‹ Monographie des irritations intermittentes ou traité théorique et pratique des maladies périodiques ... et ... de tout ce qui offre de l'intermittence ou de la périodicité en pathologieChapitre 17 sur 79 · DES AUTEURS · texte numérisé non relu

DES AUTEURS

Toutes les espèces d’irritations intermittentes que nous avons observées à l’extérieur du corps peuvent également se rencontrer à l’intérieur ou dans les viscères. On trouve de meme, dans ces derniers organes, des irritations périodiques inflammatoires, hémorrhagiques, subinflammatoires et nerveuses; on les y trouve sous des formes très variées et sous des types d’intermittence aussi nombreux qu’à l’extérieur.

Toutes les irritations intermittentes internes peuvent se présenter avec fièvre ou sans fièvre; mais il s’en faut bien qu’elles soient, aussi souvent les unes que les autres, accompagnées de phénomènes sympathiques ou fébriles : les irritations périodiques nerveuses et hémorrhagiques dé\ eloppent assez rarement les phénomènes dont il s’agit, les irritations lymphatiques ou sécrétoires un peu plus souvent, et les irritations intermittentes inflammatoires presque constamment. Il est rare que les phlegmasies périodiques des viscères, surtout des organes digestifs, n’occasionnent pas delà fièvre; c’est cette fièvre qui, considérée d’une manière générale et abstraite est devenue la fièvre intermittente ordinaire ou essentielle des auteurs; on l’a appelée pernicieuse y quand elle s’est montrée avec une intensité beaucoup plus prononcée que de coutume, ou avec quelques symptômes particuliers plus saillants ou plus redoutables que ceux qu’elle présente ordinairement.

Il n’est pas rare que la fièvre , ou qu’un certain nombre des symptômes qui la constituent, persistent durant l’intervalle des irritations périodiques internes, surtout entre les accès inflammatoires; c’est-à-dire que les inflammations intermittentes des viscères présentent assez souvent le type rémittent dans lequel on n’observe plus entre les accès morbides cet état de calme et de bien-être parfait qui constitue l’apyrexie ou l’intermission. Dans ces cas les symptômes inflammatoires, locaux et généraux ou sympathiques, ne font qu’éprouver un amendement plus ou moins sensible; et les accès inflammatoires périodiques, au lieu d’être des phlegmasies courtes et passagères qui cessent et reviennent à

des époques fixes, ne sont alors que des exacerbations régulières d’une véritable phlegmasie continue. Les subinflammations périodiques internes présentent aussi très souvent le type rémittent , mais il n’en est pas de même des irritations hémorrhagiques et nerveuses; celles-ci offrent presque toujours une intermittence parfaite entre leurs accès. Elles peuvent, du reste, les unes comme les autres , présenter tous les différents types d’intermittence et de rémittence dont nous avons parlé, depuis les types quotidien, biquotidien , triquotidien, jusqu’aux types quintane, octane, décimane, quindécimane, mensuel, trimensuel, annuel, bisannuel, etc.

La durée des accès , comme dans les affections intermittentes externes, est en général assez courte et rapide pour les irritations nerveuses et hémorrhagiques; elle est plus longue pour les inflammations et les subinflammations périodiques des viscères , mais elle ne se prolonge guère au-delà de 24 , 36 ou 48 heures.

Les irritations intermittentes internes sont en général beaucoup plus fréquentes et beaucoup plus graves que les externes ; nous disons en général pour la fréquence d’abord, parce quelle est bien loin d’étre la même pour chacune des quatre espèces d’irritations périodiques des viscères ; il y en a quelques unes qu’on n’y observe guère plus souvent qu’à l’extérieur du corps , telles sont les intermittentes nerveuses. Les irritations hémorrhagiques et subinflammatoires sont un peu plus fréquentes à l’intérieur qu’àfexlérieur; mais les inflammations, les congestions sanguines périodiques sont incomparablement plus fréquentes dans les viscères, surtout dans les organes gastriques et encéphaliques. Quant à la gravités les irritations intermittentes internes sont toutes beaucoup plus graves et plus promptement funestes que celles que nous avons vues à l’extérieur, bien qu’elles soient des affections de même nature et tout-à-fait analogues à celles-ci; mais le danger que les premières font courir aux malades provient de ce qu’ elles attaquent des organes qui jouent un rôle beaucoup plus important dans l’économie. On conçoit, par exemple, que le cerveau , les poumons, l’estomac, qui sont les principaux foyers de la vie, ne puissent être vivement et profondément affectés sans que celle-ci ne soit plus ou moins menacée ; tandis qu’un muscle , une articulation, une membrane synoviale , conjonctive, pituitaire, etc. , sont bien loin d’offrir la même importance dans l’entretien delà vie, et par conséquent le même danger dans leurs maladies. C’est là véritablement qu’il faut chercher la cause

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de la gravité des irritations intermittentes internes relativement aux externes ; cette gravité varie encore beaucoup entre, elles suivant leur espèce ou leur nature, suivant les tissus ou les organes qu’elles affectent, suivant l’activité de leurs causes^ l’intensité de leurs symptômes et les complications qu elles peuvent présenter.

