‹ Monographie de la voie sacrée éleusinienne [microform] de ses monuments et de ses souvenirsChapitre 32 sur 48 · L'AUTEL DE ZEUS MILICHIUS ET LES TOMBEAUX VOISINS · texte numérisé non relu

L'AUTEL DE ZEUS MILICHIUS ET LES TOMBEAUX VOISINS

Dodwell (1) signale, aussitôt après avoir franchi le pont du Céphise, un lion de marbre de grandeur au-dessous de nature et d'assez mauvais travail, a marble lion , less than life, and of inferior sculpture. Il a maintenant disparu. Ce lion devait, du reste, surmonter un tombeau. Chez les Grecs, la figure du roi des animaux était fréquemment employée pour décorer les sépultures et les fontaines. M. Welcker (2) a consacré une étude intéressante à cet usage, et a cherché à y éclaircir le sens attribué par les anciens à l'image du lion. C'était surtout sur les tombeaux de guerriers qu'on la plaçait, comme symbole de force et de courage, sur celui de Léonidas (3), celui d'Hermias dans l'île de Cypre (4), celui de Faustulus dans le Forum Romain (5), celui des Thébains morts à Chéronée (6), et celui des Athéniens tombés dans la bataille

(J) Tour in Greece, t. II, p. 169.

(2) Ann, del'Inst.arch. 1856, p. 1-4.

(3) Herodot. VII, 225. — Simonid. ap. Anthol. Palat. VII, 344.

(4) Moustoxydis, Al^ivaCa ècp-rnAeplç, 18Sl,p. 124.

(5) Varr. ap. Schol. ad Horat. Epod. G. — Dionys. Halicarn. Ânt. Rom. I, 87.

(6) Pausan. IX, 40, 5. — New Monthly Magasine, 1824, june, p. 261. — Zeitung fur die élégante Welt, 1824, p. 799. — Bdtliger, Amalthea, t. III, p. 890. — Dupré, Voyage à Athènes et à Constantinople, pL XVII. — Ulrichs, Reisen und Forschungen in Griechenland, p. 159. — GSttling, Gesammelte Ahhandlungen, 1. 1, p. 147-153. —Jenaisch. Litter. Zeit. 7 décembre 1843; 7 mars 1844. — Ann. de Vlnsi. ardu 1856, pL I.

navale deCnide (1). Mais, ainsi que l'a fait voir Moustôxydis (2), à titre de gardien (3) et comme symbole de vigilance (4), il figurait aussi quelquefois sur toute sorte de sépulture.

Tout auprès, dans un des vergers qui. avoisinent la route, on remarque l'inscription funéraire suivante, gravée sur une simple stèle ronde en marbre bleuâtre de l'Hymeite et déjà publiée par M. Pittakys (5) ainsi que par M. Rhangabé (6) :

EAIKIflN

inN02

ANTI0XEY2

ÉIlyJcùv Iû)j/oç AvxLoyevç,.

Ces monuments montrent que, si Pausanias ne cite aucun tombeau digne de remarque dans cette portion de la Voie Sacrée, la double série des sépultures bordant les deux côtés de la route d'Eleusis se continuait après le passage du Céphise, dans toute la traversée du Bois des Oliviers.

Bientôt, après avoir franchi le troisième bras actuel de la rivière, qui n'existait pas dans les temps antiques ainsi que nous l'avons fait voir, on arrive à l'extrémité du bois, où s'élève une petite chapelle dédiée à saint Biaise (Âywç BXa'atoç), bâtie entièrement avec

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(1) Newton, Discoveries at Halicarnassus , Cnidus and Branchidae, pi. LXI-LXVl.

(2) Al-yivaCa è(pïiii,Êp\,ç, 1831, p. 124.

(3) Simonid. ap. Anthol. Palat. VII, 344. — Cf. G. Hermann, Opuscuîa, t. V, p. 176.

(4) iElian. Hist. anim. XII, 7. — Isidor. Orig, XII, 2.

(5) t(ff\^. àpx. n° 1694.

(6) Ant.hellén, n» 1861.

des débris antiques et dans le mur de laquelle on lit cette inscription funéraire, que Spon et Wlieler^ au xvn" siècle; avaient déjà vue à la même place :

ANTIKAEIAAnOAAOAflPOY OYTATHPOHBAIA

AvTaXsta ATCoXXo^cipou ^\)yûcrr,p, 0r;êaia (1).

A côté de cette chapelle est un ancien puits (2); une lettre de Fauvel, en date du 20 frimaire an XIV (3), y signale une statue mutilée et des fragments d'architecture d'ordre ionique, qui ont aujourd'hui disparu.

La petite église de Saint-Biaise occupe indubitablement le site d'un édifice sacré du paganisme. Pour le colonel Leake (4), M. Preller (5) et M. Hanriot (6), c'est celui du temple du héros Cyamitès (7); pour Kruse (8), celui de l'autel de Zeus Milichius que Pausanias (9) indique presque tout de suite après le passage du Céphise. Nous nous rangeons à cette dernière opinion, car nous reconnaissons avec Kruse (10) l'emplacement du temple de Cyamitès dans une ruine située un peu plus loin sur le bord de la voie.

(1) Spon, Voyage, t. Ul, part. II, p. 134. — Corsini, Fast. Atlic. t. l, p. 256. — Corp. inscr, graec. n° 853.— Pittakys, U Ancienne Athènes, p. 311. — Rhangabé. Aw«. ?ie?î^n. n" 1802.

(2) Gell, Itinerary of Greece, p. 31.

(3) Magasin encyclopédique, 1806, t. III, p. 117.

(4) Demi ofAttica, 2* édition, p. 142.

(5) De ma sacra, disp. II, p. 1.

(6) Recherches sur les dèmes. p, 49,

(7) Pausan.I, 37, 3.

(8) Helîas,t U, p. 173.

(10) HeUas,t, II, p. 174.

C'est à cet autel de Zeus Milichius que, suivant les traditions attiques, Thésée, avait été purifié par les enfants de Phytalus du meurtre des brigands et en particulier de celui de son parent Sinis Pityocamptès (1). Semblable tradition indique un culte extrêmement ancien, antérieur à la fusion des deux religions pélasgiques d'Athènes et d'Eleusis, et même en pleine existence à l'époque oii la domination ionienne s'établit dans la cité de. Minerve. On sait en effet que Zeus Milichius était adoré à Athènes depuis les temps les plus reculés. Les Diasies, célébrées en son honneur le 23 du mois d'Anthestérion , ^j^woc, ÂvÔear/iptwyoç -n (?9tî/ovToç (2), étaient au nombre des grandes fêtes de l'Attique (3). M. Auguste Mommsen (4) a ingénieusement conjecturé que, si la partie principale de la fête avait lieu sur les bords de l'Ilissus, elle devait être accompagnée de cérémonies à l'autel des rives du Céphise. Le culte de cet antique autel, après l'adoption des mystères par les Athéniens , s'était , du reste , trouvé facilement affilié à la religion éleusinienne. Zeus Milichius avait, en effet, un rôle dans les mystères. C'était en son honneur que dans les cérémonies préparatoires des Éleusinies (5), comme dans les UoyLTiûua. en l'honneur de Jupiter Mémactès (6), le 25 du

(1) Pausan. I, 37, 3. — Cf. Plutarch. Thés. 12.

