CHAPITRE PREAIIER
PHLEGMASIES INTER3IITTENTES INTERNES.
Il semblerait, d’après tout ce que nous avons déjà dit, que les phlegmasies intermittentes des viscères ne devraient plus être sujettes à contestation. Cependant il n’en est point ainsi; et plusieurs médecins, entre autres MAE Tommasini, Ilécamler , Bailly, etc., nient positivement leur existence... Il est vrai qu’une négative est un argument prompt et facile I La difficulté n’est pas de nier, mais de prouver qu’on a raison, et c’est ce qu’on ne fait pas, ou ce qu’on ne peut faire; nous voulons dire que les efforts tentés par les auteurs dont il s’agit pour prouver leur inconcevable négative, ne sont point heureux, et n’annoncent plus cette assurance qu’ils mettent à la prononcer. On n’a point oublié leur opinion , également absolue et exclusive , à l’égard des phlegmasies intermittentes externes. Nous croyons avoir suf-
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fîsamment prouvé l’existence de celles-ci. Il est vrai que nous possédions, dans ce dernier cas, un argument irrésistible; souvent nous pouvions dire à nos adversaires : Voyez la rougeur, palpez le gonflement, sentez la chaleur durant tel ou tel accès morbide. Ces symptômes pourtant disparaissaient au bout de huit, dix, douze, vingt-quatre heures ; ils revenaient périodiquement après un jour , deux jours, ou plus, d’intermittence, et se présentaient avec le même appareil de symptômes locaux; ea un mot, ils constituaient de véritables phlegmasies intermittentes externes. lié bien! pourquoi n’en serait-il pas de même à l’intérieur? Pourquoi ce que nous avons vu et observé sur les membranes muqueuses oculaires, nasales, auriculaires, sur la peau et le tissu cellulaire sous-cutané, dans les muscles et les articulations ; pourquoi , disons-nous , le même genre de maladie ne pourrait-il pas avoir lieu également dans les viscères? Encore une fois, invoquons les faits anciens et modernes, sans trop nous embarrasser delà manière dont ils étaient interprétés à une époque où l’on n’avait point les lumières d’une bonne physiologie , et surtout le flambeau de l’anatomie pathologique.
Morton, Torti, Hoffmann, Strack, Lautter, Morgagni, ont rapporté des exemples de phrénésies ou d’arachnoïdites , d’apoplexies ou d’encéphalites (1) , de pleurésies, de péripneumonies rémittentes et intermittentes, guéries par le quinquina; et ces observateurs, surtout Torti , Morton , Morgagni, ont pensé que ces maladies, qui tuent comme des phrénésies et des apoplexies véritables , devraient être considérées comme telles , si elles n’étaient pas sujettes à des retours périodiques , et guéries par le quinquina; mais ces inflammations , présentant le type intermittent et guérissant par le quinquina , ils les appelèrent des fièvres larvées ou des fièvres de mauvais caractère,
(1) Nous disons cl' apoplexie on d'encéphalite ^ parce qu'il est évident, d’a» prés la description que nous donnent les auteurs anciens et modernes de leurs fièvres intermittentes pQvmcxensQs , apoplectique y soporeuse , coma-teuse, etc., qu’il ne s’agit point d’une hémorrhagie cérébrale , puisqu’ils ne font mention d’aucune atteinte de paralysie , qui est le phénomène caractéristique de cette hémorrhagie. Dans tous les cas, il s’agissait donc seulement d’une congestion sanguine ou d’une certaine nuance de phlegmasie aiguë du cerveau , susceptible de se dissiper plus ou moins promptement , et de reparaître à des époques déterminées. M. Maillot dit qu’il a vu un seul cas d’hémiplegie consécutive à une fièvre comateuse , chez un soldat du train , âgé de vingt-cinq ans, et chez qui il y eut probablement hémorrhagie. Ce malade n’en mourut point et fut réformé.
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■ Les idées de Morton sur la nature de ces fièvres ne sont-elles pas fort remarquables pour l’époque où il écrivait, puisqu’il reconnut, dans la fièvre intermittente larvée apoplectique ou soporeuse, une inflammation de la pulpe cérébrale, principalement des corps striés; et, dans la fièvre larvée phrénétique, une inflammation des méningesl Voici les propres expressions de l’illustre praticien anglais : [fehris intermittens soporosa) ubi partes cerebri meduUosœ, prœsertim corpora striata, inflammatione afficiuntur; (febris intermittens phrenetica) ubi méningés inflammantur (1). Cependant, dominé par le préjugé qu’une inflammation qui revient à des époques périodiques , et qui cède au quinquina comme la fièvre intermittente ordinaire , ne pouvait être autre chose qu’une fièvre semblable , Morton appelle ces inflammations périodiques de l’encéphale et des méninges, des fièvres intermittentes cachées ou dissimulées , febres larvatœ , febris intermittens apoj)lexiam simulons, etc. Sydenham est tombé à cet égard dans la même erreur que Morton; car durant l’épidémie de fièvres intermittentes qui régna en 1678, il dit positivement que quelques unes de ces fièvres ressemblaient à de véritables apoplexies, non cum rigore et horrore invadebant, sed œger iisdem plenè symptomatis tentabatur ac si apoplexiâ verd laborasset; cependant il ne vit que la fièvre intermittente cachée sous les apparences d’une apoplexie.
Si l’on conçoit facilement l’erreur dans laquelle sont tombés les grands écrivains dont nous venons de parler, il n’en est pas ainsi de celle de plusieurs auteurs modernes. Conçoit-on, par exemple , que M. Tommasini puisse persister dans cette erreur des anciens, lui qui, depuis long-temps, ne reconnaît plus rien d’ataxique, d’adynamique , de putride et de pernicieux dans les fièvres continues, même dans la fièvre jaune; lui qui ne voit, sous ces appareils divers de symptômes formidables, que la persistance à différents degrés et sous différentes formes de la phlegmasie des viscères? Comment dès lors a-t-il pu s’en laisser imposer à ce point par une circonstance tout-à-fait accessoire , étrangère même à la nature des maladies, puisqu’il ne s’agit que de leur marche régulière ou irrégulière, continue ou intermittente? Pour donner quelque apparence de vérité, ou pour étayer son opinion à cet égard , le célèbre professeur de Bologne insiste
{!) Opéra médita ^ synopsis fehrium,^. 192. in-4’.
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beaucoup sur un parallèle qu’il établit ou qu’il prétend exister entre une fièvre intermittente suivie d’obstruction et une fièvre pernicieuse; mais les arguments qu’il fonde là dessus manquent par la base. En effet , ce parallèle est tout-à-fait inexact , parce qu’il ne voit dans la fièvre compliquée d’obstruction d’autre lésion que l’engorgement du foie ou de la rate , tandis que cet engorgement n’est qu’une chose accessoire et accidentelle , ou une extension secondaire de la phlegmasie aiguë et périodique de la muqueuse digestive , dont les retours et les redoublements constituent seuls beaucoup de fièvres intermittentes et rémittentes. La lésion du foie et de la rate, presque toujours continue, ne joue ici aucun rôle important, si ce n’est celui d’une complication susceptible de naître ou de s’augmenter durant le frisson de chaque accès gastro-entérique; parce que le sang et les humeurs, appelés delà circonférence au centre, refluent particulièrement sur les viscères , dont les rapports sont les plus immédiats avec la muqueuse digestive. Sans doute , comme le dit M. Tommasini, on peut arrêter la fièvre intermittente ordinaire, c’est-à-dire prévenir le retour do la gastro-entérite périodique , sans faire disparaître les obstructions du foie ou de la rate ; mais s’ensuit-il de là qu’on puisse confondre ces obstructions, effet de la fièvre ou de la gastrite intermittente ordinaire, avec la phlegmasie aigue et rapide, ou la congestion inflammatoire du cerveau, de l’arachnoïde, de la muqueuse pulmonaire et de la plèvre dans les cas de fièvres intermittentes pernicieuses, apoplectique, arachnitique, catarrhale et pleurétique? Ici tout le danger est dans l’accès inflammatoire fébrile, c’est-à-dire dans le retour ou l'exacerbation périodique de chacune des inflammations aiguës dontil s’agit. Il est facile de concevoir cju’un accès péripneumonique, arachnitique, soit en général plus grave et plus promptement funeste qu’une arachnitite et une péripneumonite ordinaire; mais ce danger, loin de faire trouver quelque chose de spécificjue ou de merveilleux dans les accès dont il s’agit, ne nous rend-il pas mieux compte au contraire de cette acuité et de cette violence qui caractérisent les symptômes inflammatoires d’un accès pernicieux? Et ne suffitil pas qu’une phlegmasie continue dans les mêmes organes soit portée au même degré de violence et d’acuité, pour c^u’elle présente le même danger ou un danger plus grand encore parce qu’il dure plus long-temps ; tandis que, dans le premier cas , l’accès arachnitique ou péripneumonique une fois passé, les organes
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rentrent clans l’état normal , les fonctions reprennent leur cours régulier, et l’on peut, par des moyens convenables, prévenir l’accès suivant, comme nous en rapportons plusieurs exemples. Et c’est ce que fit M. Tommasini dans le cas de fièvre pernicieuse catarrhale ou de toux fébrile périodique, dont il a fait le sujet d’une de ses intéressantes conférences cliniques. Toutefois l’ensemble des réflexions et des considérations multipliée^ quelles le fait dont il s’agit a donné lieu ne autre,
chose , si ce n’est qu^, d’aprè« particulière que le professeur de Bologne s’est faite d’une phlegmasie quelconque, il ne peut la concevoir avec le type intermittent. Cependant souvenonsnous que cet illustre professeur reconnaît des fluxions et des congestions interm ittentes ; remarquons encore qu’il admet, dans l’inflammation telle qu’il la conçoit, des rémittences très pro?ioncées f des exacerhations périodiques ; la voilà donc déjà arrivéeau type rémittent cette inflammation qui ne peut absolument pas, selon lui , arriver à la périodicité ! Mais chacun sait que du type rémittent au type intermittent il n’y a qu’un pas ; et dans la supposition que M. Tommasini ne puisse concevoir ce passage d’un tvpe à l’autre , il n’en sera pas moins en contradiction avec lui -même s’il refuse d’admettre des inflammations intermittentes^ en présence des faits avérés qui en établissent l’existence, parce qu’il se rappelle sans doute d’avoir dit que , devant un fait avérée quelque inexplicable qu'il soit, toute raison pathologique doit setaire. Or, sans parler des observations nombreuses, complètes: et authentiques, que nous lui offrons dans les faits relatés précédemment, et dans les observations que nous rapportons ciaprès , devant quel fait avéré demandons-nous que la raison pathologique du professeur de Bologne se taise? C’est devant le. fait même qu’il a vu et qui a été l’objet de ses savantes réflexions. En effet il nous dit (1) , dans sa conférence clinique du 10 décembre 1829, qu’il a observé une fièvre périodique dont chaque accès était accompagné et meme formé en grande partie par une violente toux; cette toux, pendant dix à douze heures , avait toutes les apparences d’un symptôme de pneumonie; de telle sorte qu’il était porté à craindre que les bronches ne fussent en-flammées, et qu’il lui parut convenable de faire précéder d’une saignée l’administration du sulfate de quinine. Cette fièvre et cette
{i) Journal hohdomadaire de médecine. extrait, t. vi.)
toux quotidiennes cessèrent par l’usage de ce médicament. Voilà le fait tel qu’il est relaté! Il eût été à désirer sans doute que M. T ommasini nous donnât là dessus des détails plus circonstan* ciés; ils n’auraient pas été pour nous d’un moindre intérêt que les longues considérations qui l’accompagnent. Quoi qu’il en soit, nous prenons ce fait tel qu’on nous le donne; et s’il nous est (j’émettre notre opinion à cet égard, nous dirons qu’une toux assez pour provoquer de la fièvre, pour présenter
les apparences cl un syniiaé^^o de vneumonie , pour faire craindre (jue les J)î onches ne soient enflammées , dirons qu’une sem"* Wable toux (bien qu’elle revînt périodiquement chaque jour et qu’on l’ait guérie par le sulfate de quinine) était une véritable phlegmasie de la muqueuse bronchique et pulmonaire. Et pourquoi adoptons-nous cette opinion opposée à celle du praticien qui a vu le fait? parce que les raisons qu’il nous donne pour faire croire qu’il s’agit d' une fièvre périodique (existant par ellemême et indépendamment delà lésion des organes pulmonaires), loin d’être fondées , nous paraissent en opposition directe avec tout ce que le professeur de Bologne a écrit de mieux sur la nature des fièvres; parce que, dans l’hypothèse qu’il adopte, il ne peut plus se rendre compte des altérations organiques qu’on trouve sur les cadavres de ceux qui succombent aux fièvres pernicieuses intermittentes sans en faire un produit des êtres chiméricpies fièvre et périodicité morbide , ce qui est en opposition avec les idées généralement reçues aujourd’hui dans le monde médical , et ce qui paraît absurde à tous les médecins physiologistes , c’est-à-dire à la grande majorité des médecins du siècle.
Pourrait-on concevoir cette tendance de M. Tommasini à voir des fièvres périodiques en dehors des organes , à reconnaître des conditions morbides universelles , s’il ne s’en laissait tout-à-fait imposer par le prestige de lu périodicité morbide ? Et pourtant, qu’il y songe bien, cette périodicité morbide dont il fait tant de cas , et à laquelle il lui a plu de faire jouer un si grand rôle, évidemment n’existe pas telle qu’il l’entend ; c’est une pure abstraction ; ce n’est point un être matériel , ce n’est pas même un symptôme morbide , ce n’est, comme nous l’avons dit , qu’une circonstance dans la marche d’une maladie quelconque , inflammatoire, hémorrhagique , nerveuse, subinflammatoire , fébrile ou non fébrile , et qui ne change nullement la nature de cette ma-
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ladî'e. C’est là un fait avéré ; il peut n’être pas compris ou admis par tout le monde, mais, d’après M. Tommasini lui-même, ce n’est pas une raison pour le rejeter.
Maintenant, venons à M. Bailly , qui nie aussi l’existence des phlef,masies intermittentes viscérales. — Par cette inconcevable négative , cet auteur n’est-il pas en contradiction avec lui-même lorsqu’il admet des arachnitites et des apoplexies qui reviennent périodiquement avec chaque accès d’une fièvre intermittente ? n’est-il pas en contradiction avec lui-même lorsqu’il dit : a qu’une )) injection violente de l’arachnoïde ( dans la fièvre intermittente i) pernicieuse arachnitique ) tuera de la même manière que si cette D injection était le résultat d’une véritable inflammation (1). » Mais toutes les fois qu’il s’agit d’un type intermittent on voit que ce médecin ne veut plus admettre de véritables inflammations ; sans doute aussi à cause de l’idée particulière qu’il se forme d’une inflammation , et parce qu’il ne réfléchit pas combien sont nombreuses les nuances que peut présenter l’état inflammatoire , et combien il est facile à des nuances aiguës de se dissiper en quelques heures pour reparaître de nouveau à des intervalles égaux et plus ou moins rapprochés. Cependant, comme une arachnitite, de même que toute autre phlegmasie, ne peut exister autrement qu’avec des symptômes inflammatoires , et qu’en changeant de type elle ne peut pas changer de nature, il est curieux de savoir comment M. Bailly s’en tire pour établir entre une arachnitite continue et une arachnitite intermittente une différence réelle : Dans une arachnitite continue le sang, dit-il (2), est poussé vers la tête par une cause extérieure qui Vy fixe ; dans une arachnitite intermittente le sang est en quelque sorte lancé par une îJialadie dont la nature même est d'être intermittente, comme il est de la nature des mouvements organiques fébriles de se terminer au bout d'un certain nombre de mouvements organiques.
Nous avons dit que Torti , Morton, Morgagni , avaient observé des phénomènes intermittents pernicieux ou des fièvres pernicieuses, apoplectiques, soporeuses , frénétiques , convulsives, etc. M. Bailly accuse ces auteurs de n’avoir pu comprendre de tels phénomènes, parce qu’ils ignoraient comment les fièvres pernicieuses tuent les malades , et parce qu’ils ne connaissaient pas la nature des fièvres intermittentes.... Or , nous le demandons à
(1) Traité anatomico-pathol. de fièvr. intermitt., p. 312.
(2) Ibid., p. 267.
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tout médecin non prévenu , lesquels de Torti Morton Morgagni et de M. Bailly voient plus clairement et plus simplement les faits dont il s’agit ? Les premiers reconnaissent de véritables apoplexies , de vraies frénésies ; mais , à cause de leur type intermittent et de leur guérison par le quinquina , ils se demandent si ce sont bien là des inflammations ou des fièvres intermittentes masquées sous l’apparence d’une inflammation ? On juge facilement que ces illustres praticiens sont restés comme dans un doute à cet égard, et que , n’ayant pas le secours de l’anatomie pathologique, surtout Morton et Torti , ils s’en laissèrent imposer par la circonstance seule de la périodicité ou de l’intermittence. Comment donc M. Bailly, qui connaît de quelle manière les fièvres pernicieuses intermittentes tuent les malades , qui connaît, dit-il, la nature de ces fièvres ( et qui devrait en effet la connaître , d’après le grand nombre d’autopsies qui lui ont fait voir, chez les individus morts à Rome de fièvres intermittentes comateuse , apoplectique, gastro-entérique, pleurétique , convulsive ouarachnitique , des traces non équivoques d’inflammation ) , comment peut-il soutenir qu‘il y a une grande différence entre une fièvre pernicieuse arachnitique, et une inflammation continue de l’arachnoïde ? Comment ose-t-il nous dire qu’une arachnitite intermittente diffère d’une arachnitite continue parce que, dans le premier cas , le sang est lancé vers la tête par une maladie dont la nature est d’être intermittente? N’est-ce pas comme s’il nous disait qu’une arachnitite est intermittente parce qu’elle est intermittente? Et, puisque dans une arachnitite continue il y a aussi dusang/awcé vers la tête , puisque cette dernière phlegmasieest également accompagnée de fièvre , pourquoi dans ce dernier cas n’est-il plus dans la nature de la phlegmasie et de la fièvre de se terminer au bout de quelques heures et de revenir périodiquement ? N’estil pas évident qu’il ne faut ici s’en prendre qu’aux causes déterminantes , à la disposition des malades , et non point à la phlegmasie elle-même, qui est toujours de même nature, soit qu’elle dure peu ou beaucoup , soit qu’elle ait une marche régulière ou irrégulière , continue ou intermittente?
D’après ce que nous venons de dire, on s’aperçoit que M. Bailly, tout en accusant les anciens de ne pas connaître la nature des maladies dont il s’agit, ne la connaît pas mieux lui-même. L’on voit que , médecin physiologiste , il ne veut pas avoir l’air d’appartenir à l’école physiologique ; il flotte entre des opinions
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diverses et cherche à s’en former une dont il ne peut se rendre compte lui-méme. Placé comme M. Tommasini dans une fausse position, il se perd comme lui dans des comparaisons inexactes , dans des explications entortillées et dans des subtilités mystérieuses que personne ne pourra jamais comprendre.
c( Lorsqu’on est atteint d’une fièvre intermittente(apoplectique), » l’irritation ou l’inflammation qui la provoque ou l’accompagne » n’est pas nécessairement dans le cerveau , et cet organe peut » être d’ailleurs dans un bon état, même chez un homme gros D et replet..., (1) »
Cependant M. Portai, qui a vu souvent des accès de fièvre ressembler parfaitement par leurs symptômes à des attaques d’apoplexie, dit très bien qu’^7 les cite pour fixer Vatlention sur leur réalité et pour faire connaître la nécessité de les attaquer promptement par des moyens convenables, c’est-à-dire par les saignées et les révulsifs. Il cite en particulier le cas d’une femme sexagénaire qui fut saisie pendant le frisson fébrile d’un assoupissement si profond avecla respiration stertoreuse, qu’elle succomba. L’autopsie fitvoir les vaisseaux du cerveau engorgés de sang, etles ventricules pleins d’une eau rougeâtre (2). M. Bailly lui-même, comme le prouvent les autopsies qu’il a pratiquées en pareilles circonstances , a toujours trouvé chez les individus morts de fièvres pernicieuses , soporeuse on apoplectique , des altérations organiques très marquées dans les organes encéphaliques. Comment donc peut-il faire coïncider les résultats de son observation et des faits qu’il a recueillis avec les conséquences tout-à-fait opposées qu’il en tire ? Mais nous allons voir qu’il n’est point embarrassé de nous répondre avec sa nouvelle et romantique théorie des fièvres intermittentes ! Il nous dira donc que les altérations du cerveau sont le résultat de V inflammation coexistant avec la fièvre î Et la fièvre....? le résultat de la constitution médicale. Et qui pourrait ne pas saisir aussitôt V indépendance du mouvement nerveux qui constitue la fièvre intermittente, des lésions organiques produites par V inflammation / 1
Cf II en est de l’apoplexie, comme de toutes les inflammations 2) qui peuvent être symptomatiquement éveillées par un accès féj) brile; et qui , quand elles ne sont que de simples congestions,
(1) iVJ. Bailly, p. 269.
(2} Traité de l’apoplexie.
