‹ Monographie des irritations intermittentes ou traité théorique et pratique des maladies périodiques ... et ... de tout ce qui offre de l'intermittence ou de la périodicité en pathologieChapitre 10 sur 79 · PHLEGMASIES INTERMITTENTES DES MUQUEUSES NASALE ET AURICULAIRE · texte numérisé non relu

PHLEGMASIES INTERMITTENTES DES MUQUEUSES NASALE ET AURICULAIRE

Coryza avec type quotidien. (Febris larvata. )

21. Un chirurgien âgé de vingt-deux ans vint à l’hôpital, ayant, depuis quatre jours, un coryza avec sécheresse et embarras dans les narines , et une douleur à la racine du nez.

Il était d’une complexion bonne et replète ; il avait eu la veille du frisson, de la chaleur, et il s’était fait saigner. Le matin de son arrivée , il avait le pouls vif, peu de soif, la tête pesante , le goût et l’odorat perdus , la langue blanche , tout le visage très rouge.

On lui donna la décoction d’orge avec oxymel , et on lui recommanda de fomenter la membrane de Schneider en aspirant par le nez une décoction émolliente tiède. Depuis le milieu du même jour jusqu’au milieu de la nuit, à peu prés , il éprouva une pesanteur de tête particulière, qui se termina par une sueur abondante. Le jour suivant on le saigna; entre midi et une heure

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il eut froid; les narines étaient sèches ; il sentait vers le sinus frontal gauche une douleur forte et presque insupportable qui se termina par des sueurs, à onze heures du soir environ.

Le troisième jour, à la même heure que la veille, et aussi après un frisson, il survint une douleur cruelle au sinus frontal du côté droit, laquelle cessa spontanément à l’heure ordinaire.

Ce même jour, quelques symptômes bilieux s’étant manifestés à la fin de l’accès, on lui donna l’émélique qui lui fit rendre beaucoup de matières jaunes et vertes. Dés ce moment, les redoublements du coryza et de la fièvre n’eurent plus lieu. (Stoll, Mcdec, prat.^ mai, an 1776.)

Autre avec le même type. 1

N® 22. Vandermonde rapporte l’histoire de deux coryzas intermittents, dont l’un a cédé à l’application d’un vésicatoire et l’autre à l’usage du quinquina. Dans ce dernier, l’homme qui en était atteint, âgé de trente ans, d’un tempérament lymphatique , éprouvait un écoulement qui avait lieu par le nez, et qui revenait régulièrement tous les jours; il commençait vers le déclin de la nuit, et cessait vers onze heures ou midi. La tête devenait enflée et douloureuse; les yeux, les sinus frontaux et le nez étaient très embarrassés; ces symptômes étaient accompagnés de douleurs cuisantes, et il en sortait une quantité abondante d’une sérosité âcre et limpide; le pouls était très lent pendant l’accès. Le reste de la journée se passait tranquillement, et le pouls revenait à son état ordinaire. Le malade se tint chaudement, et prit des diaphorétiques légers qui ne changèrent point son état. On lui donna quelques lavements, et on insista sur les remèdes propres à entretenir la transpiration ; tout cela ne produisit aucun effet. Ce n’est qu’à l aide du quinquina et des purgatifs légers qu’on parvint à guérir cette phlegmasie. {Journal de médecine , t. xlvi.)

Rhinite avec le type quotidien.

No 23. Un homme âgé de vingt-six ans , d’un tempérament bilioso-sanguin , est affecté, dans le courant du mois de décembre 1802 , d’un état de sécheresse de la membrane muqueuse qui tapisse les fosses nasales et les sinus; pesanteur et douleur de ces parties, avec un léger sentiment de froid dans toute l’habitude du corps, suivi de chaleur et de la fréquence du pouls. Ces symptômes paraissaient entre sept et huit heures du soir,et se dissipaient à midi; le malade mouchait dans les intervalles une matière visqueuse très abondante. Cet état dura pendant environ quinze jours avec la même intensité , et continua jusqu’au mois d’avril avec beaucoiip moins de force. Les beaux jours du commencement de ce mois firent presque entièrement dispfrailre cette maladie; mais la température froide et pluvieuse qui régna depuis la fin d’avril jusqu’à la fin de mai, occasionna le retour de cette affection , quoique avec moins d’intensité. Il y avait toujours embarras , sécheresse , douleur dans la région des sinus; suppression du mucus pendant l’accès , leq>iel se manifestait à l’approche de la nuit et durait jusqu’au lendemain malin ; la sécrétion ne se rétablissait que durant les intervalles. Cet état se prolongea, malgré l’emploi des fumigations émollientes , des diaphorétiques légors, du kina et des substances amères et aromatiques. (Deschamps fils. Maladies des fosses nasales et de leurs sinus.)

