‹ Monographie des eaux minérales de WiesbadenChapitre 48 sur 52 · Influences climatériques · texte numérisé non relu

Influences climatériques

Nous avons exposé dans la première partie de cet opuscule les propriétés et les effets physiologiques du climat de Wiesbaden ainsi que rinlluence de ce climat sur l’état sanitaire des habitants. Nous avons par expérience que les propriétés climatériques influent sur les étrangers d’une manière plus sensible que sur les habitants. 11 ne saurait donc être douteux combien celles de Wiesbaden doivent agir puissamment sur les étrangers qui résident dans notre ville, et combien elles peuvent contribuer à la guérison de leurs maux, si l’on en sait faire un emploi judicieux. Aussi notre ville s’est-elle placée depuis un nombre d'années au premier rang parmi les remèdes climatériques, en partie, grâce aux travaux de Peez et de Richter, qui en on fait connaître les avantages au public, et en ont recommandé le séjour d’hiver avec un succès qui ne s’est pas démenti depuis aux personnes du nord d’une constitution faible ou maladive. Pour que le séjour d’une contrée puisse être ordonné comme remède climatérique, il ne suffit pas de prouver que la température moyenne en est de quelques degrés plus élevée que celle du voisinage, ni que cette contrée n’est visitée par aucune maladie endémique. On a pu se convaincre, dans les derniers temps, des conséquences désastreuses de ces recommandations générales

faites de telle ou telle localité à tous les patients indistinctement. Dans le nord de l’Europe, il était passé dans les habitudes d’envoyer sans discernement toutes les personnes dont les moyens le permettaient dans les contrées du midi renommées pour leur salubrité, et celles- ci ne tardèrent pas à mériter la dénomination devenue proverbiale de tombeau des malades. Il était grandement temps que J. Clark appelât enfin l’attention du monde médical sur les effets pernicieux de ces recommandations générales ! Pour qu’un endroit puisse être recommandé comme un remède climatérique, il faut que les propriétés salutaires en soient prouvées par des observations météorologiques exactes, et que l’importance physiologique en soit établie avec certitude. C’est ce que nous avons essayé de faire pour Wiesbaden, dans notre premier cahier. Notre travail est sans doute imparfait; cependant, il ne ressort clairement que notre ville se distingue par une température élevée, un état hygrométrique moyen, et une atmosphère égale et tranquille. Peez l’a appelée le Nice allemand, mais à tort, selon nous, car le résultat de nos recherches nous permet plutôt de la comparer avec Pau, Rome ou Pise. Il importe, lorsqu’on veut recourir aux moyens climatériques, de tenir compte des différences qui existent sous le rapport du climat entre la résidence habituelle et le lieu qu’on se propose de recommander. Si le saut est trop brusque, le malade peut en souffrir, et il est prudent de choisir d’abord un lieu de transition. Cl ai k a foi t bien compris l’opportunité d’une pareille mesure, en prescrivant a ses compatriotes, avant de les envoyer vers le midi, le séjour des endroits les plus tempérés de l’Angleterre. Notre Wiesbaden est parfaitement approprié pour servir ainsi d étape intermédiaire entre le nord et le midi. Les habitations en sont disposées de manière à offrir à nos hôtes, pendant la maivaise saison, toutes les commodités désirables, tandis que dans les villes du midi le confort est complètement inconnu. Le séjour en est d’ailleurs on ne peut plus avantageux pour

les personnes qui souffrent d’une irritabilité morbide des organes respiratoires, ou qui sont affectées de faiblesse nerveuse, de syphilis invétérée, de goutte, de rhumatisme, d’hypertrophie, surtout d’hypertrophie du coeur, et d’un commencement de tubercules.

