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fique, qui sont aussi de race Déné, portent également ces queues. C'est sans doute cette particularité qui porta sertains [ndiens occidentaux à raconter à La Peyrouse qu'il existait dans l'est, sur le continent, des hommes munis d'un appendice caudal. Ces pointes d'habit se nomment en effet {ché (queue) en déné et en dindjiée. Elles sont décorées de franges comme le Talles des Juifs, auquel ressemble fort le vêtement des Dènè, des Mexicains et des Chiliens.
Les Esquimaux, voisins des Loucheux dans le 1 ord, donnent à toute la famille Déné-Dindjié le nom injurieux d'Irkséieit, c'est-à-dire larves de vermine. [ls en ont le plus grand mépris, autant à cause de la timidité de leus caractère, que de ce préjugé de nationalité qui porte cheque peuple, surtout les plus barbares, à haïr ou à dédaigner ses voisins.
La famille Déné-Dindjié se divise en une muilitude de peuplades ou tribus, que les Européens trouvèrent toutes en guerre les unes contre les autres, se haïssant, se pillant, se déchirant mutuellement, bien qu'elles se reconnussent pour sœurs,
Ces inimitiés intestines, cette décentralisation volontaire expliquent. plus que l'indifférence, l'apathie, Les obstacles naturels, la routine et les défauts héréditaires, l'extrême division qui existe dans la langue des Déné-Dindjié. Chaque petite peuplade possède un dialecte particulier, si différent de son voisin, qu'il leur est souvent impossible de s'entendre autrement que par signes.
Ua fait singulier qui se présente au milieu de cette diffusion ellemême, c'est que des tribus séparées par des centaines et même par un millier de lieues, offrent quelquefois dans leur langage plus de similitudes que n'on ont des tribus limitrophes entre elles, Ainsi on re trouve chez les Peaux de Lièvre de l'Anderson, près de la mer Glaciale, un grand nombre de formes verbales et de mots usités au lac de l'Isle à la Grosse et parmi les Sélhanais de la Rivière à la Paix. Ainsi encore, plus on s'approche du Pacifique, en descendant le fleuve Youkon, dans l'Alaska, et plus la langue des Dindjié présente d'analogies avec le dialecte d'Athabaskaw ou avec celui de ia rivière des Liards, De telle sorte que les amis du merveilleux auraient beau jeu pour admettre qu'il y a eu sur le continent Américain lui-même une seconde diffusion du langage,
Ce que nous pouvons constater, c'est que les dialectes Déné-Dindjié ont dû se former en Amérique; c'est qu'il est encore impossible d’assi-
de
ee
gner à laquelle de ces langues revient la priorité d'antiquité sur les autres et le nom de langue souche; c'est que la distribution des tribus et des dialectes dans la contrée, prouve qu’il s’est opéré dans leur marche une sorte de rayonnement en éventail du nord-ouest vers le sud, le sudest, l’est et le nord-est. Je regrette vivement d’avoir à contredire ici ce que j'avais essayé de prouver il y a dix ans, c'est-à-dire la non-immigration asiatique; mais je ne possédais pas alors les connaissances que j'ai acquises depuis, et le respect que je dois à la vérité me fait ui devoir de revenir sur cette question. Il en sera parlé en son lieu. Les Déné-Dindjié qui habitent le territoire du Nord-ouest se partagent en treize ou quatorze tribus qui appartiennent à l’un des quatre groupes Montagnais, Montagnards, Esclaves et Loucheux. Cette division en groupes est purement conventionnelle de ma part; elle a trait seulement au langage, sans avoir aucun égard aux mœurs et aux coutumes qui sont à peu près les mêmes, ni à un gouvernement qui n'existe pas. Je me contente donc d’énumérer ici les tribus Dénè-Dindjié en suivant une marche ascensionnelle, c'est-à-dire du sud au nord,
Le groupe des Montagnais comprend :
4° Les Chippewayans proprement dits : Thi-lan-otliné (gens ou habitants du bout de la tête), ils habitent sur les bords des lacs Ile à la Crosse, Froid et lu Cœur.
2% Les Athabaskans : Khsest'aylé kkè ottiné (gens où habitants du plancher des trembles), ils chassent autour du lac Athabaskaw et le long de la rivière des Esclaves.
