‹ Monographie de la voie sacrée éleusinienne [microform] de ses monuments et de ses souvenirsChapitre 28 sur 48 · LE FIGUIER SACRÉ ET LE PONT DU CÉPHISE · texte numérisé non relu

LE FIGUIER SACRÉ ET LE PONT DU CÉPHISE

Après avoir traversé un ruisseau peu considérable produit par une dérivation du Géphise, on arrive au hameau d'Aytoç :Ea6êâç. Trois maisons, un puits au milieu de la route et une église consacrée à saint Démétrius composent ce hameau, oii les gens du peuple d'Athènes vont souvent faire des parties le dimanche et les jours de fête. L'église, comme il arrive presque toujours en Grèce, occupe évidemment le site d'un édifice religieux antique. Elle ne présente pour ainsi dire pas une pierre qui n'ait été arrachée à d'anciennes maçonneries. Dans la muraille est incrusté le fragment d'une stèle en marbre pentélique, de belle époque, décorée du bas-relief si souvent répété des adieux d'une femme et de son mari ; de l'inscription il ne reste plus que les lettres :

OAINA TENOY HOIA

C'était l'épitaphe d'une étrangère : aucun nom de localité de l'Attique ne donne un démotique terminé en riôtoç.

Un des montants de la porte est formé par un long

bloc de marbre gris de THymette où on lit une double épitaphe en Thonneur d'un mari et de sa femme :

NlKflN

AYTOBOYAOY

nAAAHNEY2

NIKHSninnOKPATO MEAITEHSOYrATH NIKflNOSnAAAHNEn TYNH

NtKWv AÙtoSouXou, llaXXvîveu;.

naXXy;VSco[<;] ywYi'

M. Ross (1) a publié seulement la première de ces inscriptions réunies sur la même pierre. M. Rhangabé (2) les a données toutes deux, mais en en reproduisant inexactement la disposition.

Le bloc de marbre où elles sont gravées faisait partie de l'architrave d'un petit édicule funéraire d'ordre dorique; on y voit encore les gouttes au-dessus desquelles étaient placés les triglyphes. Parmi les dessins de Fauvel, conservés au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Impériale, j'ai trouvé (3) une restitution de l'ordre complet de cet édicule. Mais aucune note n'indique si la restitution est purement conjecturale ou a été faite à l'aide de quelques autres fragments aujourd'hui disparus.

Au bord de la route, devant la maison située au chevet de l'église on voyait l'année dernière le torse très-mutilé d'une statue de femme de style archaïque, en marbre blanc, vêtue de ce costume archaïque aux

(1) Demen, n° 149.

(2) Anl. hellén.,ïi° 1591.

[Z] Dans le volume numéroté Gb lie.

plis nombreux et tuyautés dont l'exemple le plus connu est fourni par les figures de Damia et d'Auxésia qui surmontaient les frontons du temple d'Égine(i). La trace d'un gros tenon adhérent à la partie antérieure de cette statue semble indiquer qu'elle tenait devant elle une corbeille. Une figure entièrement analogue et fragmentée existe au Musée Britannique, parmi les marbres de Jord Elgin (2). Nous en avons trouvé également deux dans nos fouilles d'Eleusis

L'église de Saint-Démétrius, comme Gell(3), Dodwell (4), Kruse (5), Leake (6) et M. Hanriot (7) l'ont déjà reconnu avant nous, a succédé au temple consacré à Déméter, Coré, Posidon et Athéné, que Pausanias (8) indique immédiatement après l'autel de Zéphyre. Dans les substitutions de vocables chrétiens aux antiques dédicaces des temples de la Grèce, saint Démétrius, grâce h l'analogie de son nom , a souvent pris la place de Déméter.

