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Chapitre VI

Description du versant méridional du Taunus,

La chaîne du Taunus, dont le versant méridional comprend le territoire de Wiesbaden et des environs, exerce une puissante influence sur l’état et sur la nature de nos localités, non seulement en donnant naissance aux sources thermales, véritables artères de notre bien-être matériel, mais encore, en agissant d une manière très sensible sur la végétation, sur la constitution du règne animal et même sur celle des habitants.

Cette influence si étendue s’explique aisément. Il est évident que la configuration géographique du Taunus, la hauteur* la direction et la disposition de ses montagnes et de ses vallées, la richesse de ses eaux, constituent les principales causes de notre climat. Les effets de ce climat, joints à ceux de la disposition géologique des roches et de la composition chimique du sol de la montagne, produisent notre riche et luxuriante végétation. De celle-ci dépend nécessairement le règne animal. L’un et l’autre règne, ainsi que le climat et la qualité de l'eau exercent, à leur tour, une action multiple sur le développement physique de l’homme. Enfin, celui-ci, en même temps qu’il entre dans la voie du perfectionnement intellectuel et moral, veut utiliser les propriétés du sol sur lequel il vit et aspire à dominer les forces de la nature. Par là s’établit une réciprocité de rapports qui, en réagissant sur la direction de son esprit, sur son éducation intellectuelle, déterminent le genre de ses occupations et le degré auquel il est appelé sur l’échelle de la civilisation.

Il convient donc de jeter un coup d’œil attentif sur la disposition générale et sur la nature des differentes roches de cette chaîne.

Sous le rapport géographique et géologique, le Taunus fait partie du système rhénan, formé par le schiste de transition, situé entre 22° et 26°, 30' longitude est et 50° et 51°, 50' latitude nord, s’étendant, de l’est à l’ouest, depuis la Meuse et la Sambre jusqu’à la ligne de séparation des eaux du Rhin et du Weser et, dans le sens du sud an nord, depuis les bords de la Nahe et du Main jusqu’aux plaines basses des Pays-bas et de la Westphalie.

Deux chaînes, dépendantes de ce système, traversent le duché de Nassau; l’une au nord, le Westerwald, l’autre au midi, le Taunus. Celui-ci prend naissance à Nauheim et se prolonge, dans la direction du nord-est au sud-ouest, jusqu à Asmanshausen, à travers une partie de l’électorat de Hesse, de Hesse-Darmstadt, de Hombourg et de Nassau et se continue même de l’autre côté du Rhin par la chaîne du Hunds-

rücken. Long de dix-huit lieues sur huit on neuf de largeur, il est borné par le Rhin, le Main et la Lahn. Son versant sud, sud-est et sud-ouest, en face du Rhin et du Main, est abrupt et se développe, en partant du point culminant, le Feldberg, jusqu’à la plaine, sur une étendue de trois lieues, et d’une lieue et demie seulement, à compter du Niederwald aux rives du Rhin. Au nord-est et au nord, vers la vallée de la Lahn, il descend en pente douce et s’avance par de longs contreforts jusqu’aux bords, de cette rivière, sur une distance de six à huit lieues. Sa ligne de faîte consiste en une suite de sommets coniques, séparés par de hautes vallées, dont quelques unes, très faiblement déprimées, forment des espèces de plateaux.

Les plus hautes cimes s’élèvent au nord-est. Nous citerons le grand Feldberg, mesurant 2721 pieds au-dessus du niveau de la mer; le petit Feldberg, 2482 p. et l’Altkonig, 2449 p. Dans la région moyenne de la chaîne, les points culminants sont, la Flatte 1418 p. le Trompeter, 1483 p. et la Hohewurzel, 1781 p. situés tous trois derrière Wiesbaden auquel ils servent de rampart contre les vents de la région septentrionale. A l’autre extrémité, vers Asmanshausen , la chaîne s’abaisse graduellement.

Les contreforts du Taunus, en face du Rhin et du Main, sont courts et rapides. Tantôt ils se perdent, en formant de petites plaines ; tantôt ils s’avancent vers le fleuve, qui les baigne, et donnent naissance à ces collines du Rhingau, favorisées du soleil, ou croît un vin généreux, célèbre dans toute 1 Europe. Ceux du nord s’étendent au loin, dans la vallée de la Lahn; stériles et déserts à leur naissance, leurs derniers gradins seulement révèlent quelques germes de fécondité.

Les vallées méridionales, peu profondes, sont en général perpendiculaires à la direction de la chaîne. De leurs flancs jaillissent la plupart de nos sources minérales. Deux d’entre elles, seulement, ont une certaine étendue et se distinguent par les beautés dont la nature s’est plu à les orner. L’une vers

1 est* arrosée par la rivière noire, prend naissance au sud d’Eppstein et, après avoir reçu le tribut de quelques ruisseaux secondaires, s’ouvre sur la vallée du Main. Ses roches escarpées, ses cascatelles, sa végétation alpestre en font une des contrées les plus atti ayantes, les plus romantiques de la montagne et lui ont valu le surnom de Suisse nassovienne.