3 Les Mangeurs de Cariboux ou Ethen-eldéli, ils habitent à l’est des grands lacs Caribou et Athabaskaw, dans les steppes qui s'étendent jusqu’à la baie d'Hudson.
4° Les Couteaux Jaunes, les Cuivres de Franklin : T’atsan ottiné (gens du cuivre), qui fréquentent les steppes situés à l’est et au nord-est du grand lac des Esclaves.
Au groupe des Montagnards ou Dénè des Montagnes-Rocheuses appartiennent :
5° Les Castors, Tsa-ttiné (habitants parmi les Castors), avec
Ge Les Sarcis, qui s'en sont séparés. Les premiers chassent le long de la rivière à la Paix; les seconds dans la Haute-Saskatchewan contre la chaîne des Montagnes-Rocheuses,
7 Les Sékanais, Thè-kka-nè (ceux qui habitent sur la montagne). La majeure partie avoisine les postes de traite du Fraser; un petit nombre seulement fréquentent le haut des rivières la Paix et des Liards, où ils ont acquis une grande réputation de sauvagerie.
8 Les Na'annés (habitants de l'Occident) ou Noh'hanné de Richard-
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son. Il n’en existe également qu'un petit noyau sur le versant oriental des montagnes.
JS Les Mauvais-Monde ou Ettcha-ottiné (ceux qui agissent contraire ment). Ils fréquentent la chaîne des Pics dans les parages de l’ancien fort Halkett, et sont très-peu connus. Richardson les nomme Dtcha-tautliné., Enfin
10° Les Esba-'a-oltiné ou habitants parmi les Argali 1. Ce sont les Sheep-people de Franklin et les Amba-ta-ut’ tiné de Richardson. Ils habitent les hautes montagnes comprises entre la rivière du Courant-Fort et celle des Naannés.
Dans le groupe des Esclaves je range :
{lo Les Etchazé-ottiné (ceux qui habitent à l'abri). Ce sont les Tsilla-ta-ul” tiné de Richardson et les Strong-bows de Franklin. Ils chassent le long de la rivière des Liards.
12 Les Esclaves proprement dits, qui se divisent en gens de la rivière au Foin, du lac la Truite, de la montagne la Corne, de la fourche du Mackenzie et du fort Norman. Je m'abstiens de donner leurs noms sauvages afin d’abréger. Le nom d'Esclaves leur a été donné par leurs voisins du sud, les Cris, à cause de leur timidité.
13° Les Plats-côtés-de-chien ou Flancs de chien : L'in-trhante. Ils habitent entre le lac des Esclaves et celui des Ours, à l’orient du Mackenzie, et jusque sur les bords de la rivière du Cuivre. Ils se subdivisent en Plats-côlés-de-chien du fort Raë, T’akfwel-ottiné, et Ttsé-ottiné. Les anglais nomment ces sauvages Doo-ribs,
14° Les Peaux de Lièvre. Ils peuplent le Bas -Mackenzie, puis le fort Norman jusqu'à la mer Glaciale, et se divisent en cinq tribus, les Nni-ottiné ou gens de la mousse, qui habitent le long du déversoir du grand lac des Ours; les K’a-l’a-gottiné (gens parmi les lièvres), le long du fleuve; les K’a-tchô-gottiné (gens parmi les gros lièvres), qui chassent dans l'intérienr entre le Mackenzie et la mer Glaciale; les Sa-tcl.6 lu gottiné (gens du grand lac des Ours), dont le nom indique le territoire; et enfin les Bâtards-Loucheux où Nné-la-gottiné (gens du bout du monde), les plus proches voisins des Esquimaux dans le nord du continent.
Les Peaux de Lièvre sont les Hare-Indians des explorateurs anglais et les Ka-cho-'dtinné de Richardson.
15° Les Eta-gottiné ou gens de la montagne. Ils habitent les vallées des Montagnes-Rocheuses entre les Esba-l’a-ottiné et les Loucheux. Richardson les nomme Dahä-dtinné.
]. Sorte d'antilope des Montagnes-Rocheuses (Aploura montana).
