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Chapitre IL

Historique des sources minérales de Wiesbaden*

Depuis la plus haute antiquité l’histoire nous fournit des données sur l’éxistence de nos thermes. Les premiers auteurs qui aient écrit sur la Germanie, Tacite et Pline, en font mention ainsi que des anciens habitants de nôtre contrée connus des Romains avant les autres tribus d’outre-Rhin à cause de la proximité du fleuve et du passage de Mayence. Suivant Tacite,*"') ce furent les Usipetes qui occupèrent les premiers le pays de Wiesbaden et peut-être donnèrent leur nom à cette ville; ils furent chassés par les Cattes la plus brave et la plus puissante des peuplades germaniques. Tacite nous apprend qu’ils se donnaient le nom de Mattiaci, sans doute comme étant ceux qui habitaient le Wiesenbad ou Mattenbad (bain des prairies, les deux noms sont synonymes). Pline **) confirme ce qui précède et nous dit de la manière la plus positive, 70 ans après J. C. „Sunt et Mattiaci in Gcrmania fontes calidi, quorum haustus triduo fervet; circa marginem pumicem faciunt aquae“. Il existe également de Vautre côté du Rhin chez les Mattiaques des sources thermales dont les eaux restent chaudes pendant trois jours ; elles déposent sur leurs bords une sorte de pierreponce. Quel usage ces tribus germaniques faisaient-elles de

*) Tacitus, de situ, moribus et populis German. Cap. XXXII.

**) Plinius, hist. nat, L. XXXI. C, 17.

nos eaux thermales? L’histoire est muette sur ce points mais la connaissance que nous avons de leurs moeurs en général, de leur passion pour se baigner dans les fleuves et de leur coutume d’adorer la divinité dans des lieux célèbres par quelque phénomène extraordinaire de la nature, nous apprend suffisamment quel genre d’attrait et d’utilité nos sources pouvaient leur offrir.

Ces tribus furent en partie subjuguées, en partie refoulées dans les forets par les Romains et le territoire qu’elles occupaient, principalement la contrée de Wiesbaden, resta au pouvoir des vainqueurs. Ceux-ci le conservèrent comme un point stratégique et sans doute aussi à cause de l’abondance de ses eaux minérales. Ils construisirent divers forts (castella) sur le Neroberg, (montagne de Néron) le Romerberg et le Heidenberg et entretinrent des communications très fréquentes entre Mayence et les fortifications du Pfahlgraben (fossé des pieux) rempart de 12 à 18 pieds de haut, muni de palissades, protégé par cinquante forts et s’étendant par de là les hauteurs du Taunus pour servir de frontière et de boulevard contre les hordes germaniques.

La plus courte distance de Wiesbaden à ce Pfahlgraben, vers le nord-est, était de deux lieues; là se trouvait un castellum; on en compte à peu près autant de Wiesbaden à Mayence en se dirigeant vers le sud. Wiesbaden fortifié par les Romains était donc pour eux une position militaire importante pour maintenir libres les communications avec le Pfahlgraben et, d’un autre côté, offrait au soldat épuisé par les fatigues de la guerre et après une longue privation, les jouissances du bain si recherchées dans sa patrie.

Les forts du Heidenberg et du Romerberg étaient en communication directe avec les sources thermales ainsi que le prouve la découverte de ruines romaines; le fort du Heidenbersf se reliait avec la source du Schützenhof. Lors de la

construction de cet hôtel en 1783 on découvrit des bains romains dont le parquet était dallé de belles briques parfaite-

ment cuites et portant le cachet de la douzième légion. En 1807 on trouva dans le jardin de l’Aigle , tout près de la source, des substructions romaines; c’étaient les fondations d’un établissement thermal.

Le castel du Romerberg communiquait avec le Kochbrunnen; lors de la construction du Romerbad (hôtel du Rain romain) on mit au jour les puissantes fondations d’anciens bains romains, dont l’une des étuves, bien conservée, serait encore aujourd’hui en état de servir.