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-»-sans alteration de tissu , peuvent disparaître entièrement avec » les accès... Tantôt on peut j^uérir ces congestions ou inflam- »• mations locales, et la fièvre persister; tantôt, supprimer celle- » ci et la lésion locale persister; ce qui prouve l’indépendance )) de toutes ces lésions de la fièvre et vice versâ (1). » M. Bailly niest-il pas de nouveau en contradiction avec lui-même , puisqu’il nous a dit précédément que c’était la fièvre qui était éveillée
par l’inflammation ou la lésion locale? pour n’être pas en contradiction dans le cas dont il s’agit, il faudrait que tantôt la fièvre fût éveillée par l’inflammation , et que tantôt l’inflammation fût éveillée parla fièvre; mais, dans l’un et dans l’autre cas, on ne voit point de cause directe, l’on ne voit point d’effet immédiat. L’inffammation pour être éveillée par la fièvre devait déjà exister avant l’arrivée de la fièvre; il en est de même de la fièvre, quand elle est éveillée par l’inflammation. Ainsi donc, la lésion locale qui existe dans toute fièvre intermittente n’est ni la cause , ni l’effet de la fièvre ; et la fièvre n’est ni l’effet , ni la cause de la lésion î Ainsi, d’après cette nouvelle théorie des fièvres intermittentes (à laquelle il faut nécessairement s’arrêter puisque plusieurs écrivains paraissent aujourd’hui l'adopter], lorsqu’un malade est atteint de fièvre intermittente pernicieuse pleurétique, par exemple, il y a chez lui : 1» congestion sanguine ou inflammation de la plèvre, caractérisée par un point do côté plus ou moins violent, la toux, la dyspnée, des inspirationscourtes, gênées, parfois douloureuses, etc.; fièvre avec frisson, tremblements, pouls tantôt lent et petit, tantôt dur et fréquent, céphalalgie, agitation, dégoût, et puis chaleur, sueurs, etc.; le tout réuni constituera une fièvre j^ernicieuse pleurétique. Tout médecin sait bien ce que c’est au’une pleurésie; mais il n’en est pas de même de la fièvre pernicieuse. Qu’est-ce donc que celte fièvre d’après la théorie de M. Bailly? est-elle essentielle? forme-t-elle un être particulier sut generis, appelé fièvre per'nicieuse , ou fièvre périodique d’après M. Tommasini? Non, M. Bailly nous dit qu’il n est point essentialiste pur; et que s’il est parfois ontologiste , cest uniquement parce qu’il est plus commode de suivre Vu^age adopté (l)î Cette fièvre est-elle symptomatique de l’inflammation de la plèvre? Non , M. Bailly reconnaît seulement quelle a des liaisons intimes avec cette inflammation. Mais, qu’est-ce enfin que cette fièvre? c’est
{!) Traité anatomico-pathol. de fièvr. intermüt , p, 153.
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une fonction qui excite spécialement à tels ou tels phénomènes sympathiques ou nerveux (1) ! Mais , en bonne physiologie, toute* fonction résulte de l’action d’un ou de plusieurs organes ; nous; demanderons donc quel est ou quels sont les organes dont l’action, plus ou moins exaltée , développe tels ou tels phénomènes
sympathiques et pernicieux? Il n’y en a pas . Il s’agit d’une^
fonction générale de toute V économie ! ( Gela nous rappelle la condition morbide universelle de M. Tommasini. ] Mais toute l’économie peut-elle être malade , quand plusieurs fonctions n’en sont point dérangées , quand l’action de plusieurs organes > comme celle du cerveau, du foie, des reins, de la vessie, des systèmes locomoteur, absorbant, etc., reste libre et intacte, comme cela est ordinaire dans la fièvre intermittente pleurétique? En dernière analyse , M‘. Eailly soutient que la fièvre pernicieuse n’est point le résultat d’une fonction spéciale exagérée , mais l’altération d’une fonction d’ensemble dont le siège est partout et nulle part (2). Nous voyons déjà que les conséquences déduites de la théorie romantique des fièvres intermittentes pernicieuses conduisent ou à l’essentialité ou à l’absurdité.
Reprenons l’inflammation de la plèvre qui accompagne la fièvre pernicieuse pleurétique : cette inflammation n’est pas cause de la fièvre , d’après ce qu’on vient de dire ; cependant tous les deux jours on voit reparaître cette fièvre avec les symptômes d’une congestion inflammatoire de la plèvre; tous les deux jours à la même époque les symptômes de la pleurésie se manifestent en même temps que la fièvre ; comme celle-ci , ils durent plusieurs heures, et disparaissent si complètement, que le malade se croit guéri , et peut quelquefois reprendre ses occupations habituelles pendant la plus grande partie du temps qui sépare les accès. Or, si la fièvre et la pleurésie sont indépendantes l’une de l’autre , comment peut-il se faire qu’elles se suivent de si près, qu’elles s’accordent si exactement par leur retour , leur durée , leur intensité? Ceci n’est point une supposition, puisque nous rapportons ci-après quarante-deux observations de vrais catarrhes, de pleurésies et de pneumonies bien caractérisées qui revenaient périodiquement tantôt avec des symptômes fébriles proportionnés à ceux de l’inflammation , tantôt sans fièvre et seulement avec
(1) Traité anaiomico-pathol. de fièvr. intermitt., p. 269.
(2) Ibid , p. 117.
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les symptômes locaux de l’inflammation. Sauvages dit : c( J’ai vu }) une vraie pleurésie accompagnée de tous les signes pathognomoniques, laquelle était pourtant intermittente, de manière )) que le malade avait la pleurésie de deux jours l’un , et parais- » sait ensuite se bien porter (1). » M. Bailly lui-même rapporte une observation, sous îe nom de fièvi'e pernicieuse pleurétique , dans laquelle les exacerbations quotidiennes de la pleurésie correspondaient exactement avec les accès de la fièvre; il n’a fallu rien moins que huit saignées pour dompter les symptômes inflammatoires de la pleurésie. L’auteur dans cette circonstance regarde l’accès de la fièvre comme la cause des exacerbations de la phlegmasie. Ce qu’il y a de plus marqué, de plus saillant, de mieux caractérisé dans cette observation , comme on peut le voir et s’en assurer, c’est l’inflammation de la plèvre, et parce qu’elle éprouve des exacerbations périodiques, on veut quelle soit l’effet de la fièvre pernicieuse ! I M. Tommasini veut aussi que les traces manifestes d’inflammation , trouvées chez les individus morts de fièvres pernicieuses par son compatriote M. Puccilini, soient le produit de ces fièvres essentielles, quoique M. Puccilini, qui a recueilli les faits|dont il s’agit, pense justement le contraire.
M. Bailly rapporte trente-cinq observations de fièvres intermittentes pernicieuses suivies d’autopsie. Ces autopsies prouvent que , chez tous ces malades , il y avait des lésions occasionnées quelquefois par l’inflammation seule du cerveau et de l’arachnoïde, d’autres fois par la lésion des organes digestifs seulement, plus souvent par l’inflammation simultanée des organes cérébraux et digestifs. Prenons pour exemple la comateuse convulsive , celle de toutes ces prétendues fièvres pernicieuses sur laquelle il a recueilli le plus grand nombre d’observations; arrêtons-nous au fait rapporté page 157 du traité Anatomico-pathoîoqique des fièvres intermittentes : l’auteur a observé plusieurs accès consécutifs de cette fièvre; le malade a succombé, et l’autopsie a fait voir une arachnitite bien marquée et une légère gastro-entérite; le malade dont il s’agit tombait à chaque accès dans un état de stupeur et de coma très remarquable ; il ne se réveillait que lorsqu’on l’appelait ; le pouls était fréquent et fort, îa peau brûlante; les avant-bras étaient fléchis sur les bras de telle sorte qu’on ne pouvait les étendre ; il y avait parfois sou-
(1) Nosologie méthodique , U n-
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bresauts des tendons. Dans l’intervalle des accès, le malade retrouvait toutes ses facultés intellectuelles ; les bras n’étaient plus contractés et reprenaient leur état naturel. M. Bailly avoue que chez ce malade Vinjection de V arachnoïde était périodique ^ puisque les contractions des bras cessaient et revenaient chaque jour régulièrement comme les accès de la fièvre. (Remarquons que quand il s’agit de l'interprétation des symptômes de la fièvre pernicieuse l’on ne veut reconnaître que des injections, et qu’en ouvrant les cadavres, on nous fait voir constamment des inflammations bien tranchées!) Mais, enfin, voilà une injection de l’arachnoïde qui présente le type intermittent quotidien! Or, du moment qu’on reconnaît une injection sanguine périodique, n’estil pas évident que cette injection peut, sous ce même type, augmenter au point de constituer une véritable inflammation , et peut devenir assez vive, assez intense, pour provoquer sympathiquement toute espèce de symptômes généraux et fébriles? Cette conséquence étant admise , qii’est-il besoin de se perdre en raisonnements subtils pour se rendre compte d’un accès de fièvre coïncidant avec le retour d’une injection ou d’une inflammation périodique? N’est-il pas plus raisonnable et plus conforme aux progrès de la physiologie et de l’anatomie pathologique (qui ont déjà fait justice de l’essenlialité des fièvres pernicieuses continues ataxique, putride, adynamiciue, maligne, nerveuse, catarrhale, comateuse, etc. ) , de considérer également ces mêmes fièvres pernicieuses intermittentes comme dépendantes des affections locales qu’on observe constamment avec elles?
Quand l’autopsie nous fait voir des lésions dans un ou plusieurs organes , dont les fonctions étaient troublées pendant l’existence d’une maladie continue ou périodique, pourquoi les symptômes généraux, sympathiques ou fébriles, qui surviennent durant son cours, feraient-ils changer notre diagnostic, touchant la nature de cette maladie? Ne sait on pas que les symptômes fébriles, qu’ils soient continus ou intermittents, peuvent varier à l’infini, suivant la disposition et l’irritabilité des malades, suivant le degré d’intensité de la lésion locale, et suivant une foule de circonstances particulières? Il peut être curieux et instructif de noter ces variations ; mais , faut-il perdre de vue l’affection locale, la lésion matérielle des organes, pour saisir des symptômes fugitifs et variables à l’infini, pour leur donner des noms particuliers, pour leur faire jouer un rôle à part, dont
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on ne peut plus se rendre compte lorsqu’on interroge les cada^ vres? On nous dit que la fièvre revient, parce qu*il est dans sa nature d* être intermittente ! Pourquoi donc ne pourrait-il pas être aussi dans la nature d’une irritation inflammatoire aiguë de se terminer plus ou moins promptement et de revenir à des époques déterminées? Nous avons fait voir que la chose se passait ainsi à l’extérieur sous formes de conjonctivite , d’îritite , de rhinite et d’otite intermittentes, sous formes d’érythème, de' scarlatine, d’urticaire, d’érysipèle, de pemphygus, de rhumatisme et de goutte à type régulier, enfin sous formes de fluxions inflammatoires périodiques des joues et des mamelles ; pourquoi n’en serait-il pas de même à l’intérieur? On rapporte dans tous les journaux de médecine plusieurs exemples de phlegmasies continues de la plèvre, du poumon, qui se sont terminées en quinze , vingt et trente heures ; nous citerons, entre autres, l’exemple d’une pleurésie (1) aiguë et violente, parfaitement caractérisée, déclarée et guérie en moins de vingt-quatre heures par une saignée copieuse, et par des sueurs si abondantes que , dans la même nuit , le malade mouilla neuf chemises. Nous citerons encore le cas d’une pleuropneumonie très bien caractérisée (2), qui fut de même entièrenieflt dissipée en vingtquatre heures par une hémorrhagie abondante , suite d’une application de vingt sangsues sur le point douloureux de la poitrine.
Pourquoi n’en serait-il pas ainsi d’un accès de pleurésie périodique et fébrile, d’autant mieux qu’il est dans la nature des maladies intermittentes de se terminer par des sécrétions et des évacuations critiques plus ou moins abondantes? Cette conclusion, outre quelle est fondée sur un grand nombre de faits avérés, n’est elle pas plus facile à concevoir et plus rationnelle que celle qui nous replonge dans l’absurdité des fièvres larvées ou pernicieuses, des fièvres périodiques essentielles, ou dans le dédale des fonctions pathologiques générales, des conditions morbides universelles, des auteurs anciens et modernes?
On nous pardonnera cette discussion , sans doute un peu longue, mais nécessaire pour répondre aux deux principaux adversaires de la théorie physiologique des fièvres intermittentes
(1) Journal général de médecine, t. Lxxxiii.
(2j Éphémérides médicales de Montpellier, t. ii.
pernicieuses, et propre d’ailleurs à développer les principes de cette théorie.
-Le nombre des organes internes qui ont été jusqu’à présent attaqués de phlegmasies intermittentes, et dont on trouve desobservations dans les auteurs, dans les journaux, ou dans les différents recueils de médecine, est déjà très considérable. Dansce nombre se trouvent des phlegmasies périodiques qui attaquent le cerveau, l’arachnoïde, la moelle épinière, la membrane muqueuse bronchique et pulmonaire, la plèvre, le poumon, le cœur, le péricarde , l’estomac, et diverses portions plus ou moins étendues du canal intestinal, le foie, la rate, les reins, la matrice, le péritoine, la muqueuse vaginale , cystique, urélrale, etc. 11 est probable que le nombre de ces phlegmasies augmentera à mesure que les médecins donneront plus d’altentiOn à cette partie si importante de la science médicale ; peut-être reconnaîtra-t on quelque jour un aussi grand nombre de phlegmasies périodiques à l’intérieur qu’on y distingue d’inflammations continues , parce qu’il n’y a pas de raisons pour que chaque affection continue ne présente aussi le type intermittent.
Il n’y a rien de fixe pour le nombre d’accès que peuvent présenter les phlegmasies intermittentes internes; ce nombre varfe? beaucoup suivant les organes qu’elles affectent : les phlegmasies périodiques de la muqueuse digestive, par exemple, se répètent en général un plus grand nombre de fois que les autres avant de cesser entièrement; elles peuvent se renouveler un certain nombre de fois sans occasionner des altérations organiques bien notables, surtout quand il y a un intervalle de deux jours complètement libres entre un accès gastro-entérique et le suivant, comme dans plusieurs cas de fièvres pernicieuses, cardialgique et dysentérique , sous type quarte.
La durée d’un accès de phlegmasie intermiltente interne est ordinairement circonscrite entre plusieurs heures et un jour oit vingt-quatre heures ; cependant il n’est pas rare que des accès se prolongent jusqu’à trente, trente-six et quarante-huit heures.
Les phlegmasies intermittentes internes développent presqueconstamment des phénomènes sympathiques ou fébriles assez marqués, surtout les gastrites, les gastro-entérites, les arachnitites , les pleurites , les péritonites , etc.
Ces phlegmasies peuvent se présenter sous tous les types connus d’intermittence ; mais il est certains types qu’ elles choi--
sissent de préférence et qu^elles offrent le plus souvent; ce sont les types quotidien et tierce. On les voitmoins souvent sous le type quarte , et fort rarement sous les types quintane , sextane , octane, mensuel , etc. Il arrive assez souvent que ces plilegmasies présentent le type rémittent ou un type qui se rapproche plus ou moins de la continuité ; c’est-à-dire que ces phlegmasies , au lieu de se terminer et de revenir à des époques fixes , persistent pendant un temps plus ou moins long , et éprouvent seulement des rémissions et des exacerbations périodiques. Ce sont spécialement les plilegmasies intermittentes qui ont leur siège dans les viscères parenchymateux , comme le poumon , le cerveau , le foie , la raie , etc. , qui présentent le type dont il s’agit.
Le pronostic des plilegmasies intermittentes des viscères est en général assez grave ; le mouvement inflammatoire dont elles sont le résultat est presque toujours rapide et très violent ; or, on conçoit qu’il ne puisse avoir lieu sans danger sur des organes dont l’importance est quelquefois telle que leur action ne peut être troublée sans que toutes les fonctions ne participent à ce trouble , et ne peut être suspendue sans que la vie ne le soit en même temps, ou ne cesse bientôt entièrement, comme cela arrive dans une violente congestion inflammatoire du cerveau ou des poumons ; il n’est pas rare alors que la mort ne survienne durant les premiers accès, comme dans les fièvres pernicieuses , encéphaliques et péripneumoniques. Quoique la phlegmasie intermittente de la plupart des autres organes internes , comme de l’estomac , des intestins , du foie, de la matrice , du péritoine , etc. , soit souvent très rapide et très intense, comme dans les fièvres pernicieuses, cardialgique , cholérique, hépatique, puerpérale, etc., elle ne provoque pas en général des accidents aussi graves et aussi promptement mortels ; mais elle ne laisse pas, vu les influences sympathiques, nombreuses et plus ou moins puissantes quelle exerce sur le cœur , le cerveau , les poumons , de produire un trouble général et plus ou moins violent dans l’économie; elle peut aussi déterminer une mort assez rapide si l’on ne s’oppose promptement à ses funestes effets.
Les causes prédisposantes des phlegmasies périodiques internes sont toutes celles que nous avons énumérées pour les phlegmasies intermittentes externes. Les causes déterminantes varient beaucoup, suivant la disposition des individus et suivant les organes qu’ elles attaquent. Les principales sont les variations
INTEIlîNES. 235
considérables et brusques'de température , les contrastes de la chaleur du jour et du froid de la nuit ; le passage rapide d’une vie très active à une oisiveté complète , ou de cette dernière à des travaux pénibles et prolongés , surtout pendant la nuit ou dans des temps froids et humides; l’habitation dans des lieux bas, peu éclairés , ou dont l’air est peu ou point renouvelé, et surtout dans la proximité de marais ou d’étangs d’où s’exhalent des effluves délétères ; les influences périodiques de certains excès habituels quels qu’ils soient ; l’usage d’aliments de mauvaise qualité , l’abus des liqueurs fortes ; les travaux excessifs du cabinet ; les affections morales tristes , les passions violentes ; la diminution ou la suppression de la transpiration cutanée par défaut de bains accoutumés ou de vêtements assez chauds suivant la saison; par la suppression des hémorroïdes et des menstrues, par la présence des vers ou d’un corps étranger quelconque dans les voies digestives , etc.
Les symptômes des irritations intermittentes internes présentent beaucoup de variétés , suivant l’âge, la constitution des individus , suivant les causes qui les développent et suivant les organes qui reçoivent leur impression funeste. Mais tous ces symptômes , sauf la circonstance de leur retour à des époques déterminées, n’offrent presque rien qui les distingue de ceux des phlegmasies continues qui se développent dans les mêmes circonstances , et qui sont portés à un degré plus ou moins élevé.
La distinction des symptômes en locaux et généraux ou sympathiques , est ici très importante et très utile à établir ; ces derniers symptômes méritent d’autant plus d’attention , leur connaissance exacte est d’autant plus nécessaire qu’ils existent presque constamment , et qu’ils sont souvent les seuls auxquels on puisse avoir recours pour établir le diagnostic des phlegmasies intermittentes internes.
C’est la difficulté d’établir un bon diagnostic à l’égard des phlegmasies dont il s’agit, c’est le peu d’attention et de soins qu’on a mis pour y parvenir, qui ont été cause qu’on a pris pour des fièvres intermittentes essentielles et pernicieuses, de véritables phlegmasies périodiques ; qui ont été cause qu’on a pris quelques symptômes locaux ou généraux un peu saillants pour en faire autant d’êtres essentiels et pernicieux; qui ont été cause enfin qu’on a créé autant d’entités pathologiques diverses qu’on a SU distinguer de prétendus symptômes pernicieux différents.
PHLEGMASIES INTERMITTENTES
C’est pour avoir marché trop servilement sur les traces des anciens ; c’est pour avoir suivi l’impulsion vicieuse donnée par eux au diagnostic de certaines maladies internes qu’on a commis bien des erreurs à cet égard. Comme eux , lorsqu’on a vu des symptômes généraux on a voulu voir des maladies générales ; comme eux , au lieu d’examiner isolément ces symptômes , on a Toulu les voir en masse , on a voulu grouper lorsqu’il fallait analyser; de Là vient que le plus souvent on n’a point su découvrir les symptômes locaux de la lésion organique d’où émanaient îes phénomènes généraux et fébriles. Il arrive parfois , il est vrai, x^u’on observe seulement ces derniers phénomènes , et que les symptômes locaux ne sont presque pas sensibles, cr On observe vD certains cas , dit le professeur Pinel , où les inflammations ab~ » dominâtes n’offrent que des symptômes locaux très légers ; et >3 cependant la gravité de la maladie est telle que les phénomènes J!) secondaires ou la fièvre concomitante annoncent le plus grand JO danger./l î^,9sia4 on souvent regardé ces fièvres^ symptomatiques ï> de certaines phlegmasies du has-venire, comme des fièvres primi^ J) tives et essentiellesy et il faut convenir qu’il était difficile d’éviter 33 cette méprise , lorsque l’anatomie pathologique n’avait point 03 encore éclairé sur leur véritable caractère (1). 33
Aujourd’hui que l’anatomie pathologique nous a éclairés sur lé véritable caractère des fièvres continues en général, nous devons, lorsqu’elles offrent le type intermittent, nous comporter de la même manière dans l’investigation des symptômes locaux et généraux qui les constituent ; nous devons procéder à la connaissance d’une fièvre gastrique intermittente, par exemple, tout comme on le fait généralement aujourd’hui pour une fièvre gastrique continue; c’est-à-dire que nous devons partir des cas ■où les symptômes locaux de la phlegmasie gastro-intestinale sont très sensibles pour arriver par analogie à la connaissance de cette maladie, dans les cas où le cortège nombreux des phénomènes généraux, fébriles et sympathiques, masque toute espèce <ie lésion locale , l’efface presque entièrement, ou bien tend à la faire présumer là où elle n’est pas.
On voit par l’histoire des fièvres et des phlegmasies continues qu’il y a plusieurs organes placés à l’intérieur dont on découvre assez facilement l’inflammation par la seule apparition de quel-
Nosographie philosophique , U i»-*’, p, 404.
