De l’eau et de sa chaleur
„.0 La lîmSSe deS eaux est à leur ricliesse minérale comme est à 67,375 ; elle constitue la partie la plus essentielle, la plus importante et la plus efficace de nos thermes, pour lesquels elle est d’une double importance. D’une part, la masse des eaux est l’agent médiateur entre les substances chimiques et l’organisme; elle tient les principes minéreaux en solution, et, dans cet état de raréfaction, les rend plus accessibles à l’organisme en atténuant l’irritation locale à la quelle ils pourraient donner lieu, et en développant la faculté résorbante; d autre part, elle joue elle-même un rôle important dans 1 économie animale, en exerçant sur les tissus une action locale lubrifiante et émolliente, en dissolvant dans les premières voies les corps qui s’y rencontrent et en favorisant la résorption ou l’excrétion. Elle est résorbée facilement, arrive sans subir de modifications au sang, dont elle forme 789 parties sur 1000, tient les autres élémentes de ce liquide en dissolution ou en suspension, les amène aux tissus et aux organes respectifs, facilite la réciprocité d’action, détermine l’acte de l'exsudation et de la transformation, maintient les matières sécrétoires à l’état soluble et stimule leur expulsion de l’organisme. Par l’absorption d’une quantité d’eau plus considérable, le sang devient plus riche en parties liquides, les composés de la protéine sont diminués, la métamorphose est favorisée, la nutrition est modérée, et les sécrétions des reins, de la peau, des poumons et des muqueuses sont augmentées. Avec les sécrétions augmente aussi la quantité des matières sécrétoires expulsées de l’organisme, mais cette dernière n’est pas en proportion avec l’augmentation des secrétions, ainsi que Becquerel et Lehmann 1 ont prouvé pom les urines, et comme on peut s’en assurer en se reportant aux analyses que nous avons indiquées plus haut.
L’eau, suivant le degré de chaleur qu’elle possède, produit sur l’organisme des effets physiologiques très différents.
La chaleur, le plus puissant agent dans l’organisme vivant, en est en même temps une des conditions indispensables, et l’augmentation ou la diminution de chaleur exerce une influence décisive sur l’activité vitale. La chaleur des eaux mérite donc de notre part une attention toute particulière. Cependant, nous ne prendrons en considération que les degrés de chaleur dont il a été question lors de la recherche des effets physiolopiques des thermes.
Si l’on prend les eaux à une température supérieure à celle de l’organisme, elles lui communiquent du calorique, produisent sur les corps une action expansive et excitante, développent toute espèce d’activité organique, et trouvent une issue par le travail d’exsudation et d’exhalation, surtout par celui de la peau et des poumons. Si au contraire on les emploie à un degré inférieur à celui de la chaleur naturelle, elles enlèvent au corps du calorique, et, en faisant l’effet d’un rafraîchissant, diminuent l’expansion, abaissent l’activité organique, et n’ont plus d’action stimulante sur les sécrétions.
Par l’usage interne des eaux à une température élevée, la résorption en est activée et leur tendance vers la peau et les prenant à une température basse, elles restreignent la résorption et stimulent l’évacuation par le canal intestinal et les reins.
Le calorique jouant le premier rôle dans l’emploi des bains entiers, et la différence de température étant la cause déterminante de leurs effets physiologiques, je crois devoir examiner de plus près l’importance de ces bains suivant leur degré de chaleur, et cela d’autant plus que la valeur de nos thermes au point de vue physiologique ne peut s’expliquer qu’au moyen des effets physiologiques des eaux ordinaires, et qu’il existe encore sur cette matière des opinions les plus erronées.
Trois forces se trouvent en concours dans les effets des bains sur l’organisme humain: l’eau, envisagée comme un composé chimique; sa pesanteur; sa température.
L eau excerce déjà par elle-même sur la peau une action ubrifiante, émolliente et dissolvante; quand de la peau elle arrive au sang par suite de l’absorption, elle produit, selon la quantité de liquide absorbée, les mêmes symptômes physiologiques que lorsqu’elle y pénètre de l’estomac par résorption. Nous verrons plus bas sous quelles conditions et par quelles voies cette absorption a lieu.