En creusant les fondements du Schiitzenhof, on déterra une belle table votive que l’on a murée au-dessus de l’entrée principale de l’hôtel de façon à être exposée à la vue des visiteurs ; elle est consacrée à Apollon par un centurion reconnaissant qui recouvra la santé par l’usage de nos eaux thermales et nous fournit la preuve évidente que les Romains ne se servaient pas de ces dernières par goût ou dans un but de propreté seulement, mais aussi comme d’un moyen curatif très efficace; ils les prenaient en bains et même en boisson conformément à une pratique fort répandue chez eux et constatée pas la découverte d’une multitude de vases en terre sigellée. Le sédiment de nos eaux était aussi employé par eux à un usage médical : ils en fabriquaient des boules qui passaient pour un excellent remède contre la chute des cheveux. De nos jours, on en confectionne un savon (Sinterseife) auquel on attribue la même vertu. Martial *), qui vécut cent ans après J. C. nous fournit à ce sujet la citation suivante:

„Si mutare paras longaevos cana capillos,

„accipe mattiacas, quo tibi calva, pilas.44 vieille , si tu veux rajeunir ta chevelure , reçois ces houles de Mattiacum, mais à quoi bon , lu es chauve.

La plupart des anciens monuments de notre contrée attribués aux Romains nous viennent de la vingt-deuxième légion qui, après la destruction de Jérusalem sous Titus,

*) Martial. Liv. LIV. épigr, 27.

occupa Mayence et y tint garnison pendant 250 ans. En butte à de nombreuses agressions de la part des peuplades germaniques, les Romains se maintinrent néanmoins dans nos contrées jusqu’au quatrième siècle de notre ère; alors apparurent les vaillans Allemanni qui enlevèrent aux Romains toutes leurs possessions sur le Rhin. Ils étaient gouvernés par des rois résidant à Wiesbaden; l’un deux se nommait Harisbaud, un autre portait le nom de Macrien. Amien-Marcellin raconte que ce dernier prenait les bains à Wiesbaden l’an 370 après J. C. C’était un ennemi déclaré des Romains. Valentinien qui régnait alors à Trêves envahit son territoire, mais Macrien prévenu à temps, se fit placer sur un char léger et conduire dans les forêts en lieu de sûreté; l’empereur furieux de n’avoir pu surprendre son ennemi, ravagea les états de Macrien, en fit un désert et contraignit par là ce chef barbare à demander la paix.

Les Allemanni conservèrent leur conquête jusqu’au cinquième siècle, époque à la quelle ils furent expulsés par les Francs après une longue et opiniâtre résistance. Il ne parait pas qu’ils aient apprécié la vertu de nos thermes; les monuments de cette époque consistent en remparts circulaires, murs de défense, haches de guerre et armes de toute espèce et indiquent seulement qu’on attachait de l’importance à notre ville comme position militaire. On ne s’appliqua nullement à rendre l’usage de nos thermes plus facile et plus commode au moyen d’établissements de bains et, tandis que les Romains avaient pris les eaux dans des édifices destinés à cet usage, les Allemanni, fidèles aux mœurs germaines*"); se baignaient probablement à ciel découvert et sans honte dans l’eau chaude coulant librement à travers la prairie. Ce qui rend cette opinion très vraisemblable, c’est l’existence d’un grand étang (Badesee) qui dans les temps les plus reculés s’était formé au confluent des ruisseaux déjà nommés et du Warmebach; il

*) Cæsar, B. G. L, 6. C. 21.

avait, dit-on, assez d’étendue pour être parcouru en nacelle et se prolongeait jusqu’au Rhin. Nous devons cependant présumer que les pratiques des Romains, dont le génie civilisateur s’est répandu sur l’Allemagne entière, n’auront pas été complètement perdues pour nos établissements d’eau minérale et que leur exemple aura, sous ce rapport aussi, modifié dans la suite les mœurs sauvages des peuplades germaniques.

Après le départ du peuple conquérant, nous manquons de documents historiques sur l’état de nos sources et sur le sort de nôtre contrée.

Pendant la période de l’occupation des Francs, nos bains restèrent un objet d’une importance assez secondaire, ainsi qu’il est aisé de s’en convaincre en lisant l’histoire de cette époque. Les Francs, après s’être emparés des rives du Rhin et du Main et y avoir consolidé leur domination, divisèrent le pays en gaus (grands districts administratifs). L’un de ces gaus ou districts embrassait tout le versant sud-ouest du Taunus et avait pour chef -lieu Wiesbaden. A la différence des autres gaus, dont P administration était généralement confiée à des Comtes (Gaugrafen), celui-ci resta, ainsi que la ville elle-même, sous la domination immédiate des rois et empereurs francs comme une partie intégrante de leur pratrimoine privé, sans doute à cause de la beauté, de l’importance de sa situation et de la fertilité de son territoire. C’était donc un gau impérial; comme tel, Y administration n’en était confiée à un gouverneur (avocat impérial) que pendant l’absence des empereurs et des rois. Notre pays dut jouir à cette époque de la faveur du souverain, et Wiesbaden ne tarda pas à acquérir de nombreux privilèges, des brefs de donation, des armes. La ville s’agrandit et, en 965, sous l’empereur Othon premier, elle fut élevée au rang de ville impériale et palatine (Saal- und Pfaltzstadt). Au commencement du 18 me siècle on voyait encore . sur le Romerberg les ruines d’un palais (palatium, curtis regia) construit autrefois pour l’empereur et dont les décombres ont servi

depuis à bâtir la rue qui porte le nom de Saalgasse (rue du palais).