L’autre, formée par la Wisper, la seule qui ait une direction paralelle à la montagne, commence au village de ce nom, sert de débouché à un grand nombre de vallons riches en sources minérales et s ouvre sur les rives du Rhin près de Lorch. Elle est d’un caractère sauvage et pittoresque. Ses roches élevées et taillées à pic semblent parfois ce rencontrer et ne laissent au voyageur qu’un étroit sentier, aux bords de l’impétueux torrent. Les cimes voisines sont couvertes de haute-futaie et couronnées de vieux châteaux en ruines, parmi lesquels nous citerons Geroldstein et Kammerberg dont les sites pittoresques et les curieuses légendes excitent l’intérêt du touriste. Les montagnes de cette vallée, généralement stériles et désertes, se bordent de vignobles vers les rives du Rhin. Souvent, à travers le Wisperthal, souffle vers le fleuve un vent impétueux qui a fait chavirer plus d’une nacelle et dans lequel le nautonnier croit reconnaître autre chose qu’un simple phénomène de la nature.

Parmi les vallées secondaires de notre versant, nous ne mentionnerons ici que celles présentant quelqu’intérêt par les sources minérales qui y prennent naissance : la vallée de l’Us avec les eaux de Nauheim; celle du Hartenbach avec Hombourg ; le Cronthal aux eaux du même nom; la vallée de la Saltzbach avec Soden; celle de Weilbach aux sources sulfureuses; le Mühlthal et Wiesbaden ; la vallée de Walluf avec Schlangenbad, et celle du Saltzbach, aux eaux salines, près d’Eltville.

Les vallées dont l’un des versants seulement est formé par le Taunus et qui, parconséquent, bornent la chaîne, sont celles du Main, du Rhin et de la Lahn. Les deux premières comprennent le versant sud-ouest du Taunus.

Le Main vient de l’est et se rapproche, près de Francfort, des collines les plus avancées de la montagne dont il baigne le pied, jusqu’à son confluent avec le Rhin, près de Mayence. 11 coule lentemeut à travers la plaine à peine interrompue par d’insignifiants mamelons. A Francfort, son nivean est élevé de 232 pieds au-dessus de la mer et à 216 pieds seulement à son confluent. La chute de ses eaux est donc très faible; aucun rocher, aucun écueil n’en trouble le paisible cours. Aon loin de sa jonction avec le Rhin, s’élève le coteau de Hochheim, célèbre par ses vins.

Le Rhin touche aux contreforts du Taunus vis-à-vis de Mayence et en forme la limite méridionale et occidentale, sur une longueur de 27T692 pieds. Si nous en croyons les indications géologiques, le Rhin, dans des temps très reculés, se perdait, près de Bâle, dans un grand lac intérieur, dont il ne se dégageait qu’à Riidesheim, pour former ensuite, selon toute vraisemblance, une cataracte près de Bonn. L’élévation de l’ancien lit se reconnaît distinctement aux couches de sable que l’on trouve à une hauteur de 400 à 600 pieds, sur les plateaux de Boppart et de Liebenek, formés par des alluvions de sable et de glaise, tels que le Rhin en charrie encore de nos jours. Dans le cours des siècles, le fleuve s’est creusé un lit de plus en plus profond, en mettant à nu le grand filon de quartz près Bingen, jusqu’à ce que la main de l’homme eût fait disparaître les derniers obstacles qui obstruaient son cours dans le Bingerloch (tourbillon de Bingen). L’inégalité de sa chute témoigne, encore aujourd’hui, de cet ancien état de choses. De Mayence à Rtidesheim, sur une longueur de quatre lieues, elle n’est que de deux pieds, tandis qu’elle mesure 134 pieds, de Riidesheim, à Coblence, sur une distance de neuf lieues. Au-dessus de la première de ces villes, le Rhin est large de 2500 pieds; ses ondes paisibles et calmes, coulent majestueusement et baignent de nombreuses îles. Au-dessous, reserré entre de hautes falaises

et des rochers taillés à pic, il occupe souvent tout le fond de la vallée et roule sur des écueils, ses flots impétueux.

La contrée elle-même semble reproduire ces caractères opposés. En amont de Rüdesheim les bords du fleuve forment le délicieux Rhingau, vrai paradis de l’Allemagne, avec ses campagnes riantes, fécondes et bénies du ciel, ses villes attrayantes, ses élégantes villas, ses coteaux qui se développent au loin et où le raisin se dore aux rayons du soleil; tandis qu en aval, on voit de romantiques montagnes, toutes hérissées de rochers en saillie, déchirés et surplombant avec une hardiesse effrayante, de sombres ravins, des gorges horribles, des cimes couronnées d’anciens burgs et de châteaux en ruines. Contraste éminemment poétique, que célébrèrent souvent dans leurs vers, les chantres les plus chéris de l’Allemagne.

Les propriétés climatériques diffèrent aussi d’une manière frappante d’un versant à l’autre. Celui du midi est abrité contre les vents de la zone septentrionale et reçoit les rayons du soleil dans une direction perpendiculaire; la pente en est abrupte, comme nous l’avons dit plus haut; les habitations y sont dans une situation moins élevée et, par cela même, plus chaudes, ainsi que toute la contrée, qui jouit d’un des climats les plus doux de l’Allemagne.

