‹ Monographie des Dènè-Dindjié [microforme]Chapitre 20 sur 31 · Antiquité des Hébreux, Flavius Josèphe · texte numérisé non relu

Antiquité des Hébreux, Flavius Josèphe

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même au déluge des Cris. Leur tradition nous apprend en outre que le grand canot de leur Noë, Elætchoksén, flotta sur les eaux, jusqu’à ce que leur évaporation arrivât par l'effet des vents et de la chaleur, Alors seulement il s'arrêta au sommet d’une haute montagne, qu'ils m'ont montrée daus la chaîne des Montagnes-Rocheuses, et qu'ils nomment poux cette raison Tehané-guta (le lieu du vieillard). C'est là que leur Noë prit terre et qu'il demeura jusqu'à ce que la terre fût sèche et habitable.

Les Peaux de Lièvre, comme les Loucheux, disent que les eaux du déluge se retirèrent dens un gouffre, qui rappelle le tannour des mahométans et Le theum des Hébreux. Là quelques-uns placent leur Noë quêtaut au passage les humains échappés au cataclysme, afin d'achever de détruire l'espèce humaine, à l'exception de sa famille,

Certains Peaux de Lièvre prétendent, comme les Hurons, que la terre ne se repeupla que par le changement des bêtes en hommes. Et généralement les Montagnais parlent des animaux antédiluviens de la même manière que des créatures intelligentes.

Les Loucheux possèdent également la tradition de l'Etranger sans feu ni lieu, qu'ils nomment ÆKzwon-alan, traduction du Kson-édin des Peaux de Lièvre. Ce qu'ils en disent complète le récit de ces derniers:

« Kewon-atan est ainsi appelé parce qu'il n'avait ni feu ni briquet. Sa femme, pour laquelle on se battit longtemps et qui lui fut souvent ravie, s'appelait L’al'a-tsandia; elle était très-belle quoique vieille, mais sans enfants, car son mari avait tué son fils unique. Non loin de leur tente s'élevait un rocher à pic, là son fils se cachait, sans doute par crainte de son père. Kswon-atan gravit la montagne en portant à la main un tison enflammé, il y rejoignit son fils unique, il le saisit : « Mon fils « lui dit-il, j'ai froid, allume du feu. » L'enfant coupa et empila le bois, il y mit le feu que tenait son père, Alors l’homme sans feu ni lieu saisissant son couteau, il l’enfonça dans le ventre de son propre fils et l’'égorgea. Après cette action, il dit à la montagne sur laquelle il venait d’immoler son enfant : « Tehitcheô kutig, atenen gwottsen, ñen tséttié « Rél vœdhelsen, l'éninl"iya kutchin? » — « Dès le commencement, au « sommet de la grande montagne, je t'ai immolé un animal bien gras, « l'y verras-tu? » Puis il redescendit dans sa tente, »

« L'homme sans feu avait un frère qui s'en fut comme un étranger chez les Hommes-chiens (l'en-akoéy). Après sa mort, Kswor.-atan en épousa la feri:ue; inais elle était d'une humeur chagrine et acariâtre, parce que le nerf 4: sa jambe s'était desséché et retiré. Elle était mère d'un petit chics, car elle était de la race des hommes-chiens. »

Un jour ‘one, Kswon-atan fâché contre elle lui dit : « C'est bon, « prends ton chien de fils et va-t-en; et quand bien même ton chien

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« pleurerait ne reviens jamais plus ici. » Elle se leva en gémissant, prit son petit chien dans ses bras et s'en alla bien loin toute seule, Elle marchait en pleurant, tenant son petit chien sur son sein, et elle se dirigea vers les terres stériles, vers un peuple qui voulut bien ne pas la tuer. Elle entra dans le désert où il n'est point de sentier, Tout l'hiver ell, y erra à l'aventure. Alors les provisions et l’eau venant à lui manquer elle se coucha pour mourir, elle et son chien. Tout à coup un carcajou accourut vers elle et la secoua. La femme abandonnée se leva, elle suivit la piste de l'animal et arriva au bord de l'eau. Elle était sauvée, »