On ne doit pas s'étonner de la difficulté que le savant docteur a paru éprouver pour exprimer et pour écrire les noms de ces tribus, car il avoue lui-même, après Hâles, Isbister, et tous les voyageurs anglais qui ont parcouru ce pays, que « les sons du langage ‘Tinné peuvent « difficilement être rendus par l'alphabet anglais, et qu'un grand « nombre d'entre eux sont d'une prononciation absol tment impossib'e à un Anglais. »
Au groupe des Loucheux où Dindjié, appartiennent treize tribus qui, depuis le fleuve Anderson à l’est,s'étendent dans le territoire d'Alaska jusque vers les rives du Pacifique où, comme dans le Mackenzie, ils sont cireonscrits par la famille Esquimaude.
Ces treize tribus sont : {° les Awitcha-Kuttchin où habitants des steppes de l'Océan glacial, entre l'Anderson et le Mackenzie; 20 les Nakotchgô-ondjiy Kuttehin, où gens du Mackenzie; 3° les T'étllet- Kultchin où habitants de la rivière Peel ; 40 les Dakkadhè (louches), nommés aussi Tdha-kkè Kuttchin (gens des montagnes) et Klo-vén- Kultchin (gens du bord des prairies). Ils habitent les montagnes Rocheuses entre le Mackenzie et l'Alaska ; 50 les Fœn ou Zjon Kuttchin (gens des lacs ou des rats). Leur territoire est la rivière Porc-Épic, 60 les ZJan-kuttrhin (gens de la rivière), Même territoire ; 70 les Artez- Kuttchin ; 80 les Kutchit-Knttehin (gens géants), qui habitent le Hant- Youkon ; 90 les Tehandjæwri Kuttchin, qui chassent le long de la rivière Noire ; 100 les gens des buttes ou Tanan Kuttchin (gens des montagues), le long de la rivière Tanana; {10 les T'éttchie-Dhidié, où peuple assis dans l'eau ; 120 les Intsi-Dindjitch, où hommes de fer, et enfin 130 les Tsws-tsieg Kuttchin, qui peuplent le Bas-Youkon.
Le type déné-dindjié est tout différent de celui des Esquimaux, mais il trouve de nombreux points de ressemblance parmi les Sioux. Plusieurs portraits de Dakotah qui enrichissent les galeries du beau musée d'anthropologie de Paris sont en tous points des figures montagnaises, peaux de lièvres, ou castors. Les traits du Dindjié où Loucheux se rapprocheraient d'avantage tantôt du type Nabajo, dont j'ai vu des portraits fidèles, tantôt du type indou. Enfin les figures d'Almées égyptiennes qui se trouvent également dans la galerie d'anthropologie du Jardin des Plantes m'ont rappelé trait pour trait des visages de femmes Flanc-de-chien, Esclaves et Peaux de Lièvre.
Sans doute, pour avoirici une description rigoureuse du type de nos
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sauvages, il faudrait les dépeindre tribu par tribu, car chacune d'elles offre des caractères qui la distinguent de ses sœurs; toutefois, comme
je ne puis m'étendre beaucoup sur ce sujet et que je préfère consacrer
mon papier à discuter la question d’origine, je me contente de crayonner une esquisse du type général de la nation.
Les Déné-Dindjié ont La tête allongée, pointue par en bas, surélevée par en haut, Sa plus grande largeur est aux pommettes. Le front est assez élevé, mais il est fuyant, conique, déprimé sur les tempes et porte dans le haut une protubérance arrondie, L'areade sourcilière est nette, mais très-haute et fortement accentuée. Elle laisse voir un œil grand, noir, ardent et brillant d'un éclat tout ophidien, La paupière supérieure est lourde, un peu oblique et prend souvent des aspects singulièrement soupçonneux et méfiauts. Le nez est généralement aquilin vu de profil, large et un peu épaté vu de face ; le pavillon des narines est fortement indiqué, surtout chez les Loucheux, dont le nez est aussi plus proéminent et plus recourbé. Ceci tient en partie aux os de cygnes ou aux autres ornements qu'ils portaient dans la cloison nasale, comme les naturels de la Nouvelle Galles du Sud, les Esquimaux, les Sauteux et les sauvages de Panama. Ils ont abandonné cet usage depuis peu. Leur bouche est large, garnie de dents petites, serrées et du plus bel émail. La lèvre supérieure dépasse l'inferieure et est légère ment retroussée, surtout chez les habitants des montagnes, dont le faciès rappelle assez celui des oiseaux rapaces. Le menton est pointu cten galoche chez les uns, fuyant chez les autres.