INTERNES
(^ues phénomènes généraux et sympathiques ; ainsi , par exemple , la céphalalgie , les lassitudes générales , la chaleur de la peau, la fréquence du pouls, le dégoût, l’amertume de la bouche, la rougeur et la sécheresse de la langue, etc., indiquent à tout médecin une nuance de phlegmasie gastrique. Des déjections alvines très fréquentes , liquides, avec un sentiment de fatigue et de malaise général, avec chaleur et sécheresse de la peau , fréquence et dépression du pouls, frissons vagues ressentis particulièrement dans le dos et les extrémités inférieures, indiquent également une entérite ou gastro-entérite. On voit aussi, dans l’histoire des mêmes phlegmasies continues , qu’il existe encore plusieurs organes internes , dont on est habitué à reconnaître l’inflammation d’après un petit nombre de phénomènes généraux et locaux, et quelquefois un seul phénomène local (la douleur); ainsi un point de coté violent, fixe, qui n’augmente que peu ou point par la pression extérieure, mais qui devient très aigu par une longue inspiration , avec un pouls dur , plein , fréquent, annonce souvent unepleuiite. Une douleur vive, peu profonde , étendue à toute la surface de l’abdomen avec pâleur de la face, tiraillement des traits et un pouls petit, serré, fréquent , indique une péritonite ; des douleurs violentes continues dans la région du foie , des reins et qui augmentent beaucoup à la pression de ces organes , suffisent souvent pour établir l’existence d’une hépatite , d’une néphrite. Le succès du traitement antiphlogistique a très souvent confirmé l’exactitude de ces diagnostics, et souvent même l’autopsie n’a laissé aucun doute à cet égard. Or , pourquoi n’en agirait-on pas ainsi pour les phlegmasies intermittentes? pourquoi ne serait-on pas en droit de juger d’après les mêmes données, et de porter un diagnostic sur l’existence de ces phlegmasies d’après le développement des mêmes symptômes lorsqu’ils n’ont fait que changer de type ? S’il y a dans les viscères des douleurs purement nerveuses, comme nous en avons vu à l’extérieur du corps, il est certain qu’ elles sont beaucoup plus rares qu’on l’a cru jadis et que le croient encore aujourd’hui plusieurs écrivains ; parce que le système nerveux de la vie organique , partout distribué dans les viscères sous formecapillaire, n’est point disposé, comme celui de la vie ammale , au mode particulier de souffrance qui constitue la névralgie.
Quoique le système nerveux par ses expansions ou ses ramifications infinies reçoive le premier toute impression irritante-.
PHLEGMASIES INTER3I1TTENTES
c’est rarement sur lui que se fixe ou que s’arrête l’irritation; ce n’est point lui qu’elle modifie et à qui elle fait éprouver des changements d’organisation ; à peine les papilles ou les extrémités nerveuses , partout disséminées dans les viscères principalement à la surface des membranes muqueuses, ont-elles reçu une impression stimulante quelconque, que celle-ci est à l’instant transmise aux centres nerveux ; de là une douleur plus ou moins sensible , puis une réaction locale et un appel de fluide d’après le principe uhi stimulus, ibi fluxus ; les fluides appelés gênent, distendent les parties , deviennent eux-mêmes la cause de nouvelles douleurs et de phénomènes morbides plus ou moins remarquables. ;
Nous savons que les choses se passent ainsi à l’extérieur du tronc et dans les membres, pour les douleurs aiguës qui se manifestent dans les endroits où l’on ne distingue pas de cordons nerveux particuliers, comme dans les douleurs vives , ressenties parfois dans l’épaisseur d’un muscle ou dans une articulation; on ne dit point alors qu’il y a névralgie , mais rhumatisme, arthrite, c’est-à-dire une véritable affection inflammatoire qu’on attaque avec succès , et qu’on guérit par les antiphlogistiques. Cependant combien de fois les phénomènes de rougeur, de chaleur, de gonflement, sont-ils à peine sensibles ! Combien de fois ii’arrive-t-il pas qu’il n’y ait d’apparent qu’un ou deux symptômes inflammatoires ! D’ailleurs, n’avons-nous pas vu , en traitant des irritations intermittentes externes , que dans les cas mêmes où la douleur suivait un cordon nerveux , elle ne laissait pas de donner lieu très souvent à l’appel des fluides rouges ou blancs, et par suite à une véritable inflammation ou subinflammation?
Nous ne pouvons point indiquer d’une manière générale lesr symptômes des phlegmasies intermittentes internes, parce que ces symptômes étant différents pour la phlegmasie de chaque viscère en particulier, nous serions obligé de faire l’histoire de chacune d’elles pour tracer un tableau exact de ces symptômes. D’ailleurs nous pensons qu’au lieu de former autant de groupes de symptômes , au lieu de tracer autant de tableaux artificiels différents qu’il y a d’organes internes susceptibles d’être atteints de phlegmasies périodiques, nous pensons qu’il sera bien préférable de présenter des tableaux tracés d’après nature , en rapportant avec détails les observations les plus complètes qui établissent l’existence de chacune des phlegmasies dont il s’agit.
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La terminaison des phlegmasies intermittentes des viscères peut avoir lieu très promptement par le seul éloignement de la cause irritante , ou par le déplacement de l’irritation et le développement à l’extérieur du corps de quelques phlegmasies continues ou intermittentes. Il n’est pas rare que les inflammations périodiques internes, au lieu de se terminer d’une manière prompte et avantageuse , dégénèrent en continues , et persistent plus ou moins long-temps sous ce type; d’autres fois ces inflammations se répètent un certain nombre de fois avec plus ou moins de régularité ; mais, dans l’un et l’autre cas, elles donnent souvent lieu à l’hydropisie, à l’engorgement de quelques viscères, surtout des organes parenchymateux abdominaux; enfin elles peuvent amener la désorganisation des tissus affectés et la mort des malades. Mais c’est ordinairement par suite d’une congestion rapide et violente sur quelques organes importants , comme le cerveau, les poumons et l’estomac, que la mort survient; un second ou un troisième accès suffit alors pour tueries malades si on ne lui oppose les moyens convenables.
D’après tout ce que nous avons dit précédemment, on ne donnera plus aux phlegmasies dont il s'agit les noms de fièvres lar^véeSy de fièvres pernicieuses intermittentes; on ne leur donnera plus des noms particuliers fondés uniquement sur le phénomène de la fièvre, sur la circonstance de leur retour périodique, ou sur quelques phénomènes particuliers plus ou moins saillants; mais on leur donnera constamment le nom des organes qu’elles affectent. x\insi on appellera une phlegmasie ou une congestion inflammatoire du cerveau et de l’arachnoïde qui reviendra chaque jour aux memes heures, une encéphalite, une arachnitite quotidiennes; on nommera une phlegmasie intermittente ou rémittente du poumon , de la plèvre], qui se répétera ou Réprouvera des exacerbations tous les deux jours, une pneumonite , une pleurite intermittentes ou rémittentes tierces; une inflammation de l’estomac, du foie, du péritoine , de la matrice, etc. , qui aura lieu régulièrement tous les trois jours, tous les cinq, tous les huit jours, tous les mois, une gastrite quarte, une hépatite quintane, une péritonite octane, une métrite mensuelle, et ainsi de suite selon le siège de la phlegmasie périodique interne , et selon le type d’intermittence qu’elle adoptera dans telle ou telle circonstance.
Traitement, — Le traitement des phlegmasies intermittentes
îîgO PHLEGMASIES INTERMITTENTES
internes ne difPère pas beaucoup de celui que nous avons indiqué pour les inflammations périodiques externes. Les diverses préparations de quinquina peuvent également guérir toute espèce d’irritatioîî intermittente interne; mais il est beaucoup plus important dans le traitement de ces dernières de distinguer l’époque à laquelle il convient d’administrer ce médicament, de bien étudier l’état du malade, et surtout de s’assurer de la disposition des organes digestifs avant d’y introduire le quinquina ou le sulfate de quinine, parce qu’il arrive assez souvent que ces organes sont eux-mêmes le siège de la congestion inflammatoire périodique; dans ce cas, si l’irritation n’était pas dissipée au moment où l’on administre le quinquina, ce médicament pourrait l’augmenter et causer des accidents plus ou moins graves. D’ailleurs, dans les cas où les organes digestifs ne sont point eux-mêmes le siège de la pblegmasie périodique, n’arrivera-t-il pas ordinairement que cette pblegmasie est assez intense pour exercer une influence sympathique plus ou moins marquée sur l’estomac? et si cette influence persiste encore à un certain degré au moment de l’ingestion du quinquina ou du sulfate de quinine , elle peut également devenir funeste; il faut donc, dans tous les cas dont il s’agit, attendre une apyrexie parfaite ou une intermission complète des phénomènes morbides avant d’administrer ce médicament. Si l’on peut quelquefois se contenter d’une rémission de ces phénomènes pour le faire prendre aux malades, ce n’est que quand les organes digestifs ne sont pas eux-mêmes le siège de l’irritation inflammatoire, quand celte irritation n’exerce que peu ou point de sympathies, et n’influence l’estomac que durant la première période de ses accès. C’est un fait assez constant et bien digne de remarque que la plupart des phlegmasies périodiques internes , qui attaquent d’autres organes que ceux de la digestion , n’influencent ordinairement l’estomac qu’à leur début, ou durant la période de froid des accès inflammatoires. C’est là une circonstance très avantageuse pour le traitement de ces affections , parce qu’on peut les attaquer avec succès et presque toujours sans danger par le quinquina, aussitôt qu’il y a une rémission manifeste et bien régulière dans leurs symptômes. Il peut arriver que l’ingestion du quinquina fasse cesser les accès ou les redoublements fébriles et périodiques de la pblegmasie, et qu’on voie persister quelques symptômes inflammatoires ; alors il faut se hâter de les attaquer par les antiphlogistiques locaux et gé-
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Tiéraux les mieux appropriés à la circonstance : a Dans le dernier trimestre de 1824 , j’ai guéri , dit M. Chauffard, une fièvre intermittente pneumonique par les saignées et le quinquina. Comme le sujet était un militaire robuste, et qu’ après la disparition du type il restait encore des symptômes non équivoques de phlegmasie pulmonaire , je revins avec un avantage marqué à l’emploi des évacuations sanguines , et de l’eau d’orge coupée avec un cinquième de lait pour toute boisson et pour toute nourriture.
Dans tous les cas de phlegmasies intermittentes ou rémittentes internes, c’est durant l’intervalle des accès ou des exacerbations plilegmasiques qu’il faut administrer le quinquina ou le sulfate de quinine, parce que ce médicament, comme nous l’avons dit, est un moyen prophylactique de l’accès ou de l’irritation à venir, et non point un moyen curatif de l’accès actuel ; contre celui-ci, l’art doit employer tous les moyens antiphlogistiques locaux et généraux les plus convenables et les mieux adaptés à la partie enflammée; à l’aide de ces moyens, on peut, sinon en arrêter la marche , du moins modérer très sensiblement l’intensité de l’accès inflammatoire. L’emploi de ces moyens doit être dirigé avec d’autant plus de méthode et appliqué avec d’autant plus d’énergie, que les organes affectés jouent un plus grand rôle dans l’économie , et que la congestion sanguine qui constitue l’accès est plus rapide et plus considérable.
Il y a beaucoup de cas dans lesquels les moyens antiphlogistiques, surtout les émissions sanguines, sont indispensables et bien plus utiles que le quinquina lui-même , puisque sans eux les malades succomberaient durant les accès et avant qu’on pût administrer ce médicament. Les moyens dont il s’agit doivent être employés en général dès le commencement de l’accès ou du i redoublement inflammatoire , et pendant tout le temps que les 1 phénomènes locaux et généraux de l’irritation ne sont pas dissipés ou très sensiblement amendés par les sueurs , parles sécrétions et évacuations diverses qui caractérisent ordinairement la dernière période des accès inflammatoires. Ces moyens doivent varier suivant l’intensité et le siège de la phlegmasie périodique qu’on veut traiter. S’il s’agissait, par exemple , d’une hépatite qui revînt régulièrement tous les jours ou tous les trois jours (fièvre pernicieuse , hépatique, quotidienne ou quarte); si les B symptômes locaux de l’inflammation du foie, tels que la douleur, |1 le gonflement, la chaleur dans la région hépatique, etc., étaient
PHLEGMASIES INTERMITTENTES
très intenses et accompagnés de phénomènes sympathiques ou fébriles, proportionnés à l’intensité des sympiômes locaux, iî faudrait avoir recours, durant l’accès, aux applications de sangsues ou de ventouses scarifiées, aux cataplasmes et fomentations émollientes sur la région abdominale correspondante ; il faudrait prescrire la diète, les boissons délayantes et adoucissantes, les bains tièdes , les lavements émollients, etc.; il faudrait même avoir recours aux saignées générales, si le malade était d’un tempérament sanguin, si le pouls était plein , dur et fréquent. Il faudrait continuer tous ces moyens jusqu’à ce qu’il survînt une apyrexie complète ou une intermission manifeste des symptômes inflammatoires ; alors on aurait recours promptement au quinquina pour prévenir de nouveaux accès. Si la phlegmasie du foie revenait à des époques très rapprochées , et de manière qu’un accès ‘fLit à peine terminé quand il en survient un autre y ou s’il s’agissait d’une phlegmasie continue de cet organe avee des redoublements périodiques , il faudrait , dans le premier cas,, insister beaucoup , dès le commencement de l’accès , sur tous les moyens antiphlogistiques , afin d’obtenir une intermission plus sensible, moins courte et plus favorable à l’ingestion du quinquina ou du sulfate de quinine; dans le second cas , il faudrait continuer les moyens dont il s’agit jusqu’à ce qu’il n’y eût plus de symptômes généraux ou fébriles, et qu’il y eût une rémission évidente des symptômes locaux; alors on pourrait encore avoir recours aux amers , mais il faudrait les employer avec circonspection et bien surveiller leur mode d’action sur l’estomac, à cause des rapports immédiats et de la correspondance intime du foie avec le canal digestif.
Il est inutile que nous nous arrêtions en particulier au traitement de chaque phlegmasie intermittente ou rémittente des viscères , puisqu’il est absolument le même pour toutes : ainsi l’on se comportera, pour une trachéite, un catarrhe pulmonaire aigu, une péritonite, unemétrite, une gastro-entérite , etc., qui présenteront le type intermittent ( fièvres pernicieuses dyspnéique , catarrhale , cholérique ^ puerpérale) y de la même manière que nous venons de l’indiquer pour l’hépatite ; il en sera de même à l’égard d’une péripneumonite, d’une encéphalite intermittentes (fièvres pernicieuses péripneumonique, soporeuse oucomateuse)^ avec la différence qu’établissent l’importance et la nécessité des fonctions dont ces organes sont chargés. Comme un seul de t
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leurs accès peut devenir mortel s’il est très intense , il est évident qu’il faut, dans ce cas, agir le plus promptement possible par tous les moyens antiphlogistiques et révulsifs les plus énergiques dont l’art puisse disposer; car si l’on ne comptait que sur l’administration du quinquina , le malade succomberait infailliblement avant qu’on pût administrer ce médicament, ou avant qu’il ait eu le temps d’agir convenablement.
Sauf les cas dont nous venons de parler, il n’est point toujours nécessaire d’insister sur l'emploi des moyens antiphlogistiques durant les accès des phlegmasies intermittentes. Ces moyens ne font essentiellement partie du traitement de ces phlegmasies que quand les accès ou redoublements inflammatoires sont très aigus et très violents ; mais si les phénomènes qui constituent ces accès sont très modérés , on peut quelquefois se dispenser d’avoir recours aux antiphlogistiques , surtout aux grandes émissions sanguines , parce que ces moyens ne sont en général curatifs ou modérateurs que de l’accès actuel, et ne jouissent d’aucune vertu prophylactique. Il serait inutile, par exemple, d’affaiblir les malades par des saignées ou de les fatiguer par des applications de sangsues, s’il ne s’agissait que d’une bronchite ou d’une Jbçpalite dont les accès fussent très légers et sans phénomènes sympathiques ou fébriles. Ces accès ne faisant courir aucun danger aux malades, et rexpérience ayant prouvé que les moyens antiphlogistiques ne suffisaient pas ordinairement pour guérir des phlegmasies intermittentes, l’on pourrait attendre la fin des accès dont il s’agit , et administrer , pendant l’intermission , le sulfate de quinine, dont l’usage méthodique en préviendrait de nouveaux, et ne tarderait point à procurer une guérison parfaite.
Toutefois nous pensons qu’il vaut mieux en général traiter les premiers accès ou redoublements d’une phlegmasie intermittente et rémittente quelconque, par les moyens antiphlogistiques , parce que l’emploi prudemment dirigé de ces moyens n’est jamais nuisible; et, dans le cas où il ne suffit point à la guérison des malades, il les dispose constamment à l’ingestion des stimulants amers, dont l’efficacité est alors beaucoup plus sure, et leur emploi, même à hautes doses, sujet à moins d’inconvénients. N’est-ce pas là, comme nous l’avons dit, un trait de lumière qui tend à prouver que, dans le traitement des maladies, les méthodes rationnelles et modifiées suivant leur nature, seront toujours les plus sûres, et qu’on finira peut-être par
PHLEGMASIES INTERMITTENTES
renoncer à tous les moyens empyriques dès qu’on aura perfectionné ces dernières méthodes et qu’on sera allé plus avant encore dans le diagnostic des maladies. Il est d’ailleurs à remarquer que, dans la plupart des cas où il est très urgent d’employer le plus tôt possible le quinquina, il est encore plus urgent et plus indispensable d’avoir prom[)tement recours aux antiphlogistiques pour modérer l’intensité des premiers accès, intensité quelquefois telle quelle tue les malades avant même que l’indication du quinquina soit bien reconnue ; tels sont certains accès d’encéphalite ou de pneumonite aiguës durant lesquels les malades mourraient apoplectiques ou asphyxiés si on ne leur pratiquait tout de suite une, deux, ou plusieurs saignées, suivies d’applications froides sur la tête, et si l’on n’opérait une révulsion prompte et énergique vers les parties inférieures du canal digestif par des lavements irritants , puis sur les extrémités des membres par des sinapismes, des vésicatoires, même par l’eau bouillante, et surtout par la ligature circulaire des membres, moyen qui, selon nous , mérite d’être perfectionné et beaucoup plus employé qu’on ne le fait encore. On peut dire que, dans ces cas, les moyens antiphlogistiques et révulsifs très énergiques sauvent la vie aux malades , alors même quhls ne préviennent pâsf Jç? réckiives de la phlegrxirisiG périodique, Curatifs de l’accès actuel, ils ne sont point ordinairement prophylactifs des accès futurs ; ceux-ci peuvent bien reparaître, mais ils présenteront alors une intensité moindre, et ils seront suivis d’une intermission plus parfaite durant laquelle le sulfate de quinine pourra être employé à fortes doses et sans trop craindre l’irritation consécutive du canal digestif; parce que des émissions sanguines répétées et un traitement antiphlogistique très énergique auront rendu la muqueuse digestive moins irritable et moins susceptible de développer à son tour des influences funestes du côté des organes encéphaliques et pulmonaires. L’examen des faits que nous allons rapporter nous suggérera encore beaucoup de réflexions sur l’étiologie , la symptomatologie , et le diagnostic des phlegmasies périodiques internes, et nous conduira à établir [)lusieurs autres préceptes théoriques et pratiques qui tendront à compléter cette dernière et si importante partie de l’histoire de ces phlegmasies, c’est-à-dire à nous fixer de tous points sur la manière la plus efficace et la plus convenable de les combattre et de les prévenir.
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Nous formerons , dans la distribution des faits relatifs aux phlegmasies intermittentes et rémittentes des viscères, quatre sections ou quatre différents groupes de maladies , uniquement afin de pouvoir mieux suivre ces faits dans les réflexions qu’ils nous suggéreront, et dans les analyses que nous serons dans le cas d’en faire pour mieux nous rendre compte du siège et de la nature des affections dont ils nous retracent les histoires particulières.
SECTION — Observations qui prouvent l’existence
DES PHLEGMASIES RÉMITTENTES ET INTERMITTENTES DES ORGANES ENCÉPHALIQUES ET RACHIDIENS , SOUS LES TYPES QUOTIDIEN, BI-QUOTIDIEN, TIERCE, DOUBLE-TIERCE, QUARTE, QUINTANE, OCTANE, QUINDÉCIMANE , MENSUEL ET SLXTI- MENSUEL.
Encéphalite rémittente quotidienne.
No 145. Un homme âgé de trrnle-neuf ans se plaignait depuis neuf mois d’une douleur (rés aiguë qui se faisait sentir à la partie antérieure et droite de la tête. Celte douleur augmentait tous les jours régulièrement vers le soir; elle était alors si intense, qu’elle était accompagnée de délire et le plus souvent de convulsions violentes par tout le corps. Quoiqu’on n’eût négligé aucun remède convenable, soit à l’extérieur, soit à l’intérieur, cependant la maladie fit de jour en jour des progrès, et le malade succomba, réduit au dernier degré d’épuisement par les convulsions et les vomissements fréquents de matière jaunâtre auquel il était exposé à chaque redoublement.
L’autopsie fit voir le lobe antérieur droit du cerveau réduit presque totalement en une sorte de putrilage très fétide. Les intestins étaient considérablement resserrés, noueux; les parois de l’estomac, épaisses d’un doigt, formaient une cavité si petite, qu’elle pouvait à peine contenir une demilivre de liquide. ( Storck , Ann. med. secund. cad. 8, p. 250. )
Encéphalite ou apoplexie intermittente quotidienne. '
No 146. Torti rapporte l’exemple d’une dame qui , [jendant un voyage, éprouva tout-à coup un grand mal de tête avec étourdissement et sltqjeur tels qu’on la crut attaquée d’apoplexie. Après quelques heures, rémission de tous les symptômes.
Le lendemain et le surlendemain, meme attaque; dans la dernière, la malade parut vraiment apoplectique et privée de vie; mais l’existence de la fièvre et le retour régulier de l’état de stupeur , d’étourdissement et de pesanteur de tête, firent penser que c’était une fièvre intermittente qui était masquée par les symptômes dont il s’agit. On administra le quinquina, et l’on obtint la guérison de la malade. ( Therapeut. spécial. , lib 4, cap. 4 , hist. 6. )
Autre avec le même type.