« Kpwon-alan avait un grand nombre d'ennemis nommés Nakkantsell. Leur chef lui ravissait toujours sa femme, car elle était fort belle. L'homme sans feu était donc toujours en guerre. Un jour qu'il était en voyage dans le désert, lui et sa vieille femme bivouaquèrent dans un camp abandonné. La vieille alluma pour lui un petit feu, car elle en avait un chez elle qui brûlait toujours. Æ:won-atan s'endormit et pendant son sommeil sa femme lui fut ravie. « De mon petit feu j'ai « vu s'élever une fumée immense, » dit-elle à ses ravisseurs. Ces gens-là accoururent alors sur le sentier, A:won-atan y était couché entre deux feux sans qu'il en fût brûlé, Il s'éveilla, — « Qui es-tu et « d'où viens-tu ? lui dirent les habitants du désert, à quelle nation

appartiens-tu? » — « Mes amis, répondit-il, j'ai voyagé tout l'hiver sans feu u1 lieu, c'est pourquoi on m'appelle Kewon-atan, c'est-à-dire l'étranger sans feu, » = « Demeure avec nous, lui dirent-ils. Et il demeura avec eux, »

« Assise sur le seuil de sa tente, sa femme se désolait parce qu'elle était seule et vieille, que ses pieds étaient tout usés et déchirés, et elle n'avait plus qu'un petit feu. — « Cesse de pleurer, lui dit son mari, « car à l'avenir tu auras un fils. Ainsi m'a dit Eta-odu"ini (celui qui « voit des deux côtés). Voici que je vais pour le voir et lui parler. »

« Pendant son absence les ennemis lui ravirent une seconde fois sa femme. Ne la trouvant plus à son retour, Kzwon-atan se remit en marche pour la reprendre. Il amena avec lui beaucoup de monde, car ses ennemis étaient forts et nombreux. L'homme sans feu et ses serviteurs arrivèrent ainsi au bord de la grande mer, dont les rives sont

1. D'après l'Histoire vérilable des temps fabuleux, l'enlèvement de Sara est un fait qui se retrouve fréquemment dans l'histoire des Egyptiens, Quelque arbitraires et outrées que soient certaines identitications présentées par ce livre, entre les faits bibliques et les chronologies égyptiennes, je dois remarquer ici que l'histoire de l'Homme sans feu, qui se rapproche de celie d'Abraham, tient une place marquante parmi les légendes de l'extrême nord de l'Amérique. et que le fait de l'enlèvement de sa femme y est fréquemiaent répété, (Note de l'auteur.)

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arides et sans arbres. Ils la contournrent pendant vingt nuits et finirent par apercevoir une montagne, au sommet de laquelle une grande fumée obscurcissait les cieux, La montagne était bien loin; mais par sa puissance magique l'homme sans feu la fit se rapprocher. Ils la gravirent, C'était là que les ennemis gardaient L'at'atsandia qu'ils avaient ravie, Kswon-atan battit les ravisseurs dont il partagea les corps en deux, en les fendant de la tête aux pieds, puis il reprit sa femme qui lui fit présent d'un gâteau composé de chair et de graisse, L'homme sans feu éleva le gâteau dans ses mains en présence de ses compagnons, mais il en sortit aussitôt une fumée si épaisse, que l'air en fut obscurci, C'était cette même fumée qu'il avait vu de loin s'élever au sommet de la montagne. »

« Dans la suite des temps, les descendants de Æ:won-atan et leurs ennemis Nakan-tsell se battirent sans cesse, mais ils ne purent jamais se détruire les uns les autres, Quant à l’homme sans feu, il vécut fort longtemps et mourut de vieillesse, »

J'omets ici plusieurs autres légendes, afin de pouvoir citer une tradition qui a également cours chez les Peaux de Lièvre, et qui est l'explication de la fête lunaire que les Déné-dindjié célèbrent au printemps. Sa description terminera ce travail.