(2) Schol. Ravenn. ad Aristoph. Nub, v. 408.

(3) Thucyd. I, 126. — Xenoph. Anal). VII, 8, 5. — Aristoph. Nuh. v. 407 et suiv. — Lucian. Icarom. 24.

(4) Stœdtischen Feste der Athener, p. 379 et suiv.

(6) Suid. v° Atèç )tii>5tov. —- Mich. Apostol. Proverb. VII, 10.

(6) Eustath. ad Homer. Odyss. û, p. 1996. — Phot. Lexic. v° Maip-ax- TYipitôv. — • Cf. Preller, Demeter und Persephone, p. 248. — A. Mommsen, Stœdtischen Feste der Mhener, p. 317 et suiv.

mois de Mémactérion (1), et dans les Scirophories (2); on immolait des victimes expiatoires. Leurs peaux , appelées Aiôç xa)5tov(3), étaient placées à terre par le daduque (4), et le candidat à l'initiation qui se faisait purifier s'y tenait debout sur le pied gauche (5). Polémon le périégète avait consacré un livre spécial à cette cérémonie éminemment symbolique (6),

Après tout ce que nous avons dit dans le chapitre précédent sur la nature funèbre et infernale des traditions qui se rapportaient au Céphise et à ses rives, nous devons ajouter une certaine importance à la rencontre d'un autel consacré à Zeus Milichius dans le voisinage immédiat de ce fleuve. Le surnom de MetAj^^oç ou de « dieu propice, qui se laisse apaiser, » commun à Jupiter (7) et à Bacchus (8), n'est en effet, comme Ta déjà fait voir mon père (9), qu'une de ces épithètes euphémiques données par les Grecs aux divinités les plus terribles et les plus inexorables. 11 faut le rapprocher du Dionysus infernal surnommé Éleuthérius ou « libérateur, » de la Coré Sotira de Cyzique, « déesse du salut, » parce qu'elle est déesse de la mort, du Zeus

( 1 ) CoT'p. inscr. graec. n° 523.

(2) Mich. Apostol, Proverh. VII, 10.

(3) Phrynich. ap. Bekk. Anecdot, graec. p. 7. ■— Lexic. rhetor. ap. BeJsk. Anecdot. graec. p. 242. — Eustath. loc. cit. — Mich. Apostol. loc. cit. — Hesych. et Suid. 5. v.

(4) Suid. v° Aibq x(|)5iov. — Mich. Apostol. Proverh. VII, 10.— Cf. notre Recueil des inscriptions d'Eleusis jT^.iSl.

{5) Hesych. v° AièçxtàStov.

te) Hesych. v° Aibî xt|)6tov. — Athen. Xï, p. 478.

(7) Pausan. Il, 9, 6 1 20, 1. — Thucyd. 1, 126.

(8) Athen. III, p. 78. — Cf. Schwenk, Etymol. mythol. Andeut. p. 397.

(9) Nouvelle galerie mythologique, p. 39. — Cf. Gerhard , Griechische Mythologie, § 199, ti.

Philius (1) ou «ami, » autre forme du dieu des enfers, de Pluton, dont le nom exprime la « richesse, »> di'Hadès, dont l'éloquence est aussi persuasive que le chant du rossignol est harmonieux (2), enfin des £mménides, qu'on n'invoque qu'en leur prodiguant les surnoms les plus opposés à la nature de leur ministère. Le caractère infernal des épithètes communes à Jupiter et à Bacchus (3), comme celle de Milichius, est surtout manifeste dans les personnages identiques de Zeus Éleuthérius (4) et Dionysus Éleuthérius (5), étudiés d'une manière toute spéciale par Panofka (6) et par mon père (7). Ce dieu, qui délivre par la mort et qui au sens physique exprime les idées essentielles de flux et d'émission, correspond exactement au Liber Pater des Latins (8), dont l'épouse, la Dea Libéra (9), se

(1) Pausaii. Vni, 31, 2. — Athen. VI, p. 239.

(2) Plat. Cratyl. p. 45^ éd. Bekker.

(3) A Mégalopolis, Zeus Philius portait le thyrse de Dionysus (Pausan. VIII, 31,2). ,

(4) Thucyd. II, 71.— Diod. Sic. XI, 72. — Plutarch. Aristid. 19. — Strab. IX, p. 412. — Pausan. I. 3. 1; IX, 2, 4; X, 21, 3. — Harpocrat. •v" ÈXeuOéptoç. — Hesych. t» ÉXcueépioç Zeùç. — Etym. Magn. v° ÉXeuOipioç.

(5) Plutarch. Symposiac. VII, 10. -- Pausan. I, 20, 2. — Hesych. V" ÉXeùOepoç.

(6) Ann. de l'Inst. arch. t. V, p. 280 et suiv.

(7) Nouvelle galerie mythologique, p. 37 et suiv.

(8) Paul. p. 121 : Loelesum et loébertatem antiqui dicetant Liherum et libertatem. Ita Graeci >.oi6^v et >ieeêeiv. — Serv. ad Virg. Georg. I, v. 7 : SaUni Liherum Loébasium {appellant). Dictum autem quia graeceloiêii dmiurresdmna. — Augustin. De civit. Dei, VII 21 : Liberi sacra, quem liquidis seminibus ac per hoc non solum liquoribus fructuum , quorum quodammodo primatum vinum tenet , verum etiam seminibus animalium praefecerunt.— Paul. p. 115 : Liber repertor vini ideo sic appellatur, quod vino nimio usi omnia libère loquantur; cf. p. 116. — Pompon, ap. Ribbeck, Comic. ht. p. 21 1 : Cujusvis leporis Liber diademam dédit. —Cf. Petron.26. — Lamprid. Heliogab. 11.

Sénèque {De tranquill. anim. 15, 15) dit que Liber n'a pas été appelé ainsi o& licentiam linguae, sed quia libérât serviiio curarum animum,

(9) Sur Liber et Libéra, voy. Prellcr, Rœmische Mythologie, p. 440-445.

confondait avec la Venus LibUina, (1), c'est-à-dire la Vénus-Proserpine (2), appelée à Gyzique ÉAeuGspta ou <( la Liberté (3). »

C'est avec intention que nous faisons intervenir ici le Jupiter Éleuthérius, qui paraît au premier abord n'avoir qu'un rapport indirect avec notre sujet. Si ecclésiastiquement la chapelle qui a succédé à l'autel de Zeus Milichius est consacrée à saint Biaise, la tradition la plus répandue parmi les paysans de l'Attique l'appelle hvlnaiot. ToO Àyt'ou 2a)Tî7poç(4). Les ménologes grecs ne comprennent pas de saint Soter, et l'épithète de « sauveur » n'est justifiée par aucune particularité de l'histoire de saint Biaise. Il faut donc de toute nécessité supposer que cette appellation populaire tient à une tradition remontant aux âges du paganisme, dans laquelle, comme il est arrivé souvent en Grèce, un surnom de divinité hellénique s'est changé en nom de saint chrétien. Dès lors nous devons nous souvenir que Zeus Soter est donné coiùme identique à Zeus Éleuthérius (5). Aussi bien que celui d'Éleuthérius, le surnom de Soter ou Saotès appartient en même temps à Jupiter (6) et à Bacchus (7). Le caractère infernal et destructeur de la divinité qu'il désigne sous une forme euphémique, ressort clairement de la légende rapportée par Pausa-

(1) Panofka, Ann.de Vînst. arch. t. V, p. 281.