A ces caractères, qui conviennent presque tous au type araméen, si l'on joint des cheveux d'un noir d’'ébène, durs, luisants, aussi courts chez la femme que chez l'homme, et qui tombent en longues mèches sur les yeux et sur les épaules, on aura un portrait complet de ces Peaux-Rouges.
Je ne fais point ici mention de leur teint, car il est très-varié, même dans la même tribu, Toutelois ceux d'entre eux qui ont la peau la plus blanche n'atteignent jamais à ce blane mat et rosé de l'Européen ; elle a toujours une teinte bistrée et parait étre fort épaisse quoiqu'elle soit fine, très-lisse et dénuée de poils. Leurs chuirs ne sont pas molles et flasques comme celles de l'Européen, mais fermes, dures et tendues,
Les Dénè-Dindjié sont généralement de haute stature et bien proportionnés ; ils ont la poitrine bombée, et ne sont jamais euclins à l’obésir: On ne rencontre parmi eux ni bossus, ni boiteux, ni de ces êtres fréles et rachitiques si communs au sein de notre civilisation raftinée, Cependant leur développement est assez tardif et ne commence guère avant l’âge de quinze à seize ans. Avant l'arrivée des Européens ils ne connaissaient d'autres maladies que les rhumatismes, l’ophthalmie
des
et la surdité ; mais le strabisme se rencontre fréquemment dans la nation Dindjié, ce qui lui a valu des Canadiens le nom peu français de Loucheux. Les Flancs-de-chien et certaines petites tribus de montagnards présentent le singulier phénomène d’un bégaiement général et héréditaire.
D'un tempéramment bilioso-lympathique, nos indiens sont les Peaux-Rouges qui offrent le plus de bonnes qualités unies aux défauts de la sauvagerie. Celle-ci les avait rendus menteurs, orgueilleux, ignorants, malpropres, imprévoyants, sans affection du moins effective, sans reconnaissance, peu hospitaliers, avares, durs pour la femme, le vieillard et les faibles, aveugles et trop indulgents pour leurs enfants; poltrons, paresseux, lâches, irréfléchis, égoiïstes et fraudeurs. Voilà un lot qui leur était commun avec tous les sauvages; voilà le résultat de leur genre de vie forcé et insolite, de leur manque d'éducation première. Mais combien d’autres vices inhérents à la sauvagerie leur sont inconnus !
Ils sont humains vis-à-vis de leurs semblables et doux de caractère; ils évitent de s’injurier, de se maltraiter ; ne contredisent personne en face et suivent les lois de la nature; ils sont fidèles à observer celles des coutumes de leurs ancêtres qui sont bonnes; ils sont prudents et réservés vis-à-vis des étrangers, sobres et ennemis des boissons fortes, infatigables et patients dans la souffrance. Ils ignorent le vol, la colère et le meurtre, C’est précisément ce grand fond d’honnêteté qui les rend quêteurs, pusillanimes et serviles. Avec les personnes qui ont mérité leur confiance, ils sont candides et ouverts. Ils aiment à s’instruire et questionnent sur toutes choses comme les enfants. De plus, ils sont naturellement religieux, ont peu de superstitions et n’y mettent aucun entêtement. Enfin, comparés aux nations qui les entourent, ils peuvent être considérés comme un peuple relativement morai.
Il ne faut pas chercher ailleurs que dans ces qualités, que l’on trouve difficilement chez d’autres sauvages, la raison de la grande facilité et je dirai même de la joie avec lesquelles les Dénèé-Dindjié ont accepté et portent encore le joug de l'Evangile. Richardson, en dépit de ses préventions de sectaire, a dû confesser et écrire que les missionnaires catholiques et français ou franco-canadiens ‘u Nord-ouest possèdent toute la confiance de ces Indiens, et qu'il ne serait pas facile à des prédicants protestants de s'implanter p:rmi eux. En effet, la presque totalité des Déné-dindjié est chrétienne catholique.
