‹ Monographie de la voie sacrée éleusinienne [microform] de ses monuments et de ses souvenirsChapitre 30 sur 48 · II, GO · texte numérisé non relu

II, GO

(4) Ann. de l'inst. arch. t. XV, pi. E.

(6) Le porc était l'animal spécialement consacré à Déméter. Schol. ad Aristophan. Acharn. v. 747 et 764; Pac. V..374. JRan. v. 338.— Voy. Caylus, Recueil d'antiquités, t. VI, pi. XXXVII. — Gerhard , Antike Bildwerke, pi. XGIX.— Panofka, Terracotten des Kœnigl. Muséums m Berlin, pl. LVII, n" 1 ; pl. LVIII, n°» 1 et 2. — Cavedoni, Spicilegio numismatico, p. 18.

Une allusion indécente est en outre incontestable dans le choix de la mon-

la main le métier à tisser appelé Kuk^i) dont ralliision obscène est manifeste (2). La figurine éditée parle savant anglais est le seul exemple jusqu'à présent gravé de ce genre de représentations, mais nous en connaissons dans les collections d'antiquités un grand nombre d'autres, soit en terre cuite, surtout de fabrique alexandrine, soit en verre, ces dernières figurines de très-petite dimension, destinées à être portées au cou comme amulettes.

En tous cas, il est hors de doute que dans les géphyrismes, aux railleries mordantes et grossières adressées à ceux qui passaient, il se joignait des scènes d'un comique grotesque, des espèces de mascarades. Il paraît même qu'un prix consistant en une bandelette était adjugé à celui des acteurs qui avait eu l'avantage dans ces luttes bouffonnes (3), dont l'influence sur les pre-

ture donnée à Kaubo, et cette allusion n'est certainement pas étrangère au culte de la Grande Mère Êleusinienne (Voy. J. De Witte, Ann. de VInst. arch. t. XIX, p. 432. — Notre Recueil d'inscriptions d'Eleusis, p. 357). Xolpo? ne signifie pas seulement « un porc, » mais aussi « les parties sexuelles de la femme » (Varr. De rerustic. II, 4). De là toutes sortes de plaisanteries chez les comiques anciens. Dans les Guêpes d'Aristophane (v. 1353), le vieux Philocléon appelle une courtisane & xoip^ov. Dans ses Acharniens (v. 736 et suiv. Cf. Schol. ad v. 792), le même poëte Introduit un homme de Mégare qui fait passer des petites filles (xdpai) pour des cochons mystiques (xotpoi IJLuaTixat). Jl les enferme dans un sac, les porte au marché et les force à imiter le grognement des porcs. Tout ce que dit le marchand mégarien se compose de jeux de mots sur les deux sens de xoîpoç, et sur la ressemblance de son entre ce mot et celui de xdpTi .

(1) Poil. VII. 36.

On disait en latin pecîen avec le même sens : Ovid. Fast. III, v. 820.

Sur la nature et la signification de ce symbole, ainsi que sa présence sur les peintures de vases d'un caractère évidemment mystique, voy. Millingen, Ann. de VInst. arch. t. XV, p. 86-91.

(2) Etymol. Magn. Kt£\ç, xb [xo'piov -riyouv xb al5oïov. — Poil. Il, 174 : AlSoia Twv yuvaixtbv, wv xb jjlIv cùixiïttv, mziq. ^ Suid, KteCç... tb ècpvîêatov.