Par sa pesanteur beau contribue au développement des elïets physiologiques. Huit cents fois plus pesante que l’air, elle exerce sur la surface du corps une pression beaucoup plus forte, produit l’oppression de la poitrine et l’évacuation des urines au moment de l’entrée au bain, chasse le sanor de la périphérie et supprime la transpiration dans les parties immergées. L’application la plus étendue de la chaleur sur 1 organisme s’obtient au moyen du bain, et fort souvent les eaux ne sont employées que comme un véhicule du calorique. Suivant que le bain communique de la chaleur au corps ou lui en soutire, il produit des effets physiologiques tout différents et d'une nature d’autant plus opposés que la température s’en écarte d’avantage de 28° IL, soit en plus, soit en moins. Car la limite séparative quant à ces effets est nécessairement la température du sang ou 28° R. Les bains tièdes, au-dessous de 28°, enlèvent de la chaleur au corps, exercent sur les systèmes nerveux et vasculaire une action rafraîchissante et sédative, diminuent la transpiration et favorisent l’absorption de l’eau. Ceux d’une température supérieure à celle du sang agissent sur l’un et l’autre système d’une manière irritante et échauffante, provoquent la transpiration, et ne donnent pas lieu à l’absorption cutanée.
Nous sommes enfin parvenus, au moyen d’essais exécutés avec le plus grand soin, à obtenir sur l’absorption cutanée dans le bain, des résultats exacts, qui réfutent non seulement les antagonistes de cette absorption, mais encore les exagérations dans lesquelles étaient tombés quelques uns de ses partisans.
Cette matière présente quatre questions : Y a-t-il absorption ? Quand a-t-elle lieu? De quelle importance est-elle? Quelle est Faction physiologique qui opère ensuite la résorption ?
De tout temps on a admis l’absorption comme un des effets essentiels des bains, mais sans la prouver par des essais suffisants. On s’en est rapporté à des expériences faites par-ci par-là sur la nutrition du corps au moyen de l’absorption cutanée de certains liquides. On a allégué que des marins naufragés avaient calmé leur soif en s’appliquant sur le corps des draps imbibés d’eau, et qu’au moyen de bains de bouillon ou de lait on avait obtenu chez quelques malades une nutrition partielle. On s’est encore étayé des effets produits sur l’organisme par l’usage externe de certaines substances médicamenteuses, telles que des onguents et des lotions, qui prouvent l’absorption cutanée d’une manière plausible. Ce n’est que dans les derniers temps que l’on a entrepris des expériences directes pour résoudre la question. D’abord on a tenté par des pesages de mesurer le poids du corps avant et après le bain pour déduire des résultats obtenus par ce moyen la quantité du liquide absorbé. Les difficultés que présente ce genre d’expérience et les différents degrés de température auxquels on a opéré ont été cause que l’on a trouvé un résultat tantôt contraire à l’absorption. De nos jours, A. Séguin s’est déclaré l’adversaire de l’absorption cutanée, en se fondant sur l’imperméabilité prétendue de la peau, et sur trente-cinq essais qui non seulement ne lui auraient fourni aucune preuve d’une augmentation de substance, mais lui auraient permis au contraire de conclure à une légère diminution. Une pareille opinion ne saurait plus se soutenir en présence des expériences si complètes et si exactes de Jung, de Rator, de Collard de Martigny, de Madden et de Berthold, qui ont donné au fait de l’absorption cutanée dans les bains la certitude d’une vérité scientifique.
*) Annales de chimie, tome 90.
Les travaux de ces savants ont démontré en même temps que 1 absorption a lieu dans les bains dont la température est inférieure a celle du sang. Si l'eau est chauffée au-dessus de 28° R. , elle cesse d’être absorbée, et l’on a même lieu de constater une légère déperdition dans le poids du corps.
Pour dissiper toute espèce de doute à ce sujet, nous citerons à l’appui les faits suivants :
Rator *) trouva pour un bain de 21° à 25° R. une augmentation de poids de 2 à 6 livres, et dans un bain de 29° à 35° R. une diminution de 2V4 à 834 livres. Joung constata pour un bain d’une heure de 27°, 67 C. une augmentation de 2550 grains, pour un bain de 27°, 77 C. ni augmentation ni diminution, et une diminution de 638 grains pour un bain de 32°, 22 C.