Combinées avec l’emploi de nos eaux les influences de notre climat sont en général favorables à la cure. Sous une latitude comme la nôtre, quelques degrés de chaleur en plus et une température égale sont des avantages certains pour les baigneurs dont la peau est nécessairement molle et impressionnable; cependant, nos propriétés climatériques s’élèvent pendant l’été à un point tel qu’elles produisent sur certaines constitutions et dans certaines maladies des effets pernicieux. Il y a donc une double tâche à remplir : utiliser les influences climatériques, en tant qu’elles sont salutaires; en préserver le patient, si elles sont nuisibles. On réussit dans la première en ne faisant commencer la cure qu’au plus fort des chaleurs de l’été, en prescrivant aux malades d’habiter le quartier de la ville où les particularités de notre climat sont le plus développées, l’intérieur de la vieille ville par conséquent, et en leur assignant de préférence les logements exposés au midi. Cette action renforcée de l’influence du climat convient à la méthode excitante. On y a recours dans le traitement des dyscrasies invétérées comme la goutte, le rhumatisme, la syphilis, l’hydrargyrose; dans les maladies chroniques de la peau et les ulcérations anciennes. Au second cas, lorsqu’on se propose de soustraire les malades aux influences extrêmes du climat, on commence la cure au printemps et en automne, et on leur prescrit un logement en dehors de la région des sources, dans le nouveau quartier, même dans les maisons de campagne qui entourent la ville. On doit agir de la sorte dans les cas de pléthore abdominale, d’hémorrhoïdes, d’hypertrophie, de dérangement des fonctions digestives, d’hypocondrie et d’autres névroses, et en général dans le traitement

de malades doués d’une constitution éréthique et encline à des congestions.

Ce qui précède répond en partie à la quéstion de savoir à quelle époque on doit commencer le traitement. Par une habitude blâmable, les baigneurs affluent chez nous, tous indistinctement, au coeur de l’été. Ils exposent par là aux influences extrêmes du climat, nuisibles pour quelques uns; de plus, il en résulte d’autres inconvénients encore, inséparables de l'agglomération d’un trop grand nombre de personnes dans un même lieu, de la cherté, du manque de logements convenables et du défaut d’attentions du personnel attaché au service des bains. C’est surtout le printemps que nous recommandons aux baigneurs dont la santé pourrait avoir à souffrir des chaleurs; cette saison revient de bonne heure dans nos vallons, et le mois de mai, quelquefois même le moi d’avril, convient parfaitement pour commencer la cure. Les malades qui ont besoin d’un long traitement, ou qui ont à prévoir un traitement consécutif, agiraient également avec sagesse en commençant le plus tôt possible. La cure printanière, d’ailleurs, offre encore d’autres avantages au patient; comme elle lui permet de retourner dans son pays pendant la belle saison, il y retrouve, grâce aux chaleurs croissantes, une température à peu près égale à celle de Wiesbaden, quand même il habiterait une région plus froide; c’est une condition excellente pour recueillir tout le fruit des effets consécutifs.

Ici se rattache la question de savoir si l’on doitprescire les cures d’hiver, et sous quelles conditions elles peuvent être administrées. De tout temps on en a entrepris quelques unes; Juenken, déjà, les a recommandées, et ils raconte l’histoire d’un colonel, paralysé des deux mains, qui est venu, au mois de janvier, de la Catalogne à Wiesbaden, pour prendre les eaux, et a recouvré complètement la santé. De nos jours on les a rendues plus faciles par le nouvel arrangement des bains et par la disposition de logements appropriés à cet

usage. Peez et Richter les sont souvent ordonnées; et se vantent d’avoir obtenu les mêmes excrétions critiques que pendant l’été. Quant à moi, je pense que nonobstant le succès de ce genre de traitement lorsqu’il est dirigé avec les précautions convenables; nonobstant la douceur du climat et la disposition convenable de nos établissements; on doit par prudence en restreindre l’application. Je n’ai rien à objecter contre l’usage interne: mais les bains offrent dans leur éxécution et dans leurs conséquences bien des inconvénients. Le patient est obligé de garder constamment la chambre; et; même après le traitement; il y est ordinairement confiné pour le restant de l’hiver. On ne doit recourir aux cures d’hiver que dans les cas où il y a péril en la demeure, lorsque la maladie est très douloureuse ou rebelle, et que pour continuer le traitement on se voit obligé d’empiéter sur la mauvaise saison. Alors les bains sont administrés dans un cabinet chauffé communiquant avec l’appartement même, à l’aide d’une baignoire.

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