OBSERVATIONS QUI PROUVENT L EXISTENCE DES PHLEGMASIES
Ophthalmie intermittente quotidienne. (Febris ophthalmico-
cephalica.)
N® !«=*. Hoffmann a observé un je me homme, âgé de vingt ans , d’une faible conslilulion et né de parents scorbutiques , qui était sujet à des douleurs de tête , à des épistaxis fréquents , et à qui il survenait assez souvent des catarrhes et des coryzas. Ce jeune homme menait une vie sédentaire et se livrait avec trop d’ardeur à l’étude des lettres, lorsqu’il fut pris d’une douleur atroce dans les yeux , et d’une céphalalgie assez intense avec resserrement du ventre. Cette alfeclion était périodique; elle revenait tous les jours de grand malin , avec rougeur des yeux et écoulement de sérosité âcre ou salée ; elle était précédée de frisson et suivie de la fréquence du pouls. Tous ces symptômes persistaient pendant environ six heures; après ce temps, ils se dissipaient peu à peu, pour ne reparaître que le jour suivant. Après l’accès , le malade pouvait se livrer au sommeil et n’éprouvait aucun trouble dans ses fonctions digesiives, si ce n’est qu’il ne pouvait prendre des aliments sans qu’il ne lui survînt , immédiatement après, des rapports. Cette affection singulière durait depuis un mois , et le malade avait fait usage inutilement d’ua grand nombre de remèdes, anti-ophthalmiques, errhins, évacuants , céphaliques, lorsqu’il implora les soins d'Hoffmann, qui , par l’emploi de différents moyens adoucissants et calmants, locaux et généraux , parvint à dissiper cette affection , après huit jours de traitement; mais il resta au malade une taie qui lui interceptait, en quelque sorte, la lumière. Cette taie disparut aussi par la suite , et le malade fut complètement guéri. ( Opéra omnia , tora. ii.)
Ophthalmie intermittente quotidienne. (Febris ophthalmica.)
N* 2. Van-Swieten rapporte qu’un homme sain, robuste, de moyen âge, était pris tous les jours , à la même heure, d’une douleur vive au dessus du trou orbitaire de l’œil gauche ; cet œil commençait, quelque temps après, à rougir et devenait larmoyant. Il semblait alors au malade que cet organe était chassé peu à peu de l’orbite , et la douleur devenait si vive qu’elle le rendait comme furieux ; quelques heures après, ces accidents cessaient, et l’œil paraissait être dans son état naturel.
Ce praticien employa , mais en vain, la saignée, les purgatifs, les antiphlogistiques, les ventouses à la nuque, les vésicatoires.
S’étant trouvé unjiurchezle malade, dans le moment où cette douleur venait de le pn ndr - , il p'aça le p lit doigt sur l’artère située au grand angle de l’œil , où le malade disait ressentir akrs une forte pulsation , et remarqua
EXTERNES
en effet que les pulsations de celte artère étaient plus fréquentes et plus fortes que dans l’état sain ; tandis que l’artère brachiale, qu’il touchait en même temps de l’autre main, n’avait éprouvé aucun changement dans ses battements ordinaires. Il regarda celte affection comme une fièvre locale, pour la guérison de laquelle il employa le quinquina qui eut un heureux succès. ( Commentar. in Boerrh. aph. 757.)
Autre ophthalmie quotidienne. ( Febris sub larvâ ophthalmiæ.)
N® 3 Une fille âgée de trente-six ans ressentait, durant le mois de juin 1748, une douleur aiguë au côté gauche delà tête; cette douleur revenait périodiquement chaque jour à neuf heures du matin, et se terminait à quatre heures du soir; elle était accompagnée d’une abondante sécrétion de larmes , de la rougeur de l’œil du même côté, et d’une saillie considérable de cet organe hors de sa cavité. Les battements du pouls étaient comme dans l’état naturel.
L’affection dont il s’agit n’était ni précédée de frisson, ni accompagnée de chaleur générale et de soif, ni suivie de sueur. Les urines étaient naturelles; les fonctions digestives n’étaient pas dérangées, et la malade aurait mangé si la douleur qu’elle éprouvait le lui eût permis. Les diverses fonctions de sécrétion, de déjection, n’étaient point changées pendant les accès, ni par conséquent durant les intervalles d’intermittence; pendant ce dernier temps la malade était dans un repos parfait; elle dormait durant la nuit.
Strack, qui soignait la malade, profila du temps de repos pour administrer le quinquina qui ne tarda point à dissiper l’affection dont il s’agit.
Cet auteur rapporte encore un exemple analogue. [Observ. medic., de febr. interm., obs. 25. )
Autre ophthalmie quotidienne. (Febris larvata.)
No 4 Un paysan âgé de vingt-deux ans avait par intervalles , depuis quelques années, les yeux rouges et douloureux, surtout le droit, qui même, depuis peu, était affecté d’une taie.
Ayant fait usage, depuis cinq semaines, d’un onguent âcre, ce topique attira de la douleur, de la rougeur, et un larmoiement continuel des deux yeux, principalement du gauche. Cet homme, bien portant d’ailleurs , entra le 4 juin à l’hôpital.
Les sangsues appliquées sur l’œil le plus souffrant et un cataplasme discussif ne firent aucun bien. J’observai , pendant trois jours consécutifs , que les yeux devenaient douloureux chaque jour à une heure fixe, savoir à quatre heures après midi, et que la douleur durait jusqu’à l aurore. II n’y avait aucun vestige de fièvre; mais la langue était couverte d’une matière jaunâtre, et la face présentait une teinte de même couleur. Après lui avoir fait prendre pendant deux jours des potions salines, le 6 juin on lui donna l’émétique, et il rendit à plusieurs reprises beaucoup de bile jaune et tenace. Dés le soir même la douleur des yeux disparut, mais il persista de la rougeur. Le 7 au soir, nouvelle exacerbation de la douleur et de l’ophlhalmie. Le 8 , la langue et la face étant bilieuses, on redonna l’émétique qui excita une abondante évacuation de bile. 11 n’y eut aucune exacerbation ce jour-là, ni lesjours suivants. La rougeur indolente qui restait, fut dissipée par un vésicatoire que l’on appliqua de Yoe'û. Médecine pratique , an. 1777, obs. 5.)