Madden ***), le premier, s’est livré à des essais exacts sur l’absorption, en tenant compte de toutes les circonstances accessoires. Il a trouvé à la suite de neuf essais une augmentation de 170 à 817 grains pour un bain d’une demiheure de 29° à 34°, C. , et pour un bain de 36°, 66 C. une perte de 1159 grains.
Berthold f) n’expérimenta qne sur des bains d une température inférieure à celle du sang; ses recherches ont prouvé que l’absorption est d’autant plus faible que la temperature de l’eau se rapproche d’avantage de celle du sang.
La troisième question est la plus ardue, et les données obtenues jusqu’à ce jour sur la quantité de liquide absorbée diffèrent notablement entre-elles. Cette divergence provient de ce que l’absorption est tantôt favorisée tantôt contrariée par des circonstances accessoires qui augmentent les difficultés ordinaires inhérentes aux expériences de ce genre.
*) Sur l'emploi rationnel
des bains de rivière
et des bains de
sable.
**) De cutis inhalatione.
***) An exp. inquiry into the physiology
■~) Archive de Millier J 838.
of culaneous absorption.
Ces circonstances dépendent de la complexion individuelle du baigneur, de l’énergie plus ou moins grande des fonctions de la peau et des poumons, ou de certains accidents de l’atmotsphère, comme le degré plus ou moins élevé de la pression atmosphérique, de l’humidité, de la chaleur etc. Les données anciennes sont généralement très élevées. Marcard par exemple, en citant à l’appui les expériences de Falconer, estime à quatre livres l’absorption dans un bain tiède d’une heure. D'après les essais récents les plus dignes de fois à raison des soins et de l’exactitude qui ont présidé à leur exécution, elle est, comme nous venons de le voir, beaucoup moins considérable, du moins pour un bain d’eau tiède ordinaire, et, suivant Berthold, ne dépasse pas 499,5 grains, déduction faite de l’exhalation de la peau et des poumons, pour un bain d’une demi-heure de 27°, 5 C.
L’absorption cutanée s’accomplit en partie par l’ épiderme* en partie par les glandes sudoripares. L’épiderme, qui n’est rien moins qu’imperméable, contrairement à l’opinion ancienne, boit l’eau et la retient dans les mailles de son tissu; de là, elle est aspirée par les vaisseaux capillaires et lymphatiques. L’eau pénètre de même par les voies naturelles dans le canal des glandes sudoripares où elle est absorbée.
La vapeur d’eau étant plus mauvais conducteur du calorique que l’eau à l’état liquide, on est obligé de recourir à un degré de chaleur plus élevé, si l’on veut obtenir avec un bain de vapeur un résultat égal à celui des bains ordinaires. D’après F orbes un bain de vapeur de 36° à 45° R. équivaut à un bain ordinaire de 28° à 31° R. Les bains de vapeur exercent généralement une action excitante et sudorifique très prononcée, amollissent et relâchent la peau, développent les vaisseaux de la superficie, accélèrent la circulation du sang et la respiration.
5>) Sur la nature et l'emploi des bains.
**) Cyclopaedia of practical medicine, art. Bathing.
A une température comparativement moins élevée, l’absorption de la vapeur par la peau se fait plus facilement que celle de l’eau.
2) La constitution chimique.
La constitution chimique de nos thermes est le résultat du mélange des sels alcalins, des sels terreux, des sels métalliques et des gaz.
d) Les sels alcalins. Parmi les sels alcalins contenus
dans nos sources, le chlorure de sodium occupe le premier rang, parsqu’il forme les s/6 de la totalité des éléments solides, et en est parconséquent le principe minéralisateur par excellence. Cette substance est une des parties intégrantes de l’organisme humain, à la conservation duquel elle est indispensable. Mise en contact avec la surface de l’organisme, elle y produit une irritation a la suite de laquelle on observe une activité plus grande dans les phénomènes vitaux, une sensation de chaleur plus intense et une affluence sanguine plus énergique. Si on l’applique à la muqueuse de l’œsophage, la même irritation prend naissance dans la cavité buccale, et
se propage de là à travers tout le canal intestinal. Dans l’estomac, elle excerce une action dissolvante sur les composés de la protéine, liquéfié et dissout le mucus, augmente la sécrétion du suc gastrique, du foie et du pancréas, et favorise l’évacuation des fèces. De l’estomac le chlorure de sodium pénètre dans le sang, principalement au moyen des vaisseaux chylifères, suivant Nasse, *“) et en lorme, d après Denis, 3,668,
et 6,6, d’après Le Canu.