No 147. Hoffmann a observé un jeune homme de vingt-six ans, qui, ayant négligé de se faire pratiquer une saignée au bras durant le temps des
PHLEGMASIES INTERMITTENTES
équinoxes , comme il en avait l’habitude, et qui , s’étant mis à l'usage des eaux de Seller, fut pris le malin d’une apoplexie qui se termina bientôt par le vomissement. Cette affection se manifesta de nouveau le lendemain, puis continua à revenir tous les matins pendant six jours consécutifs ; mais dés le sixième accès, elle cessa de revenir sans qu on ait employé le quinquina. {Opéra omnia, t. iv.)
Sydenham ( Lettre au docteur Brady) dit qu’il a observé des fièvres intermittentes dont les accès simulaient ceux de l’apoplexie.
j Encéphalite intermittente quotidienne, )
No 148. M. A***, âgé de trente-deux ans, d’un tempérament pituitoso-sanguin , demeurant à Rome depuis un an, fut pris le 4 avril 1808, vers les huit heures du matin, d’un violent mal de tête dont il attribuait la cause à un coup de soleil , parce que la veille il s’était exposé au soleil ayant la tête découverte et les cheveux mouillés. Ce mal de tête fut si violent que l’individu fut obligé de se mettre au lit, où il ne put reposer avant deux heures de l’aprésmidi , tant ses souffrances étaient grandes. La douleur ne disparut entièrement qu’à cinq heures du soir. Ce qui s’était passé n’avait point dérangé ses fonctions; il avait bon appétit et il dîna à son ordinaire. Le lendemain, au grand étonnement du malade, même douleur à la même heure, même marche et même terminaison.
Je vis le malade le 16, avant midi {la douleur était revenue comme les jours précédents) ; il était alors taciturne et répondait difficilement aux questions ; tout lui était incommode ; il désirait le repos , le silence , et surtout que la plus grande obscurité régnât dans son appartement. Il était couché la face renversée contre son lit, serrant la tête de ses deux mains ; la figure et les yeux étaient rouges, le front chaud, la chaleur du corps tempérée , le pouls naturel ; les artères carotide et temporale battaient avec célérité. I! avait parfois de la toux qui suscitait des envies de vomir. Après le paroxysme, j’obtins du malade la relation suivante : Dés son invasion, il y avait pesanteur et douleur à l’occiput, et successivement sous les pariétaux; cette douleur était plus forte au côté gauche ; il y avait des mouvements convulsifs de l’œil du même côté et par moments tiraillement du globe dans l’orbite , impossibilité de supporter la clarté du jour ou d’une lumière ; souffrances augmpntées par le moindre bruit lorsqu’on marchait dans la chambre, ou par le son des cloches. Le malade ne pouvait rester long-temps dans la même position , et s'il se tournait, quelque lenteur ou quelque précaution qu'il apportât à se mouvoir, la douleur de tête en était si fort augmentée, que, pour me servir de ses expressions, il lui semblait que sa tête allait s’ouvrir avec explosion ; s’il toussait ou s’il se mouchait, sa douleur était portée à l’extrême. Une pulsation analogue à celle d’une tumeur phlegmoneuse , mais plus profonde et insupportable, se faisait sentir dans le cerveau. Celle pulsation , nullement réglée sur celle du pouls , avait plus de fréquence et donnait chaque fois l’éveil à la douleur. Il n’y avait pas de perle de sens, mais les idées étaient confuses; il y avait insouciance ; un froid léger se faisait sentir aux pieds. Tels sont les symptômes morbifiques qui constituaient la première période, et qui durait depuis huit heures du malin jusqu’à midi ou une heure. Cette période se rapporte à celle du froid des fièvres intermittentes. Dans laseconde, la douleur de tête persistait, mais il yavaitmoins d’intensité dans tous les symptômes ; les idées étaient plus libres, la disposition à dormir très manifeste , le sommeil était court et traversé par des rêves extraordinaires. Bientôt une sueur légère couvrait la figure du malade ; ses cheveux devenaient humides ; le froid des pieds se dissipait, et avant le coucher du soleil, le malade, délivré de ses souffrances, était hors de son lit, et pouvait
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reprendre ses occupations. Ces derniers symptômes constituaient une période qui me parut avoir beaucoup d’analogie avec celle qui termine un accès de fièvre intermittente.
Le calme étant rendu au malade, il existait encore quelques vestiges de la souffrance que le cerveau et les membranes avaient éprouvée. Ces parties étaient endolories , et la douleur s’y faisait bien mieux sentir si le malade éternuait ou faisait un faux pas. Cet état durait trois ou quatre heures , pendant lesquelles , s’il se mouchait, il donnait issue à une mucosité un peu épaisse, transparente, de couleur d’un beau jaune citron à laquelle un peu de sang se trouvait parfois mêlé. Les urines rendues vers la fin ou après le paroxysme déposaient un sédiment terreux très abondant. Du reste, tout semblait être rentré dans l’ordre , et les forces ne paraissaient pas avoir été diminuées.
Nous avions alors à traiter des maladies inflammatoires et même des fièvres intermittentes revêtues de ce caractère; joignant à cette considération médicale l’opinion du malade , qui se croyait atteint d’un coup de soleil , et supposant que la tendance du sang vers la tête était le phénomène pathologique conlrelequel le traitement devait être dirigé, je prescrivis un demi-bain tiède pour être pris avant le retour du paroxysme. Cette prescription , loin d’être favorable, fut suivie d’une douleur de tête plus forte que celle des autres jours, et qui revint une heure plus tôt. Le 18, je donnai des calmants, des .antispasmodiques , mais l’accès revint comme les jours précédents. Le 19 et le 20 furent consacrés à l’observation ; seulement régime modéré, boissons tempérantes, lavements ; même douleur et à la même heure ; même ensemble fie symptômes , même terminaison.
L’inefficacité des remèdes et la périodicité de la céphalalgie me forcèrent enfin à recourir au quinquina. J’en prescrivis trois gros, mêlés avec deux grains d’opium, pour deux doses à prendre pendant la rémission de l’accès du 20. Cette petite quantité opéra au-delà de mes espérances. Le mal de tête revint , mais il fut sui)portable ; le malade ne se coucha pas et se livra à quelques occupations. La nuit suivante, il prit une pateille dose de quinquina et d’opium. Le 22, point de douleur de tête, ni aucun des symptômes qui avaient caractérisé les paroxysme.^ antérieurs. Le fébrifuge fut répété dans la nuit du 22 au 23, et j’en bornai l’usage à ces trois doses, qui suffirent pour guérir entièrement le malade. (Audouard, Nouv. Thérap. des fièvres interm.)
Encép]ialo-7néningite , exacerbation quotidienne. (Fièvre
pernicieuse cérébrale.) '
No 149. Une mulâtresse âgée de cinquante ans, et dont la constitution se trouvait détériorée par le mauvais régime qu’elle gardait et par l’abus des boissonsalcooliques, était malade depuis huit jours , et présentait les symptômes suivants : état comateux, pupilles dilatées, face vultueuse, sueur visqueuse, paralysie du côté gauche, pouls petit, mou et dépressible. î! s’y joignait prostration de forces, soubresauts des tendons, et lalangue présentait un enduit jaunâtre. Les régions de l’abdomen n’étaient pas douloureuses.
On avait déjà appliqué dix-huit sangsues à la nuque, aux régions mastoïfiiennes et à l’épigastre, l.'auleur de cette observation se contenta de donner à la malade de l’eau anglaise [soda-water], une forte décoction de quinquina, et fit appliquer iin large cataplasme qui couvrait la calotte crânienne. Le lendemain la malade eut un accès très fort, accompagné de délire. Douze grains de sulfate de quinine lui furent administrés. Dans les trois jours suivants, les symptômes empirèrent, malgré les frictions avec le sulfate de quinine sur l’épine dorsale, et une once de quinquina dans l’infusion de camomillesbref, la malade mourut, et l’on trouva, à l’ouverture du crâne, les vaisseaux.
PHLEGMASIES INTERftlIÏTENTES
cérébraux engorgés. Trois ou quatreonces de sérosité dans les ventricules du cerveau; ramollissement de la substance du même organe , et quelques ecchymoses sur la tente du cervelet. L’abdomen n’olTrit rien de particulier. ( Castroverde , Revue méd. f rang. ,iS32.)
Encéphalite rémittente quotidienne.
!S'=’ 150. Lefrançais (Charles), âgé de quatre ans , sanguin, vif, fortement constitué , éprouva le matin une douleur très vive au sommet de la tête avec fièvre légère. La douleur reparut vers le soir ; elle fut précédée d’un frisson qui dura peu de temps, puis la face devint rouge, gonflée, avec assoupissement et froideur des extrémités. Cet accès dura deux heures: il se termina par une sueur copieuse. La nuit fut calme et l’enfant dormit comme à l’ordinaire. Quelques bains de jambes, des lavements, et une boisson mucilagineuse sucrée , furent les moyens qu’on employa. Le 1 9 an matin , Charles déjeuna de bon appétit. Vers midi, il eut un peu de malaise. Le soir la peau était brûlante ; il se plaignit de douleurs à la tête. Au milieu de la nuit il fut réveillé [lar un frisson général, et sa peau resta glaciale pendant une demiheure. Tout-à coup , après s’être vivement plaint de la tête , qu’il indiquait être le siège d’une douleur très forte, toute cette partie se gonfla, devint rouge et douloureuse au toucher. Les extrémités , qui avaient repris peu de temps auparavant leur chaleur naturelle , se refroidirent ; le malade resta assoupi sans mouvement , la respiration devint stertoreuse , et des spasmes agitèrent les muscles des lèvres et ceux des ailes du nez; la bouche était entr’ouverte par l’abaissement de la mâchoire inférieure. Ces symptômes persistèrent pendant une heure , et bientôt la sueur s’établit ,et les symptômes se (lissiitérent à fur et mesure qu’elle augmenta.
Le lendemain , à sept heures du matin, je trouvai Charles très fatigué, abattu ; le pouls était fébrile, le visage rouge, gonflé et couvert de sueur. Une heure après , il entra dans une rémission complète ; le pouls était un peu plus lent que dans l’état habitue! de santé. Bains de jambes sinapisés, tisane légèrement diaphorétique , lavements purgatifs, diète. A trois heures, la douleur de tête reparut ; le pouls était lent, fort, dur. Craignant de voir se renouveler les accidents de la précédente nuit, et m’étant assuré que ces accès de fièvre intermittente dépendaient d’une irritation cérébrale, je fis appliquer sept sangsues derrière chaque oreille; elles donnèrent du sang jusqu’à six heures. A sept heures , l’enfant s’endormit paisiblement jusqu’à dix. 11 passa le reste de la nuit parfaitement bien , toujours couvert d’une douce moiteur. Le 21 , il était très bien. Bains de jambes. Le surlendemain , purgatifs minoratifs; les accès n’ont plus reparu. (Desruelles, Journal universel de méd , t. xv.)
Apoplexie et arachnitite intermittente et rémittente quotidienne.
No 151. M. Ch’***, âgé de cinquante-six ans, tempérament bilioso-sanguin, embonpoint médiocre, taille élevée, étant affecté depuis plusieurs années de goutte articulaire, se déplaçant fort souvent, et développant alors sur la muqueuse de l’estomac et de l’intestin grêle, sur le parenchyme hépatique , la plèvre diaphragmatique , de graves irritations qui avaient un caractère inflammatoire bien décidé. Le lei avril 1824, M. Ch*** fut frappé d’apoplexie subitement et sans aucun symptôme antécédent. Stupeur considérable, somnolence alternant avec un délire fugace ; pouls petit, irrégulier, déprimé, sans fréquence; face pâle, chaleur animale inégalement répartie, très sensible à la tête, nulle dans les autres parties du corps , dont la peau était très froide. Seize sangsues à la base du crâne. Après leur application , la chaleur se répandit sur toute la périphérie du corps; le pouls s’éleva, devint dur.
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aî)9
large, tendu; deux saignées , chacune de vingt onces. H'in'pVgie à g- uche, déglutition difficile , respiration stertoreuse , coma pmfond ; insensibilité de la peau, des sens externes, de l'estoniac, aux slimu anls les p'us énergiques. Vésicatoires, sinapismes aux extrémités, glace pilée sur la tete. Dans la matinée du 2 , disparition complète de l’assoupissement, diminution de l’hémiplégie et retour du mouvement et du sentiment, rétablissement des rapports du malade avec les objets environnants. Les graves symptômes qui , le jour précédent , dénonçaient un raptus apoplectique et la compression du cerveau , disparurent en moins d’une heure pour faire place au symptôme d’une phlogose aiguë de l’arachnoïde. Dés lors, face animée, regard fixe, yeux hagards , jactation , délire loquace , partiel ; association et filiation parfaite des idées qui formaient l’objet du délire; coloration du visage , chaleur de la tête.Glace pilée, affusion d’eau et mixture frigorifique sur la télé, lavement avec l’eau froide vinaigrée et salée. Vive excitation nocturne. Vingt-deux sangsues à la base du crâne. Diminution notable des symptômes de l’excitation cérébrale. Le 3, délire plus actifque la veille , jactation, soubresauts des ten dons. Trente-six sangsues à la base du crâne et au cou. Alors excitation cérébrale remplacée par un collapsus profond, et assoupissement comateux interrompu par de fréquentes et singulières hallucinations. Sinapismes animés avec l’acide hydrochlorique appli*qués aux pieds. Le 4, retour du délire à dix heures , suivi d’un assoupissement de plusieurs heures avec coloration de la face et élévation du pouls. Nuit calme du 4 au 5. Pendant la journée du 5 , céphalalgie frontale violente, délire presque continu , alternant avec l’assoupissement comateux. Vingt sangsues à la base du crâne , vésicatoire à la nuque. Redoublement fébrile nocturne avec dilatation des pupilles. Le 6, diminution sensible des symptômes de la phlogose cérébrale. Glace. Le 7, nouvelle exacerbation du délire, de la céphalalgie qui est atroce, cris plaintifs ou mussitation; pouls dur, fréquent, irrégulier, expression remarquable d’étonnement. Le 8, mêmes symptômes moins le délire. Le 9, cessation complète de la plupart des symptômes Jusqu’à deux heures du soir où ils reparurent. Le 10, même rémission que celle de la veille, à neuf heures du matin. Dés lors sulfate de quinine huit grains. L’indication était positive; cette grave phlegmasie devenait une fièvre rémittente délirante ou soporeuse. Le paroxysme revint deux heures plus tard que la veille. Le 11, même état de rémission, continuation du sulfate de quinine; à quatre heures du soir, paroxysme comme la veille. Les jours suivants, retour des paroxysmes et des rémissions toujours aux mêmes heures : neuf heures du m-Uin et quatre heures du soir. Continuation du sulfate de quinine. Le 14, les rémissions se sont converties en véritables intermissions ou apyrexies. L’état du malade va s’améliorant, et on continue le sulfate de quinine jusqu’au 17. (Allonneau, Bulktin de l’Athénée de médecine ^ 182Ü.)
Méningite quotidienne.
No 152. A la suite d'un coup reçu à la tête qui fractura le pariétal , et ap- és quatre jours d’une santé parfaite eu apparence, un homme éprouva le soir un violent accès de fièvre avec céi)halalgie, frisson, délire alternant avec l’assoupissement; coloration de la face, et douleur très vive dans le cou. Ces symptômes disparaissent le lendemain malin, et pendant toute la journée le malade raisonne bien et mange de bon appétit. Huit accès semblables se succèdent , séparés par une apyrexie complète ; mais après le neuvième , les accidents persistent, et le malade meurt dans le coma.
A l’ouverture du cadavre, on trouve les méninges inflammées, recouvertes d’une exsudation puriforme, la substance du cerveau correspondant à la plaie , brune et liquéfiée , et la troisième vertèbre dorsale fracturée , avec la
3oo
PHLEGMASIES IKTERMITTFNTES
membrane de la moelle ‘'p'niêre légèrement phlogosée dans cet endroit. (Itard , Journal univ. des sciences méd., 1823.)
Autre avec le même type,
N® 153. Un adulte, fort et bien constitué, éprouve quatre accès d’une fièvre quotidienne , dont les principaux symptômes sont d’abord , et avant l’invasion de la fièvre, line céphalalgie intolérable, et pendant l’accès, délire, rougeur très vive de la face, agitation, pouls dur, petit et fréquent , occlusion des yeux, rétrécissement de la pupille, soubresauts des tendons, haleine très fétide. Dans l’aprés-midi , disparition de tous ces symptômes, à l’exception d’un léger mal de tête. Bien-être jusqu’au lendemain matin. Le quatrième accès emporia le malade.
A l’ouverture du crâne, on trouva l’arachnoïde très rouge, épaisse, adhérente au cerveau , et la membrane muqueuse du colon et des intestins grêles vivement colorée en rouge. [Id.ihid.)
Arachnitite intermittente quotidienne.
No 154. Un homme reçoit sur sa tête un corps très lourd qui, tombant d’un endroit élevé, brise et enfonce plusieurs portions du pariétal droit. H perd connaissance pendant un quart d’heure au moment de la chute, mais il la recouvre bientôt complètement. Pendant quatre jours, tout alla parfaitement bien, le malade n’eut pas même de céphalalgie ; elle ne parut que le soir du quatrième jour, et s’accompagna de frissons, de symptômes gastriques, de délire alternant avec un assoupissement profond, d’une vive coloration de laface, de fréquence et de dureté dans le pouls, et d’une chaleur générale très vive Jusqu’au 9, tous ces accidents revinrent régulièrement tous les soirs ; ils disparaissaient si complètement qu’on aurait pu douter du désordre de la nuit , si le malade n’avait pas été examiné avec la plus grande attention. Dans le courant de la journée, il était calme et gai , raisonnant bien, et mangeait de bon appétit la nourriture qu’on lui accordait Le neuvième jour au matin, le calme ne revint pas ; le délire, la fièvre, les mouvements presque convulsifs, prirent en peu de temps un haut degré d’inlensilé ; l’assoupissement se convertit bientôt en véritable coma; la respiration devint slertoreuse, le pouls petit et intermittent, la peau sèche , etc Tous ces accidents allèrent en augmentant jusqu’à la mort qui arriva le lendemain. Pendant tout le temps de celle affection, le malade ressentit dans le cou une douleur très vive.
Ouverture du cadavre. — 1° La surface interne de la dure-mère, à trois ou quatre pouces environ de l’ouverture du crâne, était détachée de l’os et couverte de pus ; 2° l’arachnoïde sur l’un et l’autre hémisphère était rouge ; sur le droit, elle était de plus recouverte d’une couche de matière puriforme assez épaisse et confondue avec la substance cérébrale au niveau de l’ouverture du crâne; cette couche était plus mince, et pouvait être détachée de l’arachnoïde dans les autres endroits ; 3° la pie-mére, également enflammée, avait acquis beaucoup d’épaisseur, et tenait intimement réunies entre elles les circonvolutions cérébrales. Au niveau de la plaie extérieure, la substance du cerveau était brunâtre et comme liquéfiée à un travers de doigt de profondeur. On trouva la troisième vertèbre dorsale fracturée, et la membrane de la moelle épinière en cet endroit légèrement phlogosée. (Lemaire, Dissert. méd. )
Autre arachnitite sous type quotidien.
No 155. Un adulte fort et bien constitué est apporté un jour dans les salles deM.Récamier dans l’étal suivant : perle complète de connaissance; coucher
internes;
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en supination ; désordre complet des facultés intellectuelles, souvent même délire furieux; rougeur très vive de la face; yeux habituellement fermés; conjonctives injectées; rétrécissement extrême des pu[tilles; agitation continuelle; soubresauts des tendons; chaleur vive et sécheresse de la peau; pouls dur, petit, fréquent, haleine très fétide. Dans l’après-midi, tous ces accidents disparaissent; la connaissance revient complètement; le malade parle; il se plaint d’une douleur de tête qui est intolérable avant l’accès; il ne sait à quoi attribuer cette maladie qu’il regarde comme une légère indisposition. Quoique très fatigué, il passe le reste de la journée et la nuit entière dans un état satisfaisant. Le lendemain matin, il est pris de frissons qui s’accompagnentbientôt de tous les accidents qu’il présentaitla veille, lors de son entrée à l’hôpital ; comme la veille aussi, le calme revient dans l’aprés-midi, mais le malade reste plus[abattu et plus courbaturé. Le surlendemain, les accidents reparaissent à la même heure que les jours précédents et disparaissent de même ; on reconnaît une fièvre intermittente pernicieuse, et on dirige le traitement en conséquence. Le quatrième jour, l’accès reparaît avec plus de force et d’intensité que les jours précédents, et le malade meurt deux heures après son Invasion.
Ouverture du cadavre. —L’arachnoïde était d’un rouge vif, non seulement au-dessus de la masse cérébrale, mais encore à la partie interne de toute la dure-mère; elle était de plus très épaissie, mais au-dessus du cerveau seulement; elle adhérait encore à la surface des circonvolutions d’une manière plus intime que dans l’état naturel; les circonvolutions étaient un peu ramollies. La membrane muqueuse du colon et de tous les intestins grêles offrait également une rougeur très vive. (Parent-Duchatelet et Martinet , /Jecherches sur V inflammation de V arachnoïde. )
Arachnitite intermittente bi-quotidienne.
