LES CINQ GRANDES FENÊTRES DU TRANSEPT SEPTENTRIONAL
Au-dessous de la grande Rose septentrionale il y a cinq hautes fenêtres, formées chacune d’une simple ogive. Toutes les cinq sont garnies de splendides vitraux, dont l’éclat après six siècles est encore merveilleux. Quatre des personnages qui y sont peints appartiennent à l’Ancien Testament et personnifient une Vertu, ayant au-dessous d’eux en petites dimensions la personnification d’un Vice qu’ils foulent aux pieds.
La cinquième fenêtre renferme un personnage placé sur la limite et
le point de contact des deux Testaments. Nous le décrirons de suite, en renvoyant à la planche lithographiée qui en donne une reproduction : c’est sainte Anne (pi. LIX). Elle est debout, ayant une couronne royale sur la tête et tenant un sceptre fleuri dans sa main droite; de la main gauche, elle porte la Sainte Vierge, encore petite enfant et qui tient entre ses mains le Livre de la Loi : «Lex tua meditalio mea est n, répétait cette humble servante de Dieu, dont les destinées devaient être si illustres.
Au-dessous de sainte Anne portant la Sainte Vierge est un grand écu où se voient glorieuses les grandes Fleurs de lis d’or sur fond d’azur qui pendant des siècles ont symbolisé le Royaume de France et accompagnaient sa gloire dans le monde entier.
Les quatre personnages de l’Ancien Testament qui garnissent les autres fenêtres sont disposés de la manière suivante : à gauche, dans la première fenêtre, est Melchisédech avec un vêtement moitié royal, moitié sacerdotal. Sur sa tête est une couronne surmontée d’une tiare. Prêtre et Roi, il porte d’une main un encensoir, et de l’autre une coupe ou ciboire contenant le pain et le vin qu’il offrait au Seigneur. Au-dessous de ce personnage de taille héroïque on voit le Roi Nabuchodonosor, d’une taille beaucoup plus petite, s’agenouillant pour adorer la Statue d’or, d’argent et de bronze. Nous pensons que ces deux personnages expriment la Foi au vrai Dieu et l’Idolâtrie.
Dans la seconde fenêtre est David en costume royal et tenant une harpe. C’est la force, le courage et la confiance en Dieu qui vivent en lui. Il foule aux pieds Saül, qui se transperce le corps avec un large glaive : c’est l’image du Désespoir.
De l’autre côté, en pendant avec ces deux grandes images, nous voyons d’abord le Roi Salomon qui se montre dans sa gloire et sa majesté avec le costume que les rois portaient en ce temps-là, et tenant un sceptre en sa main droite. Il présente à nos yeux la personnification de la Sagesse dont il fut rempli. Au-dessous de lui Roboam, prosterné devant deux Veaux d’or, symbolise la Folie humaine adorant des animaux en place du vrai Dieu.
PLANCHE XXXVII. — JUBÉ
La dernière fenêtre nous offre l’image d’Aaron portant le costume sacerdotal du grand prêtre des Juifs; il tient dans une main le livre de la Loi et dans l’autre la tige verdoyante de la tribu de Lévi (Nom-
bres, XVII). Au-dessous de lui est le roi d’Egypte Pharaon tombant de cheval. Ces personnages figurent l’Humilité et l’Orgueil.
ROSE MERIDIONALE b
Cette immense fenêtre circulaire représente la glorification de Jésus- Christ dans les siècles futurs et l’éternité. Il nous semble entrevoir, en levant les yeux et en considérant cette grande et belle verrière, une faible esquisse des Visions d’Ezéchiel et de saint Jean dans son Apocalypse. Ce sont leurs paroles qui ont inspiré cette belle peinture, et nous ne pourrons nous empêcher de citer, en les décrivant, quelques fragments du texte sacré.
Au centre est Jésus-Christ, assis sur un trône royal. Ses deux bras sont levés et étendus. De la main droite il bénit le monde, et de la gauche il tient une grande coupe d’or, indice de son sacerdoce éternel : Christus rex et sacerdos. Deux grands flambeaux qui sont auprès de lui rappellent les lampes que l’Apôtre Jean voyait allumées dans les cieux : k Autour du trône, — dit saint Jean, — il y en avait vingt-quatre autres sur lesquels étaient assis vingt-quatre vieillards avec des couronnes d’or sur leurs têtes, ayant chacun des harpes et des coupes d’or pleines de parfums, qui sont les prières des saints, r, Nous retrouvons tout ceci dans notre vitrail.
Vis-à-vis et près du trône, il y avait quatre Animaux : le premier animal était semblable à un Lion, le second était semblable à un Veau, le troisième avait le visage comme celui d’un Homme et le quatrième était semblable à un Aigle qui vole. Dans notre vitrail, chacun de ces êtres
mystérieux tient une banderole figurant les rouleaux des Evangélistes dont ils sont le symbole. Ces quatre Animaux ne cessaient jour et nuit de crier : Saint, Saint, Saint est le Seigneur Dieu tout-puissant, qui était,
1 On peut voir sur la planche X (face méridionale) i’ensemhle de cette Rose et les cinq grandes fenêtres qui sont au-dessous.
qui est et qui doit venir. Et lorsque ces Animaux rendaient gloire, honneur et actions de grâces à Celui qui est assis sur le trône et qui vit dans les siècles des siècles, les vingt-quatre vieillards se prosternaient devant Celui qui est assis sur le trône, et ils adoraient Celui qui vit dans l’éternité en lui disant : cc Nous vous rendons grâces, Dieu tout-puissant, de ce que vous êtes entré en possession de votre grande puissance et de votre règne, n
Près des quatre Animaux, nous voyons dans la Rose quatre Anges; deux tiennent des flambeaux et deux autres parfument l’air avec l’encens dont la fumée sort de leurs encensoirs. Ces Anges, à genoux, sont l’indication et la figure des anges nombreux qui paraissent dans ces scènes pleines de mystères, en même temps que les vingt-quatre Rois et les quatre Animaux ou symboles évangéliques. Tous ces êtres, dépeints dans l’Apocalypse, sont représentés ici dans des compartiments circulaires qui forment de grands cercles concentriques autour du médaillon central où se trouve Jésus-Christ.
Dans les intervalles des compartiments où sont les Rois, il y a douze petits Oculus, en forme de quatre-feuilles, où sont peintes les armes de Dreux-Rretagne, rappelant les hauts et puissants seigneurs à qui l’on doit la construction de la plus grande partie du transept méridional et dont nous trouverons les effigies au bas des grandes fenêtres publiées dans une des planches que nous aurons bientôt à décrire.
Terminons la description de cette Rose en faisant remarquer que la beauté et l’éclat de ses verres multicolores sont encore un souvenir apocalyptique. Saint Jean, en effet, nous fait connaître que les murs de la cité de Dieu étaient formés des pierreries les plus précieuses et les plus brillantes. Le jaspe, le saphir, l’émeraude, la topaze, l’améthyste, etc., composaient la clôture de la nouvelle Jérusalem, où les justes serviront Dieu et verront sa face pendant tous les siècles.