‹ Monographie des Dènè-Dindjié [microforme]Chapitre 16 sur 31 · RÉSUMÉ DES TRADITIONS MONTAGNAISES · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ DES TRADITIONS MONTAGNAISES

La tradition dés Dénè de Churchill nous montre au commencement des temps le grand oiseau Idi qui produit Le tonnerre, seul vivant dans le monde et planant sur les eaux qui couvraient tout. Il descendit sur la mer, la toucha de son aile, et aussitôt la terre s’élança du fond des eaux et surnagea à leur surface L'oiseau Idi en fit alors sortir tous les êtres à l’exception de l’homme qui naquit du chien, comme nous

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l'avons dit, C’est pourquoi les Déné ont horreur de la chair de cet animal.

Chez ces mêmes Mangeurs de Caribou, de Churchill, les filles parvenues à l’âge de leur première séparation, se voilent la tête et les épaules d’un grand bonnet de paille et prennent dès lors le nom de emmes.

Au temps critique, les femmes et les jeunes filles sont séquestrées de la compagnie de l'homme ; elles ont défense de s'approcher de tout ce qui a vie ou sert de nourriture à l’homme, et même de passer par les sentiers ou sur les lacs poissonneux. Elles accouchent sans aucun secours étranger et sont ensuite séparées de leur mari pendant quarante jours.

Ces Indiens se coupent les cheveux en signe de deuil, et pleurent leurs morts accroupis. Leur deuil dure un an. Voilà ce qu’en dit Hearne.

Les traditions des Déné Montagnais ou Chippewayans débutent avec l'homme. Elles le présentent unique et seul de son espèce sur terre. Il y apparaît dans la saison des fruits, c'est-à-dire en automne. Il manifeste le besoin où il est d’un aide semblable à lui,en montrant l'impossibilité où il se trouve de lacer des raquettes, après en avoir fabriqué le cadre en bois ; parce que, dit la tradition, le laçage des raquettes étant un ouvrage de femme, le premier homme ne pouvait même avoir l'idée d'une telle opération, Cette conception ne devait émaner que de la tête d’une femme. Or, une gélinotte blanche comme la neige vint au secours de l’homme. Pendant son sommeil et en six jours, elle parfit les raquettes (ay), et, à la fin du sixième jour, elle se méiamorphosa en femme pour devenir la compagne inséparable de l'homme. Le mot "ay, raquette, signifie aussi anathème, suspension, obstaele. Ce mot paraît donc avoir été choisi à dessein pour symboliser, dans cette parabole, l'état d'arrêt et de spéculation où se trouvait l'homme avant la création de la femme.

La même tradition montagnaise nous montre l’homme donnant, dès le principe du monde, des noms à tous les animaux et à tous les objets. La vie de l’homme atteignait une longévité si extraordinaire que les premiers humains, disent nos Indiens, ne purent mourir que lorsque leurs pieds vinrent à s'user par la marche et leur gosier à se trouer à force de manger.

1. Voyez Samuel Hearne, À journey from Prince of Wale's fort, elc. En parlant de l’incubation des eaux par l'Esprit de Dieu, au commencement des temps, le Talmud emploie aussi par comparaison la manière dont la colombe couve ses petits (Guérin du Rocher). (Note de l'auteur.)

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Il exista dès le commencement une race de géants très-puissants. Un d’entre-eux qui était marié et avait un fils, plaça deux frères, seul couple alors existant, sur une terre élevée et fort belle ; il leur donna des provisions de voyage et deux flèches magiques qui devaient tuer toute espèce d'animaux servant à la nourriture de l'homme. Mais il leur fit la défense expresse, sous peine des plus grands malheurs et de la mort, de ne pas toucher aux flèches qu'ils auraient décochées, pour les reprendre, car elles devaient revenir d’elles-mêmes vers la main qui les aurait lancées. Ils promirent tuut; mais en dépit de leur parole et des remontrances de son aîné, le frère cadet porta la main à la flèche qu’il avait lancée contre un écureuil perché sur un arbre. Alors celle-ci l'emporta dans les airs à sa suite et causa sa perte. De malheur en malheur, il fut trompé par une femme qui le descendit dans l'aire du grand oiseau-tonnerre Olbalé. Celui-ci, dans sa fureur, voulait donner l’homme en pâture à son fils, mais l'aiglon eut pitié de la jeunesse de l’homme. Il le prit sous ses ailes pour le dérober à la colère de son père, auquel il déclara qu'il se précipiterait de son aire sur la terre, plutôt que de consentir à la mort de l’homme. En cette considération, Orelpalé le père laissa vivre ce dernier. L’aiglon lui donna quelques plumes de ses ailes, puis le prenant sur ses épaules il lui apprenait à voler. « Si tu peux faire trois fois le tour de mon aire « par tes propres forces, lui dit-il, alors tu seras apte à retourner « dans ta patrie première. » L'homme en vint à bout, aidé de l’aiglon, et il revit son pays.