La végétation y est remarquable par sa vigueur et l’excellence de ses produits, La nature du sol même est différente de celle du nord. Au midi la vigne, le figuier, le pêcher, le mûrier, le châtaigner et l’amendier réussissent à merveille et de magnifiques forêts de hêtres couronnent les hauteurs. Au versant septentrional, dont les flancs stériles s abaissent insensiblement, nous trouvons tout le contraire; la terre y fournit à peine les fruits les plus communs, même les bois

y sont clair-semés et manquent de vigueur.

La flore du Taunus n’est pas sans intérêt pour le botaniste auquel elle fournit un butin des plus variés. Nous renvoyons, pour la connaissance détaillée des plantes de nos montagnes, à la Flore de Rudio, travail très complet, formant le septième

cahier de l’annuaire de la société d’histoire naturelle du duché de Nassau.

Wiesbaden occupe, par rapport aux points les plus curieux du Taunus, une position presque centrale et s’y relie par d’excellentes chaussées, des chemins de fer, la navigation à vapeur. Nous citerons, du côté de la montagne, dans un rayon d’une ou deux lieues, le Neroberg, la Platte, château de chasse du Duc, le Chaussée-haus, la Hohewurzel, le Nürnbergerhof et en général tous les points élevés d’où l’œil, plongeant dans les majestueuses vallées du Main et du Rhin, dans les groupes du voisinage et jusqu’aux montagnes lointaines de l’Odenwald et du Hundsrücke, découvre une vue vraiment ravissante. Dans les vallons les plus rapprochés, les ruines de Sonnenberg, le burg d'Eppstein et le couvent de Clarenthal nous attirent par leur site romantique et leurs souvenirs d’un autre âge.

Vers le Rhin, nous rencontrons Biebrich, Castel et Mayence; une demi-journée suffit pour les visiter. Biebrich, résidence ducale, possède un beau château, un parc magnifique, des serres chaudes, construites dans un style moderne et du meilleur goût. On y voit des plantes rares et tropicales et un jardin d’hiver, merveille de la contrée, que l’on dirait sorti de la main des fées.

De Biebrich on apperçoit Castel et Mayence avec ses fortifications, ses clochers dorés, ses nombreux vaisseaux pavoisés.

Le bateau à vapeur transporte nos baigneurs vers les points du Rhingau plus éloignés; Eltville, les eaux de Schlangenbad, les caves d’Eberbach, la maison d’aliénés d’Eichberg, le Johannisberg, Rtideslieim, le Niederwald, Bingen &c. appellent de ce côté l’attention des visiteurs. Plus bas, même jnsqu à Coblence, les rives du fleuve peuvent être parcourues en un jour pendant la belle saison.

Le chemin de fer nous lance dans la vallée du Main. La nous trouvons pour but de nos excursions, Hochheim, les

eaux de Weilbach, Soden, Cronthal, Homburg et Nauheim, le Feldberg avec les ruines de Konigstein et de Falkenstein, enim, Francfort, la cité orgueilleuse, avec ses richesses et ses trésors artistiques.

OOS &GOlo giques de la montagne sont de deux sortes; lune compend les roches du Taunus proprement dites, consitant, à quelques exceptions près, en schiste rhénan ; l’autre est composée d’un terrain tertiaire plus récent et provenant des dépôts du grand lac intérieur qui couvrait autrefois la vallée.

Les roches les plus anciennes de la chaîne diffèrent d’un versant à l'autre; celui du midi, ainsi que la crête, consiste en quartzite et en schiste ; lagrauwake forme celui du nord-est.

Le caractère particulier des roches du Taunus a été diversement interprété par les géologues anciens et les modernes. Les premiers, principalement Stift*) **), les envisagent comme une formation sui generis, très distincte des rochers du versant septentrional, tant sous le rapport de l’aspect que présente leur ensemble que par la dissemblance des masses dont elles se composent. Leur opinion se base sur la composition particulière de ces roches, leur affaissement septentrional, la structure cristalline du principal membre du groupe et l’absence de pétrifications. Stift leur trouve une grande analogie avec les roches de quartz talqueuses et chloritiques de l’Ecosse, décrites par Boué. Il les classe entre les roches primitives et celles de transition, les range néanmoins avec les premières et par suite, parmi les plus anciennes formations du bassin rhénan. Une deuxième opinion, plus moderne, introduite d abord par les géologues anglais Murchison et Sedgwick " et appuyée de nouveaux arguments par Renier et Sandberger, leui attiibue le même âge que celui des autres roches de tiansition et

*) Description géognostique du duché de Nassau 1831.

**) on the distribution and classification ol the older deposits in the north of Germany and Belgicum.

explique la différence de leur structure au moyen d’une métamorphose par suite de laquelle la grauwake se serait transformée en roches du Taunus. Ces géologues se fondent sur la transition souvent observée de ces dernières en pure grauwake et sur la présence, dans celle-ci, de pétrifications ayant tous les caractères qui distinguent celles de la grauwake rhénane à l’état normal.

