‹ Monographie des irritations intermittentes ou traité théorique et pratique des maladies périodiques ... et ... de tout ce qui offre de l'intermittence ou de la périodicité en pathologieChapitre 16 sur 79 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

RÉFLEXIONS ET CONCLUSIONS RELATIVES AUX IRRITATIONS ' INTERMITTENTES EXTERNES.

On conçoit facilement qu’ayant eu à traiter un sujet pour ainsi dire neuf, à faire l’histoire d’un genre de maladies qui jusqu’à l’époque de la doctrine physiologique n’avait occupé aucune place dans les cadres nosographiques , on conçoit que nous ayons dû donner une grande importance à la recherche des faits disséminés dans les annales delà science; en effet, pour des maladies si peu connues, nulle part décrites, qu’y avait-il de mieux à faire que de recueillir les faits , de les coordonner , de les rapprocher entre eux, pour en tirer des conclusions théoriques et pratiques? C’est donc à la recherche et à l’étude des faits que

nous nous sommes spécialement livré ; car , si des histoires particulières n’étaient venues appuyer chaque principe établi, chaque description faite d’une phlegmasie intermittente, d’une irritation sécrétoire périodique, etc., sur quelle autorité aurions-nous pu nous appuyer pour les établir? Il a fallu même que nous fussions bien plus riches de faits , et que nous ayons pu les présenter sous un plus grand jour que Médicus pour convaincre ceux qui, ayant connaissance du Traité des maladies périodiques , n’en restaient pas moins convaincus qu’il n’y avait point de phlegmasics intermittentes. Toutefois, si l’on compare sous ce rapport la Monographie des irritations intermittentes avec le traité dont il s’agit, on verra .sûrement que nous n’avons point abusé des richesses de la science, puisque Médicus consacre à des citations de maladies périodiques les deux tiers de son livre , tandis que nous , en rapportant les faits avec tous les détails qu’il nous a été possible de recueillir, nous n’y consacrons guère qu’un tiers du nôtre. On convient volontiers que la part des faits ne saurait être trop grande dans un sujet si peu connu; aussi n’est ce point la quantité des faits , mais leur qu’on a voulu censurer. A cet égard, nous n’avons

rien à répondre, si ce n’est qu’il n’est pas toujours permis de communiquer à son semblable la conviction dont on est soi-même pénétré. Nous ferons seulement remarquer que les détails , désirés avec raison pour rendre plus concluants les faits dont il s’agit, existent presque toujours dans ceux qui ont été observés de nos jours ou depuis 25 à 30 ou 40 ans. Si ces détails man- (|uent souvent dans les observations puisées chez les anciens , nous en avons dit la raison , et nous avons prou^ é qu’il en était de même pour celles relatives aux affections continues ; dès lors pourquoi les premières ne jouiraient-elles pas du même crédit tjue les secondes? On a pu voir aussi que, pour plusieurs affections intermittentes, nous avions puisé des faits dans les ouvrages et chez les auteurs dont les opinions médicales étaient loin d’être semblables aux nôtres, quelquefois même opposées; nous pouvons citer MM. Fodéré , Lordat , Golfin , Chomel , Rayer , Bricheîeau, Brachet, Voisin et .Bourgeois.

Quoi qu’il en soit, c’est sur fautorité des faits, c’est-à-dire sur l’observation et l’expérience des praticiens anciens et modernes, que se trouvent fondées toutes les propositions générales par lesquelles nous avons commencé l’ histoire des irritations intermittentes, et qui contiennent à cet égard tous les principes de la

doctrine physiologique. C’est par l’étude et la comparaison de faits nombreux et caractéristiques que nous avons été conduit à reconnaître à l’extérieur du corps des inflammations , des hémorrhagies , des subinflammations et des névralgies intermittentes. Quels que soient les caractères communs et les nuances de fusion que nous ayons reconnus entre les irritations inflammatoires et hémorrhagiques intermittentes, entre les phlegmasies et les subinflammations périodiques, entre les névralgies et certaines congestions sanguines , à cause de la similitude d’organisation des parties affectées, du mélange presque continuel des tissus primitifs ou de l’entrelacement des capillaires rouges , des vaisseaux blancs et des nerfs. Cependant on a pu voir que chacune de ces irritations , en prolongeant son existence et en arrivant à un certain degré d’intensité, développait des caractères distinctifs assez marqués pour qu’elle ne pût être confondue avec aucune des trois autres espèces.

On a pu se convaincre également qu’il n’était plus possible aujourd’hui d’entasser pêle-mêle comme Médicus, et de comprendre toutes les irritations intermittentes externes sous la dénomination générale de maladies périodiques sans fièvre, parce que ces affections, quelle que soit leur nature, inflammatoire, hémorrhagique, subinflammatoire et nerveuse, sont bien souvent accompagnées de fièvre ou de phénomènes sympathiques , dont l’importance est assez grande pour qu’il faille en tenir compte.

Il est vrai que quelques unes des irritations intermittentes externes , comme les hémorrhagies et les névralgies, offrent rarement des phénomènes sympathiques et fébriles ; mais les exemples que nous avons rapportés suffisent pour prouver quelles peuvent être accompagnées de fièvre chaque fois que les symptômes locaux qui les caractérisent sont assez intenses pour exercer des influences sympathiques sur le cœur , l’estomac et le système cérébrospinal. Cette circonstance d’ailleurs, relative au développement de la fièvre, est commune aux maladies externes, continues et intermittentes.

Nous avons vu que la plupart des causes qui provoquaient les affections intermittentes aussi bien que les symptômes qui les caractérisaient, étaient en général les mêmes que les causes et les symptômes des maladies continues; c’est ce dontonpeut facilement se convaincre maintenant en jetant un coup d’œil sur une nosographie quelconque. Quelle autre différence essentielle que celle du

SgS IRRITATIONS INTERMITTENTES EXTERNES,

type trouvera-t-on entre les inflammations, les hémorrhagies, les affections lymphatiques et nerveuses dont nous avons rapporté des exemples et les mêmes maladies décrites par les auteurs? Cellesci présentent le type continu , et les affections dont nous avons tracé l’histoire offrent le type intermittent. Hé bien! parce que celles-ci n’ont pas le même type que celles-là , faut-il en faire des maladies mystérieuses? Faut-il, à l’exemple, je ne dis pas seulement des anciens , mais encore de plusieurs écrivains modernes, faut-il voir en elles des fièvres intermittentes larvées (1), des pyrexies masquées (2), des maladies d'une apparence trompeuse ^ capables de se dissimuler, de se cacher et d’emprunter des masques pernicieux? et cela uniquement parce qu’elles ont une marche particulière; parce quelles se terminent plus ou moins vite, au bout d’un certain temps, pour revenir à des époques régulières. On sait bien que les phlegmasies cutanées et articulaires continues sont fréquemment accompagnées de fièvre ; hé bien! quand cette fièvre vient à manquer, si les nosographes nous disaient qu’il y a là une fièvre continue, exanthématique et arthritique larvée ou dissimulée , c’est-à-dire empruntant le masque de ces phlegmasies , cela ne paraîtrait-il pas ridicule ? Pourquoi donc n’en serait-il pas de même à l’égard des phlegmasies intermittentes? Car, que fait le type dans les maladies en général? change-t-il leur nature ? La plupart des auteurs ne le pensent pas , puisqu’ils n’ont point fait de classe, ni d’ordre à part pour les maladies intermittentes. M. Boisseau, comme les professeurs Pinel et Bouillaud , en traçant l’histoire des fièvres continues, inflammatoires, gastriques, bilieuses, muqueuses, adynamiques , ataxiques , nerveuses , nous disent seulement qu’ elles peuvent s’offrir sous le type intermittent , mais que ce sont toujours les memes maladies sous un autre type.

S'il est vrai que les quatre espèces d’irritations intermittentes, nerveuse, inflammatoire, hémorrliagique et subinflammatoire, peuvent se développer sur tous les points de la surface du corps, puisque partout il y a des nerfs, des capillaires rouges, des vaisseaux blancs, susceptibles d'être modifiés ou altérés dans leur organisation, les faits prouvent aussi que ces irritations choisissent certains lieux et certains tissus de préférence à tous les au-

(1) Chomel, Littré. Bonnet, etc.

f2) Moreaudela Sarthe,art. PÉRioDiQrr de V Encyclopédie méthodique.

très : c est ainsi qvi’elles se développent spécialement dans les parties du corps les plus exposées aux impressions irritantes et périodiques externes, dans les organes qui offrent une sorte d’intermittence plus ou moins remarquable dans leurs fonctions. Ainsi la })ériodicité des influences de température sur les organes des sens, sur la peau et les articulations, surtout chez les personnes très irritables, T intermittence de repos et d’action de tous ces organes, et du système locomoteur en particulier, expliquent la fréquence des irritations périodiques inflammatoires et subiiiflammatoires des membranes muqueuses externes, des tissus cutanés et fibro-séreux des articulations. Il n’est pas jusqu’au tissu osseux lui-même qui ne soit susceptible d’irritation périodique ; car c’est dans le tibia que parait avoir son siège la douleur intermittente tierce sous le n^ 13 V, et c’est sans doute dans les os que résidaient les douleurs nocturnes des membres dont parle Stoll, dans le tome second de sa Médecine pra tique, douleurs qui étaient manifestement périodiques et qu’il a guéries par l’administration du quinquina.