(3) Aristoph. Ran. v. 395.

mières et rudes ébauches de l'art dramatique des Grecs nous paraît manifeste (1). Le Grand Étymologique (2) fait mention des fêtes de Déméter aussi bien que de celles de Dionysus comme ayant donné naissance à la comédie (3). lambé, qui, nous yenons de le faire voir, représentait l'élément comique dans le mythe de Déméter, était dite fille de Pan et d'Écho (4), et son nom rappelle celui à' ïambe donné au vers de la comédie et de la satire (5). M. Preller (6), qui s'efforce bien à tort de représenter comme récente l'Iambé de l'hymne homérique à Gérés, est obligé de la mettre lui-même en rapport avec le culte de cette déesse à Paros, où les iambes, développés plus tard en un genre de poésie par Archiloque, étaient censés avoir pris naissance. Et en effet plusieurs traditions racontaient formellement que c'était à l'exemple des injures et des railleries d'une vieille femme nommée lambé que, soit Hipponax (7), soit Archiloque (8), avaient combiné leur vers iambique. Du reste, et ceci nous ramène encore plus directement

(J) Creuzer, SymboUh, 1. VIII, sect. Il, ch. HI; t. III, p. 784 de la traduction de M. Guigniaut. — Bentley, Opuscul. p. 313.

(2) V° Kw{jwp6(a.

(3) A l'occasion de ce rapport entre le culte d'Eleusis et les représentations dramatiques, on nous permettra de joindre en passant aux preuve^ que nous avons réunies dans notre Recueil des inscriptions d'Eleusis (p. 98 et 109) sur l'existence de représentations dans le théâtre de celle ville à l'époque des Grands Mystères, un texte formel du Scholiaste d'Aristophane {ad Ran. V. 913) que nous avions eu le tort de négliger alors : èv to'ti; ÈTveuaivCoK; è'Cï'Xe'tTO TÔc SpotiAaTa tàû Alayù'Kou.

(4) Philochor. ap. Natal. Corn. Mijthol. III, IG. — Etym. Magn. v°idp.6ri.

(5) Voy. Creuzer, Symbolik, 1. VIII, sect. II, ch. II-, t. III, p. 740 de la traduction de M. Guigniaut.

(6) Demeter und Persephone, p. 98 et suiv.

-(7) Ptol. Hephœst. p. 81, éd. dePauw.

(8) Eustath. ad Homer. Odyss. A, p. 1684.

à la comédie en tant qu'institution du culte de Bacchus^rlesgéphyrismes constituaient une des parties les plus éminemment dionysiaques. des cérémonies éleusiniennes. Ils avaient lieu au passage dé la procession qui ramenait d'Eleusis à Athènes la statue d'Iacchus, le Dionysus mystique. Dans une des versions de la légende d'Iambé ou Baubo, qui en constituait, avonsnous fait voir, la première origine, ce même lacclius, enfant, jouait un rôle très-important, et c'était lui qui par ses attouchements indécents sur la vieille compagne deMétanire, ramenait le rire sur le front de Démêler affligée :

i2s slrouaa ttItcXou; àveaiSpaxo, Ssl'Çs te iràvxa St6(ji,aTo; duSe TcpéirovTa xijTrov' tcoiç 8' -^sv îaxyoi; Xstp( TE f5{Tn:aaxs ^s^wv Bauêooc ôirô xéXiroiç (1 ) .

Aussi dans les Grenouilles d'Aristophane (2), quand Dionysus rencontre le chœur des mystes au moment où ils se livrent aux géphyrismes, le poëte met dans sa bouche des paroles qui montrent combien cette cérémonie lui plaît et lui est consacrée ; son compagnon Xânthias veut se mêler aux chœurs et prendre sa part des plaisanteries, et le dieu ajoute qu'il va faire comme lui.

SavOfaç.

Ey(Î) S' às( ittoç cpiXaxôXouOoi; û\n, xal [xst' aux^

Uai^wv yopstjsiv poijXo[j.at.

AtovudO;;.

Kqt'YtOYs irpot;.

(1) Clem. Alex. Protrepî, p. 17, éd. Polter.

(2) V. 414 et 416.

