Chapitre IV
Examen raisonné des effets physiologiques de nos eaux
minérales.
Essayons maintenant, en nous appuyant sur ce qui précède, d’élucider au moyen d’un examen critique le problème des effets physiologiques de nos thermes.
Avant d’aborder une à une les modifications opérées par les eaux de Wiesbaden dans l’organisme sain, l’on peut se demander en quoi consiste en général leur efficacité. Or, il se présente deux manières d’en rendre compte, de même que nous avons vu au Ch. VIII. de la Ie partie deux manières d’expliquer l’origine de nos sources, savoir: la méthode mystique et la méthode rationnelle. Ici, comme dans le chapitre précité, les partisans du mysticisme se placent tantôt
sur le terrain de la foi et attribuent la vertu de nos eaux thermales aux naïades et aux ondins; tantôt, s’abondonnant à des conceptions fantastiques de la philosophie naturelle, ils font consister l’efficacité des eaux dans un principe immatériel qui en ferait une espèce de liquide organique. Ce principe, suivant les uns, embrasserait toute la masse de l’eau; suivant d’autres, il serait uni de préférence à une substance isolée, telle que la soude, le fer, le soufre; ou bien à une propriété physique particulière, comme la chaleur, l’électricité? le magnétisme. Cette phrase du célèbre chimiste Chaptah les chimistes ne peuvent disséquer que le cadavre des eaux , n’a pas peu contribué à mettre en crédit la doctrine des mystiques. Tous, cependant, ne rejettent pas les résultats acquis au moyen des analyses de la science; mais ils prétendent qu’à côté des substances minérales les eaux récèlent un principe mystérieux qui met ces substances en rapport avec l’organisme vivant et les rend efficaces.
La doctrine mystique compte en Allemagne un grand nombre de partisans, et nos meilleurs écrivains sur les eaux n’ont pas su se préserver entièrement d’un léger vernis de mysticisme. Quel ne dut pas être le désappointement de ces messieurs, lorsqu’à aussi bon droit que le leur le médecin hydropathe Priessnitz vint soutenir que le véritable principe vital s’était réfugié dans les eaux douces, dont les eaux minérales ne sont, à l’entendre, qu'une sorte de falsification!
Nous nous garderons bien de combattre ici les partisans du mysticisme ; ce serait nous livrer a un labeur aussi ingrat que stérile, car avec les mystiques toute discussion scientifique est impossible. L’amour du merveilleux est inné chez l’homme, et cet amour est puissament entretenu par des intérêts très mondains. Si les médecins des eaux veulent a tout prix voir un agent mystérieux caché derrière les principes minéraux et les propriétés physiques de leurs sources, et bien, qu il en soit ainsi, et puissent— ils s’en bien trouver, eux et leurs patients! Cependant nous ne cesserons de leur rappeler ces paroles de
Diel:'*) Je crois que la vie universelle et surtout la vie organique du règne animal et végétal récèlent assez de véritables mystères , assez d'arcanes impénétrables.
Nous nous rangeons donc à l’opinion des rationalistes pour lesquels la vertu des eaux minérales git dans leurs éléments chimiques et leurs propriétés physiques, tels que la science naturelle nous les a révélés.
Si nous prenons la somme des effets physiologiques des principes minéraux et des agents physiques dont nous venons de passer la revue au chapitre précédent, en tenant compte de leur importance relative sous le rapport de la quantité et de la qualité, nous obtenons un résultat équivalent aux effets physiologiques produits par l’application de nos eaux sur l’organisme. Aussi n’hésitons-nous pas à convenir que les eaux minérales artificielles, préparées d’après la méthode perfectionnée de Struve, produisent, grâce à l’exactitude des analyses modernes, des effets physiologiques entièrement identiques avec ceux des eaux naturelles. Mais, d’autre part, nous sommes entièrement convainues, et en ceci nous sommes d’accord avec l’expérience journalière, que les eaux artificielles ne parviendront jamais à une véritable importance practique, soit à cause de leur prix trop élevé, soit à raison de l’absence de certaines circonstances accessoires qui favorisent au plus haut degré l’efficacité des sources naturelles.