Une vérité bien importante, puisqu'elle tend à dissiper ce qui restait encore de merveilleux dans l’étiologie des fièvres intermittentes, c'est celle qui établit le développement endémique et même épidémique de quelques phlegmasies, de certaines subinflammations rémittentes et intermittentes externes sous l’influence de causes locales et d’une constitution atmosphérique particulière. Or, c’est ce dont il n’est plus permis de douter d’après rexpérience de plusieurs praticiens; et si l’on analyse le mode d’action sur nos organes de la plupart des causes ou des influences atmosphériques indiquées par eux, on ne peut guère s’empêcher de reconnaître la nature inflammatoire et subinflamniatoire des affections dont il s’agit; c’est ainsi que nous avons vu, entre les causes et les lésions organiques qui constituent les maladies glanduleuses et sécrétoires, périodiques et endémiques, observées par Ilendy et Kœmpfer, des rapports qu’il est facile de saisir, et qui conduisent naturellement à la théorie physiologique des obstructions dans les fièvres intermittentes. En effet, l’on voit une irritation subinflammatoire externe qui, dans le principe, est assez légère ou peu profonde ; elle revient périodiquement, toutes les semaines ou tous les mois, sans laisser de traces durant les intermissions ; elle ne provoque que peu ou point de phénomènes fébriles ou sympathiques ; à mesure que celte

s5o IRRITATIONS INTERMITTEM ES EXTERNES.

irritation se répète, et quelle Jevient plus intense, plus profonde , alors la fièvre qui l’accompagne ou les phénomènes sympathiques quelle développe sont plus sensibles ; alors aussi la lésion locale ne disparaît plus dans les intervalles d’un accès subinflammatoire à l’autre ; et ce premier noyau d’engorgement externe une fois formé , chaque redoublement périodique de rirritation subinflammatoire ne fait que lui ajouter de nouveaux matériaux; tel nous concevons le développement morbide du foie, surtout de la rate, durant les accès d’une fièvre intermittente ordinaire quand elle tient à l’irritation inflammatoire de la muqueuse digestive : pendant le stade de froid, le sang arrive avec profusion dans les viscères, attiré d’une part par l’irritation gastrique, et poussé d’autre part par le refroidissement des organes extérieurs; le foie, et surtout la rate à cause de la mollesse de son tissu s’en laisse pénétrer d’une si grande quantité qu’elle ne peut pas toujours s’en débarrasser entièrement durant l’intermittence , et quand une fois il y a un premier noyau d’engorgement, alors chaque accès de fièvre ne peut que l’accroître, comme nous le verrons plus tard en traitant les fièvres intermittentes.

D’autres fois c’est le contraire qui peut a^oir lieu : qui ne voit dans l’épidémie observée à la maison de la Force par Lordat, et relatée sous le n*’ 48 , des éruptions cutanées périodiques 'dont chaque apparition met fin à la gastro-entérite par laquelle débute la maladie? Ces sortes d’épidémies de phlegmasies cutanées intermittentes, ne sont point rares ; il est vrai que, dans ce dernier cas, l’éruption était en quelque sorte liée à la fièvre qui a^ ait précédé ; mais il n’en est point toujours ainsi : et si l’on parcourt les histoires d’épidémies qui ont été tracées par les meilleurs observateurs , on trouvera des affections cutanées , des affections rhumatismales et goutteuses dont les retours ou les exacerbations périodiques n’étaient pas précédés de symptômes fébriles et gastriques assez marqués pour que ceux-ci constituassent la maladie principale; dans lesquelles en un mot, il n’y avait que ce mouvement fébrile inséparable de toute affection cutanée, arthritique ou rhumatismale très aiguë ; telle est l’épidémie que de Mertens a observée à Vienne en Autriche, pendant les mois de décembre et de janvier 1782 et 1783, et qui se manifesta par suite de fréquentes et brusques variations atmosphériques. Les malades éprouvaient, tous les jours et régulièrement vers le soir, des douleurs dans toutes les articula-

IlÉFLEXIONS ET CONCLUSIONS.

tioîis des membres. Ces douleurs allaient tellement en augmen* tant jusqu’à minuit qu’elles arrachaient des cris aigus à la plupart des nombreux individus qui furent attaqués à la fois de cette épidémie rhumatismale. Depuis minuit, la crise s’établissait peu à peu par les sueurs. Les douleurs articulaires diminuaient ou cessaient presque entièrement durant le jour ; à peine si l’on observait alors le moindre mouvement fébrile. Pendant l’intervalle de temps qui séparait ces accès ou redoublements arthritiques quotidiens, les malades n’éprouvaient point de douleurs. Pourvu qu’ils restassent tranquilles dans leur lit , ils étaient calmes et sans fièvre ; mais aussitôt qu’ils se livraient à quelques mouvements un peu considérables, alors les douleurs reparaissaient , et par suite l’agitation et la fièvre. De Mertens employa contre cette maladie le soufre doré d’antimoine , les décoctions de bardane, de salsepareille, et le quinquina luimême; mais ce fut l’usage des bains artificiels de Baden qui lui réussit le mieux pour guérir ses malades. — Les causes, les symptômes et le traitement de cette épidémie (appelée fièvre rémittente arthritique) n’indiquent-ils pas évidemment un rhumatisme articulaire avec des exacerbations périodiques quotidiennes?

Le type d’intermittence des irritations périodiques externes peut, comme nous l’avons vu, présenter une grande variété : ces irritations peuvent offrir non seulement tous les types reconnus jusqu’à ce jour , aux fièvres intermittentes dites essentielles mais un bien plus grand nombre encore, puisqu’on limite en général la durée d’intermittence de ces fièvres depuis quelques heures jusqu’à deux jours, rarement jusqu’à trois , quatre ou cinq jours, presque jamais au-delà; tandis que l’intermittence des irritations dont il s’agit peut durer huit, dix, douze, quinze, vingt jours, plusieurs semaines, plusieurs mois, une année et plus , sans qu’il y ait aucun changement dans leur nature, ou dans le développement et la terminaison des symptômes qui constituent leurs accès : Ainsi, qu’une éruption cutanée, qu’un érysipèle, par exemple , revienne régulièrement tous les deux 'Ours, tous les trois jours, tous les huit jours, tous les mois, tous les six mois, etc., ce sera toujours une phlegmasie intermittente de la peau qu’on aura à traiter, quelle que soit d’ailleurs l’intensité des symptômes locaux, et que l’érysipèle soit accompagné ou non de phénomènes sympathiques, fébriles et gastriques;

parce que tous les symptômes que cette phlegmasie nous offre avec le type tierce, elle peut également les présenter sous les types quintane, septénaire, octane, décimane, quindécimane, mensuel, sextimensuel, etc. C’est encore une vérité établie sur les faits que nous avons rapportés. Cependant qu’on lise les auteurs qui ont traité ou fait quelque mention des maladies dont il s’agit, et l’on verra qu’une éruption cutanée, avec le type tierce ou quarte, est une fièvre larvée, lorsqu’elle est bornée à des symptômes locaux ! on verra quelle constitue rien moins qu’une fièvre pernicieuse exanthématique, quand elle est assez intense pour développer quelques phénomènes sympathiques ou fébriles ! enfin on verra que la même phlegmasie intermittente cutanée, si elle revient régulièrement tous les huit jours, tous les quinze jours, tous les mois, avec fièvre ou sans fièvre, n’est plus ni une fièvre larvée, ni une fièvre pernicieuse ; c’est alors tout simplement une maladie périodique ; c’est-à-dire que, dans le cas seulement où il y a un long intervalle entre les accès, la maladie intermittente, quelle quelle soit, n’est plus réputée fièvre, ni intermittente ordinaire, ni larvée, ni pernicieuse! Cependant cette exclusion arbitraire de la fièvre n’est pas autrement fondée, si ce n’est que cette maladie s’éloigne alors des habitudes de la fièvre en général qui, en fait d’intermittence, fi’en tient volontiers à ses types quotidien, tierce et quarte. Or, nous le demandons, l’intensité plus ou moins grande des symptômes locaux, et par suite le développement ou l’absence des phénomènes sympathiques et fébriles, peuvent-ils donc changer la même maladie au point qu’il faille, pour indiquer l’une ou l’autre circonstance, en faire deux êtres particuliers sous les noms différents de larré , de pernicieux? Quelques jours de plus ou de moins dans la durée de l’intermittence peuvent-ils encore exiger qu’on en fasse un troisième état pathologique sous le nom de maladie périodique? Plus personne aujourd’hui n’hésitera sans doute à rejeter toutes ces distinctions ridicules, tous ces êtres pathologiques à part, larvés, pernicieux et autres, qu’on se plaisait jadis à créer au moindre changement dans l’intensité et la marche des maladies.