(2) Voy. Gerhard, Fenere Proserpina, Poligrafia Fiesolana, 1826.

(3) Miilingen, Ancient coins of cities and kings, t^\, V, n" 11. — Cf. Panofka, Ann. de VInst. arch. t. V, p. 279.

(4) Voy. Hanriot, Recherches sur les dèmes, p. 49.

(5) Hesych. v» È>^eu8épioç Zeiiç. •— Harpocrat. v» È>veu0épioç. — Etym. Magni v° ÉXeuOépioî. — Schol. ad Aristophan. Plut. v. 1176.

(6) Aristophan. Ran. y. 1433. — Pausah, II, 20, 5, 31, 14; III, 23, 6? V, 31, 5; 34, 3 ; VllI, 9, Ij 30, 6 ; IX, 26, 5.

(7) Lycophr, Cassandr, v. 206. — Pausan. II, 31, 8; 37, 2.

nias (1) sur l'origine du culte deZeusSaotès àThespies. La ville étant ravagée par un dragon, le dieu ordonna aux Thespieus de livrer tous les ans au monstre celui des jeunes gens que le sort aurait désigné. Après plusieurs années, le sort étant tombé sur le jeune Cléostrate, Ménestrate son ami se dévoua pour le sauver. Il se revêtit d'une cuirasse garnie de hameçons dont la pointe était tournée en haut, et se livra ainsi au dragon qu'il fit périr en périssant lui-même. De la le surnom de Saotès donné à Jupiter (2). On voit dans ce récit que l'épilhète de « sauveur » est un nom euphémique donné au dieu infernal qui exige des victimes humaines, supprimées plus tard par suite de l'adoucissement des mœurs (3). Le véritable caractère déguisé sous cette épithète est aussi précisé par son rapport avec le surnom de Coré Sotira^ reine des enfers, adorée à Cyzique (4), à Sparte (5) et à Mégalopolis d'Arcadie (6). Toutes ces formes divines, dont l'étroit rapport avec la religion d'Eleusis a été démontré parPanofka, établissent une confusion et une identité absolue entre

(2) Panofka [Res Samiorum, p. 64 ) a rapproché de cette histoire le surnom du Dionysus Kej^K^vcaç que Von adorait à Samos (Plin. Hist. nat. Vllf, 16. — jElian. Uist. anim. VU, 47), la curieuse légende relative à l'origine du culte de ce dieu et la gueule de lion béante qui en est le symbole sur les monnaies antiques de Samos (Mionnet, Descr. de méd. ant. t. III, p. 279 etsuiv. no» 131, 132, 136-152, 155, 163).

N'oublions pas que sur le précieux vase que nous avons longuement commenté aux p. 94 et suiv., le dieu infernal résidant dans la fontaine, qui s'élance pour saisir et dévorer la vierge hydrophore^ se manifeste à la fois sous la forme d'un lion, comme le Dionysius Kexïivcbç de Samos, et sous celle d'un dragon, comme le Zeus Saotès de Thespies.

(3) Ch. Lenormant, Nouvelle galerie mythologique, p. 39.

(4) Voy. Panofka, Ann. de VInst. arch. t. V, p. 274.

(5) Pausan. III, 13, 2.

(6) Pausan. Vlll, 20, 6.

Jupiter et Bacchus comme dieu infernal, destructeur à la fois et générateur. Dans les traditions éleusiniennes ordinaires et dans la seconde partie de la représentation mystique de la pannychis^ ces deux personnages figuraient dans un rapport différent ; le Zens infernal, identifié à Hadès dans son union avec Go ré, jouait le rôle de dieu père, et Dionysus Zagreus ou lacchus était donné comme son fils (1), La comparaison de ces deux propositions en apparence opposées, d'un côté l'identité de Zeus et de Dionysus, de l'autre leur distinction comme père et comme fils, nous amène à reconnaître dans les dieux mâles de la religion d'Éléusis un fait exactement semblable a celui que M. Gerhard (2) a si bien mis en lumière pour les divi^ nités féminines, Déméter et Goré. Le père et le fils s'identifient comme la mère et la fille ; ils forment deux groupes parallèles, où la dualité se résoud dans l'unité, et oîi l'unité se divise dans la dualité. Nous arrivons ainsi à la forme suprême, xà [kv^dXa xaî «pprira, qui couronnait la représentation des Grands Mystères (3), et où toute l'échelle d'émanations successives offerte auparavant aux regards des initiés, Déméter et Goré d'un côté, Hadès, Zeus et Zagreus de l'autre, se résumait en deux seuls personnages, l'un féminin et l'autre masculin, Brimo et son fils Brimus, indiqués dans la formule de l'hiérophante que nous a conservé

Origène : îepov erexs, TUOTVia ^oOpov, Bpi/^-à) Bpt/îjtoy (4).

(1) Clem. Alex. Protrept. II, p. 14, éd. Potter.

(2) Antike Bildwerlte, p. 66, notes 96 et 96.

(3) Voy. Ch. LeDormant, Mém. de l'Âcad. des Inscr. t. XXIV, part. 1, p. 435 et Buiv.

(4) Philosophumen. V, 8.— Voy. Guigniaut, Mém, de VÂcad, des Inscr. t. XXÏ, part. II, p. 69.

La formule mystique d'Eleusis est, du reste, complétée par le personnage de Dionysus Éleuthérius ou Soter. Ce dieu est en effet, comme le Jupiter du même nom, l'époux de Coré Éleuthéria, donnée dans les récits éleusiniens comme la mère du Bacchus des mystères. Ainsi se reproduit, au dernier degré des évolutions de la génération divine, l'inceste sacré et mystique du fils avec sa mère, que la représentation de la pannychis montrait déjà au premier degré de ces émanations successives dans l'union du Jupiter lascif et infernal avec sa mère Déo (1). Nous avons déjà fait voir à la fin du chapitre précédent, par le rapprochement avec l'histoire de Jasion, que l'idée de cet inceste n'était point étrangère à la conception essentielle du personnage d'Iacchus^ Elle se manifeste encore à nos yeux si nous substituons au Bacchus des mystères, fils de Jupiter et de Proserpine, le Bacchus thébain, fils de Jupiter et de Sémélé. On a déjà fait remarquer (2) le rapport étroit qui existe entre l'enlèvement de Proserpine par Pluton ou l'union de Coré avec son père le Zeus infernal, d'une part, et de l'autre les amours de Jupiter avec l'imprudente maîtresse que consument ses feux, ainsi que le caractère funèbre de cette dernière scène , représentée sur plusieurs sarct)phages (3). Dans celui de tous les mythes rela-

(1) Clem. Alex. Protrept. II, p. 13, éd. Potter.