Pédant toute la période franque, l’histoire garde le silence tant sur 1 existence de nos thermes que sur l’emploi de nos eaux minérales; des rois francs, des empereurs de cette race ont, il est vrai, fixé leur résidence à Wiesbaden et probablement y ont pris les eaux; mais aucun document historique ne constate que tel a été le but de leur séjour dans notre ville et les monuments que cet âge nous a transmis, ainsi que nous venons de le dire, ne nous en apprennent pas plus que l’histoire à ce sujet.

Long temps après, au commencement du onzième siècle, les comtes de Nassau parvinrent , grâce à la générosité des empereurs allemands, à la possession de Wiesbaden et du territoire assez considérable qui en dépendait. Notre ville devint le lieu de leur résidence et la capitale de leurs états. Mais dans les siècles suivants elle essuya de grands malheurs et fut ravagée à • différentes époques par la guerre et l’incendie. Elle devint la proie du premier de ces fléaux à la suite de contestations qui s’élevèrent entre ses ducs et leurs belliqueux voisins et de guerres plus importantes entre des nations aux quelles son territoire servit de champ de bataille. Elle fut totalement détruite en 1281 lors d’une dispute entre Adolphe de Nassau , celui qui monta plus tard sur le trône impérial, et Godefroy seigneur d’Eppstein. En 1318, assiégée pendant quatre semaines par l’empereur Louis V , elle ne dut son salut qu’à la solidité de ses fortifications; elle éprouva en 1417 de gands dommages et fut en partie ravagée à l’occasion d’une querelle entre l’archevêque de Mayence et les seigneurs d’Eppstein, Godefroy et Everard et, enfin, fut emportée d’assaut par Othon de Solms en 1496.

Malgré toutes ces calamités, la ville conserva un certain degré de prospérité et compta jusqu’à cinq cents bourgeois; mais au seizième siècle, deux terribles incendies désolèrent la ville: le premier, en 1547, détruisit toute la cité à l’excep-

tion du château et d’une vingtaine de maisons; le second, en 1561, réduisit en cendres cinquante trois maisons et le nombre des bourgeois tomba au-dessous de cent. Le sort de nos pères fut encore plus triste au dix-septième siècle, alors que la guerre de trente ans étendit sur notre contrée la terreur qu’inspirent le pillage et la violence la plus effrénée. Une partie des habitants périt, une autre chercha son salut dans la fuite; Wiesbaden fut changé en un désert, des ronces et des broussailles poussèrent sur la place du marché; l’on ne compta plus dans la ville qu’une cinquantaine de feux et bientôt après, une vingtaine seulement. Dans une pareille détresse, aucun métier ne put subsister, toute culture devint impossible et, pour surcroit de malheur, au fléau de la guerre se joignirent la famine et de cruelles maladies. Les aliments les plus ordinaires atteignirent un prix exorbitant; l’argent devint de plus en plus rare et la propriété foncière fut tellement dépréciée que des arpents entiers se vendirent pour un morceau de pain. Enfin, d’après Schenk, la peste désola Wiesbaden en 1624.

Cet enchaînement de calamités nous donne la mesure de l’état de décadence dans le quel durent tomber à cette époque nos établissements d’eau thermale. Sans doute, on ne put, même alors, méconnaître ni le mérite ni l’efficacité de nos sources; quelques rares baigneurs y vinrent puiser la santé; mais au milieu des fléaux qui accablaient les habitants de notre ville, le développement régulier de la vie des bains n’en devint pas moins impossible. Des établissements qui s’étaient élevés à la faveur de quelques années de paix et de tranquillité furent détruits derechef par la guerre et l’incendie. D’après Schenk, les maisons de bains furent envahies et dévastées de préférence par le soldat pillard et destructeur; la plûpart, à cause de la douceur de leur température, furent converties en écuries pour les chevaux, ainsi que de nombreuses traces l’attestèrent encore après de longues années. Néanmoins, nos sources thermales méritèrent, même