Quelle que soit la nature inflammatoire, hémorrhagique , subinflammatoire et nerveuse, des irritations périodiques externes, elles peuvent présenter tous les différents types d’intermittence que nous avons signalés. Cependant, nous avons vu qu’il y avait

RÉFLEXIONS ET CONCLUSIONS. a33

une remarque assez importante à faire à cet égard , c’est-à-dire touchant la prédilection de quelques unes de ces irritations pour (els ou tels types : ainsi , par exemple , les irritations inflammatoires externes , comme les fièvres intermittentes en général, présentent beaucoup plus souvent les types quotidien , tierce et quarte que les autres types d’intermittence; les irritations périodiques , subinflammatoires et hémorrhagiques , au contraire , ont une préférence bien marquée pour les types quintane , octane , quindécimane, et surtout mensuel ; ce dernier est le type habituel de certaines hémorrhagies , et c’est en général celui que présentent le plus souvent toutes les irritations subinflammatoires et hémorrhagiques externes. Une autre remarque assez constante, relativement au type, c’est la disparition presque toujours complète des phénomènes locaux de l’irritation durant l’intervalle des accès névralgiques et hémorrhagiques. Dans les irritations subinflammatoires , au contraire , il est assez ordinaire que les symptômes locaux ne disparaissent point entièrement dans l’intervalle dont il s'agit ; il n’y a le plus souvent qu’une rémission bien sensible dans l’intensité des phénomènes locaux et généraux qui constituent les accès subinflammaloires. 11 n’est point rare aussi que, dans lesphlegmasies périodiques externes , des symptômes de rougeur, de gonflement, ne persistent après la terminaison des accès inflammatoires , de manière à constituer, pour celles-ci, le type rémittent quotidien , tierce, quarte , etc., et, pour les irritations subinflammatoires, le type rémittent octane, hebdomadaire , quindécimane, et surtout mensuel , comme nous l’avons dit.

Les irritations intermittentes externes peuvent changer de type d’intermittence et en présenter successivement plusieurs , comme les fièvres intermittentes ordinaires ; on voit des exemples de ce changement sous les n“®40, 41, 61, 69, 76, 85 et 137. Néanmoins , cette circonstance est bien loin d’être aussi fréquente que dans les fièvres d’accès ; il est au contraire prouvé que les irritations périodiques externes conservent, avec beaucoup de constance et de régularité , le type quelles ont offert dès le principe. La durée de leurs accès , bien qu’elle puisse varier de quelques minutes et de quelques heures à quelques jours, en général pourtant , n’atteint guère la durée des accès de fièvre intermittente et rarement la dépasse. Dans la première catégorie se trouvent les irritations hémorrhagiques et nerveuses ; dans la se-

xondc, les irritations inflammatoires; et s’il y avait une exception à faire pour la duree des accès, ce serait pour les irritations subinflammatoires et quelques affections phlegmoneuses périodiques dont la durée des accès est de plusieurs jours , surtout quand l’inflammation parcourt toutes ses périodes et se termine par suppuration , comme dans les observations sous les 52, 53 et 143.

Le simple exposé des faits nous semble prouver que les irritations intermittentes externes sont en général des affections purement locales ou bornées à des symptômes locaux. Elles constituent toujours ou des inflammations, ou des hémorrhagies, ou des subinflammations , ou des névralgies, avec le type rémittent et plus souvent intermittent. Ces propositions, dont on ne peut plus aujourd’hui contester la vérité, sont pourtant opposées à tout ce qu’on a écrit sur ce sujet, sans en excepter l’excellent mémoire du docteur Aiioing, où nous avons puisé plusieurs observations très intéressantes. Car ce praticien , tout en convenant que les fièvres larvées sont des affections bornées à des symptômes locaux, et qu’il serait mieux, selon lui, d’appeler fièvres locales, ne veut point quelles constituent ni des névralgies , ni des inflammations , il en fait des maladies d'une nature particulière , et voici comment il s’exprime à cet égard : « Dans n les fièvres larvées , il v a lésion locale de la sensibilité. Si l’af- )) fection se bornait là , ce serait une névralgie ; mais il y a en )) outre une réaction faible et parfois si obscure quelle esiinsen- )) sible , parce que le principe vital ne cherche point à développer » ses forces. Il v a aussi excrétion d’urines briquetées. Voilà ce )) qui les constitue fièvres. Ces maladies sont intermédiaires « entre les névroses et les fièvres intermittentes , et forment en » quelque sorte la transition des unes aux autres (1). »

Pi esqiie tous les autres écrivains considèrent les maladies périodiques ou fièvres larvées comme des affections générales, c’està-dire tantôt comme de véritables fièvres intermittentes cachées ou déguisées , tantôt comme des fièvres intermittentes pernicieuses.

MM. Bailly et Rayer , sans faire des irritations périodiques externes des fièvres intermittentes pernicieuses ou des maladies générales, n’accordent cependant que peu ou point d’importance

(1) Journal général de médecine, X. lviii.

aux symptômes locaux qui les constituent , et les regardent presque toujours comme la suite ou la dépendance d’une fièvre intermittente essentielle, d’une affection primitive des premières voies. Connaissant aujourd’hui le rôle si important que jouent les organes digestifs dans la plupart des maladies aiguës , nous aurions eu nous-mêmes la plus grande tendance à adopter cette dernière opinion si elle n’était en opposition avec les faits. Ce sont ces faits qui prouvent évidemment qu’un grand nombre d’irritations intermittentes externes sont des affections idiopathiques et purement locales, comme on peut le voir sous les nos 2, 3^ 6,11, 12, 13, 14, 16, 17, 18, 19,22, 26, 41, 55,59, 115, 116, 119, 121, 122,125, 128, 131, 134, 135, etc.

Les faits prouvent aussi que ces irritations, lorsqu'elles sont très intenses, ou qu’elles attaquent des individus très irritables, peuvent développer tous les phénomènes généraux et sympathiques qui constituent la fièvre ; c’est-à-dire qu’ elles peuvent exercer une influence très marquée sur le cœur, l’estomac , le cerveau , la moelle épinière , etc. Ces faits prouvent que quelques unes de ces irritations , telles que les inflammatoires, déterminent fort souvent les phénomènes généraux dont il s’agit , surtout les phlegmasies cutanées et articulaires périodiques , tandis que les irritations intermittentes hémorrhagiques ne les développent presque jamais, et les névralgies périodiques assez rarement. Cette influence sympathique des affections intermittentes externes sur les viscères peut s’exercer partiellement, et tantôt n’avoir lieu que sur le cerveau et la moelle épinière , comme dans les irritations périodiques sous les nos 113, 117, 119, 127 et 131, tantôt sur le cœur et le svstème circulatoire seulement , comme dans les observations sous les nos g, 23, 47, 60, 123, 124; tantôt ne déterminer qu’un trouble léger des fonctions digestives , comme dans les exemples sous les nos 17^ 20, 24, 32, 130 ; tantôt développer àla fois des phénomènes sympathic|ues nerveux, fébriles et gastriques, plus ou moins variés et assez nombreux , comme le prouve un plus grand nombre d’observations dont nous citerons quelques unes sous les nos 7, 8, 9, 10, 15, 20, 23, 24, 28, 36, 39, 40,47, 48, 49, 50. 51, 52, 54, 60, 61, 62, 63, 68, 97, 101, 102, 105, 107, 116, 137, 139, etc. Eh bien ! toutes ces conclusions , que nous venons de déduire de faits nombreux et évidents, se trouvent encore en opposition avec la manière de voir de plusieurs auteurs. Médicus en particulier veut que toujours

les maladies périodiques récidivent sans fièvre ou avec des marques si obscures de fièvre quelconque qu’elles échappent aux yeux les plus clairvoyants ; autrement ce ne sont plus , selon lui, des maladies périodiques , mais des fièvres pernicieuses.

cr Les fièvres larvées, dit M. Arloing (mémoire cité) se montrent » le plus ordinairement dans le plus grand état de simplicité; c’esi- » à-dire quelles consistent dans une lésion absolument locale , » et sans altération d’aucune fonction; les forces digestives surp tout conservent toute leur intégrité. »

Les fièvres larvées ou masquées , d’après MM. Bonnet (1) et Maillot (2) constituent un genre de fièvres intermittentes anormales , dans lequel il n’y a ni frisson , ni chaleur , ni sueur, et qui consiste uniquement dms l’apparition périodique d’un symptôme plus ou moins ^gr ave .

Ces auteurs font encore un genre à part des fièvres partielles ou locales , dans lequel les phénomènes fébriles qui leur sont propres ne se développent que sur une partie limitée , comme un bras , un pied , une jambe , une moitié de la tête , etc. Conçoiton cette nécessité de multiplier les êtres pathologiques et fébriles au point d’établir deux genres de fièvres à part pour les maladies dont il s’agit! Evidemment ces praticiens ne peuvent leur donner une si grande importance que parce qu’ils s’en laissent imposer par le prestige de l’intermittence ou par le retour périodique des lésions locales dont le symptôme caractéristique ne doit pas être plus ou moins grave puisqu’il ne suscite selon eux aucun phénomène sympathique ou fébrile.

Mais puisque bon nombre de faits , dont plusieurs ont été puisés dans les écrits mêmes des médecins dont nous venons de parler , prouvent que la fièvre accompagne assez souvent les irritations intermittentes externes , surtout les phlegmasies et les subinflammations périodiques , que faire alors de cette fièvre , tantôt bornée à des symptômes locaux, tantôt composée de phénomènes généraux? Faut-il en tirer parti pour établir deux genres de fièv res anormales comme MM. Bonnet et Maillot, ou pour établir seulement une espèce particulière de maindies périodiques sous le nom de fièvreslocales ou de pyrexies limitées, comme Van- Swiéten et MM. Arloing et Audouard (3), et qui soit distincte ou

(1) Traité des fièvres intermittentes, 1835.