(2) Ch. Lenormant, Ann. de VInst. arch. t. V, p. 210 et suiv.j Nouvelle galerie mythologique , p. 60 et suiv.

(3) Mon. inéd. de VlnsU arch. 1. 1, pi. XLV A.— Ottfr. MûUer etWiéseley» Denkm. der ait Kunst, t. II, pi, XXXIV, n° 392.

Voy., en outre, une peinture murale provenant d'un tombeau de Rome : Guattani, Memorie romane di antichità, t. III, pi. XIII. — Ottfr. MûUer e» Wieseier, Denkm. der ait. Kunst, t. JI, pi. XXXIV, n» 39/. - Cf. Gerhard, tiyperboreisch'Rœmische Studien, p. 106 et suiv.

tifs au Bacclîus thébain qui établit le plus manifestement son identité avec le Bacclîus des mystères, Sémélé, après son union avec Jupiter, est descendue aux enfers, otielle règne comme Proserpine. Dionysus est pris d'une passion furieuse de revoir sa mère, et c'est pour aller près d'elle qu'il descend aux enfers sous la conduite de Prosymnus (1), suivant les traditions de Lerne, lieu oti cette descente de Bacclîus aux enfers était commémorée dans des mystères que tous les témoignages antiques s'accordent à nous représenter comme issus directement de ceux d'Eleusis. Or un miroir étrusque célèbre et dont le sujet est d'une nature évidemment mystique (2), retrace la réunion du dieu et de sa mère dans le monde inférieur. La manière très-peu chaste dont Bacchus et Sémélé célèbrent leur rencontre sur ce monument, offre le plus étroit rapport avec les signes de joie qu'Aphrodite et Adonis montrent en pareille circonstance, et ne permet pas de douter que la mère de Dionysus ne fût en même temps regardée comme son amante (3). L'union de Dionysus avec Coré formait, du reste, la base delà fête attique des Anthestéries, si étroitement liée à la fois avec le plus vieux culte de Bacchus, à Athènes et avec celui des déesses d'Eleusis (4), et pour mieux préciser le caractère mystique d'inceste de cette union, quelques-uns des vases qui se rapportent à la théophanie et

(1) Pausan. II, 37, 5. — Clem. Alex. Protrept. 11, p. 30, éd. Potter.

(2) Mon, inéd. de l'Inst. arch., t. I, pi. LVI A. —Gerhard, Etruskische Spiegel, pi. LXXXIII.

(3) Cf. Ch. Lenormant, Ânn. de l'Inst. arch. t. XVII, p. 426.

(4) Voy. Gerhard, Veher die Anthesterien und das YerhxUniss des Attischen Dionysos ;sum Koradienst, dans les Mémoires de l'Académie de Berlin pour 1858.

à l'hiérogamie du mois d'Anthestériori, substituent Sémélé à Coré, comme la compagne de Dionysus (1).

La confusion du dieu père et du dieu fils, de Zeus et de Dionysus, en un même personnage infernal, est encore manifeste dans le surnom de Ciésius qui appartenait au même Jupiter que celui de Milîchius (2). Cette épithète de Krvîaioç désigne un dieu possesseur de tous les trésors et de tous les germes enfermés dans le sein de la terre, et si un tel caractère appartient essentiellement à Pluton (nXourwv, le dieu qui possède et qui donne la richesse) (3) et à Aïdoneus surnommé Uol\)^éy(jL(ùv (4), il passe aussi au dieu fils dans l'identification d'Iacchus avec Plutus (5), la richesse personnifiée, et dans le surnom de 7rXovto^6T7;ç, donnée ce dieu par Aristophane (6) ainsi que par une inscription d'Eleusis, oti nous l'avons du moins restitué avec une certitude que nous croyons complète (7).

Ce que dit le grammairien Michel Apostolius de l'identité du dieu Ctésius et du dieu Milichius, en montraiit dans ce dernier un maître des trésors de la terre, nous fait comprendre pourquoi Athénée (8), d'après

(1) Gerhard, Ueier die Anthesterien, pi. I, n" i.

(2) Mich. Apostol. Proverb. VII, 10.

(3) iPlat. Cratyl. p. 403. — Cf. Gerhard, ^Intifee Bildwerke, p. 78, note 58.

(4) Orph. Hymn. XVII, v. 11. — Cornut. De nat. deor. p. 234. — IfoXu- SÉxTriç : Homer. Hymn. in Cer. v. 9.

(5) Voy. Gerhard, Antike Bildwerke^ p. 79, notes 62-69.

(6) Ran. V. 482.

(7) Voy. notre Recueil des inscriptions d'Eleusis, n° 26.

(8) m, p. 78. — Dionysus était quelquefois surnommé Suxf-pïic;: Athen. loc. cit.

Athénée nous apprend encore, dans le même passage, qu'on appelait les figues ixeCXij^a et que l'image de Dionysus Milichius à Naxos était faite en bois de tiguier.

Les cabas pleins de figues jouaient un rôle important dans les cérémonies !• 21

Andrisçus, attribue le présent du figuier à Dionysus Milichius. ZeusMilichius étant, comme nous FaYons fait voir, identique à Dionysus Milichius, ce dieu producteur du figuier ofi're une grande ressemblance avec le Posidon Phytalmius, également producteur du figuier, qu'honoraient les Phytalldes, race qui possédait également dans les traditions^ atliques le sacerdoce le plus ancien à l'autel de Zens Milichius. Nous devons donc en conclure que dans le culte primitif des Phytalides, à l'époque pélasgique et avant la réunion des religions d'Athènes et d'Eleusis, ce Jupiter n'était qu'une seconde forme du dieu infernal, destructeur à la fois et générateur par la voie de l'élément humide, adoré par eux sous le nom de Neptune de l'autre côté du Céphise. L'attribut de la figue, qu'il était censé avoir produite et dont nous avons au chapitre précédent (1) indiqué le rôle symbolique dans les cérémonies de la plus vieille religion athénienne, était en rapport étroit avec le caractère de ce dieu comme Zsyç ytaBdp^Loç, (2) et avec les lustrations qui se faisaient en l'honneur de Jupiter Milichius. On lit en effet dans

Hésychius : 2vy.daL0ç, Zevq 6 /aSaputoç, tyj yàp aw.YJ l;(pâ)VTO

ly YMBa-paîoLç, (3). M. Lobeck (4) a expliqué fort ingénieusement ce passage assez obscur en conjecturant qu'il s'agissait ici d'une fustigation expiatoire avec les bran-

dionysiaques : Plutarcli. De cupid. dimt. p. 124', éd. Wyttenbach. — Arîstophan. Lysistrat. v. 647. — Cf. Creuzer, Symbolik, 1. VII, ch. IV, § 1; t. III, p. 229 de la traduction de M. Guigniaut.