L’effet physiologique de nos thermes constitue un certain ensemble, mais cet ensemble se compose de divers éléments qui ne dépendent pas nécessairement les uns des autres. Nous avons vu par la formation des sources comment cellesci tirent leurs principes minéraux de la composition accidentelle des roches. Ces principes se complètent quelquefois dans leurs effets, comme par exemple les sels alcalins et l’eau; d’autres fois, au contraire, ils se neutralisent en partie; c’est ce qui arrive pour les sels laxatifs, le carbonate de chaux
*) Eaux thermales d’Ems.
et la chaleur; d’autres enfin produisent sur l’organisme des effets tellement divergents qu’il n’existe entre eux ni connexité ni influence réciproque. Nos eaux ne constituent donc pas une préparation thérapeutique composée lege artis, dans laquelle les divers ingrédients entrent soit comme adjuvants soit comme correctifs, et il est de la plus haute importance de préciser à quel principe minéral, à quelle propriété physique il convient d’attribuer tel ou tel effet physiologique. Nous allons en conséquence suivre l’effet physiologique de nos eaux dans tout son trajet à travers l’organisme, et déterminer l'origine et l’importance de chaque symptôme physiologique en particulier.
L’eau thermale produit sur le canal intestinal une action locale lubrifiante, dissolvante et excitante, à la suite de laquelle le goût devient plus net, la sécrétion salivaire plus abondante et plus fluide et l’appétit plus vif; un sentiment de chaleur se répand sur l’estomac et la digestion se fait plus facile. Ces effets proviennent en partie de l’eau qui dissout et lubrifie, en partie des sels alcalins dont le propre est d'irriter doucement et de dissoudre les substances protéiques des aliments; en partie de l’acide carbonique qui exerce sur les nerfs de l’estomac une action vivifiante fugitive; et peutêtre même, après un usage prolongé de Faction du fer, postérieurement à la résorption de ce métal.
Quand l’eau est bue chaude et à petite dose, l’effet irritant est limité à la partie supérieure du canal; le carbonate de chaux restreint légèrement la sécrétion intestinale, et la chaleur, en favorisant la résorption et l’activité de la peau, occasionne un peu de constipation.
Les effet locaux de nos thermes sont, comme ceux de tous les médicaments, purement chimiques ; les eaux éprouvant donc également des modifications matérielles en vertu de la réciprocité de rapports qui s’établit entre leurs éléments constitutifs, et les substances et les tissus qu’elles rencontrent. Nous citerons entre outres la formation des composés des
sels avec les corps protéiques* et la combinaison des carbonates terreux avec les acides lactique et chlorhydrique ; celle-ci met en liberté une partie d’acide carbonique qui s’échappe parfois par des renvois.
Si l’on emploie l’eau thermale à forte dose et un peu fraîche, la résorption en est moins rapide et moins complèt;. elle pénètre alors plus avant dans le canal intestinal dont la faculté sécrétoire se trouve augmentée, et s’en va par les selles, en produisant des effets laxatifs plus prononcés.
Dans les derniers temps on a souvent posé la question de savoir en quoi consistent les effets laxatifs des thermes. Liebig *) de nos jours, voulut l’expliquer par les lois de l’endosmose et de l’exosmose. Nous avons essayé de vérifier par des expériences l’exactitude de son opinion pour les eaux de Wiesbaden, et, afin d’imiter autant que possible la nature, nous avons rempli d’eau thermale un estomac de veau, frais, et l’avons plongé dans du sérum de sang de boeuf, après avoir pesé exactement les liquides, et en opérant à la température de 28° R. Nos premiers essais nous ont permis de constater que dans le premier quart d’heure il avait pénétré dans l’estomac par endosmose un drachme de liquide, au bout d’une heure, un tiers de drachme, et après vingtquatre heures, un nouveau tiers, en tout ll/3 drachmes.