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Au reste, nos Peaux-Rouges sont de grands enfants toute leur vie durant. Ce n’est pas qu'ils soient dénués d'intelligence et de raison ; tout au contraire, ils ont de la sagacité, de la pénétration et possèdent à un haut degré ce talent, tout particulier aux enfants, d'apprécier de prime abord dans un homme ses travers et ses qualités, de mettre en évidence les défauts et le ridicule d’un chacun, et de se livrer à la critique par un feu roulant de quolibets et de plaisanteries. A la vérité, la raillerie est bien souvent l'arme du lâche ou tout au moins du faible; mais nos Indiens se la permettent sans malice, et dans leur bouche elle ne manque pas de sel attique, S'ils savaient peindre, les Montagnais surtout seraient de bons caricaturistes,
Les Déné-Dindjié ne sont donc pas dépourvus d'esprit, et ils savent raisonner sur toutes choses; mais leur sphère est bornée, leur esprit et leur raison n'ont pas été exercés, ils manquent de puissance comparative, et leurs raisonnements sont empreiuts d’une originalité bizarre qui tourne quelquefois au burlesque. Leur intelligence est évidemment dans les langes de l'enfance ; leurs facultés sont comme endormies où retenues par un obstacle qui n'est autre que cet état forcé et anormal que nous nommons la sauvagerie, Chez eux, la raison ne s'élève jamais qu’à l'induction ; leurs jugements demeurent puérils, et, par une conséquence naturelle, ce n'est pas le raisonnement qui a pouvoir sur eux et qui est de nature à les convaincre,
Ils possèdent à un degré éminent les puissances sensitives, les besoins, les instincts qui nous sont communs avec les bêtes, tels que ceux de la conservation et de la reproduction, la mémoire des lieux, la force de la coutume, de la routine et l'amour des enfants. J'en dirai autant de la facilité pour les langues. Leur vue est comparable à celle de l’aigle ; leur odorat est parfait ; mais les sens du goût, du toucher et de l'ouïe sont comme oblitérés par les privations, Ja souffrance et la rigueur du climat.
Leurs facultés perceptives sont également affaiblies ou dépravées par le dévergondage de l'imagination, la peur ou la superstition, Il n’y a pas d’idiots parmi eux, ni, à proprement parler, de fous ; mais il y a beaucoup d'hallucinés et de monomanes. Ce que dit le vorageur anglais Pallas de la surexcitabilité des Samoïèdes, des Tongouses et autres
nations du nord de l'Asie, peut être entiérement appliqué à nos Déné- Dindjié. Quelle qu’en soit la cause, ceite surexcitabilité nerveuse trouble tellement leur organisme qu'elle leur fait perdre ce contrôle d'eux-mêmes que les Peaux-Rouges possèdent si bien ; mais ce qu'il y a de pire, c’est que cette affection morbide de leur imagination affecte sympathiquement tous leurs voisins. Nous avons vu nombre de cas de ces folies passagères par contag” :n dans toutes les tribus et à toutes les
ET
latitudes. Les femmes payennes y sont surtout sujettes, En certains cas, l'hallucinatiou d’un ou de deux visionnaires gagra tellement la "à tribu entière, qu'elle la porta aux actes les plus extravagants i.
Chaque année, pendant l'été, la peur se communique également à D.
eux d'une manière épidémique et déraisonnable, Is vivent alors dans | des transes continuelles et dans la crainte d'un ennemi imaginaire,
qui les poursuit sans cesse et qu'ils croient voir de partout, bien qu'il
n'existe nulle part.
Je dois attribuer à cette affection morbide et sympathique les actes
de cannibalisme qui ont eu lieu malheureusement dans presque toutes
les tribus avant leur conversion, Les tortures de la faim et la crainte
| excessive de la mort rendaient ces Indiens si insensés que, loin
de songer à se mettre en quête de nourriture, ils se jetaient les uns
sur les autres et s'entrégorgeaient sans pitié, au mépris des plus légi-
| times affections de la nature Les Montagnais ont moins d'excès à se ‘4
reprocher en ce genre que les autres tribus, parce qu'ils vivent soli- À taires, famille par famille, Leur vie est triste et leur caractère mo- +4}
rose est ami de la réflexion.
Les Déné-Dindjié n'ont aucune idée ou n'ont que des idées fausses de ch tout ce que nous appelons beauté, bonté, ordre, temps, quantité, qua. 4%
lité, amour, gratitude, ete. Jamais ils ne considèrent la beauté en Le:
s'épousant, et la bonté d'une femme ne consiste point pour eux dans la pureté de vie qu'elle aura pu mener avant son mariage. Qu'elle È Î
soit soumise, habile à travailler et laborieuse, féconde, joufllue et bien
portante, tout le reste importe peu.
Un garçon et une fille, si laids soient-ils, trouveront toujours un
conjoint, s'ils sont capables de travailler et de nourrir une famille.