Cette tradition rapportant tout au long, quoique sous la forme de l’apologue, l’histoire de la déchéance et de la réhabilitation de l’homme, nous rappelle instinctivement ce passage du Deuléronome qui est également pris dans un sens parabolique : « Il (Dieu) le « trouva (le peuple Hébreu) dans une terre déserte, en un lieu hor- « rible et dans une vaste solitude. Il l’entoura et l’enseigna. Il le « conserva comme la prunelle de son œil, Comme l'aigle qui provo- « que ses petits à voler et qui voltige sur eux, il le prit et le trans- « porta sur ses épaules. » (Cantique de Moïse. Deuter. Ch. xxxur, v. 10-11).

Avant d’être descendu chez l'aigle par la femme, l’homme avait déchiré les vêtements de celle-ci, et de son sein s'était échappée une multitude d'animaux malfaisants et rongeurs, tels que souris, belettes, écureils, martres, etc., qui se répandirent sur la terre pour le malheur de l’homme. Ceci rappelle la fable de Pandore. Le nom de cette femme céleste est Dluné-tta-naltay (sein plein de souris).

IL est à remarquer aussi que la flèche, cause occasionnelle des malheurs de l’homme, s'appelle Kkin en Peau de Lièvre, mot qui signifie

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poire ou pomme en montagnais; et que le nom de l’écureil, klié, kli, klu, a la même racine que le nom du serpent, en loucheux, kan. C'est ainsi qu’en latin une légère différence distingue le nom du pommier de celui du mal.

Au commencement des temps, dit une autre tradition chippewayane, eut lieu au mois de septembre un déluge de neige. Il se changea en inondation après que la souris, en perçant l'outre qui contenait la chaleur, en eût déterminé l'épanchement sur la terre. Cette chaleur fit fondre en un instant toute la neige qui la couvrait jusqu'au sommet des plus hauts sapins, et elle éleva tellement le niveau des eaux que celles-ci inondèrent notre planète et s'élevèrent audessus des Montagnes-Rocheuses.

Un seul homme, un vieillard, qui avait prévu cette catastrophe, en avertit vainement ses concitoyens : « Nous nous sauverons sur les «a montagnes, dirent-ils, » Ils y furent noyés. Lui s'était construit un grand canot et il commença à voguer, recueillant sur son passage tous les animaux qu'il rencontrait. Mais, comme il ne pouvait vivre longtemps dans cet état affreux, il fit tour à tot plonger le castor, la loutre, le rat musqué et le canard arctique, à la recherche de la terre. Ce dernier seul revint avec un peu de limon dans sa patte. Le vieillard plaça le limon à la surface des eaux, l'y étendit de son souffle et y ayant placé successivement et pendant six jours tous les animaux, il y débarqua à son tour, lorsque ce peu de limon eut pris la forme et la consistance d’une île immense.

D’autres Dènè disent que le vieillard lâcha d’abord le corbeau, qui trouvant, dans les cadavres flottants sur les eaux, de quoi se repaître ne revint plus; puis la tourterelle (dzar), qui revint par deux fois après avoir fait le tour de la terre. Ayant été envoyée une troisième fois, elle rentra sur le soir très-harassée et tenant dans sa patte un bourgeon verdoyant de sapin.

Il est bon de remarquer ici que la majorité des Peaux-Rouges possède la tradition du déluge universel. Les Cris et les Sauteux ont exactement la même tradition que les Dénè. J'ai montré ailleurs que les Esquimaux en ont une à peu près semblable. On sait que les Tlascaliens, qui croyaient la terre plate comme nos Déné-Dindjié, admettaient deux catastrophes dans le monde, l’une qui serait arrivée

1. La souris dont le nom est Xlo, glu, gluné, dluné, selon les dialectes, (même racine que les noms du serpent et de l'écureuil, bêtes malfaisantes,) passe chez les Peaux de Lièvre pe le symbole ou le génie de la mort. La souris c’est le diable, disent les Peaux de Liévre; et ils ne veulent pas coucher dans une maison qui en contient, parce qu'alors, elle est semblable, disent-ils, à un tombeau. Ils tuent les souris partout où ils en trouvent.