(2) Traité des fièvres cérébro-spinales intermittentes, 1836.

(3) Thérapeutique des fièvres intermittentes.

différente de celle qu’on nomme fièvres larvées , comme le pense M. de Lens, qui reproche à M. Arloing de confondre les fièvres locales avec les fièvres larvées , de n’établir entre elles aucune différence notable (1) ? ou bien faut-il transformer cette fièvre, qui accompagne parfois une irritation intermittente externe, en une fièvre intermittente essentielle , bénigne ou pernicieuse , comme le pensent encore plusieurs auteurs ? Aucune de ces opinions ne nous paraît admissible : la première, parce que nous sommes peu disposés à multiplier sans fondement les êtres pathologiques et fébriles ; la seconde parce que nous ne concevons pas la différence notable qu’il peut y avoir ou que M. de Lens prétend trouver entre les fièvres locales et les fièvres larvées. En effet, appeler fièvres locales les affections intermittentes externes , précisément lorsqu’elles ne sont pas bornées à des symptômes locaux , et quelles présentent des phénomènes sympathiques ou fébriles, c’est vouloir exprimer le contraire de ce qui existe réellement. On conçoit bien que, dans ce cas, on puisse avoir quelque répugnance à les appeler fièvres larvées , puisque la fièvre , loin d’être cachée ou déguisée, est très apparente. Mais cet embarras ne contribue-t-il 'pas encore à prouver le vice radical de toutes ces dénominations , et ne vaut-il pas beaucoup mieux les abandonner que d’établir pour les justifier des distinctions subtiles et inexactes ? Il est évident que le nom’de fièvre locale ou de pyrexie limitée conviendrait mieux aux affections dont il s’agit , lorsqu’elles sont bornées à des symptômes locaux, c’est-à-dire [lorsque M. de Lens veut qu’elles constituent exclusivement des fièvres larvées, parce qu’ alors , surtout si ces affections sont inflammatoires , il V a véritablement accélération locale de la circulation , comme l’ont constaté Hoffmann , Van-Swiéten et M. xàrloing; mais nous avons prouvé précédemment que , même dans ce cas , le nom de fièvre locale ne pouvait leur convenir parce que la fièvre , qui n’est d’abord que locale dans un accès d’irritation périodique , peut devenir générale l’accès suivant, si les symptômes locaux de l’irritation sont portés à un très haut degré. |I1 faut donc renoncer entièrement à toutes les dénominations vicieuses dont il s’agit.

Quant à la troisième opinion , nous pensons quelle doit être rejetée , parce que la fièvre intermittente qui accompagne parfois

(1) Bibliothèque médicale, t. Lr.

IRraXATIONS INTERMITTENTES EXTERNES.

une irritation externe de même type, ne constitue jamais une fièvre essentielle; le plus souvent cette fièvre est symptomatique de cette irritation elle-même ; s’il arrive parfois qu’elle ne dépende point de cette dernière , alors elle tient à l’irritation des viscères , et principalement de la muqueuse digestive. En effet, comment pourrait-on soutenir que la fièvre dont il s’agit est essentielle quand on a eu sous les yeux une irritation intermittente externe, inflarrmatoire, lymphatique ou nerveuse, dont on a pu suivre le développement depuis son commencement jusqu’à sa fin ; quand on a été témoin, dans plusieurs cas, de symptômes purement locaux et qui constituaient à eux seuls les accès inflammatoires , hémorrhagiques , subinflammatoires et nerveux , quels que fussent la durée de ces accès et le nombre de leurs retours périodiques ; quand on a vu quelquefois les premiers accès de cette irritation présenter assez d’intensité dans les symptômes locaux qui la caractérisent pour provoquer une fièvre sympathique bien marquée , puis, les accès suivants, présenter moins d’intensité dans ces symptômes , et par suite moins de fièvre ; quand on a vu l’amendement de ces symptômes locaux préluder constamment à celui de la fièvre ; quand on a vu l’intensité de cette fièvre , ou des influences sympathiques qui la constituent, diminuer dans la même proportion que celle de l’affection locale; quand on a vu la fièvre dont il s’agit ne survenir que quelque temps après l’existence de l’irritation intermittente externe, lorsque celle-ci devenait plus intense ou se compliquait d’une autre affection ; quand on a vu enfin les accès de la maladie locale persister ou se répéter un certain nombre de fois sans fièvre , du moment que les symptômes locaux de cette maladie n’ont plus été assez intenses pour la susciter. L’on peut voir sous les n- 7, 14, 15, 23, 28, 38, 40, 47, 48, 49, 50, 51, 60, 61, 63, 64 et 65, des faits qui établissent tnutes les diverses circonstances dont nous venons de parler, et qui prouvent que la fièvre dont il s’agit n’a point été et ne pouvait être essentielle.

Le docteur Hendy a très bien prouvé que la fièvre qui accompagne souvent les accès ou les exacerbations périodiques de l’affection glanduleuse de Barbade , était symptomatique de cette subinflammation, parce qu’elle survient toujours plusieurs heures après la manifestation des symptômes locaux, et que souvent elle n’a point lieu , quand le retour ou l’exacerbation de ces symptômes est peu considérable. «Cependant les médecins indiens,

» ceux qui les premiers observèrent cette afPrciion singulière à j> l’île de Barbade , ne s’arrêtèrent qu’au phénomène du frisson » ou de la fièvre, et regardèrent les autres comme sa dépendance. » Les uns et les autres (tombant dans l’erreur), ditM. Alard, pri- » rent la maladie lymphatique dont il s’agit pour une fièvre inter- «mittente, et la rangèrent sous ce titre dans leurs ciassifica- » fions N’est-ce pas ce qu’on a fait à l’égard de presque toutes les autres irritations périodiques externes qui sont accompagnées de fièvre ?M. Alard lui-méme n’est point exempt de cette erreur, et n’y retombe-t-il pas aussitôt qu’il perd de vue l’inflammation des vaisseaux absorbants lymphatiques auxquels seuls il semble attribuer le privilège de produire la fièvre symptomatique?

De tout ce que nous ' enons de dire , il ne faut point conclure que la fièvre, qui accompagne plus ou moins souvent les accès d’une irritation périodique externe, soit toujours sympathique des symptômes locaux qui la constitue : 1° parce que, quelle que soit la nature, inflammatoire, nerveuse, subinflammatoire et hémorrhagique , de cette irritation , les phénomènes généraux ou fébriles qui n’indiquent d’ahord que son influence sympaihiciue sur le cœur, le cerveau, l’esomac, etc., peuvent être portés assez loin pour que, suivant la prédisposition des individus, l’affection secondaire du système digestif devienne la maladie principale, et même persiste après que l’irritation externe primitive a disparu, comme on en voit des exemples sous les n°* 28, 31 et 12'i ; 2° parce que la fièvre précède quelquefois l’irritation périodique externe de plusieurs jours , ou ne se trouve point en rapport par son intensité avec le faible degré des symptômes locaux de cette irritation, comme dans les observations sous les n°*^ 34, 37, 110 et 116. Mais dans ces cas, qui sont assez rares , la fièvre , loin encore d’être essentielle, dépend, comme nous le verrons plus tard, d’une affection intermittente des viscères qui a précédé, et qui coexiste avec l’irritation périodicpie externe, irritation qui peut aussi bien que la fièvre n’être que sympathique et secondaire de l’affection viscérale. Il n’y a pas de doute , par exemple, que dans les observations dont nous venons de parler, le siège de l’affection primitive et principale ne fut dans les viscères. Stoîl , de qui nous empruntons la dernière de ces observations, attribue

(Ij De l’inflammation des vaisseaux absorbants lymphatiques, etc., 2» édition, 1824.

s4o IRRITATIONS INTERMITTENTES EXTERNES.

avec raison la fièvre à un excès d’irritabilité de la muqueuse digestive ; et le professeur Golfin , auteur de la première , à ce qu’il appelle la gastricité.