D’autres révoquent en doute la dépression septentrionale des roches du Taunus ainsi que l’affaissement méridional de la grauwake. Ce prétendu contraste proviendrait, selon eux, de perturbations qui auraient détruit la stratification normale de ces roches. Quant à nous, les motifs allégués par Sandberger, nous ont pleinement convaincus. Cependant, il n’en reste pas moins un point fort difficile à expliquer, savoir, comment s’est opérée la métamorphose de la grauwake en roches du Taunus. La structure cristalline de ces dernières semble, il est vrai, rapprocher leur formation originairement neptunienne d’une formation plutonique et rend ainsi plausible le fait d’une transformation par la chaleur. Mais, est-ce aux effets de cette chaleur qu’il faut attribuer le soulèvement de toute la chaîne et la rupture des strates schisteuses dont la position primitive était horizontale, ainsi que la transformation de la grauwake en roches d’une nature plus cristalline, en admettant, par hypothèse, qu’elle ait agi sur le versant méridional avec une plus grande énergie? Ou bien, faut-il supposer avec d’autres géologues*) que cette transformation s’est effectuée peu à peu par l’influence d’une chaleur continue et peut être assez modérée, mais agissant sous une pression considérable ? Voila ce qu’on ne saurait décider avec certitude. La première hypothèse a pour elle la vraisemblance. N’acquiert-elle pas, d ailleurs, un nouveau degré de probabilité, quand on considère que cette force plutonique qui est censée avoir opéré la transformation des roches, en frappant avec plus d’énergie

*) holle, le Taunus aux environs de Hombourg.

le versant méridional cln T au nu s, a réellement soulevé cette région à une hauteur supérieure à celle du versant septentrional. D’ailleurs, pour produire un pareil effet, elle a dû nécessairement agir avec une grande intensité et sur un développement considérable, autrement elle n’eût pu opérer ni le changement de structure d’une telle étendue de roches, ni le soulèvement gigantesque des masses de la montagne. Remarquons en outre, qu’au versant méridional, la masse pyrogène s’est frayé un passage assez faible et par endroits seulement, tandis que dans la partie septentrionale, surtout vers le Westerwald, les roches en fusion ont traversé la grauwake et formé par-dessus des couches d’une grande puissance.

Les roches du Taunus, schiste et quartzite, de notre versant, sont bornées au nord par la formation de la grauwake, reconnaissable à une forte dépression. Vers le sud, elles sont limitées et en même temps recouvertes par des couches de terrain tertiaire charrié par les eaux. Elles forment un dos de montagnes, courant du nord-est au sud-ouest, parallèlement à la direction générale des strates, entre hora 4 et 6, et qui prend naissance à Nauheim, au Johannisberg, s’élève delà jusqu’aux sommets les plus élevés, puis s’abaisse, entre Asmanshausen et Aulenhausen, pour se continuer de l’autre côté du Rhin. Le schiste occupe la partie méridionale du versant, le quartzite la région supérieure et la ligne de faîte *0- Cette particularité s’explique aisément. Le schiste, plus exposé que le quartzite à l’action destructive du temps, fut, en maint endroit, enlevé par les eaux, après avoir été décomposé et réduit en poussière. Le quartzite domina graduellement et le talus de la chaîne, formé par ce dernier, devint très abiupt jusqu’à la naissance du schiste dont la surface prit 1 aspect d’une sorte de terrasse s’étendant le long des flancs de la montagne.

*) Pour faciliter au lecteur l’intelligence de cette matière, nous avons joint au volume une carte géologique contenant l'indication de ces diverses roches et celle de leurs limites respectives.

Les roches du Taunus s’affaissant vers le nord, par opposition à la grauwake dont la dépression est généralement méridionale, donnent lieu à cette stratification en forme d’éventail que l’on observe fréquemment sur les confins des deux espèces de roches. Les strates présentent néanmoins, dans leur disposition et leur affaissement, des irrégularités, de nombreuses perturbations. Souvent elles sont contournées d’une façon étrange, courbées en tout sens, soulevées en forme de vagues, dressées de bout, déchirées même. Tout indique qu’elles ont été, postérieurement à leur formation, soumises à l’action d’une force mécanique considérable. Ces irrégularités se rencontrent de préférence dans les endroits où le schiste est traversé par des filons de quartz et dans le voisinage des sources minérales.

Le schiste du Taunus se divise, d’après Sandberger*), en schiste normal et en bigarré. Il n’y a pas fort longtemps qu’on le croyait d’une nature argileuse, talqueuse et chloritique; mais l’analyse du Dr. List**) a fait voir que toutes les variétés en sont composées, dans des proportions variables, de quartz et d’un minéral nouveau qu’il nomme sericite, minéral qui a beaucoup de ressemblance avec le talc, mais qui est d’un poids spécifique plus considérable et se compose, sur 100 parties, de 51,831 d’acide silicique, 22,218 d’argile, 7,500 de protoxide de fer, 1,380 de magnésie, 9,106 de potasse, 1,747 de soude et 5,560 d’eau. Les proportions du sericite et du quartz diffèrent beaucoup, suivant les variétés du schiste. Dans le schiste normal de Sonnenberg près Wiesbaden, List trouva, sur cent parties, 58,053 de séricite et 41,947 de quartz; dans le schiste bigarré de la Leichtweishohle, 60,110 de séricite et 22,001 de quartz.