Sous le nom d’irritations périodiques internes , nous comprenons en général toutes les maladies des viscères qui se présentent sous le type intermittent , avec ou sans fièvre ; ce qui embrasse plusieurs affections auxquelles on a donné , comme aux irritations intermittentes externes dont nous venons de tracer l’histoire , les noms de maladies périodiques sans fièvre, de fièvres larvées, et toutes \qs fièvres intermittentes et rémittentes pernicieuses des auteurs.

Nous traiterons d’abord des maladies périodiques, des fièvres larvées, qui ont leur siège à l’intérieur, et du grand nombre de fièvres pernicieuses dont le diagnostic est facile à établir, c’està-dire dont les symptômes et meme les noms indiquent manifestement la lésion des organes malades. Nous partirons ensuite de celles là pour arriver à la connaissance des fièvres intermittentes et rémittentes ordinaires, dites essentielles, dont nous ferons l’histoire dans la dernière partie de cet ouvrage.

Avant de rapporter des exemples, et avant de traiter en particulier chacune des quatre espèces d’irritations périodiques internes que nous avons annoncées, nous allons dire deux mots des prétendues fièvres pernicieuses essentielles qui , pour la plupart , font partie de la première espece ou des irritations intermittentes inflammatoires. 11 est peu de maladies sur lesquelles on ait tant écrit, et il n’en est point sur lesquelles on ait fait de plus savantes, déplus subtiles divagations, que sur les fièvres intermittentes pernicieuses ; tout cela pour arriver à ne point s’entendre, et à ne jamais tomber d’accord ni sur leur nombre, ni sur leur dénomination, ni sur leur siège, ni sur leur nature.

Nous disons d’abord sur leur nombre; en effet, depuis Mercatus, Morton, Lautter, Torti, etc., jusqu’au professeur Alibert, combien de fois ce nombre n’a-t-il pas varié et changé! aujourd’hui meme il est bien loin d’être déterminé. On a réformé plusieurs de celles qui avaient été admises par les anciens ; on en a établi ou créé un grand nombre de nouvelles , dont plusieurs sont encore rejetées par des médecins recommandables, qui eux-

mômes en établissent d’autres qui leur sont propres. Quoi q.u’il en soit, il ne se passe guère d’années sans qu’on ne proclame encore ôe nouvelles espèces ou des variétés de fièvres intermittentes pernicieuses , dûment annexées au nombreux catalogue que nous en avons déjà; et comme la nature est aussi variée qu’inépuisable dans les formes accessoires des maladies , il est probable que le catalogue de ces fièvres ne sera jamais complet, ni leur nomenclature achevée ou déterminée. En effet, le nombre des fièvres intermittentes pernicieuses, qui, pour le professeur Alibcrt, fut d’abord de douze et de quinze , a été porté dans les éditions nouvelles de son ouvrage à dix-huit et vingt, nombre auquel s’est arrêté le célèbre historien des fièvres pernicieuses ; nombre que n’ont pas craint de dépasser d’autres écrivains : c’est ainsi que M. Ozanam, dans son Traité des maladies épidémiques^ a porté à vingt-huit le nombre des fièvres intermittentes pernicieuses , tout en prédisant que ce nombre n’en resterait pas là! M. Ozanam ne se trompa pas , au moins dans sa prédiction, puisqu’un médecin italien , M. Puccinotti , dans son Histoire des fièvres intermittentes , a poussé le nombre des êtres fébriles et pernicieux intermittents jusqu’à quarante-neuf l On pense bien que nous nous contenterons de les énumérer. Rappelons d’abord les noms de celles décrites par M. Alibert : ce sont les fièvres pernicieuses l*’ cholérique ou dysentérique , 2» hépatique ou atrabilaire; 3" la cardialgique , 4® la diaphorétique , 5° la syncopale, 6® V algide, 7® soporeuse, 8° \di délirante^ 9° la péripneumonique on pleurétique, 10® la rhumatismale , la néphrétique, l’epileptique, 13» la convulsive, 14° la céphalalgique, 15® Itx dyspnéique , 16® V hydrophobique , il^Vaphonique, 18° \3l catarrhale , î9o Yictérique , 20° enfin V exanthématique. Nous reviendrons sur cet ouvrage réputé classique , et qui représente encore , diton , l’état de la science ( antiphysiologique) à l’égard des maladies dont il s’agit. Enfin M. Puccinotti divise les fièvres intermittentes pernicieuses en trois sections, qu’il appelle encéphalo-nerveuse , hématopnoïque et méningo-gastrique ; à la première division appartiennent la céphalique, la vertigineuse, la fatue, la frénéti* que, la cataphorique, la typhomaniaque , la comateuse , la léthargique, la carotique, Y apoplectique, la cataleptique, Y épileptique,. Y hydrophobique , Yischiatique , Y arthritique , la paralytique ,\sl convulsive et la tétanique. La seconde comprend Y aphonique,\3L' pleurétique, la catarrhale, Yasthmatique, la sténocardiaque, M*-

