‹ Monographie des eaux minérales de WiesbadenChapitre 35 sur 52 · Chapitre V · texte numérisé non relu

Chapitre V

Les sources minérales de Wicsbadcn considérées comme

moyen curatif,

Nous sommes amenés maintenant à examiner quelle est la valeur, quelles sont les propriétés distinctives des eaux de Wiesbaden envisagées comme moyen curatif.

On a beaucoup débattu dans ces derniers temps ta question de savoir d’où proviennent à vrai dire les succès éclatons obtenus par la cure des eaux. Le scepticisme du siècle s’est étendu aux sources minérales comme à toute chose, et, si jadis beaucoup ont cru sans voir, en revanche, on a de nos jours refusé de croire à l’évidence. On a prétendu que tant de célébrés cures ne doivent pas être attribuées à la vertu des eaux, mais bien aux influences accessoires qui s’y rattachent, comme le voyage, le changement d’air, une manière de vivre nouvelle, la diète, les distractions etc. Pour Jones, et en général pour les Anglais, nation voyageuse par excellence, le change of scène and au est le point capital, et telle fut aussi en Allemagne l’opinion de Matthai,

Nous sommes loin de vouloir nier l’importance de ces influences accessoires, et nous savons qu’appliquées avec discernement elles secondent puissamment l’effet des eaux. Dans certains cas, nous en conviendrons, elles sont même le moyen curatif principal, tandis que les eaux sont administrées uniquement pour rendre possible l’action de ces influences, et il suffit parfois aux malades de se soustraire aux influences pernicieuses du foyer domestique pour guérir de leurs maux. Mais, ces faits une fois admis, les effets salutaires des eaux minérales dans les maladies chroniques les plus graves, les plus invétérées n’en paraissent pas moins incontestables, surtout pour qui a sous les yeux une source aussi héroïque que la notre. Les sujets atteints de maladies graves arrivent d’ordinaire chez nous après a\oir use de médications nombreuses accompagnées de diète, de mouvement corporel et de distractions de tout genie, souvent le médecin ne les envoie aux eaux qu’après s’être souvenu de l’adage: Ultima medicorum appellatio baînea . Or, dans ccs cas là, les agréments du voyage et le changement de climat sont impuissans. Que l’on essaye donc d envoyer aux endroits les plus courus, les plus péttoresques du Rhin et de la Suisse quelque vieillard arthritique avec ses noeuds arti-

ciliaires, quelque malade criblé de rhumatismes avec ses contractures, ou seulement un hypocondriaque affecté d’une hypertrophie du foie; qu’on leur fasse passer l’hiver dans les contrées les plus renommées de l’Italie et du midi de la France, et l’on verra s’ils reviennent guéris!

Les eaux minérales les plus hétérogènes, nous a-t-on objecté, sont recommandées dans des cas tout— à-fait identiques, et l’on ne saurait parconséquent attribuer à la nature des eaux la guérison des malades. Sans doute, les eaux minérales ont des rapports communs entre-elles; l’eau d’abord, qui en est l’agent le plus efficace; un grand nombre possèdent la chaleur et une constitution chimique à peu près semblable, puisque la plupart contiennent de la soude, de la chaux et du fer, seulement, dans des combinaisons différentes. D’ailleurs, les principes dissemblables dévelloppent aussi leurs effets dans la vie végétative, et les propriétés d’une source peuvent se rapprocher d’une autre, quand on les modifie, en variant le mode de l’application. La meilleure preuve de l’efficacité des eaux, ne la trouvons-nous pas dans leur fréquentation progressive ? leur vertu n’est-elle pas reconnue par tous les partis? Au plus fort de la controverse sur les principes curatifs, ne les voyons-nous pas constamment florissantes? Nous cherchons présentement, en Allemagne, à asseoir la thérapeuthique sur une base solide. Ce but ne sera atteint ni par les rêves séduisants de la philosophie naturelle, ni par les illusions de rhomeopathie, ni par la foi religieuse de M. Ringseis. Le scepticisme de l’école de Vienne, l’empirisme un peu cru de Rademacher sont également impuissants à résoudre le problème. La seule voie praticable est celle que nous offre l’étude approfondie des effets physiologiques des médicaments et celle des états pathologiques au moyen d’observations cliniques, avec le secours de la chimie et de la microscopie. En voyant révoquer en doute ses meilleurs remèdes, le praticien, trop consciencieux pour s’en remettre à la volonté divine, comme le conseille le Méphistophéles de Faust, n’a