PHLEGMASIES INTERMITTENTES

Autre rhinite avec le même type.

Ko 24. Un boulanger, d’un tempérament nerveux, éprouva tout-à-coup, en se levant le 13 août, une douleur très vive avec des tiraillements dans la bosse frontale du côlé gauche, des élancements dans l’orbite, dans la narine et le sinus maxillaire du même côté; il était enchifrené; il découlait de cette narine une très grande quantité de mucus. Les trois premiers jours , la douleur ne dura pas plus de deux heures, et le malade crut n’avoir qu’un coryza. Le 4 août , la douleur commença à quatre heures du malin et ne finit qu’aprés midi. Il y eut, par la même narine, écoulement abondant de mucus puriforme. Comme la langue était sale, qu’il y avait eu inappétence et quelques envies de vomir, un émétique fut administré. Le 5, accès à la même heure , mais plus long et plus intense. Un grain d’opium et des pédiluves sinapisés furent prescrits. Les douleurs atroces que le malade ressentait se calmèrent pour quelques instants. On administra le quinquina à la dose d’une demi-once. Le 6, accès moins fort. On continua la même dose de quinquina à laquelle on ajouta un grain et demi d’opium. Le 7, il n’y ent pas d’accès, et le malade fut guéri. (Carron , Jmirn. génér. de méd., t. xl.)

Autre rhinite quotidienne. (Fièvre intermittente larvée

de l’auteur.) "

Ko 25. A rHütel-Dien , dans les salles deM. Chomel, s’est présenté un ciseleur, âgé de dix-huit ans, d’une forte constitution, qui, depuis huit jours et sans cause connue, était pris, tous les matins à sept heures, d’une douleur au-dessus du sourcil droit, sans frisson , ni chaleur, ni sueur, mais avec un écoulement muqueux assez abondant des deux narines, éternuments fréquents et élancements passagers des parties affectées. La douleur du sourcil s'étendait au front, à la région temporale, et ne cessait de s’accroître pendant trois ou quatre heures; elle acquérait entre dix heures et midi le plus haut degré d’intensité , puis elle allait en décroissant jusqu’à sept ou huit heures du soir, époque où elle se dissipait complètement.

Le lendemain, à la même heure, même douleur, même marche et accroissement successif de tous les phénomènes ci-dessus , lesquels ensuite vont en diminuant jusqu’au soir, pour disparaître complètement et revenir encore le lendemain delà même manière; ainsi, depuis ce temps, tous les jours même accès, mêmes symptômes avec intermittence et régularité complètes. Le sommeil et l’appétit sont bons , la vue n’est troublée , durant l’accès, sans doute qu’à cause d’une sécrétion plus abondante des larmes. La face est un peu pale, le pouls plein, large, mais peu accéléré, la langue naturelle.

On aurait pu croire, au premier abord, à l’existence d’un rhume du cerveau et lui attribuer la plupart des symptômes; mais ces accès revenant tous les jours , cet accroissement et ce décroissement réguliers; cette durée des accès, égale à celle d’un accès de fièvre intermittente , nous font découvrir une analogie marquée et nous indiquent une fièvre masquée ou larvée. L’absence de frisson, de chaleur, de sueur, même localement, ne saurait atténuer cette opinion ; on voit assez fréquemment l’un de ces phénomènes manquer dans les fièvres intermittentes les mieux caractérisées du reste ; on les voit manquer tous à la fois, la fièvre ne se déceler que par une céphalalgie ou tout autre symptôme local, et enfin les symptômes céder à la pierre de louche, au quinquina. Dans ces cas, les accès reviennent à des

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intervalles réguliers , fréquemment tous les jours, rarement à plus de quatre jours l’un de l’autre. On prescrit une saignée , et l’on attend quelques jours avant d’en venir à l’usage du quinquina. [Lancette française ^ t. v, 1831.)

Coryza intermittent annuel.

No 26. M. Manzencal , négociant , âgé de trente ans, lymphatique , faisant peu d’exercice , jouissant habituellement d’une bonne santé , habitant une rue étroite, humide et froide , rue de Gourgué, n.4, à Bordeaux, est pris tous les ans, vers la fin d’avril, mais seulement hors de chez lui, et lorsqu’il est exposé à l’action d’une vive lumière, d’éternuments violents et répétés, accompagnés d’un coryza très intense avec écoulement d’un liquide incolore, limpide, filant avec abondance, puis d’enchifrénement, de larmoiement et d’une céphalalgie d’autant plus douloureuse que les secousses brusques et violentes de l’élernument sont plus répétées. Cet état ne dure pas plusde deux ou trois jours, et s’améliore au furet à mesure que la phlegmasie envahit d’autres membranes muqueuses. C’est ainsi que, dans l’espace de trois semaines, M. M**”" a eu successivement une pharyngite, une laryngite, une trachéite, une bronchite, une entérite et une colite aiguë à courtes périodes; une diarrhée très abondante termina la maladie. Les membranes muqueuses œsophago-gastrique et génito-urinaire sont les seules exemptes de cette phlegmasie annuelle qui ne reparaît plus après la diarrhée, quoique le malade s’expose sans précaution à l’impression d’une forte lumière. Du reste, il n'y a jamais accélération dans le pouls.