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névrismatique ^ syncopale^ VaJgidey la diaphorétique, le scor-^ butique, Vépistaxiqiiey Vhémoplysiquey Venterrhoraqique, la dysentérique, la suhcrucnte, X atrabilaire, IsLméthrorrhagique et la singultucuse. Dans la dernière , il compte X émétique ou vomitive, la cardialgique, la cholérique, la colique, Xictérique , la suhcontinue, Xhémétritée, la lymphatique, la néphrétique, Xhystérique, la puerpérale , X exanthématique et la traumatique.

Nous disons qu’on ne s’accorde pas sur la dénomination des fièvres intermittentes dont il s’agit; en effet, on n’est pas seulement d'accord sur le nom qu’on veut donner à la classe entière de ces fièvres, que les uns appellent, d’après leur gra\ ité, fièvres intermittentes ; les autres, d’après l’irrégularité de leurs symptômes , fièvres intermittentes ataxiques ; quelques autres, à l’exemple de Morton , en font encore des fièvres intermittentes larvées, pour indiquer, non l’absence de la fièvre, mais la tendance quelle a, dit-on, à se déguiser, et à prendre des formes qui ne sont pas celles des fièvres intermittentes ordinaires. Il n’est donc pas surprenant qu’il n’y ait rien de fixe pour les noms attachés à chaque espèce en particulier, parce que , n’ayant aucune règle à suivre à cet égard, chaque auteur se voit en droit de la baptiser à sa façon , et tient ensuite à la dénomination qui lui appartient. II n’est pas rare de voir deux ou trois noms consacrés à indiquer une même espèce de fièvre pernicieuse, suivant que tel ou tel écrivain veut faire honneur de cette dénomination à tel symptôme un peu saillant plutôt qu’à tel autre. Ainsi, par exemple, une toux intermittente se présente-t-elle avec fièvre, oppression, et une difficulté si grande de respirer que le malade est obligé de se tenir debout durant les accès , un premier médecin en fait une fièvre intermittente pernicieuse asthmatique ; un second, une fièvre intermittente dyspnéique , comme on peut le voir sous lesn"M85, 186. Et qu’est-ce qui empêcherait un troisième, un quatrième, un cinquième médecin, d’en faire des fièvres pernicieuses aphonique , catarrhale , bronchitique , etc. ? M. Tommasini, ayant observé en 1828 un cas semblable, en fait, lui, une fîècre périodique essentielle, compliquée de toux. Il en est de même pour un grand nombre d’autres fièvres pernicieuses: un médecin appelle cholérique l’espèce de fièvre intermittente qu’un autre regarde comme une pernicieuse dysentérique , et qu’un troisième nomme hépatique. Les uns appellent cardiaque ou cardialgique la fièvre intermittente pernicieuse, que d’autres

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nomment gastralgique ou gastrique et gastro-entérique. Ceux-ci SLp\)eWeTont convulsive., délirante, tétanique, l’espèce que ceux-là voudront dénommer épileptique , hystérique et cataleptique. Enfin une fièvre pernicieuse apoplectique ou cérébrale sera tantôt um soporeuse , tantôt une caro^^^ue, tantôt une comateuse, tantôt une syncopale, ou, si l’on veut encore, une léthargique, une vertigineuse , une frénétique , une cataphorique , etc. Pourra-t-on jamais espérer de s’entendre tant qu’on prendra pour base de ces dénominations des symptômes fugitifs et variables à l’infini ?

