Chapitre Y
Etablissements pour l’usage des eaux minérales de Wiesbaden.
Nos sources minérales chaudes servent toutes aux usages des baigneurs; parmi les froides, une seule, le Faulbrunnen. Depuis que celle-ci a été nouvellement encaissée, on en prescrit les eaux assez fréquemment et non sans succès ; c’est d’ailleurs une boisson agréable, dont les habitants de la ville usent largement, et à laquelle ils attribuent de bons effets, dans des cas de maladies aigues.
D’ordinaire les baigneurs ne boivent que les eaux du Kochbrunnen, de l’Aigle et du Schtitzenbof, non que les autres sources ne soient également propres à cet usage, mais parcequ’elles ne jouissent pas d’une aussi belle situation.
Toutes nos sources thermales fournissent des bains. Quelques unes jaillissent dans l’enceinte même de nos établissements; d’autres sont dirigées, au moyen de conduits, vers des points plus ou moins éloignés. On charge également les eaux dans des tonneaux qu’on expédie en ville.
Les deux premières manières sont également bonnes, puisque 1 eau renfermée dans des tuyaux parfaitement clos, ne
saurait perdre de sa vertu. Le troisième procédé est moins sûr; parceque le liquide étant exposé pendant quelque temps au contact de 1 air, une partie des principes chimiques qu’il renferme doit se précipiter. La perte qui en résulte est, il est vrai, insignifiante et peut-être négligée sans inconvénient dans l’emploi des bains.
On administre les bains dans des cuves ou dans des bassins creusés dans le sol. Les premières servent dans les hôtels particuliers; lorsqu’elles sont spacieuses et qu’on observe les précautions usitées en pareil cas, il n’y a rien à objecter. Les seconds, en usage dans les établissements de bains proprement dits, sont bordés de marbre ou de grès et revêtus de maçonnerie.
Nos établissements de bains sont au nombre de trentrequatre et il s’en crée de nouveaux, d'année en année. On y compte huit cent cinquante bassins ou baignoires dont la capacité varie entre 200 et 300 pintes et qui sont munies de deux robinets pour introduire à volonté l’eau chaude ou la froide. La première dérive directement de la source; l’eau froide est fournie par un réservoir particulier. Dans un grand nombre d’établissements on fait usage d’un troisième robinet, servant à l’introduction de l’eau douce avec laquelle les médecins ordonnent fréquemment de couper l’eau minérale, trop forte pour certains malades.
Les bassins sont de forme carrée ou oblongue et l’on y descend par quelques marches. Chaque bassin a son cabinet à part, isolé complètement, ou séparé des autres par une simple cloison et donnant sur une salle commune. Conformément à un arrêté de police, il doit y avoir, dans chaque chambre de bain, une sonnette et un thermomètre. Le service des baigneurs est confié à un domestique surveillant et à une femme de charge ( Bcidcincistcv et Bcidcfi ciii). Dans chaque établissement on trouve des appareils à 1 usage des pei sonnes paralytiques ou impotentes, au moyen desquels on lis descend dans le bain sur des chaises à rouleaux; des douches
ordinaires dans tous les cabinets; des douches ascendantes, descendantes, sous forme de cascade ou de pluie.
Les bains de vapeur sont tenus de préférence par les établissements situés à proximité des sources et consistent en cellules closes pour recevoir le corps entier ou en appareils destinés à renfermer une partie du corps seulement. Ils reçoivent directement de la source les vapeurs et les gaz qui s’en dégagent.
Parmi nos sources thermales, il en est d’assez abondantes pour suffire à l’alimentation de plusieurs maisons de bains. Le Kochbrunnen en fournit neuf, l’Aigle quatre, le Schiitzenhof et le miroir deux. Les autres maisons ont leur source particulière, à l’exception de deux qui se font amener l’eau par voiture.
Nos hôtels appartiennent tous à des particuliers qu’une louable émulation porte à ne rien négliger pour l’amélioration du service, en se conformant, autant que possible, aux prescriptions des médecins et aux désirs des baigneurs. L’arrangement intérieur diffère par le luxe et l’élégance, suivant les prix. Même les plus modestes ne laissent rien à désirer sous le rapport de la commodité et de la propreté. Les uns répondent aux goûts ds l’opulence; d’autres sont accessibles à la plus humble fortune.