(2) Plutarch. De carn. es. I, p. 997.— Polhu. I, 24^ VIII, 142.

(3) Voy. aussi ce qu'il dit au mot Suxàî^eiv.

(4) Aglaopham. p. 703.

ches de figuier, y.pdàoLL (1), comme on en pratiquait dans les ïhargélies (2). Une conjecture très-yraisemblable de Reinesius, substituant le mot v^pocèaç, à celui àe Kctpètaç, difficilement explicable, dans un célèbre passage de Clément d'Alexandrie, fait figurer ces verges en bois de figuier parmi les objets renfermés dans la ciste mystique : « Des gâteaux do sésame et de farine « de blé, des tourtes et des galettes avec de nombreuses « protubérances à la surface, des grumeaux de sel et « le serpent de Dionysus Bassareus, des grenades et « des verges en bois de figuier (jfpa^ac), des férules et « des festons de lierre, des gâteaux au fromage et des « pavots (3). » La présence des y.pxàai de figuier parmi tous les objets renfermés dans la ciste mystique, rattache au sens expiatoire et funèbre de l'arbre produit par Dionysus Milichius le rôle étrange du tronc de figuier dans l'histoire deProsymnus, où il sert à Bacchus pour accomplir après la mort de son guide la condition obscène qui seule lui ouvrait l'entrée de l'empire d'Hadès(4). C'est en' bois de figuier qu'était fait le phallus qu'on portait aux Dionysies (5). Sur les bords du Céphise d'Eleusis on plaçait le théâtre de l'enlèvement de Proserpine auprès d'un figuier sauvage (Ipiyeoç) (6).

(1) Hippon.fr. 44,

(2) Clem. Alex. Protrept. If, p. 19, éd. Potter.

(3) Voy. Jacobs, Animadv. ad Ànthol. graec. 1. 1, part. II, p. iOi.

(4) Clera. Alex. Protrept. III, p. 30, éd. Potter.

(5) Clem. Alex. Protrept, III, p. 29 et 30, éd. Potter. -- Hygin. Poeto Astron. II, 6. -- Theodoret. Serm. VII, p. 383.

(G; Pausan. I, 38, 6.

Rappelons-nous ici les vers célèbres de la poétesse Praxilla (Schneidewin, Delect. poes. graec. t. ï, p. 438.— Zenob; Proverh. IV 21.— Proverl. Bodl. p. 480 éd. Gaisford. — Cf. Rossignol, Journal des savants, 1837, p. 36 et

Macrobe(l) range le figuier parmi les arbres consacrés aux dieux infernaux quibus portenta prodîgiaque comburi opporteat (2) Ddius Y Alexandre de Lucien (3) nous voyons les livres d'Épicure brûlés comme impies avec du bois de figuier, km 'ivkm auxjvwv, afin de conjurer le mal qu'ils contenaient (4). Cet emploi du bois de figuier dans les expiations et les purifications devait être réglé par les rites sacrés des Phytalides, TTarpta $UTaHwv (5), dont parle Athénée (6) et d'après lesquels se célébraient à Athènes toutes les cérémonies de ce genre.

De la chapelle de Saint- Biaise au lieu où nous plaçons le temple du héros Gyamitès, on voit à la surface du sol l'indication des emplacements de neuf tombeaux de dimensions importantes, bordant la Voie Sacrée, quatre à droite et cinq à gauche. Un peu plus en ar-

suiv.), dans lesquels elle exprime les regrets d'Adonis abandonnant le monde supérieur :

Kdt'X'XiaTOV [ièv èyù T^eCtoù cpdoî "htKioio, Aeiitspov écŒTpa cpaeivà, aeTvevaCïiç Teitpdffwjiov, H§fe xa'l (bpa(ouç cjixuoIjç xtti {iîj'Xa xal ^yj^vaç.

Plusieurs textes antiques, au lieu des concombres, oixuobç, nomment des figues, aOxa (Diogenian. Proverh. V, 12.— Mich. Apostol. Proverb. IX, 81.-- Gregor. Cypr. Proverb. II , 63. — • Cf. J. De Witte, Ann. de l'Inst. arch. t. XVII, p. 418).

Sur le précieux vase mystique commenté par nous aux p. 56 et suiv., parmi les fruits que Pandxsia apporte à Polyétès pour le banquet de ses noces avec la déesse infernale, on voit figurer la figue avec la grappe de raisin.

(1) Saturn. II, 16.

(2) Cf. Phrynich. ap. Bekker. Anecd. graec. p. 10.

(3) Alex. 47.

(4) Cf. Gatull. XXXYI.

(6) Voy. Lobeck, Aglaopham. p. 184, pour cette correction certaine, au lieu de ©uYaxpiSwv que portent les manuscrits. (6) IX, p. 410. /

ri ère, à droite de la route et à enYiron 950 mètres de la petite église, sur une élévation, peut-être artificielle, qui domine de quelques mètres le terrain environnant, se remarquent les restes d'un petit mur d'enceinte qui entourait une sépulture. Elle était taillée dans le roc, et l'ouverture en était fermée par un couvercle en marbre, comme ceux dont on couvrait habituellement les sarcophages. En 1807, Fauvel fit ouvrir ce tombeau (1). Après avoir brisé le couvercle de marbre, on découvrit dans la cavité du rocher un cercueil en bois (2) qui portait encore des traces certaines d'une couleur bleue dont il avait été peint ; quatre anneaux en bronze y étaient attachés. L'extérieur était orné d'un encadrement travaillé en ivoire et fixé sur le bois; des oves, des feuilles d'eau et des palmettes en formaient la décoration, « tous ornements semblables à « ceux du temple d'Érechthée, dit Fauvel, mais encore « plus recherchés. » Dans le cercueil on trouva le squelette d'une jeune femme, la tête ceinte d'une couronne en légères feuilles d'or imitant le myrte ou l'olivier, ayant à son côté un plectrum de forme élégante et une petite lyre en bois qui, acquise par lord Elgin, se trouve actuellement au Musée Britannique avec l'ensemble des collections de ce mutilateur des monuments d'Athènes (3). Les chaussures delà femme

(i) Fauvel, Magasin encyclopédique, 1807, t. II, p. 363. — Gell, Unedited antiquities of Attica, p. 4.— Kruse, HellaSy t. U, p. 1Î3. — Ross, Archxologische Aufsset%ej 1. 1, p. 28. '

(2) Sur l'emploi des cercueils de bois dans les sépultures attlques, voy. BwHei. de Z'Iwsf. arc/i. 1862, p. 148.

(3) The British Muséum. Elgin and Phigaleian Marbles, 1. 1, p. 3 : t. II p. 109. r , ,

étaient assez bien conservées (1), de même qu'un petit peigne double placé dans les cheveux.