Relativement au siège des fièvres intermittentes pernicieuses , s’il y a moins de discordance, c’est parce qu’on ne s’en est pas occupé. On s’est contenté de dire que ces fièvres étaient des maladies générales, essentielles ; ou bien on s’est contenté d’en faire des êtres pernicieux et intellectuels , reconnaissables à un certain nombre de symptômes dont les uns sont plus saillants que les autres, et l’on n’est pas allé plus loin... On pourrait douter de ce que nous disons , quand on voit figurer , dans la nomenclature des affections dont il s’agit, des noms tels que ceux de fièvres apoplectique et cérébrale, fièvres carditique, catarrhale , péripneumonique etpleuréticjue, fièvres hépatique, cardial gique, néphrétique, dysentérique, etc. On pourrait croire que des noms aussi matériels dussent indiquer des lésions locales ou des organes malades, dont l’influence sympathique développât les phénomènes divers auxquels on reconnaît toutes ces prétendues fièvres pernicieuses essentielles. Eh bien! il n’en est point ainsi : qu’on lise les auteurs , même les plus modernes et les plus renommés , qui ont traité des maladies dont il s’agit , et l’on pourra se convaincre qu’on a matérialisé les noms et spiritualisé les choses ; on y apprendra que les symptômes propres d’une apoplexie, d’un catarrhe, d’une péripneumonie ou d’une pleurésie , d’une gastrite, d’une hépatite, d’une néphrite, d’une dysenterie , etc. , ne sont rien à côté des phénomènes appelés fièvre et intermittence ; on y apprendra que ces derniers méritent seuls toute l’attention du médecin , et que les symptômes des phlegmasies indiquées ne sont que des choses tout-à-fait accessoires qui viennent masquer le tableau de ces maladies , et rendre pernicieuses des fièvres intermittentes essentielles ; on dit pernicieuses parce qu alors ces fièvres sont d’autant plus à craindre, quelles peuvent en imposer, et faire croire à l’existence

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des phlegmasies dont elles prennent le masque , et qui en réalité n’existent point !I

Pourrait-on jamais croire , si on ne le voyait consigné dans tous les auteurs, qu’on ait voulu faire de la lorsqu’elle revient par accès réguliers, un être intellectuel, un mauvais génie qui peut se transformer de mille manières, et prendre le masque de toutes les maladies possibles? Pourrait-on jamais croire qu’on ait voulu faire alors de cette fièvre un être imaginaire qui, toujours existant, quoique parfois invisible, pût, nouveau Protée, prendre toutes les formes imaginables, se cacher tantôt sous l’apparence d’une apoplexie, d’une péripneumonie , d’une gastrite , d’une dysenterie , d’une hépatite, etc. 3 tantôt sous le masque d’une épilepsie, d’un tétanos, d’une hystérie ou d’une syncope; tantôt sous la forme d’une hémorrhagie; et tantôt, ce qui est plus extraordinaire encore, sous les apparences d’une fièvre continue essentielle. Plusieurs auteurs anciens et quelques modernes, entre autres le savant auteur de l’article Périodique de V Encyclopédie méthodique ^ et plus récemment l’érudit historien des maladies épidémiques y ne nous disent-ils pas fort gravement que cette métamorphose a lieu quelquefois , et qu’une fièvre intermittente peut exister sous les apparences d'une fièvre continue esse7itielle ! Strack rapporte , dit-on, plusieurs observations dans lesquelles il a positivement reconnu des^ fièvres intermittentes de mauvais caractère, qui se cachaient sous le masque de fièvres continues (1) , et dont il a obtenu la guérison par le quinquina ! Aujourd’hui encore un célèbre professeur de Bologne ne voit-il pas dans chaque accès fébrile un spasme nerveux qui tantôt ne constitue qu’une simple fièvre périodique , tantôt se montre sous la forme d’une toux férine ou d’une pneumonie, tantôt sous la forme d’une hémorrhagie pour constituer la fièvre pernicieuse hémoptoïeiue , tantôt sous la forme de crampes d'estomac, de spasmes cholériques, etc.; et remarquez bien que toutes ces formes diverses peuvent se présenter successivement chez le même individu, si la baguette magique du spécifique n’est promptement jetée pour arrêter tant de métamorphoses, tant d’êtres pernicieux qui, d’après M. Tommasini , peuvent assaillir tour à tour le malheureux sur qui plane la périodicité morbide ou la fatalité des êtres pernicieux !

(Il Observât, medic. de febr. intermitt.