Nos sauvages ignorent leur âge, et au bout de trois ou quatre ans
Ceci est peut-être plus judicieux que nous ne pensons. l È k
ils perdent le compte de celui de leurs enfants. Is pensent qu'il leur
importe davantage de se rappeler combien leur doit le commis-traitant du fort-de-traite voisin; et je puis assurer que ce compteils ne le perdent jamais. La main leur sert d’'étalon du caleulet donne la mesure de sa limite. Quand ils ont compté les cinq doigts d’ane main, ils recom-
mencent sur l’autre jusqu'à ce que les dix doigts soient épuisés. Ne
leur en demandez pas davantage. Leurs idées des nombres sont tellement bornes et leur habitude de l'exagération et du mensonge telle, que lorsqu'ils voient arriver cinq à six personnes, ils s'exclament
qu'une grande foule approche; et quand une tribu de 3 à 400 âmes
se trouve réunie, ils se rengorgent avec orgueil, en prétendant que le nombre de leurs compatriotes égale celui des maringouins qui bourdonnent sous la feuillée, Mais lorsque leur intérêt y est engagé, ils
tains nt la
ent à dans aire,
F: qu'il
actes toutes rainte , loin $s uns ; légi= $ à Se t solie Mmo-
ses de \, qua uté en dans nelle thien |
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ke ans L leur aitant ‘dent de sa ecom- 5, Ne telletelle, ment âmes que Île bourbé, ils
Ki
se 99 > savent bien diminuer les nombres. S'agit-il, par exemple, de rendre compte de leur chasse ou de leur pêche ? on peut être assuré qu’ils auront pris une vingtaine de poissons lorsqu'ils diront qu'ils n'ont rien capturé, ou bien qu’il y en a une centaine lorsqu'ils osent avancer qu'ils en ont pris quelques-uns,
Ils ne reconnaissent aux êtres d'autres qualités que celles qui tombent sous les sens, telles que la couleur, la dimension, la pesanteur, la force, etc. Ils sont incapables d'apprécier la beauté d'une œuvre d'art. Présentez leur un objet merveilleusement travail!é, ils le soulèveront, et s'il est grand, s'il est pesant : « Oh! oh! s'écrieront-ils, ce n’est pas peu de chose, C’est bien lourd, c’est bien gros ! » Mais est-il mignon ou léger, il ne saurait mériter leur admiration. D'autres fois ils essayeront de l’érailler, de l'écorner, et s'ils ne peuvent y parvenir, nouveau cri d'étonvement : « Oh! oh ! c’est bien dur ! » N’espérez pas autre chose. Souvent nous nous disons qu'un cuissot de renne bien représenté par la peinture, ferait plus d'impression sur eux que le tableau le plus artistique.
Leur mesure du temps ne dépasse pas le laps d’une année. Ils connaissent un grand nombre de saisons, qu’ils caractérisent par les différents états de la neige ou de la terre, et ils divisent l’année en douze mois ou lunes, qui ont chacun leur nom. On les trouvera dans mon dictionnaire au mot mois. Ce cycle de douze lunes est également yropre, d’après le dire des voyageurs, aux Kalmouks, aux Tartares orientaux, aux Mongols, aux Finnois et aux Japonais. Les Esquimaux et les Algonquins le connaissent aussi et donnent aux mois à peu près les mêmes noms que nos Déné-Dindjié. Plusieurs ont de; aoms d’animaux tels que l'aigle, la grenouille, l’oie, l’antiloye, le poisson, le renne, etc.
Un fait singulier, c'est què le mot mois, qui se traduit aussi bien par sa (lune), que par ni ou nan (terre, état de la terre) en Montagnais et en Loucheux, s'appelle mén en Peau de Lièvre. Ce mot est une racine simple dont on peut faire une préposition en le faisant précéder de la particule indéfinie ko; komen signifie durant, pendant, comme men veut dire durée, période. Or ce mot est identique au même substantif mois en grec (ww) et offre beaucoup de rapport avec le saot lune en anglais (moon), lequel provient, dit Müller, de l’anglo sason môna. Lune se dit aussi ména en gothique et il est du genre masculin. Sa, lune, offre aussi de l'analogie avec le ivt chaldéen séra.