plus , dans ces temps de désolation , d’antre ressource que d’envoyer ses patients aux eaux dont la vertu est restée jusqu’à ce jour étrangère aux querelles des partis et dont l’efficacité a été si souvent couronnée de succès. C’est là que git la raison de la fréquentation progressive des sources les plus renommées; c’est là ce qui explique pourquoi le territoire si exigu du Taunus rassemble chaque année plus de baigneurs que tous les bains de la France ensemble.

Nos sources ; comme nous le savons, sont avant tout des sources salines; les carbonates terreux leur donnent en meme temps le carractère alcalin, et le fer a également une part à leurs effets. Ceux-ci sont diversement modifiés suivant le degré de la chaleur. D’autres sources contiennent les mêmes principes salins que les nôtres, ou se distinguent par une richesse minérale encore plus considérable; mais aucune ne réunit au même degré la même constitution chimique et la chaleur* C’est là leur propriété caractéristique, leur véritable force; c’est par là qu’elles sont uniques et incomparables dans l’Allmagne entière et qu’elles ont mérité d’être appelées le héros des sources minérales par l’illustre Ilufeland. Indépendamment de leur température élevée, elles diffèrent des autres sources salines par la nature de leurs principes chimiques, et de leurs congénères Soden et Hombourg, par une moindre richesse minérale. C’est pour cela qu’elles sont moins excitantes pour la muqueuse intestinale, et qu’elles sont mieux supportées par les personnes d’un tempérament irritable.

Les effets physiologiques se trouvent diversement altérés par suite de la réaction modifiée de l’organisme morbide. Nous voyons par exemple l’eau minérale plus ou moins bien supportée par l’estomac malade; les effets laxatifs se déclarent tantôt vite, tantôt très difficilement, et les autres sécrétions sont ou bien augmentées d’une manière extraordinaire, ou presque complètement supprimées , ou modifiées sous le rapport de la qualité. L’usage externe donne lieu à des

variations encore plus grandes: la sécrétion cutanée déploie souvent une activité tout - à - fait anormale ; la peau se couvre d’éruptions ; le système nerveux et vasculaire est surexcité. Dans l’organisme morbide la maladie thermale se déclare d’ordinaire plutôt que dans l’organisme sain, et les symtômes du mal sont très dissemblables entre -eux; car alors les symptômes physiologiques se rencontrent et se combinent avec ceux de la maladie.

Une réaction fébrile se déclare, à la suite de laquelle la matière morbide est expulsée, ou bien il se forme des dépôts vers une autre partie du corps, ou bien encore la maladie est transformée.

Les effets consécutifs provoquées par les eaux dans l’organisme malade s’écartent aussi très souvent de ce qu’elles produisent sur l’organisme sain. L’augmentation des sécrétions subsiste souvent longtemps après la cure, et ne cesse qu’après l’élimination complète de la matière morbifique et le retour de l’organisme à l’état normal.

Si nous généralisons les propriétés de nos thermes par rapport à l’organisme, nous trouvons en somme deux actions principales dépendant réciproquement l’une de l’autre: Une action irritante sur le système nerveux par suite de laquelle diverses fonctions sont excitées et stimulées, et une action modifiant les liquides par l’intermédiaire du sang. La prémière est due principalement aux effets généraux.

On connaît deux méthodes curatives, l’une directe, l’autre indirecte. La prémière est dirigée contre la cause immédiate du mal, qu’elle anéantit, ou avec laquelle elle entre dans une combinaison qui n’a plus rien de nuisible pour l’organisme. La méthode indirecte agit sur les conditions éloignées de la maladie et tend à l’élimination du principe morbifique, en provoquant dans l’organisme une réaction salutaire. Nos eaux thermales n’agissent généralement que d’une manière indirecte, et l’on n’en a pu constater l’action sur la cause immédiate que par exception, dans un petit nombre de maladies, comme

la dyspepsie causée par des acides, l’atonie du canal intestinal, la pléthore abdominale, l’hypertrophie simple, des désordres dans les fonctions, des ulcères, des exanthèmes cutanés etc. La vertu spécifique tant prônée contre la goutte, le rhumatisme, et la syphilis est dénuée, scientifiquement parlant, de toute espèce de preuve.

