‹ Monographie de la voie sacrée éleusinienne [microform] de ses monuments et de ses souvenirsChapitre 35 sur 48 · LE MONT CORYDALLUS ET LE TOMBEAU DE PYTHIONICE · texte numérisé non relu

LE MONT CORYDALLUS ET LE TOMBEAU DE PYTHIONICE

Après avoir donné, dans les chapitres précédents, un grand développement aux spéculations mythologiques, nous allons, pour quelque temps, les laisser de côté et nous borner, dans ce chapitre, à l'identification des localités modernes avec celles que décrivent les auteurs anciens.. Nous arrivons, en effet, à l'un des plus difficiles problèmes que présente la topographie des environs d'Athènes.

A partir de la chapelle de Saint-Biaise et de l'extrémité du Bois des Oliviers, le sol s'est graduellement élevé au-dessus du niveau de la vallée du Céphise et de la région que les anciens appelaient la Plaine, xo Uedm (1), sans qu'il fût besoin d'autre désignation pour faire comprendre que cette plaine par excellence était celle qui environnait la cité de Minerve. Devant nous se dresse maintenant la chaîne de montagnes qui sépare le bassin d'Athènes de celui d'Eleusis. Courant du nord-est au sud-ouest, cette chaîne, dont les sommets n'ont qu'une assez médiocre élévation par rapport aux montagnes voisines, telles que l'Hymette, le Pentélique, et surtout le Parnès, se termine à son extrémité méri-

(l) Thucyd, II, 20 et 56.

dionale au rivage de la mer, entre le Pirée et la baie d'Eleusis, dominant immédiatement le détroit qui sépare Salamine de la côte d'Attique et oîi fut livrée la bataille dont le souvenir immortalisera jusque dans les âges les plus reculés le nom de l'île d'Ajax. Son autre extrémité se relie au Parnès par une ligne de collines très-basses, qui dessine entre les deux groupes de montagnes une dépression de terrain marquée, constituant ce qu'on appelle le passage de Aep-a, par lequel on gagne directement, de la partie de la plaine de Thria la plus rapprochée du Parnès, la portion la plus septentrionale de la plaine d'Athènes, auprès de Mevj'^i, l'antique Acharnée. Le défilé de Daphni, par lequel passait la Voie Sacrée comme la Route Royale actuelle, et dont nous aurons à reparler assez longuement, sépare en deux massifs principaux cette chaîne de montagnes. Le massif nord, situé entre les deux plaines, et dont le sommet constitue le point culminant de tout le système, s'appelle aujourd'hui Irec^avoSouvo, d'après le village ruiné de ^Te^avi, situé sur un de ses flancs. Le massif sud, séparant la plaine d'Athènes de la baie d'Eleusis, est à son tour divisé en deux parties par un défilé, qui de ^Kapa/zay/a, en face de Salamine, mène dans les environs du Pirée. La portion de hauteurs située à gauche de ce défilé, en venant de la plaine d'Athènes , porte le nom de ImpaixoiymËQwo , ou « montagne de Scaramanga; » le sommet entre les deux défilés de Scaramanga et de Daphni est désigné des habitants par l'appellation de Aacpvj'gouvo , ou « montagne de Daphni. » En outre, nous rencontrons, en avant de Feutré du défilé de Daphni, vers Athènes, une petite hauteur de forme régulièrement conique,

détachée du reste de la chaîne, que couronne une chapelle dédiée au prophète Élie, Âytoq lHioiq, le patron des lieux hauts dans tout le monde oriental. Cette colline n'est désignée que par le nom de la chapelle qui la surmonte.

Telle est la constitution physique de la chaîne des hauteurs par lesquelles sont séparés les deux antiques royaumes d'Eumolpe et d'Érechthée. Les écrivains de l'antiquité nous ont conservé trois noms qui doivent s'appliquer aux différentes parties de cette chaîne, ce sont ceux de Corydallus(l), ^Egalées (2) et Pœcile (3). Au premier doit être rattaché celui d'un dème de Corydallus (4), appartenant d'ahord à la tribu Hippothoontide (5), puis à l'Attalide (6).

Les systèmes proposés par les érudits modernes pour l'éclaircissement de ce point de la géographie comparée de l'Attique, sont au nombre de dix, que Ton peut représenter ainsi :

1° Gell (7) : "TTr: — 1 ^ .„ — J'

^ ' égalées. Corydallus.

Ï*cecîl0.

T Rruse (8) : -— - — I ^ . .:[ 1'

Icarius.

Jîgaléoa. Corydallus. Icarius,

(1) Strab. IX, p. 396 et 399. — Theophrast. ap. Athen. IX, p. 390.

(2) AlvàTvewî : Herodot. Vlîl, 90. — AlYà)^EtûV : Thucyd. II, 19. — Al- YiâXeoç, Sehol. ad Demosth. Contr. Timocrat. p. T 41. —' JEgialeus : Plin. Hist. nat. IV, 7, II; Solin. VII, 18. —/Egalées ; Stat. Thehaid. XII, T. 620. — ÉYxaTvéov : Tzetz. Chiliad. I, v. 978.

(3) Pausan. I. 37, 4.

(4) Strab. IX, p. 395.

(5) Steph. Byz. v° Kopo5a)v>>dî. •— Corp. inscr. graec. n» 172.

(6) Steph. Byz. loc. cit. — Cf. Grotefend, De demis Atlicae, p. 28.

(7) Unedited antiquities of Altica, ^\. \.

(8) Hellas^ t. II, p. 13 etsuiv.

3" Leake (1) :

iE G A L É S

Corydallus. Pœcile.

4'> Preller (2) Pœcile.

et 1 { —

Grotefend (3) • -^galéos. Corydallus. Icarius.