Ne dirait on pas, à en croire des auteurs d’ailleurs si recommandables , que la nature voulût se ser\ ir du génie intermittent de l’école de Montpellier, pour tromper la sagacité ou la bonne foi de tous les médecins? Ne semblerait il pas que l’homme de l’art le plus habile devrait toujours être en garde, et se demander, quand il voit une phlegmasie ou une névrose revenant à des époques régulières , et même certaines fièvres continues, si ce n’est point là le génie intermittent qui a pris le masque d’une de ces affections pour en imposer, et sans doute aussi pour qu’on ne pense pointa lui opposer son mortel ennemi le quinquina! Si nous jetons un coup d’œil sur ces opinions bizarres , si nous nous arrêtons à ces subtilités scolastiques et mensongères, c’est parce qu’il en résulte des conséquences qui peuvent entraîner des erreurs graves dans le traitement des affections dont il s’agit; c’est parce qu’ elles sont admises par un grand nombre d’auteurs dont quelques uns font autorité en médecine. Mais ne peut-on pas honorer et respecter des écrivains recommandables, sans respecter de même, et surtout sans admettre les erreurs qui leur sont échappées; erreurs qui , pour les uns, tiennent à l’époque où ils ont écrit ; chez les autres , sont dues au défaut de réflexion et de raisonnement, ou bien à d’anciens préjugés qui préoccupent encore tellement leur esprit qu’ils continuent à égarer leur jugement dans l’investigation des phénomènes fébriles.

Enfin, nous avons dit qu’on n’était point d’accord sur la nature des fièvres intermittentes pernicieuses : en effet, un grand nombre d’auteurs anciens et modernes les regardent comme des maladies purement nerveuses dans tous les cas ; plusieurs pensent qu’ elles sont quelquefois de nature inflammatoire et plus souvent compliquées d' inflammation ; quelques médecins les regardent comme des maladies humorales, puisqu’ils les attribuent à des humeurs viciées , à une matière morbifique particulière ; mais tous en général accordent peu d’importance à leurs opinions à cet égard , parce que tous en font des fièvres essentielles. Ce que nous disons ne peut yjlus guère s’entendre que des auteurs anciens , car la plupart des auteurs contemporains , je veux dire qui ont écrit depuis l’établissement de la doctrine physiologique , s’accordent aujourd’hui à rejeter l’hypothèse de l’essentialité des fièvres. Sans nous arrêter aux opinions diverses dont nous avons parlé , nous observerons seulement que le dogme de l’essentialité des fièvres commence à être abandonné par ceux-

là mêmes qui y tenaient le plus , si du moins on en ju^^epar les modifications remarquables qu’ils ont fait éprouver à leur opinion relativement à la nature des fièvres continues essentielles. Quand on faisait jouer un si {;r< nd rôle au système nerveux que toutes les fièvres , en {général , étaient nerveuses et devaient être placées au ran^j des névroses, comme le pensait le célèbre auteur de la nosologie naturcllr , lorsqu’il composait son Traité des fiè^ vres intermitt nies pernicieuse ; on pouvait dire alors que toutes les fièvres intermittentes n’étaient aussi que des névroses ; mais aujourd'hui qu’on appelle angioses (1) les fièvres continues inflammatoires, et qu’on place ces fièvres sur le même rang que la cardite,la péricardite, etc.; anjourd hui qu’on fait entrer les fièvres bilieuses dans la famille des choloscs y à côté de l’hépatite, de la splénite , etc.; aujourd’hui, enfin, qu'on matérialise les fièvres continues esscniieiles , pourquoi n’y aurait-ii pas également des angioses, des choloscs intermittentes, et pourquoi ne matérialiserait-on pas aussi les fièvres intermittentes dites essentielles et dites pernicieuses? Pourquoi ne leur donnerait on pas le nom des organes quelles affectent , comme on l’a fait depuis long-tem[)s pour la plupart des maladies continues, et comme on le fait aujourd’hui pour toutes en général?

Mais , suivant la manière dont se [)résente la vérité , il est possible que la lumière ne jaillisse point partout et ne pénètre pas dans toutes les têtes. Il y a d’ailleurs des esprits très bien organisés qui ne peuvent renoncer ejue fort difficilement et fort lentement à leur manière de voir : c’est ainsi que plusieurs écrivains qui ont abandonné le dogme de l’essentialité des fièvres continues, se sont rattachés plus fortement à l’hypothèse de l’essentialité et de la nervosité relativement aux fièvres intermittentes. Quelques uns , il est vrai , ont eu assez de jugement pour rejeter entièrement l’essentialité même de ces dernières fièvres ; mais n’ ont-ils point remplacé cette essentialité par une autre hypothèse quand ils ont avancé que cet le système nerveux cérébro-spinal qui est seul et spécialement affecté dans toutes les fièvres inter^ mittentes? N’est-ce pas là pousser à l’excès le rôle constant et indubitable que joue le système nerveux? Ce rôle, quoi qu’il soit, empêche-t il les autres systèmes organiques d’être affectés à leur tour? cmpêche-t-il chaque viscère en particulier, et principalement

(1) Alibert, iVoioîoyie naturelle, 1. 1.

la muqueuse digestive 5 d’être lésé soit primitivement^ soit sympathiquement dans une fièvre quelconque , continue ou intermittente ?

