VIII
(S) Cf. Schol. ad Demosth. Contr. TimocraU'>iif. 741. (4) Chiliad. I, v. 977-979.
A part M. Hanriot, aucun des auteurs dont nous avons rapporté les opinions ne nous semble être parvenu à concilier d'une manière satisfaisante ces différents témoignages. M. Ross, s'appuyant exclusivement sur le texte de Théophraste, place le dème de Gorydallus vers Acharnée et suppose que la portion de la montagne la plus voisine de la mer s'appelait^^galéos, tandis que laplus voisine du Parnès portait le noni de Gorydallus. Mais ce système est formellement démenti par le passage de Strabon rapporté tout à l'heure, d'oîi il résulte que le dème et le mont Gorydallus dominaient immédiatement le littoral vis-à-vis de Salamine, entre les Ilots appelés Pharmacuses et le port Phoron, Le même texte renverse aussi les systèmes j tels que celui de Kiepert, dans lesquels le nom de Gorydallus est attribué à une autre partie des montagnes située fort au delà de la région littorale. L'arrangement de M. Leake, surtout tel qu'il a été modifié par M. Preller dans sa seconde dissertation D^îjf^ sacra et parM. Forbiger, s'accorde mieux avec le langage du grand géographe antique. En effet, d'après l'idée qu'adoptent ces érudits, le Gorydallus se trouve bien au-dessus du rivage, uTTÈp xyjq, àv.zYiç, TawriÇ, entre les Pharmacuses et le port Phoron, ainsi que l'indique Strabon; et en même temps ce Gorydallus est aussi FiEgaléos, comme le veut le texte d'Hérodote, utto tw o{îpeï. tw «mov loàoLyXvù^, TÔ Y.oLkkxai AlydcXeox;. Mais, en restreignant l'appellation de Gorydallus à la partie voisine de la mer, ce système se trouve en complète opposition avec les passages antiques relatifs aux perdrix îta>txa6ttoua«t
La clef définitive du problème est dans un texte de
Thucydide (1), que nous croyons nécessaire de placer sous les yeux du lecteur et de soumettre une fois de plus, après tant d'autres, à un scrupuleux examen.
Il s'agit de l'invasion de l'Attique en venant de la Béotie, tentée dans le printemps de la première année de la guerre du Péloponèse par Archédamus, roi de Sparte, à la tête d'une nombreuse armée de Péloponésiens et de Béotiens. Archédamus, avec les troupes de la ligue, débouche des passages du Cithéron sur, OEnoé, qu'il assiège vainement, et dont les remparts trop solides voient se briser tous ses efforts. Delà, les murmures de ses soldats, mécontents de n'arriver à aucun résultat et de se consumer devant une bicoque, le font descendre dans la plaine d'Eleusis et de Thria,
qu'il ravage, ixpmov [xh EAeuarva ytal zb Spidaiov mdiov
erepov. Arrivé aux lacs Rhiti (point où la route, resserrée entre la montagne et les lacs, pouvait être très-facilement défendue, comme dans une sorte de Thermopyles), il a un engagement avec la cavalerie athénienne,
qu'il culbute, xaî rponriv ztva x&v A^rivatoiv tTiTrécoy îrepî roùç
PetTouç xa>>ou/jtéyou; sTToiv^aavTo. A la suite de ce combat, l'armée péloponésienne se porte en avant, ayant adroite le mont iEgaléos, traiVerse le territoire de Cropia et s'établit enfin à Acharnée, le dème le plus important
de l'Attique, ÏT^uxa Ttpo-oyjiipo-ov h èî,ï,iâ ej^ovreç to Aiycùzcùv opoç ôià KpWTretaç, ecoç «cpaovTo Iç Aj^apvàç, j^wpjov ^éyiazov Tvîç AzxLY.Hç, zm (5viaoav xaXou/jiEvwv.
Deux chemins praticablespour une armée nombreuse peuvent conduire de la plaine de Thria dans celle
d'Athènes : ce sont les passages de Daphni (i) et de Déma (2). Le chemin par Stéphani et la crête du mont le plus rapproché du Parnès (3) est un simple sentier de pâtres, dans lequel un corps de troupes ne saurait s'engager. Mais par lequel des deux chemins réellement praticables Archédamusa-t-il passé? Là gît toute la question.