De tous les faits rapportés, il résulte que les irritations périodiques externes n’offrent en général que peu ou point de danger. Bien loin de là , nous en avons vu plusieurs qui étaient plutôt utiles et que les médecins étaient portés à entretenir dans l’intérêt de la conservation de leurs malades , ou dans la crainte que leur suppression ne fût le signal d’invasion de quelque affection plus grave dans les viscères. Ces sortes de cas ne se rencontrent guère que dans les irritations intermittentes hémorrhagiques ; mais il y en a de frappants , et dans lesquels la guérison de l’hémorrhagie périodique externe fut suivie de catarrhe chronique, de péripneumonie, et de gastro-entérites plus ou moins graves, comme dans les observations sous les 85, 86 et 91. Le plus souvent l’irritation périodique externe, ni par sa terminaison, ni par sa durée , ne fait courir au malade aucun danger ; s’il en existe parfois, c’est lorsqu’elles sont accompagnées de fièvre, et alors le danger est en raison de l’intensité des phénomènes fébriles , c’est-à-dire de la souffrance idiopathique ou sympathique des viscères surtout gastriques. La périodicité ou l’intermittence ne fait point le danger d’une maladie quelconque , puisque nous en avons vu^un si grand nombre à l’extérieur qui présentaient ce type sans faire courir le moindre danger aux malades. Pourquoi donc plusieurs auteurs anciens et modernes en ont-ils fait , et pourquoi quelques uns en font-ils encore aujourd’hui des fièvres intermittentes pernicieuses essentielles? Pourra-t-on jamais concevoir, par exemple, qu’un rhumatisme intermittent, qu’une névralgie périodique , sans fièvre et sans danger , aient pu servir à créer de nouvelles espèces de fièvres intermittentes pernicieuses? C’est pourtant ce qui est arrivé : le professeur Alibert, par exemple, a pris dans Morton (1) les exemples de rhumatisme et d’hémicrànie périodiques, rapportés sousles n°* 55 et 115, et les a transformés en fièvres pernicieuses rhumatismale et céphalalgique. Mais ce qui est bien plus surprenant encore, c’est qu’en 1830 M. Boisseau puisse porter la courtoisie jusqu’à légitimer ces sortes de transformations!! Rien n’empêche, ce nous semble, de tenir pour classique le Traité des fièvres pernicieuses, tout en

(1) Traité des fièvres pernicieuses, 4# édition, 1820.

reconnaissant des erreurs qui peuvent disparaître dans de nouvelles éditions. En examinant les faits dont il s’agit, M. Arloing (mémoire cité) reconnaît, comme nous, qu’il ne s’agit que de simples céphalalgies et douleurs rhumatismales périodiques ; mais c’est à tort qu’il reproche à Morton de les avoir prises pour des fièvres ataxiques, puisqu’il n’a jamais vu en elles que des fièvres larvées ; et si , de nos jours , on les a transformées en fièvres intermittentes pernicieuses , à coup sûr ce n’est point la faute de l’observateur anglais.

N’a-t-on pas pris également des odontalgies (n® 136), desophthalmies (n® 5), des amauroses (1), des otites (n® 28), des exanthèmes (n“* 33, si et 37), des érysipèles fébriles (2), des céphalées (n°* 116 et 130) , des éruptions pédiculaires (3) , et même des paralysies intermittentes (4), pour en faire des fièvres pernicieuses odontalgique, ophthalmique , amaurosaïque, otalgique, exanthématique, érysipélateuse, encéphalique, phthiriasique et paralytique? Il n’y a pas long-temps encore , comme on le voit sous les n"* 61, 64, 65 et 70 , qu’on a pris des hémorrhagies intermittentes , des affections goutteuses et rhumatismales périodiques , pour en créer des fièvres intermittentes pernicieuses hémorrhagique, ischiatique, arthritique, rheumatique (5) ; et dans un ouvrage publié en 1824 par le docteur Puccinotti (6) , on trouve des fièvres intermittentes pernicieuses épistaxique , ischiatique , tétanique , lymphatique , etc. Il n’y a donc pas de raisons pour que nous ne fassions aussi des êtres intermittents pernicieux de tous les exemples d’irritations périodiques externes que nous avons recueillis ; il en résulterait une assez belle collection d’entités pernicieuses ! Nous devons cependant reconnaître qu’en France le zèle des médecins qui tendent à personnifier des symptômes , et à grossir le catalogue des fièvres intermittentes pernicieuses , s’est presque entièrement dissipé; et depuis la publication de notre premier essai sur les irritations intermittentes , le professeur Alibert n’a pas

(1) Vacca-Berlinghieri, Saggio interno aile principale e più frequenti malattie del corpo umano.

(2) Sennert et Hoffmann.

(3) Gazais, Journal général de médecine, t. xxx.

(4) Molilor et Colombot, Mémoires sur une épid. de fièvre intermitt. adynamico- ataxique.

(5) Ozanam, maladies épidémiques, 1. 11.

(6) Histoire des fièvres intermittentes pernicieuses, observées à Rome^ de 1819 à 1822.

ajouté une seule espèce à son ancien tableau des fièvres pernicieuses. On a eu le bon esprit de laisser aux médecins italiens tout le mérite des créations nouvelles et modernes de fièvi es pernicieuses; puissent-ils le (garder tout entier et à jamais !

Les erreurs que nous venons de signaler ou l’étrange méprise dans laquelle on est tombé quand on a transformé en fièvre» pernicieuses essentielles des affections intermittentes externes, nerveuses, inflammatoires, hémorrhagiques et subinflammatoires, proviennent de deux sources : 1° de ce qu’il existe une très grande analogie entre les irritations intermittentes placées à l’extérieur et celles qui ont leur siège dans les viscères, c’est-àdire entre les fièvres larvées et les fièvres intermittentes pernicieuses des auteurs. C’est uniquement sur cette analogie que paraît se fonder M. Chomel pour conserver les fièvres larvées, ou pour transformer , comme on le voit sous le n^ 25 , un coryza périodique en^fièvre larvée ; c’est le retour des accès de cette inflammation locale , tous les jours aux mêmes heures , c’est la durée de ses accès, égale à celle d’un accès de fièvre intermittente, qui lui ont fait découvrir, dit-il, une analogie marquée , et lui ont indiqué, dans le fait dont il s’agit, une fièvre larvée. On voit également sous le n® 17 une conjonctivite sans fièvre, dont M. Meynier, par les mêmes motifs, fait une fièvre larvée-ophthalmique. Nous reviendrons plus tard sur l’analogie dont il s’agit. 2^ De ce qu’on s’en est laissé imposer par le type intermittent des maladies, et qu’à l’exemple des anciens on a cru que partout où il y avait intermittence il devait y avoir fièvre essentielle. Il est si vrai qu’on a commis Terreur dont il s’agit, que, si Ton ôte des signes caractéristiques d’une fièvrelarvée quelconque, d’une névralgie périodique, par exemple, la circonstance de sa disparition plus ou moins rapide et de son retour à des époques déterminées, que reste-t il pour établir son caractère de fièvre larvée? ou autrement qu’y a t-il qui la distingue d’une névralgie ordinaire ? Que trouvet-on dans le coryza-fièvre-larvce de M. Chôme! qui le distingue d’une rhinite ordinaire? On ne voit rien, absolument rien. Que irouve-t-on danspes ouvrages de Morton, de Lautter, de Médicus, quTpuisse servir à'faire la distinction dont il s’agit? L’on ne trouve rierî^encore , si ce n’est le phénomène des urines briquetées.

11 n’y a . suivant M. Arloing , que ce dernier^ phénomène, plu» \xiiQréaction faible et parfois insensible suivant MM. Fournier et Vaidy , le sédiment bnqueté des urines est , dans le cas

dont il s’agit , le signe le plus certain auquel on puisse reconnaître une fièvre larvée (1).

Or, nous le demandons à tout médecin de bonne foi, le sédiment hr'qiirté des urines peui-il seul être d’une importance si grand(' q t’ii puisse, à lui seul, changer la nature d’une maladie quelconque ? If ailleurs, tous les praticiens ne s’accordent- ils pas à pens('r que le sédiment briqueté des urines est bien loin d’être constant dans les fiè\res larvées , pas plus que dans les fièvres intermiitenies ordinaires? Laulter, Storck, Senac, Strack, Van- Swiét n, etc., ont souvent vu manquer, dans les unes et dans les aut es , le phénomène dont il s’agit. « Le sédiment briqueté » des urines, diiM. Double, n’est qu’un signe accessoire et qui JO ne peut guère avoir qu’une valeur approximative. « Mais quand il serait prouvé que ce phénomène accompagnât constamment l’iniermiitence et qu’il y eût sédiment briqueté des urines dans toutes les irritations intermittentes , s’en suivrait-il qu’une névralgie , une dartre, une hémorrhagie, un rhumatisme, une ophthalmie périodiques (par le seul fait des urines briquelées)^ ne fus-ent plus de véritables affections nerveuse , subinfiammatoire, liémorrhagique et inflammatoire, et dussent constituer des maladies â part, sut generis, sous le nom de fièvres larvées , de fièvres pernicieuses ?

Nous avons vu que les irritations intermittentes externes pouvaient se compliquer entre elles ou exister plusieurs en même temps chez le même individu, non seulement lorsqu’elles sont de même nature, mais encore quand elles appartiennent à une espèce différente.

Ces irritations peuvent aussi quelquefois alterner entre elles ou se succéder les unes aux autres : M. Arloing a vu une odontalgie intermittente alterner régulièrement avec une céphalalgie de même type , et une autre dans laquelle une céphalalgie remplace, dans le même accès, une odonlalgie. Les affections périodiques externes ne re\ iennent point constamment dans les mêmes parties où elles s’étaient d’abord manisfestées ; mais elles peuvent changer de place , non seulement d’un accès à l’autre, mais encore pendant le même accès ; elles peuvent aussi attaquer alternativement les mêmes organes sur le côté droit et sur le côté gauche du corps, comme on en voit des exemples sous les m* 14-, 16, 17, 40, 41, 51, 66, 75, 101 et 121. .

(1) Dictionnaire des sciences médicales , t. xt.