^4 phle'gjiasies intermittentes
Ophthalmie et coryza avec type quotidien. (Fièvre intermitlente
pernicieuse ophthalmique.)
No 5. Le curé de Yernois, le sieur Verdel , d’une complexion forte et robuste, âgé de quarante ans , n’ayantjamais eude maladies, éprouva , dans le commencement du mois d’août 1806, une fièvre dont chaque paroxysme était remarquable par l’inflammation des conjonctives et de l’extrémité des cartilages du nez. Cette ophthalmie et la rougeur du nez augmentaient et diminuaient avec la fièvre. Les accès , très inégaux quant à la force et à la durée, se faisaient sentir tous les jours à certaines heures; souvent ils commençaient le soir et duraient une grande partie de la nuit; ils ne se dissipaient qu’aprés des sueurs plus ou moins abondantes.
L’état fébrile, se compliquant de quelques symptômes d’embarras gastrique, tels que l’amertume de la bouche, la couleur jaune de la langue et son épaisseur, on donna l’émétique, en grand lavage, à la dose de six grains, sans obtenir aucune purgation. Vu ce peu de succès, on fit prendre une potion avec forte dose de jalap , de séné, de sulfate de magnésie, en dissolution dans suffisante quantité d’eau; il s’ensuivit des évacuations copieuses. Les sangsues furent appliquées autour des orbites; des vésicatoires placés derrière la nuque furent entretenus et renouvelés plusieurs Ibis dans l’espace d’un mois. Le malade fut mis au régime et à l’usage de différents collyres anodins, résolutifs et toniques. Mais, ayant reconnu que tous ces moyens étaient inutiles , on jugea à propos d’administrer le quinquina à la dose d’une onceetdemie en vingt-quatre heures ; à l’aide de ce médicament l’inflammation des yeux et la fièvre disparurent, sauf une petite rougeur à l’œil droit seulement.
Après quelques jours , le curé ayant quitté toute espèce de régime , la fièvre , l’ophthalmie et ta rougeur nasale reparurent avec plus d’intensité et avec le même type; le quinquina fut seul employé et guéritcomplétement le malade. ( Colombot, Mémoire sur une épidémie de fièvres intermittentes adynamico-ataxiques. )
L’auteur profite de cette observation pour en faire une nouvelle espèce de fièvre intermittente pernicieuse ophthalmique. M. Richerand, dans le deuxième volume de sa Nosographie, troisième édition , parle d’une ophthalmie intermittente chez un enfant scrofuleux qui fut reçu à l’hôpital de la barrière de Sèvres. L’inflammation de la conjonctive, dit ce professeur, revenait et disparaissait tous les jours; elle fut guérie par la poudre de kina donnée à la dose de trois ou quatre gros.
Ophthalmie quotidienne,
N' 6. Je fus consulté, en décembrel819,par un homme âgé de vingt-neuf ans, grand, blond, exempt de toute autre incommodité, même passagère , jusqu’à cette époque, pour une maladie des yeux qui, disait-il, le prenait chaque jour entre quatre et cinq heures après midi, par un léger frisson au cou et entre les omoplates. Ce frisson était suivi de céphalalgie sus-orbitaire, qui bientôt faisait place à une congestion inflammatoire sur l’un et l’autre œil, avec élancement dans l’orbite , picotement et sensation d’un corps étranger dans la conjonctive, et émission abondante de larmes brûlantes. Dans cet état de choses, qui durait de trois heures et demie à quatre heures, le malade ne pouvait regarder la lumière sans sentir augmenter ses souffrances. Au moment où je le vis , ses yeux étaient sains , à l’exception d’un léger engorgement des vaisseaux de la conjonctive , vers l’angle interne des deux yeux. Pour être
EXTERNES
témoin moi-même de ce phénomène peu ordinaire , je me rendis à son domicile à l’heure indiquée de l’invasion ; le soir même je remarquai ceux que je viens de décrire.
La marche de l’affection bien reconnue pour être intermittente, je prescrivis trois gros de quinquina en poudre, divisés en six doses, pour être prises à trois heures de distance dans une once d’eau de fleur d’oranger pour chaque dose.
Le lendemain, l’accès d’ophthalmle ne parut qu’à huit heures du soir : il fut moins fort et ne dura que deux heures Je fis la même prescription. Depuis ce moment, le malade n’a plus rien éprouvé , et ses yeux ont repris leur état naturel. L’usage du quinquina fut continué pendant trois jours après la cessation des accès , afin de prévenir leur retour possible. Une autre observation que j’ai recueillie ayant présenté la plus grande analogie avec celle qu’on vient de lire , je ne la rapporterai pas. Il existait entre elles une seule différence qui consistait dans l’absence des frissons précurseurs. ( Lasserre, Journal universel des Sciences médicales, juillet 1821. )
Conjonctivite iniermittente quotidienne.