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par un déluge universel du temps de Tespit ou Corcox, l'autre par le vent et les tempêtes. Nous retrouverons cette dernière croyance dans les traditions des Peaux de Lièvre et surtout des Loucheux,

Les Dénès Couteaux-Jaunes m'ont dit qu'ils pratiquaient jadis la confession auriculaire vis-à-vis de leurs jongleurs, lorsqu'ils étaient atteints de quelque maladie, parce qu'ils croient que le péché est la cause de nos infirmités, et que nous ne saurions guérir avant d'avoir rejeté le péché en en faisant l’aveu.

Les Montagnais croiraient pécher en mangeant d'un animal impur, tel que du chien, du corbeau, de la martre, etc.

Les Chippewayans d'Atabaskans ont conservé le souvenir d’un enfant merveilleux qui fut élevé par une jeune fille et qui voulait les conduire dans une belle terre. IL disparut en leur promettant qu'il accourrait pour les secourir toutes les fois qu’ils l'invoqueraient.

Les Chippewayans ont pratiqué jusqu'ici la séquestration des personnes du sexe qui se trouvent dans un état critique.

Les traditions des Dénés Flancs-de-Chien et Esclaves racontent que ce fut un vieillard à cheveux blancs qui fit la terre, qu’il eut deux fils qu’il plaça sur la terre dans la saison des fruits, qu'il leur défendit de manger des fruits verts, et leur ordonna de manger seulement des fruits noirs. Le fils cadet ayant désobéi à son père en mangeant des fruits défendus celui-ci le chassa de sa présence, ainsi que son frère aîné et tous leurs enfants. C'est pourquoi ces Indiens disent en manière de proverbe « les pères ont mangé des fruits verts et les dents des enfants en ont été agacées, »

Ils ont la même tradition du déluge que les Montagnais. De plus, ils partagent avec les Peaux de Lièvre la croyance que jadis un jeune homme fût avalé par un un gros poisson, qui le vomit vivant au bout de trois jours.

La séparation des femmes et des filles en souffrance est poussée, chez ces sauvages, jusqu'à la cruauté, Il ne leur est pas permis d'occuper la tente maritale ou paternelle; elles sont mêmes exclues du camp et contraintes d'habiter seules, durant cette période, dans une cahute de branchages, Leur tête et leur poitrine sont cachées par un long capuchon qui ne leur permet pas d’être vues. Elles ne peuvent ni traverser ni suivre les sentiers communs, ni passer sur la piste des animaux, ni prendre place dans la pirogue de la famille. IL leur est encore moins permis de s'asseoir sur les peaux qui servent de lit aux hommes, et de se

1. Ce mot est parfaitement déné, T'espi veut dire je nage en Montagnais. Dans le dalecte des indiens des Montagnes-Rocheuses, despi ou tespi, signi= tie i] nage ou le nageur. (Note de l'auteur.)

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servir d'aucun ustensile du ménage. On leur donne à boire au moyen d'un chalumeau fait d'un os de cygne. Dans cet état, la femme prend le nom à double sens de ttsa ttini, qui signifie également « celle qui porte le capuchon » et « celle qui est dans le mal. » Ceci tient à la persuasion où sont nos Indiens que cette infirmité naturelle de la femme est une cause de maladie et de mort pour l’homme.

Les Déné-Dindjié ne prennent leurs épouses que dans leur propre tribu ; ils ne répugnent nullement à s'allier avec leur belle-sœur ou avec leur nièce. Tout au contraire, la parenté d'une femme avec leur épouse défunte leur semble une raison suffisante pour l'épouser en secondes noces. Mais ils ont en aversion les liaisons entre autres consanguins.

Ils éprouvent la plus grande répugnance à manipuler les cadavres ou les ossements des morts, et ne se servent jamais d'aucun objet ayant appartenu à un défunt. Dès qu'une personne entre en agonie, on se hâte d’abattre la tente, de crainte que le moribond ne vienne à y mourir, ce qui la rendrait anathème, c’est-à-dire tabou.