Par un second essai, pour lequel nous avons employé le même procédé, nous avons trouvé, après une demi-heure, une augmentation du poids de l’estomac d’un demi-drachme; 12 heures après, un second demi-drachme, et après 24 heures, un scrupule, environ 4 scrupules en tout. Un dernier essai nous a donné une augmentation de deux drachmes seulement, et l’augmentation moyenne de cinq essais a été pour 24 heures de deux drachmes environ.
On voit par là combien l'endosmose est insignifiante entre le sérum et nos eaux thermales, et il n'y a pas lieu de s’en
*) Sur Soden.
étonner: effectivement, les analyses chimiques du sang ont démontré que ce liquide contient en tout 6,87 en sels; nos eaux thermales en contiennent 7,61. La richesse saline est donc à peu près égale de part et d’autre, et par là se trouve écartée la possibilité d‘un travail endosmotique de quelque importance.
Les effets laxatifs, suivant nous, proviennent plutôt de deux causes principales: l’eau bue en plus considérable quantité, et l’action irritante des sels , principalement du chlorure de sodium, sur les nerfs. Cette cause donne lieu d’une part à une sécrétion plus abondante de la muqueuse et des organes glandulaires avoisinans, et, d’autre part, favorise le mouvement péristaltique du canal intestinal. La preuve que les effets laxatifs sont surtout la conséquence d’un mouvement péristaltique plus intense résulte pour nous de la fréquence des selles hors de proportion avec la quantité des matières évacuées, et de l’activité musculaire plus élevée, provoquée par les eaux dans les autres organes de la sécrétion, par exemple, dans la vessie.
En prenant les eaux tout à fait froides, l’effet laxatif augmente, en partie à cause de la perte même du calorique, en partie à cause de celle des carbonates terreux qui se précipitent par le contact de l’air. Plus on provoque la propriété purgative de l’eau, plus la quantité qui s’en va par les selles est considérable, et, conséquemment, moins elle est résorbée, ainsi que nous l’avons pu voir par les analyses ci-dessus.
Notre eau thermale, prise à forte dose, conserve, tout en produisant des effets purgatifs, son action vivifiante et digestive, et l’usage peut en être réitéré pendant un temps assez long sans occasionner le relâchement ou l’affaiblissment du canal intestinal. En ceci elle se distingue des laxatifs antiphlogistiques et froids qui ne possèdent pas cette action vivifiante et excitante, et se rapproche d’avantage des purgatifs drastiques chauds dont le propre est d’irriter le canal intestinal mais sans produire d’effets doucement excitans ou toniques. Si dans la matière médicale l’on cherche un purgatif analogue
à nos thermes, c’est la rhubarbe qui se prête le mieux à la comparaison.
L’action excitante de nos eaux donne plus d’énergie aux systèmes et aux organes en relation avec le canal intestinal; l’affluence du sang vers ce dernier en devient plus considérable, et la circulation dans les vaisseaux abdominaux plus active. Les sécrétions des organes glandulaires, surtout celle du foie et du pancréas, se font plus abondantes, et la menstruation est favorisée. Prises à petite dose, les eaux rendent l’assimilation plus parfaite et influent favorablement sur la nutrition ; à forte dose, l’effet laxatif se produit, et l’assimitation se trouve restreinte jusqu’à un certain point.
L’action locale de nos eaux sur le canal intertinal a pour l’organisme des conséquences ultérieures qui se développent conformément aux règles de la continuité, du concensus nerveux et de la révulsion.
Les effets morbifiques de nos thermes pris en boisson sont provogués en général par l’irritation trop prolongée du canal intestinal.