No 7. Un soldat suisse, d’une constitution robuste , est admis à l’hôpifal militaire de Namur , le 21 mai dernier, pour y être trailé d’une conjoncüvite. Pendant son séjour à Anvers il avait été long- temps en proie àla fièvre intermittente endémique dans cette ville, et y avait contracté, six ans auparavant, une forte ophlhalmie , qui laissa pour traces la perte des cils de la paupière inférieure gauche et une taie au-dessous de la pupille. Lorsque je le visitai le matin , il n’existait que peu de rougeur et de sensibilité à l’organe malade. Je mécontentai de le faire bassiner avec de l’eau froide ; mais le soir, il était vivement enflammé , fort douloureux et refusant le contact de la lumière, même la plus faible. Le pouls était accéléré, la peau chaude , et il y avait de la rougeur à la langue et de la soif; on fit une large saignée du bras. Le lendemain matin , l’œil était dans le même état que la veille à la même heure; j’appris alors du malade que, depuis plusieurs jours, les choses se passaient de la même manière ; que c’était le soir seulement que les douleurs oculaires étaient fortes ; que , se déclarant vers les quatre heures après midi, elles augmentaient d’intensité jusque vers huit à neuf heures; qu’alors elles diminuaient et s’éteignaient progressivement, pendant que des sueurs coulaient avec abondance.
Bien persuadé dés lors que la congestion était intermittente , je n’aurais pas balancé à l’attaquer incontinent par le sulfate de quinine , dont rien ne contre-indiquait l’emploi , si je n’avais pas pensé donner plus de poids àmon diagnostic, en attendant la confirmation d’un troisième accès et en prolongeant l’observation encore pendant vingt-quatre heures.
Mais les choses se passèrent comme le malade nous l’avait prédit ; l’accès revint dans l’après-midi avec le même cortège de symptômes que la veille, et pendant sa durée je fus forcé de placer des sangsues autour de l’organe phlegmasié. Aussitôt après sa terminaison , j’administrai vingt-quatre grains de sulfate de quinine à prendre deux grains d’heure en heure. L’accès ne revint plus ; la rougeur se dissipa en peu de jours ; aucune douleur ne se fit ressentir, et la sortie futaccordée le 1«’ juin suivant. (Fallot, Journal compl, des Sciences méd. 1829. )
PHLEGMASifiS INTERMITTElNTES
r' Autre conjonctivite avec le type quotidien et quarte.
>o 8. Le 21 janvier, je fus appelé auprès de madanrie C***" , âgée de trentehuit ans , sujette à des spasmes variés ainsi qu’à des douleurs de tête parfois assez intenses, particuliérement aux approches et pendant l’éruption menstruelle. Celle dame avait été prise le malin d’une douleur très vive à l’œil droit , douleur qu’elle attribuait à la migraine. Cet état de souffrance per- .sista avec la même intensité toute la journée du 20 , et se dissipa complètement à dix heures du soir.
Le 21 , à dix heures précises , la malade fut obligée de se mettre au lit, les douleurs qu’elle éprouvait étaient intolérables. Je la vis dans l’après-midi et la trouvai dans l’état suivant : coucher en supination , face animée , œil droit gonüé , faisant saillie en dehors; conjonctive et paupières rouges ; soif, bouche sèche ; langue légèrement blanchâtre sur toute son étendue ; inappétence ; respiration normale. Ce fut en vain que je cherchai à m’assurer du nombre de pulsations de l’artère radiale , elles étaient imperceptibles , mais très fortes et très fréquentes à la temporale ( 102 à 103 ).
D’après les phénomènes ci-dessus énoncés , je crus avoir à combattre une grave ophlhalrnie de l’œil droit ; en conséquence je prescrivis un traitement approprié, et notamment une forte saignée du bras. Celle médication n’apporta aucun soulagement; les symptômes ne disparurent que vers neuf heures. La nuit qui suivit fut assez calme, mais à dix heures du malin tous les symptômes décrits reparurent, pour se dissiper de nouveau entre neuf et dix heures du soir. Le 23, nouveau paroxysme. Celte succession régulière ne pouvait me laisser aucun doute sur le caractère de la maladie. Je n’ai pas cru devoir insister sur les antiphlogistiques , mais bien recourir au moyen spécifique propre à combattre \c principe morbide que quelques praticiens désignent sous le nom de génie interrnillent.
Le 24, je prescrivis dix grains de sulfate de quinine dans cinq onces de liquide. La moitié de celle potion fut prise à six heures du malin , et l’autre moitié en deux fois , de deux heures en deux heures. L’accès de ce jour ne fut pas entièrement supprimé, seulement il fut moins intense que les précédents; il retarda jusqu à prés de quatre heures , cl à huit il fut terminé.
Les 2-5 et 26, même dose de sulfate de quinine. Pendant ces deux jours l’accès ne reparut pas ; il revint le 27. Ce jour, dés que l’accès fut passé, la malade prit vingt grains de sulfate de quinine en lavement. A peine fut-il introduit dans le rectum, qu’il produisit pendant quelques minutes une sensation de brûlure. A dater de ce moment , la maladie a été terminée. ( Pompa rd, Za ne (fe/'ranpa/se, 1829. )
Conjonctivite intermittente quotidienne.