Ce que nous ne pouvons concevoir , c’est qu’il y ait des médecins qui entendent parfaitement la théorie physiologique des fièvres continues , et qui ne veulent point ou ne croient pas devoir en faire l’application aux fièvres intermittentes ! Comment concevoir , par exemple , que l’illustre professeur de Bologne , qui tient tant à l’honneur de s’être rencontré sur ce point avec M. Broussais et d’avoir été un des premiers qui aient cherché à localiser les fièvres continues essentielles, comment, dis-je, se fait-il que M. Tommasini s’en laisse encore tellement imposer par l’intermittence ou la marche périodique de certaines maladies fébriles , qu’il fasse passer sur elles tout ce prestige à'essentialité et de nervosité qu’il s’est aidé à bannir de la théorie des fièvres continues?

Comme on l’a fait pour la théorie des maladies et des fièvres continues, de même l’on doit aujourd’hui, pour la théorie non moins importante des maladies périodiques et des fièvres intermittentes, on doit, disons-nous, profiter des progrès qu’ont fait faire à la médecine, soit l’étude plus approfondie et plus avancée de la physiologie, soit la richesse et la variété des faits, soit les recherches nombreuses et de plus en plus fécondes de l’anatomie pathologique ; oui , l’on doit profiter de ces données si lumineuses pour rapporter enfin à des organes malades tous les phénomènes morbides qu’on observe, sous quelques formes variées, remarquables on pernicieuses qu’ils se présentent, et quel que soit leur type, continu ou intermittent. Ainsi donc , quand on verra l’intermittence se joindre aux symptômes caractéristiques d’une phlegmasie du cerveau ou de l’arachnoïde, du poumon ou de la plèvre, de l’estomac ou des intestins, du péritoine, du foie, etc, on n’en fera plus des fièvres intermittentes essentielles céphalalgique, soporeuse ou convulsive, ni des fièvres pernicieu^es, péripneumonique , pleurétique, gastralgique, enté^ ralgique, cholérique, puerpérale , hépatique , etc., comme on faisait autrefois des fièvres continues essentielles sous les mêmes noms ; mais on y reconnaîtra de véritables inflammations périodiques de l’arachnoïde et du cerveau, de la plèvre et du poumon, de vraies phlegmasies intermittentes et rémittentes de l’estomac, des intestins, du péritoine, du foie, etc.

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Il en sera de même des névroses, des liémonliagies , des subinflammalions rémittentes et intermittentes , fébriles ou non fébriles; on n’en fera plus des fièvres pernicieuses ménorrhagîque^ hémoptoïque, entérorrhagique, asthmatique, convulsive, hydrophohiqiie, syncopale, hectique, ictérique, atrahilaire, dysentérique ou diarrhéique , etc.; mais on saura reconnaître en elles de vraies hémorrhagies, de véritables affections nerveuses, puis des maladies muqueuses ou lymphatico-sécrétoires , avec fièvre ou sans fièvre , et qui ne diffèrent des mêmes affections sous le type continu que par leurs exacerbations périodiques , ou par leur prompte disparition, et leur retour à des époques déterminées.

Cette conclusion est maintenant d’autant plus naturelle , elle est d’autant mieux fondée que nous avons vu à l’extérieur du corps des affections périodiques tout-à-fait semblables, c’est-àdire des hémorrhagies , des inflammations, des névralgies, des subinflammations rémittentes et intermittentes, qui ne diffèrent de celles dont il s’agit que par leur siège. Ainsi, pour établir que les fièvres intermittentes pernicieuses, encéphalique et péripneumonique par exemple, ne sont que des inflammations périodiques du cerveau et du poumon, nous pouvons’ déjà nous appuyer sur l’analogie , c’est-à-dire sur l’existence indubitable de plusieurs phlegmasies intermittentes externes. Il est vrai que, pour les phlegmasies périodiques des viscères, on ne peut pas démontrer la présence des quatre phénomènes locaux de l’inflammation ; il est vrai que très souvent on n’a, pour phénomènes locaux, que la douleur ou qu’un sentiment de gêne et de pesanteur, quelquefois la chaleur, rarement la tuméfaction, jamais la rougeur ; mais on possède une foule de symptômes généraux ou sympathiques dont l’ensemble ne peut laisser aucun doute sur l’existence des phlegmasies intermittentes internes, si du moins on en juge par la manière dont on a coutume d’établir l’existence des inflammations continues qui ont le même siège. Or , quelles données a-t-on pour porter un diagnostic certain sur l’existence d’une phlegmasie continue placée à l’intérieur? On a d’abord l’analogie qui résulte de l’existence assurée de plusieurs affections de même nature ayant leur siège à l’extérieur ; on a la connaissance des causes qui toutes ont agi en irritant, en stimulant quelques organes ; on a la connaissance de plusieurs symptômes qui, sans être locaux, nous indiquent I. 12