L’analyse du schiste bigarré, en y comprenant les parties solubles dans l’acide chlorhydrique, donne, d’après le même chimiste, les résultats suivants :

*) Esquisse des sources du duché de Nassau.

**) Annuaire de la société d’histoire nat1Ie. du duché de Nassau. 6e cahier.

parties solubles clans

parties in-

parties solub, et

acide silicique . ,

1 acide chlorh.

solubles.

insolub. réunies.

argile .

oxide de fer . .

protoxide de fer .

magnésie ....

chaux .

traces

potasse ....

soude .

eau .

100,002 . 99,996 . 100,000 List soumit pareillement à l’analyse le schiste normal, qu’il

traita par l’acide chlorhydrique concentré et trouva pour les parties insolubles: acide silicique 78,004; argile 9,729; protoxide de fer 2,678; magnésie 0,290; chaux 4 ,124 ; potasse 4,617; soude 3,114; eau 1,067. Il négligea les éléments solubles qui forment 5 parties 31 centièmes sur cent de toute la masse. Cette analyse fut également entreprise par Mr. Wildenstein qui opéra par l’acide chlorhydrique étendu d’eau et qui négligea pareillement les parties solubles. Voici les résultats qu’il a obtenus: acide silicique 72,87; argile 13,71; protoxide de fer 3,48; magnésie 0,61; potasse 5,29; soude 1,30; eau 3,28.

Le schiste normal est un mélange très intime de sericite

et de quartz, d’une couleur vert-clair et d’un feuilleté régulier

et assez poli. Il se trouve d’ordinaire dans les régions basses

et n’est pas très répandu. Entre Dotzheim et Naurod, où il

prédomine , il existe de grandes carrières de ce minéral. La

ville en tire de bons matériaux de construction. On en trouve

aussi dans la direction du nord-est aux environs de Cronthal,

Soden et Hombourg. Il est traversé par de nombreux filons

de quartz contenant du fer oligiste, de Lalbite cristalline, du

sericite et du spath fusible. La stratification généralement

régulière en présente cependant quelques perturbations. Les

strates affectent alors une direction verticale ou opposée,

ce qui a lieu le plus souvent aux environs des sources minérales.

Le scliiste bigarré est beaucoup plus commun que le précédent. Il embrasse la majeure partie de la zone schisteuse et apparaît même, par masses isolées, sur l’autre versant, près de Hombourg, parmi des couches de quartzite et de grauwake. Il est de couleur rouge, bleue, violette, vert-foncé, même noirâtre quelquefois. Moins dur que le schiste normal, d’un feuilleté plus régulier, il contient de la baryte granuleuse formant près de Nauheim des couches de cinq à six pieds d’épaisseur, de la mine de fer brune qui parait tout le long de la montagne, de la pyrite cuivreuse et sulfureuse, de la malachite &c. &c. La baryte et la mine de fer servent de matériaux de construction.

Des fdons de quartz d’une grande puissance, parallèles entre-eux, traversent le schiste du Taunus du sud au nord et se dressent en forme de crête au-dessus du schiste décomposé par le temps. On en remarque près de Frauenstein, au Nerothal et non loin de Kônigstein, de Soden et de Hombourg. Le plus considérable de ces filons, d’une épaisseur de 60 a 70 pieds, se trouve à quelque distance de notre ville; il s’étend de Georgenborn jusqu’au-delà de Frauenstein et porte le burg de ce nom ainsi que le Nürembergerhof. Celui du Nerothal, encore plus rapproché, aboutit, vers le sud, aux environs du Schtitzenhof. *) **) Un autre, près de Naurod, y forme les rochers pittoresques de la Pierre-grise. On rencontre fréquemment, dans ces filons, surtout dans ceux de Frauenstein et de Naurod, des cavités cristallines remarquables, suivant Sandberger, par des empreintes de spath barytique.

Plusieurs géologues ont cru expliquer ce singulier parallélisme des filons de quartz, en supposant un déplacement violent et extraordinaire des masses de la montagne; la distribution toute particulière du schiste normal et du bigarré s’y prête aisément et confirme de plus en plus l’hypothèse dont nous avons

*) Nous avons déjà mentionné plus haut que la source de cet '

hôtel jaillit de dessous un roc de quartz.

parlé plus liant, d’une force souterraine dont l’action se serait portée de préférence sur le versant méridional du Taunus.

Les extrémités du schiste, surtout du bigarré, absorbent volontiers l’eau météorologique; celle-ci pénètre par les interstices jusqu’au sein des montagnes, divise les roches en feuilles et en écailles et les transforme par son action continue en une argile verdâtre; cette dernière est elle-même décomposée, les bases alcaline en sont dissoutes et il en reste une argile colorée par de l’oxide de fer.

La destruction rapide du schiste et la décomposition plus lente de la grauwake donnent naissance à ce terrain favorable à la végétation et cause de la fertilité remarquable de notre contrée ; la dissolution des alcalis y joue, sans aucun doute, un rôle important, surtout dans la croissance de la vigne et des forêts.