Ceux qui attribuent le nom d'^Egaléos à l'ensemble de la chaîne, supposent la marche des Péloponésiens par le passage de Déma, et placent Gropia aux ruines helléniques importantes qui se voient dans la partie la plus large du passage lui-même, en arrière du rempart par lequel il est fermé et quelques instants avant le débouché dans la plaine d'Athènes, auprès d' Acharnée (4). C'est ainsi que cette localité est marquée sur la carte de M. Kiepert (5). Mais nous croyons avec Gell (0), Kruse (7), le colonel Leake (8) et M. Hanriot (9), que les données du texte de Thucydide ne peuvent trouver une explication complète qu'en rétablissant la marche d'Archédamu s par le défilé de Daphni , c'est-à-dire par la Voie Sacrée.
Un premier argument, de nature militaire, se tire du combat de cavalerie auprès des lacs Rhiti. Les Pélo-
(1) Gell, Itinerary of Greece, p. 31 et suiv.
(2) Ibid. p. 21.
(3) Ibid. p. 24.
(4) Voy. Ge!I, Itinerary of Greece, p. 22.
(6) AllasvonHf<llas,i[)\.^l, Umgehuhg von Alhenai. (a) Itinerary of Greece, T^. 2!i.
(7) Bellas,i. II, p. 13.
(8) Demi, 2« édition, p. 37. — Comment le docte topographe n'en a-t-il pas conclu que le nom d'^galéos devait êire restreint à la portion de montagnes située au. Sud du défilé de Daphni?
(9) Recherches sur les dèmes, p. 43 et suiv.
ponésiens qui, en longeant le pied du Parnès, conservaient constamment leurs communications avec la Béotie, n'avaient aucun motif de porter leurs efforts plus au sud, vers l'entrée du défilé de Daphni, si le passage de Déma était ouvert et s'ils voulaient gagner Acharnée par cette voie. Les cavaliers athéniens (et le langage de Thucydide est formel à cet égard) n'avaient pas fait une pointe dans la plaine de Thriapour inquiéter l'ennemi sur ses flancs ; ils laissaient ravager la plaine sans y mettre obstacle, espérant que l'armée de la ligue opérerait ensuite sa retraite, comme Plistoanax, fils de Pausanias, roi de Sparte, l'avait fait quatorze ans
auparavant. LBwcdoi èk, ^iy^^i [dv ov iitpl Klev^iva. y.où tô Qpidaiov TtzèiQV oxpocToç Yiv, xcci Ttva klmècx. zXjov Iç to syyurépw aÙToyç iivi npoiévai , ^£/7.yy;iy,évot %oà ITXetaToayastTa tov Yiccùccx.viQ'O Aa)t£i5at/jtov£ûOv jSaatAéa, ôre laoaXcoy xri<i KxxivSjç, kc, EXsucjtva Y.od ©picots arparw neXoTTOv/îOJWv, Trpo xov^z xo\) TToXé/uiou xéaaocpai ymI èé-aa 'éxeciv^ dvzyùipmz 'KcxXiv ^ Iç to TcAetov oùnÉTi 7rpoeX0ct)v(l). Ils se bornaient donc à garder l'entrée du défilé de la Voie Sacrée, se tenant auprès des Rhiti, TTspt Toùç Pet'rou:, c'est-à-dire dans la première partie du défilé même, à l'endroit oti la route est serrée entre les lacs et la montagne. Passant par Déma, il suffisait aux Péloponésiens d'aller occuper Acharnae pour les forcer à évacuer sans combat cette position, désormais inutile, et à se replier en toute hâte vers Athènes, de peur d'être coupés par des partis de l'armée d'Archidamus. Un combat aux Rhiti n'était nécessaire que si, le passage de Déma étant déjà fermé par la puissante fortification qu'on y voit encore aujourd'hui, lesLacé-
(1) Thucyd. 11, 21.
cléinoniens et leurs alliés, ne voulant pas y tenter un assaut difficile et meurtrier, se décidaient à forcer le passage plus étroit, mais moins bien défendu, de
Daphni.
Mais nous trouvons des preuves encore plus décisives dans l'itinéraire indiqué par Thucydide jusqu'à AcharnôB après la traversée des montagnes.