De l'autre côté de la Voie Sacrée, dans un rayon d'environ 500 mètres en arrière de la première ligne de tombeaux bordant la route, on peut remarquer les traces de deux sépultures encore, d'une certaine importance. Parmi liBs restes d'une de ces sépultures est le fragment d'un sarcophage en marbre blanc du Pentélique, portant l'inscription suivante en lettres de la meilleure époque, fort effacées, et gravées des deux côtés d'une lyre sculptée en très-bas relief :

PE0ANOY A . H . . Y2 YA.X .2 ^ EEEN0KAE..2 . Y. N. ^ MEY2 AIPE.AN. t^ XAIPE0ANOY2 ATHNEHS a OYPA

..... .Xat]p£cpavov[ç,] A[r]-/i[ve]ùç.

noX]uoc[p];(;[o]; Hevox}.é[ou](;, [E]ù[a)]v[u]p.euç. ' X]a£p£[cp]av[y!], Xaipecpavouç Azfivéoùc, ^vydlvrip (2).

C'était, on le voit, le tombeau d'un nommé Polyarque, de sa femme Chéréphané, et du père ou du frère de celle-ci. Dans la première hypothèse, laquelle nous semble la plus vraisemblable , le nom manquant au commencement de la ligne 1 devrait être aussi XaipscpaVr:?.

(1) C'étaient, dit Fauvel, « des sandales consistant en des semelles com- « posées de quatre cuirs cousus avec des alênes plates, à peu près comme « celles dont se servent encore les cordonniers grecs et turcs. »

(2) Rhangabé, Jnt. heîîén. n» 1391.

On ignore absolument quel était le site du dème à'hx-hvrij lequel appartenait d'abord à la tribu Antiochide, puis fut rangé dans l'Attaiide à la formation de cette dernière (1). Celui du dème d'Eûwvu^ia est également ignoré. La seule indication qui puisse guider dans les recherches sur son emplacement est, comme l'a fort bien vu M. Hanriot (2), la légende d'après laquelle le héros éponyme Evonymus était dit fils de Géphise (3). Cette tradition établit, en effet, une certaine relation entre le dème dont nous parlons et l'une des deux rivières qui en Attique portaient le nom de Géphise. Mais on est en droit de penser qu'il s'agit plutôt de celle de la plaine d'Athènes, seule personnifiée dans des légendes mythologiques, et non de celle de la plaine d'Eleusis. Aussi M. Hanriot (4) a-t-il placé, mais dubitativement, le dème d'Evonymia au village actuel de KouxouSawvsç, situé sur les bords du Céphise vers le point central d'un triangle dont les extrémités seraient marquées par Mm^i (Acharnée), Hpa^Xc (HephsBstia) et AepêwaoO (Eupyridae). En cet endroit on voit les traces d'un dème important, demeuré jusqu'à présent sans identification. Dans tous les cas, Evonymia faisait partie de la tribu Érechthéide (5). C'est de là qu'émigra Androclès, fils de Codrus, pour aller fonder ou du moins agrandir Éphèse en lonie. Aussi y

(1) Steph. Byz. -v» âtï^vyi. — Cor-p. inscr. graec. n° 172.

(2) Recherches sur les dèmes, p. 78,

(3) Steph. Byz. v" Eùmu\i.ia. et Aù'Ki<;.

(4) Recherches sur les dèmes, p. 270.

(5) Steph. Byz. v" Etjwvu[j.ta. ~ Hesych. y° Eii6jvutJLov. — Corp. i scr. groec. n»' 150, 200, 293. - Ross, Demen, n«M , 2 et 5.

avait-il à Éphèse un sénat appelé Sénat des Évonymes,

BouXyj Twv EOoovufxwv (1).

Parmi les huit tombeaux de grande dimension qui garnissaient cette portion du parcours de la Voie Sacrée, Pausanias ne parle que de deux.

Le premier était celui de Théodecte de Phasélis (2), décoré d'une inscription métrique qui nous a été conservée par Etienne de Byzance (3) :

H8e 5(ôtji>v xôXTxoiai 4>aaïjXiT'ir)V ©soSIxxtjv Kp^Tctei, 'ôv TQu^Yicav Moûaai 0Xu|ii,iità8£<;* Aô-càp èuV^66v' etbv lepaïç xpiul Kal 8iy^' àjjttXXaiç Oktcï) àYY]pàvtou<; à(xcf£Oi^ifj.v cxscpàvouç.

Ce Théodecte était en effet un des rhéteurs et des poètes tragiques les plus célèbres du temps de Philippe, roi de Macédoine (4). Né à Phasélis, cité dorienne sur les frontières de la Pamphylie et de la Lycie, il était venu dès sa première enfance à Athènes. Là il avait été le pupille dlsocrate (5), de Platon et d'Aristote (6), plus âgé que lui d'environ dix ans (7), avec lequel on disait même qu'il s'était trouvé dans ce rapport, trop fréquent

(1) Pherecyd. et Ephor. op. Steph. Byz. v"> Bévva. — Pausan. VU, 2, 5. — Strab. XIV, p. 948.

(2) Pausan. I, 37, 3. — Pseudo-Plutarch. Vit.dec. Orat. p. 837.

(3) V «ï>acïYi7v(ç.

(4) Suid. V" ©eoôéxTTiç. — Steph. Byz. v° *a<jïi>i{ç. -- Eustath. ad Dionys. Perieg. v. 855. — Cf. Fabric. Bibl. graec. t. II, p. 323 et suiv.; t. VI, p. 138. — Welcker, Die Griech. Tragœd. p. 1069 et suiv. — Kayser, Hist. crit. trag. graec. p. 108 et suiv. •— Wagner, Fragm. tragic, graec. p. 113 et suiv. — Mserckêrj De Theodectis Phaselitae %Ua et scriptis, Breslau, 1835.

(5) Pseudo-Plutarch. Vit. dec. orat. p. 837.

(6) Suid. v" ©eoSéxTYiç. — Cic. De orat. 51 et 57.

(7) Voy. Smith, Dictionary ofGreek and Roman biography and mylhology, t. 111, p. 1035.

dans les mœurs grecques, où Alcibiade s'était trouvé avec Socrate (1). Ea manière dont le philosophe de Stagire cite son nom dans ses ouvrages (2) montre, du reste, en quelle haute estime il tenait l'intelligence deThéodecte.

Le fils d'Aristandre de PhaséUs consacra toute la première partie de sa vie à la rhétorique, et cette tendance de ses débuts resta toujours marquée dans ce qu'il écrivait, même après qu'il eut tourné son activité et son talent vers la tragédie. Dans sa manière d'entendre l'art dramatique, il était imitateur d'Euripide; mais surtout, dans l'ensemble de sa personnalité littéraire, il se montrait disciple d'Isocrate, dont on dit qu'il s'attachait à reproduire exactement le style (3). Gomme son maître, il faisait profession de Fart oratoire et composait, moyennant rétribution, des discours pour les autres, industrie qui constituait sa principale ressource pour vivre. Théopompe, dans un passage analysé par Photius (4), se mettait lui-même au premier rang dans la science et l'art de l'orateur {tyjc, h loyoïq naiBetoci), avec Théodecte, Naucratès et leur maître commun Isocrate; mais il remarquait que lui-même et Naucratès avaient été dans une situation beaucoup plus favorable, par suite de leur indépendance de fortune, tandis qu'Isocrate et Théodecte étaient forcés par le besoin à servir le public et à mettre leur talent à la disposition du premier venu.