dans ces temps de malheur, de fixer l’attention de médecins et d’écrivains célèbres. Au seizième siècle, Tabernae - montanus, médecin à Spire, consacra à leur vertu médicale, un article dans son trésor des eaux ( thésaurus a quarum ). Vers la même époque Etschenreuter les vante dans son livre sur les thermes. Au commencement du siècle suivant, Gaspard Hundorf écrivit son Wiesenbrünlein ( fontaine des prairies ) de Wiesbaden: dans cet opuscule, Fauteur se loue beaucoup des heureux effets qu’il éprouva à la suite de l’usage de nos bains et trace dans de jolis vers les règles et la diète à observer par les baigneurs. Il prescrit trois bains par jour; les deux premiers d’une heure chacun, le matin et à midi et le dernier de deux heures, le soir. Il recommande de ne par les prendre trop chauds et conseille aux malades l’usage modéré du vin, une joyeuse humeur, de la salade au souper et une fervente prière, le soir, pour clore saintement la journée. Il ne nous apprend rien, du reste, ni sur l’état de nos thermes, ni sur celui de notre contrée.

Weber, qui écrivit en 1636, est le premier à qui nous soyons redevables d’un traité spécial sur cette matière. On trouve dans son ouvrage une description de la zone thermale et de chaque source en particulier; de plus une hypothèse sur l’origine des sources. L’auteur nomme plus de vingt-deux établissements de bains, en vante la distribution, la propreté, la modicité des prix et fait un portrait flatteur des propriétaires de bains et des hôteliers, qui, loin d’être des hommes bourrus, se distinguent, dit -il, par leur caractère serviable, leur modestie, leur honnêteté et leur bonté. Il loue également le climat et la fertilité du territoire.

Weber trace, avec la plus grande précision, les règles du bain et dresse pour cet objet deux échelles dont lune commence par un bain d’une demi -heure et va en augmentant à raison d’un quart d’heure par jour jusqu’à ce qu elle arrive au maximum, qui est de trois heures, pour ïedescendre ensuite la même progression en sens inverse; l’autre aug-

mente et diminue à raison d’une demi -heure tous les deux jours. L’une ou l’autre progression devait être suivie deux fois par jour, avec cette différence, que le bain de l’aprèsmidi était d’une demi -heure moins long que celui du matin. Arrivé au point culminant de la cure , le patient se trouvait de la sorte immergé cinq heures et demie par jour. Il considère l’usage de l’eau thermale en boisson comme un accessoire, même comme un remède dangereux pour les baigneurs et ne l’ordonne qu’avec les plus grandes précautions; il en fixe la quantité à six onces pour commencer et permet d’aller en augmentant jusqu’à quatre livres.

On connaissait déjà à cette époque l’usage des bains de vapeur et des douches et le sédiment des eaux s’employait en cataplasmes.

Suivant la nature de la maladie, on ajoutait aux bains de singuliers mélanges d’herbes médicinales et les patients qui buvaient l’eau, usaient en même temps d'une grande quantité de médicaments.

La méthode de Weber et ses préceptes paraissent avoir servi de guide aux baigneurs pendant tout le dix-huitième siècle, si ce n’est qu’on a peut-être administré les eaux à de plus fortes doses et à une température plus élevée.

Il parut encore dans ce siècle d’autres écrits sur nos eaux thermales, entre autres ceux de Hoernigk 1637, Horst 1659, Geilfus 1668, Jacobi 1687. On a même lieu de s’étonner qu’après être devenues l’objet de travaux littéraires et scientifiques, elles n’aient pas acquis plus de renommée et que leur fréquentation ne se soit pas augmentée d’une manière plus sensible. Cette sorte de défaveur, indépendamment des obstacles et des influences contraires mentionnés plus haut, pourrait s’expliquer par l’abus des bains administrés à une température trop élevée. Les effets préjudiciables de ces bains ont du nécessairement les faire tomber en discrédit.

Plus tard, vers le commencement du dix-huitième siècle, on abandonna l’usage excessif des bains chauds pour en

venir à des pratiques plus modérées, recommandées par les écrits de ce temps là. Melchior, d’abord (1697), justifie nos sources du reproche qu’on leur a fait d’être trop échauffantes. Rauch, (1701), prouve leur efficacité, dans les cas les plus désespérés, chez des malades abandonnés par la médecine; il prévient contre le danger de prendre les eaux, soit en bains, soit en boisson, à une température trop élevée et recommande fortement les cures d’hiver, pour lesquelles on avait déjà pris des dispositions.