N® 156. Maujy, âgé de dix-neuf ans, d’une constitution frêle et délicate, adonné aux boissons spiritueuses, est pris un jour, sans cause connue, de frissons et d’une forte douleur de tête. Il reste [tendant plusieurs jours dans un état incertain de santé et de maladie ; des mouvements convulsifs épileptiformes étant survenus inopinément, il entre à l’hôpital. Il était très maigre; il avait la face pâle , les yeux comme égarés; il se plaignait peu de céphalalgie; il n’avait pas de fièvre, mais deux fois par jour il perdait connaissance, et alors: céphalalgie plus intense avant et après l’attaque; légers mouvements convulsifs des muscles de la face; convulsions générales de tous les membres; roideur tétanique des muscles du cou; salive épaisse, rougeâtre, remplissant la Louche. Le musc et les autres antispasmodiques n’apportent aucun soulagement à ces accidents qui persistent au même degré pendant huit à dix jours, et toujours aux mêmes heures; ils augmentent ensuite d'intensité, se prolongent tellement qu’ils ne laissent plus entre eux d’intervalle. Les mouvements convulsifs sont continuels jusqu’à l’instant de la mort qui arrive vingt-cinq jours après l’invasion de la maladie, et six jours après que les symptômes eurent cessé de présenter des intermittences complètes.
Ouverture du cadavre. — Rougeur très intense de toute l'étendue de l’arachnoïde; quantité médiocre de sérosité dans les ventricules latéraux; rougeur très vive de la muqueuse de tous les intestins qui sont invaginés en plusieurs points; engorgement des glandes mésentériques; état sain de tous les autres viscères. [Id., ibid.)
Méningite intermittente quotidienne. (Fièvre pernicieuse
délirante.) ^
157. M. V***, âgé de trente-six ans, d’un tempérament sanguin, d’une
PHLEGMASIES INTERMITTENTES
forte constitution, travaillant dans un comptoir, ayant eu un abcès à l’une des fesses, était depuis un mois indisposé ; il éprouvait des maux de tête. Le 16 mars, ce malaise augmente ; le 17 , un frisson vif et prolongé annonce l’invasion d’un accès de fièvre. Le 18, un accès pareil a lieu; durant l’un et l’autre, la céphalalgie est très intense , mais il n’y a ni délire ni autre symptôme grave. L’apyrexie succède à ces accès. Le 19, vers midi, la fièvre revient comme les jours précédents , mais elle est accompagnée d’agitation nerveuse et de délire. Une consultation est provoquée- M. Ginlrac et un autre médecin sont appelés; ils se réunissent à neuf heures du soir. Le malade reconnaît les personnes placées prés de lui. Il parle, mais avec une sorte d’embarras. 11 fixe difficilement les objets, se lève souvent sur son séant, et cherche à sortir du lit. Les pupilles sont un peu resserrées; les paupières supérieures sont comme appesanties. Une douleur très vive occupe le devant de la tête, l’occiput et la nuque. Le pouls est très concentré et fréquent, la face pâle; un peu de sueur couvre le front, ainsi que diverses autres parties du cercle supérieur; il y a peu de chaleur. La langue est dans l’état normal, l’épigastre peu sensible à la pression; les autres fonctions n’offrent rien de remarquable.
Dans la consultation, M. Gintrac, vu l’irritation cérébrale évidente et son type intermittent, propo.se lo une saignée du pied à faire immédiatement; 2“ l’application d’un nombre de sangsues relatif à l’état du pouls après la saignée, soit a l’épigastre, soit au cou; 3» des vésicatoires aux jambes; 4o des lavements avec le quinquina; 5o le sulfate de quinine dés la diminution de l’accès. Les deux autres consultants n’admettent que les vésicatoires et l’emploi du quinquina. En conséquence, une once de ce médicament est donnée dans la nuit ; l’accès décline et l’état du malade devient satisfaisant. Le 20, à dix heures du matin, un nouveau frisson signale l’invasion d’un accès des plus intenses. Délire, agitation excessive ; paroles entrecoupées, inintelligibles ; pouls concentré, dur, fréquent ; face pâle, yeux à demi fermés, etc. Les consultants se réunissent à midi; ceux qui la veille avaient rejeté les émissions sanguines insistent sur leur emploi ; une saignée est faite au pied ; plus tard des sangsues sont appliquées; mais à six heures du soir le malade expire.
L’examen cadavérique est fait le 22, à sept heures du malin. Toute la surface du corps est couverte de larges ecchymoses, La dure-mère est en plusieurs points très adhérente aux os du crâne. Le feuillet séreux qui la tapisse est sain. Vers les fosses temporale et occipitale , entre la dure-mère et les os, on voit de larges infiltrations sanguines. La lame arachnoïdienne qui recouvre la partie supérieure et la face interne des hémisphères cérébraux est intimement unie et confondue avec la dure-mére, Ces deux membranes ayant une et deux lignes d’épaisseur, ont une teinte jaunâtre, due à l’infiltration et à la concrétion dans leur propre tissu d’une couche de matière purulente. L’arachnoïde de ia face inférieure du cerveau est épaisse et opaque La substance cérébrale est saine, mais un peu injectée. Les ventricules contiennent un peu de sérosité purulente. Les poumons sont engorgés, mais sans autre altération. Le cœur présente dans ses parois une teinte rougeâtre uniforme , principalement du côté droit. L estomac est sain. Les intestins offrent, ainsi que la plupart des viscères abdominaux, une teinte d’un rouge brunâtre, assez uniformément répandue. Du reste, ils sont dans l’état normal. ( Gintrac, Société roy. de méd. de Bordeaux. 1824.)
Méningite, type quotidien. (Fièvre pernicieuse comateuse.)
No 158. Benoit Simonelli, âgé de trente ans, d’une forte constitution, avait depuis quelque temps une fièvre d'accès ; il vint à l’hôpital le 2 juillet 1822,
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et fut placé au no 76. Le 3, il eut un léger accès de fièvre ; après cet accès, ii prit deux onces de quinquina. Le 4, vers midi, il se promenait dans la salle, se sentait très bien et riait avec les autres malades. Toul-à-coup , il fut pris d’un violent frisson, auquel succéda une fièvre très forte, pendant laquelle il y eut contraction et flexion des avant-bras sur les bras et coma profond; ü mourut six heures après l’arrivée de cet accès.
Ouverture le lendemain à deux heures — Injection extrêmement vive de toute l’arachnoïde, couleur beaucoup plus foncée de la substance grise du cerveau, qui tirait sur le gris rose obscur ; un peu d’eau dans les ventricules. Point de fausse membrane sur l’arachnoïde. Forte inflammation de l’estomac, surtout vers son grand cul-de-sac, qui était partout d’un rouge foncé, et d’une manière continue. Beaucoup de vers dans les intestins grêles , qui présentaient aussi des portions enflammées, surtout là où se trouvaient des pelotons d ascarides. (Bailly, Traité anatom. path. des fièvres interm.)
Autre méningite quotidienne. (Fièvre pernicieuse comateuse.)
No 159. Pierre Donati,âgéde vingt-huit ans , d’une bonne constitution, ut apporté à l’hôpital du Saint-Esprit, le 2 août 1822, et placé au no 12. Vers une heure et demie après midi, il fut pris d’un violent accès de fièvre, qui commença par un froid excessif suivi d’une vive chaleur et de stupeur. Il était couché sur le dos, avait les yeux à demi ouverts, se réveillait quand on lui partait, et retombait de suite dans le coma. Le pouls était fréquent et fort, la peau brûlante. La nuit, il survint une sueur abondante qui se manifesta par grosses gouttes sur le cou, la tête et tout te corps. Les facultés intellectuelles revinrent, et le matin il fut en état de répondre sur sa santé. Il prit plusieurs onces de quinquina. Le 3, la fièvre revint à midi et demi, débuta par un froid très violent, suivi de chaleur, de stupeur plus profonde; mais cependant il se réveillait toujours, quand on l’appelait il ouvrait les yeux. Les avant-bras étaient fléchis sur les bras ; on ne pouvait les étendre. La mâchoire inférieure était fortement serrée contre la supérieure, et empêcha devoir l’état de la langue. Peau d’une sensibilité obtuse , décubitus sur le dos ; ventre indolent sous la pression. A deux heures et demie après midi, sueur générale, mais non aussi abondante que la première. Le soir, retour du sentiment et de l’intelligence, cessation des contractions des bras, mais idées moins claires. Autre dose de kina. Le 4, troisième jour de son arrivée, le matin à sept heures et demie, pouls fréquent , stupidités air d’ivresse, A onze heures, retour du froid, qui fut moins intense et plus court; fièvre plus violente, et stupeur plus profonde ; coma, retour de la rigidité des membres, soubresauts des tendons; toujours décubitus sur le dos, pouls plein et fort. A trois heures et demie après midi, sueur, mais moins copieuse. Après la sueur impossibilité de répondre et de reconnaître son état, cessation des contractions. Le 5 août, à neuf heures du matin , nouvel accès de fièvre, froid plus court, chaleur plusvive. Contraction des avant-bras, conia, respiration gênée, râle. Mort à dix heures du soir.
Ouverture , douze heures après. — Vive inflammation de toute l’arachnoïde; sérosité entre les circonvolutions , engorgement des vaisseaux qui
rampent sur elles; injection des vaisseaux de la lyre dans les ventricules. Le cerveau étant enlevé , il s’écoule de la cavité du crâne une demi-livre de sang; quelques points d’une couleur rosée dans l’estomac et les intestins ; foie gorgé de sang ; rate volumineuse et facile à déchirer ; rien dans la poitrine. {Id, ihid.)
PHLEGMA.SIES INTERMITTENTES
Arachnitite rémittente tierce. (Fièvre pernicieuse comateuse.)
N® 160. Joseph Soavini , âgé de vingt-trois ans, d’une forte constitution, vint le 6 juillet à l’hépilal du Saint-Esprit, et fui placé au n» 10. Il était affecté d’un accès de fièvre pernicieuse qui dura toute la journée du 7. Le 8, intermission. Quand on lui demande la langue, il la laisse entre les dents. Il a l’air étonné, stupide ; ses yeux sont grandement ouverts. Cet état dura jusqu’au lendemain soir 9, qu’un nouvel accès revint, la peau était chaude et sèche ; pouls plein, fort, 120. Un peu de roideur douloureuse dans les bras quand on les étend, coma profond, yeux ouverts, insensibilité, immobilité générale. Mort à six heures du soir. Il a pris plusieurs onces de quinquina.
Ouverture. — Arachnitite intense et générale; substance grise d’une couleur beaucoup plus foncée qu’à l’ordinaire ; substance blanche, cérébrale, parsemée dans toute son étendue de points rouges extrêmement rapprochés. Engorgement des vaisseaux qui rampent sur les circonvolutions. Légère inflammation de l’estomac, intestin grêle contracté sur lui-même dans toute sa longueur, gris à l'extérieur et peu coloré à l’intérieur; il présente cinq invaginations. Rate de six à huit livres; elle ne semble composée que d’un sang noir, grisâtre, versé dans un réseau à filets très distincts. Injection des vaisseaux mésentériques, foie gorgé de sangqui s’échappe en abondance des vaisseaux coupés. [Id. ibid.)
Encéphalite quotidienne. (Fièvre pernicieuse comateuse.)
No 161. Maurer , soldat à la légion étrangère , âgé de vingt-six ans, a été deux fois à i’hôpi tal d’Alger, dans le courant de l’année , pour une fièvre intermittente. Sorti depuis un mois, il y rentra le 9 novembre 1832, le cinquième jour d’une fièvre quotidienne, dont les accès revenaient dans la matinée. Il était dans la période de chaleur lorsque je le vis vers deux heures après midi : l’accès était des plus simples; il n’y avait rien du côté de la poitrine, rien du côté de l’abdomen ; rien autre chose qu’une légère céphalalgie qui disparaissait pendant l’apyrexie. Diète, limonade. Le 10 au matin, tendanceau coma ; les traits sont comme voilés, les yeux fixes et grandement ouverts; le malade comprend avec peine; le pouls est lent et large ; la peau non fébrile ; la langue plate, nette, rosée, humide. Diète, limonade, saignée du bras de dix onces, trente sangsues aux tempes; potion fébrifuge du codex, à défaut de sulfate de quinine. A la visite du soir, le coma étaitdissipé; l’accès qui devait avoir lieu dans la matinée n’était pas venu, mais il n’était que retardé , car le 11 malin le coma était des plus profonds; trismus, écume à la bouche, comme dans l’épilepsie. Diète, limonade, saignée du bras de vingt onces, trente sangsues sur le trajet des jugulaires; deux vésicatoires aux cuisses, deux sinapismes aux jambes.
Vers trois heures après mid', le malade paraît comprendre ce qui se passe autour de lui; mais il ne peut articuler aucune parole; il nous est impossible de lui faire avaler quelques cuillerées de boisson ; il crache tous les liquides qu’on lui introduit dans la bouche. Un quart de lavement amylacé avec vingt grains de sulfate de quinine que l’on était parvenu à se procurer. Progrè'^ du coma pendant la nuit; mort le 1 2, à huit heures du matin.
Ouverture du cadavre. — Forte congestion des vaisseaux qui rampent à lasurface des circonvolutions cérébrales. Arachnoïde généralement opaque, lactescente ; granulations de Pacchioni volumineuses , très multipliées. Cerveau ferme, dense : coloration foncée, tirant sur le noir, de la substance grise ; injection sablée très fine, très rapprochée de sa substance blanche Cervelet, rien à noter. Les poumons et le cœur sont dans l’état naturel. Ramollissement, avec teinte d’un gris foncé, de la membrane mu-
INTERNES
queuse de l’estomac; quelques traces de rougeur poinlillée très superficielle. Intestins sains. Le foie rouge, se déchirant facilement, ressemble au tissu normal de la rate. La rate, volumineuse, très fortement congestionnée, est ferme et solide. (Maillot, Traifé des fièvres intermitt. )
Autre aveclemême type. (Fièvre pernicieuse comateuse.)
N® 162. Penyr, soldat à la légion étrangère, âgé de vingt-cinq ans, entra à l’hôpital de Bone, le 23 décembre 1834, le dixième jour d’une fièvre quotidienne fort simple ; il arriva dans la soirée , et je ne le vis que le 24, à la visite du matin. Il était à sa quatrième récidive depuis le commencement de l’année; néanmoins son état général était excellent, son embonpoint au moins ordinaire; il ne conservait, en un mot, aucune trace de maladie antérieure. Il n’éprouvait aucun malaise, point de faiblesse, point de douleur, point de soif, point d’anorexie; la langue était uniformément rouge et humide II n’y avait donc d’autre indication à remplir que celle de prévenir le retour des accès. Diète, limonade, vingt-quatre grains de sulfate de quinine en potion, à prendre de suite, en une fois. A la visite du soir, le malade est plongé dans un profond coma; le pouls est plein, large, peu accéléré; la peau sans la chaleur mordicante de la fièvre, les mâchoires sont fortement serrées l’une contre l’autre ; les membres dans la résolution la pluscomplète; petits cris plaintifs, lorsqu’on pince fortement la peau. Saignée de la temporale de quatorze à seize onces, vingt sangsues sur le trajet des Jugulaires, deux vésicatoires aux cuisses, deux sinapismes aux jambes ; un quart de lavement amylacé avec soixante grains de sulfate de quinine. 25 matin, coma beaucoup moins fort que celui de la veille : trismus moins prononcé, yeux grandement ouverts, avec cette fixité spéciale aux hommes qui sortent d’un état comateux. Diète , limonade, un quart delavementamylacéavec soixante grains de sulfate de quinine, quarante grains en potion, à prendre dans la matinée, et qu’on fait avaler au malade, en lui pinçant le nez, et en plaçant une cuillère entre les arcades dentaires Dans l’après-midi, l’amélioration observée le matin a continué à faire quelques progrès. Penyr paraît avoir la conscience de ce qui se passe autour de lui, mais il ne peut articuler aucune parole; il a eu plusieurs selles dans la journée Quarante-huit grains de sulfate de quinine en potion, à prendre pendant la nuit, deux sinapismes aux bras, vésicatoire à la nuque. 26 malin, tous les accidents ont empiré, le coma est plus profond que jamais, le pouls est devenu petit, accéléré, fuyant sous le doigt. C’est sans espoir que je prescris e core à haute dose le sulfate de quinine associé à l’éther, car le malade esta l’agonie; il meurt à onze heures du malin.
Ouverture du cadavre, quatre heures après la mort. — Sinus et vaisseaux qui rampent à la surface du cerveau gorgés de sang Pulpe cérébrale dense et résistante: la substance grise a une couleur très foncée; la substance blanche est tellement congestionnée, que si, après l’avoir divisée , on la comprime légèrement, le sang en sort comme en nappe ; il en est de même du cervelet. Sérosité sanguinolente dans les ventricules. Injection assez forte des membranes, moindre cependant que celle de la matière nerveuse. La substance grise de la moelle est beaucoup plus injectée que la blanche. Je n’ai jamais rencontré une injection de la moelle aussi bien dessinée que chez ce sujet. Cette injection existe dans toute l’étendue de la moelle, à des degrés divers, depuis les nuances les plus faibles , jusqu’à un ramollissement rouge de dix lignes environ, au niveau des premières vertèbres dorsales. Poumons parfaitement sains, sans adhérences. Cœur dans l’état naturel, tissu ferme et coloré. Ramollissement général avec teinte grise de la membrane muqueuse de l’estomac ; injection poinlillée, d’un rouge vif, dugrand cul-de-sac.
PHLEGIMASIES INTERMITTENTES
Ramollissement grisâtre, sans injeclion, d’une grande partie de l’intestin grêle : au voisinage de ia valvule iléo-cœcale, développement anormal d’un grand nombre de follicules isolés, sans rougeur environnante, sans cercle inflammatoire. Les gros intestin-! sont sains. La rate, beaucoup plus volumineuse que de coutume, est ramollie, couleur de lie de vin; rien de remarquable dans le foie. [Id. ibid.)
Autre encéphalite quotidienne. (Fièvre pernicieuse comateuse.)
No 163 Un soldat de la légion étrangère , ayant eu une fièvre intermittente dans le courant de l’année , (mtra à rhôpita! d’Alger , dans les premiers jours de novembre 1832, pendaut le cinquième accès d’une fièvre quotidienne avec irritation gastro-céphalique , annoncée par une légère céphalalgie, de la soif, et l’acération de la langue. Diele, limonade, saignée du bras de vingt onces , trente sangsues à l’épigastre.
Le lendemain matin , apyrexie. Diète, limonade, seize grains de sulfate de quinine. A la visite du soir, coma, résolution des membres , grincement des dents. Quarante sangsues sut le trajet des jugulaires , trente grains de sulfate de quinine à prendre pendant la nuit. Le troisième jour matin, coma en grande partie dissipé ; le malade ne parie pas, mais il paraît comprendre. Diète, limonade, trente grains de sulfate de quinine. Vers midi, augmentation du coma qui devient de plus en plus profond. .^îort à dix heures du soir.
Ouverture du cadavre, — Les vaisseaux de la périphérie de l’encéphale sont gorgés de sang. Plaque rouge de la pie-mère dans la plus grande partie de la face externe du lobe gauche. Congestion générale du cerveau : la substance grise est d’une teinte très foncée; la blanche, incisée par tranches, offre les orifices d’une multitude de petits vaisseaux sanguins excessivement ^approchés. Il en est de meme du cervelet. La fermeté de toute la masse cérébrale est très grande , sa densité extrême. Moelle épiniére très rési>ianfê sans injection marquée; poumons sains, crépitants; quelques légères et anciennes adhérences. Cœur beaucoup plus volumineux que le poing du sujet , rem[)li de caillots sanguins; hypertrophie du ventricule gauche, avec rétrécissement de sa cavité.
Membrane muqueuse de l’estomac ramollie dans toute son étendue, avec teinte d’un gris roussâtre; son ramollissement est tel, que le grattage le plus léger du doigt l’enlève sous forme de pulpe ; aucune rougeur, aucune trace de congestion. Immédiatement au-dessous du duodénum , dans 1 étendue de deux pieds environ, la membrane muqueuse est parsemée d’une foule de petits follicules qui font une saillie de la grosseur d’une tête d’épingle ; dans l’intervalle qui les sépare, la membrane , sans rougeur, sans ramollissement, paraît tout-à-fait saine : le même genre d’altération reparaît à dix-huit pouces environ au-dessus de la valvule iléo-cœcale. Il y a six à huit invaginations , sans coloration anormale des parties invaginées. Le gros intestin n’offre rien à noter; le foie se déchire facilement, et la rate, volumineuse, ramollie, a l’aspect lie-de- vin, ( Id, ibid.)
Apoplexie intermittente tierce, (Febris intermittens apoplexiam
simulans.)
No 164. Je fus appelé en 1580 pour voir un enfant, âgé de douze ans , que je trouvai plongé dans une grande insensibilité; il ronflait, et présentait tous les autres symptômes d une violente apoplexie. Pour tirer cet enfant du profond sommeil où je le trouvai plongé, je prescrivis une saignée à la jugulaire, une ventouse scarifiée entre '.es épaules, un lavement irritant, une potion purgative, plusieurs vésicatoires, enfin l’emploi des poudres ster-
INTERPTES.
nutatoires , et de tous les remèdes évacuants et stimulants possibles. Le jour suivant, à ma grande surprise, je trouvai le petit malade non seulement réveillé, mais sans la moindre faiblesse, se tenant debout dans son lit, et jouant avec ses camarades; enfin il était entièrement délivré de sa maladie , et demandait à manger. Mais le lendemain, à peu prés à la même heure, je vis cet enfant plongé de nouveau dans un accès d’apoplexie absolument semblable au précédent , et j’eus recours aux mêmes moyens. Ayant vu la même chose se répéter deux fois , je n’hésitai plus à reconnaître une fièvre intermittente cachée sous le masque d’une apoplexie; c’est pourquoi , suivant l’avis de mou collègue Daniel Cox.qui avait été appelé en consultation avec moi, je prescrivis l’usage du quinquina durant l’intervalle des accès, afin d’en prévenir de nouveaux. Après l’administration de ce médicament, l’apoplexie n’a point reparu; mais , après la première semaine, il se manifesta quelques accès de fièvre intermittente , d’abord tierce , puis quotidienne , dont le jeune malade ne tarda pointa être délivré entièrement par lusage répété du quinquina. (Morton, Opéra omnia, hist. 25.)
liuxham a également observé un exemple d’apoplexie intermittente tierce,, chez un sujet qui mourut à la quatrième attaque. (De Haen, De fehr. divis., p. 229.)