Par leur exposition, leur étendue, leur arrangement intérieur, quelques hôtels sont mieux appropriés que d’autres au traitement de certaines maladies et plus convenables pour des tempéraments exceptionnels. Ils ont sous ce rapport une valeur relative que les hommes de Part sont seuls à même d’apprécier.
La plupart ne fournissent que le bain, le logement et le déjeuner; quelques uns sont en même temps des restaurants. On peut, en général, les diviser en trois classes, suivant les prix : 1 classe; bains de 36 à 48 kr, douches 24 kr, chambres (le 1 n. à 2 fl. 30 kr. par jour. 2de classe, bains de 18 à 36 kr, douches de 12 à 18 kr, chambres de 30 kr. à 1 fl. 30 kr.
3e classe; bains de 6 à 18 kr, douches de 6 à 12 kr, chambres de 18 à 30 kr. Le déjeuner consiste en café, en thé et se paie de 12 à 48 kr, suivant que le service est plus ou moins complet. La table d’hôte d’ 1 heure coûte de 36 kr. à 1 fl. et celle de 4 heures de 1 fl. 30 kr. à 1 fl. 45 kr. Chez quelques restaurateurs, les étrangers trouvent à diner à meilleur compte, soit au restaurant même, soit en se faisant servir à domicile. Ce genre de pension est surtout avantageux pour les personnes qui ont de la peine à résister aux séductions d’une table abondante et recherchée.
Nous n’avons pas ce qu’on appelle une table de malades où l’on ne sert que des mets dont l’usage est généralement permis aux baigneurs. Les essais, pour en établir une, sont jusqu’à ce jour restés infructueux par suite de l’opposition suscitée par l’intérêt privé et surtout à cause de la trop grande affluence des étrangers au fort de la saison. C’est donc l’autorité du médecin et l’empire que le patient exerce sur lui-même qui peuvent seuls soustraire ce dernier aux écueils de la tentation.
Outre les établissements de bains proprement dits, nous possédons un grand nombre de maisons particulières qui reçoivent des étrangers surtout quand les premiers sont entièrement occupés. Les malades y prennent le bain à domicile, dans des cuves, ou se rendent, à cet effet, à l’établissement le plus voisin. Cette dernière méthode n’est autorisée par les médecins que dans des cas exceptionnels et quand le temps est tout— à— fait favorable.
Nos eaux minérales ont acquis leur célébrité par 1 usage qui en a été fait sur les lieux-mêmes. Prises loin de la source, elles n’exercent plus qu’une action imparfaite. Lorsqu elles doivent servir pour bains, on peut les transporter à de petites distances. Ceci se pratiquait autrefois plus fréquemment que de nos jours. On les expédiait, en tonneaux, dans les environs, à Francfort, a Mayence, dans le Rhingau et jusqu à
Weilbourg, sans qu’elles perdissent, pendant ce trajet, leur chaleur naturelle.
Il s’en fait, de nos jours, des envois considérables en cruchons, pour l’usage interne. Chaque année on en expédie des milliers dans toutes les parties du monde. Ce commerce date de longtemps, ainsi que nous l’apprend Juengken. En 1714 par exemple, le roi d’Angleterre en fit venir mille cruchons à Londres et à Hano vre. Quand l’emplissage s’en fait avec précaution et qu’on bouche les cruchons avec rapidité, de manière à éviter le contact de l’air, l’eau ne subit qu’une altération insignifiante dans sa composition chimique et peut servir à l’étranger, sans inconvénient. On l’emploie ainsi, fréquemment, pour les traitements préparatoires et pour ceux ordonnés aux malades après la cure.
Tout propriétaire de sources peut vendre son eau comme bon lui semble; cependent, l’administration des hospices est spécialement chargée de l’opération de l’emplissage et de l’emballage qui, se trouvant ainsi contrôlée, offre aux consommateurs toute la garantie désirable et la certitude qu’aucune des précautions nécessaires n’a été omise.