Le meilleur ouvrage sur les bains, qui ait paru à cette époque, nous vient de Juengken (1715), très savant médecin de Francfort. On y trouve une description de nos sources, de leur origine, de leurs dépôts et du calorique qui leur est particulier. Cet auteur prouve que leur chaleur est identiquement la même que celle de tout autre liquide et susceptible de se dissiper, en laissant l’eau exposée à l’action de l’air. Il nous fait voir que nos eaux n’ont rien d’échauffant par elles-mêmes ; que le tout est de savoir en faire un usage rationnel, et nous dévoile quelques unes des causes auxquelles il faudrait attribuer la mauvaise réputation des sources de Wiesbaden, dans ce temps là; entre autres, l’égoïsme de certains médecins de Francfort qui, après avoir prêté leurs capitaux à Wiesbaden, trouvèrent plus avantageux, dans la suite, de les placer à Ems: à dater de cette époque, les eaux de Wiesbaden étaient devenues trop échauffantes et celles d’Ems d’un emploi plus sûr.

Juengken loue beaucoup la bonne disposition de nos établissements de bains et en donne une description détaillée par laquelle nous apprenons que le nombre en était alors très restreint. Les deux plus importants, le Schützenhof et l’hôtel de l’Aigle, ne possédaient que quatre bains chacun, mais très commodes, avec des chambres de bain précédées d’une antichambre et munies de lits et de cheminées. Cet auteur nous a laissé d’excellentes considérations sur les effets de nos eaux

thermales dont les principes chimiques et la température sont,

selon lui, les principaux agents; sur le mode de leur emploi, soit en boisson prise en petite quantité, soit en bains administrés avec modération et dans le but de favoriser et d’activer le traitement interne; sur les modifications qu’il convient d’introduire dans le traitement, suivant le tempérament du malade; sur la diète à observer par les baigneurs, ainsi que sur le régime à suivre après la cure (die Nachkur).

Ces considérations sont tellement bonnes et judicieuses qu’elles pourraient, encore de nos jours, servir de base au traitement des eaux et leur auteur contribua puissamment à faire naître, pour notre ville, un avenir plus prospère.

Au dix-huitième siècle, s’effacèrent peu à peu les traces qu’avaient laissées, dans nos contrées, le bouleversement de la patrie allemande et les calamités locales dont Wiesbaden avait été le théâtre. Après la conclusion de la paix de Westphalie, Jean, comte de Nassau, retourna dans ses états et s’efforça de fermer les plaies de la guerre. La ville de Wiesbaden, veuve de ses habitants, fut repeuplée. La concession de privilèges et de certaines franchises, fut l’appât dont ce prince se servit, pour attirer dans la ville, des artisans et des artistes étrangers; il releva de leurs ruines les maisons de bains et fit construire l’église et l’hôtel de ville. Son successeur, George Auguste, (1677) fut le continuateur de ses œuvres, en contribuant à à l’amélioration des établissements de bains et à l’agrandissement de la ville, qu’il entoura d’une belle muraille, après avoir ordonné la destruction des vieilles fortifications.

De 1740 à 1748, la contrée eut beaucoup à souffrir de la guerre de succession; mais les désastres qu’elle causa, furent bientôt réparés, grâce à la faveur des princes qui nous gouvernaient alors. Le nombre des bourgeois, vers le commencement du dix-huitième siècle, était déjà de trois cents et monta, cinquante ans plus tard, à plus de cinq cents.

A des circonstances locales si favorables, vint s’adjoindre 1 heureuse influence, qu’exerça sur la fréquentation de nos thermes, le progrès des sciences naturelles. En faisant con-

naître l’analyse exacte des eaux, la chimie révéla la grande richesse en substances minérales qui distingue nos sources et l’on put assigner à leur efficacité une cause réelle et scientifique. Leur vertu curative ne tarda pas à attirer l’attention de médecins distingués qui en recommandèrent l’usage dans leurs écrits et, parmi lesquels, nous devons assigner le premier rang à Frédéric Hoffmann, le véritable réformateur de la balnéologie. Leurs préceptes, leurs méthodes perfectionnées furent appliqués avec succès par des médecins tels que Speth et Ritter.