Frénésie intermittente double-tierce.
No 165. Yandermonde rapporte qu un homme fut attaqué, en automne 1707, d’une fièvre double tierce telle, que le malade entrait en frénésie à chaque redoublement. Dans les troispremiers jours, il futsaigné cinq fois dubras, et une fois du pied ; on lui fit faire usage de bouillons altérants, incisifs, de tisanes et de lavements.
Le quatrième et le sixième Jour on le purgea avec la casse, la manne ei^
de frénésie diminuassent. Ce qui détermina à lui faire prendre le quinquina en bols, mêlé avec des purgatifs. 11 n’en eut pas pris trois ou quatre fois, qoe ces accès diminuèrent considérablement; il ne sentait presque plus qu’un simple frémissement lorsque l’accès le prenait. Enfin , au bout de quatre à cinq jours, il en fut entièrement délivré. Cependant , pour prévenir les rechutes fréquentes , surtout dans cette saison , il continua le quinquina pendant quelque temps. {Journal de méd. , année 1763, t. xviii. )
Apoplexie intermittente tierce. (Fièvre pernicieuse apoplectique.)
No 166. ün soldat tombe sans connaissance étant de faction, et reste dans cet état avec la respiration embarrassée et le pouls petit et fréquent. Une saignée de vingt onces est aussitôt pratiquée et amène un soulagement notable. Le malade recouvre la connaissance , et une sueur générale et abondante termine cette espèce d’accès. On apprend alors de lui que, depuis quelques jours, il avait tous les deux jours un accès de fièvre caractérisé surtout par un grand mal de tête Dès-lors, le diagnostic étaitassuré, vingt grains de sulfate de quinine sont prescrits, et arrêtent le développement de l’accès qui devait suivre. (Gouzée, médecin de l’hôpital militaire d’Anvers. Gazette méd de Paris, 1834.)
Encéphalite et arachnitite cérébro-spinale avec le type tierce..
No 167. Lecoq Marguerite , âgée de vingt-cinq ans, d’une constilutioo forte et vigoureuse, entra à l’Hôtel-Dieu, dans les salles de M. Récamier, le 12 octobre 1816, pour quelques symptômes gastriques , parmi lesquels prédominait une céphalalgie très intense.
PHLEGMASTES INTERMITTENTES
Huit jours après son entrée à l’hc^pital , elle fut prise d’un accès de fièvre bien caractérisé, avec frisson, vomissements spontanés très abondants, suivis d’une chaleur très vive, et accompagnés d’une forte douleur occupant l’occiput et les côtés du cou. Le soir, tous ces accidents cessèrent, l’apyrexie fut complète. Jusqu’au neuvième jour, à dater de la première invasion de l’accès, ils se renouvellent exactement tous les deux jours avec les mêmes symptômes, laissant entre eux un jour d’apyrexie complète; la céphalalgie est le symptôme dominant de chaque accès; on la fait cesser chaque fois comme par enchantement, par une application de sangsues au cou. Dans un moment d’apyrexie on fait prendre sept gros de poudre de quinquina qui est rejetée aussitôt par le vomissement; le cinquième accès fut soulagé par un bain à 22" avec affusions froides. L’accès du neuvième jour vient avec l’appareil de symptômes ordinaires, et de plus avec des douleurs extrêmement vives dans les membres abdominaux. Jusqu’au dix-huiliéme jour, même appareil de symptômes qui suivent régulièrement la même marche ; la rougeur de la face, l’assoupissement, la dureté du pouls, et d’autres symptômes de pléthore qui se renouvellent à chaque accès, et qui indiquent le besoin de la saignée , la font réitérer trois fois, avec un soulagement marqué à chaque fois qu’elle est faite. Du dix huitième au vingt-quatrième jour, même type dans les accès. On donne d’abord un vomitif qui procure une forte épigastralgie qui ne cède qu’à une application de douze sangsues sur le lieu douloureux; plusieurs lavements fortement chargés de quinquina sont administrés sans succès. Les dents, la langue et les lèvres se sèchent; le pouls diminue de force et de fréquence. Le vingt-quatrième jour, il y eut pendant tout l’accès un délire bien caractérisé; à dater de ce jour, les accès se rapprochèrent tellement qu’il n’y eut plus entre eux d’intervalles; la fièvre devint continue avec des exacerbations fréquentes. Pendant tout ce ti mps les ^èux furent égarés, les facultés intellectuelles ne s’exercèreut qu’avec uns excessive lenteur ; la malade resta plongée dans un état continuel d’assoupissement;on l’en retirait cependant avec facilité; elle se plaignait alors d’une douleur très vive dans les bras et les jambes, et d’une céphalalgie atroce, siégeant principalement dans les fosses temporales. Jusqu’au vingtneuvième jour, l'assoupissement augmenta peu à peu; les lavements de quinquina furent continués et ne firent qu’aggraver les accidents. Ce même jour les facultés intellectuelles se perdirent entièrement; l’assoupissement se convertit encorna; la prostration devint extrême; les yeux tournés en haut et à moitié couverts par les paupières, furent affectés d’un double strabisme, et la mort arriva le trentième jour au matin.
Ouverture du cadavre. — L’arachnoïde qui tapisse la protubérance annulaire, le cervelet et la moelle allongée , était opaque et très épaissie; entre elle et la pie-mère existait une quantité assez considérable de pus ; cet épanchement purulent et l’altération de l'arachnoïde existaient au même degré, sur toute l’étendue de la moelle rachidienne. Les circonvolutions cérébrales étaient aplaties; beaucoup de sérosité distendait les ventricules latéraux qui contenaient à leur partie la plus déclive une grande quantité de pus verdâtre et homogène ; le quatrième ventricule en était rempli ; l’arachnoïde qui les tapisse était opaque et épaissie. (Deslandes. Dissert, médic.)
Méningite intermittente tierce.
No 168. Je fus appelé, dans le courant du mois dernier, à donner mes soins à un enfant d’un an qui était au douzième jour d’une maladie consistant dans une inflammation gastro-intestinale, une bronchite et des phénomènes cérébraux. Le médecin qui l’avait soigné lui avait plusieurs fois appliqué des sangsues ; il avait été en outre soumis à l’usage des boissons délayantes ; plusieurs
INTERIVES.
fois on lui avait appliqué des cataplasmes sinapisés aux membres inférieurs. A ma visite, l’enfant était pâle ; les bras et les jambes étaient en résolution; le pouls ne se sentait presque pas ; ta pupille était largement dilatée; lesyeux agités de mouvements convulsifs de haut en bas ; souvent les cornées disparaissaient sous la paupière supérieure. Un vési caloire à chaque mollet, un autre à la nuque, un grain de calomel toutes les quatre heures. Le lendemain, il y a une amélioration notable qui se prolonge pendant la plus grande portion de la journée. Le soir, les mêmes phénomènes se reproduisent avec la même intensité. Informé qu’ils s’étaient présentés à la même heure que la veille, je fis appliquer le lendemain sur chacun des vésicatoires des jambes trois grains de sulfate de quinine. L’accès manqua. Le sulfate de quinine fut continué pendant quatre jours. L’enfant jouit depuis ce temps d’une fort bonne santé. ( Lemoine, Revue méd franç., 1835. )
Ménin go -encéphalite avec des exacerbations périodiques, ] (Fièvre intermittente pernicieuse.)
No 169. J. -B, Astre, âgé de dix-sept ans, est admis, le 13 novembre 1818, à l’hôpital des Enfants malades ( département de M. Jadelot ). Il se plaignait depuis un an de fréquents maux de tête ; l’ouïe était dure, surtout à gauche ; il avait eu, un mois avant son entrée à l’hôpital, un écoulement par le conduit auditif externe du même côté, et les maux de tête étaient devenus plus forts. Vingt jours plus tard, il éprouva une céphalalgie violente, pulsative, des étourdissements, une roideur douloureuse à la partie gauche de l’occiput, avec difficulté de mouvoir le cou et avec tumeur, une fièvre forte, des lassitudes générales et des nausées ; tous ces symptômes allèrent en augmentant jusqu’à la mort qui arriva neuf jours après son entrée; ils présentèrent dans leur cours des redoublements réguliers ou des paroxysmes fébriles qui avaient tous les dehors d’une fièvre intermittente pernicieuse; on en calma les accès par l’administration du quinquina.
A l’autopsie on trouva que la dure mère était décollée dans les fosses temporales et occipitales gauches; elle était épaissie surtout dans la portion correspondante au rocher où elle était ulcérée, fongueuse et couverte de végétations brunâtres, surtout à la face externe Le rocher était carié et baigné d’une sanie brunâtre, extrêmement fétide et mêlée de débris d’os. La suture qui unit la partie postérieure de la paroi mastoïdienne du temporal à l’occipital était détruite, et donnait passage à la sanie. Toute la partie de la base du cerveau qui reposait sur le lieu du décollement de la dure-mére était couleur de feuille morte , et comme en putrilage dans l’épaisseur de deux lignes environ. (Létu, Des fièvres intermittentes et rémittentes.)
Encéphalite avec exacerbations en tierce.
No 170. Dans le mois d’août 1821, je fus appelé auprès du sieur M***, employé à la manufacture de draps et y résidant depuis un an. Cet homme, âgé de quarante-cinq ans, d’un tempérament sec et irritable, était atteint depuis douze jours d’une fièvre rémittente tierce dont les symptômes étaient les suivants : léger frisson dans le milieu du jour, avec brisement des membres; puis chaleur générale, douleur épigastrique, céphalalgie temporale droite devenue peu à peu atroce ; soif, langue rouge, lancéolée, humide, sans mauvais goût ; rougeur de la face; pouls dur et fréquent. Les accès étalent très longs, sans moiteur au déclin, et il n’y avait que rémission pendant laquelle, quoique ladouleur temporale fût constante, elle était cependant supportable.
Le neuvième jour, le médecin ordinaire, dans l’intention de combattre cette céphalalgie, le plus désolant de tous les phénomènes, fait appliquer un vésicatoire à la nuque. Aussitôt que l’action des cantharides commence à se
PHLEGMASIES INTERMITTENTES
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faire sentir, la douleur temporale augmente, la face devient plus rouge, le raalade tombe dans l’assoupissement, avec mouvement machinal et tremblotant de la main droite, qui se porte à la tempe du même côté. La fièvre passe au type continu. Le médecin avait d’abord pensé que ces symptômes annonçaient un accès pernicieux, et il attendait en conséquence son déclin pour administrer le fébrifuge Aucune rémission ne survenant, je fus mandé. Convaincu maintenant qu’il existait depuis quelque temps une phlegmasic cérébrale , jointe à des retours périodiques d’irritation, et que le vésicatoire, «n l’aggravant rapidement, l’avaitportée aupointde provoquerune fièvre qui n’était plus susceptible de rémission, nous pensâmes qu’il était urgent de combattre directement la phlogose du cerveau. Douze sangsues furent appliquées sur la tempe même, et des sinapismes aux pieds. Lorsque le sang eut coulé pendant quelques heures, le malade reprit connaissance et se plaignit moins de la tête. Pouls moins fréquent, toujours dur; un peu de moiteur. Troisième jour, frisson avec retour de la céphalalgie, mais sans perte de connaissance. Huit sangsues à la nuque. Quatorzième jour, apyrexie presque complète. Des accès tierces légers, slm[)les, complètement intermittents, s’établissent et sont promptement enlevés par le sulfate de quinine. Depuis cette maladie, M*** s’est plaint d’une douleur orbito-frontale habituelle, qui peut-être a été entretenue par la chaleur des fourneaux, à laquelle sa profession l'expose journellement.
Dans l’automne de 1823, il a clé atteint d’une fièvre quotidienne qui a récidivé plusieurs fois sous tous les types et à toutes les heures. La céphalalgie a toujours été le symplômeprédominant, et la douleur épigastrique en second ordre. (Nepple, Essai sur les fièvres rémittentes et intermittentes des pays marécageux tempérés, 1828.)
M eningo- encéphalite , type tierce.
No 171. Boily (Adolphe), boucher de l’armée, âgé de trente ans, habitué à faire des excès de boisson , mais ayant une bonne constitution , demeurait dans une baraque sur le chemin de Navarin. Il se présenta pour entrer à l’hôpital de Modon le 3 août. Le hasard fit que ce jour-là il n’y avait pas de place vacante, parce qu’on blanchissait la salle de l’hôpital qui avait été occupée jusqu’alors, et que la nouvelle salle qui avait été mise à notre disposition 'était déjà remplie ; mais comme cet homme se plaignait beaucoup de la tête «t que le pouls comportait la saignée, le chirurgien de garde lui tira une livre de sang. Il se sentit tellement bien après cette saignée, que, malgré la défense qu’on lui en fit, il parut disposé à aller au cabaret avec des amis; c’était l’aprés-midi. Il passa la nuit chez des gendarmes français qu’il connaissait à Modon.
Le lendemain , 4 août , ces gendarmes l’apportèrent à l’hôpital sans connaissance et sans parole, mais sans aucun signe d’ivresse. Il avait les yeux .grandement ouverts et fixes; le pouls était fréquent et assez fort sans être très développé. A la visite du soir, je lui prescrivis de la limonade gommeuse et une saignée du bras de douze onces au moins. H se trouva bien la nuit. Le lendemain matin, à la visite, il avait recouvré la parole, mais la face était pâle et défaite ; il n’avait plus qu’un peu de mal de tête ; il ne se souvenait de rien, pas même d’avoir été porté à 1 hôpital; il parlait bien ; la langue était humide, le pouls sans développement , mais sans fréquence remarquable.
Un mieux aussi marqué, après un coma-vigil aussi grave, me fit penser à «ne fièvre intermittente pernicieuse. Je tins le malade à la diète, lui prescrivis la limonade gommeuse pour boisson , et dix grains de sulfate de quinine en potion à prendre avant dix heures du malin , en trois fois. Je ne lui
INTERNES
en donnai pas une plus forte dose, parce que cet homme devait avoir Testomac irrité, et que je craignais de trop agir sur cet organe avec un pareil médicament. Il prit ce remède. A trois heures de l’aprés-midi ( à la visite du soir ) je le trouvai très mal : la face exprimait un danger imminent; elle était terreuse. Il éprouvait un malaise des plus insu[)portab!es , avait de la peine à parler, à respirer, comme s’il eût été menacé de suffocation par un poids placé vers Téfugastre. Il n’avait pas perdu connaissance , mais il avait de la peine à répondre; le pouls était fréquent et petit, les pieds froids; il avait fait dans son lit. Ce que j’avais voulu prévenir était arrivé : il était dans un accès de fièvre pernicieuse, Le soir, à neuf heures, la tête s’embarrassa davantage î il ne parla plus et mourut vers dix heures
Autopsie. Les membranes du cerveau étaient généralement injectées et rouges sur l’hémisphére droit ; le cerveau était généralement mou et d’une couleur grise cendrée à l’extérieur, ainsi que le cervelet. Les poumons n’offrirent rien de remarquable, ni le cœur ; l’estomac était dans tout son intérieur d'une ancienne couleur livide, uniforme, qui indiquait un état habituel d’excitation de cet organe par l’intempérance ; la rate avait le double de son volume naturel , était engorgée et friable. Nous n’examinâmes j as le duodénum. L’intérieur des autres intestins offrit peu d apparence de phlogose ; tous les intestins étaient à l’extérieur , dans leur ensemble» d une couleur grise cendrée, analogue à celle dont j’ai parlé à propos des circonvolutions cérébrales. (Raymond Faure, />cs fièvres intermittentes et continues, 1833.)
Apoplexie intermittente , type tierce. (Fièvre pernicieuse
apoplectique. )
No 172. M. P***, propriétaire des environs de Duras, âgé de soixante-quatre ans, d’un tempéramenlsanguin,d’un caractère très irascible, fulalteint,àlafin de juillet 1818 , d’une fièvre tierce qui céda promptement au quinquina. Le 12 août suivant, dans la matinée, il ressentit tout-à-coup des frissons , des envies de vomir et une grande pesanteur de tête. A midi , il tomba dans un assoupissement profond ; lorsqu’on le secouait, il ouvrait les yeux et les refermait aussitôt; il essayait également quelquefois de répondre auxquestions qu’on lui faisait , mais il ne pouvait pas articuler une parole. Dés que je fus rendu auprès de lui , j’ouvris l’une des veines saphènes; ce vaisseau n’ayant presque pas fourni de sang , je pratiquai une saignée du bras très abondante ; des sinapismes furent mis ensuite autour des malléoles , et l’on donna pour boisson une décoction d’orge et de chiendent. Dans le courant de la nuit , l’assoupissement se dissipa. Le malade était si bien le lendemain qu’il ne se plaignait que d’un peu de propension au sommeil : un changemcnt’aîissi subit pouvait être à la rigueur un effet de la saignée et des sinapismes ; mais comme M. avait déjà eu une fièvre intermittente, et que l’état soporeux dans lequel je l’avais trouvé la veille s’était développé dans la semaine paroxystique, je pensai que cet état se reproduirait très prochainement. Il me parut prudent en conséquence de prescrire quatre gros de quinquina à prendre surle-champ par des doses décroissantes, de deux heures en deux heures.
L’événement ne tarda pas à confirmer mes prévisions, car, malgré l’emploi de l’écorce péruvienne, une congestion cérébrale de même nature que la précédente se manifesta le 14, à dix heures du matin. J’eus recours de nouveau à la saignée, aux sinapismes, aux boissons délayantes , et j’ordonnai pour l’époque de l’apyrexie six gros de quinquina. Le coma cessa au bout de dix ou douze heures ; mais le malade ne fit pas usage du quinquina que je lui avais prescrit , d’abord parce que ce médicament coûtait cher et qu il n avait pas prévenu le dernier accès , en second lieu parce qu’un de ses voisins, qui
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se mêlait de médecine, l’assurait qu’il possédait un remède plus efOcace et surtout moins dispendieux. Malheureusement pour lui , il se laissa aller aux insinuations de cet homme , et l’affection carolique, dont il était si important d’empêcher le retour , prit cette fois tous les caractères d’une apoplexie foudroyante. La mort eut lieu le 16, vers sept heures du soir.
Une terminaison si fâcheuse et à laquelle les assistants étalent loin de s’attendre, ayant excité beaucoup de rumeur parmi les parents et les amis du défunt, une plainte fut portée au juge-de-paix du lieu, qui m’invita à procéder sans délai à l’ouverture du cadavre, afin de constater si le remède qu’on avait substitué au quinquina avait été la cause de la mort. L’estomac et les intestins ne présentaient que des traces légères d’irritation ; le reste des viscères abdominaux et ceux de la poitrine étaient sains; le cerveau , au contraire , offrait les désordres les plus graves; les vaisseaux qui se distribuaient à cet organe et à la pie-mère étaient gorgés de sang; il s’était fait en outre un épanchement considérable de ce fluide dans l’épaisseur de l’hémisphère droit. On présume bien que j’écartai de mon rapport toute idée d’empoisonnement ; mais je me crus en droit d’avancer que le quinquina aurait probablement supprimé f ou plutôt prévenu ) l’accès qui avait mis fin aux jours de M. P***. (Bonnet. Traité des fièvres intermitt., 1835.)
Arachnilite intermittente tierce.
No 173. Un artilleur, homme fort et robuste , n’ayant point encore été malade depuis un an de séjour à Alger, fut surpris par des Bédouins aux environst de la Ferme ; délivré par ses camarades, accourus à ses cris, au moment où on se disposait à lui trancher la tête , il s’évanouit aussitôt, revint à lui quelques instantsaprés, et alla à Alger pendant le milieu de la journée. Le soir, il éprouva une grande céphalalgie , fut très agité pendant la nuit , et le lendemain, vers dix heures, tomba dans un délire furieux, voyant partout des Bédouins , et croyant à tout moment être exécuté par eux ; peu après , il remerciait ses camarades de l’avoir sauvé ; puis voulant prendre son sabre, il sortait de son lit et voulait se défendre. On 1 attacha, et l’aide-major de service le fit transporter à l’hôpital, où il arriva à deux heures. Uneheureaprés, visité par le médecin , il paraissait tranquille , abattu; son pouls cependant était fréquent , mais peu développé. Conservant la mémoire de ce qui s’était passé pendant l’accès , quand on l’interrogeait , il avait honte de la peur qu’il avait éprouvée , disait aller bien et voulait partir. Limonade , saignée de seize onces ; potion avec sulfate de quinine un gramme, à prendre en trois fois d’heure en heure , à partir de dix heures du soir; diète absolue. Nuit tranquille, un peu de sommeil , légère céphalalgie. Le lendemain, on lui ordonne une potion de sulfate de quinine d’un gramme, à prendre en trois fois avant neuf heures; mais à dix heures, frisson d’abord, puis le pouls s’élève; tremblements convulsifs; la face devient rouge, les yeux brillants; le délire se déclare avec intensité. Mêmes hallucinations que la veille ; il croit encore voir et entendre les Bédouins, appelle à son secours , veut sortir de son lit, menace les infirmiers. On est obligé de lui mettre la camisole de force; peu à peu la parole s’embarrasse; cependant il se débat violemment, on ne peut lui rien faire prendre. Enfin, à onze heures et demie, il tombe dans une grande prostration; le pouls devient insensible, et il meurt preque subitement et sans agonie.