y;®9. B... potier de terre, âgé de soixante-huit ans, d'une constitulionrobuste et pléthorique , s’était toujours assez bien porté, lorsque, dans la dernière moitié du mois d’août , il fut pris d’un léger catarrhe pulmonaire (j'ui fut bientôt suivi de coryza et d’une violente céphalalgie sus-orbitaire. Cet homme continua néanmoins son travail , es|»érant que le mal qui le tourmentait disparaîtrait bientôt, parce que, ne souffrant que le malin, il pouvait continuer à s’occuper le restant du jour. Mais ia céphalalgie, au lieu de diminuer, devint plus violente et ne tarda pas à s’accompagner de rougeur, de larmoiement et de douleur à l’œil droit. Chaque accès commençait régulièrement à huit heures du malin par un léger frisson;el une sueur abondante avec soif ardente, termi-
EXTERNES
naît l’accès vers midi. Avec le froid , il survenait une violente douleur pulsatile qui, partant du trou sus-orbitaire droit , s’étendait dans toute la partie droite du front et quelquefois à la partie supérieure droite et jusque dans les dents ; en même temps toute la conjonctive de l’œil droit acquérait une couleur rouge intense; la sécrétion des larmes augmentait; le malade fuyait la lumière. Pendant ce temps , l’œil gauche n’était nullement affecté; la pituitaire était sèche. La douleur que le malade éprouvait dans l’œil droit était si intense qu’elle ét.nit intolérable. Tous ces accidents locaux disparurent avec les phénomènes fébriles, de telle sorte que l’après-midi et lesoir l’œil n’était plus malade. Une saignée du bras , l’éloignement de la lumière pendant l’accès, des fumigations et des cataplasmes émollients, le repos^ l’usage interne des médicaments diaphorétiques , enfin l’application de sangsues à la tempe furent employés sans succèsjusque vers le milieu du mois de septembre. La douleur s’étendit an contraire vers le sourcil gauche, et les accès se prolongèrent jusqu’à deux heures après-midi ; enfin l’augmentation toujours croissante des accidents engagea l’auteur ( M. Dubreuil } à faire prendre toutes les trois heures, pendant le temps de l’apyrexie, deux grains de sulfate de quinine, qui firent disparaître en deux jours tous les phénomènes locaux et généraux. Le sulfate de quinine fut continué pendant quelques jours pour consolider la guérison. [ Bulletin méd. du Midi. 1837.)
i Autre avec le même type.
N® 10. Le docteur Heuter, de Marbourg , rapporte aussi un exemple d’ophthalmie intermittente quotidienne chez un potier de terre, âgé de soixantehuit ans, d’une constitution robuste et pléthorique. Cette ophthalnne fut précédée d’un léger catarrhe pulmonaire et d’un coryza ; elle commençait régulièrement à huit heures du matin par un léger frisson et la céphalalgie ; une violente douleur pulsative se faisait ressentir dans la région sus-orbitaire et toute la conjonctive de l’œil droit acquéraitune couleur rouge intense; la sécrétion des Inrmes augmentait ; la lumiéreétait insupportable; la pituitaire était sèche, et une douleur vive^ compressive et insupportable se faisait ressentir daus l œil affecté. La chaleur succédait au frisson , et une sueur abondante avec soif ardente terminait l’accès vers midi.
Tous les accidents locaux disparaissaient avec les phénomènes fébriles, de telle sorte que depuis midi l’œil ne présentait plus aucun indice d’inflammation. Une saignée du bras, l’éloignement de la lumière pendant les accès, des fumigations et des cataplasmes émollients , le lepos, l’usage interne de médicaments diaphorétiques, enfin l’application des sangsues à la tempe, furent employés sans succès pendant quelque temps. Alors on administra le sulfate de quinine , à la dose de deux grains toutes les trois heures pendant le temps de l’intermittence; ce moyen a suffi pour prévenirde nouveaux accès ophthalmiques. ( Journ. v. Graefe ^ 1828. )
Iritite intermittente quotidienne.
N’o 11. Un homme de la ville de Foggia, âgé de trente-quatre ans, d’un tempérament sanguin et irritable , était atteint de vérole constitutionnelle , lorsqu’il fut saisi d'une violente douleur oculaire et occipilale qui offrait des exacerbations régulières tous les soirs. Les mercuriaux avaient été inutiles, et il en éfait résulté une irilis bi latérale assez intense à l’occasion de quelques imprudences hygiéniques. M. Quadri ayant été appelé, prescrivit d’abord, mais inutilement, les remèdes connus, savoir les antiphlogistiques,
PPILEGMASIES INTERMITTENTES
les révulsifs et le calomélas sous différentes formes. Ayant remarqué cependant que la plilogose irienne offrait une périodicité nocturne bien marquée ,
M. Quadri n’a pas hésité à attaquer la maladie par le sulfate de quinine. 11 a donc ordonné vingt grains de ce remède à prendre en plusieurs fois dans les vingt-quatre heures. On l’a continué pendant quelques jours. A l’aide de ce moyen , le mal de tête s’est dissipé , et l’iritis a guéri avec une promptitude étonnante. ( 11 Severino, Giornale medico chirurgie 0, )
Iritite et iralgie rémittente et intermittente y type multi-
quotidien.
No 12. M. B., <lgé de soixante ans , a été opéré en juin de la cataracte par abaissement. L’opération fut suivie d’une inflammation assez intense du globe de l’œil , mais surtout de douleurs vives ; cependant le malade voyait Bien vers la fin d’août , les accidents s’étant calmés , quand à la suite d’un coup d’air se manifesta l’iritis, compliquée de névralgie sus-orbitaire. Je fus appelé prés de lui pour remplacer le chirurgien qui l’avait opéré, et que des circonstances particulières retenaient éloigné. La saignée du pied , les sangsues en grand nombre vers la tempe , les dérivatifs sur le canal intestinal , n’amenèrent qu’un très faible soulagement. Les douleurs iralgiques étaient atroces, lancinantes, etse répétaient par accès de deux heures endeuxheures, avec une régularité manifeste; la nuit, elles étaient plus aiguës, plus acerbes; lemalade ne pouvait dormir; un larmoiementûcre inondait son visage. J’avais parcouru tout le cercle de la médication antiphlogistique et calmante par les saignées et les collyres chargés d’opium, de Ihridace, le tout inutilement. Mon attention se fixa alors sur la périodicité des douleurs, sur leur cause qui remontait à la blessure et à une irritation des nerfs iridiens. Je pensai devoir employer le sel de quinine par la méthode endermique, et je fis appliquer deux fois six grains decette substance sur lasurface vive d’un vésicatoire placé à la nuque. L’effet fut décisif et prompt, et le malade passa les deux nuits qui suivirent chacune des applications de quinine dans un calme presque complet; du moins eut-il des intervalles de six à huit heures sans douleur. Le vésicatoire s’était recouvert d’une couenne blanchâtre, l’absorption fit défaut, et les douleurs reparurent avec une intensité croissante. J’essayai le sulfate de quinine en lavements, à la dose de douze grains; il détermina un état de priapisme douloureux et de la constipation. Alors réfléchissant à la distribution du rameau naso-lombaire de la branche nasale de l’ophthalmique sur la muqueuse des voies olfactives, je pensai devoir agir par celle voie directe , et je formulai la poudre errhine suivante : sulfate de quinine, six grains; poudre de sucre, un gros; poudre d’iris, demi-gros. Je recommandai au malade d’en prendre de petites prises le soir. L’effet fut encore manifeste ; et l’iralgie nocturne se calmait et laissait au malade un repos assez long chaque fois qu’il prenait le soir une ou deux prises de ce mélange. (Bourjot-Saint-IIilaire, Gazette médicale de Paris, 1836.)