Dans le sang, il contribue à dissoudre et à liquéfier les combinaisons fibrineuses et albumineuses. Les essais de Nasse ont fait voir que le chlorure de sodium a sur la fibrine une action dissolvante ;deux fois plus considérable que celle Ju carbonate de soude. Suivant les expériences de Pogg.ale, )
«N nP l’influence des aliments sur le sang1.
») compte rendu 1848. XXV. recherches chimiques sur le san0.
cette substance a la propriété de multiplier les globules du sang; suivant Nasse, elle en diminue le volume, et d’après Henle, elle s’oppose à leur aglutination. En décomposant le phosphate de potasse, elle donne naissance au phosphate de soude, et fournit ainsi la soude nécessaire à l’économie animale. Par son action, le sang devient plus fluide et moins susceptible de coagulation, le travail de la transsudation est favorisé ainsi que celui de l’échange moléculaire, la formation des dépôts et des tissus cellulaires est restreinte. D’après Lassaigne, *) **) elle maintient le phosphate de chaux à l’état liquide, et lui sert de véhicule pour la formation des os; enfin elle continue son action excitante sur le système nerveux et développe l’activité vitale. Boussingault, par des expériences très intéressantes sur des animaux, a démontré que le sel de cuisine n’augmente en aucune façon la masse de leur chair, mais contribue seulement à leur donner meilleur apparence et une vivacité plus grande. Rappelons en passant l’opinion de Pline, qui nous dit déjà de son temps: sale delectanhir et ejus usu bene se habent.
Le chlorure de sodium ne tarde pas à être chassé du sang et s’en va principalement par les urines, la transpiration, le mucus et la bile, dont il augmente la sécrétion, en donnant au sang plus de fluidité, et parles effets excitants qu’il produit sur les organes de la résorption et de la sécrétion. D’après les essais de Yierordt, qui injecta du sel de cuisine dans le sang, ce liquide ne contient après un laps de 4 minutes à un quart d’heure qu’une augmentation insignifiante de chlorure de sodium, mais par contre on en trouva le quintuple ou le sixtuple dans les urines. Dans les reins et dans la vessie, le sel de cuisine tient l’urinate d’ammoniaque en dissolution et empêche par là la formation des précipités d’acide urique. **)
Les analyses de Poggiale nous font voir quelles sont les
*) Bull, de l’académie de méd.
**) B. Jones, on animal chimistery.
modifications subies par le sang à la suite d’un usage prolongé du sel de cuisine à forte dose. Voisi les résultats qu’il a obtenus après avoir administré cette substance, journellement, pendant trois mois, à la dose de dix grammes.
Composition du sang
avant l’usage du sel. après l’usage.
eau
globules
albumine
fibrine
graisse
sels et principes
exlractifs 9,33 . .
1000,00 1000,00 Parmi les sels solubles on trouve, outre l’augmentation du sel de cuisine, une quantité plus notable de phosphate et de carbonate de soude, et parmi les sels solubles une augmentation de phosphate et de carbonate de chaux.
Les essais de Zimmermann*"') ont démontré que l’introduction d’une quantité plus notable de sel de cuisine dans le sang a pour effet d’opérer la dissolution de la fibrine coagulée.
Mis en contact avec la peau, le sel de cuisine y produit la même excitation que dans l’estomac. Il donne plus d’énergie à l’activité nerveuse et vasculaire, rougit la peau et engendre la plénitude des vaisseaux de la périphérie.
L’absorption d’une solution saline par la peau se fait imparfaitement et en quantité notablement inférieure à celle de l’eau douce, ainsi qu’il résulte des essais de Lebküchner. **) Nous trouvons en outre dans nos thermes une faible quantité de chlorure de potassium dont les effets s’ajoutent généralement à ceux du chlorure de sodium, sauf que l’action
*) Archive de physiologie médicale, 1 cah. page 53.