Autopsie, — Corps grand, bien musclé, gras. Les organes de l’abdomen ne présentent rien de bien remarquable ; la rate est peu tuméfiée; l’estomac et les intestins sont dans un état ordinaire; la membrane muqueuse n’est ni épaissie ni ramollie, et elle d’une pâleur remarquable. Les poumons sont un peu engorgés. Le crâne ouvert , les sinus laissent écouler en abondance un
INTERîfES.
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sang noir et liquide; l’arachnoïde est injectée d’une manière remarquable* du sang mêlé de pus existe entre elle et le cerveau. La substance de ce der* nier, coupée par tranches, laisse suinter des gouttelettes de sang; les ventrb culcs n’offrent que le liquide ordinaire. (Melcion, Essai sur les fièvres intermitt. pernic- 1835.)
Arachnoïdo-encéphalite y type tierce.
No 174*. Un maçon, âgé de quarante-six ans, fort et bien constitué, habitant Paris depuis long-temps, fut pris un jour, au milieu de son travail, d’un malaise considérable, accompagné de frissons, de tremblements, et suivi d'une céphalalgie frontale extrêmement intense; ce frisson dura deux heures, la chaleur lui succéda. Ce ne fut qu’aprés plus de douze heures que le calme et la santé furent rétablis. Le lendemain,apyrexie complète. Le surlendemain,' le frisson revient à la même heure que le premier jour , et s’accompagne de céphalalgie , de surdité , de mouvements convulsifs dans les lèvres , d’un demi-délire caractérisé par l’incohérence des réponses, du resserrement des pupilles, et d’un tremblement général des membres. Les derniers accidents persistent au même degré pendant le stade de la chaleur; ils disparaissent avec l’accès qui se termine à la même heure que le premier. On peut observer cinq accès aussi bien caractérisés que le second que je viens de décrire. L’apyrexie était complète dans l’intervalle d’un accès à l’autre; le malade quoique fatigué, jouissait alors de tous les signes extérieurs de la santé : on essaya de lui donner quelques prises de quinquina qui fut constamment rejeté. Le cinquième accès fut plus fort que tous les autres ; ce fut au milieu de celui-ci, au moment où les symptômes cérébraux étaient au plus haut degré d’intensité, que le malade expira.
Ouverture du cadavre. — Épaississement et opacité de toute l’arachnoïde cérébrale et cérébelleuse; elle est infiltrée, ainsi que le tissu cellulaire sousarachnoïdien, d’une sérosité purulente, ce qui lui donne en plusieurs points* deux lignes d’épaisseur; les ventricules sont remplis d’une sérosité grisâtre, purulente, floconneuse; le cervelet est mollasse; le cerveau, plus dense à l'extérieur que dans l’état naturel, offre, à la partie postérieure du lobe moyen droit, une espèce de foyer purulent liquide. (Parent Duch. et Martinet , ouvrage cité. )
Méningo-encèphalite avec le même type.
N0I75. Gribelet, âgé de soixante-six ans, ancien domestique, grand, fort , athlétique , tête volumineuse , muscles saillants , est apporté sans connaissance à l’Hôtel-Dieu, le 16 novembre 1814. Examiné aussitôt, nou3 trouvâmes ; Carus profond , dont rien ne le pouvait faire sorlir ; contractiom permanente des mâchoires, des membres, des parois abdominales, et de la partie postérieure du col et du tronc ; en le soulevant , on l’enlève tout d’une pièce ; abolition complète de la sensibilité , même sous l’influence des exci- . tanls les plusforts et les plus douloureux ; les pupilles sont cependant sensi- , blés à la lumière ; face rouge et animée, yeux injectés, très mobiles et saillants; état naturel de la circulation et de la respiration. On apprit le soir qu’il était malade depuis quinze jours , qu’il était le plus souvent dans cet état, mai3 qu’à des intervalles assez éloignés il recouvrait la parole et toute sa con- . naissance, et qu’il la conservait pendant assez long-temps. Une affusion froide , prescrite par M. Récamier , fait cesser l’état comateux et tétanique ; le malade recouvre la parole et est assez bien pendant une heure et demie* Mais le soir les accidents reparaissent avec une augmentation dans la rougeur de la face et la fréquence du pouls. 17 novembre , même état, avec celta différence qu’il donne des signes de sensibilité lorsqu’on le pince fortement ;
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l’affusion froide est réitérée , mais elle ne fait qu'aggraver la roideur tétanique des membres ; il survient pour la première fois du délire. Le 18 , le carus et tous les accidents qui l’accompagnent cessent pendant la n.uit ; le malade reste dans un état de demi-imbécillité ; mais après une affusion , les idées s’éclaircissent; il répond juste aux questions qu’on lui fait , et passe la journée dans un état très satisfaisant. Le 19,1a stupeur et la contraction des muscles reparaissent dans la nuit; vers le matin cepfndant l’abolition des facultés intellectuelles n’est pas complète, car il répond par signes aux questions qu’on lui adresse. (Nouvelle affusion.) Immédiatement après, augmentation extrême de la contraction tétanique, resserrement des pupilles , abolition complète de la sensibilité; le malade reste dans cet engourdissement pendant plusieurs heures; il en sort pour crier , vociférer et courir dans la salle ; remis dans son lit, il retombe dans son premier engourdissement, et y reste plongé pendant toute la journée du 20. (Une once d’huile de ricin qu’on lui fait avaler dans le moment de la rémission ne produit aucune évacuation.) Le 21, la roideur commence par disparaître dans les bras, qui tombent comme une masse quand on les abandonne; peu à peu la connaissance revient , le malade se rappelle l'impression extrêmement désagréable que lui a fait éprouver l'affusion de la veille ; les membres ne recouvrent que fort tard leur sensibilité; cet état satisfaisant se prolonge jusqu’au lendemain matin. Le 22, pendant la visite du médecin, qui le trouve bien en arrivant, nouvelle rechute; les accidents ne cessent que vers le soir; on donne alors une demi-once de quinquina; on avait fait deux affusions dans la journée. 23, le mieux qui avait paru la veille se soutient jusqu’au matin. On applique alors un vésicatoire à la nuque , on fait prendre une forte dose de quinquina. Dans le courant de la journée, le malade parle à sa femme et à ses amis; mais vers le soir, délire et agitation tels , qu’il faut l’assujettir dans son lit ; ce délire cesse et fait place à la roideur et au coma habituels ; deux ou trois fois dans la nuit, le malade sort de son assoupissement pour se plaindre d’une douleur très vive du côté droit. 24, trouble dans la mémoire et augmentation de la douleur de côté. 25 , cette douleur, fixée au côté droit inférieur de la i)oitrine et supérieur du ventre , parvient en peu de temps à un degré extrême d’intensité, elle rend insupportable la moindre pression ; la respiration s’accélère , le malade pousse les hauts cris et s’agite en tous sens, les traits de la face expriment l’angoisse et la souffrance. On applique inutilement sur le côté douloureux des ventouses et des cataplasmes irritants ; cet état se prolonge jusqu’au 26 , et le malade meurt épuisé, à ce qu’il paraît, par la violence de la douleur.
Ouverture du cadavre^ — Injection de la dure-mére Arachnoïde cérébrale d’un rouge intense et uniforme dans tous les points de son étendue. Léger épanchement sanguin dans les ventricules latéraux. La substance cérébrale est très ferme à son intérieur; on y remarque des vaisseaux gorgés de sang. Rougeur très vive de la plèvre du côté droit ; elle est recouverte , soit sur sa portion costale, soit sur la pulmonaire , d’une fausse membrane mince ,el ténue ; elle avaitexhalé unequantilé considérable de sérosité sanguinolente, évaluée à prés d’une pinte. L’un et l’autre poumons, rouges, gorgés de sang, se déchiraient facilement. Plogose légère de tout le péritoine et de la muqueuse de tous les intestins. Le foie , d’une pesanteur spécifique très considérable, laisse couler , lorsqu’on l’incise, une grande quantité de sang noir et épais; vésicule gorgée de bile noire, rate couverte de tubercules, (fd. , Àbid.)
Méningo^encéphalite sous type quarte.
No 176. Château, âgé de dix ans, est pris d’une violente douleur au côté gauche qui est traitée par un émétique , l’applicaiion d’un Yésicatoireipt
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d’un emplAlre de poix de Bourgogne sur le côté. Il avait élé vacciné un« année auparavant, et avait depuis éprouvé une maladie très grave dont on ignore la nature. Le 17 janvier 1816, jour de son entrée à l’hôpital, 1 Séjour depuis l'invasion de la maladie, il était, lorsqu’on l’observa, dans l’état suivant : Faiblesse très grande, pâleur de la face, dilatation des pupilles, bouche pâteuse, inappétence, soif vive, lèvres sèches, ainsi que la langue; pouls lent et faible, relativement aux mouvements du cœur, qui sont forts et fréquents ; respiration libre , toux forte et fréquente , surtout la nuit; ba’eine fétide ; son de la poitrine plus obscur à gauche qu'à droite; intégrité des facultés intellectuelles le matin, mais délire le soir, qui prend peu à peu beaucoup d’intensité et persiste toute la nuit, en s’accompagnant d’une agitation extrême. ISjanvier, renversement de la tête en arriére; elle est continuellement agitée de mouvements de rotation à droite et à gauche ; roideur des membres; continuation de tous les autres symptômes. Arnica avec esprit de Mindérérus, potion camphrée, séton à la nuque. Les mêmes sym[>lôme5 persistent toute la journée. 19 janvier, amélioration générale de tous les symptômes, pupilles moins dilatées , sensations moins obtuses; il entend et répond , quoique avec lenteur. Glace sur la tête, sinapismes aux pieds. Ces moyens opèrent un heureux effet; la connaissance revient complètement ; le malade dort d’un sommeil calme pendant plusieurs heures. 20, le mieux se soutient pendant toute la journée ; on serait tenté de regarder le malade comme convalescent ; cependant le pouls reste fréquent et intermittent. 21, état satisfaisant pendant toute la journée ; le soir, stupeur plus grande; dans la nuit, délire violent pendant deux heures, auquel succède un assoupissement profond. 22, stupeur extrême, trismus, convulsions des membres supérieurs et inférieurs, surtout à droite ; strabisme, agitation des yeux, contraction des pupilles; le soir, augmentation de tous ces symptômes. Vésicatoire et sinapismes. 23, tous les symptômes de la veille sont portés au plus haut degré d’intensité; dilatation extrême de la pupille droite, contraction très grande de la gauche ; mort à 7 heures du soir.
Ouverture du cadavre. — Roideur générale, dure-mére légèrement rosée. Infiltration albumineuse dans l’étendue d’un pouce, au bord supérieur interne et moyen du lobe droit; épaississement et opacité de l’arachnoïde vers le carré des nerfs optiques, où il se trouve un peu de pus couenneux. Cinq onces de sérosité dans les ventricules latéraux ; une petite quantité se trouve infiltrée entre l’arachnoïde et la pie-mére. Injection de la substance cérébrale. -Adhérences du poumon gauche à la plèvre costale au moyen de brides très fortes; parenchyme du poumon gorgé de sang , hépatisé postérieurement. [Id., ihid )
Apoplexie ou congestion sanguine du cerveau sous type quarte.
N° 1 77. Nous avons vu, dit M. Portai, la maréchale de Nicolaï, d’une constilulionfaible et délicate, qui eut, à l’âgede soixante-treize ans, plusieurs espèces d’accès de somnolence avec respiration bruyante, dont le premier fut consi déré et traité comme une vraie apoplexie. La malade était dans un assoupissement si profond, avec perte de sentiment et de mouvement, et la respiration si gênée et stertoreuse , que je l’eusse fait saigner du pied , si je n’eusse considéré que son pouls était faible, qu’elle était pâle, et qu’il y avait peu de chaleur à la peau. Je me bornai à lui faire mettre des sangsues au fondement, d’autant plus qu’on m’assura quelle avait eu des hémorroïdes. On lui mit des vésicatoires aux jambes, on lui fil boire quelques verres d’eau dans laquelle ou avait fait fondre demi-once de sel de Glauber et un demi-grain de tartre slibié ; il y eut des évacuations alvines; l’assoupissement cessa, le sentiment et le mouvement revinrent. Ou se flattait d’une guérison aussi com-
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plète qu'on pouvait l’allendre chez une personne déjà avancée en Age, et qui venait d’éprouver une maladie sujet le à de fréquentes récidives, lorsqu’elle eut une nouvelle affection apoplectique. Nous aimons mieux parler ainsi que de dire une attaque d’apoplexie , attendu que la respiration était moins génée el J’âssoupissement moins profond, et qu'il n’y avait pas non plus une aussi grande diminution de sentiment et de mouvement que dans le premier accès. Une troisième et (luatriérne de ces attaques, à peu près pareilles en intensité, eurent lieu en manière de fièvre quarte, ce qui fit qu’on prescrivit le quinquina à haute dose, mais inutilement : la maréchale de Nicolaï eut, malgré ce remède, plus de vingt espèces d’accès apoplectiques périodiques en manière de fièvre quarte. Deux médecins célèbres qui furent consultés avec raoD MM. Maloet et Thyeri de Bussi, voulaient que les accès que j’appelais apoplectiques fussent épileptiques ; mais comme il n’y avait dans celte maladie aucun indice de convulsion , symptôme essentiel de l’épilepsie , et qu’au contraire les muscles du tronc et des extrémités étaient dans le plus grand relâchement, je n’y ai pas reconnu celle maladie. Cependant, n’ayant trouvé aucun inconvénient dans l'usage des antispasmodiques appropriés , la valériane, le musc, le zinc, l’opium, furent prescrits, et à hautes doses, mais sans succès. La malade succomba. {Traité de l'apoplexie )
t Encéphalite rémillente quintane.
No 178. Un homme âgé de trente ans, d’un tempérament bilioso-sanguin, avait depuis long-temps reçu sur la tête un coup de bâton si violent, qu’il en était tombé à terre; il n’avait cependant ressenti que peu de douleur. Vers le milieu du mois de juin 1704, en faisant de grands efforts pour aller à la selle, cet homme éprouva comme un sentiment de rupture dans le cerveau , et il lui resta une douleur assez intense du côté gauche du sommet de la tète. Celle douleur prit successivement plus d’intensité, et revint assez souvent, soit pendant le jour, soit pendant la nuit ; elle s’exaspérait toujours quelques heures après l’ingestion d’un liquide quelconque; elle éprouvait de fréquentes et courtes exacerbations ; mais il en survenait une régulièrement tous les quatre jours qui était si longue, si violente, que le malade était rendu comme furieux , qu’il poussait des cris et éprouvait des mouvements convulsifs Cependant les fonctions digestives n’étaient nullement altérées, les urines étaient naturelles. Plusieurs médecins furent en vain consultés, et un grand nombre de remèdes, tels que les évacuants, les diaphoréliques, les altérants, les absorbants, les fébrifuges, les lavements irritants, les vésicatoires, etc., furent inutilement prescrits. Le malade succomba le 9 octobre .suivant.
L’autopsic fit voir les vaisseaux sanguins du cerveau extrêmement distendus ; le cerveau lui-même très développé par une hydropi.sie des ventricules, .surtout du gauche, qui contenait proportionnellement une bien plus grande quantité de lymphe jaunâtre que le ventricule droit. Le cervelet était à demi putréfié, et se trouvait environné et comme parsemé d’une certaine quantité de sang extravasé. {Act. nat. curios., cent. 3 et 4 , obs. 14. ))
Apoplexie intermittente octane,
N'o 179. Adam Limprecht a vu un exemple d’apoplexie, qui récidivait tous les huit jours régulièrement, chez un homme qui avait été auparavant très mélancolique.
L’apoplexie revenait tous les dimanches malin : vers le soir, cet homme se trouvait mieux et n'éprouvait plus rien jusqu’au dimanche suivant; mais il mourut à la troisième attaque. {Act. nat. curios., vol. in, obs. 75.)
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Encéphalite périodique dont les accès n'ont lieu qu à plusieurs , semaines de distance.
No 180. M. Boisseau rapporte qu’il a observé chez un jeune militaire des accès régulièrement périodiques et à plusieurs semaines de distance les uns des autres ; ces accès étaient caractérisés par ta perte de connaissance, l’agitation convulsive des membres d’un côté du corps, l’immobilité et la rigidité des membres de l’autre côté. Ce praticien en obtint ta guérison en faisant de copieuses saignées pendant l’accès, et en donnant te quinquina à des doses énormes chaque jour, pendant la durée des intervalles qui les séparaient ; un «élon appliqué à la nuque contribua sans doute à la guérison. On ne craignit pasdans ce cas, de provoquer une gastrite; le sujet aurait encore gagné à ce change. Il est des cas où un viscère peut être sacrifié momenlanémenl à un autre. ( Monographie organique, t. iv.)
Myélite périodique y type mensuel.
No 181. Le 7 décembre 1826, il se présenta chez moi une forte fille de la campagne qui me rapporta tes faits suivants : dans le courant du mois de mai de la même année, ayant son évacuation menstruelle, elle fut poursuivie par «n chien qu’elle crut enragé ; elle en éprouva une vive frayeur, et ses régies s’arrêtèrent brusquement. Depuis ce temps elle ne les revit plus, quoiqu’on lui eût fait plusieurs saignées, et appliqué plus de quatre cents sangsues à la vulve, indépendamment des bains de pieds stimulants, des bains de vapeurs et de l’emploi interne des emménagogues. Dans le courant du mois de septembre, elle éprouva des fourmillements très incommodes dans les extrémités inférieures, et de légères secousses douloureuses et incoercibles. En octobre, les jambes se fléchirent peu à peu avec force, les talons s’appliquant contre les fesses, et toute tentative pour les étendre excitait la plus vive douleur ; au bout de cinq jours celte contraction se relâcha , et il n’en resta qu’un peu de faiblesse dans les membres affectés, ün mois après, retour du p^ême accident qui observa la même marche et la même durée , mais dont la cessation laissa, cette fois , la démarche lâche et incertaine. Cependant, la carnation était belle, les formes puissantes , les muscles fermes et bien nourris, aucune disproportion de développement entre les membres thoraciques et pelviens.
Je crus reconnaître la présence d’une congestion active delà moelle épinière ou de ses membranes, une myélite périodique , et choisissant pour la saignée locale l’endroit où elle me semble devoir faire le plus d’effet, je recommandai de placer trente sangsues des deux côtés de la moelle épinière, depuis les lombes jusqu’au coccyx. L’écoulement du sang fut abondant ; mais, soit qn il ne le fût pas encore assez, soit que l’imminence de la congestion rendît déjà la révulsion impuissante, trois jours après, la conlraclure revint ; cependant elle fut moins forte ; les talons ne pressaient pas le.s fesses aussi étroitement. Dans le courant du mois qui suivit , on appliqua Itérativement les sangsues, et la contracture ne survint pas; mais le fourmillement et les secousses comme électriques se firent encore sentir. On suivit les mêmes moyens, et on remplaça deux fols les sangsues par les venlouses scarifiées ; on dirigea de plus sur le col de la matrice des vai)eurs d’abord d’eau chaude, ensuite de décoction d’herbes aromatiques. Au mois de mars les régies reparurent, mais peu abondantes et fort douloureuses; on continua la même médication. En avril elles furent plus copieuses ; depuis cette époque, elles n’ont plus manqué, et la jeune fille jouit de la plus t)€lle santé. (Fallot. Journal des sciences médicales, t. lix )
5lÔ
Apoplexie intermittente sexti-mensuelle.
>0 182. Archibald-Pitcarnin a observé une apoplexie qui récidivait deux fois par an, à des époques fixes, en mars et en septembre. Cette apoplexie revint ainsi régulièrement pendant neuf ans. Le malade, âgé de trente ans, était frappé subitement au retour de chaque accès; il tombait à terre sans mouvement et sans sentiment ; mais il revenait assez promptement à lui, et' après une mutité de quelques minutes et un certain tremblement au bras droit, il était guéri jusqu’à l’époque périodique suivante. ( Méad. Opéra medica.)
En analysant les faits anciens et modernes relatifs aux phlegmasies périodiques du cerveau et de ses membranes, nous avons d'abord pour but d’apprécier ces faits à leur juste valeur, et de faire voir que, sous les noms de fièvres intermittentes larvées et pernicieuses, soporeuse, apoplectique, comateuse, frénétique, convulsive, délirante, elc., les médecins anciens, surtout Morton , ont reconnu ce qu’il n’est plus possible de méconnaître aujourd'hui, c’est-à-dire des congestions sanguines périodiques ou diverses nuances de phlegmasies intermittentes et rémittentes du cerveau et de ses membranes. L’examen attentif des causes, des symptômes et du traitement de ces faits, nous conduira naturellement à compléter sous ce rapport l’histoire des phlegmasies rémittentes et intermittentes des organes encéphafiques et des membranes cérébro-rachidiennes.
Parmi les faits que nous devons à Morton, Storck, Torti, Méad, Hoffmann, Vandermonde, Huxham, les uns ne sont qu’indiqués, et les autres, quoique mieux exposés, ne contiennent point tous les détails convenables. Mais en remontant à l’époque où ils ont été recueillis, il est facile de se convaincre qu’ils ont cela de commun avec tous les autres faits recueillis anciennement, comme le prouvent les plus vastes collections de ces faits, les Actes des curieux de la nature, par exemple , et les ouvrages de Bonet, de Lieutaud, de Morgagni, de Portai, etc.
La première observation que nous rapportons, sous le n® 145^ est de Storck; elle ne laisse aucun doute sur la nature de la maladie, puisque l’autopsie a fait voir une altération très marquée de la partie antérieure et droite du cerveau, précisément à l’endroit où le malade accusait de vives douleurs pendant les exacerbations périodiques de la maladie.
Les exemples d’apoplexies périodiques de Torli et d’Hoffmann se développent dans des circonstances où il est facile dft
internes.