Au versant sud, la zone schisteuse est rompue en beaucoup d’endroits par le basalte qui s’y présente en forme de cimes arrondies. Anciennement on n’en connaissait qu’un petit nombre. De nos jours on en a découvert toute une série qui se développe le long de la montagne et traverse de préférence la zone du schiste normal. On en connaît près de Nauheim, au Seedamm dans les environs de Homburg, près de Cronthal, Bommershain, Soden, Eppstein, Naurod, Wiesbaden, Oestrich et dans la montagne de Rüdesheim. Cette apparition du basalte n’est en aucun endroit très considéiable, mais elle n’en prouve pas moins que les masses liquéfiées par la chaleur se sont frayé un passage sur toute la longueur de notre versant. Le gisement le plus étendu de ce minéral se voit à Naurod à deux lieues de Wiesbaden. Sandberger l’étudia de plus près et en donna une description'")- Celte roche se présente sous forme de lames et de spheroides irréguliers. Les schistes contigus sont d’une coloration foncée, d’un brun presque noirâtre et durcis partiellement ainsi que les rag ments que l’on en rencontre dans le basalte meme, avec es

*) Annuaire de la soc

d’hist, nat. du duché de Nassau, 6e Caliiei.

éclats de quartz et de porphyre micacé. Les minéraux que l’on y trouve le plus souvent sont l’olivine en forme de houles renfermant des broncites; du titanate de fer impur et de la hornblende. La pyrite aimantée et la mine de cuivre bigarrée s’y montrent aussi; mais plus rarement. Il semble donc que le basalte ait non seulement traversé le schiste mais encore un fdon de mine de cuivre existant dans le voisinage et un gisement de porphyre micacé qui n’a vu le jour sur aucun point de cette région, d’où il semble résulter que le basalte est portérieur à ces derniers.

On rencontre le basalte à une demi-lieue de notre ville, dans un vallon dépendant du Sonnenbergerthal, nommé le Tennelbach. Stift assure qu’à Wiesbaden même, en creusant un puits dans la Wilhelmsstrasse, on en a découvert, à une profondeur de trente pieds, qui est en tout semblable à celui du Tennelbach. L’analyse que vient d’en faire Mr. Erlenmeyer a donné les résultats généraux suivants:

Environ un demi pour cent d’alcalis, savoir:

potasse . 0,285

soude . 0,324

Les autres parties n’étant pas encore suffisamment déterminées, nous nous réservons de les publier plus tard, s’il est possible.

Le quartzite forme les couches supérieures des roches du Taunus dont il occupe la crête et les sommets et diffère des autres roches par la position peu inclinée, souvent horizontale de ses strates. La géologie n’a pas dit son dernier mot sur la nature de ce minéral. D’après Stift, il n’appartiendrait pas à la formation schisteuse proprement dite, mais à un autre plus récente et Sandberger lui attribua aussi d’abord une origine plus récente que celle du schiste et de la grauwake ; mais depuis, ce dernier s’est rangé à l’opinion de Ralit*) et de Romer, d’après lesquels quartzite et schiste seraient

*) Annales de la chimie et de la pharmacie de Wohler et Liebig.

contemporains du soulèvement de la montagne; opinion confirmée par le fait de la transition fréquente du quartzite en schiste et l’alternation de leurs strates.

Le quartzite se compose ordinairement de grains anguleux liés par une masse de la même substance ou, ce qui est plus rare, d’argile. Les strates en sont tantôt distinctes, tantôt en partie effacées. En fait de minéraux, on y observa jusqu’à présent du feldspath, de la mine de fer brune et de la graphite.

Des couches de terrains tertiaires recouvrent les régions inférieures du versant méridional du Taunus dont elles forment la dernière terrasse. Elles proviennent en partie des depots d’un grand lac d’eau salée qui s’étendait dans la vallée du Rhin, depuis Landau jusqu’à Bingen, où il s’écoulait en formant un rapide sur les masses de schiste et de quartz alors unies du Hundsrück et du Taunus. A mesure que ce lac diminua d’étendue et que l’eau fluviale du Rhin, du Main et du Neker remplaça l’eau salée, les dépôts perdirent également leur nature marine et se transformèrent peu à peu en dépôts d’eau douce. Le fond de cette antique méditerranée est encore reconnaissable anjourd’hui. On le désigne sous le nom de bassin de Mayence et les formations qu’on y trouve, d’après Sandberger, sont les suivantes :

1. Des gisements de sable marin et de grès, dans la partie ocidentale du bassin, et reposant immédiatement sur le schiste du Taunus. On n’en rencontre dans la région

du Taunus qu’au pied du Rothenberg près de Geisenheim et à Oberursel. Ce sable consiste en grains de la grosseur d’un pois et contient peu de pétrifications; la présence de dents du squalus cornidricus , Blain, et de la calyptr ea vulgaris suffit cependant pour en démontrer 1 origine

marine.

2. La glaise marine bleue, formant des gisements considéi ablcs près de Castel et de Hattenheim dans le Rhingau. Elle contient diverses pétrifications marines, principalement

des coquillages ; Sandberger frère y découvrit aussi des restes d’un grand mammifère que Mr. de Meyer reconnut pour appartenir à V anthracotherium alsaticum , Cuvier.