Parmi les Esclaves et les Peaux de Lièvre, un chasseur ne dépose jamais le sang d’un animal tué à la chasse au même lieu que les membres de cet animal; mais il le ramasse dans la panse de la bête et va l’ensevelir dans la neige à quelque distance de la viande, Les Peaux de Lièvre prétendent qu'un geant bienfaisant, qui fut jadis leur protecteur, leur donna ce précepte, même pour le sang du castor.

Chez ces mêmes Indiens, ainsi que chez les Flanes-de-Chien, plusieurs

personnes éprouvent du scrupule à manger du sang, de la graisse des

intestins, des fœtus, et de certaines parties des animaux qu'ils tuent

à la chasse. Elles ne manquent pas de nous questionner touchant la licéité de cette comestion, lorsqu'elles sont admises au saint baptême. Dans certaines tribus les femmes s'abstiennent de la chair de l’ours. Les Déné-Dindjié n’ont point de terme dans leur vocabulaire pour nommer leurs cousins et leurs cousines, soit germains soit éloignés à quelque degré que ce soit. Ils les appellent tous du nom de frères ou de sœurs. Ils sont également dépourvus du mot frère et du mot sœur en général; mais ils ont des termes spéciaux pour désigner les aînés des cadets, Les orphelins, qu’ils sont dans la coutume d'adopter, donnent le nom de père et de mère à ceux qui les ont élevés. Dans la langue dèné,les mots oncle et tante sont des dérivés des mots père et mère. Pour les traduire en français d'une manière littérale il faudrait inventer les néologismes surpère (él'agé), surmère (énongé). Ils n’ont pas de nom abstrait pour désigner le mot de parent en général; ils emploient alors le mot frère. Mais ils possèdent un mot pour désigner leurs parents en tant qu’ancôtres, auteurs de leurs jours. Ce mot est sè tchôo

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k'é, sè d'à kwi, sé téjyé K'é, c'est-à-dire mes gros, mes grands, mes plus élevés. Ainsi en usaient les Hébreux, témoin le cantique de Moïse : « Interroga majores tuos et dicent tibi. »

Les Chippewayans dounent à leur femme le nom de sœur, conjointe= ment avec celui d'épouse.

Ils disent que la nuit a existé avant le jour, et, en conséquence, ils mesurent le temps d’un coucher du soleii * l'autre.

Les Peaux de Livre et les Loucheux joignent à toutes les pratiques et croyances qui précèdent, celles qui suivent :

Ils nomment leurs jongleurs nako"i où Voyants, et ils les payent afin d'en obtenir qu'ils rêvent pour eux et qu'ils voient ce qu'ils doivent faire dans tel ou tel cas. Ils attribuaient à ces devins le pouvoir de délivrer du péché et des maladies, et de faire descendre l'Esprit sur terre.

Tout en reconnaissant, avec les Montagnais, le péché comme la cause de tous les maux, ils possèdent ce dicton qui a pour eux la valeur d’un aphorisme : Etendi koëdenyé, qu'on ne saurait mieux traduire que par la phrase de saint Paul: stipendium peccati mors. En conséquence de cette similitude, on pourrait être tenté de considérer cette dernière phrase comme une sorte d'adage qui aurait eu cours parmi les Juifs du temps du grand apôtre.

Bien que les Déné-Dindjié habitent à près de neuf cents lieues au nord des contrées où se trouvent des couleuvres, il ont la connaissance du serpent, et de très-gros serpents qu'ils nomment naduwi, natéwéri, klan, ini. Ils identifient tellement cet animal avec le mal, la maladie et la mort, que pour désigner un accès ou une crise aiguë d’une maladie fièvreuse ou nerveuse, ils se servent de la phrase : natéwédi yé nadenkkwé, le serpent est tombé en lui. Ils prétendent que dans leurs incantations, leurs Voyants forçaient ces reptiles de sortir du corps des malades qui les consultaient,.