(1) Athen. XUI, p. 566. — Cf. Steph. Byz. v" ^a.^r{Xlq.

(2) Aristot. Rhetor. II, 23, 13.

(3) Dionys. Halicarn. Isocrat, 19. — Hermipp. ap. Alhen. X, p. 451. ■— Phot. Biblioth. p. 487. -- Suid. V 0eoôéxxïi<;.

(4) Biblioth. p, 120.

Autant qu'on en peut juger par les témoignages antiques, Théodecte était le meilleur et le plus estimé ^es élèves d'Isocrate et le plus rapproché de son maître. Cependant, lorsque tous quatre^ maître et élèves, concoururent pour l'oraison funèbre (Xoyoç Imracpioç) de Mausole, roi de Carie, le prix fut remporté par Théopompe, dont l'enflure et le style pompeux étaient de nature à plaire mieux aux juges d'une cour asiatique que la grâce exquise d'Isocrate (1). A l'occasion de ce concours après la mort de Mausole, il s'est élevé une question entre les érudits. Quelques écrivains ont supposé que, tandis qu'Isocrate, Théopompe et Naucratès avaient présenté au concours des oraisons funèbres de l'époux d'Artémise, Théodecte leur avait disputé le prix avec une tragédie intitulée Mausole^ dont le sujet était la vie du roi. Cette idée porte en elle-même de telles marques d'invraisemblance qu'il n'est même pas besoin de la discuter sérieusement. Ce qui ressort clairement des témoignages antiques , c'est que Théodecte composa sur le sujet de Mausole deux œuvres différentes, un discours et une tragédie, et que si Théopompe fut le vainqueur dans le concours de l'oraison funèbre, la tragédie du rhéteur de Phasélis remporta le prix dans un autre concours X^). Mais quel était ce dernier concours? Artémise avait-elle proposé à la fois un prix pour un discours et un prix pour une tragédie, des-

(1) Euseb. IPraeip. evang. X, 3.

(2) Aul.-Gell. X, 18. — Pseudo-Plutarch. Vit. dec. orat. p. 838. — Suid.

v'* ôeoôéxTifii; et iVoxpâTriç.

Toute l'erreur vient de l'obscurité du langage de Suidas et de la confusion qu'il établit entre les deux concours : Ku\ èv(xYi<je nâXwTa EiiôoxiiA-rJcyaî èv ^ eÎTîe xpcnyc^^icf- ëXKoi 6s cpotit ©ediîoii-Tïov ëj^siv tôc Tiptoteia.

tinés tous deux à honorer la mémoire de son époux? Ou bien Théodecte présenta-t-il sa pièce de Mausole au concours tragique d'Athènes? C'est ce que l'on ne saurait dire avec quelque chance de certitude.

Denys d^Halicarnasse (1 ) met Théodecte à côté d'Aristote, à la tête des écrivains sur l'art de la rhétorique. Son traité sur ce sujet, intitulé Tex,vvi ^mapuY] (2), est fréquemment cité par les auteurs anciens, depuis le poëte comique Antiphahe (3), son contemporain quoique plus âgé que lui, jusqu'au grammairien byzantin Tzetzès (4). Si l'on en croit Suidas (5), il était écrit en vers; mais cela semblé fort douteux, car on ne comprendrait pas alors comment quelques écrivains de l'antiquité ont pu, par erreur, confondre la Rhétorique d'Aristote avec celle de Théodecte. Le livre du rhéteur de Phasélis était, du reste, précédé d'une introduction {daayoayyi) par le philosophe de Stagire (6), et les idées qu'il soutenait étaient les mêmes que celles de ce dernier, particulièrement en ce qui touchait la classification des mots et l'exclusion absolue de tout mètre poétique du style de la prose (7). Cicéron (8) le cite comme une très-haute autorité, en ces termes : Quis omnium doctior, quis amtior^ qiiis in rébus vel inveniendis vel judicandis acrior Aristotele fuit? Quis porro Isocrate est adversatus impensius ? Is igitur ver-

(1) De comipos. verb. 2; De vi die. in Demosth, 48.

(2) Suid. v° ©eoSéxTYiç. — Steph. Byz. \° <^ac!-(\Kiq. — Eustath. ad Dionys. Perieg. v. 865.

(3) Jp. Athen. IV, p. 134.

(4) Chiliad. XII, v. 573.

(6) QuintiU II, 15, 10. — Val. Maxim. VllI, 14,3.

(6) Diogen. Laërt. V, 24. — Anonym., Vil. Jristot.

(7) Dionys. Halicarn. De com'pos. verh. 2;Devi die. in Demosth. 48.

(8) Orat. 51 .

sum in oratione velat esse, numerumjubei. Ejus auditor Theodectes^ in primis [ut Aristoteles saepe signiflcat) politus scriptor, atque artifex, hoc idem et sentit et praecipit, La Rhétorique de Théodecte est aujourd'hui perdue, ainsi que ses discours, cités par Etienne de Byzance (1) sous le titre de Aôyot pyiToptKot et signalés par Eustathe (2) comme des œuvres excellentes, Xoyoi aya^ot'. Tout ce qu'on sait des sujets traités dans ces discours est que l'un était consacré à la défense de Socrate (3) et qu'un autre était intitulé No/moç, ou « La Loi (4). » Les fragments qu'on en possède ont été recueillis et analysés dans l'ouvrage de M. Meercker, De Theodectis Phaselitae vita et scriptis.

C'est seulement après avoir acquis un grand renom dans la rhétorique que Théodecte tourna son activité vers la tragédie (5). Suidas, Etienne de Byzance et Eustathe portent à cinquante le nombre total de ses pièces.. D'après son épitaphe, que nous avons rapportée plus haut, il s'était présenté treize fois à des concours tragiques et y avait remporté huit victoires. On a fait coïncider ces deux données en supposant, soit qu'il avait toujours composé des tétralogies, ce qui porterait à cinquante-deux au lieu de cinquante le chifï're de ses œuvres dramatiques, soit qu'il s'était présenté aux treize concours avec onze tétralogies et deux trilogies, ce qui ferait en effet cinquante pièces. Nous avons les titres de dix tragédies de Théodecte, Ajax^ Alcméon,

(2) Jd Dionys. Perieg. v. 855.

(3) Aristot. Rhetor. II, 23. — Phot. Fragm. Cantdbr. p. 671. ,

(4) Aristot. loc. cit.