M. Manzencal avait pris, plusieurs années de suite et sans résultat favorable pour sa santé, sept ou huit bouteilles d’une espèce de rob qu’un médicaslre , qui le voyait avant moi , lui faisait payer 20 francs la bouteille.

J’ai conseillé pendant ces deux dernières années (1835 et 1836) l’usage de verres fortement colorés pour éviter l’impression trop vive de la lumière sur les yeux; le séjour habituel dans un appartement frais et peu éclairé; dos bains alcalins et des frictions sèches sur la peau; des vêtements de flanelle, desboissons délayantes, et un régime doux ; puis un traitement spécial pendant que la phlegmasie parcourt les surfaces muqueuses ci-dessus indiquées. Celle dernière partie du traitement a seule été suivie jusqu’icL (Cazenave, Gazette médicale de Paris, 1837.)

Otite intermittente quotidienne. (Febris îarvata.)

No 27. Gesner (Philippe) a observé une douleur d’oreille des plus vives,, accompagnée d’un sentiment de chaleur et de gêne, dans le conduit auditif externe; ces symptômes récidivaient, tous les jours régulièrement, chez une femme grosse de sept mois. L’accès revenait à neuf heures du matin et finissait à trois heures après-midi. Celte affection n’attaquait que l’oreille droite. [Nova act. nat. curios., t. ii.)

Otite intermittente double-tierce. (Fièvre pernicieuse deVauteur . )

No 28. Un homme âgé de trente-huit ans, d’une constitution nerveuse et irritable, très laborieux , et exposé par son état à toutes les intempéries de l’air, était tourmenté de douleurs déchirantes dans l’oreille droite , qui lui arrachaient des cris perçants ; il les comparait tantôt à des coups de marteau qui lui ébranlaient toute la tête , tantôt à des tiraillements insupportables, et enfin à une chaleur brûlante. Le malade ne savait quelle posi-

PHLEGMASIES lîSTERMITTENTES

lion tenir; le moindre mouvement, le bruit le plus léger, étaient pour lui un supplice. Le pouls était fréquent , la peau brûlante , la figure animée , les yeux brillants, les muscles de la face du côté malade visiblement rétractés. Ces douleurs n’avaient pas toujours existé au même degré, et même il y avait eu des journées entières de calme depuis l’invasion de la maladie. On avait déjà inutilement émétisé et purgé le malade; on lui avait fait prendre des bains de pieds sinapinés, et posé six sangsues au cou , lorsque M. le docteur Bourgeois fut appelé, le 15 août 1818, et trouva le malade dans l’état indiqué; il lui prescrivit six grains d’extrait dejusquiame, fumigations et injections émollientes et narcotiques dans le conduit auriculaire , et si n a» pismes. Ces moyens n’ayant eu aucun succès , ce praticien ordonna l’application de dix sangsues derrière les oreilles et au cou , puis un vésicatoire à la nuque. Le 16 (septième jour de la maladie), le malade était calme et dormait d’un bon sommeil. M. Bourgeois, ayant appris que cet homme avait eu autrefois des hémorroïdes qui avaient cessé de fluer, prescrivit encore dix sangsues au siège , et la continuation des autres moyens , moins la jusquiame. Le 17, les douleurs se réveillèrent durant la nuit’, mais ne furent pas aussi intenses, ni d’une durée aussi longue. Le 18, accès des plus violents, annoncé par des horripilations, des douleurs sourdes dans les oreilles et les mâchoires; mômes moyens sans allégement; les douleurs cessent vers neuf heures environ , après une forte sueur. M. Bourgeois, ayant alors reconnu dans la récidive des douleurs une intermittence marquée en double tierce, et tous les moyens tentés ayant été infructueux, prescrivit une once de quinquina en opiat à prendre par gros toutes les trois heures; on donna la première dose le lendemain 19, à trois heures du matin , et l’on en continua l’administration toute la journée. Le 20, l’once de quinquina était consommée ; le malade n’avait ressenti que de très légères douleurs d’oreille dans l’après-midi. On continua l'usage du quinquina, mais on fut contraint de le suspendre par l’invasion d’un accès de fièvre complet, qui débuta par un frisson bien marqué, et pendant lequel les douleurs d’oreille furent presque nulles.

Le 21 , continuation du quinquina et disparition entière des douleurs et de tout l’accès ; convalescence. [Journ. génér. de méd., t. lxyi.)

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