**j Dictionnaire physiologique de Wagner.
locale en est encore plus excitante. Le chlorure de potassium a la meme importance physiologique pour le sang, dont il est également une partie intégrante, et, quoique cette substance s’y trouve en quantité beaucoup moins considérable, le sang, suivant Liebig, *) n’en dépose pas moins dans la masse musculaire une quantité de chlorure de potassium supérieure à celle du chlorure de sodium. Si, d’après les résultats obtenus par les analyses de Liebig, nous supposons la quantité de soude contenue dans le sang égale à 100, l’on trouve pour le sang d’un poulet 40,8 de potasse et 381 dans la chair de cet animal; pour le sang du boeuf, 5,9 et 279 pour la chair. Par ses effets excitans, le chlorure de potassium contribue surtout à favoriser la sécrétion des reins.
Les autres sels alcalins de nos eaux, tels que les chlorures de lithium et d’ammonium, ne s’y trouvant que dans une proportion infime, méritent encore moins de fixer notre attention.
Sels terreux. Les sels terreux différent des sels alcalins par leurs effets physiologiques; ils ne produisent pas une excitation locale aussi intense, stimulent plus doucement les sécrétions, et quelquefois même les restreignent. Ils ne déterminent pas dans le sang l’échange moléculaire ni la transsudation, mais sont plutôt destinés à fournir les parties intégrantes nécessaires à la formation organique et à jouer un rôle dans le travail de développement, dans la formation cellulaire et dans la métamorphose.
La chaux, combinée en partie avec l’acide carbonique, en partie avec le chlore, est la substance terreuse la plus importante de nos thermes. A l’état de carbonate elle exerce une action locale doucement excitante et aslringeante. Dans l’estomac elle se combine avec l’acide lactique et l’acide chlorhydrique libres, et devient alors susceptible de résorption. Le chlorure de chaux possède une action locale plus irritante
*) Annales de cihmie et de pharmacie, tome 62, 3. cahier.
et favorise la sécrétion. Introduite dans le sang, la chaux, en se décomposant, s’unit à l’acide phosphorique, et constitue dans cet état une partie intégrante du sang, que Denis estime à 0,265 de la masse totale. Elle entre surtout en combinaison avec les corps albumineux, contribue essentiellement à la formation du cytoblastème et aux transformations ultérieures, comme Beneke '*) l’a démontré. On la rencontre dans tous les tissus de l’organisme. Dans les urines elle est sécrétée à l’état de phosphate de chaux; celle qui n’est pas résorbée s’en va par les selles à l’état de carbonate et de sulfate de chaux.
La magnésie se rencontre dans nos thermes dans des proportions plus faibles que la chaux, et s’y trouve à l’état de chlorate et de carbonate de magnésie. Le carbonate de magnésie se transforme dans l’estomac par l’action de l’acide libre en chlorure de magnésie; dans cet état, elle se rapproche d’avantage de la nature des sels alcalins et favorise la sécrétion de la muqueuse. Parvenue dans le sang, elle en devient une partie intégrante, et s’élève à 0,089 de la masse entière; elle ne parait pas avoir la même importance physiologique que la chaux pour l’acte de nutrition. Après s’être combinée avec l’acide phosphorique, elle s’en va par les urines à l’état de phosphate.
Les vestiges de baryte et de strontiane, dont la présence est révélée par nos eaux, sont à négliger complètement.
c) Les sels métalliques. Leur importance physiologique pour l’organisme vivant consiste généralement à jouer dans le travail de la vie le rôle de stimulans. Dans nos sources, il n’y a en fait de métaux que le fer qui soit de quelque valeur par ses effets physiologiques. Il n'y existe, il est vrai, comme l’analyse l’a démontré, que dans une très faible proportion; mais nous savons combien il en faut peu pour produire dans le sang des modifications essentielles, pourvu qu il soit ad-
*) Le~ phosphate de chaux sous le rapport physiologique et thérapeutique.
ministre sous une forme qui le rende d'une résorption facile. Sous ce rapport les eaux ferrugineuses l’emportent sur toutes les autres préparations pharmaceutiques, et nous voyons souvent qu’elles produisent avec une faible richesse minérale des effets très énergiques sur l’organisme.
Le protocarbonate de fer exerce sur l’organisme une action locale légèrement astringeante et irritante. Avec les sécrétions de l’estomac, ce protocarbonate donne naissance à des albuminates et à des lactates qui sont résorbés. Introduit dans les vaisseaux chylifères, il s’unit aux globules lymphatiques et forme de l’hématine. Le chyle ainsi chargé de fer arrive dans le sang et donne lieu à une augmentation des globules sanguins. Le fer contenu dans le sang est évalué par Nasse à 63 grains ; d’après Schmidt 230 parties de globules sanguins en contiennent 1 de fer, et suivant Bequerel et Rodier il y a une sur 251.