Ophthalmie intermittente tierce. (Fièvre larvée de l’auteur.)
No 13. Mademoiselle D***, âgée de cinquante ans, d’un tempérament bilieux, bien constituée , était depuis long-temps sujette à une inflammation de l’œil gauche. Elleme fit appeler le 2 mai 1804, verslesdix heures dumalin,ne pouvant plus résister à la douleur que lui causait son œil, qui était tellement enflammé qu’il y avait un chémosis qui cachait presque la cornée transparente. Celle-ci était trouble , et la malade distinguait à peine les objets. Elle
EXTERPfES.
éprouvait les élancements les plus vifs au fond de l’orbite ; elle était obligée d« se tenir dans l’obscarité, et des larmes chaudes et âcres coulaient abondamment sur la joue. Les paupières étaient tellement resserrées qu’on les écartait avec peine pour examiner l’œil. ( Sangsues aux paupières, pédiluves et applications émollientes. )
Le soir, il y eut un soulagement marqué, et le 3, tous les symptômes étaient dissipés, excepté un peu de rougeur à la conjonctive.
Le 4, à dix heures du matin , retour de tous les accidents décrits ci dessus. Le 5 , l’œil se trouvait à peu prés comme dans l’état sain. Éclairé alors sur le véritable caractère de cette ophthalmie, j’interrogeai la malade, de qui j’appris que, depuis le commencement de sa maladie, elle avait eu un jour bon et un jour mauvais. Je proposai l’emploi du quinquina, que mademoiselle D*** refusa absolument, et dirigée par je ne sais quels conseils, elle prit un vomitif, se purgea et se fit appliquer un vésicatoire à la nuque. N’ayant retiré aucun avantage de ces moyens, pendant l’emploi desquels elle eut quatre accès semblables à ceux que j’ai décrits, elle revint à mon avis, prit une demi-once de quinquina pendant le jour intermédiaire , et le lendemain il n’y eut plus d’accès, au grand étonnement de la malade et de ses parents. ( Arloing , Journal général de médecine, t. lv^iii. )
Ophthalmie intermittente avec type, d’abord tierce, puis quintane,
et enfin octane.
No 14. Une demoiselle âgée de seize ans, d’un tempérament sanguin, d’une forte constitution, prenant un bain chaud dans la matinée du 8 juillet 1820, durant l’époque de ses régies, eut l’imprudence d’ouvrir le robinet d’eau froide et d’en recevoir le jet sur la tête. Dés cet instant les régies furent supprimées; quatre heures après, l’œil droit devint rouge et très sensible à la lumière. Un pédiluve chaud fut prescrit le soir pour rappeler les régies qui ne revinrent point; cependant la rougeur de l’œil diminua beaucoup vers le soir, et le lendemain elle disparut entièrement avec le retour des menstrues sollicitées par un bain de siège pris le 9 au matin. La jeune personne fut très bien pendant toute la journée et put s’occuper à lire.
Le 10, nouvelle imprudence; elle se lave plusieurs parties du corps avec de l’eau froide; les menstrues sont de nouveau supprimées et l’ophthalmie de l’œil droit revient avec plus d’intensité qu auparavant ; la rougeur de la conjonctive est très marquée, la malade éprouve dans l’œil un sentiment de douleur et de picotement; elle ne peut supporter la lumière. On applique aussitôt des sangsues à la partie supérieure et interne des cuisses ; les régies ne reviennent point, les symptômes de l’ophthalmie diminuent, on tient l’œil en repos à l’abri de la lumière, et on le fait bassiner avec une infusion de mauve et de coquelicot.
Le lendemain 11, l’ophthalmie a disparu, l’œil se trouve parfaitement sain ; la malade se croit entièrement guérie et ne pense plus à son indisposition , lorsque, le 14 au matin , la rougeur de l’œil droit reparaît sans cause connue, et tous les symptômes de l’ophthalmie se développent de nouveau. On s’en tient pour le traitement aux moyens locaux iiidiqués, et le 16, l’œil est à peu prés comme dans l’état sain. On reconnaît le caractère périodique de cette ophthalmie; mais ne voyant aucun danger pour la malade, on ne lui administre pas de quinquina , on s’en tient aux lotions émollientes et calmantes , on soustrait l’œil à la lumiéreet à toute impression irritante. Le 19, retour de l’ophthalmie, elle persiste jusqu’au 21. Ce jour l’œil paraît libre et
PHLEGMASIES INTERMITTENTES
sain jusqu’au 24, époque à laquelle l'ophthalmie se montre encore pour se dissiper le lendemain et ne reparaître que le 30.
Enfin quelques traces de rougeur se font encore remarquer les 6 et 7 août, époque du retour des menstrues qui coulèrent avec abondance; l’ophthalmie disparut pour ne plus revenir.
