L VOUS
brave
t vers
Cette tradition des Peaux de Lièvre concerne expressément les Déné- Dindjié, puisqu'ils revendiquent parmi leurs héros les ancêtres des meurtriers, Chia"iniet Koon-èdin; mais comme il s'agit ici d’un crime notable, d'un remords persévérant et d'une terreur panique, suivie d’une fuite honteuse, on conçoit alors que l'amour-propre de nos sauvages ait intérêt à déguiser un peu la tradition, en présentant le meurtre comme ayant été le fait d’une autre nation,
La tradition qui précède a un caractère d'autant plus étrange, que ses détails sont en contradiction palpable avec les mœurs et coutumes actuelles des Peaux de Lièvre et des Loucheux. Ainsi ces sauvages ne se creusent pas de tombeaux da:s les montagnes, ils n’ont point de serviteurs auxquels ils puissent commander; et il est évident qu'ils ne pourraient même avoir de semblables idées, si jadis ils n'avaient vécu dans une patrie autre que leurs affreux déserts, et que, par conséquent, leurs récits ont un fondement véritable.
J'omets une foule d'autres légendes, persuadé que celles-ci suffiront, et je termine ce qui a trait aux Peaux de Lièvre, en citant une de leurs traditions qu'ils mont donnée comme des plus récentes :
« Gétait, disent-ils, pendant que nous demeurions au bord de la mer. Un jeune garçon se construisit un canot et chaque jour il se dirigeait vers le large et y disparaissait. Ses parents étant dans le plus grand chagrin, par suite de ses escapades, l'enfant dit à sa mère : & Ah! ma mère, dans la haute mer il existe une île où je me rends « en canot, Elle est si belle, si belle, que quoi que tu puisses en dire, « il faudra que j'y retourne. C'est Ja que se trouve la femme invisible. » Ainsi il dit, et peu de jours après il avait de nouveau disparu. Son père et sa mère se désolaient, ‘is le cherchèrent vainement au bord de la mer. Il n’y avait ni enfant ni pirogue. On ne put venir à bout de le trouver. »
« Pendant leur sommeil il revint : « Mère, leur dit-il, pourquoi me cherchiez-vous ? Il faut que vous ülliez au lieu où je me rends, Pour-
quoi pleuriez-vous sur moit » = « Eh bien, c'est bon, se dirent-
ils l'un à l’autre, quand il sera grand nous agirons d’après ses
paroles, »
« En attendant, ses compatriotes se mirent à la recherche de cette terre si belle dont l'enfant leur avait parlé; mais ils ne trouvèrent rien et ils demeurèrent incrédules, »
« Cependant le petit pêcheur devint homme, et toujours il disait la même chose. En même temps il faisait des actions merveilleuses. « Il « faut que vous alliez dans cette belle terre, disait-il sans cesse, dans « eette île où se trouve la femme invisible, Là vous ne manquerez ni
« de viande ni de poisson, » Mais on pensait qu’il mentait, Son père
ss Se
seul disait : «C’est mon fils qui parle ainsi, il ne saurait mentir. Fai- « sons ce qu’il nous dit. » — « Oui, continuait sa mère, imitons-le, « imitons-le. Nos compatriotes nous haïrons; mais n'importe, nous « du moins, imitons-le. »
« C'est pourquoi tout ce qu’ils disaient était traité de mensonge par les autres homines. Aux yeux de tous ils passaient pour des insensés, Ils demeurèrent toutefois avec nous, mais tous ne les croyaient pas. Quelques-uns seulement les crurent et découvrirent la belle terre, C'est pourquoi nous disons en proverbe : « Celui qui a faim et qui mange, « celui-là est rassasié; mais celui qui voyant de la viande, la laisse « de côté, celui-là risque bien de passer un très-long temps sans « manger. » Voilà ce que nous disons depuis lors, »