — Buchon, La Grèce continentale et laMorée, p. 70.— Cf. ÈioTi^, àpx» juillet 1853, p. 942.
(4) XYII, 10, 11.
lement qu'il y avait un tableau de lui dans le Parlhénon. Quant à Thémistocle, fils de Poliarque, c'était un descendant au troisième degré du vainqueur de Salamine et Fancêtre du daduque Léon, qui figure en tête de la première branche des Lycomides au tableau généalogique donné dans notre Recueil des inscriptions d'Éleusis (1). Il avait dû vivre à la génération qui précéda celle oti l'office de la daduchie passa dans la race du grand Thémistocle,
Aux monuments de ces trois personnages, Philostrate (2) ajoute celui de l'athlète Gérénùs : ht rspww
rft) Tioclaiax-p .... où xo aviaoc A.B'/ivr,GLv h ^s^ià v/iç, Eleuaivade
oooO. « Gérénus était de Naucratis, dit l'auteur du (( Traité de la gymnastique, et passait pour un des « meilleurs lutteurs, comme l'indique l'inscription de « son tombeau :
API2TA ArnNI2AMEN02
« qui a très-bien lutté. Ayant remporté la victoire à « Olympie, trois jours après il célébrait cette victoire, <( en buvant et en régalant quelques-uns de ses amis ; « comme il avait mangé des mets auxquels il n'était « pas accoutumé, il ne put dormir. Lorsqu'il vint le « lendemain dans le gymnase, il avoua au gymnaste (( qu'il avait mal digéré et qu'il ne se trouvait pas en (^ bon état. Le gymnaste s'emporta, l'éçouta avec colère « et se montra irrité contre lui, comme s'il faiblissait c< et enfreignait les tétrades (3) ; il poussa si loin les
(2) De gijmnast. 54 ; p. 90 de l'édition de M. Daremberg.
(3) « La tétrade est un cycle de quatre jours, dont chacun a son exercice ij particulier: le premier prépare l'athlète; le second l'e^scitej le troisième
(( choses que Gérénus périt au milieu du concours. « C'était ignorance, aussi bien de la part du gymnaste « qui ordonnait les exercices auxquels Gérénus devait (( se livrer, que de celle de l'athlète qui dissimula le « mal qu'il éprouva. »
La culture avait déjà fait disparaître sur ce point, dès le temps de Gell (1), tout vestige des monuments funéraires élevés au-dessus, du sol; mais le jardin botanique renferme trois inscriptions, découvertes en faisant différents travaux dans l'intérieur de son enceinte.