La situation de Wiesbaden, sa contrée embellie par la nature, le voisinage du Rhin qui facilite les communications a\ec les pays étrangers, tout ce qui jadis avait attiré sur nous 1 invasion des hordes ennemies, se changea, sous les auspices de la paix, en attrait pour les baigneurs et notre ville entrevit la brillante époque dans laquelle elle entra, au commencement du dix-neuvième siècle, après que les guerres de la révolution française eurent cessé de bouleverser l’Europe; car, durant cette période, Wiesbaden était redevenu un lieu de passage pour les armées; la sécurité des baigneurs fut de nouveau compromise; le besoin général et les frais de la guerre tarirent les ressources que la commune et le gouvernement consacraient à l’embellissement de la cité. Mais à partir de la paix de 1815, la ville prit un développement d’autant plus rapide qu’il avait été, jusque là, comprimé violemment et parvint à un degré d’extension que peu de bains allemands ont atteint ijusqu’à ce jour.

Les bienfaits d’une paix durable et la vertu merveilleuse de nos eaux ne furent pas les seules causes de l’impulsion que reçurent nos établissements de bains. Wiesbaden étant devenu la capitale du duché de Nassau, après la réunion des deux lignes valramiques, des embellissements sur une plus vaste échelle, des constructions grandioses rehaussèrent notre ville et donnèrent un essor plus rapide à la vie des bains.

De leur côté, les habitants, s’engageant de plus en plus dans

la voie du progrès, favorisèrent la fréquentation des eaux, jetèrent les fondements de leur bien-être et contribuèrent à la prospérité de l’ensemble, par le succès de leurs entreprises particulières.

C’est surtout à nos médecins de cette époque que nos eaux thermales sont redevables de leur brillante réputation; ils l’ont fondée par leurs écrits et par la pratique la plus active, la plus infatigable. Pendant les vingt premières années de ce siècle, ce furent Ritter, Lehr et Rullmaun, plus tard Peez et Richter qui méritèrent ainsi l’éternelle reconnaissance des Wiesbadois. Peez introduisit des modifications essentielles dans le mode de l’emploi des eaux thermales, en restreignant l’usage encore excessif du bain, sous le rapport de la durée et de la température, et en donnant plus d’extension- à l’usage interne des eaux. Il pose en principe que les eaux prises en boisson, agissent surtout par leur composition chimique et que c’est principalement à leur température qu’il faut attribuer leur vertu curative, lorsqu’on les emploie en bains. Il combat l’usage invétéré de cette multiplicité de médicaments ordonnés aux malades, pendant la cure, en rappelant l’adage d’un célèbre i Hippocraticien : plus nombreuses sont les drogues , moins vaut le médecin , C’est à lui que nous devons l’invention du i savon dit, Sinterseife , dont il fit un emploi très étendu. [ Par ses recommandations et celles de Richter, les cures | d’hiver furent introduites chez nous et l’industrie des bains s agrandit d’une nouvelle branche d’exploitation.

La volonté de tous tendant ainsi vers un but commun et.Lj les plus nobles efforts s’associant, à l’envi, pour rendre accès— i sibles à l’humanité souffrante, les trésors que la nature ai répandus avec profusion, nos établissements thermaux parvinrent,, ;r dans un temps relativement très court, à un degré de splen— il deur qui les place au premier rang parmi les bains européens.. Il Pour rendre sensible cette marche ascendante, ce progrès* j* lapide, il suffit de comparer le chiffre des baigneurs et des 1 habitants de notre ville, en 1800, avec celui que présenta n

l’année 1850. Le nombre des visiteurs, en 1800, fut de 900, celui des bourgeois, de 500; en 1850, Wiesbaden comptait 2000 bourgeois, 14890 baigneurs et 8107 visiteurs. Il est vrai de dire que la saison de 1850 fut extraordinairement brillante, à cause du séjour du comte de Chambord et, sans doute aussi, à cause des saisons manquées de 1848 et 1849; cependant, les autres saisons ne le cèdent guères à celle de 1850 et la liste des étrangers pour 1852, quoiqu’ elle ne soit pas encore close, atteint déjà le chiffre 15800. En comparant les saisons les plus récentes avec celles plus anciennes, on constate donc, en exceptant l’année 1850, une augmentation progressive constante; chaque année voit s’augmenter le nombre des cabinets de bains, des hôtels garnis publics et privés et l’on peut assurer que Wiesbaden, malgré son développement actuel, n’a pas encore atteint l’apogée de sa grandeur.

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