Lorsque la licence aristophanesque de la comédie ajicienne eut été refrénée, les géphyrismes, qui ressemblaient tant aux engueulements de notre carnaval, durent avoir le même sort et subir aussi les entraves d'une police plus ombrageuse. Alors, comme les attaques satiriques contre les puissants du jour n'avaient plus la liberté de la scène pour se produire, le pont du Céphise, en mémoire des jeux dont il était témoin dans le bon vieux temps, remplit pour la cité d'Athènes le même rôle que la statue de Pasquino pour la Rome pontificale. On y affichait les placards mordants en vers ou en prose, qui remplaçaient la liberté de la presse et par oti s'exhalait le mécontentement ou le mépris public contre les gouvernants : rscfupw/ixoç^s «tco toû toùç A^YiV'çaiv km rm yecpypwv Imypacpetv vjroi s^//eTpa yi %cà èiya ixirpcàv diixavpiÀovç, uv(ùv e^oi/ra (!)•

J'ai insisté tout à l'heure sur le rôle du personnage d'Iambé ou de Baubo et son rôle dans les souvenirs éleusiniens. On me permettra d'insérer ici à cette occasion une courte parenthèse, dans laquelle j'ajouterai un exemple de plus à ceux qu'on a déjà recueillis pour faire voir combien les traditions religieuses du paganisme sont encore demeurées vivantes en Grèce, dans les superstitions et dans le langage du peuple des campagnes.

C'était pendant mes fouilles d'Eleusis. Un jour en arrivant sur le terrain des travaux, je vois les ouvriers, qui avaient interrompu leur besogne, échanger en riant des injures avec une vieille femme qui, ses

(1) Ammon. De dijfer. verh. p, 128. — Cf.Thom. Magist. De roc. Altic,

cheveux gris épars sur ses épaules, paraissait en proie à la plus violente colère contre eux. Je m'adresse à cette femme et je la questionne.

pourquoi te querelles-tu ainsi avec mes ouvriers?

— Ami yL ïkt/oLvz Baggw , parce qu'ils m'ont appelé Vavvo.

Cette réponse me frappa, et j'allai aux informations au sujet du nom qui avait tant indigné la vieille femme. J'appris alors que Bagêw, dans le langage populaire de cette partie de FAttique, était une épithète injurieuse que l'on donnait aux vieilles radoteuses qui passaient pour avoir eu de mauvaises mœurs d^ns leur jeunesse. Quelques jours après, mon ami M. le docteur Pallis, à qui je racontais le fait, m'assura que ce mot s'employait journellement et avec le même sens par les habitants de l'Êpire, son pays natal. N'y a-t-il pas dans une semblable injure un souvenir manifeste de la Baugw éleusinienne, de ses actes obscènes et des anathèmes indignés dont les Pères de l'Église avaient poursuivi cette représentation immorale, à laquelle les vieux Pélasges avaient attaché un sens sérieux , sinon d'autres idées qu'un naturalisme à la fois grossier et mystique?

Plusieurs géographes (1), se fondant sur le témoignage du Grand Étymologique (2), ont placé auprès du pont du Céphise le siège d'un dème des retpvper?, différent de celui des Laciades. Mais aucun autre auteur ne mentionne ce dème ; il n'en est jamais question dans

(1) Voy. Hanriot; Recherches sur les dèmes, p. 49.

(2) V" FetpupeK.

les inscriptions attiques, et c'est évidemment ici iiii de ces cas assez nombreux où le gratnniairien rédacteur du Grand Étymologique a pris pour le nom d'un dème celui d'un yeVoç sacerdotal. Nous en rencontrerons un autre plus loin, à propos des Kpôzwyt(5a6. Les Géphyréens ne constituaient pas un dème, mais une famille. Si leur lieu d'habitation primitif était au passage du Céphise, ils n'en étaient pas moins inscrits comme citoyens dans différents bourgs, souvent fort éloignés. Ainsi les deux tyrannicides, Harmodius et Aristogiton, qui appartenaient à cette race(l), étaient démotes d'Aphidna (2).