Le temple dont parle Pausanias avait été bâti sur le site de la maison du héros Phytalus, que l'on prétendait avoir hébergé Cérès pendant ses courses à la recherche de sa fille, et avoir reçu de la déesse, en récompense de son hospitalité, le premier plant du figuier. Cette tradition était rapportée dans une in-

(i) Cockerell, Journal of sciences and art, t. VI , n" Xlf , pi. I. — Ottfr. MûUer, Denkmxl. der ait. Kunst, pi. VI, n° 28.— Clarac, Musée de sculpture, pi. DGCCXVUI, n"' 2057 et 2059.

(2) Clarac, pi. DCCCXXI A, n" 2069 B et G.

(3) Itinerary of Greece, p. 30.-— Unedited antiquities ofAttica, p. 3.

(4) Tour in Greece, t. U, p. 169.

(5) Hellas, t. II, p. 171.

(6) Demi, 2« éd., p. 141.

(7) Recherches sur les dèmes, p. 48.

scription métrique gravée sur le tombeau de Phy talus, que Ton montrait tout à côté du temple :

EvOàS' 2cva? ^ptoç 4>!jTaX6ç ttots Ss^ato ffe[ji.vïiv Aï^[JiY)Tpav, oxs TTpcôxov 6'irwpa<; xapTïov ecpirjvsv, Hv ispàv SuxTjV SrvvjTwv y^voç è^ovofJiàÇei.

È^ oS 8î) Tt{ji,à<;'«ï>u'càXou Ysvo<; l'ffyev d^Y^îp^c (1).

(( Ici le roi et héros Phy talus reçut l'auguste Gérés, « lorsque apparut pour la première fois le fruit de « l'automne, l'arbre que les hommes appellent aujour- « d'hui le Figuier Sacré. D'où la race de Phytalus a (( tiré un honneur immortel. »

L'arbre que l'on considérait comme le rejeton du figuier produit par Déméter se voyait, en effet, à cet endroit et y était l'objet d'honneurs tout particuliers, comme l'olivier de Minerve dans l'Ërechthéum et la vigne produite par Bacchus dans le dème d'ïcaria. La place qu'il occupait peut être indiquée presque avec certitude. Il devait se trouver en avant du temple vers la Voie Sacrée, au bord du puits, dont les parties inférieures sont de construction antique et dont l'eau servait à l'arroser. On l'appelait hpà Syx)5 , de la même manière que la vigne d'Icarius était nommée kpâ Â/xtcXoç ou y^/rjTopia (2). Mais ce nom de Figuier Sacré s'était étendu à toute la localité où se trouvait l'arbre vénéré (3), et l'on distinguait dans l'ensemble du dème des Laciades le bourg ,d'iepà I-j'aU de même que dans l'ensemble du Céramique Extérieur on distinguait le

(1) Pausan. I, 37,2.

(2) Eustalh. ad Homer. Uiad. A, p. 871.

(3) Athen. Ul, p. 74. — Plutarch. Sympos. quaesi. VII, 4, 4. •— Eustath. ad Homer. Odijss. Q, p. 1964.— 'Phot. Lcxk. v" îepà Suxti.— Hesych. s. d.— Etym. Magn. s. v.

bourg de Sxrpov. Nous lisons dans la vie du sophiste Apollonius par Philostrate (1) : Èzoca^-n èè h tw Tipoocareia) x9ic> Èkzvaivi >;£cocj)6poy , oyo^a tw Trpo^carstw lepà Suw. Kruse (2), dont l'erreur a, du reste, été déjà réfutée par M. Preller (3), a cru devoir en conclure qu'il y avait aussi à la ville même d'Eleusis un faubourg du Figuier Sacré. Mais le datif tkt-ùoXvi est employé ici de la même manière exactement que l'expression Iv itks-oalvi dans un endroit d'Hésychius où il est question du pont du Céphise Athénien, sur la Voie Sacrée : Te^upiarat, ot (îitwTrTac, liret sv ÉXeuatyt èw zHc, yecfupaç toi; (xuOTyjptotç HaeeÇoiiJievot ewwTTTOv roy; TraptovTaç. On trouve de même fréquemment les mots ABriv-^ai ou h LUvanc, se rapportant à des édifices et à des localités situés dans les environs de la Cité de Minerve, et non point dans l'enceinte de ses murs.

