DES DIFFÉRENTES PIÈCES DONT SE COMPOSE L'INSECTE
Sect. I. Considérations sur la synonymie des parties.
Cette synonymie constitue maintenant une véritable branche d’étude et de labeurs pour l’entomologiste, grâce à la déplorable fécondité que déploient les auteurs, d’un côté à inventer des appellations nouvelles pour les parties d'organes les plus minimes ; de l’autre, à changer d’anciens termes usités jusqu’à eux. Un nom une fois donné à un organe bien décrit et facile à reconnaître, pourquoi ne le lui pas conserver, s’il suflit à désigner clairement son objet? Mais point ; on se hâte de le trouver mal choisi, mal bâti, irrationnel par quelque bout ; on le change pour en fabriquer un second, puis un troisième, qui ne sera pas plus solide à sa place que ceux qui l’ont précédé.
Non contents de changer les anciens termes, les auteurs ont
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souvent pris pour désigner un objet tel terme qui, à une époque plus reculée, avait une signification fort différente, et comme naturellement tout le monde ne se range pas d'emblée à la dernière nomenclature, d'autant plus que fort souvent il est des naturalistes à qui elle reste parfaitement inconnue, il en résulte de doubles emplois du même mot fort embarrassants. C’est ainsi, pour n’en citer qu’un exemple, que Hartig nomme subradius ce que Lepeletier de Saint-Fargeau appelle cubitus supérieur.
1l en résulte que chaque terme devra bientôt nécessairement porter avec lui sa liste de synonymes, et il suffit de jeter les yeux sur le tableau que M. de Romand donne de la synonymie des seules parties de l’aile des Hyménoptères (1) pour se convaincre de l'incroyable confusion qui ne peut manquer d’être ainsi introduite dans les détails de la nomenclature.
On ne se borne même pas à changer les anciens termes, on en ajoute de nouveaux pour exprimer, la plupart du temps, les détails les plus minimes, qui ne sont l’apanage que d’un mémoire tout spécial : on ne songe pas que ces termes anatomiques fabriqués, ne fût-ce que pour la plus petite tribu des insectes, se trouvent par là dorénavant imposés a l’entomologie; mille fois mieux vaudrait, à notre sens, employer tout le long d'un mémoire une périphrase, incommode pour l’auteur seul, qu’avoir recours à ce procédé funeste aux autres observateurs.
Des termes établis ainsi sur l'inspection de quelques genres, sans comparaison avec l’ensemble des insectes, sans étude générale qui puisse servir de guide, ont le plus souvent le défaut d’être irrationnels, et lorsqu'ils viennent à passer par le crible des critiques, chacun trouve à propos de les changer, et chacun le faisant à sa façon, on comprend jusqu'où cela mène!
Acceptons les termes primitivement admis, quelque mal imaginés qu'ils puissent être, si lon veut, plutôt que d’en adopter
(1) Tableau de l'aile supérieure des Hyménoptères, par M. de Romand. Paris, 1839. — Il serait bien à désirer que des entomologistes patients entreprissent un travail analogue sur chacune des parties de l’insecte, en rétablissant, si possible, d’une manière comparative la synonymie pour tous les ordres des insectes.
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de nouveaux; mais ayons soin en même temps d’en spécifier soigneusement la valeur, afin que le nom ne laisse rien préjuger ‘sur les fonctions ; employons les périphrases tant que cela n’est pas impraticable, plutôt que de contribuer à charger encore les catalogues déjà si longs, si ardus à débrouiller,
Telles sont les considérations qui nous ont engagé à revenir simplement à la nomenclature que Jurine a établie pour l'aile des Hyménoptères.
Dans la famille des Vespides, il suflit de bien peu de termes pour exprimer tous les caractères tirés de l'aile, et je ne suppose pas que pour les autres tribus, il en faille un beaucoup plus grand nombre. Quant aux pièces appendiculaires, je me suis servi de la nomenclature de Savigny, complétée par Brullé (1). Pour les autres parties, j'ai conservé celle de Latreille et d’Audoin, qui du reste est adoptée par tout le monde.
Sect. IT. Des différentes pièces qui entrent dans la composition
du corps.
Je ne ferai ici que passer fort rapidement en revue la série des divers organes , et je chercherai à ne point répéter ce qui a déjà été dit par les nombreux auteurs auxquels on doit d’avoir Jeté du jour sur cet intéressant sujet.
LE. Du système appendiculaire.