Nous avons vu que le diagnostic des irritations intermittentesr externes était quelquefois difficile à établir , soit parce qu’elles reconnaissaient deux ordres de causes externes et internes, et que, dans ce dernier cas , elles ne constituaient point l’affection principale ; soit parce que les symptômes qui les caractérisaient étaient peu marqués dans le principe, ou se trouvaient compliqués par la souffrance simultanée de plusieurs systèmes organiques ; c’est ce qui arrive quand l’irritation paraît attaquer en même temps et presqu’au même degré, les nerfs , les capillaires sanguins et les vaisseaux blancs lymphatico-sécréteurs et absorbants. Mais, pour un petit nombre de cas où il est difficile de caractériser, soit inflammatoire, soit nerveuse, soit subinflammatoire, rirritation périodique externe, s’ensuit-il de là qu’on puisse être autorisé à considérer toute irritation périodique comme un état morbide unique, toujours identique dans sa nature, et qui ne diffère jamais que du plus au moins? Peut-on dire que toutes les distinctions, que la diversité des faits patliolcpjiques porte à établir , ne soient fondées que sur les différents degrés de cette irritation? Cette opinion , adoptée par des médecins physiologistes dont nous nous plaisons à reconnaître le talent , entre autres par M. Boisseau, ne nous paraît point fondée. On ne l’avait point encore émise quand nous avons établi notre elivision des irritations intermittentes en nerveuses , inflammatoires , hémorrhagiques et subinflammatoires ; et, malgré tout ce qu’on a écrit sur ce sujet depuis 18*21 , nous nous croyons fondé à la conserver sans aucune modification , parce quelle a pour base la physiologie et l’anatomie pathologique, pour appui le raisonnement et la majorité des faits anciens et modernes. Oui, nous le répétons , ce if est qu’en théorie et indépendamment des organes que l’irritation continue ou intermittente a pu paraitie unique et identique dans sa nature. On n’avait pas réfléchi que, vue ainsi d'une manière générale, l’irritation n était qu un elre abstrait, lout-à-fait imaginaire , semblable au tempérament tempéré de quelques physiologistes. En effet , tout comme il n’y a pas d’individu, dans lequel on observe un équilibre si parfait des fluides et des solides organiques , qu’il ne puisse être rattaché à l’un des tempéraments sanguin , nerveux , lymphatique , bilieux ou gas- U'o-hépatique ; de même , nous sommes fonde a croire, d après l’observation, d’après la grande majorité des faits que nous avons rapportés, qu’il ne se présente pas d irritation où il y ait

un tel équilibre entre la surexcitation des nerfs, des capillaires sanguins et des vaisseaux blancs, qu’on ne puisse indiquer comme particulièrement affectésles uns ou les autres de ces'tissus primitifs .

Enfin il résulte de l’exposition des faits considérés sous le rapport des moyens thérapeutiques qu’on a opposés avec le plus de succès aux maladies dont il s’agit; il, résulte, dis-je, que notre division des irritations intermittentes en quatre espèces est légitime et bien exacte , puisque c’est sur elle que sont fondées plusieurs règles très importantes du traitement , entre autres la différence des moyens employés pendant l’accès , etceux qu’on doit réserver pour l’ intermission , puisque chaque espèce d’irritations intermittentes, selon qu’elle est nerveuse, inflammatoire, hémorrhagique et subinflammatoirc , exige un traitement particulier pendant toute la durée de ses accès , c’est-à-dire pendant tout le temps qu’existe l’irritation elle-même. Ainsi, par exemple, durant l’accès d’une hémicrânie violente et insupportable, on s’efforce d’arrêter ou de modérer les douleurs du malade en lui appliquant sur le côté douloureux de la tête des topiques opiacés , en lui administrant quelques potions antispasmodiques, calmantes ; d’autres fois on a recours aux évacuants pour produire une espèce de dérivation sur le canal digestif, principalement sur les gros intestins , par des purgatifs appropriés à l’état du malade , ou par des lavements irritants ; plus souvent c’est sur la peau qu’est portée cette révulsion , tantôt à quelque distance de la douleur , tantôt sur le point douloureux lui-même, par des topiques irritants , vésicants ou par des frictions stimulantes , par l’acupuncture, etc. Dans les né^ralgies périodiques en général , ce n’est pas seulement durant leurs accès qu’il faut avoir recours à des moyens calmants et narcotiques , mais il est avantageux de les unir encore à ceux administrés dans l’intervalle des accès pour en prévenir le retour. L’association de l’opium au quinquina ou au sulfate de quinine est presque toujours indiquée dans les cas dont il s’agit, et son utilité est si grande quelle a seule décidé la guérison de certaines irritations nerveuses contre lesquelles on avait épuisé tous les remèdes, et que les diverses préparations de quinquina seul ne pouvaient guérir , comme dans les observations sous les n^^ 23, 52, 54, 133 et 135.

Nous avons vu que dans les phlegmasies intermittentes externes c’étaient au contraire les moyens antiphlogistiques généraux , et surtout locaux , qu’il fallait employer durant les accès,

IRRITATIONS INTERMIl TENTES EXTERNES.

pour modérer ou arrêter les symptômes inflammatoires de dou~ leur, de clialeur, et parfois de congestion sanguine plus ou moins considérable. Dans toutes les observations de phlegmasies périodiques qui se trouvent dans les œuvres de Morton , on voit que ce grand praticien faisait toujours précéder l’emploi du quinquina par celui de la saignée et des antiphlogistiques.

Durant les accès ou les exacerbations périodiques des irritations intermittentes subinflammatoires , on a également recours avec succès aux moyens antiphlogistiques locaux , comme aux sangsues , aux topiques émollients et sédatifs , aux bains, aux irictions , etc. 5 endn , on modère ou l’on an ôte les accès hémorrhagiques pai- des moyens tempérants, réfrigérants , quelquefois par les irritants locaux , plus souvent par les révulsifs dont l’action est la plus prompte, comme celle des pédiluves, des manuluves chauds et sinapisés , et principalement par la compression circulaire des membres , qui est peut-être le moyen 1? plus efficace qu’on puisse employer dans les circonstances dont il s’agit. On est obligé d’insister d’autant plus sur tous ces moyens indiqués, durant les accès , que ceux-ci durent plus long-temps , et présentent des symptômes locaux plus graves et plus violents.

II résulte donc du traitement employé par tous les praticiens <Iont nous avons recueilli les observations, qu’il a été diffi'rent pendant les accès de chaque espèce d’irritation périodique. Il résulte enfin que s’il y a un traitement commun et qui convienne indistinctement à toutes les maladies intermittentes , ce n’est que durant l’intervalle de leurs accès qu’il doit être employé , parce qu’il ne s’agit plus alors d’arrêter ou de modérer une affection actuellement existante, actuellement dangereuse, mais seulement d’en prévenir le retour et le danger en portant dans l’économie par une voie quelconque, une stimulation ou un ébranlement capables de rompre cette habitude morbide en vertu de laquelle se répètent des accès inflammatoires, nerveux ou autres. A cet égard, l'expérience de tous les praticiens anciens et modernes, sans être unanime , s’est pourtant accordée sur l’efficacité presque constante de certains remèdes dont l’emploi méthodique suffit pour prévenir des accès périodiques quelconques. Nous avons vu que le quinquina ou le sulfate de quinine , administré convenablement (iurantrintervalle des accès , guérissait ou prévenait toute espèce d’irritation intermittente externe, quelle que fut sa nature inflammatoire , hémorrhagique , subinflammatoire et nerveuse , quels

que fussent son siège et scn type d’intermittence , pourvu toutefois que ses accès fussent réguliers. Nous avons vu à cet égard que rcffîcacité de ce médicament était en raison de l’intermittence ou de la périodicité des irritations, et que celle-'à était d’autant plus prompte et d’autant plus assurée, que celle-ci était plus longue et plus parfaite. Gela est si vrai que nous avons vu chez le même individu ( n« ) , et pour la même affection nerreuse, le sulfate de quinine, qui l’avait guéri comme par enchantement lorsqu’elle présentait un type intermittent régulier, ne plus servir à rien quand celte affection récidiva avec le type rémittent, tandis que l’extrait de jusquiame, de valériane, et l’oxide de zinc , firent promptement cesser la maladie. Remarquons toutefois qu’il s’agit ici d’un type rémittent à exacerbations irrégulières; quand celles-ci reviennent aux mêmes heures, quels que soient le siège et la nature de l’irritation rémittente, nous avons reconnu que le sulfate de quinine pouvait encore les guérir parfaitement. Oui , pour peu qu’il y ait de la régularité dans les redoublements , surtout pour les affections d’une nature mobile , comme la goutte , le rhumatisme et certains exanthèmes , il ne faut pas hésiter à prescrire le sulfate de quinine à des doses plus ou moins fortes ; on est presque sûr de les dompter assez facile, ment. Plusieurs médecins anglais , entre autres le docteur Whiting , l’ont administré avec succès dans des cas semblables ; mais, pour plus de sûreté dans l’efficacité du sulfate de quinine, il faut toujours préalablement combattre l’inflammation par un traitement antiphlogistique très méthodique , surtout par les applications de sangsues , les ventouses scarifiées , les applications émollientes , etc.

