QUATRIÈME MONOGRAPHIE
SUR LE GÏNRE
CHAT ou FÉLIS. — FÉLIS {Um. , Cuv., Geoff. , Illig. , Desm. ).
Dents incisives | contiguës , l’extérieure dans les deux mâchoires plus grosse que les quatre du milieu , et plus forte dans la mâchoire supérieure que dans rinférieure. Dents canines ^ ti'ès-fortes et longues, en cône courbé, séparées des molaires par un espace vide , les supérieures plus fortes que les inférieures. Dents molaires y ou y. Les supérieures composées de deux faussés molaires coniques, plus ou moins épaisses, une dite carnassière, très-grande, à trois lobes , et une petite tuberculeuse plus large que longue ( cette dernière manque dans quelques espèces). A la mâchoire inférieure toujours trois molaires, savoir, deux fausses comprimées, et une carnassière à deux pointes. Nombre total des dents : 3 o ou 28.
Ce système dentaire, très-simple en apparence, est nonobstant, dans ses fonctions de mastication, le plus fort, le plus puissant et le plus redoutable qui soit connu; l’organisation^ntière de la tête des chats contribue à la puissance des moyens dont ils sont doués ; le peu d’espace qu’occupe les dents , raccourcit le levier , et rend l’action des muscles temporo-maxillaires à peu pi’ès pei’pendiculaire en même temps que les moyens vigoureux des autres muscles de la tête , tous rapprochés de l’axe , augmentent la force , et servent à accélérer la vitesse des mouvemens dont les mâchoires sont douées. Ajoutez à ces moyéns, déjà formidables, celui de la force préhensile des pieds munis d’ongles très-crochus , rétractiles , T I. 10
dans l’inaction renfermes dans des gaines où ils sont garantis contre les atteintes des corps qui pourraient en émousser la pointe acérée (i).
A tous les avantages de la force musculaire dont les Felis sont doués, vient se joindre celui de la ruse : leur attaque est toujours imprévue ; elle a lieu le plus souvent au crépuscule , mais aussi dans le silence de la nuit. S’ils n’étaient en même temps craintifs , leurs espèces nombreuses pourraient devenir un fléau destructeur pour le genre humain \ heureusement la force irrésistible dont pourrait disposer leùr férocité naturelle est laissée inactive par leur timide prudence , portée jusqu’à la lâcheté. Rien n’est moins selon la vérité que cette magnanimité , la noblesse et la supériorité de courage du Lion ; le caractère indomptable , cruel et sanguinaire du Tigre royal a été outré : l’un et l’autre, de même que tous les congénères jusqu’aux plus petits, attaquent par surprise, soit qu’ils attendent en embuscade , soit qu’ils se glissent dans l’ombre ou rarnpent à la clarté du jour, caché par quelque abri , pour tomber à l’improviste sur une victime long-temps épiée. Un mouvement prompt et brusque, secondé par une grande force musculaire, leur livre le plus souvent, du premier saut, la proie qu’ils guettent : si elle a pu se soustraire à cette .première tentative, son salut est assuré dans la fuite j car les Félis , par l’extrême flexibilité de leur colonne vertébrale , sont d’ailleurs mal organisés pour la course quoique bien pourvus des moyens d’escalader et de garder l’équilibre sur les surfaces les plus étroites. Leur puissance musculaire se montre dans toute sa force lorsque j pressés par la faim , et ne ptfuvant l’assouvir sur les lieux où leur rapine vient de s’exercer, ils enlèvent en un instant des corps du double plus lourds qu’eux , et disparaissent , même lorsqu’une rivière paraîtrait devoir leur opposer un obstacle insurmontable; ils franchissent des ravins et sautent par dessus les barrières sans abandonner la proie dont ils ont pu s’emparer.
(i) Voyez les détails plus circonstanciés de leur organisation, Cuv., Ossem.,Jbss., nouv. édit. vol. 4', et les articles Chat àa.u& \e Dictionnaire classique cTDist. Nat. , tom. 3. , dans celui de Délerville, tom. 6, et F. Dents des Mammifères.