Ces Géphyréens se disaient descendants des Phéni-^ ciens venus avec Cadmus(3), mais les détails de leur histoire semblent plutôt indiquer en eux une ancienne population pélasgique. Leur habitation primitive avait été Érétrie dans File d'Eubée (4). De là ils éiaient venus s'établir à Tanagra dans la Béotie (5), ville qui avait été originairement appelée Géphyra (6). Une tradition rapportée par différents auteurs (7) semble avoir eu trait à d'anciens démêlés entre eux et les Athéniens. On racontait que les Athéniens avaient, probablement' après avoir vaincu les Géphyréens, envoyé le dixième de cette population à Delphes, pour y servir le dieu en

(1) Herodot. V, 65 et 57.

(2) Plutarch. Symposiac. 1, 10, p. G28.

(3) Herodot. V, 57.

(4) Ibid.

(5) IMd.

(6) Elym. Magn. V Fé^p'jpa.

(7) Pausan. ap. Eustath. ad Homer. lUad. Y, p. 408. — Hesych. v Adpu xYip'jxeiov.— ■ Suid. a. v. — Mich, Apostol. VII, 34.-- Cf. 0. Millier, Orchomenos, p. 118; Die Dorier, t. I, p. 257.

qualité d'hiérodules. Au bout de quelque temps de séjour, la Pythie leur avait rendu un oracle ainsi conçu : Avdpl FecpupatM ofîtoç cpt};oç, ohoqàpiozoi (1). Obéissant à cet oracle et profitant de ce que les Athéniens étaient en guerreavec le thraceEumolpe, roi d'Eleusis, ils avaient, comme on le racontait de Cadrans, suivi des bœufs pour guides et étaient rentrés à ïanagra. Ils furent définitivement expulsés de cette ville après l'époque de la guerre des Épigones (2). Suivant certains auteurs, les Thébains prirent leur ville (3) en même temps qu'Orchomène (4), qui avait aussi refusé de se soumettre à la suprématie de Thèbes; suivant d'autres, une partie des Ioniens chassés de Péloponnèse par l'invasion dorienne vint s'établir à Tanagra et en chassa les anciens habitants (5).

Toujours est-il que les Géphyréens, expulsés de leurs demeures, vinrent chercher un asile en Attique. Les Athéniens les reçurent au nombre des citoyens, mais, dit Hérodote (6), sous certaines conditions et en leur imposant certaines défenses, AQwouoi èé aa^eac, Ira pr^rowi

d^ianrr/rizoùv èmzoc'iocvxeç, ïpyzaBai. La nature des conditions qui leur avaient été imposées n'est pas difficile à discerner. Tanagra avait été nommée Fécpupa et ses habitants recpuparot, parce que, cette ville étant située

(t), Voy. Meineke, JJéber Kerkidas, dans les Mémoires de l'Académie de Berlin pour 1832, p. 96.

(2) Herodot. V, 57.

(3) Schol. ad Aristld. Panathen. p. 110, 17, éd. Dindorf.

(4) Schol. ad Aristid. Panathen. p. ilO, 16.

(6) Schol. ad Aristid. Panathen. p. 110, 17, (6) V, 67.

au milieu des marais et sur les rives de l'Asopus, de très-bonne heure ceux qui y vivaient avaient été obligés d'employer des ponts pour leurs communications intérieures et pour leurs relations avec le dehors, qti Iv

a/e^ia (?) >5fià^.yj .^taToaoûyTeç xat èv t>7 Tcépav yyj tov AcwttoO., èiix zqv yeii^moq iv xcdc, Tipoç aXXvoXouç iTTi/Jit^taîç yefs^ùpocic,

Eypwyro(l). On attribuait (2) des origines du même genre aux noms de plusieurs villes de la Béotie situées également au milieu des marais, Platées, Copae et Irésium :