Les traditions loucheuses nous montrent l'une des deux femmes du premier homme ayant des relations avec un serpent noir (klan), dans un bourbier ou marécage.lls nomment cette immonde créature la femme de la nuit (2’a ttségæ). De ce commerce naquit, disent-ils, une race abominable que l'homme détruisit entièrement, tandis qu'il abandonna {a malheureuse entichée du reptile, Mais il conserva la femme de lumière (yakkeay-ttsègæ), mère de gélinottes blanches comme la neige,

Loucheux et Peaux de Lièvre prétendent qu’il leur est défendu de manger du tendon de la jambe des animaux, parce qu'un de leurs héros trancha ce nerf à la jambe du génie du mal, Fa-na-kfwi-odinza (celui qui use le ciel de sa tête). Mais il est peu de sauvages qui respectent cette défense, comme toutes les autres prescriptions relatives au sang

et à la graisse. Les mets taboués et les animaux réputés impurs sont seuls rejeté: absolument,

Les Indiens de ces deux tribus circoncisaient leurs enfants mâles quelques jours après leur naissance, à l’aide d'un morceau de silex. Hs guérissaient la blessure de la circoncision au moyen d’un mélange de graisse et de pyr'te compacte pulvérisée. Je tiens ces renseignements de la bouche d’une ancienne jongleuse peau de lièvre et d’une vieille chefferesse loucheuse. Dans cette dernière tribu, on reconnaît souvent des femmes pour chefs.

Je tiens en outre de la même source que l'on tirait aussi un peu de sang de l'enfant que l’on avait circoncis, en lui piquant avec une alène la paume des inains et la plante des pieds. Quel qu’::t pu être le but primitif et maintenant oublié de cette seconde et curieuse cérémonie, le: Peaux de Lièvre d'aujourd'hui disent qu'elle n'avait d'autre motif aue de ‘endre l’enfant bon archer et bon marcheur. C'était done une sorte dé bénédiction. Quant à la circoncision, ils la pratiquaient con tre deux maladies cutanées qui ont plus d'un point de ressemblance avec la ièpre, et cue nos Indiens distinguent fort bien de la gale, qu’ils appellent folled (croûte). La première de ces maladies nommée t’unde était, disent-ils, accompagnée d’un tremblement convulsif. La seconde, qu'ils désignent sous les noms de hkokhoalé (gratelle, brûlure, démangeaison) et de dzen-kksalè (morsure du rat), consistait en éruptions larges, blanches et farineuses, qui tantôt boursouflaient la peau et tantôt la déprimaient.

Je n'ai pas entendu dire que les Montagnais connussent la circoncision ; les Klancs-de-Chien ne la pratiquent pas non plus. Il en est de même des Esquimaux; tandis qu’il pavaîtrait que les Indiens des Montagnes-Rocheuses l’observent fidèlement comme les Peaux de Lièvre.

Cette divergence de pratique, entre des tribus de même souche, ne doit pas surprendre davantage, que de voir cette même observance en bonneur dans l'archipel des Philippines, chez les Tagals, même chréliens, tandis que Les Malais qui les entourent ne l'observent pas.

A l'appui de ce que j avance, on pourra lire, dans sir Alexandre Mackenzie 1, qu’il crut remarquer les traces de la circoncision sur des Indiens Peaux de Lièvre, Je n'ai eu connaissance ‘e ce passage qu'après avoir recueilli de la bouche de ces sauvages le récit de toutes leurs coutumes, D'ailleurs, il n'est pas plus extraordinaire de rencontrer la circoncision dans les régions arctiques que de la trouver en usage

1. À journey from Montreal to the Polar and Pacific Oceans, by sir Al. Mackenzie, London, 1792.

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dans l’'Abyssinie !, la Nigritie, la fafrerie et la Malaisie. Dans toutes ces contrées, elle a dû être importée soit par les émigrations des Israélites, soit par les conquêtes des Musulmans. Bien que les traditions Peaux de Lièvre et Loucheuses aient entre | elles beaucoup de rapprochements, je les esquisse ici séparément. Ce ne sont bien souvent que des paraboles, mais il est d'autant plus nécessaire de faire la part de la figure, que les livres saints eux-mêmes sont remplis de paraboles et d'apologues. « J’ouvrirai ma bouche pour « prononcer des paraboles, je proposerai des énigmes depuis le com- « mencement, » dit le livre des Psaumes * Qu'y aurait-il donc d'étonnant que des peuples, qui se disent sortis'de la région que nous nommons l'Orient, eussent conservé cet amour du symbolisme que nous trouvons dans les livres hiératiques et dans les traditions des Hébreux ?

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