‹ Monographie de la voie sacrée éleusinienne [microform] de ses monuments et de ses souvenirsChapitre 29 sur 48 · IV · texte numérisé non relu

IV

(2) Fab. 33.

(8) Apoliodor. I, 8, 1 ; II, 7, 8.

Dexamène est lui-même fils d'OEnéus dans CalUmaque, Hytnn. in Del. V. 102.

(4) Apoliodor. II, 7, 6. — Sophocl. Trachin. v. 555-677. — Hygin. Fab. 34.--Diod. SicIV, 36,

(5) Apoliodor. I, 8, 1; II, 7, 5. — Sophocl. Trachin. v. 18. — Ovid. Metam. VIII, v. 8-86.

(6) Sophocl. Trachin. v. 800 et suiv. — Apoliodor. Il, 7, 6. — Ce dernier auteur nomme encore Ctésippus, Glénus et Onitès.

La mère d'Hyllus est Mélité dans Apollonius de Bhodes {Argonaut. IV, V. 643 et sulv.) et Omphale dans les scholies de Lactance sur Stace {Thehaîd. VIII, V. 507).

Après la mort de son père on lui fait épouser lole (Apoliodor. II, 8, 1).

(7) Schol. ad Callimach. Bymn. in Del. v. 102. — Etyra. Magn. y AeÇâ-

tion d'après laquelle Posidoii, sauvant de la destruction les derniers restes des Centaures, leur donna asile sous la hauteur d'Eleusis, toùç Xoittoùç vm^zlccaevoc,

Le pont lui-même, sur lequel Pausanias ne donne aucun détail, était orné d'une épigrarame en deux distiques, que l'Anthologie Palatine (2) attribue à Antagoras de Rhodes et l'Anthologie Planudéenne (3) à Simonide :

£2 ïze ArJixrjTpoç -Jtpoç àvàxxopov, ai l^e, p-iSaxai, M7|8' uSaxoc; irpo^^oài; SsJSsxe )(£i[j,ep(ou(;. Toïov yàp HsvoxX^c ô AîvSioç âdcpaXèç ufxjxtv ZsûyjjLa Sià uXaxÉoç xouS' l'êaXev 'KOTa(/.ou.

« Allez maintenant vers le palais de Déméter, allez^ « ô mystes, et ne craignez plus les inondations de « l'hiver. Car Xénoclès de Lindus a jeté pour vous ce « pont sûr au-dessus du large fleuve. »

Jacobs (4) seul a cru que ces vers s'appliquaient à des mystères célébrés dans l'île de Rhodes, mystères dont l'existence est pour le moins fort douteuse. Mais Ottfried Mûller (5) et M. Preller (6) ont reconnu que Vanactoron de Déméter dont il est ici question ne pouvait être que celui d'Eleusis et que Fépigramme avait trait au pont de la Voie Sacrée, opinion qui ne nous semble guère contestable. Qui sait même si Xénoclès

(1) ApoUodor. H, 5, 4.

(3) Brunck, Ânalect. t. I, p. 138^ n° lxii.

(4) Animadv, ad Anthol. graec. I, p. 240.

(5) Article Eleusinien dans i'AUgemeine Encrjclopaedie d'Ersch clGruber, p. 281.

(6) De via sacra, disp. I,p. 11.

de Lindus, qui avait refait le pont du Céphise, ne serait pas ce Rhodien donf Pausanias(l) lait le nom, et qui était \enu se faire enterrer sur la Voie Sacrée, dans un tombeau magnifique que l'on voyait à l'entrée du défilé du Corydallus? En tous cas, l'indication du manuscrit de l'Anthologie Palatine sur l'auteur de l'inscription paraît la plus exacte. Antagoras de Rhodes florissait vers 270 av. J.-C; il était ami du roi de Macédoine Antigone Gonatas et contemporain d'Aratus de Sicyone (2). Cette indication permet d'établir l'époque oh le pont de la Voie Sacrée sur le Céphise avait été rétabli, après être probablement tombé de vétusté.

Le cours du Céphise a beaucoup changé depuis l'antiquité. Cette rivière n'avait autrefois qu'un seul lit et se jetait dans la baie de Phalère, pÉwv èix toO tteôiou....

èià de Twv axeXwv twv àno toO aarsoq île tov Ileipatâ zaSyîHovTOOv

hM(ùaiv de To OaXr;pixov (3). Actuellement il se divise en trois branches dans le Bois des Oliviers, au-dessous du village de lemlia. La première et la plus faible traverse la route d'Eleusis entre le jardin botanique et le hameau d'Aytoç laêSâç pour se perdre un peu plus bas parmi les vergers; la seconde passe immédiatement après l'antique lepà Ivayj et va finir à son tour, non loin de la baie de Phalère, dans les marais que les anciens nommaient Halipédon ; enfin la troisième, qui est la plus forte, coule à près de 400 pas vers l'Ouest et se jette, réduite à un simple filet d'eau, dans le bassin le plus reculé du Pirée, jadis appelé le port Cantharus.