■Oti XuaTaxAUfffxoij ttots yeyo/xévou avvé^n Tiepi Botcoii^y noXldi Xtjtxvaç dvac^avyjvaC ot oùv èy^^cibptoi TcXaratç %aî xcÔTraiç %ai eîpeaia xsj^pvi^évot Taç Tipoç aXXv^Xouç iTTtpii^wç IrrotoOvTo' Ik •TOUTOU oûy Taç tto'Xsiç oùvopiaaavj arro iuèv twv 7rXaTÔ)v riXaTaiàç; «TTo ^£ rôov jtcoTiwv KwTràç, «710 ^s T>7<; dpeaiQcç, Etpéaiov (3). Les Géphyréens étaient donc, par suite des conditions physiques du lieu où ils avaient longtemps résidé, habitués à construire et à entretenir des ponts. Cet art, si nécessaire aux relations des hommes entre eux, était considéré à l'origine des sociétés comme une science mystérieuse et placé sous la garde de la religion. A Rome les ministres supérieurs du culte étaient Qj^i^Qléspontifices, nom qu'un écrivain de l'antiquité (4) rapproche de celui des Géphyréens, à cause du Pons Sublicius qu'ils avaient établi et dont ils surveillaient l'entretien (5). Chose curieuse ! au moyen âge le même

(1) Etym. Magn. v° Féspupa.

(2) Ihid. \'° Elpéatov.

(3) Ce dernier nom correspond exactement à ce qu'était à Rome celui du Velabrum.— Varr. De Ung. lat. VJI, suh fin.— Plularch. Romul, 5.— Tibull. II, 5, V. 33.— Propert. IV, 9, v. 6.— Ovid. Fast. VI, v. 4^5.

(4) Lyd. De mensib, p. 118, éd. Rœther.

(5) Varr. De Ung, lat. IV, J5.

fait se reproduisit quand la civilisation reprit naissance après l'ère des invasions barbares. Pour rétablir les ponts sur les grands fleuves et rendre ainsi au commerce ses voies perdues, il fallut donner à cette œuvre une consécration religieuse et créer un ordre monastique spécial, celui des Fratres Pontifices, qui n'avait pas d'autre mission. C'est dans une intention semblable que les Athéniens fixèrent sur le bord du Céphise, au passage de la route d'Eleusis, les émigrés Géphyréens de Tanagra, experts dans l'art de l'ingénieur des ponts et chaussées. La condition de leur admission aux droits de la cité fut la construction et la conservation du pont jeté sur cette rivière, qui rendait d'un accès plus sûr et plus facile la principale artère des communications d'Athènes avec le reste de la Grèce par la voie de terre.

Hérodote dit encore (1) que la race des Géphyréens avait des sacra distincts de ceux des Athéniens et auxquels l'ancienne population de l'Attique ne participait pas, jtat' cjcpt Ipd sazi h' Minvriai Bp^iÀéva, twv ovdh (JLZTU Toiat "XomoLGi ABnVûciQiaïf àXkv. ts '/.eywpiaiiévcx. zdv aXXcov tpwy. La partie principale en était le culte de Démêler Achœa (2). Ce surnom , étudié déjà par Yoss (3), par M. Greuzer (4) et par M. Lobeck (5), désigne la forme la plus sombre de la déesse d'Eleusis (6), lors-

(2) Herodot. V, CJ.

(3) Otomment. ad Homer.Hymn. in Cer. p. 21.

(4) SymboUk. 1. VIII, sect. I, ch. VII j t. III, p. 620 de la traduction de M. Gulgniaut.

(6) Aglaûphamus, p. 1225.

(6) M, Preller, qui avait d'abord {Demeter und Persephone, p. 393) combattu celte interprétation de la Déméter Achaîa, y est revenu plus tard (ar-

que, isaisiè d'une profonde douleur, axo; (1), par suite de renlèvement de sa fille, elle refuse, en sa qualité de pouvoir souterrain, son concours au développement des germes et cause sur la terre une stérilité générale. Dans la Béotie, antique séjour des Gépliyréens, la même forme de la grande déesse était adorée sous le surnom voisin d'Ènocx^yj pu plutôt Éîtax^, que Plutarque (2) explique ainsi : dix tyi-j xyjç, Kôpnc,

•adBoèov iv ayii xric, Ari^r,Tpo<; ouanç. Au pOnt du Céphîse,

le nom du lieu et celui de la race à laquelle appartenait ce culte avaient donné naissance à l'épitliète populaire de recfups-ia (3).