Leur action locale sur la peau extérieure diffère d’une manière essentielle des effets locaux produits par l’usage interne. Si les effets de chacun des principes minéraux sont nécessairement les mêmes, n’importe le point de l’organisme avec lequel on le met en contact, les symptômes locaux qui en sont la conséquence n’en diffèrent pas moins suivant la structure particulière et l’importance physiologique de chaque organe, et suivant la nature des sécrétions que les eaux y rencontrent. Ajoutons à cela que nos thermes forment une substance médicale très compliquée, dont chaque élément constitutif a des rapports très différents avec les diverses parties de l’organisme. La peau a une étendue très considérable; elle est pourvue d’un grand reseau de nerfs et de vaisseaux, et joue en physiologie un rôle de premier ordre. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner si l’eau thermale appliquée d’une manière égale, pendant un certain temps, sur la peau entière, y produit
des effets locaux très importants et qui méritent de fixer notre attention plus encore que ceux dérivant de l’usage interne. Employée en bains, l’eau thermale produit comme dans l’usage interne une action lubrifiante, émolliente et dissolvante; la chaleur, suivant que le degré en est inférieur ou supérieur à la température du sang, calme, rafraîchit et relâche, ou bien excite, échauffe et vivifie. Comparativement à la chaleur, la composition chimique des eaux n’a dans l’usage externe qu une vertu de second ordre. Telle est l’opinion des balnéologues les plus distingués, par exemple celle du rationaliste Yetter pour toutes les eaux minérales, et, pour nos thermes en particulier, celle de Peez, auteur d'un ouvrage très spirituellement écrit sur les eaux de Wieshaden. Les effets des eaux, dit-il, se trouvant scindés dans leurs rapports avec V économie animale ; il y a une action matérielle, thèra* peutique ; puis une autre dynamique, qui est le propre du principe supérieur recélé par nos thermes. Lune ou Vautre action est prédominante, suivant que les eaux sont employées à V extérieur ou à V intérieur, en sorte que la ligne de démarcation entre les effets thérapeutiques et les effets dynamiques existe dans le corps meme. Le principe dynamique supérieur de Peez n’est évidemment rien autre que le calorique. Nous ne prétendons pas dénier à la composition chimique des sources toute participation aux effets locaux des bains ; car, ce sont au contraire les principes chimiques qui les différencient sous le rapport de leurs effets; seulement, le calorique en est le caractère commun, et le caractère le plus saillant et les plus efficace.
Les principes minéraux, principalement les sels alcalins, exercent une action irritante sur la peau par leur influence sur les ramuscules nerveux de celle-ci, et en produisant de Phyperémie dans les vaisseaux capillaires. L’acide carbonique qui, aussitôt après l’immersion dans le bain, se dépose en bulles sur le corps, seconde encore l’action des substances salines. De là la propriété excitante de nos sources, propriété
toute particulière, attendu qu’elle se fait déjà sentir à 27° R., tandis que pour les eaux douces elle ne se manifeste qu’à 28° R., et que la première augmente très rapidement avec l’élévation de la température, au point de provoquer des rougeurs et des éruptions sur la peau.
Afin de rendre plus sensible l’importance relative de la chaleur et de la composition chimique des eaux, comparons entre-eux les thermes de Wiesbaden et ceux de Schlangenbaden qui forment contraste avec les nôtres à cause de leur faible richesse alcaline: un bain de Schlangenbad, dont les eaux sont d’ordinaire si calmantes, pris de 29° à 30° R., aura des effets excitans; un bain de Wiesbaden, habituellement très excitant, sera à 26° au 27° R. rafraîchissant et calmant pour le système nerveux et vasculaire. Si par contre on prend l’un et l’autre bain à la température de 27° à 28°, celui de Wiesbaden sera fortement excitant tandis que le bain de Schlangenbaden sera calmant.
L’eau minérale donne lieu aux effets généraux en pénétrant dans la masse du sang; dans l’usage interne, elle y est conduite très rapidement au moyen des veines et des vaisseaux lymphatiques. Par les bains, elle y arrive à travers l’épiderme et les glandes sudoripares, à la suite de l’absorption de la peau et des vaisseaux capillaires.