3. Du calcaire d’eau douce. Il en existe près de Hoclilieim un lit d’un quart de lieue environ de largeur. Très riche en coquillages, ce calcaire contient également des restes d’animaux vertébrés. L’emplacement qu’il occupe aujourd’hui était sans doute, pendant la période de la formation tertiaire, l’embouchure d’un grand fleuve tombant dans le bassin de Mayence.

4. Du calcaire cerithique. Les gisements de l’espèce précédente se transforment, près de Florsheim, en un calcaire différent, formé pas des dépôts d’eaux n’ayant plus qu’un degré assez faible de salure et qui est riche en mytilus et en cerithes.

5. Du calcaire de littorine dont les couches sont, avec celles de l’espèce suivante, les plus répandues de tous les terrains du Taunus. Un grand tractais de ce minéral s’étend de Castel à Erbenheim, Bierstadt, Wiesbaden et Schierstein et se rencontrerait, sans ancun doute, dans la profondeur de tout le bassin de Wiesbaden. Des milliers de coquillages, appartenant à la littorinella acuta , AL Braun, dont la masse entière de ce calcaire est parfois composée, prouvent que c’est un dépôt provenant d’eaux salées, mélangées d’eau douce. C’est le plus riche de tous les terrains du bassin de Mayencè en débris de vertébrés. Nous nous bornerons à indiquer ici ceux du rhinocéros incisivus , Cuvier , de l hypotherium Meissneri, de plusieurs sortes de palaeomerix, de tortues et de crocodiles.

6. De la glaise gris-verdâtre, très répandue, formant le principal dépôt de la lignite, recouvrant le calcaire et en partie le schiste du Taunus. Elle est très commune * dans la vallée du Main et entre Wiesbaden, Erbenheim et Castel et l’on y trouve constamment de la pyrite sulfureuse ainsi que du gypse. Moins riche que le calcaire

en pétrifications animales, elle contient, près de Bommershain, des gisements de lignite et même à Wiesbaden on y découvrit du bois et des fruits pétrifiés. La faune de ce terrain, dont les espèces vivent encore de nos jours dans les lagunes de la Méditerrannée, indique également des dépôts formés par des eaux ayant déjà perdu de leur salure.

7. Du grès contenant du spath barytique, aux environs de Wiesbaden et de Hombourg, reposant immédiatement sur le schiste du Taunus. 11 forme, près de notre ville, la partie septentrionale de cette ceinture de collines qui entourent notre bassin. Dans les couches supérieures de ce minéral, on rencontre fréquemment du spath barytique en tubercules ou dans des crevasses, à l’état cristallisé. Les couches des terrains tertiaires occupent toutes une position horizontale et ne présentent point de perturbations, si ce n’est lorsqu’elles ont été fléchies ou brisées par la déhiscence du calcaire. Sandberger leur attribue une puissance de 250 à 300 pieds, au maximum. Elles contribuent puissamment, avec celles dont nous allons nous occuper, à la fécondité du sol de notre contrée.

Au dessus des formations tertiaires, s’étendent les dépôts diluviens qui, d’après Sandberger, sont de trois sortes présentant des différences sensibles de structure et de niveau.

1. Aux endroits les plus bas de la vallée du Rhin et du Main, on rencontre alternativement des lits de sable grisjaunâtre et de galets pins grossiers, renfermant, outre les roches du Taunus, les calcaires, les grès et les granits du Spessart, de l’Odenwald et de la Forêt-noire. Ce sable, surtout près de Mosbach, sur les deux côtes de la chaussée, abonde en coquillages et en débris de vertébrés, dont Al. Braun, Raht et de Meyer ont donné une description détaillée. On y compte jusqu’à soixante-cinq especes appartenant à des mollusques qui existent encore de nos ours Parmi les débris de vertébrés, Mr. de Meyer reconnut les genres elephas rhinocéros, hippopotamus, ursus &c.

Ces débris font connaître la différence des dépôts du Rhin de ces temps là avec ceux de notre âge.

2. Au-dessus s’étend le limon diluvien, couvrant toute la vallée du Rhin et du Main et s’avançant jusque dans les vallées latérales. Les masses de glaise que l’on trouve à Wiesbaden et aux environs, en font partie; près du Heidenberg, celles-ci recouvrent le grès sur une épaisseur de trente pieds et se dirigent vers la vallée de la Wellritz. Ce limon contient peu de coquillages. Les débris de vertébrés y sont aussi plus rares que dans les terrains précédents. On y déconvrit cependant des restes de quinze espèces, près de Wiesbaden.

3. Plus haut encore, jusqu’à huit cents pieds d’élévation, l’on rencontre des lits de galets d’une grande étendue provenant des roches du Taunus et cimentés par de l’argile blanche ou rouge-jaunâtre. Ils forment, dans notre ville et aux environs, des depots de gravier qui s’étendent le long du bord oriental et septentrional de la montagne et se montrent dans la zone thermale avec la puissance qui leur est particulière.