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En envisageant cette férocité indomptable des carnassiers sous le point de vue de l’instinct qui les pousse au meurtre, comment, se demande-t-on , a-t-il été possible de dompter ce naturel faroucbç et cette soif du sang? Ce n’est qu’en venant au-devant de leui's besoins que l’homme a pu parvenir à les donner en spectacle à ses semblables , et fournir une preuve de plus à l’appui de la supériorité des moyens dont il a été doué. Le Tigre royal et le Jaguar, réputés de tous les temps conlme les plus farouches des carnassiers , ont dû subir son joug; et ces animaux, qui inspirent la terreur, ont abandonné leur naturel , et sé sont pliés à la volonté puissante qui les a dominés. Des tentatives nombreuses nous servent de preuve : le Lion en avait fourni plus d’un exemple , dont le plus remarquable est celui de cet amiral turc , plus cruel et plus sanguinaire que son gardien fidèle, qui , ayant perdu toute sécurité au milieu de ses semblables ,. s’abandonnait avec confiance à la garde de son Lion, lorsqu’il voulait goûter les d.ouceurs du repos (i). C’est dans les espèces des carnassiers si nombi’eux et si redoutables à l’espèce humaine dans l’Inde , que le paisible et pusillaninie habitant des ces contrées a choisi un Félis qu’il dressa à la chasse (2). Il est vrai que ce Chat ,, le Guépard, ou Felis juhata des naturalistes, présente une modification nouvelle par ses ongles, qui ne sont ni rétractiles ni propres à déchirer. Quoique dépourvu de ces armes, plus dangereuses encore que les dents , il n’en a pas moins toutes les autres facultés organiques des Félis; et l’Hindou, superstitieux, a sans doute été long-temps retenu à s’associer, pour ses besoins, un être
(1) Pline- dit- qu’Hannon , célèbre Carthaginois, osa le premier manier un Lion elle montrer apprivoisé. Il fut banni pour cette seule cause. On pensa qu’un homme aussi adroit était capable de tout persuader,. et que la liberté seraitmal confiée à qui maîtrisait à ce point la férocité même.
(2) II paraît que les Persans emploient le mêmé animal , si toutefois leur Youze ou Dyious , est de la même espèce que lé Chiltah des Hindous que nous savons être notre Guépard, et si ce Youze n’est pas plutôt le Léopard, vu quelles peaux Se Léopards de Perse fout un objet de commerce. Marc-Paul , cité par M. Cuvier, dit que les Tatlares de son temps employaient le Tigre rojalk la chasse; et feu Olivier a assuré à M. Cuvier qu’en certaines provinces de Perse on se sert d’une petite espèce qu’il n’a pu déterminer; enfin Charleton et Bnfibn disent qu’aux Indes on y emploie le Caracal.
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dont l’extérieur et l’instinct ont de si nombreux rapports avec les autres carnassiers qui, par leur naturel farouche et sanguinaire , exercent encore tant de ravages parmi les tribus populeuses de ces vastes contrées. L’homme a su mettre à profit l’instinct des espèces les moins grandes en les faisant servir à la destruction des animaux qu’attire autour de ses demeures sa prévoyance à s’assurer une subsistance journalière.
Parlant ici du Chat domestique, qu’on retrouve sur tous les points du globe où l’homme , plus ou moins civilisé , réuni en société , s’est pratiqué des demeures,, il est naturel d’ugiter.la question relativement à l’origine de la domesticité du Chat, et de chercher à connaître l’espèce type à laquelle ces races doivent l’existence. Plusieurs naturalistes trèsrjudicieux ont des doutes sur l’origine qu’on attribue assez généralement à nos. Chats. L’opinion reçue et adoptée par le plus grand nombre est , que le Chat sauvage des forêts de l’Europe et de l’Asie doit être considéré comme souche primordiale de toutes les races de Chats domestiques. En réfléchissant sur ce point, on voit naître le doute , qu’une comparaison établie entre nos chats de maisons et ce, type sauvage tend à fortifièr.