L’absorption cutanée et généralement faible, comme nous l’avons vu au chapitre précédent; l’acide carbonique est absorbé le plus facilement, mais l’eau chargée de chlorure de sodium l’est infiniment moins. Quoique Lebküchner nie completément une paraille absorption, nous ne l’en admettons pas moins, ainsi que nous y autorisent les résultats obtenus par nos analyses des urines.
L’eau thermale, parvenue dans le sang de l’une ou de l’autre manière, en modifie les mélanges. Les principes inorganiques constitutifs du sang sont augmentés. Les éléments de nos thermes, comme nous l’avons vu plus haut, entrent tous dans la constitution normale du sang dont ils forment
799 parties sur 1000 et peuvent, sous ce rapport, être envisagées comme un aliment plutôt que comme un médicament.
Nous ne sommes pas encore parvenus à démontrer par 1 analyse chimique les modifications qui s’opèrent dans la constitution du sang, mais nous sommes autorisés à admettre par analogie la liquéfaction des corps protéiques, l’augmentation de 1 eau, des sels, du fer, et celle des globules sanguins, ainsi que la conservation de leur forme. Le sang, modifié dans sa composition chimique et sa constitution organique, doit également, comme stimulant organique, produire, dans 1 acte de nutrition des organes et des tissus, des résultats essentiellement modifiés qui consistent en général dans la diminution des dépôts protéiques, dans l’amélioration qualitative de la nutrition et, par conséquent, dans une activité plus grande du travail physiologique.
Avec le sang l’eau thermale parvient à l’acte de nutrition, à l’exsudation et à la transsudation. Elle exerce une action excitante sur les parois des vaisseaux sanguins, principalement sur les parties du système vasculaire par lesquelles elle pénètre dans la masse du sang. Dans la nutrition des organes et tissus, elle facilite l’acte de transsudation et d’exudation, hâte la méthamorphose, restreint la formation des solides et en favorise la liquéfaction. L’augmentation des globules sanguins donne lieu à une nutrition plus complète; secondée encore par l’effet local des eaux sur l’acte de la digestion. La constitution chimique et organique, ainsi que la destination physiologique de chaque organe n’étant pas la même, il est évident que le sang modifié a pour les divers organes et les tissus une importance plus ou moins grande. Le sang, comme nous savons, forme à l’extrémité des vaisseaux capillaires la liquor sanguinis ; entre celle-ci et les sucs de la nutrition des organes il se fait un échange continuel par endosmose et exosmose ; le sang étant modifié par l’eau, donne naissance à une liquor sanguinis nécessairement modifiée, et l’échange entre cette liqueur et les sucs nutritifs des organes
devient d’autant plus actif qu’ils diffèrent d’avantage par leur composition chimique. On voit par là combien l’action de l’eau thermale sur les divers organes et les tissus doit être inégale, combien les modifications qui en résultent dans les fonctions des organes doivent différer entre-elles ; et Ton s’explique pourquoi les glandes, la muqueuse et les reins sont si puissamment affectés par l’eau thermale, tandis que les membranes séreuses et le cerveau paraissent complètement étrangers à l’action de cette dernière. C’est par la même raison que les divers éléments de nos thermes entrent en rapport avec tel organe ou tel tissu de préférence à tel autre, par exemple, la soude avec les reins et les muqueuses, la chaux avec les os, la potasse avec les muscles et le fer avec les globules sanguins. Ces modifications ont pour conséquence la diminution du volume du corps, principalement celle du pannicule graisseux, une liberté plus grande dans le jeu des articulations et une innervation plus énergique. L’absorption prolongée de nos eaux par le sang, n’engendre point de maladie thermale, et cela par deux raisons; d’abord, le rang, quoiqu’il constitue à l’état normal un composé chimique et organique déterminé, peut subir des modifications sous le rapport de la quantité comme sous celui de la qualité sans produire des anomalies; ensuite, les éléments constitutifs de l’eau thermale ne tardent pas à en être expulsés. La seule maladie thermale que nous connaissions provient, soit de l’irritation du canal intestinal à la suite de l’usage interne, soit, dans l’usage externe, de l’excitation des nerfs de la périphérie et du système vasculaire.