Les Dénè-Dindjié comptent les jours d’un coucher de soleil à l'autre, parce qu'ils disent, et avec raison, que la nuit a précédé le jour. Telle était la croyance acceptée chez tous les anciens peuples. Les Hcbreux,
les Egyptiens, les Romains, les Gaulois et même parmi toutes les nations celtiques sans exception, au dire d’un auteur anglais.
Ils font commencer l'année au mois de mars avec l’équinoxe du printemps; en cela ils se trouvent d'accord avec les Hébreux, les Grecs et les Tlascaliens.
Enfin ils ont dans leur vocabulaire les noms d'un petit nombre de constellations qui leur servent à s'orienter dans leurs pénibles et fi :quents voyages.
Un fait singulier et qui devra donner une haute idée de la douceur des Déné-Dindjié, c'est que, bien qu'ils soient dépourvus de toute espèce de gouvernement, de juges et de lois, on ne rencontre maintenant chez eux aucune espèce de crimes passibles de la vindicte humaine; mais seulement les faiblesses inhérentes à notre nature. La peine du talion, le droit de représailles, cette sorte de loi de Lynch reconnue de toute justice et équité par les autres familles Peaux Rouges, n'existent pas même chez les Dènè-Dindjié. Il y a des exceptions; mais elles confirment la généralité du fait.
Les chefs que se donnent certaines tribus, ou plutôt que leur donne la Compagnie d'Hudson, n’ont absolument d'autre apanage que de régler l'ordonnance des chasses et les voyages dans les forts de traite, de pérorer du matin au soir et de faire force largesses à ceux qu’ils nomment pompeusement leur queue, leurs pieds (s'étchélékwié, s'esk'énén, sék'èné). En Hébreu, le même mot signifie aussi pieds et gens de pieds.
Jusqu'à ce que les sauvages connussent et pratiquassent la vraie religion (dont ils s’acquittent généralement en bons et fervents chrétiens), il y avait parmi eux trois sortes d'êtres misérables au delà de toute expression : la femme, le vieillard et l'enfant, surtout l'enfant orphelin. Si vous voulez prêter à rire. parlez d'amour conjugal aux Dénè-Dindjié. Ce sentiment, nous avons üû le créer et nous le voyons poindre peu à peu. lis n'auraient jamsis pu s'imaginer qu'il fût nécessaire au bonheur de l’homme. et, :ncore moins, utile au salut de leur âme. Se faire redouter et obéir servilement, régner en despote sur celle qu’ils nommaient leur esclave, disposer de leur progéniture comme bon leur semblait, en lui accordant ou en lui ravissant une existence dont ils se croyaient les maîtres : telle était leur idée du mariage et de ses devoirs. Ce sauvage n’aimait donc pas et aime encore fort peu. Il peut maintenant, par vertu, ne point haïr sa compagne, ne point la jeter hors de sa tente dans un moment de colère ou d’aveugle jalousie — car il est très-jaloux, — ne plus l’assommer
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à coups de tête de hache, ni lui couper le nez pour s’en venger; mais l'entourer de ce respect, de cette affection, de ces attentions fraternelles qui font le bonheur de tant de peuples civilisés, il en est incapable, et sa moitié ne s’y attend nullement. Et cependant, par une contradiction singulière, si, dans une tribu, il appelle sa femme sé"a, mon esclave, il la nomme ailleurs dans un langage vraiment biblique sé dézé, ma sœur, Ainsi, Abraham donnait ce doux nom de sœur à son épouse; ainsi le grand prêtre Jonathan écrivant au roi Ptolémée Philadelphe, saluait en même temps la reine Arsinoë, qu'il appelle la sœur du roi.
La bigamie, la polygamie et même un communisme relatif étaient choses fréquentes chez les Dénc-Dindjié sans qu'ils en fussent plus heureux. Ce que l'individu mâle y gagnait en libertinage et en tyrannie, la malheureuse femme, la famille et la société le perdaient entièrement. Hélas! elles y ont tout perdu, car Dieu sait combien d'années vivront encore l:s restes infortunés de ce peuple! La religion seule a pu reconstituer chez eux la famille, relever la femme de sa longue abjection, en lui apprenant qu'elle est douée d’une âme comme son indifférent et insensible mari. Seule elle a pu empêcher le meurtre des enfants du sexe féminin, qui bien souvent étaient voués à l'abandon ou à la dent du loup, à titre d'êtres inutiles et embarrassants. Ainsi le pratiquèrent jadis les Grecs et les Romains; ainsi en agissent encore les Malgaches et les Chinois. Cette dureté de cœur est le partage du paganisme et du matérialisme. Il y a 1800 ans saint Paul s'écriait en parlant des payens : gentes sine affectu!
