‹ Monographie des eaux minérales de WiesbadenChapitre 9 sur 52 · Chapitre II t · texte numérisé non relu

Chapitre II t

De la ville de Wiesbaden et de ses habitants,

L’emplacement, qu’occupe le Wiesbaden actuel, comprend la région des sources, s’étend de là, dans la direction du sud-ouest, vers le Rhin et s’élève, du côté du nord et du nord-ouest, sur les collines du Heidenberg et du Romerberg. La ville se divise donc naturellement en trois quartiers: la vieille ville, bâtie sur la zone thermale; le nouveau quartier, du côté du Rhin, et la partie haute, sur le penchant des

collines, au septentrion.

La vieille ville occupe le terrain qui fut, depuis des siècles, le théâtre de notre histoire et eut, dès les temps les plus

reculés, une double importance, comme établissement thermal et comme position stratégique. Les lieux mêmes ont conservé l’empreinte de cette dualité dont l’origine remonte jusqu’aux Romains. Un mur long d’environ 650 pieds, ayant de 15 à 20 pieds de hauteur sur 10 d’épaisseur, prenait naissance sur le Heidenberg et, de là, descendait en traversant le bassin de Wiesbaden, dans une direction paralelle au Rhin. Des restes de ce mur sont visibles près de l’ancien cimetière dont ils forment en partie l’enceinte, du côté ,de l’est, et s’appellent, encore aujourd’hui, le Mur des Payens (die Heidenmauer). Il divisait la ville en deux parties. L’une, où se trouvaient toutes les sources, à l’exception de celle du Schützenhof, était habitée par les anciens Usipetes et les Mattiaques ; l’autre, occupée et fortifiée par les Romains, comprenait la source du Schützenhof, ainsi que l’attestent les antiquités qu’on a mises au jour lors de la construction de cet hôtel. 11 existait donc deux Wiesbaden, l’un romain, l’autre germanique. Après le départ des Romains, cette disposition des lieux ne subit que des changements insignifiants, car les Allemanni, en possession de ce territoire, ne tardèrent pas à être contraints d’utiliser les fortifications de leurs prédécesseurs pour résister à de nouveaux conquérants. Il en fut de même, sous le rapport des changements, pendant la période franque et il est à supposer que sous la domination généralement tranquille et pacifique de cette race, les constructions défensives des Romains tombèrent peu à peu en ruines; le seul accroissement, que la ville reçut à cette époque, fut le palais impérial, dont nous avons déjà parlé, lequel, d’ailleurs, était situé en dehors de la région des sources, sur le penchant du Romerberg.

Notre ville ne subit de changements notables qu’à partir de la domination des comtes de Nassau. Un château seigneurial, ceint de fortes murailles, s’éleva dans la partie méridionale de la région des sources; plus tard, une seconde enceinte de murs et de fossés, dans la quelle on fit entrer, du côté de 1 est, une partie du mur des payens, fut conduite autour d’un

quartier du Wiesbaden romain qui comprenait également le château; enfin, la ville entière fut entourée d’une troisième enceinte fortifiée et devint, pour le temps, une forteresse de premier ordre. Ces travaux furent éxécutés avec le concours de toutes les communes environnantes dont les habitants obtinrent, en échange, le droit de se réfugier en ville, avec leur avoir, en temps de guerre. Cet état de choses subsista, sans modifications importantes, jusqu’au commencement du dix-huitième siècle; alors murs, ramparts et fossés furent rasés, le terrain qu’ils occupaient fut en partie surbâti, en partie converti en rues et en jardins; les trois enceintes ne formèrent plus qu’une seule ville entourée d’une muraille commune. Celle-ci disparut à son tour, au commencement du dix-neuvième siècle lorsque Wiesbaden, devenu la capitale du duché et une ville de bains des plus florissantes, s'étendit à la fois vers le sud-est et le nord et s’agrandit de deux quartiers nouveaux. De nos jours, elle s’est accrue, vers l’est, le sud et l’ouest, d’une ceinture d’élégantes villas, qui lui donnent un aspect des plus riants. Ouverte de tous les côtés, bordée de majestueuses allées de platanes et coupée à angle droit par de larges rues, elle est réellement d une apparence fort belle. Presque toutes les maisons en sont neuves, même dans le vieux quartier où des constructions modernes ont remplacé les anciennes; elles sont bâties avec de bons matériaux, la plupart en briques, commodément distribuées et fort saines; un grand nombre est pourvu de corridors fermés et, pendant la mauvaise saison, protégé contre le froid, au moyen de doubles portes et de doub es fenêtres. La propreté y est maintenue rigoureusement ainsi que dans les rues; les eaux des cloaques sont emevées 1

les ruisseaux qui traversent la ville.