(2) Plutarch. Apophtcgm. p. 182; Sym,pos. \\, p. 668. — Pausan. 1, 2, 3,

(3) Strab. IX, p. 400.

Ce changement tient à deux causes : c'est d'abord Fenvasement progressif qui a fini par oblitérer complètement l'ancienne embouchure (1); ce sont ensuite les irrigations que M. ïhiersch (2) a fort bien décrites en réfutant le dire erroné de Strabon que le Céphise est un torrent à sec dans Pété, xH«j^appw(5r;ç tô nléov, S-épouç es i^ziomai rûioaq : « Le Géphise n'est rien moins qu'un « torrent; il se compose de larges et belles fontaines « et ne tarit jamais. Dans l'automne de 1831, au mois « de noYembre, où il n'avait presque pas encore plu, « après une sécheresse de huit mois le fleuve cou- « lait toujours, et les indigènes me déclarèrent d'un <(. commun accord que jamais il ne manquait d'eau. Il « sert pendant tout l'été à arroser les deux cents jardins « qui bordent ses rivages, et pendant tout l'hiver à « l'irrigation des oliviers dont ces jardins sont parc< semés. On a pratiqué, pour conduire l'eau, de petites « rigoles et des espèces de fossés ; l'irrigation a lieu à « jours et à heures fixes, en sorte que chaque jardin « est arrosé deux fois par semaine (3). On comprend « donc ce que sont ces fontaines vives, '/.^Yjvai dvnvoi, et « pourquoi le poète les dépeint ainsi : K-zîcpwcîoû vojua^sç « pesSpwv. » L'ingénieuse et certaine explication donnée par M. Thiersch pour les termes dont Sophocle se sert en parlant du Céphise, dans le chœur de son Œdipe à Colone^ prouve que tes irrigations étaient déjà dans

(1) Klenze, Âphoristische Bemerkungen auf einer Reise nach Griechenland, p. 294.

(2) De Vétat actuel de la Grèce, t. II, p. H6.

(3) L'organisation des propriétaires riverains en syndicat pour la surveillance des irrigations, qui remonte à une époque évidemment fort ancienne, est curieuse à étudier et mériterait d'entrer en comparaison avec les célèbres associations de la Huerta de Valence, constituées pour le même but.

l'antiquité aussi développées que de nos jours. Mais elles se faisaient sans doute d'après un système encore plus régulier, et les eaux de la rivière étaient probablement, ainsi que Fa pensé le colonel Leake, enfermées entre deux levées, qui les maintenaient dans un seul lit et préservaient les propriétés voisines contre les inondations du genre de celle que j'ai vue, en novembre 1860, ravager la plus grande partie du Bois des Oliviers.

Mais parmi les branches actuelles du Céphise, quelle est celle qui représente l'ancien lit? On peut répondre avec entière certitude que c'est la branche centrale, bien qu'elle ne soit pas aujourd'hui la plus importante. Elle se termine vers le point où dans l'antiquité le fleuve se jetait à la mer. De plus, si aujourd'hui, par suite de la construction de la route nouvelle, cette branche est couverte comme les deux autres d'un ponceau moderne^ construit à la façon de tous les travaux de ce genre qu'exécutent les ingénieurs, au commencement de ce siècle on y voyait le pont antique, servant encore bien que dépouillé de ses ornements et de ses balustrades, et composé de deux énormes blocs de marbre qui avaient fait donner à la localité le nom populaire de rà dm

y.(xpiJi.opix (1).

C'est à ce point du Céphise qu'avaient lieu, lors de la célébration des grandes Éleusinies, ce qu'on appelait les géphyrismes, yecpupta/xQu Au retour des mystes à Athènes après la fin des initiations, la populace, le vi-

(1) Gell, Itinerary of Greece, p. 31.— Dodwell, Tour in Greece, t. II, p. ICO.

sage couvert de masques (GuyKaXuTrTof/.evoi, dit Hésychius), les attendait au passage du pont et les accueillait par des injures et des plaisanteries, qui venaient attaquer nommément jusqu'aux personnages les plus considérables de la République (1). Les mystes répondaient vigoureusement, et Aristophane met dans la bouche du chœur de la procession d'ïacchus cette invocation burlesque, dont on ne saurait méconnaître le rapport direct avec les géphyrismes : « Déméter , reine des « saintes orgies, viens à notre secours et protège le « chœur de tes initiés ; donne-moi de jouer et de danser (( toujours en sûreté, de dire beaucoup de plaisance teries et beaucoup de choses sérieuses, de manière « à mériter la bandelette du vainqueur dans les jeux (( et les railleries de ta fête (2). » On peut, croyonsnous, se faire une idée assez exacte de ce qui se passait au pont du Céphise lorsque l'on a vu en Angleterre le retour du Derby, où le mob de Londres vient attendre hors de la ville les voitures de l'aristocratie et engage avec elles une lutte d'injures et de plaisanteries souvent des plus grossières.