« Étsiégé est ainsi nommé parce que, étant tout petit, on le frotta de bouse de bœuf musqué. afin de lui communiquer l'esprit magique. I fut trouvé au bord de l'eau daus une auge de bois, par une vieille femme qui l'éleva. Devenu grand, il fut un magicien très-puissant tout en étant le plus doux des hommes. IL n'appelait ceux-ci que ses frères, et, lors même qu'il se fâchait, sa colère n'avait pas de suite, Le pouvoir d'Etsiégé n'était pas celui dont se vantent nos Jongleurs; c'était une puissance dout nous ignorons maiutenant la nature. Il produisait des merveilles à l’aide d’un bâton ou d’une baguette. » D'autres disent avec la ramure d'un renne.

« Or, en ce temps-là, nous demeurions au milieu d’une nation étrangère qui nous avait rendus esclaves. Nous les appelons Dhænan (femmes publiques) !, Ce peuple était riche, il possédait du métal, des étoffes, des bestiaux ; mais il complotait notre destruction. Nous nous moquions d'eux, car ils allaisnt nus, et ils se régalaient en mangeant du chien, Telle était la nourriture qu'ils nous forçaient de prendre; mais Elsiégé n'en mangea jamais. Ils se rasaient la tête et portaient de faux cheveux. Nous étions si malheureux parmi eux que nous ne pou-

1. En peau de lièvre L'é-néné (l'autre terre), sans doute ea supposant le mot Habitants; c'est-à-dire les habitants de l'autre terre, du continent que nous avons quitté.

vions rire que dans un péricarde de renne ou dans une vessie, de crainte d'être entendus de nos persécuteurs ; car ils s’imaginaient toujours qu'on les tournait en dérision »

« Etsiégé rassembla les hommes ses frères, il les réunit en armée, et résolut de combattre ses ennemis, puis de s'enfuir dans les steppes du littoral, Il arma ses raquettes de deux cornes, quitta sa tente ainsi que la vieille femme qui l'avait élevé, il abandonna tout ce qu'il possédait et entra de nuit chez ses frères, afin d'y faire l'opération magique ui devait les délivrer. Au milieu de leur village, un jeune homme lié par l'esprit bondissait deçi delà à travers les tentes. C'est la magie que nous appelons aksey antschiw (le jeune homme magique). Etsiéyé l'apercevant chaussa ses raquettes armées de cornes et s’élança sur le jeune homme, qui le transporta à travers les tentes des ennemis, Le jeune homme magique courait et sautait en tournoyant, emportant Elsiégé dans sa course. Celui-ci ensanglanta de ses cornes tous les Dhanin, il les massacra entièrement. Alors, cette nuit même, on entendit une grande clameur dans le pays de nos ennemis. La vieille se désolait sur le bord du sentier en criant : « Ah! si mes fils vivaient, « si mes fils vivaisnt encore! nétchsa keoak:an antschiw : cette nuit « même le jeune homme magique les a tous tués, » Cependant Efsiégé ne s'était pas battu, il avait immolé une petite chienne blanche (ollé)1, de son sang il avait frotté sa tente, et pendant la nuit le sang avait coulé dans toutes les maisons. On n'entendait de partout que ces cris : « Hélas! « hélas! mon fils est baigné dans son sang! »

« Le cheï des Dhanan, nommé T'atsan-éko (le corbeau-qui-courtt), s'ennuyait et réfléchissait, Il ne prononça que ces paroles : « Ellonné yé"a ensin. » — x Il a mangé notre fétiche (l’animal-dieu). »

« Alors Etsiégé renversa tous les jolis plats de bois de T'atsan-éko et il y mit le feu. En fuyant, il vit sur un échafaudage de belles peaux de chèvres et il se les appropria. Tous ses frères s'en furent avec lui vers le lieu où primitivement ils avaient vécu. Mais comme ils étaient partis un peu tard, le Corbeau-qui-court les poursuivit. Ils arrivèrent au bord de la mer, sur laquelle s'élevaient des vagues hautes comme des montagnes. Etsiégé frappa l'eau de son bâton et leur ouvrit un passage : « Par ici, par ici, mes frères! » s'écria-t-il, Ils le suivirent tous, et il leur fit très-bien traverser la mer à pieds secs. Ils prirent tous terre sur l'autre rive. Alors lui, seul au bord de la mer, promena de nouveau son bâton et en frappa la terre. Aussitôt l'étai qui soutient