Mais Déméter n'était pas la seule divinité adorée dans les sacra gentUiiia des Gépliyréens. Servius (4), d'après Varron, et Jean Lydus (5) rapportent que sur le pont du Céphise ils rendaient un culte à un Pallar dium. On Ut dans un des plus anciens scholiastes de Virgile : Dicunt sane alii^ unum simulacfum coelo lap^ sum et in ponte depositum apud Athenas fuisse, unde apud illos ygqjuptriç k^nvâ. (6). C'est là , comme l'a déjà fait remarquer M. Preller (7), un des exemples les plus frappants des rapports qui existaient dans l'Attique entre les cultes de Déméter et d'Athéné, et de l'identité fonda-

ticle Proserpiwo dans la Real-Encyclopeedie de Pauly, p. 116) et a rapproché la déesse de la Ceres déserta des Romains. (Virg. jEneid. II, v. 714. — Cf. Interpret. Mai.)

(1) Horaer. Hymn. in Cer. v. 40.

(2) De Is. et Osir. 69.

(3) Etym. Magn. vTetpupeTç.

(4) ildVirg.^neid. II, V. 165.

(5) De mensib. VIII, p. 45.

(6) Interpr. Mai. ad Virg. Mneid. II, v. 165.

(7) Démêler und Persephone, p. 392 et suiv.

mentale de ces deux personnages divins. Cette identité était particulièrement marquée dans la forme terrible de Déméter honorée par les Géphyréens. La statue de la déesse qui surmontait, ainsi que nous espérons le démontrer dans le volume que nous consacrerons à la topographie de la ville même d'Eleusis, Vdyélaaroz TTSTpa, dans l'intérieur des enceintes sacrées, et dont la partie supérieure est conservée dans la bibliothèque publique de Cambridge (1), porte comme Minerve le gorgonium sur la poitrine. Ainsi que l'a déjà remarqué M. Guigniaut (2), cette particularité rappelle le vieux culte mystique des Lycomides à Phlya dans l'Attique, où à Démétfer Anésidora, Zeus Ctésius, Coré Protogoné et aux Euménides, était associée Athéné Tithroné (3), dont le nom rappelle celui du dème de Tithras, dans lequel les Gorgones étaient l'objet d'honneurs tout spéciaux (4). Sur un célèbre vase découvert à Kertch (5), Athéné, la poitrine décorée du gorgonium, préside à la naissance d'Iacchus, comme sur d'autres monuments à celle d'Érichthonius (6). A cette occasion M, Gerhard (7) est revenu, par des observations nou-

(1) Spon, Voyage, t. II, pi. à la p. 216.— Clarke, Greek marUes dep. in the puUic library of Cambridge, pi. IV. — Mus. Worsley. t. I, p. 95. — Gerhard, Antikc Bildwerke, pi. CCCVI, n°» 4 et 5.

(2) Religions de l'antiquité, t. III, p. 1230.

(3) Pausan. 1,31, 2.

(4) Schol. ad Aristoph. Ran. v. 480.

(5) Compte-rendu de la Commission d'Archéologie de Saint-Pétersbourg pour .iS^9, pi. I.— Gerhard, Ueher den Bildenkreis von Eleusis, pi. I, dans les Mémoires de l'Académie de Berlin pour 1862.

(6) Bas-reliefs : Museo Chiaramonti,]}]. XLIV. — Clarac, Musée de sculp' ture, pi. CXXIII, n° 104.

Vases peints : Ch. Lenormant et De Witle, EL des mon. céramogr. t. I, pl. LXXXIV, LXXXVct LXXXVA.

(7) Ueber den Bildenkreis von Eleusis, p. 285, note 89.

velles et ingénieuses, sur l'association, déjà plusieurs fois signalée, de Minerve aux déesses d'Éïeusis.