Semblables scènes dans une solennité religieuse paraissent étranges à nos mœurs modernes. Il s'en passait cependant d'absolument analogues dans les Dionysies, oti on les appelait ïl d^alôiv (3), et danë les Thesmophories, où on les appelait azrmot. (4). Dans toutes

(ï) Strab. IX, p. 400. — Hesych. v" Fecpup^ç et recpupto"ca(. — Ammon. De dijfer.verb. III, 13, p. 128.

(2) Ran. v. 384-393.

(3) Corp. paroem. graec. ed, Leutsche et Schneidewin, 1. 1, p. 453.

(4) Arisloph. Thesmophor. v. 834, — Hesych. et Phot. v° STTJvia. — Voy. Preller dans le Zeitschrift fur die ÀUerthumswùsenschaft de Darmstadt, ï 835, n- 98, p. 792.

ces fêtes elles représentaient la part d'élément comique qui se retrouvait au sein de tous les cultes du paganisme grec, chez lesquels cet élément servait à déguiser sous une forme burlesque certaines idées trop, hautes pour être exprimées sous leur forme sérieuse aux regards du vulgaire (1). Ainsi que l'a dit Platon (2), les dieux étaient considérés comme aimant la plaisanterie, (i^iXoT:a.ia[Jiovsç yàp ot ^eoL

Aristophane nous a conservé dans sa comédie des Grenouilles (3) quelques échantillons de géphyrismes, en les transportant dans les enfers :

« Youlez-vous que nous raillions ensemble Arché- « dème? A sept ans il n'était encore inscrit dans au- « cune phratrie; maintenant il est chef du peuple « parmi les morts et il tient le premier rang pour la « méchanceté. »

Les sarcasmes continuent ensuite sur Clisthène et sur Gallias ; mais ils deviennent impossibles à traduire. L'obscénité qu'on remarque dans cette partie du chœur devait tenir une grande place dans les géphyrismes. Elle y avait même un caractère religieux, car elle rappelait cette vieille femme nommée par les uns lambé (4) et par les autres Baubo (5), dont les plaisanteries et les gestes indécents avaient déridé Déméter au milieu de sa douleur et. l'avaient décidée à boire le cycéon.

(J) \oy, Ch. Lenormant, Quaestio cur Plato Aristophanem in comivium induxerit, Paris, 1838; Commentaire du Cratyle de Platon, p. 117; Nouv. galerie myth. p. 53.

(2) Cratyl. p. 406. ~ Cf. Aristoph. Ran. v. 404-407.

(4) Homer. Hymn. in Cer. v. 198-204.— Apollodor. I, 5, l-S.— Nicandr. Alexipharm. v. 128-132, et Schol. ad h. î.- Procl. Chrestomath. ap. Phot, BihliQth. p. 319.— Etym. Magn. v» iûc[jL67i.

(5) Glem. Alex. Protrept. p. n, éd. Potter. — Ârnob. Adv. gent.y, 26.

M. Creuzer(l) a ingénieusement conjecturé que sur le pont du Céphise, au milieu de tous les individus qui attendaient les initiés pour leur adresser les géphyrismes, était un personnage de femme qui jouait le rôle de cette lambé ou Baubo. Hésychius signale en ejffet sous le nom de yecpuptç une prostituée qui se tenait sur le pont au retour de la procession sacrée, iropvv) xk s.m y^vpac,. Dans son chœur des géphyrismes Aristophane (2) signale cette femme avec des termes qui indiquent clairement sa robe ouverte et son attitude obscène :

Kal *^àp TcapaêXèt};»!; tt (xeipaxîaxiQi;

Nuv ^-ri xaTeîSov^ xa^ (xocX' eij7rpo(ja)Ttou, Su[jLTcaioxp(a(; ^itwv(oo napappa^ivroi; titôiov Tzpov.û^^ia'K

On remarquera, comme Fa déjà fait M. Creuzer, qu'Hérodote (3), dans la description qu'il donne des fêtes de Bubastis, représente les femmes dans la même attitude indécente et, rapprochement frappant, se tenant de même aux bords du fleuve, al ^s opp^sovrat, ocl d'

àvûcavpovzûCL dviai:a[iivoLC xavzot. 7rap« Tïdcar,v TroXtVTrapaTTora/uoyv

TToieOai. C'est l'attitude qu'une précieuse terre-cuite, publiée par Millingen (4), donne à la Baubo de la légende éleusinienne, assise sur un porc (5) et tenant à

(1) SymhoUk, 1. VIII, sect. II, ch. 111; l. III, p. 784 de la traduction de M. Guigniaut.

(2) Ran. v. 409-412.

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