1. Ailleurs il est dit que ce fut un petit renne (sié) ; d'autres disent une hermine (306). (Notes de l'auteur.)

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celle-ci s’affaissant, l'eau ironda le disque terrestre et fit périr tous les Dhœnan. »

« Le soir arrivé, Etsiégé (les Peaux de Lièvre le nomment Kotsidal'é, Celui qui opère par le bâton), dit à ses frères : « Notre patrie est encore « bien éloignée, mais tranquillisez-vous, je vais la faire se rappro- « cher, » Ce disant, il prit un faon de renne (sié) et l'ayant tué, il lui arracha le nerf de la jambe : « Vous ne mangerez pas ceci, » leur ditil. Par la vertu de cet acte magique la terre se rapprocha un peu. Le soir arrivé, elle n'était pas très-loin. « Etsiégé retourna donc vers ses « frères, qui lui dirent : « Les enfants n’ont rien à manger et les « hommes sont sans provisions ! »

« Ovil y avait là une foule immense. On tendait depuis plusieurs jours des filets et des hameçons aux poissons, mais on ne prenait rien. Un grand serpent avait transformé tous les poissons en rochers, dans le grand désert, dans la terre glacée, Etsiègé se rendit au bord de l'eau et ne dit que ces paroles en soupirant : « Étinu! yakké-tchiné-kkètla sé"é « bénnéné tisen nawiya, yéri bison du t'a nittayinl'on?» — « Quoi « donc! j'aurai conduit mes frères jusqu'au pied du ciel, dans la « patrie de mes aïeux; pourquoi done maintenant la mer est-elle « fermée pour nous? » Il ne dit que ces mots, et aussitôt le poisson abonda. »

« Dans le désert aride on rencontra une autre nation d'hommes puissants ; ils étaient revètus de casques de bois et de vêtements couverts d'écailles, Il n'était donc pas aisé de s'en défaire. Cependant les Dindjié partirent pour les combattre; mais à la vue de leur grande multitude, les frères d'Etsiégé lui dirent : « Toi seul parle, Etsigé, et « alors nous verrons ce qui arrivera par en bas, » car il se trouvait au sommet d'une haute montagne. Etsiégé leur dit: « Placez-moi dans « mon traîneau et précipitez-moi du haut de la montagne au milieu de « nos ennemis, » Ils lui obéirent, Or, dès que son traineau commença à rouler sur les pentes de la montagne, il y produisit un bruit terrible comme celui de plusieurs tonnerres. Les ennemis aux casques de bois en furent dans une telle épouvante qu’ils prirent la fuite, et les Dindjie les égorgèrent. »

« Etsiègé avait un frère cadet nommé Nédhæoë "ig ti"i (celui qui est revêtu de l'habit blanc magique). De concert avec son frère il massacrait nos ennemis, mais ce n'était pas en combattant. Revêtu d'un long habit de peau d'hermine, il balauçait sans cesse un instrument suspendu au bout d'une lanière. Il le balançait tout en parlant; mais nous ne savons plus ce qu'il disait ni ce qu'il faisait, La première fois que nous vous avons vus, balançant vos encensoirs et priant à voix basse, nous avons pensé que vous faisiez quelque chose d’'analogue. Eh bien,

Je

par cette parole et ce balancement, Nédhœvé"ig ti”i massacrait nos ennemis. »

« Un jour, entre autres, il s'en rassembla une si grande foule pour nous combattre qu'on en fut dans l’épouvante. N 1nmoins on se mit en défense ; mais nous avions le dessous et nous fuyions. Lorsque Etsiégé aperçut la tournure que prenait la bataille, il se tint sur la montagne en prononçant ses paroles magiques accoutumées. Son frère, revêtu de l’habit blanc, balançait son instrument en parlant tout bas. Tout à coup, Eltsiègé se prit à sauter en forme de croix, par-dessus chacune des épaules de son frère, en prononçant à chaque fois ce seul mot « isch! 1 », et chaque fois qu'il le disait, un ennemi mordait la poussière. Ils périrent ainsi jusqu’au dernier, car toute la journée les deux frères ne fireni l’un que balancer son instrument et l’autre que sauter en forme de croix 2, »