De même qu'il y avait ce lieu nommé lepà IjovJn auprès d'Athènes, on trouvait à Byzance un faubourg appelé cet 2uKal, dont Hésychius de Milet(4) dit : Tw i^wu^iUv U zîùv auxocpopwv àévèpm kàé^avzo (5). Denys de Byzance (6) en parle en ces termes: Post Hipposthenem locus est appellatus Sycodes ^ a multitudine et pulchritudine ficuum arbôrum. Quidam curiosiores dicunt primam ficum arborem ibidem natam esse. On doit en conclure que Byzance disputait à Athènes la gloire d'avoir vu naître le premier figuier et appuyait probablement

(ï) Vit. Sophist. 11,20.

(2) Hellas, 1. 11^ p. 186.

(3) De via sacra, disp. I, p. 11.

(4) Orig. Constantinop. 16.

(5) Voy. le commentaire de Meursius et les passages qu'il a rassemblés à cette occasion, Op. t. VII, p, 313, éd. de Florence.

(6) P. 8, éd. Hudson.

celte prétention d'une légenae analogue à celle dé Phy talus (1).

A très-peu de distance du temple de Déméter et du Figuier Sacré se trouvait le cours du Gépliise et le pont qui le traversait. Au bord du fleuve on voyait le tombeau de Théodore, que Pausanias(2) nous dit avoir été le meilleur acteur tragique de son temps, vnoy.Ç)ivoc^évQu To)v %a9' auToy apiora, et qui vivait à Fépoque de Philippe de Macédoine. Démosthène (3) et Aristote (4) parlent de son talent avec les plus grands éloges. Mais il paraît qu'il avait des mœurs infâmes qui Tavaient rendu la fable de la Grèce. Hésychius(5) rapporte qu'on lui donnait la dégoûtante épithète de TrsXsQoSat}', et dans un autre endroit (6) qu'à cause de lui SgoBépavc, îhyov ot

A côté du tombeau de ce personnage étaient deux statues représentant, l'une Mnésimaché, l'autre son fils, To ETcpoy ....Toû Tvat^oç (et non pas simplement « un jeune homme, » comme on traduit d'ordinaire), coupant sa chevelure pour en faire une offrande au Cé« phise (7). Mnésimaché, raconte Apollodore (8), était une fille de Dexamène, roi d'Olénus. Son père avait été forcé de la fiancer contre son gré au centaure Eurytion ; mais Hercule, recevant l'hospitalité chez Dexa-

(!) Voy. Preller, De via sacrai tlisp. 1, p. il.

(3) De fais. leg. p. 4i8^ed. Rclske.

(4) Polit. VII, 10, — Cf. Plutarch. De aud. poel. p. 18. — Alhen. X!, p. 482.

(5) V° neXeOdêa^l^.

(6) V° ©eoôcjpou;.

(7) Pausan. I, 37, 2.

mène lorsqu'il se rendait en Élide pour y nettoyer les étables d'Augias, la délivra de cet hymen , et tua le centaure au moment où il entrait auprès de son épouse. Diodore de Sicile (1) donne à la fille de Dexamène lé nom d'Hippolyté ; Hygin (2), dans une version encore plus précieuse, tout en racontant l'aventure exactement comme Apollodore, appelle Déjanire la vierge délivrée par Hercule des attaques du centaure Eurytion. Ce mythe n'est donc qu'une variante de celui de Déjanire, que les autres auteurs font fille d'OEnéus (3) et qu'ils représentent comme l'objet des tentatives d'enlèvement du centaure Nessus (4) ou du fleuve Achélous (5). Les mythographes ne fournissent pas le nom du fils de Mnésimaché, mais celui de Déjanire et d'Hercule est appelé par eux Hyllus (6). En rencontrant la statue de l'épouse d'Eurytion, dont le père lui-même semble se confondre avec le centaure également appelé Dexamène (7), sur le bord de la Voie Sacrée, on ne peut s'empêcher de penser à la tradi-

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