Wiesbaden, si riche en sources minérales fron es e

chaudes, n’en possède pas une seule d eau doue e > a 1 rapprochée, dans la direction du sud-est, se trouve a a maison de Conversation (Cursaal) et fournit une eau agréa ) e

et rafraîchissante (7° R.). Trois autres sources jaillissent au versant sud du Taunus et sont dirigées par des aqueducs dans tous les quartiers de la ville.

Les objets de consommation, servant à l’approvisionnement de Wiesbaden, sont de bonne qualité et soumis d’ailleurs au contrôle d’une police sévère. De la fertile Wetteravie et de la vallée de la Lahn nous tirons le bœuf, le mouton et le porc; les hauteurs boisées du Taunus nous livrent le gibier; le Rhin ses poissons.

Le blé, outre celui que produisent les cultivateurs de la ville, nous est fourni par les paysans du Main et de la Lahn; les légumes et les fruits, de qualité supérieure, viennent de nos jardins ou des bords du Rhin. Le vin et la bière sont les boissons ordinaires du pays ; le premier, d’une qualité exquise, se récolte en partie dans nos vignobles, en partie dans le Rhingau et le Palatinat (Bavière rhénane). La meilleure bière forte se tire de la Bavière, les qualités légères sont fabriquées par nos brasseurs.

La physionomie des habitants de Wiesbaden ne présente rien de caractéristique, rien qui trahisse leur origine; ni leur physique ni leur caractère ne portent le cachet de Rome ou de la Germanie. Les guerres dévastatrices du dix-septième siècle ayant, comme nous le savons, dépeuplé la ville, on y admit, pour la repeupler, des artisans de toutes les contrées; par là, les derniers vestiges de notre origine durent s’effacer; les coutumes, qui prirent naissance à la suite de ces évènements, ne tardèrent pas à s’altérer elles-mêmes et à s’user au contact des étrangers de toutes les nations dont l’affluence fut si grande dans les derniers temps.

Les habitants de la ville sont de taille moyenne, d’une stature plutôt légère que forte, en tout semblables à la race qui habite la région moyenne du Rhin. En comparaison de leurs voisins, ils occupent un degré élevé sur l’échelle de la ehilisation, avantage qu’ils doivent à la bonne organisation de nos écoles et à leurs rapports si fréquents avec les

hommes les plus civilisés du monde. Ils sont généralement d’un caractère franc et loyal, d’une humeur gaie et bienveillante, actifs, aimant le travail et les plaisirs de la société et nullement indifférents aux intérêts les plus élevés de l’humanité.

Suivant le genre de leurs occupations, on peut les diviser en trois classes, séparées, jusqu’à un certain point, par les localités mêmes. La première comprend ceux qui se livrent à l'industrie des bains et aux professions auxiliaires. Ils habitent la vieille ville et se distinguent par leur savoir pratique, leurs aptitudes, la connaissance des langues vivantes et leur commerce facile avec les étrangers; mais comme hommes du monde ils n’offrent rien de particulier.

La seconde est celle des cultivateurs dont les habitations bornent en général la vieille ville. Par l’accroissement toujours plus rapide de l’industrie des bains, ils ont été refoulés aux extrémités de la ville, sur le développement de laquelle, quoiqu’ils soient fort anciens, ils n’ont exercé que peu ou point d’influence et, réciproquement, la civilisation moderne de nos citadins a laissé intactes leurs antiques coutumes. Simples et droits dans leur façon de vivre, de mœurs patriarcales, leur habillement et leurs demeures sont ceux des paysans; c’est assez dire qu’ils ne se ressentent en rien du goût raffiné de la cité, dont cependant ils sont si voisins. Par compensation, le luxe ruineux et les infirmités de la civilisation leur sont totalement inconnus. Peu instruits, ils ont néanmoins un jugement sain, et manifestent volontiers leuis opinions en termes un peu rudes. Par 1 inaltérabilité de leui type, ils ont mérité le nom de vieux Wiesbadois.