(5) Suid. -v" 0£o5éxTYiî. — Pseudo-Plutarch. rU. dee. orat. p. 837.- Phot. Biblioih. p. 487,

Hélène y Thyeste, Lyncée^ Mausole, OEdipe, Oresle, Tydée, Philoctète ; les critiques modernes ajoutent par conjecture à cette liste un Bellérophon, un Thésée et uiî Achille. D'après ce qu'en disent les anciens et les fragments qui nous en restent, les pièces de cet auteur paraissent avoir présenté un caractère tout nouveau, dans l'abandon de l'ancienne doctrine de la fatalité aveugle et la substitution de celle d'une Providence active et intelligente, doctrine oîi l'on reconnaissait l'influence des enseignements de l'école socratique. Au point de vue littéraire, Théodecte semble avoir eu le défaut d'abuser de ces énigmes (subtiles appelées yprcpot, qu'il excellait à résoudre dans les exercices de l'école (1). Trois des fragments les plus développés de ses œuvres qui soient parvenus jusqu'à nous, contiennent précisément des jeux de cette espèce. Il y représente un paysan qui essaye d'y décrire d'une manière pittoresque les six lettres dont se composait le nom ©rmvç (2), il y décrit le jour et la nuit comme deux sœurs qui s'engendrent sans cesse mutuellement et il y donne une définition énigmatique de l'ombre, qui aurait pu figurer avantageusement au siècle dernier dans VAlmanach des Muses ou dans le Mercure galant (3). A cette habileté pour les jeux d'esprit Théodecte joignait une mémoire prodigieuse. Il était célèbre pour sa faculté de répéter de souvenir d'énormes tirades devers, après les avoir entendu lire une seule fois (4).

(1) Pollux, V, 108. - Athen. X, p. 451 .

(2) Athen. X, p. 454.

(3) Alhen.X,p. 451.

(4) Quintil. X, 2, 61. — iElian. Hist. anim. VI, 10. — Pollux, VI, 108. — Cic. Tuscul I, 24.

Le rhéteiir-poëté de Phasélis mourut à Athènes à Tâgede quarante et un ans (3). Pendant qu'on Tenterrait sur la Voie Sacrée, sa ville natale lui éleva une statue, à laquelle Alexandre rendit les plus grands honneurs quand il traversa la Lycie (2). La réputation de Théodecte demeura pendant plusieurs siècles assez grande pour avoir, dans les premiers temps du christianisme, donné naissance à une absurde légende, d'après laquelle ce poëte aurait été frappé de cécité pour avoir mis irrévérencieusement dans une de ses pièces des extraits des livres sacrés des Hébreux et aurait ensuit obtenu par son repentir de recouvrer la vue (3).

Le second tombeau signalé par Pausanias (4) était celui de Mnésithée, célèbre médecin du iv" siè~ cle avant notre ère, contemporain du poëte comique Alexis, qui dans des vers conservés par Athénée (5) faisait allusion à un de ses préceptes :

Qç -ifjSù irôcv xh jjstpiov. Ooô^ ÔTtepYÉ^wv A7tép5(0[ji,at vùv ouTE xevÔç^ aXX' •;?iS£to<; Ejoi'^ èjjLauTou* MviriaCOsoç "yàp cpTjat SsTv

Il appartenait à la secte médicale des dogmatiques (6)

(1) Suid. v° 0eo8éxxYi<;.

(2) Plutarch. Mex. 17.

(3) Aristeas, Epist. ad Philocr. de hist. LXX interpret. dans Galland, BiUioth. Pair. t. II, p. 803. — Joseph. Jnt. Jud. XII, 2, 14.— Euseb. Praep. Etang. Vil, p. 355. — Sym. Logolhet. ap. Cramer. Jnecdot. graec. Paris. 1. 1, p. 14. — Eclog. Hist. ap. Cramer, t. Il, p. 273. — Syncell. t. I, p. 618, éd. de Bonn.

(6) Galen. Iniroduct. 4; De ven. sect. adv. Erasisirat. 5.

et était surtout célèbre par sa classification des maladies (1). Les termes dont Galien se sert en parlant de cette partie de l'œuvre de Mnésithée semblent montrer dans ce médecin un homme qui chez les Grecs avait tenté l'entreprise d'une distribution philosophique des maladies en ordres, en genres et en espèces^ analogue à celle que chez nous, au commencement de ce siècle, Pinel a proposée de nouveau dans sa ISosographie philosophique. Galien (2) et Athénée (3) citent encore un

de ses ouvrages intitulé nepî k^toxm ou ITepî i^ea^dcrm ; un autre, intitulé Uepl vM^miay.o\i (4), était destiné à soutenir cette thèse que boire beaucoup de vin sert la santé, thèse étrange et toujours bien vue des ivrognes, îl paraîtrait, du reste, par là qu'il n'était pas éloigné de croire à la doctrine du dualisme pathologique professée dans l'antiquité par Thémison de Laodicée, Thessalus de Traites et Soranus d'Êphèse, reprise dans les temps modernes par Sylvius, Hecquet, Fréd. Hoffmann, Brown et Broussais. Seulement, pour recommander ainsi l'usage fréquent et abondant du vin en tant que fortifiant, il fallait que Mnésithée ne crut pas, comme Broussais, que le plus grand nombre des maladies provenaient de l'irritation ; il devait admettre, au contraire, ainsi que Brown l'a soutenu de nos jours, que quatre-vingt-dix-sept malades sur cent étaient asthéniques. Au reste Galien, qui s'en réfère fréquemment à son autorité, Bufus d'Éphèse, Aulu-Gelle (5),

(1) Galen. Aà Glauc. demethod. med. I, J.

(2) De alim. facult. Il, 61.

(3) II, p. 54 et 57 ; III, p. 80, 92, 96, 106 et 121 ; VIII, p. 357.

(4) Athen. XI, p. 483.

(6) Noct. au. XIII, 30.

Soranus(l), Pline (2), Plutarque (3) et Oribase (4) mentionnent avec honneur le nom de Mnésithée (5). Ce qu'on possède de fragments de cet auteur a été recueilli par Mathsei dans sa collection intitulée Viginti unius veterum et clarorum medicorum graecorum opuscula.

Si l'on ne sait, parmi les tombeaux dont les emplacements bordent encore cette partie de la Voie Sacrée, comment reconnaître celui de Théodecle dePhasélis, il n'en est pas de même de celui de Mnésithée. D'après le langage de Pausanias, il devait être de tous les sépulcres le plus rapproché du temple du héros Cyamitès. Nous le voyons donc avec certitude dans le cinquième tombeau à gauche de la route d'Eleusis, et c'est ainsi que nous l'avons marqué sur notre carte, tout à côté du temple qui nous occupera dans le chapitre suivant.

(1) De art. ohstetr.-ç. 184 et 201.

(2) Hist. nat. XXI, 9.

(3) Quaest. nat. 26.

(4) ColLmedic,\m,9.

(5) Cf. Dietz, Schol. in Hippocr. et Galen, t. I,p. 239-241,

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