5" Preller, .E G A L É S

second système (4),et 1

Forbiger (5) : Corydallus. Pcecîle

6° Ross (6) :

-.Egaléos. Corydallus.

T Riepert (7) : 1

S" Hanriot (8) :

Jïgaléos. Corydallus. Pœcile,

CORYDALLUS

MgaléoB.. Pœcile.

iE G A L É G S 9° Bursian (9) : 1 : — |

Corydallus. Pœcile.

Parmi ces nombreux systèmes, il faut, avant tout, écarter comme impossibles par la question préalable, s'il est permis de nous servir ici de ce terme du langage parlementaire, ceux où figure le nom du mont Icarius. Nous avons déjà donné, dans notre Recueil des inscriptions d'Eleusis {iO), la série des preuves décisives qui

(ï) Demi of Attica, V édition, p. 2 et suiv.; 2° édition^ p. 2 et suiv.

(2) Ueher die Lage der aitischen Berge Mgaleus, Corydallus, Pœcilus und Icarius, dans le Zeitschrift fur Alterthumswissenschaft de" Zimmermann, 183G, n*" 77 et 78.

(3) Article Attika âansla Real-Encyclopscdie de Pauly.

(4) De via sacra, disp. II, p. 6.

(5) Handbuch der alten Géographie, t. III, p. 928.

(6) Demen^ p. 79.

(7) Atlas von Relias, pi. X\, Umgebung von Athenai.

(8) Recherches sur les dèmes, p. 38-44.

(9) Géographie von Griechenland^ 1. 1, p. 253.

(10) P. 240 et suiv.

obligent à reporter cette montagne et le dème homonyme d'Icaria dans une toute autre partie de FAttique, auprès de Marathon. Il n'est pas nécessaire de revenir ici sur ces preuves, et nous nous bornerons à y ajouter en passant un autre argument, tiré des vers dans lesquels Nonnus (1) fait pousser spontanément la vigne à Marathon sur les pas de Bacchus,

àiTÔ yBovJoto te xcJXitou

AuTocpuTiç, yXoy.zpôio 7rsTcatvo[Ji,svoo 'uoxstoTo, Bdrpuç èXaiT^cVxoi; lcpotv()(^Or) Mapaôwvoç,

quand le dieu se rend en Attique pour y recevoir l'hospitalité d'Icarius.

Les textes sur lesquels se basent les autres systèmes sont principalement les suivants :

Théophraste (2) prétend que les perdrix du Corydallus n'avaient pas le même chant du côté d'Athènes que sur l'autre revers, al Trép^ixeç toO KoçivBoùlov itçioc, z6 aoTU zaxzaêt'ÇouGiv, ol d"* ZTïéyMva. TtTTuSt'Çouaiv. Pline (3),

Élien (4) et Antigone de Caryste (5) rapportent le même fait, et l'expliquent par cette circonstance que les perdrix du revers occidental de la montagne appartenaient à une espèce propre à la Béôtie, laquelle venait jusquelà et ne passait jamais dans la plaine d'Athènes (6). Il

(1) Dionysiac. XLVII, v. 16-18.

(2) Âp. Alhen. IX, p. 390.

(3) Hist. nat. X, 4l .

(4) Hist. anim. UI, 36.

(5) De mirahil. 6.

(6) Cf. Solin. VII, 18.

3'ai souvent chassé sur les deux versants de la montagne qui sépare la plaine d'Athènes de celle d'Eleusis, et j'ai tué également des deux côtés cette grosse espèce de perdrix à la chair coriace et sans goût que les naturalistes

semblerait que Ton dût en conclure que le nom de Corydallus appartenait à la partie de la chaîne la plus voisine du Parnès, et, par conséquent, de la Béotie. Cependant Strabon (1) mentionne le mont et le dème de Corydallus parmi les points rapprochés de la côte,

dviiioç, 01 KopuSaXÊÎ;. En même temps, Hérodote (2), décrivant la position de Xerxès pendant la bataille de Salaminë, appelle ^Egalées la montagne qui domine le détroit, Crro tw oupei' tw dvTiov locXoc^ïvoq, xb Y.oCkhxoii AtyaXsûoç (3). Ceci, du reste, semble conforme à Fétymologie, car on ne peut méconnaître un rapport étroit entre le nom AîyaAecoç ou Mgialeus, comme disent Pline, Solin et le scholiaste de Démosthène, et le mot cdyioLkhç, « rivage, » d'où ar/ta'Ae.wç. Tzetzès (4) vient encore confirmer ie dire d'Hérodote en faisant de l'JEgaléos la montagne directement opposée à Salamine,

AutÔi; ô lHîép^Y)<; ocvwOi toû EY^aXéou ëpoo;^ Ôiiep lijxî xa-cavTty.pù xsffxevov 2aXa{Juvoç, XpudCj) 2rpc5vt{> xa67J[JLEVo<; «îipa t^v vau[j,aj^(3tv.

ont appelée Perdia? graeca, sans avoir jamais pu, quelque soin que j'y apportasse, parvenir à distinguer la moindre différence dans leur chant. Il y a donc évidemment, dans les récits des auteurs que nous avons cités, une de ces exagérations que l'on remarque toujours dans les observations merveilleuses des Grecs sur les animaux. En Béotie, outre la Perdix graeca, j'ai fréquemment rencontré la perdrix rouge ordinaire {Perdix ru&ro) , qu'il m'a été impossible de trouver en Attique et qu'aucun des chasseurs athéniens que j'ai eu l'occasion d'interroger n'y a vu non plus. Peut être aux temps antiques descendait-elle jusque dans la plaine de Thria et sur ie versant occidental du Corydallus. Ce serait alors ce qui aurait fait dire que les perdrix étaient absolument différentes sur les deux côtés de la montagne.

(1) IX, p. 395.

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