Les formations diluviennes sont le produit des eaux courantes. Les galets ont été entraînés des montagnes voisines et de plus loin, par la violence des flots ; le sable fin et la glaise ont été charriés par des eaux plus paisibles. Elles appartiennent à la période ante-historique, pendant la quelle le bassin de Mayence fut occupé, après la formation des terrains tertiaires, par un grand lac d’eau douce où se jetaient des fleuves au cours tantôt lent, tantôt impétueux.

Le phénomène vraiment intéressant qu’offrent nos montagnes, c’est sans contredit leur immense richesse en sources minérales. Aucune contrée du monde n’en possède un nombre aussi considérable, ni surtout en si grande variété. Sur un territoire aussi restreint que cette région du Taunus, limitée par le Rhin, le Main et la Lahn et appartenant presqu’en entier au duché de Nassau, on en connaît présentement cent

quarante six et, d’année en année, l’on en découvre de nouvelles. Plusieurs d’entre elles jouissent d’une réputation européenne, comme Wiesbaden, Ems , Schwalbach, Hombourg, Selters et Fachingen. Des milliers de malades de tous les pays y vont chercher le soulagement de leurs maux et la santé. Leurs eaux sont expédiées dans les contrées les plus lointaines, pour un usage médical ou comme boisson agréable et salutaire.

D’autres, comme Schlangenbad, Weilbach, Soden, Cronthal, sont en voie de prospérité; mais le plus grand nombre de nos sources dont les eaux sont tout aussi riches en substances chimiques que les précédentes, a été complètement négligé jusqu’à ce jour.

Nos eaux minérales, disons nous, présentent une grande variété dans leur composition chimique. Effectivement, toutes les espèces connues sont représentées chez nous et nous possédons même des variétés intermédiaires. Celles qui serapprochent par la nature de leurs principes minéraux et leurs vertus médicales sont également voisines par leur situation, et la science géologique nous apprend qu’il existe très probablement entre elles une communication souterraine.

Stift divise toutes nos sources minérales en six tractus ou régions dont deux appartiennent au versant méridional du Taunus. L’une de ces dernières, parallèle au Main dont elle se rapproche beaucoup, comprend les eaux sulfureuses de Weilbach, Ried, Hochst, Francfort et les sources que l’on trouve sur la frontière hessoise. Ces eaux contiennent du gaz hydrogène et des carbonates et tirent leur origine de couches de calcaire et de glaise appartenant à un terrain tertiaire qui renferme

de la pyrite sulfureuse et du gypse.

L’autre région, où domine le chlorure de sodium (eaux salines), possède les eaux les plus nombreuses , les plus i enommées et en même temps les mieux caractérisées par leur situation, leurs rapport géologiques et les proportions constantes de leurs principes minéraux. Elle comprend les sour-

ces de Nauheim, Hombourg, Soden, Neuenheim, Cronthal, Wiesbaden, Eltville (la foret d’) et Asmannsbausen. Stift y ajoute encore celles de Schlangenbad , mais il me semble que ces dernières doivent être classées à part, non seulement à cause de leur situation excentrique, mais encore parcequ’elles prennent naissance dans le quarzite et non dans des terrains schisteux et que c’est le carbonate de soude qui y domine, au lieu du chlorure de sodium.

Les caractères communs que présentent les eaux de cette région sont les suivants :

1. L’idendité de leur composition chimique, la prédominance du chlorure de sodium, la présence des carbonates de fer, de chaux et de magnésie, de la silice et de l’acide carbonique. La plupart contiennent, en outre, du chlorure de calcium, de potassium et de magnésium.

2. Le volume de leurs eaux et l’élévation de leur température sont d’autant plus considérables, la présence de l’acide carbonique d’autant plus faible, qu’elles occupent une position plus basse et, réciproquement, les plus élevées sont les moins abondantes, les moins chaudes et les plus riches en acide carbonique. Les sources de Wiesbaden et d’Asmannshausen sont situées le plus bas ; les plus élevées sont celles de Cronthal, Soden et Hombourg.

3. Elles ne diffèrent pas considérablement entre elles sous le rapport du niveau qu’elles occupent. Entre la plus élevée et la plus basse on compte au plus 344 pieds.

4. Elles proviennent toutes de la même espèce de roche, le schiste normal du Taunus.

5. Les roches, dans le voisinage de ces sources, présentent beaucoup de particularités. Souvent elles sont en dissolution, molles , d’une nature argileuse ou arénacée. Çà et là on y trouve des liions pourris. Les strates en sont irrégulières, tantôt soulevées, tantôt abaissées, quelque fois rompues. Dans le voisinage des eaux, il existe ordinairement des filons de quartz considérables.

6. L’existence de ces sources coïncide avec l’apparition des roches pîutoniques. Non seulement le basalte ne se rencontre que dans leurs parages, mais on ne le trouve même, le plus souvent, que dans leur voisinage presqu’immédiat, de telle sorte que la ligne qui indiquerait le passage des masses basaltiques, se confondrait, pour ainsi-dire, avec celle de la direction des sources.

La carte géologique jointe au volume, éxécutée d’après celles de Stift et de Sandberger, indique le développement des roches du Taunus, leurs limites respectives et les abords de la grauwake, l’étendue des formations tertiaires, l’apparition du basalte et le tractus des eaux salines, le long du versant méridional du Taunus.

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