Les effets thérapeutiques indirects de nos thermes consistent en partie dans l’éloignement de la cause médiate de la maladie, en partie dans l’élimination de la matière morbifique au moyen de sécrétions plus abondantes. L’action des eaux arrive dans ce cas à la cause prochaine du mal en vertu des lois de la sympathie, de l’antagonisme, de la dérivation et de la révulsion. Ces effets indirects sont uniquement déterminés par l’action physiologique et se manifestent par la rectification des fonctions, par la modification et l’amélioration des mélanges, et surtout par la stimulation et l’augmentation des sécrétions.

Nous guérissons les maladies par Faction physiologique de l’eau thermale appliquée d’une manière méthodique, et continuée jusqu’à ce que nous obtenions l'élimination du mal. A cet effet nous renforçons cette action dans une mesure convenable qui dépend de la nature de la maladie et de la coinplexion individuelle du patient. Quant à la question de savoir si, pour obtenir l’éloignement du mal, on fait bien d’élever l’action physiologique au point de provoquer la maladie thermale, nous n’hésitons pas à répondre, formellement non. La plupart de nos cures s’obtiennent sans qu’il soit besoin d’en appeler à des symptômes de réaction fiévreuse, et nous n’ignorons pas que la maladie thermale peut dans certains cas mettre en péril la vie du patient; ensuite, ü n est nullement démontré que cette derniere amene la destruction du mal; nous voyons même souvent des cas, qui se sont montrés rebelles pendant la cure, aboutir plus tard, à la suite des effets consécutifs, à une solution favorable. Autrefois on en

jugeait différement; Ton estimait que la maladie thermale était indispensable à la guérison, et de là vient que nos eaux avaient alors la réputation d’être trop fortes, trop irritantes. Cette maladie, que l’art nous prescrit de prévenir, ne peut pas toujours être évitée; nos eaux la provoquent plus aisément que d’autres, et quelquefois elle se déclare d’une manière soudaine, sans être précédée par les symptômes précurseurs de la saturation qui doivent guider médecin. Cette invasion subite provient ordinairement de refroidissements, de l’inobservation du régime, d’émotions vives ou d’autres influences étrangères pernicieuses.

La nature complexe de nos eaux thermales considérées comme substance thérapeutique, les résultats si divers auxquels elles peuvent conduire, suivant la partie à laquelle on les applique, suivant le mode et l’étendue de leur application, nous donnent la mesure de l’emploi multiple dont elles sont susceptibles dans les cas les plus dissemblables, et de l'importance du mode du traitement pour le succès de la cure.

Pour nous résumer, les effets de nos eaux thermales sur l’organisme, que la science met habituellement à profit dans un but médical, sont les suivants:

1) Les eaux agissent sur l’estomac en détruisant les aigreurs en dissolvant et en liquéfiant le mucus et les substances qui y sont contenues, en stimulant et fortifiant la digestion.

2) Elles exercent une action laxative sur les parties plus profondes du canal intestinal.

3) Elles modifient la masse du sang dont elles augmentent les parties aqueuses et salines, tiennent les combinaisons protéiques en solution, et multiplient les globules sanguins.

4) Elles ont pour la circulation du sang line action excitante, principalement pour les veines du bas-ventre.

5) Elles excitent les nerfs de la périphérie, surtout la moelle épinière et les ganglions.

6) Elles restreignent la nutrition tout en l’amériorant sous le rapport de la qualité.

7) Elles hâtent la métamorphose, et favorisent la dissolution des combinaisons fibrineuses et albumineuses.

8) Elles activent la résorption par leurs effets stimulans sur le système glandulaire et lymphatique.

9) Enfin, elles facilitent et augmentent là sécrétion des reins, du foie, des glandes salivaires, des muqueuses, de la peau et de la menstruation.

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