Ce même Elsièégé ou Kotsidal’é était invoqué par les Peaux de Lièvre et les Loucheux dans toutes les occurrences difficiles, car il se montra toujours leur protecteur. Ils le nomment aussi Sa-kké-déné (l'homme sur la lune), Su-khké-ivèta, Sa-wéta et Si-zjé-dhidié (celui qui réside dans la lune). Ce nom fait allusion à sa brusque disparition de dessus cette terre. Les Couteaux-Jaunes, qui le nomment Olsint'esh, disent qu'ayant gravi une montagne, il s’y enferma dans une tente magique et qu'on ne l'en vit plus ressortir. Loucheux et Peaux de Lièvre ont une autre version, Après avoir rappelé qu'il fut trouvé tout petit au bord de l'eau par une troupe de jeunes filles dont une l'éleva, et que le chef de leurs ennemis, le Carbeau-qui-court, l'adopta pour son fils, ils rapportent que cetenfant puissant prenait grand soin de ses parents adoptifs et les nourrissait d'une manière mystérieuse, sans que ceux-ci lui en eussent aucun gré. Ils le détestaient même. « Un jour il demanda à ces hommes qu'on séparât pour lui l'épaule et la graisse des entrailles de tous les animaux qu'il leur procurerait, T'atsan-éko ne voulut pas y consentir : « Get enfant est nar trop vain, » observa-t-il. Alors l'enfant se retira avec colère : « Je men irai, dit-il à sa mère, car les hommes « sont mauvais et ingrats. Après mon départ ils mourront tous; mais « vous, si vous voulez sauver votre vie, observez mes préceptes : « Ce soir, lorsque la nuit sera venue, fermez bien votre tente, sus-

1. Les sauvages n'ont pu me donner ja signification de ce monosÿllable; c'est un mot perdu de leur langue, comme cette phrase : « nonna lamène, » que répétait l'homme au blanc vètement.

2. Nous avons encore ici une répétition de l'Akgey antschiw ou jeune homme sautant et bondissant, dont la tradition a parlé plus haut, C'est maintenant une des formes de jonglerie en usage chez les Loucheux et les Peaux de Lièvre. (Notes de l'auteur.)

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« pendez au faite, dans une vessie, le sang de l'animal que je tuerai, « et liez le chien en dehors de la maison. L'épaule de renne que voici, « découpez-la sans en rompre les os et la placez hors de la tente. Quant « à moi je m'en vais dans la lune où ceux qui me haïssent me verront. » Comme sa mère se désolait : « Taisez-vous, ne pleurez plus, ajouta-t-il, « je ne suis point digne de pitié; dormez demain et après-demain, et « ensuite snivez-moi. » [1 ceignit sa tète, et avant de partir il ajouta : « Quand l’homme mourra l’astre pâlira. » Il dit et il s’en fut, »

« La nuit arrivée on lui obéit. Ses parents fermèrent soigneusement leur tente, ils placèrent le sang de l'animal qu'il avait tué au-dessus de la porte, et en dehors ils liérent son chien. Ils firent cuire et ils découpèrent l'épaule du renne, en prenant biin garde de n’en point rompre les os. Cela fait, ils en mangèrent la viande et se couchèrent. L'enfant puissant était encore avec eux. »

« Alors du sommet de la tente s'éleva une grande fumée et l'enfant disparut, Il était parti pour la lune. Tout à coup cet astre pälit, et il s'éleva un vent violent qui vint tourbillonner parmi les tentes des ennemis. Cette trombe emporta les tentes et les hommes; elle les lança contre les arbres et contre les rochers où ils furent tous massacrés par cet esprit formidable, A cette vue T'atsan-éko s'écria : « Ah! c'est l’en- « fant lié qui est cause de cela. Il a placé en l'air son chaudron plein « de sang, et l'esprit (le vent) est venu. »

« Cette nuit même tous ies ennemis moururent. Quant à l'enfant magique, prenant son vase plein de sang, la peau de l'animal tué (sié), et le petit chien qu’on avait laissé à la porte, il s'enfuit dans la lune, où nous pouvons le voir encore, »

Il existe un grand nombre de versions de l'histoire d'Etsiégé et de l'Habitant de la lune. Chacune d'elles contient plusieurs traits de l'histoire de Moïse.

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