Le traitement des affections intermittentes externes est d’autanf plus facile qu’on n’a presque jamais à redouter des effets funestes de l’administration du quinquina , à quelque époque et à quelque dose qu'on le fasse prendre aux malades , parce qu'il est ordinairement reçu par un estomac sain et bien disposé à le recevoir. Ce médicament , dans le cas dont il s’agit , ne détermine point de vomissements; il ne cause ni embarras, ni engorgement quelconque dans les viscères , parce qu’il est employé contre des maladies le plus souvent locales , et qui n’exercent que peu ou point d’influences sympathiques sur les viscères. Néanmoins on areconnu que c’était toujours dans f intervalle des accès qu’il convenait d’administrer le quinquina ou le sulfate de quinine. Ce

n’est pas qu’en le faisant prendre durant l’accès on eût ici les mêmes accidents à redouter que dans la plupart des fièvres intermittentes ordinaires , parce que les organes digestifs qui, dans ce dernier cas , sont assez souvent affectés primitivement , comme nous le verrons, ne sont irrités que sympathiquement et souvent même ne sont nullement influencés durant les accès des irritations intermittentes externes; mais il ne faut point administrer les préparations de quinquina pendant la durée des accès , 1® parce que ce médicament serait au moins inutile et employé en pure perte, vu qu’il constitue plutôt un moyen prophylactique qu’un moyen curatif ; vu qu’il n’arrête point l’irritation actuellement existante et qui constitue l’accès , mais qu’il peut seulement en piévenir une nouvelle, si on l’administre convenablement dans l’intervalle d’un accès à l’autre ; 2® parce qu’il s’en faut bien que toutes les affections périodiques externes soient purement locales et sans influence sur les viscères. Il en estplusieurs, surtoutparmi les inflammations et les subinllammations, qui déterminent assez souvent des phénomènes sympathiques fébriles et gastriques ; parmi les irritations infiainmatoircs et subinflammatoires périodiques , nous avons vu que les phlegmasies cutanées et articulaires, cjue certaines affections glanduleuses et lymphatico-sécrétoires exerçaient prescfue toujours des influences sympathiques si marquées sur les organes digestifs, que leurs fonctions en étaient sensiblement dérangées pendant les accès ou les redoublements de ces affections. Or , dans tous ces cas , bien que l’estomac ne soit presque toujours irrité c{ue sympathiquement, le quinquina pourrait être nuisible si on l’administrait durant les accès. Il ne faudrait même point le faire prendre immédiatement après leur terminaison si f on voyait persister quelques phénomènes généraux, fébriles, et surtout gastriques , parce que son ingestion pourrait augmenter l’affection sympathique de l’estomac, et causer des accidents. On a vu dans ce cas l’emploi intempestif du quinquina transformer l’affection sympathique dont il s’agit en une véritable phlegmasie qui est devenue la maladie principale , et qui a persisté plus ou moins loin, -temps à la place de l’irritation périodique externe qu’elle avait en quelque sorte remplacée ; à plus forte raison , quand celle-ci dès le principe est secondaire on dépendante de la lésion des viscères , surtout des organes digestifs, comme dans les observations sousles n^® 21, 31,31, 37, 65 et 110. Dans ces cas, l’on'doit être trèsjéservé sur l’emploi du quinquina, et attendre

une intermission parfaite des symptômes gastriques avant de l’administrer. Il est même quelquefois utile en pareils cas de faire précéder l’administration du quinquina par l’usage des évacuants , lorsque le canal digestif paraît évidemment surchargé ou irrité par une trop grande quantité de matières alimentaires bilieuses ou autres ; le plus souvent c’est par l’usage de la saignée et des applications de sangsues sur la région épigastrique qu’il faut débuter quand il y a des symptômes évidents de pléthore sanguine et d’irritation gastro-entérique. Dans ce dernier cas , il est prudent de n’administrer le quinquina ou le sulfate de-^ quinine qu’en lavements. Il y a encore des cas dans lesquels l’irritabilité de la membrane qui tapisse le rectum et les organes génito-urinaires est si grande qu’on ne peut administrer l’aniipériodique par cette voie sans qu’il ne cause de la chaleur, des épreinles douloureuses, quelquefois un priapisme insupportable, comme dans l’observation sous le n» 12; il faut alors l’administrer en friction sur la peau ou sur la plaie d’un vésicatoire , selon la méthode endermique. Enfin , il y a des cas où l’absorption par cette voie est peu marquée, et où l’efficacité du sulfate de quinine se trouve mise en défaut ; c’est alors le cas d’en essayer l’administration en poudre par le nez, et aspirée en guise de tabac, comme MM. Percy et Kicherand l’ont fait avec succès dans des cas de céphalée ou d’ophthalmie intermittentes, et comme l’a confirmé dernièrement M. Bourjot-Saint-Hilaire contre l’iritiie intermittente quotidienne.

Malgré tout ce que nous avons dit de l'efficacité du quinquina ou du sulfate de quinine contre les irritations intermittentes externes, on ne peut point considérer ce médicament comme un moyen spécifique contre ces affections ; d’abord parce qu’il est arrivé plusieurs fois qu’il n’a pu les guérir, quelque méthodique qu’ait été son emploi, à quelques doses qu’on l’ait donné, et quoiqu’on ait insisté assez long-temps sur son usage , comme dans les observations sous les n°® 23, 52, 65, 71, 129, 133 et 135; ensuite parce qu’il est prouvé que plusieurs autres moyens ont été employés avec succès contre les affections intermittentes les mieux caractérisées. Quelquefois ces affections se sont dissipées d’elles-mêmes ; d’autres fois à l’aide des boissons délayantes et de la saignée ; plus souvent par un traitement antiphlogistique local, par les applications émollientes, les sangsues etc., comme dans les observations sous les n°* 29, 41, 46,

2 5o irritations intermittentes externes.

V7, 50, 52, 54, 59, 63, 101 , 110, 112, 121, 134 et 138.

Les irritations intermittentes externes peuvent aussi se dissiper entièrement par le retour des menstrues ou de quelques autres évacuations habituelles qui avaient été supprimées, comme sous les n°" 14, 44 etl23. Elles peuvent se terminer par le développement dans un autre point, soit à l’extérieur, soit à l’intcrieur, de quelques affections de meme nature qui les remplacent par une sorte de mouvement critique, comme sous les n"" 26, 85, 86 et 91. On a quelquefois puériles affections dont il s’agit par l’emploi du sulfate de fer, des arséniates de potasse et de soude, et plus souvent par la potion stibio-opiacée de Paysson, comme dans les observations sous les 113, 114, 125 et 126.

Il y a plusieurs faits qui constatent aussi l’efFicacité des amers et des toniquesindigènes contre les irritations intermittentes externes.

D’autres fois c’est à l’aide des antispasmodiques et des narcotiques seuls, tels que l’opium, l’éther, la jusquiame, la valériane, etc., qu’on a obtenu la guérison de ces affections, comme sous les n"® 16, 119 et 134.

Il est aussi arrivé quelquefois, comme dans les observations sous les 4, 21, 31 et 65, qu’on a dissipé comme par enchantement des irritations intermittentes externes par l’administration d’un vomitif, d’un purgatif ; ces derniers moyens ont sans doute agi comme révulsifs ou comme perturbateurs pour rompre celte sorte d’habitude morbide qui fait récidiver les irritations périodiques. Au reste, peu nous importe de savoir comment ces moyens ont agi pour procurer les guérisons dont il s’agit; nous ne sommes pas plus instruits sur le mode d'action de tous les autres moyens dont nous avons parlé. Nous ne savons pas davantage pourquoi les préparations de quinquina , administrées convenablement durant l'intervalle des accès périodiques queLonques, inllammatoires, hémorrhagiques, subinflammatoires et nerveux, en préviennent presque constamment le retour: c’est une vérité; des faits nombreux l’attestent; cela nous suffit. N’est-ce pas en, voulant approfondir cette vérité, ou plutôt en voulant l’expliquer à leur manière que plusieurs auteurs anciens et modernes sont tombés dans l’erreur à l’égard du siège et de la nature des affections intermittentes externes? L’efficacité du quinquina contre ces affections aconfiimé les anciens dans la fausse opinion que c’étaient des fièvres intermittentes cachées, vu qu’ elles guérissaient par le même remède que

celles-ci. Eranjoiird’hui encore, ceux qui ne veulent point admettre de phlegmasies intermittentes, n’allèguent ils pas, pour se justifier ou pour en faire des affections nerveuses, l’efficacité du quinquina contre elles? comme si le quinquina ou le sulfate de quinine ne pouvait pas tout aussi bien prévenir le retour d’un accès inflammatoire, que celui d’un accès névralgique ou d’un accès fébrile quelconque !

De tous les faits que nous avons rapportés et de tout ce que nous avons dit, nous concluons d’abord que toutes les affections morbides, surnommées par les auteurs anciens et modernes fièvres larvées , masquées ou déguisées , pyrexies limitées, fièvres locales, partielles ou topiques, maladies périodiques sans fièvre, etc., sont toujours ou des inflammations, ou des hémorrhagies, ou des subinflammations, ou des névralgies périodiques, fébriles ou non fébriles , et qu’elles ne diffèrent des affections continues ayant le meme siège et la même nature que par leur type intermittent, et, si l’on veut, par l’efficacité du quinquina contre elles , bien qu’on soit souvent parvenu à les guérir sans ce moyen. Nous tirerons plus tard d’autres conclusions quand nous aurons tracé le tableau des irritations intermittentes internes.

Cependant nous ne terminerons pas ce chapitre sans parler encore d’une affection périodique qui, sans être placée à l’extérieur du corps, est pourtant, comme les maladies externes, susceptible d’être vue et touchée par l’ouverture delà bouche; nous voulons parler de l’angine tonsillaire périodique, sur laquelle M. Perrier a soutenu , en 1835, une thèse devant la Faculté de médecine de Paris. Cette maladie, qui est très fréquente sous le type continu, peut aussi quelquefois présenter le type intermittent; nous l’avons observée, en 1827, sous le type octane dans le fait que voici :

Amygdalite intermittente, type mensuel et octane.