Cette curieuse et intéressante observation m’a été communiquée par mon ami le docteur P. Burnier Fontanel.
Ophthalmie périodique , type quarte, \
No 15. Une jeune fille de vingt-huit ans, d’une bonne santé, fut prise sur la fin d’août d’un érysipèle bilieux qui provoqua l’inflammation derœil droit. L’érysipéle disparut bientôt par l’emploi des moyens convenables; mais la face resta enflée et la conjonctive injectée; ces accidents furent combattus par les vésicatoires et l’acétate d’ammoniaque. Le 7 septembre les parties étaient revenues à leur état normal. Neuf jours après , le 16, on m’appela de nouveau; les deux yeux étaient très douloureux depuis les cinq heures de l’après-midi; bientôt ils s’enflammèrent, devinrent rouges et douloureux; ces symptômes s’accompagnèrent de chaleur, d’inquiétude, d’accélération du pouls et d une soif intense, sans être précédés néanmoins de frisson ; bientôt vinrent des sueurs générales, et à dix heures du soir tous les phénomènes généraux avaient disparu. La nuit fut bonne , et le lendemain l’œil présentait à peine un peu d’injection, et une légère douleur dans les angles et le long des bords des paupières. Les fonctions digestives n’avaient pas été troublées, et l’écoulement mensuel avait eu lieu dix jours auparavant, à l’époque ordinaire. L'ophthalmie revenait toujours régulièrement le troisième jour, à cinq heures précises, durait cinq heures , et disparaissait ensuite, pour revenir au bout de trois jours.
J’ordonnai seize paquets de poudre de quinquina, d’un gros chaque, pour en prendre quatre les jours où il n’y avait point d’accès. Le 21 décembre, la chaleur et la soif ne reparurent plus, et il n’y eut qu’une légère douleur, avec un peu d’injection des conjonctives Le quinquina fut continué. Le 25 septembre, la douleur et la rougeur des yeux avaient disparu, seulement les jours d’accès il y avait encore le soir un peu de fièvre. Vers le milieu d’octobre , ces accès cessèrent à leur tour, et la malade fut entièrement rétablie. Parmi le grand nombre d’ophthalrnies que j’ai observées, celle-ci est la seule qui ait affecté la forme périodique. [Schmidlmann, journal de Hufeland, juin 1831 ].
Ophthalmie intermittente , avec le type octane.
No 16. Le docteur G. C. Hueter rapporte qu’un homme, âgé de trente ans, d’une poitrine délicate , s’occupait, depuis sa sortie du service militaire, à tisser dans une fabrique de toile de coton, après avoir passé quelque temps comme garçon dans un moulin, lorsqu’il fut attaqué, pendant l’hiver de 1826 à 1827, d’une ophthalmie continue violente. L’œil droit fut atteint d’abord, l’œil gauche le fut ensuite. Tous deux étaient fort rouges, causaient de fortes douleurs, et versaient beaucoup de larmes. L’inflammation ne tomba que quand il survint un accroissement de la sécrétion muqueuse ; cependant l’œil droit resta toujours plus affecté que l’autre. Le malade n’employa rien autre chose que des lavages avec de l’urine. Peu à peu les symptômes inflammatoires disparurent complètement; mais l’œil droit, qui avait reçu une atteinte plus profonde, fut pendant trois mois encore atteint d’inflammation
EXTERNES
tons les huit jours, c’était le vendredi , et de la manière suivante : après que le malade s’élait mis tranquillement au lit et endormi, il était réveillé tout âcoup, entre deux et quatre heures du matin , par de violentes douleurs dans l’œil droit, qui commençait à larmoyer extraordinairement, rougissait et devenait douloureux à tel point que le sujet croyait que le globe oculaire, allait sortir de l’orbite, quoiqu’on le regardant avec l’œil gauche il pût se convaincre que cet organe n’était point tuméfié. Ce qui lui était surtout pénible , c’était une sensation semblable à celle que produiraient des grains de sable qu’îT sentait rouler sous les paupières, et qui l’obligeaient à essuyer l’œil , à le frotter et à l’ouvrir fréquemment, même à soulever la paupière supérieure afin d’éloigner ces corps étrangers. L’écoulement de larmes, augmenté par celte cause , ne diminuait que fort peu les accidents, qui persistaient toujours, et empêchaient toute la journée le malade de se livrer au, travail. Vers le soir seulement les accidents diminuaient, au milieu de l’accroissement de l’épiphora; l’œil gauche lui-même, bien que sain, larmoyait également toute la journée , mais sans être d’ailleurs affecté d’une manière particulière. Le lendemain, l’œil droit était aussi sain que le gauche.
Dans l’hiver de 1827 à 1 828, les accès d’ophthalmie subirent une modification : ils ne parurent plus le vendredi malin, mais le jeudi soir, lorsque la chambre était éclairée par la lumière artificielle. Incapable, à cause de l’aversion que lui causait la lumière, de rester dans une chambre éclairée, le malade se mettait au lit et passait toute la nuit sans dormir, à cause des violentes douleurs, du larmoiement , etc. La chaleur du lit rendait souvent les douleurs Insupportables et l’obligeait de se lever. Vers le matin les symptômes disparaissaient, de telle sorte qu’il recouvrait une santé parfaite et pouvait reprendre ses travaux.
Au commencement du printemps les accidents reparurent encore comme précédemment, tous les vendredis matin et en suivant le même ordre qu’auparavant : l’infl immation de l’œil empêchait le malade de travailler pendant une seule journée, et il s’en inquiétait d’autant moins qu’il restait ensuite huit jours sans que ses yeux éprouvassent la moindre atteinte.