Les pattes des Euméniers n'offrent rien de bien particulier ; elles ne sont faites que pour la station ou la marche, en sorte qu’elles sont généralement grêles, dépourvues de longs poils, et le plus souvent, en relation directe avec la longueur de l’abdomen, les postérieures du moins, afin d’équilibrer le poids de ce dernier pendant la station. Les Discælius offrent la cuisse antérieure arquée, la concavité tournée en haut, et la jambe assez courte,
(1) Ann. Sc. nat. 3° Série, T. HI, p. 271.
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Dans tous les Euméniens la jamhe est armée d’un ou de deux appendices spiniformes que j'ai indiqués dans le chapitre précédent. LÀ où. 40
Les deux premières paires de pattes portent au bout du tibia un appendice allongé. Celui de la première a la forme de sabre, et celui de la seconde est droit, aigu, en stylet. La troisième paire est armée au même endroit de deux épines, qui figurent chacune une de celles qui arment les autres pattes, c’est-à-dire que l’une est en forme de sabre, l’autre en stylet. Cette armure est la même dans toutes les espèces des Guêpes solitaires et même des sociales.
Les tarses sont comme dans l'immense majorité des Hyménoptères, composés de cinq articles (1). Le dernier porte un double crochet corné, bifide ou armé d’une ou de plusieurs dents; ces dents dénotent des instincts carnassiers chez les insectes qui jes possèdent : elles leur sont très utiles pour saisir et transporter la proie vivante qu’ils destinent à leurs petits; les Vespiens qui n’ont jamais à charrier de proie vivante (2) n’offrent rien de semblable.
J'ai parlé des antennes dans le chapitre précédent , de sorte que je n’y reviens pas ici.
La bouche fournit des sujets d'étude plus intéressants à cause de la variété qu’elle est susceptible d'offrir dans ses formes.
On distingue d’abord dans la lèvre trois parties : le ie la languette, et les palpes labiaux.
Le menton est fortement comprimé, allongé; court et gros dans les Ptérochilus. La languette est très longue, tripartite, offrant au milieu un lobe assez large et bifide accompagné de chaque côté
(4) Dans un mémoire publié en 1844 (Quelques remarques sur le dernier article du tarse des Hyménoptères, par A. de Gokortky Joravko), on a cherché à établir que les crochets étant articulés au cinquième article et faisant corps avec la pelotte , ils devaient être considérés comme un sixième article. Cette question intéressante sous le point de vue anatomique, me semble inutile à soulever quant à la définition conventionnelle adoptée en entomologie, puisque ce fait n’est pas spécial aux Hyménoptères , mais qu'il est commun à tous les insectes et que dans = l'indication du nombre des articles on est d'accord pour ne jamais compter celui qui est ainsi formé par les crochets.
(2) Il est cependant certain que les guêpes dévorent sur place des mouches.
d’une lanière latérale articulée à la base de la languette, (PL. V, fig. 1a,2a,etc.) Cesp rties sont composées d’une substance molle, men ,; dans laquelle on distingue par transparence des fibres longitudinales et surtout des transversales fort nombreuses qui s’épanouissent sur les bords, principalement à l'extrémité, en une sorte de chevelu d’où résulte souvent une apparence plumeuse. (Planche V, figure 2 a. Planche IV, figure 2 a.) Il faut surtout remarquer les quatre points opaques placés au bout des divisions des lobes, que l’on a nommés des glandules ou points glanduleux, mais qui ne sont très probablement que des plaques cornées. La languette est flexible et capable de mouvements exécutés à la volonté de l’insecte; le bout du lobe médian est presque toujours replié à angle droit sur le reste de son étendue.
Les mächoires ont une forme allongée et comprennent quatre parties distinctes :
4° La partie basilaire (le maxillaire ) qui est triangulaire et cornée ;
2° Le sous-maxillaire , allongé, et servant à l'articulation du maxillaire ;
3° L’appendice ou galea, partie foliacée, qui surmonte la pièce basilaire ;
Et 4° Le palpe.
Le galéa est pour la mâchoire ce qü’est la languette pour la lèvre ; de nature plus constante qu’elle, il est en général opaque et un peu corné. Toujours il suit dans son développement celui de la languette, de même que la mâchoire se proportionne sur le menton : de l'accord de ces deux ordres d'organes, il résulte un instrument assez complexe, offrant l’apparence d’une espèce de tube ou trompe incomplète. Effectivement, la langue et les mâchoires sont soudées ensemble par leurs pièces basilaires; les deux mâchoires sont de plus réunies par leurs bases, et le menton se trouve engagé comme un coin entre les extrémités des
maxillaires, qui grâce à leur forme triangulaire laissent un vide” .
entre eux. (PI. I, fig. 3 a.), Ces trois pièces forment done corps
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