Un autre exemple des rapports étroits des deux cultes de Déméter et d'Athéné nous paraît utile à rappeler ici. A Trézène (1), à Épidaure et àÉgine(2), on adorait les Grandes Déesses soiis les noms particuliers.de Damia et d'Auxésia (3). Quand le culte de ces déesses s'établit à Épidaure, la Pythie ordonna de faire leurs statues en bois d'olivier, l'arbre essentiellement attribué à Minerve, et lesÉpidauriens, considérant les oliviers deFAttique comme les plus sacrés de tous, demandèrent aux Athéniens la permission d'aller en chercher chez eux, ce qui leur fut accordé à condition de faire des présents annuels à Athéné Polias (4). Aussi les images de Damia et d'Auxésia surmontaient-elles le fronton du temple de Minerve dans l'île d'Égine(5). Au milieu des cérémonies qui se célébraient en leur honneur dans cette île, les femmes, s'adressaient mutuellement des injures et des plaisanteries (6). Ceci nous ramène aux géphyrismes dont nous parlions tout à l'heure, célébrés au retour des Éleusinies auprès de ce pont du Céphise qui était consacré à la fois à Déméter et à Athéné. Mais à Trézène ces disputes bruyantes à coups de langue étaient rem-

(1) Pausan. II, 3-2, 2.

(2) Herodot. V, 82.

(3) Le nom d'Aù^Yiate est évidemment dérivé du verbe aû?a); celui de Aa|xta semble n'être qu'une altération de ôa ^jiâ, c'est-à-dire la terre mère» Voy. Maury, Histoire des religions de la Grèce antique, t. 11, p. 377. — On pourrait aussi considérer Aajj-Ca comme tiré de la même racine que le verbe 6a{idcÇw. Ce serait alors la déesse de la destruction mise en pendant avec celle du renouvellement.

(-i) Herodot. V, 82.

(5) Gerhard, Antike Bildwerke, p. 135, note 43.— Yoy, plus haut, p..229,

(6) Herodot. V, 82.

placées, dans les fêtes des mêmes déesses, par une cérémonie que l'on appelait /îYAoôô//^ ou lapidation, et dans laquelle les assistants s'ehtré-poursuivaient à coups de pierres (1). Nous sommes ainsi amenés à rapprocher les querelles comiques des^4^%mm^5 du comb atsimulé à coups de pierres qui avait lieu sous le nom de "èaXkmhc, dans une des fêtes d'Eleusis (2), cérémonie éminemment symbolique sur laquelle un des interlocuteurs àes Dipnosophistes d'Athénée. dit qu'il ne donnerait pas d'explications quand même tous les assistants

le payeraient, Trspî ^ç ow àV zi einoipLi, jU)? Trap iKaarou ixiaQov

'XocQm, et à laquelle fait évidemment allusion (3) l'hymne homéridique à Cérès dans la prédiction de la déesse sur le combat terrible que doivent à jamais se livrer entre eux, et pour Démophon, les enfants d'Eleusis :

Qp'(iatv S' apa xouys^ 7repiTcXop.£va)V sviauxwv^ noïSsç ÉXeuaivi'tov TccJXejJiov xaî cp6Xo7nv atv'r|V Aîèv èv àXXifjXotcri auvàÇoua' ï)p.aTa Tîàvxa (4).

Nous aurons, du reste, plus loin l'occasion de revenir sur l'intention symbolique des cérémonies de ce genre.

Pausanias garde un silence absolu sur les Géphyréens, sur leur culte et sur les traditions qui s'y ratta-

(1) Pausan. H, 32,3.

(2) Athen. IX, p. 406,— Hesych. v BaXKt^xùz.