La marche intermittente de cette ophthalmie fut suspendue pendant quelque temps par une inflammation continue de l’œil gauche, occasionnée par une violente contusion; on ne lui opposa que les moyens réclamés par une ophthalmie traumatique, savoir : des laxatifs, des antiphlogistiques à l’intérieur et à l’extérieur, une faible solution de pierre divine avec un peu de teinture d’opium et de l’onguent gris pour faire des frictions sur la tempe gauche.
Après la guérison de celle-ci, le 23 mai, l’œil droit fut attaqué de nouveau comme auparavant. Examiné à la Clinique, il présentait des paupières légé.rement rouges à leur surface externe ; elles se fermaient et s’ouvraient très fréquemment et très rapidement; l’œil malade était inondé de larmes qui s’écoulaient sur les joues. La conjonctive palpébrale était très rouge et couverte d’une quantité considérableMe petits points blancs et de lignes qui partaient des bords libres des paupières, passaient sur les tarses et paraissaient dus à un développement considérable des glandes de la conjonctive palpébrale. La conjonctive oculaire était également rouge , les vaisseaux sanguins très dilatés se dirigeaient en convergeant vers la cornée, sans cependant y pénétrer. La cuisson et le prurit étaient extrêmes. Le malade avouait cependant que les symptômes étaient beaucoup moins violents qu’à l’ordinaire; vers midi, ils disparurent entièrement. Le malade attribuait cet accès à la fatigue qu’il avait éprouvée en venant à la Clinique; cependant il en ressentit
PHLEGMASIES INTERMITTENTES
une vive crainte, pensant qu’il reviendrait régulièrement comme auparavant. On lui prescrivit une infusion de racine de petite valériane , et un vésicatoire derrière l’oreille du même côté.
Le 27 mai, vers cinq heures après midi , l’œil gauche fut encore affecté subitement de prurit et de chaleur qui furent suivis bientôt non seulement d’un larmoiement très abondant, mais aussi d’une violente douleur audessus du sourcil qui disparut dans trois heures, après un écoulement considérable de larmes.
Le vendredi 30 mai, le malade appréhendait beaucoup le retour des accidents inflammatoires dont on a parlé précédemment, mais ils ne revinrent pas , et le malade ne tarda pas à sortir de la Clinique. Six mois après, le malade revint pour dire qu’il avait encore été attaqué d’un accès inflammatoire de l’œil droit, quelque temps après sa sortie de l’hospice, mais que celte attaque avait été la dernière. [Graefs and Wallher’s Journ. 13«.)
Ophthalmie inte.rmiUente octane. (Fièvre ophthalmique I octave de l’auteur. ) '
N® 17. La femme Jacquet, née Tournier , du village de Malbrans, et habitant celui de Trepot, vintme consulter le mardi 18 février decelteannée. C’est une jeune personne de vingt et quelques années , d’un tempérament lympbaticosanguin; son teint est coloré, son visage sali par quelques taches de lenligo. Son pays natal et celui qu’elle habite sont tous deux élevés et bien balayés par les vents. Près du dernier est une mare assez vaste, entretenue par des sources d’eau vive; mais cette cause possible d’insalubrité est hors du village, et d’ailleurs éloignée de la maison où demeure la malade. Enfin cette maison elle-même n’est point sous le vent de la pièce d’eau.
La consultante a eu mal aux yeux autrefois, mais sans que ces ophthalrnies offrissent rien à remarquer. Nourrice depuis six mois, elle et son enfant se portaient à merveille quand, le samedi 13 février 1834, elle ressentit , sans cause connue , dans le courant de la matinée, une cuisson dans la partie inférieure de l'œil gauche. A l’examen cet organe offre une tache rouge sur la conjonctive du globe , au-dessous de la cornée diaphane. Dans la journée cette tache grandit, envahit toute la membrane oculo-palpébrale. Avec elle croît la douleur, qui s’étend aux parties voisines de l’orbite. En même temps la bouche devient empoisonnée; il îsurvient du malaise , de Tinsomnie; cependant il n’y a point eu de frissons d’abord, ni de chaleur notable ensuite. Le lendemain dimanche , les symptômes vont croissant : ils semblent stationnaires le lundi matin, décroissent le soir du même jour, et le mardi, pour se terminer entièrement le mercredi.
Les deux jours suivants, toutes les fonctions s’exécutent comme si rien ne SC fût passé ; mais le mardi 8, mêmes phénomènes qui offrent la même succession, le même siège et la même durée. Le troisième accès revient le samedi 15, avec celle seule mais bien singulière différence , que c’est celte fois l’œil droit qui se trouve affecté. Le 18, quand je vis la malade, l’accès commençait à décroître, ainsi qu’il l’avait fait invariablemenl les deux autres mardis. Cependant voici ce que l’œil présentait : rougeur intense, injection admirable de la conjonctive entière , sauf cette portion si ténue qui recouvre le petit segment du globe. Il semble à la malade que cet œil soit plus gros que le gauche; celui-ci n’est point enflammé. Au contraire de ce qui arrive aux autres ophthalrnies, l’air cause une agréable sensation de fraîcheur.
EXTERNES. 83
Exploré, le pouls n’a rien de fébrile. A la fin de l’accès, il n’y a pas plus de sueur qu’il n’y en a eu aux précédents.
Il n’a été fait aucun remède jusqu’à présent. Voici les seuls que j’ordonnai : potion avec sulfate de quinine, 20 grains à prendre pendant les jours d’apyrexie; durantj’inflammation, collyre saturnin. D’ailleurs nulle tisane ; régime ordinaire de la consultante, fors l’abstinence absolue du laitage. Quatre cuillerées seulement de la potion sont prises, à peu prés dix grains de sel de quinine. Le quatrième accès ne se manifeste que par une légère rougeur à l’œil droit, et seulement le dimanche 23; puis, plus rien. L’eau blanche est seule employée contre ce reste de phlogose. Tout enfin rentre dans l’ordre qui n’a été troublé ni hier, ni aujourd’hui. C’est la femme Jacquet elle-même qui vient, à mon instante prière, m’apporter cette nouvelle en se prêtant à mes derniers examens. Le nourrisson n’a rien ressenti de ce qui s’est passé. (P. Meynier, Gazette médicale de Paris, 1834.)