A cet endroit, il y a une différence de leçons dans les manuscrits et les éditions imprimées. La majorité des manuscrits et toutes les éditions anciennes portent ^tà Ksxpomaç ; quelques manuscrits seulement et les éditions modernes^ià Kpwîretac. Il n'y à pas de raison bien décisive en faveur de l'une ou de l'autre de ces leçons. Mais, circonstance curieuse, Tune et l'autre ne s'expliquent complètement que si l'on fait passer Arcliidamus par le défilé dé Daphni.
Raisonnons d'abord dans l'hypothèse de la leçon èià Ke/-po7r/aç, attaquée pour la première fois par Barbie du Bocage (l)et actuellement abandonnée (2), mais reprise par le colonel Leake (3), et qui a pour elle la mention que fait Etienne de Byzance (4) d'une Key^poma. yépo(. dans l'Attique. Cette région ne peut être que l'ancien royaume mythique 1cle Cécrops, c'est-à-dire la plaine d'Athènes, comme l'a très-bien vu le colonel Leake. Si donc le vérilable texte de Thucydide était §ià Kzy.pomcxç, il ne saurait pas y avoir de doute sur le point où l'armée péloponésienne franchit la chaîne de hauteurs qui sé-
(1) Traduction française du Voyage de Chandlev, t. HI, note 97.
(2) Voy. Osann, dans Ips notes de la traduction allemande des Antiquités d'Athènes de Stuart, t. li, p. 252.
(3) Demt, 2" édition, p. 37.
(4) V KexpoTïCa,
pare Athènes d'Eleusis. Il suffit de jeter un coup d' œil sur la carte pour voir que c'est seulement en débouchant du défilé de Daphni qu'elle a pu traverser une portion de la Cécropie ou de la plaine d'Athènes pour aller s'établir à Acharnée.
Supposons maintenant, avec les éditeurs les plus récents, que la leçon ôlo: Kpwnsiaç est la vraie. Qu'en résultera-t-il ?
Il y avait évidemment dans l'Attique deux dèmes du nom de Cropia, comme deux du nom de Phégée et deux du nom d'Eleeus. Le premier, le seul qu'ait reconnu le colonel Leake (1), a vu son nom conservé dans celui du village actuel de KcopçiTrc, dans laMésogée, où l'on a découvert plusieurs inscriptions funéraires de démotes de Cropia (2). On ignore à quelle tribu il appartenait, mais nous n'avons pas à nous en occuper ici. Le second formait un tricorne avec les dèmes de Pélices et des Eupyrides(3), et appartenait comme ces bourgs à la tribu Léontide (4). C'est évidemment de celui-ci seul qu'il peut être question dans le passage de Thucydide.
(1) Demi, 2" édition, p. 43.
(2) Stuart, Antiquities of Athens,'t. UJ, -ç. 22. — Celte inscription a été omise dans le Corpus de M. Bœckh.
Nous en avons trouvé une autre, presque effacée, sur une petite stèle ronde au coin d'un cliarap, non loin du village de Kwpc&m :
NAP02 P l X . Y CIP. .H2
Mévajvôpo; [nup]p£5([o]u [Kp](0T:[(6]vi(;.
(3) Steph. Byz. v* EùituptSai.
(4) Stepli. Byz. v° KpwTOtà. — Schol. ad Aristophan, Equit. v. 79. — Corp. inscr. graec. n" 298.
Nous savons d'une manière positive, par l'exemple des deux tétracomes Piraïque et Marathonien, que les groupements de ce genre, dus à des communautés de cultes, n'avaient lieu qu'entre dèraes immédiatement contigus. Or nous connaissons avec certitude l'emplacement de Pélèces au lieu qui porte encore le nom de néXtzaç (1), tout à côté de Mapoûcji (l'ancien Athmonum). Celui des Eupyrides a été fixé d'une manière plus que probable, par Kiepert (2) et M. Hanriot (3), à AepêwaoO, sur les bords du Céphise, dans la région même de l'Attique oti la vieille religion pélasgique consistait dans l'adoration du feu intérieur, entre Hepheestia (aujourd'hui Hpa>tXj), dont le nom seul est assez significatif sous ce rapport, et Golone, où Ton honorait d'un culte tout spécial Prornéthée et Héphsestus (4). On ne saurait méconnaître, en effet, une parenté de culte, tenant évidemment à un voisinage immédiat, entre ces deux dèmes et celui des Eupyrides, oîi l'on prétendait que le feu s'était manifesté et avait été produit parles hommes pour la première fois (^5). Les sites de Pélèces et des Eupyrides étant identifiés à des localités modernes, Gropia, d'après le renseignement précis que nous fournit Etienne de Byzance, doit être cherchée tout auprès de IléXa^ç ou de Aepêtaaou, et plutôt encore de ce dernier point, car Pélèces était tellement serré entre les dèmes d' Athmonum (Mizpouai), de Cholarges
(1) Voy. Leake, Demi, 2' édition, p. 43..— Hanriot, Recherches sur les dèmes, p. 41.