(3) Creuzer, SymboUk, I. VIU, sect. l, ch. VII; t. III, p. 610 et suiv. de la traduction de M. Guigniaut.— Creuzer et Hermann, Briefe ûberHomer und Hesiod. p. 1-3. — Ottf. MùUer, avllde Eleusiniendd.n?,\'Allgemeine Encyclopsedie de Halle, p. 281.— Guigniaut, Religions de VantiquitéyX, III, p. 1109; Mém. deVAcad. des Inscr. t. XXI, part, 11, p. 18,

chaient. Faul-il en conclure qu'avec le progrès du temps tout souvenir s'en était effacé? Nous ne le croyons pas, car plus la tradition eût été oubliée du vulgaire, plus Pausanias, si curieux investigateur des antiquités religieuses, eût pris soin de la rappeler. Il y a là un petit problème dont M. Preller(l) nous paraît avoir trouvé la solution définitive. Adoptant entièrement la manière devoir de ce mythologue distingué, nous rapporterons ici ses propres paroles. Mirum quod Pausanias tacet de /lis traditionibus. Dixeris Gephyraeorum nùmén atque sacra gliscentibus saeculis evanuisse. Quod utcoticedam de démo seciindiim Gepliyraeos appellato {%)fiefipotuiss€y de sacris tamen a sollicita^ quù Graeci sacrorum vêtustates prosequi solebant, religione adeo abhorretj ut res aliter expedienda videatur. Et mihi quidem verisimile illud ipsum templum , quod Pausanias memorat prepe Ficum Sacram exstitisse, Mit.r,xçoc, kpov xaî t>7ç Trat^o;* aùv ^£ ffcptaîv AB'cvd x.at IToaet^oov ïyo-ocsi nixdu hoc tgitur templum illa Gephyraeorum sacra continuisse; qua cum conjectura liaec altéra conjuncta est, ut demumTza^'jpeiç eumdem fuisse statuam cum eo, qui ceteris appellatur iepà 2u/.>5. Argumento est tum ipsa ratio locorum a Pausania descriptorum ; nam apparet templum et ficum sacram proxime a fluvio Cephisso et a ponte ab fuisse; tum quod numina illa , de quibus narrât Pausanias, constat a Gepliyraeis culta esse praeter Neptunum omnia.

Remarquons comme un argument puissant en fa-

(1) De via sacra, disp. I, p. 18.

(2) Nous avons fait voir un peu plus haut que ce dème n'avait jamais existé et que le pont du Céphise, comme le Figuier Sacré, était compris dans le territoire des Laciades (p. 245).

veur de l'opinion de M. Preller, que la famille des Phytalides avait quitté l'antique séjour de son premier ancêtre antérieurement à l'époque de l'établissement des Gépbyréens. On racontait que Thésée, après avoir mis à mort les brigands de la route de l'isthme et entre autres son parent Sinis, était venu se faire purifier de leur sang par les fils de Phytalus à l'autel de Zeus Milichius(l) qui se voyait sur la Voie Sacrée après avoir franchi le Céphise(2). Un peu plus tard, quand les Athéniens, délivrés de la dîme déjeunes gens quils payaient à la Crète, élevèrent un temple à Egée, père de Thésée, le héros ionien,f pour payer la dette de l'hospitalité reçue, en confia le sacerdoce aux Phytalides (3), qui le conservèrent pendant une longue suite de siècles (4).

Cet Egée, auquel les Athéniens élevaient un temple, n'était autre que Nei^tune. Parmi les mythographes anciens, les uns, comme Apollodore (5), Plutarque(6) et Tzetzès (7), donnent pour père à Thésée Egée, roi de l'Attique ; les autres (8) le disent fils de Neptune ; d'autres enfin, comme Hygin (9), nomment à la fois Neptune et Egée. Nous connaissons un Posidon iEgeeus (10) qui réunit les deux noms donnés au père du héros protecteur de l'Attique. Nérée porte aussi l'épithète

(1) Plutarch. Thés, 12.

(2) Pausan. I, 37, 4.

(3) Plutarclu Thés. 23.

(4) Hesyeh. \° 4>uTa'X(6at.

Page 1