Ophthalmie quindécimane .
No 18. Un maître menuisier, âgé de trente-deux ans, d’une forte constitution, demeurant dans la rue Pomme-d’Or, no 56, me fut adressé par M. Dumont, mon client, dans le mois de mai 1835, pour une ophthalmie aiguë du côté droit, qui revenait à jour fixe, toutes les trois semaines, et dont aucune médication n’avait pu le débarrasser. Indépendamment des signes généraux de l’inflammation pendant les accès, ce malade avait un larmoiement continuel, ne pouvait pas supporter la lumière, et fermait constamment l’œil. L’ophthalmie avait acquis son plus haut degré d’intensité du cinquième au sixième jour, et l’inflammation cessait du neuvième au dixiéme.
L’indication me parut formelle pour donner l’antipériodique par excellence. Dix grains de sulfate de quinine par vingt-quatre heures, donnés pendant les cinq jours qui précédaient le retour de l’ophthaimie, et quelques grains du même sel par vingt-quatre heures, aussi donnés pendant quatre autres jours à doses décroissantes, suffirent pour guérir le malade, qui n’a pas eu depuis le plus petit ressentiment de son affection. Il a suivi le même traitement, et a pris toutes les précautions que je lui avais indiquées pendant quatre époques. (Cazenave, Gazette médicale de Paris, tom. v, 1837 j
Conjonctivite annuelle. *
No 19. M. M...,âgéde trente-six ans, sanguin, bilieux, jouissant habituellement d’une bonne santé, ancien chirurgien militaire, et maintenant prote dans l’imprimerie de M. Paye, à Bordeaux, vint me consulter^ dans la première qîdnzaine de mars 1833, pour une conjonctivite aiguë de l’œil gauche qui le faisait horriblement souffrir, et qui se renouvelait annuellement aune époque à peu prés fixe depuis le printemps de 1829 Ce co>)frére, que des malheurs non mérités avaient réduit à la condition d’ouvrier, médit que son ophthalmie périodique était toujours précédée pendant une quinzaine de jours d’une douleur profonde et tré.^* aiguë du globe de l’œil gauche, qui le rendait furieux et dont il ne commençait à être soulagé que lorsque la conjonctive commençait à s’injecter. Celte inflammation avait été combattue chaque fois par une copieuse saignée du bras, par des applications de sangsues faites sur l’apophyse mastoïde gauche ou sur la tempe du même côté, par des pédiluves sinapisés , par des lotions émollientes et belladonisées sur l’œil gauche, par le repos de cet organe, par quelques purgatifs salins ; mais on ne s’était jamais occupé de prévenir le retour de cette affec-
PHLEGMASfES INTERMITTENTES
tion Ce traitement, d’ailleurs très rationnel pour combattre une conjonctivite aiguë ordinaire, n’enrayait jamais la marche de cette inflammation d’une manière subite; car ce n’est guère qu’aprés avoir enduré la douleur et la maladie pendant un mois, que l’œil revenait à son état normal.
Le mal existant déjà lorsque je fus consulté, je dus me borner à combattre l’ophthalmie, comme plusieurs de mes honorables confrères de quelques villes de la France l’avaient déjà fait, et je recommandai instamment à M. M. . de me venir voir dans le mois de février 1834, environ trois semaines avant l’époque présumée du retonr de la maladie que je voulais empêcher. Il ne manqua pas au rendez-vous. L’administration de douze grains de sulfate de quinine pris tous les trois jours avant le début de la conjonctivite, et toutes les vingt -quatre heures pendant les huit jours suivants, prévint le retour de l’ophthalmie, qui n’a plus reparu les années suivantes en prenant les mêmes précautions. ( Cazenave, GazeUe mécitcaie de Paris, tora. v. 1837.)
Ophthalmie intermittente annuelle. ( Opbthalmia periodica. )
N'» 20. Hoffmann rapporte qu’une femme âgée de quarante ans, sanguine, scorbutique, jouissant d’un grand embonpoint et ayant habituellement tes glandes du cou engorgées, avait une suppression de régies depuis quelque temps, lorsqu’elle devint sujette à une douleur et à une rougeur très marquées de l’œil gauche, qui revenaient à des époques déterminées; la malade éprouvait en même temps une douleur très intense sur le côté correspondant de la tête La phtegmasie intermittente dont il s’agit revenait tous les ans avec régularité au mois d’octobre; tant qu’elle durait, les fonctions digestives étaient troublées, il n’y avait point d’appétit ; l’œil était si sensible qu’il ne pouvait supporter la lumière, et il s’en écoulait continuellement une humeur séreuse très abondante. Ces symptômes persistaient des mois entiers avant de se dissiper entièrement. La malade avait pris inutilement un grand nombre de remèdes, dont l’usage n’avait point empêché cette affection de revenir aux mêmes époques, et de la faire beaucoup souffrir pendant trois années consécutives. Après ce temps, l’ophthalmie disparut enfin sans retour par un régime convenable et par l’usage des eaux acidulés de Pyrmont, qui rétablirent les évacuations naturelles. ( Opéra omnia, tom. ii, p. 168.)
Morton etSénaconteu occasion'd’observer des ophthalmies intermittentes.
Alexandre Monro [Mémoires d’Edimbourg , t. v) rapporte qu’il fut luimême sujet à une affection semblable.