presque toujours d’après l’observation, d’après les autopsies, etc., que tel ou tel organe est enflammé, et exerce au loin certaines influences sympathiques; enfin on a l’assurance du succès obtenu par un traitement antiphlogistique dans les cas analogues. Eh bien ! on verra qu’on possède les mômes données, qu’on peut faire usage des mêmes moyens d’investigation, pour prouver l’existence des phlegmasies périodiques internes.

On a d’abord l’analogie, puisque nous avons rapporté un grand nombre de phlegmasies intermittentes externes, et puisque nous avons fait voir qu’une bonne partie de ce qu’on avait appelé maladies périodiques, fièvres larvées, fièvres topiques ou locales, n’étaient que de semblables phlegmasies. On ne peut pas dire que , dans les circonstances dont il s’agit , on ait été induit en erreur sur le diagnostic , puisqu’il s’agit d’affections intermittentes, placées sous nos yeux, dont nous avons pu voir la rougeur, apprécier par le toucher le gonflement et la chaleur; pour lesquelles enfin on a eu tous les moyens les plus sûrs de l’investigation la plus exacte. Ainsi l’analogie, que nous invoquons en faveur des phlegmasies périodiques internes , se trouve déjà établie par nombre de faits évidents et positifs. Nous pourrions encore invoquer l’opinion de la plupart des auteurs qui se sont le plus spécialement occupés des maladies dont il s’agit, puisque tous ont reconnu une très grande analogie, et souvent une identité parfaite entre les maladies périodiques en général et les fièvres d’accès, surtout les fièvres intermittentes pernicieuses : Mercatus , Morton et Torti ont reconnu une identité parfaite entre les maladies périodiques et les fièvres intermittentes de mauvais caractère dont ils nous ont tracé l’histoire et qu’ils appelèrent, les premiers , larvées (larvatæ febres).

Sydenham, Storck, Van-Swieten, Senac, Strack, Huxhani, Dehaen, etc., ont traité simultanément, dans leurs ouvrages, et ont rangé dans le même ordre les maladies périodiques et les fièvres d’accès. Stoll comprend , sous le même nom de fièvres larvées (larvatæ), les maladies périodiques et les fièvres intermittentes pernicieuses ; aussi lui a-t-on reproché de les avoir confondues entre elles (Ij. Casimir Médicus dit très bien : a quo tous les symptômes qui constituent les maladies périodiques

(1) M. Alibert, ouvrage cité.

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peuvent se manifester avec les fièvres, et que celles-ci en ont eu le nom de fièvres de mauvais caractère, » Voulonne, à la fin de son mémoire sur les fièvres intermittentes, (.( observe qu’il ne manque à certaines maladies périodiques , telles que la migraine, la colique, etc., que l’agitation fébrile du pouls pour être de vraies fièvres intermittentes. »

Arloing dit a que les fièvres locales ou les affections intermittentes nerveuses et inflammatoires , dont il rapporte plusieurs exemples dans son mémoire (1) , ont la plus parfaite analogie avec les fièvres rémittentes ou intermittentes ordinaires, et que, dans un cadre nosologique, elles ne devraient point en être séparées. » Le professeur Alibert pense que la plus grande affinité existe entre certaines maladies périodiques et les fièvres ataxiques intermittentes ; que celles ci n’en diffèrent que par leur marche plus rapide et le péril plus imminent qu’elles entraînent. MM. Audouard, Bailly et Bonnet reconnaissent également une identité parfaite entre la plupart des maladies périodiques placées à l’extérieur, et les fièvres d’accès en général.

Enfin l’analogie ou l’identité dont il s’agit nous paraît démontrée parce que, de l’avis de tous les auteurs, anciens et modernes, les fièvres d’accès et les maladies périodiques reconnaissent en général les mêmes causes ; parce qu’ elles se développent sous l’influence des mêmes constitutions atmosphériques, et parce qu’il y a même des pays (2) où, pendant certaines époques de l’année , quelquefois pendant des années entières, non seulement les fièvres, mais toutes les maladies ont une grande tendance à devenir périodiques ; 2» parce quelles présentent, comme nous le verrons, les mêmes types d’intermittence , et des symptômes qui indiquent souvent la lésion des mêmes organes ; 3° parce quelles peuvent, les unes comme les autres, se présenter tantôt sous la forme d’une inflammation; tan-

Ilôt sous celle d’une hémorrhagie ; tantôt sous l’aspect d’une névrose; et tantôt sous celui d’une subinflammation ; 4® parce r qu’elles peuvent se convertir les unes dans les autres, ou se rem- *1 placer réciproquement, surtout quand elles sont de même na-

(1) Journal général de médecine, t. lviii.