En cherchant à remonter vers l’origine de la domesticité du Chat , on se trouve en quelque sorte guidé par la pensée vers ces contrées qui furent témoins dü premier élan de la civilisation , des connaissances et des arts. C’est, de l’enceinte des temples consacrés à Isis, et sous le règne des Pharaons , qu’on a vü naître les premiers rayons des sciences, depuis , plus dignement honorées en Grèce, et portées de proche en proche dans les contrées que nous habitons. L’Égypte, témoin de cette civilisation naissante, a sans doute fourni à ses hahitans , réunis en société , cet animal utile. Plus encore que tous les autres peuples cultivateurs , les anciens Égyptiens ont dû apprécier les bonnes qualités du Chat. S’ils en ont eu connaissance , ce que tout porté à croire , il est certain qu’une espèce sauvage propre à ces contrées a fourni la première race domestique (i).
(i) Il serait intéressant de comparer le squelette de notre Félis ganté avec ceux qu’on trouve dans les mémoires. Voyez Grand ouvrage d'Égypte , p. 54,fg. 7 .
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En effet , le Chat égyptien , que nous faisons connaître dans cette monographie, sous le nom de Félis ganté , ressemble hien plus exactement à nos Chats de maisons que ceux-ci aux Chats sauvages des forêts : la taille, les formes absolument les mêmes, la même longueur de queue, moins grosse au bout qu’à l’origine. Nos Chats domestiques de très-forte race sont constamment moins grands que ceux de l’espèce sauvage, et la quéüe diffère d’une manière constante. .
Nous savons par expérience que les suites d’une longue domesticité influent sur la taille et sur tout le système physique des animaux \ la surabondance, de nourriture, et les soins assidus , contribuent au développement de tous leurs organes, et leur taille devient plus forte. Tous nos animaux , pris de l’état sauvage , et réduits à la domesticité, en fournissent les preuves. Le Chat domestique, en le supposant originaire des Chats de nos forêts, fournirait la preuve d’un dépérissement de la race, indî’ce certain de son entière destruction.
Lorsque nous comparons les formes extérieures du Chat domestique à celles du Chat sauvage , nous trouvons constamment le premier moins grand ; il a la queue plus longue , et cette queue esttenninée en pointe, tandis que le Chat sauvage a la queue , proportionnellement à la tailje , beaucoup plus courte , de grosseur égale aux deux bouts, et comme tronquée à l’extrémité.
La taille du Chat égyptien, notre Félis ganté, est moindre que celle du Chat de maison; la queue, proportionnellement au corps, a la même longueur , et mssemhle , par sa forme , à celle de nos Chats. On voit enfin des rapports dans l’ensemble des formes enti'e ce Félis égyptien et nos Chats , et ceux-ci different d’une manière constante de l’espèce sapvage des forêts de l’Europe et de l’Asie.
Il est cependant probable que le croisement dé la race égyptienne avec celle de la race franche de nos forêts a pu donner l’existence à une race intermédiaire; mais ici, comme dans toutes les occasions où l’homme a su plier ou assujettir la natur^ à ses vues , il devient impossible de suivre le fil des circonstances accessoires et locales qui
ont pu influer sur les races domestiques. Nous croyons devoir borner les remarques sur ce point à celle-ci : ' qu’il paraît probable que la souclie primordiale des races domestiques de nos Chats de maison tire son origine d’un type sauvage égyptien. Mais il me semble aussi que les races oi'iginaires de la Russie asiatique, connues sous le nom de Chat angora , sont le produit d’un autre type sauvage encore inconnu , et qui probablement vit à l’état sauvage dans les contrées du nord de l’Asie,
On peut dire que ce genre est presque cosmopolite, parla répartition de ses espèces : à l’excepüon de l’Océanie, tous les pays du globe en sont peuplés. Le Chien et lé Chat, ces compagnons presque indispensables à l’homme policé, et dont l’homme à demi sauvage, ou vivant éloigné du rayon lumineux et bienfaisant de là civilisation , a su apprécier les services , ont conservé leur type primitif sous tous les climats et dans toutes les latitudes correspondantes. Il suffirait des exemples qué nous trouvons dans ces deux genres ( si le plus grand nombre des "genres connus ne nous en offraient de semblables ) pour détruire l’hypothèse hardie de Buffon sur le système de répartition des animaux dans les deux continens. Les exemples nombreux fournis par des observations exactes semblent venir à l’appui d’une opinion nouvelle sur cette matière, qui tend à poser en principe, que tous les genres d’animaux répartis sur la surface du globe (un très-petit nombre des deux extrémités des pôles seul excepté ) habitent immédiatement sous la ligne, ou du moins. entre les deux tropiques, et que les rameaux de tous ces genres se sont étendus par des espèces analogues, ou exactement semblables par les caractères génériques, sous une latitude parallèle , et saris égard à la distance immense des lieux, ni aux entraves que les barrières d’un vaste Océan sembléraient opposer aux rapports qui existent dans toute leur organisation.