(2) Allas von 7/e/îcis, pi. XI, Umgehung von Athenai.
(3) Recherches sur les dèmes, p. 45.
{4) Sophocl. OEdip. Colon, v. f.5. — Pausan. 1, 30, 2.. (5) Etym.. magn. \" Eii7tuf(ôai.
(XaXav^pi) (1), d'Hepheestia (Hpa'jtXO, des Eupyrides (Aepêiaaoû) , et les derniers escarpements septentrionaux de FAnchesme, qu'on ne peut guère y trouver l'emplacement Gontigu d'un autre dème. C'est pour cela que nous n'hésitons pas h reconnaître, avec M. Hanriot (2), le site de Gropia dans les ruines d'une localité antique importante, qui se voient au point nommé Kcotoypa'yj, entre le Céphise et les montagnes dont nous recherchons en ce moment l'appellation, à moitié chemin environ sur la route du défilé de Daphni à l'ancienne Acharnse. M. Kiepert a marqué cette localité sur sa carte (3) sans y attribuer de nom.
Quelque certaine que nous semble l'identification de Kaxoupavt avec Cropia, nous reconnaissons qu'elle pourrait encore donner lieu à quelques doutes. Mais il est, à nos yeux, absolument impossible de mettre Gropia où la place M. Kiepert. En cet endroit, elle aurait été entièrement séparée des deux autres dèmes du tricorne par la zone diagonale que forment ceux des Péonides, d' Acharnai et des Épicides (4). Une fois les emplacements de Pélèces et du village des Eupyrides déterminés, Gropia doit être nécessairement placée au sud^d' Acharnée ; par conséquent, d'après la leçon ^tà KpoaTOtac, Archidamus n'a pu pénétrer dans FAttique que par le passage de Daphni. En entrant par Déma, il aurait dû traverser Acharnœ pour aller à Gropia, et c'est seulement en débouchant du
(1) Hanriot, Recherches sur les dèmes, p. 75 et suiv.
(2) Ibid. p. 45,
(3) Atlas von Hellas, pi. XI. Umgebung von Àthenai.
(4) Voy, sur la situation de ces trois dèmes, noire Recueil des inscriptions dlUeusis, p. 23C et suiv.
défilé suivi par la Voie Sacrée qu'il pouvait traverser Cropia pour gagner Acharnse.
On voit ainsi que le texte de Thucydide, quelque leçon qu'on adopte, ne peut avoir qu'une seule signification. Le fils d'Olorus, témoin oculaire des événements qu'il raconte, fait positivement passer l'armée péloponésienne par le défilé de Daphni. Dès lors on doit en conclure que pour lui, comme pour Hérodote, le nom d'iEgaléos appartenait en propre à la montagne que l'on avait dans ce défilé sur sa droite, Iv âe^ta, en allant delà plaine d'Eleusis dans celle d'Athènes, c'està-dire à la portion de la pjhaîne à la fois la plus méridionale et la plus voisine de la mer.
Cette donnée est encore confirmée par Stace. Jl appelle TiEgaléos, dans ^dcThébaïde{i),wîiQ montagne richement boisée.
Dives et Aegaleos nemorum.
Or si l'on en juge par l'état actuel du sol, qui n'a pas dû changer énormément depuis l'antiquité, bien que, vues d'Athènes, toutes les parties de la chaîne que nous étudions en ce moment paraissent également pelées, il est facile de reconnaître, en les parcourant, que la portion méridionale est encore susceptible de porter des arbres assez abondants. Elle commence même à se reboiser et à se couvrir de jeunes pins, depuis qu'une police un peu mieux faite a mis un frein dans les environs immédiats de la capitale aux incendies que les pâtres, tantôt par incurie, tantôt volontairement, allumaient dans les bois. La portion septentrionale entre