1 (2) Cela ii’csi point rare en Italie, puisqu’on en cite plusieurs exemples

Il Annales universelles de médecine ; ci pour ne parler que des laits les

H plus récents, IM . Queglia , médecin à Alexandrie, a observé que, dans celle H ville, durant les années 1835 et 1836, toutes les maladies avaient la plus H grande tendance à la périodicité.

sGS IRRITATIONS INTERMITTENTES INTERNES.

ture ; parce que leurs accès peuvent être prévenus par les memes moyens thérapeutiques.

De cette identité ou de cette ressemblance incontestable en- Ire les maladies périodiques et les fièvres intermittentes, surtout pernicieuses , on ne peut pas conclure que celles-ci ne soient que des phlegmasies, puisque nous avons vu que les premières étaient des affections tantôt nerveuses, tantôt inflammatoires , tantôt hémorrhagiques , et tantôt subinflammatoires ou lymphatico- secrétoires, mais on peut en conclure avec raison que les fièvres intermittentes pernicieuses sont symptomatiques, d’une lésion locale quelquefois subinflammatoire et hémorrhagique, plus souvent nerveuse et beaucoup plus souvent inflammatoire; d’une lésion qui, bornée à certains organes, étend au loin ses influences sympathiques , de manière à provoquer tous les phénomènes fébriles et pernicieux dont il s’agit. Cette conclusion ne doit plus paraître forcée aujourd’hui, ni bien extraordinaire comme elle le paraissait encore lors de la première édition de cet ouvrage ; car quels progrès immenses les sciences médicales, comme toutes les autres, n’ont- elles pas fait depuis 1821 !

îlé bien , quand tous les auteurs dont nous venons de parler faisaient déjà des rapprochements si judicieux , reconnaissaient une analogie si parfaite entre les fièvres larvées et les fièvres intermittentes, entre les maladies périodiques et beaucoup de fièvres intermittentes pernicieuses, ils étaient loin d’avoir toutes les données que nous avons maintenant pour en agir ainsi, ils étaient loin d’avoir ce nombre et cette variété d’histoires particulières , en un mot cet ensemble de faits que nous possédons aujourd’hui touchant les affections périodiques. En effet dès qu’on a vu et bien observé des affections intermittentes nerveuses, inflammatoires, hémorrhagiques et subinflammatoires, avec des types quotidien, tierce, quarte, etc. , à l’extérieur du corps et sur des nerfs superficiels, puis sur des muscles et des articulations sous formes de gouttes et de rhumatismes intermittents, à la peau et dans le tissu cellulaire sous-cutané sous formes d’érythèmes, d’érysipèles, d’urticaires, de pemphygus, de tumeurs et de fluxions périodiques, etc. ; quand on a pu suivre l’irritation intermittente sur la peau jusque là où cette membrane Vunit et se fond en quelque sorte avec les membranes muqueuses, qui, de l’avis encore de la plupart des auteurs, sont aujourd’hui

PHLEGMASIES INTERMITTENTES INTERNES. sGq

€t incontestablement le siège de la plupart des fièvres continues dites catarrhales , bilieuses , muqueuses , adynamiques , putrides, etc. ; quand on a vu les orifices externes de ces memes membranes atteints de phlegmasies intermittentes sous formes d’ophthalmies, d’iritites, de coryzas et d’otites ; quand on a pu suivre jusque dans l’intérieur de la bouche rinflammation périodique et y voir des angines tonsillaires intermittentes , ne concevra-t-on pas que le prolongement intérieur et plus ou moins profond de ces mêmes membranes , puisse , à son tour, être affecté d’irritations périodiques de même nature sous formes de toux , d’angines , de catarrhes, de pleurésies , de péripneumonies, de gastrites, de gastro-entérites, de gastro-hépatites, de colites ou de dysenteries, etc. C’est ainsi qu’en allant du simple au composé, du connu à rinconnu, de rextérieiir à l’intérieur, l’on est conduit à coup sûr et tout naturellement à reconnaître ce qui se passe dans les viscères lorsque nous n’avons plus le secours de la vue et du toucher pour assurer notre diagnostic touchantles modifications organiques qui provoquent les phénomènes morbides , idiopathiques et sympathiques les plus intenses, les plus variés, et les plus pernicieux, comme nous le verrons.

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