No 142. Madame Bert..., âgée de vingt-trois ans, d un tempérament sanguin et bilieux , assez bien portante d’ailleurs , a toujours été S'îjelte depuis sa première menstruation, qui lut pénible et douloureuse, à un engorgement des glandes amygdales qui eut lieu assez régulièrement tous les mois depuis celle époque, r/esl ordinairement unjour ou deux avant le retour des régies qne cette indisposition survient; elle a été parfois assez douloureuse et assez intense r>our nécessiter un véritable traitement et des api»licalions de sangsues autour du cou. Depuis que cette jeune personne a été mariée, elle n’a eu que trois fois le mal dégorgé ou l’angine tonsillaire dont il s’agit»

et seulement aux (époques où elle est devenue enceinte; car elle a eu trois enfants qu’elle a nourris avec succès, et qui jouissent d’une bonne santé.

Le 8 septembre 1827, après une course assez longue à pied , contre son babilufJe, car madame B... mène une vie sédentaire, elle fut prise de frisson, de maux de tète très sensibles, de lassitude générale, surtout dans les membres inférieurs, puis d’un violent mal de gorge avec un sentiment de gène, de picotement et de chaleur, et surtout une difficulté d’avaler très pénible. Tout cela céda assez promptement à la suite de quelques gargarismes adoucissants et de deux bains de pieds chauds et sinapisés. Mais le 15 septembre, septjours après l’attaque dont nous venons de parler, madame B...., se sentant prise du meme mal de gorge, me fit appeler, et je la trouvai dans l’état suivant : agitation et malaise général, céphalalgie assez intense, enchifrènement et éternuments pénibles et douloureux, crachottements fréquents de salive dont la sécrétion est augmentée, bouche mauvaise, langue blanche, amygdales gonflées, rouges, formant de chaque côté de la base de la langue une saillie de la grosseur de deux petits abricots. Sentiment de gène et de chaleur dans le fond de la gorge, avec soif vive que la malade n’ose étancher parla difficullé qu’elle a d’avaler lesboissons les plus douces; peu de changement dans l’état du pouls qui est pourtant assez développé, .le fis ajouter aux moyens précédemment employés, des fumigations adoucissantes, et l’appllcation de douze sangsues, six de chaque côté du cou vers l’angle des mâchoires, puis un cataplasme de farine de graine de lin et d’eau de guimauve, assez étendu pour envelojiper toutes les parties antérieures et latérales du cou. L’emploi de ces moyens fut suivi d’une amélioration assez prompte, et surtout d une distillation abondante, durant la nuit, de matières séroso-albuminenses par la bouche et par les narines. Dés le lendemain madame B.... peut se lever, et vaquer à son ménage, en conservant un léger mal de gorge qui ne l’empêche déjà plus de prendre des boissons et des panades.

La semaine suivante, à la meme époque, c’est-à-dire le 22 septembre, les mêmes phénomènes se renouvelèrent de la même manière avec une intensité moindre dans les symptômes locaux de l’amygdalite ; ce qui fut cause qu’on ne revint point à l’application des sangsues; les autres moyens furent employés et suivis du même succès.

Frapjié du caractère périodique de cette affection, dont la durée n’était guère que de trente-six à ([uarante-huit heures, vu que l’irritation inflammatoire des amygdales se terminait chaque fois par délitescence ,jeme proposai, à la première récidive, de la combattre par le sulfate de quinine. Elle revint effeclivement du 28 au 29, mais peu marquée, et suivie immédiatement de révacuation des règles, qui n’avait pas eu lieu depuis dix-huit mois, cette jeune femme ayant nourri son dernier enfant pendant seize mois.

Les régies coulèrent peu par l’imprudence que fit madame B... de sortir vêtue légèrement par un temps de pluie. En rentrant chez elle le l*"!' octobre, elle fut prise de maux de tête, de frissons, de bâillements, de pandiculations, de nausées, d’envies de vomir; au bout d’une heure , chaleur générale et mal de gorge très violent avec gonflement des amygdales ; la malade fait des efforts pénibles pour avaler des boissons fraîches et acidulées dont elle est désireuse. Huit sangsues sont appliquées du chaiiue côté du cou, puis des cataplasmes émollients ; gargarismes et boissons adoucissantes. Le lendemain matin, deux grains d’émétique en lavage provoquent un léger vomissement et plusieurs selles. Amélioration très sensible , profond sommeil dans la nuit. Le lendemain , quarante-six heures depuis l’accès fébrile qui avait annoncé la dernière invasion de l’angine lonsülaire, madame B... peut manger et vaquer à ses occupations c mme à l'ordinaire.

Dans la crainte d’un nouvel accès présumable dans la huitaine, j’ordonnai

douze grains de sulfate de quinine à prendre en trois doses, savoir : deux le 6 octobre, une le ra itin dans une tasse de camomille romaine, et l’autre le soir, dans une lasse d’infusion de tilleul. Dans la matinée du 7, dernière dose de quatre grains de sulfate de quinine prise comme la veille.

Le retour de l’angine périodique n’eut pas lieu ; il n’y eut, le 7 et le 8, qu’un peu de céphalalgie et de douleur épigastrique occasionnée sans doute par l’ingestion du sulfate de quinine, vu l’irritabilité générale très grande de la malade. Cependant , on continua deux semaines de suite l’usage de quatre grains de sulfate de quinine. Il n’y eut pas de récidives.

A cette observation d’amygdalite intermittente, nous ajouterons les deux principaux faits d’angine tonsillaire périodique, consignés dans la thèse du docteur Terrier.

No 143. Dans l’un , il s’agit d’un jeune étudiant en médecine dont la mère était sujette depuis long-temps à uneangine tonsillaire périodique, et qui, luimême, n’avait pu l’éviter, quelque précaution qu’il prît: cette angine lui revenait tous les ans régulièrement à la même époque. C’était au commencement de chaque printemps que les glandes amygdales étaient attaquées avec une intensité si grande que plusieurs fois on ne put empêcher l’inflammation tonsillaire de parcourir ses diverses périodes, et de se terminer dans la huitaine i)ar suppuration. Une fois seulement l’angine périodique fut enrayée et conduite à sa fin par résolution sans doute parce qu’on lui opposa promptement les moyens convenables. Ce fut M. Cloquet, dont cet étudiant avait réclamé les conseils, qui lui fît aussitôt appliquer des sangsues de chaque côté du cou, et lui prescrivit l’eau émctisée pour boisson. Par ce traitement l'angine se dissipa très rapidement, et dans deux jours le malade fut guéri.

No 144. L’autre fait est rela tif à un jeune tonnelier de la rue du Plâtre- Saint-Jacques, qui était aussi sujet à une angine tonsillaire périodique.

Cet individu , âgé de vingt-cinq ans, d'une bonne constitution , se plaignait depuis deux jours d’une grande gêne dans la déglutition, provenant d’un gonflement des glandes amygdales. Comme il y avait peu de fièvre, on sehorna à ra{)plication de quelques sangsues à l’anus et à l’eau émétisée. Les symptômes inflammatoires persistèrent les jours suivants à un degré médiocre. On remarqua seulement la faiblesse du pouls, qu’on avait peine à expliquer par une perte de sang si peu considérable. Tout semblait devoir marcher comn)e dans une angine tonsillaire des plus simples; alors on se borna à une médication délayante. Le cinquième jour, à quatre heures du matin, ou envoya en toute bâte chercher M. Hervez, qui trouva ce jeune homme presque sans pouls, la peau froide , la figure pâle et plombée , et tous lessymptômes d’une asphyxie parprivation d’air. Il se hâta d’ouvrirle larynx par l’incision de la membrane crico-thyro'idienne ; mais cette opération, pratiquée aussi rapidement que possible, resta sans succès, et le malade succomba quelques instants après.

A l’autopsie, on trouva les deux amygdales tuméfiées et allongées à leur partie inférieure. L’épiglotte était comprimée latéralement, au point d’être pliée en deux comme une feuille qu’on presserait dans le même sens entre les doigts. L’ouverture supérieure du larynx et les bronches étaient remplies de mucosités écumeuses et un peu rougeâtres.

Je citerais bien encore, dit M. Perrier, d’autres observations d’angine tonsillaire périodique que j’ai recueillies, mais elles n'offrent rien de plus intéressant.

Ces faits , dont la nature ne saurait être douteuse, puisque nous avons eu encore pour la constater les mêmes moyens d’investigation que pour les phlegmasies intermittentes externes; puisque nous avons pu , en grande partie , nous assurer par la vue et le toucher, des principaux symptômes inflammatoires, tels que la rougeur, le gonflement , la chaleur , etc. Les amygdales et la membrane muqueuse qui les recouvre , se trouvant placés en quelque sorte sur la limite du dehors au dedans , entre les organes des sens et les viscères, leur inflammation nous conduira graduellement à celle de ces derniers, et les angines tonsillaires périodiques viendront très à propos nous servir de transition des irritations intermittentes externes aux affections périodiques, rémittentes et intermittentes, des viscères dont nous allons nous occuper.

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