Les employés du gouvernement et les rentiers, qui la plupart doivent leur fortune à l’industrie des bains, composent la troisième classe; ils se font remarquer par leur culture intellectuelle et leurs connaissances theoiiques.

La population de Wiesbaden s’élève à 15,000 âmes environ, dont 12,000 professant le culte évangélique et 2,500 ca-

tholiques. La religion catholique allemande compte environ trois cents adeptes et la communauté israelite, trois centcinquante.

L’ancien temple évangélique, beau et spacieux, est devenu, l’an dernier, la proie des flammes ; en attendant sa reconstruction, le culte est célébré dans une chapelle du palais ducal. L’église catholique, toute neuve, est fort belle de proportions et de style; elle est placée sous l’invocation de St. Boniface, apôtre de la Germanie et premier évêque de Mayence.

Les catholiques-allemands célèbrent leur office dans un local privé; mais ils ont formé le projet de construire un temple. La synagogue est spacieuse et répond tout à fait à l’importance de notre communauté israelite.

Pour les étrangers, principalement ceux qui habitent notre ville, il y a en outre line chapelle grecque et un office anglican. Le prêtre anglican est rétribué par les Anglais de notre ville. Le culte a été célébré, jusqu’à présent, dans le temple évangélique ; mais une collecte très abondante, à la quelle ont même contribué des Anglais qui ne résident pas à Wiesbaden, est destinée à la construction d’un temple; la ville leur a concédé à cet effet un emplacement convenable.

Le culte catholique grec est célébré par un pope qui vint ici à la suite de feu la duchesse Elisabeth, grandeduchesse de Russie. Jusqu’à présent, ce culte s’est tenu dans une maison particulière; mais, sous peu, il sera transféré dans le mausolée ou reposeront les cendres de la duchesse Elisabeth, magnifique chapelle, de style oriental, qui s’élève près de la ville, sur une hauteur boisée et qui est d’un effet très pittoresque.

La ville possède deux gymnases, un institut agricole, une école supérieure de filles, plusieurs écoles élémentaires et d excellents pensionnats pour jeunes gens et pour demoiselles, très fréquentés par de jeunes étrangers.

Les sciences et les beaux-arts sont encouragés par des sociétés pifvées, parmi lesquelles on doit citer honorablement les sociétés artistique et musicale, la réunion de citant et le

comité des embellissements. Un musée, propriété nationale, contient diverses collections d’antiquités, d’histoire naturelle et de peinture et une riche bibliothèque. Les étrangers y sont admis avec empressement. Les personnes lettrées trouvent de bons cabinets de lecture et un théâtre, qui fait les plus louables efïorts pour contenter le public; on y joue l’opéra, la comédie et le drame.

La bonne société se réunit, pendant la saison d’été, au Cursaal (maison de conversation), magnifique établissement où l’on trouve réunis tous les plaisirs, tels que bals, réunions, jeux, concerts et harmonie dans le parc. En hiver, il y a des soirées particulières en ville et des bals organisés par des comités où les étrangers sont facilement admis.

Les Wiesbadois se distinguent par leur bienfaisance. Plusieurs comités ont pris à tâche de soulager les pauvres et d’améliorer leur sort, entre autres ceux des dames charitables, des prébendés et de la salle d’asile. La bonne organisation des établissements qu’ils ont fondés est vraiment intéressante pour tout ami de l’humanité. Son Altesse, le duc, a également donné des preuves des sentiments de charité dont il est animé en fondant, en mémoire de sa première femme, l’institut d’Elisabeth, clinique pour les enfans pauvres, dirigée par deux bons médecins.

L’hôpital reçoit les indigents de la ville et même les étrangers, auxquels il fournit des bains aux prix les plus modiques. Le traitement et les soins, qu’y reçoivent les malades, ne laissent rien à désirer sous aucun rapport.

La police hygiénique et médicale est confiée à la surveillance active et incessante d’un médicin expérimenté. Les pharmacies de la ville, au nombre de trois, placées sous le contrôle des agents du gouvernement, sont tenues par des hommes qui ont donné les meilleures garanties de leur savoir et de leur aptitude; il leur est prescrit de ne vendre que des remèdes d’excellente qualité et de se conformer à la taxe.

Page 1