Des exemples nombreux , empruntés de toutes les classes du règne animal, et choisis dans le plus grand nombre des genres connus, servent à prouver cette^arche dans la création animée , en rapport avec la végétation des plantes et l’existence locale des minéraux. La
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géographie et l’histoire naturelle deviennent, sous ces rapports, de plus en plus étroitement unies; et ces deux sciences, sœurs, sont appelées à se prêter aujourd’hui des secours mutuels, pour asseoir notre jugement, l’elativement à la création , sur des hases solides qui puissent rendre inutiles désormais tôus ces calculs mensongers du génie qui s’étaient des hypothèses les plus brillantes, ou qui empruntent la voie des traditions et des annales des peuples pour expliquer les grands phénomènes des créations et des destructions dont tour à tour notie globe semhle’avoir été le théâtre.
Les Félis y organisés entre eux d’une manière si parfaitement identique, forment, avec l’Homme et le Chien, les trois genrés qui ont le mieux conservé , en passant par l’échélle de la température de toutes les contrées , le type primitif de leurs espèces : aussi les voyageurs rencontrent-ils , , partout où la race humaine s’est multipliée sur le globe , des espèces absolument semblables , et organisés de la même manière que nos Chiens et nos Chats (i). Les premiers de ces êtres semblent avoir suivi sur toute la terre les pas de celui qui a su apprécier dans cette race la fidélité et les soins désintéressés dont l’être humain, qui,, placé â l’extrême ligne de l’échelle de l’intelligence et de la civilisation, a senti naître le besoin tout aussi bien, et dans le même but, que le fier descendant de la raçe caucasi-
(i.) Si le calcul des conjectures pouvait marcher de front avec l’esprit de recherche et la force de l’évidence, j’aimerais , selon ma manière de voir, à établir, commè hypothèse , l’existence du Chat primitif ou d’un Félis quelconque dans les archipels ou sur la grande terre de l’Océanie. On a refusé encore très-récemment , à cetté partie du monde, toute espèce de ■grand carnassier autre que le Chien ou Dingo-, l’existenCc dit grand Carnassier fnarsupial , que j’ai décrit dans cet ouvrage sous le nom de 'Vhylaapnué AarmiV, prouve bien, ce me semble, contre celte opinion, que l’Océanie ne nourrit point de carnassiérs plus grands que les Da- , si toutefois on peut nommer petit le Dasyure que j’ai décrit sous le nom de Dasjurus ursinus.
Il est encore à propos de remarquer que ces Marsupiaux carnassier^, placés vers l’extiémilé méridionale de l’ancien monde correspondent par leur organisation , de la manière la plus marquée avec les Didelphes de la partie méridionale du Nouveau-Monde, et que les Phastogalcs , quoique éloignés par la distance énorme, et séparés par l’étendue immense de l’Océan des terres du Nouveau-Monde, présentent une organisation toute conforme à celle des Didelphes placés ai peu près sous le même parallèle.
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que. Si nous voyons le Chien partout compagnon inséparable de l’homme , nous retrouvons aussi partout le Chat attaché à la demeure que l’espèce humaine s’est choisie.
Mais cette conformité dans l’organisation totale de tous les Félis connus , ou du moins du très-^rand nombre , a porté dans l’histoire des espèces distinctes une confusion toujours croissante. Buffon avait singulièrement embrouillé leur histoire ^ il nous fallait un observateur éclairé et non prévenu sur le compte des observations de ses devanciers pour montrer la route à suivre dans la voie d’une récapitulation et d’une réforme dans ce genre. M. Cuvier est venu nous tracer ce chemin : s’il s’est vu, quoique très-rarement, arrêté dans ses recherches j c’est que là où son mémoire sur les Chats vivans (i) offre des lacunes , ou présente des erreurs , là aussi se trouveront les limites qu’un naturaliste ne devrait jamais franchir. Ij’exactitude et la précision des faits , basés sur des observations souvent renouvelées, une critique séyère, et un style noble et élégant, distinguent les tiavaûx de cet anatomiste célèbre. C’est pour l’avoir suivi sans prévention , quoique partageant sa manière de voir, que nous pouvons espéi’er d’offrir dans ce catalogue , plus récent que celui de M. Cuvier, quelques vues nouvelles qui n’auraient point échappé à son génie, si, Comme nous, il eût eu l’occasion d’étendre la sphère de ses observations.