L’eau thermale joue un rôle favorable à la métamorphose et contribue à la dissolution des matières fibrineuses et albumineuses. Par son action excitante sur les vaisseaux absorbans, sur les glandes et sur les organes de la sécrétion, la résorption des matières inutiles ou usées est activée. Après qu’elle s’est chargée de ces dernières, elle arrive avec le sang dans les organes sécrétoires. L’augmentation des sé-
crétions est le résultat de l’absorption d’une quantité de liquide plus considérable, de la liquéfaction des substances protéiques, d’une dissolution plus active dans les tissus des organes et d’une innervation plus complète des organes sécrétoires. La sécrétion devenue plus abondante présente deux caractères particuliers comme c’est prouvé par les essais et les analyses : d abord, elle est plus considérable qu’elle ne le serait par suite de l’absorption d’une quantité égale d’eau ordinaire; ensuite, les produits des sécrétions se montrent au bout d’un certain temps beaucoup plus chargés de matières sécrétoires.
D’ordinaire, la sécrétion rénale est spécialement favorisée, ce qu‘il faut sans doute attribuer à l’action irritante des sels sur l’organe même de la sécrétion. C’est particulièrement par les reins que l’organisme se débarrasse des matières usées ou inutiles, et, par l’augmentation de leurs sécrétions, l’azote qui ne sert plus est évacué sous forme d’acide urique, d’ammoniaque, d’acide hippurique et surtout d’urée. L’évacuation par les reins se fait très rapidement, comme le font voir les essais ci-après : Le sujet préparé comme pour les expériences précédentes épancha les eaux trois heures après le déjeuner; après s’être tenu en repos pendant une demi-heure il les épancha une seconde fois et rendit iy2 onces d’urine. Le lendemain matin il but, après avoir épanché l’eau, un demilitre d’eau douce, et rendit une demi-heure après 4 onces d’urine, contenant: sels de cuisine 31,63 gr.; acide urique 1,12 gr. ; urée 10,31 gr. Le jour suivant on lui administra un demi -litre d’eau thermale, et il rendit une demi-heure après 8% onces d’urine contenant: sel de cuisine 53,81 gr. ; acide urique 4,99 gr. ; urée 32,01 gr. En répétant cette expérience on constata, après une demi-heure, comparativement au simple régime, une augmentation de 4 à 8 onces et une augmentation de 3 à 7 onces, comparativement à la quantité d’urine provoquée par l’ingestion d’un demi-litre d eau douce.
La sécrétion de la peau est principalement due à l’action de l’eau et de la chaleur; celle des organes glandulaires, du
foie, du pancréas et des glandes salivaires parait être favorisée de préférence par les substances salines. La chaleur, le fer, les sels par leur action sur les vaisseaux et les nerfs abdominaux stimulent les sécrétions de l’utérus.
L’eau thermale parvient en dernier lieu aux organes excrétoires dont elle excite l’activité musculaire et provoque les évacuations, entre autres celles de la vessie, du rectum et de l’utérus.
Les éléments constitutifs de nos thermes se séparent du corps par des voies différentes: l’eau et les sels salins par les reins, la peau et les poumons ; les sels terreux par la bile et les urines; le fer par les urines; l’acide carbonique par la peau et les poumons, et le calorique par la peu.
Dans les effets généraux, la chaleur, suivant le degré auquel elle est employée, joue son rôle, principalement dans l’usage externe des eaux, dont les effets doivent être atribués moins à l’absorption du liquide qu’à l’influence exercée sur l’organisme par une soustraction ou une addition de calorique. Dans ce dernier cas, la chaleur, après avoir pénétré la peau, rayonne dans toutes les parties du corps en vertu des lois de la physique, en aggissant d’une manière expansive et excitante, et en stimulant toutes les opérations du travail organique.