Si l’on me demande maintenant la raison de l’asservissement de la femme, chez les Dènè-Dindjié, je serai contraint de renvoyer à l'histoire de tous les peuples, qui lui assigne, pour unique et originelle cause, la chute de la première femme et la subjection de l'homme à tous les maux et à la mort, par la faute de la femme. Les Déné et les Dindjié n'ont pas oublié cette antique tradition que nient tant d'espritsforts modernes.
Jusqu'à notre arrivée, les sauvages s'unirent en mariage sans aucune formalité. D’ordinaire la femme était troquée par son père contre une couverture, un fusil, ou mieux encore contre un ou deux chiens. Quand le mari dégoûté rejetait son épouse il lui reprenait tout ce qu'il lui avait donné, mais il n’avait pas le droit de demander au père offensé l'objet qui avait servi comme de sceau au marché. Toutefois, de mariage proprement dit, il n’en existait pas chez nos Indiens, car on ne peut appeler de ce nom une union à l’éprouvette, sans aucune espèce de contrat même implicite.
Nos Déné-Dindjié n'avaient aucune espèce de culte ni même de reli-
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gion, si on en excepte des pratiques ou prescriptions de leurs ancêtres ayant parmi eux force de loi. Un grand nombre sont excellentes parce qu'elles émanent sinon de La loi mosaïque du moins de la loi naturelle. Nous les énumérerons en traitant de l’origine de cette nation. Elles se nomment aul'i, gofwen et chonon.
À ces prescriptions ils joignaient ce que l’on a appelé nagwalisme et todémisme ou adoration de la bête, forme de fétichisme la plus abjecte et la plus matérielle qui se puisse trouver, puisqu’elle fait de l'animal un dieu ou un suppôt de la divinité, et de Dieu un animal ou un incarnation brutale. Ils appellent leurs fétiches elkiusi, elloné, allon"on, selon les dialectes. Ces mots, qui ont un certain rapport avec le nom de Dieu : el, elloim, élloï, élli en hébreu, illus en assyrien, et allah en arabe, signifient également l’animel et le dieu. Nous retrouvons ici une similitude d'idée entre les Déné et les Grecs qui formèrent le nom de Dieu, ôsç, du verbe courir, 6ëv; car les racines ell, ell, marquent en dènè la fluidité, le mouvement perpétuel, l'écoulement des eaux, la course des animaux et des esprits, l’éternité et l'absence de limites. Les Esclaves donnent le nom d’elloné à l'élan, les Peaux de lièvre au renne, les Montagnards au castor; tous, par conséquent, à l'animal par excellence dont ils se sustentent et qui devient ainsi cause efficiente de leur vie.
Le culte dit Nagwalisme, si on peut appliquer le nom de culte à quelques vaines pratiques, consiste : {° à porter sur soi une relique de l’animal-génie qui s’est révélé à l’indien dans le rêve; 2° à se livrer à quelque pratique secrète dans le but de plaire à l'animal, parce que l'animal lui-même l’aura prescrite en rêve à l'individu qu’il veut bien posséder; 3 à s'abstenir avec le plus grand soin d’injurier, de traquer, de tuer et surtout de manger la chair du nagwal qui s'appelle alors été, ata, "ay, "a, "ey selon les dialectes. C’est tout simplement le tabou des Polynésiens. Presque tous les sauvages, même baptisés, ont conservé de la répugnance pour leur ancien tabou. Ils ne le vénèrent plus, ils le considèrent même comme mauvais, mais ils continuent à s’en abstenir à ce titre, et nous ne les violentons pas. Le temps effacera ces craintes puériles.
Au reste le fétichisme des Déné-Dindjié ne diffère pas de celui des Esquiraaux, des Algonquins, des Sioux, des Pieds noirs et des autres nations de l'Amérique du nord. Il s'allie, comme chez celles-ci, à des vestiges d'anciens cultes, particulièrement au sabéisme. Sous quelque rapport qu’on envisage ces peuples, on n’aperçoit que des débris et des ruines. Rien n’y est suivi, coordonné de manière à présenter en eux une société complète, ayant une autonomie propre, une religion
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