L’emploi du nom de Félis, pour désigner collectivement et en un seul groupe le Lion , les Tigres, les Lynx et les Chats, m’a été suggéré par l’exemple de M. Cuvier et de plusieurs autres naturalistes, qui tous conservent encore les quatre coupes dont je viens de signaler les types. Généralisant toutes ces coupes en une seule , je ne vois dans le Lion rien qui puisse servir à le distinguer des Tigres, et dans ceux-ci, aucune différence marquée avec les Chats et les Lynx. Les Lionceaux ont la robe tachetée et rayée, en un mot tigrée comme celle des Tigres : le jeune Couguar a ce caractèi'e en partage j les Chats ont la robe tachetée et rayée par des
(i) Ossemçnx fossiles , nouv. édii., vol. 4) P^g- 4®7*
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dessins analogues à ceux des Tigres. Les petites espèces ont tous les caractères des grandes ; les Lynx ne sont pas même à distinguer au moyen des pinceaux de poils des oreilles. Quelques espèces, très-rapproche'es d’ailleurs de notre Lynx européen, manquent de ces pinceaux , et leur existence plus ou moins accidentelle , suivant l’âge et l’époque du renouvellement du pelage , rend ce signe de distinction peu propre à étyc admis comme moyen pour distinguer les espèces. On voit enfin des Félis pourvus de pinceaux aux oreilles , dont la queue est très-courte , d’autres l’ont plus longue. Ces motifs me font supprimer l’échafaudage admis dans l’ordre de succession des espèces.
Je forme deux sections dans le genre Félis. Cette coupe géographique des Félis du Nouveau-Monde, établie dans le seul but de faciliter la recherche des espèces , ii’offre rien de COTactéristique qui puisse servir de moyen pour distinguer les espèces de l’ancieu continent de celles du Nouveau-Monde. Nous en faisons la remarque, afin de ne pas laisser subsister le moindre doute à l’égard de leur parfaite identité dans l’organisation totale.
M. Cuvier, dans son tableau des Félis vi vans, énumère les espèces dont nous offrons ici le tableau. J’indique par des lettres capitales les espèces existantes, et en lettres italiques celles qui font double emploi, ou qui n’ont pas subi un examen nouveau, -r- F élis lion. — Couguar. — Tigre royal. — Jaguar. — Panthère et Léopard , qui forment double emploi d’une même espèce que nous nommons (Léopard ou Felis leopardus ). — Guépard. — Serval. — Ocelot. — Telatco-Ocelotl.—Qak.T:i. — Margay. — (Javensis et Sumatrana peuvent être réunis au Bengalensis de Pennant , forment mon Servalin ou Felis minuta.) Le Félis envoyé par M. Diard de Java, mais qui n’est pas de ce pays , serait-il notre Felis maçrocelis ? J’ai lieu de le croire , car j’ai vu au musée de Paris une peau trèsincomplète de mon Tigre, provenant des collections de M. Diard. — ^ Chat. — L’article où il est fait mention du Chat , rapporté par Delalande y dixx Felis undata ^ obscura, et du Chat du Japon àe Vosmaer, est très-vague. Le <Chat, par Delalande, est un jeune mâle du
Félis botté, FUndata repose sur des synonymes réunis sans examen ; Obscura parait uue variété noire du Félis botté , et le Chat du Japon de Vosmaer n’est qu’un Chat de race domestique rapporté du Japon. — Jaguarondi. — Manul. — Pajeros ou Pampa.