L’augmentation des globules sanguins par l’introduction du fer dans le sang fut constatée par Andral et Gavaret. D’après leur essais le sang contenait 46,6 de globules sur 1000 parties de sang, avant l’usage du fer, et 95,7 sur 1000, postérieurement à cet usage; suivant Fr. Simon, la quantité des globules sanguins après l’emploi du fer s’élève de 32 à 95. Les corpuscules sanguins ont une importance physiologique de premier ordre; d’après Liebig, ils servent de véhicule à l’oxigène, déterminent parconséquent l’oxidation dans le travail de la nutrition, et exercent une action stimulante sur les fonctions vitales. Le fer étant introduit dans l’organisme à plus forte dose, le sang devient plus riche en globules, et produit dans les poumons une absorption d’oxigène plus considérable; par là le sang subit des modifications qui se manifestent par une nutrition plus complète, sous le rapport de la quantité et de la qualité, dans les tissus et dans les organes, et par une coopération plus active des fonctions du système nerveux. Le sang, chargé de fer, atteint promptement son degré de saturation, et alors sa capacité pour ce
métal cesse complètement. LoefFler *) fit une expérience sur un jeune individu auquel il administra dans l’espace de quinze jours 62/3 drachmes de teinture d’acétate de fer; il trouva que la proportion du fer conténue dans le sang, qui était comme 1 à 5000 avant l’emploi du fer, s'éleva à 1 sur 3400 après cet emploi, ce qui donne pour le corps entier une augmentation de 6,3 grains en richesse martiale. On voit par là combien il faut peu de fer pour élever la richesse martiale du sang, pourvu que le métal soit administré sous une forme qui le rende d’une résorption facile.
Les autres métaux de nos thermes, tels que le manganèse, le cuivre et l’arsenic, s’y trouvent en quantité tellement minime que l’on peut les négliger sans inconvénient, et il en est de même de l’iode et du brome. La découverte de l’arsenic dans nos eaux minérales, et dans plusieurs autres encore, a fait une certaine sensation. Les uns ont cru devoir attribuer à la présence de ce métal la vertu curative de nos thermes; d’autres, au contraire, se sont efforcés de les discréditer en les faisant passer pour empoisonnés. Ni l’un ni l’autre n’est admissible, car nos thermes contiennent si peu d’arsenic que cette substance ne saurait avoir aucune part à leurs effets. Pour en donner une idée, supposons que l’on prenne, journellement, quatre livres de notre eau minérale, pendant une cure de quatre semaines; la quantité d’arsenic absorbée ne dépassera pas un douzième de grain, c’est à dire, qu’elle équivaut à peine à la moitié de la dose que nous n’hésitons pas à administrer quotidiennement dans la pratique médicale.
cl) Les gazs de nos thermes. Ce sont les ondins d’autrefois présentés sous une forme plus respectable, l’acide carbonique et l’azote. Ce dernier gaz se trouve dans nos eaux en faible quantité, et n’est d’aucune importance pour les effets physiologiques. L’acide carbonique y est également moins abondant que dans les eaux minérales froides, parce que la chaleur en accélère le dégagement. Pris à l’intérieur, ce gaz
*) Journal de médicine expérimentale.
exerce sur les nerfs de l’estomac une action doucement excitante et vivifiante, et donne par conséquent plus d’énergie aux fonctions de ce viscère. Il favorise les sécrétions, surtout celle des reins, et s’en va par la peau et par les poumons. A l’extérieur, il produit les mêmes effets excitans et vivifians; la peau l’absorbe rapidement et en notable quantité.
Dans l’emploi de nos thermes, les principes chimiques et les forces physiques dont nous venons d’examiner un à un les effets particuliers entrent tous en jeu simultanément. Si nous classons leur divers caractères dans un ordre qui réponde au degré de leur efficacité, le caractère salin obtiendra le premier rang; le caractère alcalino-terreux, le second; et le caractère ferrugineux, comme accessoire, le troisième. Suivant le degré de chaleur auquel nos thermes sont employés, leurs effets chimiques gagnent en intensité ou se modifient.