— Eyra. — Caracal. — Chaüs 5 mais le seul Chaus de Guldensted Schreh , tah. no, et point celui de Geoffroy, ni le Chat botté de Bruce, qu’il faut rapportera mon Felis caligataoo. Grauwe- Kat des colons du cap de Bonne-Espérance. Sous le nom de Lynx ou Loup-cervier , se trouvent trois espèces distinctes , que nous désignons dans cette monographie j enfin Felis rufa. On voit, par cet aperçu , que , des vingt-trois ou vingt-quatre espèces indiquées par M. Cuvier , il s’en trouve seulement dix-sept que nous pouvons admettre dans le catalogue de nos Félis. Passons maintenant en revue le genre Félis tel que M. Desmaret en a donné le dénombrement dans r Encyclopédie mam?nalogie , page 216. Felis L iojS’. — Tigre. — Jaguar. — Panthère et Léopard , d’après M. Cuvier, par conséquent réunis sous lè seul nom de Léopard.
— Guépard. — Chibigouazou , que l’auteur aurait dû nommer Chati, en supprimant une partie des synonymes. — Ocelot auquel il faudrait ajouter une partie des synonymes supprimés dans l’article du Chati. — Mêlas , variété noire de mon Léopard. — Lynx. — Félis du Canada, probablement un double emploi du Lynx. — Chat cervier. — Félis fascié repose sur une donnée très-superficielle de M. Rafinesque. — Félis de la Floride plus superficiel encore. — Félis doré, autre indication très-vague.
— Caracal. — Serval. — Chat pard, double emploi du Serval.
— Félis du Cap , autre emploi du même Serval. — - Manoul , compilé sur les indications très-vagues de Pallas. — Félis de Java , le même que notre Servalin (Felis minuta). — Félis ondé , sans aucun caractère déterminable , repose sur une erreur de contrée -, on peut en faire la part de notre Félis botté et du Félis servalin ou (f. minuta) de cette monographie. — Félis obscur paraît être une variété noire dn Félis botté', mais cette supposition mérite un examen nouveau. — Félis de la nouv&lle Espagne , synonyme
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de Felis mitis , si toutefois ce n’est pas uu jeune de V Ocelot ou Felis pardalis J ce qu’il est impossible de dëtei’miner avec précision. — Pajeros ou Pampa repose sur le texte d’Azara. — Eyra n’est pas mieux connu. ■ — Margay. — Chat. De ces vingt-sept articles nous ne pouvons admettre que treize espèces bien déterminées.
Ce n’est pas dans les collections de mammifères, telles qu’on les voit dans nos musées d’histoire naturelle , ni meme dans nos ménageries , qu’il est possible d’obtenir une idée exacte des espèces du genre Félis 5 l’examen des sujets montés et des individus vivans ne m’a point paru suffisant pour atteindre le but que je me proposais. Des recherches ont été faites dans les villes où le commerce des pelleteries forme une branche de l’industrie nationale ; les boutiques des fourreurs m’ont mieux mis au fait que ne l’aurait pu faire une étude de bibliothèque. Nous aurions peut-être été à même de compléter ce travail , si l’occasion s’élait offerte d’explorer les grands marchés de Saint-Pétersbourg et de BIoscou, ,
La monographie des Félis , telle que nous supposons la connaître aujourd’hui, contient 37 espèces bien détei-minées : 8 autres indications d’espèCes sur lesquelles nous n’avons pu obtenir des preuves certaines de leur existence. Celles-ci ont été placées provisoirement hors de ligne, et nous supprimons totalement toutes ces courtes phrases, vagues et très-süperficielles , d’aucun intérêt pour la science , et que les catalogues méthodiques semblent avoir reproduites dans le seul but d’augmenter la liste nominale des espèces imaginaires.
Il serait inutile de multiplier les figui'es de la tête osseuse des espèces de Félis j les crânes des grandes ont été publiés par M. Cuvier, ceux des petites espèces n’offrent point de caractère saillant; car sous le rapport de l’ostéologie , il n’existe peut-être point de genre dans la classe des mammifères > plus exactement conforme par les parties correspondantes que les différentes espèces de Félis. Nous donnons , planche 9 , réduits de moitié , les crânes du Léopard et de la Panthère , pour faire apprécier les différences ostéologiques dans ces deux espèces.
PREMIÈRE SECTION