Cé^Ceroirde^coTig^e^tiôns sanguines du côté du cerveau, puisqûMl s’agit, dans Ib premier cas, n® 146, d’une dame déjà avancée en âge qui, pendant un voyage, éprouve tout-à-coup un gfsind* mal de tête, et tombe dans un état d’étourdissement et de’ stupeur tel qu’elle paraît privée de vie. Dans le second cas, n®^147, c’est un jeune homme de vingt-six ans qui néglige de se faire pratiquer une saignée à l’époque où il en avait l’habitude. Les accidents apoplectiques chez ces malades étant revenus périodiquement, les praticiens dont il s’agit ont pensé que c étaient des fievres intermittentes dont les accès se déguisaient ainsi sous le masque d’une apoplexie; ils les ont traités et guéris par le quinquina. Les causes et les symptômes de ces deux maladies indiquent manifestement des irruptions de sang au cerveau , et, parce que leur retour périodique a été prévenu par 1 administration du quinquina , cela peut-il aujourd’hui nous
porter a croire a un tel déguisement de fièvres pernicieuses essentielles ?
Les observations de frénésie et d’apoplexie intermittentes rapportées par Vandermonde et Morton sont surtout remarquables par une méthode de traitement à laquelle on ne saurait rien ajouter aujourd’hui, en pareils cas. Cela doit peu nous étonner de la part de Morton, puisqu’il reconnaissait, dans la fièvre intermittente larvée frénétique , une inflammation des méninges , et dans la fièvre intermittente apoplectique une inflammation delà pulpe cérébrale, et en particulier des corps stries. Il s agit, dans 1 observation que nous lui avons empruntée sous le n® 164, d’un enfant de douze ans qui , durant chaque accès , est prive du sentiment et du mouvement, dont la respiration est ronflante, et qui présente tous les autres symptômes d une violente apoplexie. Dans l’intervalle des accès apoplectiques, cet enfant se trouve comme en parfaite santé puisqu’il joue avec ses camarades et demande à manger. Cependant ôfbrton comprit si bien qu il avait à combattre une congestion inflammatoire périodique du cerveau qu’il ne fut point spectateur oisif d une affection qui pouvait emporter son jeune malade dans une seconde ou troisième récidive ; aussi le voyons-nous, contre les deux premiers accès, prescrire deux saignées à la veine jugulaire, deux applications de ventouses scarifiées entre les épaules, deux lavements irritants, deux potions purgatives, plusieurs vésicatoires, et tous les moyens révulsifs les plus éner-
PHLEGMÂSIES INTERMITTENTES
giques. Après avoir ainsi diminué la masse du sang, et modéré les symptômes inflammatoires, il fait administrer le quinquina pour prévenir le troisième accès. Quand on réfléchit qu’il y a près de trois cents ans que Morton nous donnait cet exemple admirable d’un traitement si actif et si bien ordonné, pourrionsnous, au dix-neuvième siècle, nous refuser à l’évidence d’un diagnostic et à l’efficacité d’un traitement si conformes aux principes de la doctrine physiologique ?
La cause toute matérielle (puisqu’il s’agit d’un violent coup de bâton sur la tête), la rémittence bien marquée des symptômes à certaines époques, les lésions organiques trouvées sur le cadavre, dans l’observation sous le n° 178 que nous avons puis'ée dans les Actes des curieux de la nature, ne laissent, ce nous semble, aucun doute sur la nature inflammatoire et les exacerbations périodiques de cette affection cérébrale.
Nous arrivons maintenant aux faits contemporains et modernes : ici nous avons en général beaucoup plus de détails pour les caractériser, et plusieurs d’entre eux ne semblent laisser aucun doute sur leur diagnostic, alors même qu’ils n’ont pas été suivis d’autopsie. Dans l’exemple sous le n® 177, il s’agit d’une femme de soixante-treize ans qui avait déjà eu plusieurs accès quand elle fut soumise à l’observation de Portai; et dans le premier de ces accès la somnolence avec respiration bruyante avait été telle qu’on l’avait considéré et traité comme une vraie apoplexie, cr Quand je vis la malade, dit l’illustre praticien dont il s’agit, elle était dans un assoupissement si profond avec perte de sentiment et de mouvement , la respiration était si gênée et stertoreuse que je l’eusse fait saigner du pied, si elle n’avait eu le pouls faible, le teint pâle, etc. Je me bornai à lui faire mettre des sangsues au fondement, d’autant plus quelle avait eu des hémorroïdes ; deux vésicatoires furent appliqués aux jambes ; une demi-once de sel de Glauber et un demi-grain de tartre stibié furent administrés dans quelques verres d’eau. Il y eut des évacuations alvines; l’assoupissement cessa, le ^sentiment et le mouvement revinrent. Plusieurs autres récidives et intermissions eurent lieu en manière de fièvre quarte , ce qui fit qu’on prescrivit le quinquina à haute dose, mais inutilement; la malade succomba.
Le type quarte de la maladie, son siège, sa nature, rien n’a été méconnu par Portai, qui n’a point songé , comme beau-
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Coup d’autres écrivains , à en faire une fièvre pernicieuse apoplectique essentielle. Il vit dans cette maladie tout simplement ûes attaques d' apoplexie y des accès apoplectiques périodiques; par conséquent on ne pourra pas dire qu’il y ait eu innovation de notre part à la mettre au rang des encéphalites intermittentes. Elle se trouve ici à la place que lui assigne indirectement l’illustre observateur dont il s’agit , comme on peut on juger par les réflexions judicieuses dont il l’accompagne. L’autopsie de cette malade , qui était la femme d’un maréchal de France, n’aura pas été pratiquée, car Portai n’en fait pas mention ; mais il rappelle un autre fait semblable chez une pauvre femme sexagénaire qu’il fit ouvrir. On trouva beaucoup de sang dans les vaisseaux du cerveau, e’ les ventricules pleins d’une eau rougeâtre, cr On voit, ajoute-t-il, par le résultat de l’ouver- » ture des personnes mortes après des fièvres avec des affec- M lions comateuses profondes, qu’on trouve souvent des altéra- » tions dans le cerveau qui ressemblent à celles des individus » qui ont succombé à l’apoplexie la mieux prononcée j on trouve » les vaisseaux du cerveau gorgés de sang , des épanchements » de sang dans les ventricules, des congestions d'eau, de géla- » tine, de pus ou de matières purulentes; quelquefois on n’y D reconnaît aucune de ces altérations; mais peut-on croire que >:> ce viscère est bien sain parce qu’on n’y voit aucune altéra- » tion? Ne peut-il pas yen avoir qui ne soient point apparentes » pour nous, et qui soient cependant très réelles et capables » de troubler les fonctions cérébrales? Ne doit-on pas se méfier » des résultats qu’on a cru pouvoir tirer de ces autopsies, quand » on connaît la difficulté qu’il y a de disséquer le cerveau ; » quand on sait que la plus petite dilatation de la plus petite ar-
V tériole d un nerf peut troubler, intercepter les fonctions vi-
V taies; quand on sait, par exemple, que la goutte sereine est D quelquefois l’effet d’unesimple dilatation de l’artère centrale du » nerf optique, la surdité de celle du nerf acoustique, les palpita-
V tions du cœur, les syncopes des nerfs cardiaques, lesorthopnées »> des nerfs viscéraux et sympathiques? Ainsi très souvent on a
pu croire qu il n’y avait aucune congestion sanguine, ni autre » altération dans le cerveau, quoiqu’il y en eut de très réelles,
» mais qu on ne voyait pas assez sensiblement pour les signa- » 1er. » Ces réflexions sont admirables, et bien dignes du profond jugement et de l’éminente perspicacité d’un praticien qui
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a tant vu, tant observé de malades, et qui a recueilli des matériaux si nombreux et si importants pour l’avancement de la science.
Ce n’est pas sans motifs que nous rappelons l’opinion de Portai à l’égard du siège et de la nature des fièvres pernicieuses apoplectique et soporeuse ; c’est pour la mettre en opposition avec celte tendance qu’ont aujourd’hui plusieurs auteurs de tout rapporter à Vmnervalio^i l Qu’est-ce en effet qu’une fièvre" pernicieuse apoplectique , selon M. le professeur Cruveilhier par exemple? C’est une apoplexie sans lésion matérielle, sans épanchement, sans matière, suivant F expression des anciens (1). Pour nous, qui aimons beaucoup à matérialiser les maladies , nous partageons l’opinion de Portai, c’est-à-dire que nous nous rangeons du côté de la très grande majorité des faits qui établit l’existence de lésions organiques plus ou moins remarquables dans le cerveau et ses membranes à la suite des fièvres dont il s’agit.
Dans l’observation sous le n® 148, un homme dans la force de l’âge s’expose, la tête nue et les cheveux mouillés, à un soleil ardent ; il éprouve le lendemain matin et les jours suivants, aux mêmes heures, un accès caractérisé par des douleurs de tête extrêmement vives, par des pulsations analogues à celles d’une tumeur phlegmoneuse profonde et insupportable , qui se font sentir dans le cerveau: par le battement très fréquent des artères carotide et temporale , la couleur rouge de la face et des yeux, la chaleur du front, par la taciturnité et l’insouciance du malade, la confusion dans les idées, le froid des extrémités, etc. Qui peut ne pas reconnaître ici la cause évidente et les symptômes caractéristiques d’une irritation inflammatoire, ou d’une congestion sanguine intermittente de l’encéphale et surtout de l’arachnoïde? Le praticien qui a vu le malade, reconnut d’ailleurs très bien que le cerveau et ses membranes étaient le siège de l’affection intermittente dont il s’agit.
' Dans l’exemple sous le n® 150, Tâge, la constitution du malade , les symptômes des accès caractérisés par une violente douleur dans la tête qui présente même à l’extérieur une rougeur et une sensibilité plus vive, par le froid des extrémités, l’immobilité et l’assoupissement du malade, la respiration sterto-
1) Article Apoplexie du Dictionnaire de méd. et dechir. pratiques.
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reuse, les spasmes qui agitent certains muscles de la face ; enfin le succès obtenu par les antiphlogistiques , n’indiquent-ils pas évidemment une irritation inflammatoire du cerveau ? N'y a-t-il pas dans les symptômes une intermittence ou du moins une rémittence très marquée, puisque le petit malade déjeune de bon appétit durant l’intervalle des accès périodiques ? Cependant le médecin qui a recueilli ce fait a très bien reconnu que la fièvre intermittente était ici symptomatique de l’irritation périodique du cerveau.
L’observation de M. Deslandes, sous le n° 167, prouve deux choses à la fois très importantes : 1® le retour périodique d’uno violente douleur sur le côté de la tête où l’autopsie a fait voir une altération organique bien marquée ; 2“ la difficulté que présente parfois le traitement des affections périodiques et l’inefficacité des moyens thérapeutiques qu’on leur oppose, surtout quand ils sont dirigés sous l’influence d’un diagnostic incertain, ou qui varie au gré de la mobilité et de l’intensité de tels ou tels symptômes. Il s’agissait d’une fille vigoureuse, âgée de vingtcinq ans ; le symptôme prédominant de chaque accès était une violente céphalalgie occipito-temporale ; il y avait également des symptômes gastriques qui auraient dû rendre plus circonspect sur l’administration du quinquina; malheureusement on en vint trop tôt à l’usage de ce médicament , tandis que la marche à suivre était celle indiquée par Morton : il fallait commencer par les saignées générales et locales, et insister sur leur emploi avec d’autant plus de raison, de constance et d’énergie que la malade en éprouvait un soulagement très marqué chaque fois qu’on y avait recours. Le quinquina n’étant pas supporté par l’estomac, on a sans doute pensé que cet organe était embarrassé de quelques matières à évacuer, et l’on a prescrit un vomitif; ce moyen a prouvé que l’estomac n’était embarrassé que d’une irritation sympathique et peut-être idiopathique, qui a été augmentée au point qu’il a fallu lui opposer une application directe de sangsues. C’est ainsi que, par un traitement peu méthodique, on a épuisé sans opportunité, sans énergie et sans succès, les moyens les plus efficaces de l’art ; on a laissé le temps à la congestion inflammatoire des méninges, qui était d’abord périodique, de se constituer en inflammation continue, de passer à la suppuration et de faire périr la malade, comme l’autopsie l’a prouvé.
L’observation de M. Lemaire, sous le n» 154, est de tous
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points remarquable : on ne peut ici douter de l’existence d’une inflammation méningo-encéphalite; la cause en est évidente et matérielle : c’est une plaie de télé avec fracture et enfoncement des os du crâne. Les symptômes qui se manifestent le quatrième jour après l’accident sont bien ceux d’une phlegmasie du cerveau et de ses membranes , puisqu’il y a céphalalgie, délire alternant avec un assoupissement profond, vive coloration de la face , fréquence et dureté du pouls , etc. Cependant ils disparaissent et reviennent cinq jours de suite et régulièrement aux mêmes heures de la nuit; pendant le jour, rintermittence est si parfaite, que le malade est gai, boit et mange avec appétit la nourriture qu'on lui accorde. Enfin, l’autopsie ne laisse aucun doute sur la nature et le siège de la maladie. Mais on se demande quel traitement a-t-on employé? Était-il bien urgent d’accorder de la nourriture au malade? Le médecin a-t-il joué le rôle de simple observateur pendant cinq ou six jours consécutifs? Le bien-être du jour a-t-il complètement rassuré sur les désastres de la nuit?
L’observation sous le n^» 155 donne lieu aux mêmes réflexions pénibles : et, quels que soient le mérite et la haute réputation du praticien qui a soigné le malade, on se demandera toujours comment l’inflammation périodique de l’arachnoïde a-t-elle été méconnue? Comment a-t-on pu ne voir là qu’une fièvre intermittente pernicieuse qu’il suffisait d’attaquer par le quinquina? Morton, il y a trois cents ans, y aurait vu aussi une fièvre intermittente cachée sous les apparences d’une frénésie ; mais cet habile praticien , selon sa coutume , eut combattu d’abord l’inflammation des méninges par un traitement antiphlogistique très énergique, sauf à en venir plus tard à l’administration du quinquina pour prévenir le retour des accès. L’autopsie a fait voir ce que l’examen attentif des symptômes devait indiquer, puisqu’il s’agit d’un homme fort, et dont les accès sont caractérisés par un désordre completdes facultés intellectuelles, souvent même délire furieux, rougeur très vive de la face, yeux habituellement fermés, conjonctives injectées, rétrécissement extrême des pupilles, agitation continuelle, soubresauts des tendons, chaleur vive et sécheresse de la peau, pouls dur, petit et fréquent. D’où vient donc qu’en présence de tels symptômes, on n’ait vu rien d’essentiel que la fièvre, rien de pernicieux que l'intermittence?
Dans l’observation suivante , ce n’est pas la mort du malade, ce n’est pas l’inefficacité du musc et des antispasmodiques, qui a
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lieu de nous étonner, mais bien plutôt le choix qu’on a fait de ces médicaments chez un homme adonné aux liqueurs spiritueuses, et qui éprouve deux fois par jour, et régulièrement aux mêmes heures , céphalalgie plus ou moins forte , mouvements convulsifs des muscles de la face , convulsions générales de tous les membres, roideur tétanique des muscles du cou, etc. Ici l’on n’a pas pu s’en laisser imposer par le phénomène de la fièvrey puisqu’il n’existait pas; c’est donc la périodicité seule et le prestige de la nervosité qui ont présidé au diagnostic et au traitement de cette maladie I II a fallu que la mort et l’autopsie vinssent, mais trop tard pour le malade , éclairer sur la nature de la maladie et sur le peu de méthode du traitement qu’on lui avait opposé.
Le fait rapporté sous le n^ 174 présente une méningo-encéphalite dont les symptômes et le type tierce sont bien caractérisés: chaque accès débute par un frisson suivi de céphalalgie , de surdité, de mouvements convulsifs dans les lèvres, d’un demi-délire indiqué par l’incohérence des réponses , puis le resserrement des pupilles , le tremblement général des membres. Tous ces symptômes disparaissent complètement au bout de dix à douze heures; le lendemain , et pendant tout le temps qui sépare les accès , le malade présente les signes extérieurs d’une bonne santé. On observe ainsi cinq accès consécutifs. Que leur oppose-t-on? seulement quelques prises de quinquina envoyées dans un estomac qui les rejette, parce que cet organe est irrité lui-même, ou prend une part sympathique très active à la phlegmasie périodique du cerveau et de ses membranes. Le malade succombe; et l’autopsie confirme la gravité du mal et l’incurie de l’art , alors qu’il s’en laisse imposer par le prestige de la fièvre et de l’intermittence.
Quant à l’exemple sous le n° 175 , voici les réflexions qu’il suggère à M. Martinet, qui a recueilli, avec le talent observateur et tout le zèle qui le distinguent, ces faits si précieux pour la science : « Ici le caractère intermittent paraît si tranché et tellement inhérent à la marche des accidents, que rien ne peut les faire cesser avant le temps où ils doivent finir d’eux-mémes; car les affusions froides, données dans le milieu de l’accès, ne font qu’aggraver les symptômes , et ne sont utiles qu’au déclin des accès en hâtant leur terminaison. Si la suppuration ne s’est pas établie malgré la durée de la maladie , nous n’en avons pas été étonné; ceci tient évidemment à la longueur et à la multiplicité des intermittences, pendant lesquelles une partie du désordre occasionné
par l’accès avait le temps de se dissiper. Nous savons d’ailleurs qu’une irritation peut quelquefois exister dans un organe pendant un temps assez considérable sans amener la suppuration. Nous avons ici une preuve de la manière dont agissent les révulsifs dans l’aracbnitis ; tous les symptômes cérébraux disparaissent lorsqu’une violente pleurésie se manifeste. »
Dans la dernière observation dont il s’agit, l’intermittence de l’irritation des méninges est encore mieux établie , puisqu’il y a deux jours bons , et qu’elle présente le type quarte. Pendant ces deux jours, le petit malade est si bien, qu’on le croit convalescent. Malheureusement on n’emploie aucun moyen pour prévenir le retour des accidents ; et le troisième jour , la stupeur , le délire qui alterne avec l’assoupissement, les convulsions des membres , etc. , annoncent une nouvelle congestion inflammatoire du cerveau et de ses membranes , qui cause la mort. N’est-il pas à regretter qu’on ait perdu un temps précieux à prescrire des remèdes insignifiants, comme l’arnica avec l’esprit de Mindérérus, une potion camphrée et quelques révulsifs externes? tandis qu’il eût fallu, à l’exemple de Morton chez un enfant de même âge et en pareille circonstance , plusieurs saignées de la jugulaire , des applications de ventouses scarifiées ou de sangsues, et surtout l’administration du sulfate de quinine durant l’intermittence.
Les observations de méningo-encéphalites, sous les n""’ 152 et 153, recueillies par âl. Itard, ne laissent également aucun doute 5ur leur type intermittent et sur leur nature inflammatoire. Les causes, les symptômes, leur disparition complète pendant un certain temps et leur retour à des époques régulières, enfin les autopsies, tout a confirmé le diagnostic porté par l’habile praticien qui a vu les malades, et cpii a\ ait très bien reconnu des inflammations périodiques du cerveau et de ses membranes.
Il n’en est pas de même de M. Bailly, qui n’a vu ou n’a cru voir que des fièvres intermittentes pernicieuses comateuses dans les observations sous les n°' 158 , 159 et 160. Malheureusement les détails manquent dans le premier fait, pour bien caractériser, sur le vivant, la nature et le siège de la lésion qui provoque les phénomènes pernicieux; tout ce qu’il y a de bien démontré, c’est l’intermittence de cette affection , puisque quelques heures encore avant l’invasion de l’accès ou de la congestion inflammatoire qui causa sa mort , le malade se promenait dans la salle et riait avec les autres malades. L’autopsie fit voir que cette con-
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gestion s’était faite sur 1 estomac et les organes encéphaliques ^ particulièrement sur l’arachnoïde. Dans le second fait, il s’agit d'un jeune homme de vingt-huit ans, d’une forte constitution dont les accès sont caractérisés par un grand froid , suivi d’une vive chaleur et d’un état de stupeur. Le pouls est fort et fréquent^ la peau brûlante ; et l’on se contente de le bourrer de quinquina en poudre , à la dose de plusieurs onces. Cependant la nature lutte vigoureusement ; il y a plusieurs rémittences ou intermittences très sensibles. Au troisième accès, les avant-bras se fléchirent sur les bras avec tant de force qu’on ne pouvait les étendre, puis stupidité, air d’ivresse, coma , etc. Le pouls se maintient plein et fort jusqu’à la fin , et l’on se contente de poursuivre l’être pernicieux avec d’énormes doses de quinquina/ Aussi l’autopsie fait-elle voir une vive inflammation de toute l’arachnoïde, et plusieurs points d’une couleur rosée dans l’estomac et les intestins. Dans le dernier fait, mêmes force et jeunesse du malade , mêmes symptômes inflammatoires durant la vie, mêmes altérations après la mort; et toujours on a bût abstraction des organes souffrants dans le traitement employé ! Jamais on n’a rien vu chez le malade qu’un être fébrile et pernicieux qu’on a poursuivi par force doses de quinquina, jusqu’à ce que le trismus ou la mort lui ait fermé la bouche !
Sous le n® 170 , les premiers symptômes de la maladie sont ceux de la fièvre intermittente ordinaire, c’est-à-dire d’une gastro-entérite périodique dont les accès sont caractérisés par le frisson , brisement des membres, chaleur générale, douleur épigastrique , soif, langue rouge et lancéolée, pouls dur et fréquent, céphalalgie, etc. Dans l’intention de combattre ce dernier symptôme, le médecin fait tout de suite appliquer un vésicatoire à la nuque. Qu’arrive-t-il par suite de ce moyen intempestif, surtout chez un malade d’un tempérament sec et irritable? La douleur occasionnée par le vésicatoire s’ajoute à celle qui existe déjà du côté du cerveau , et l’irritation, d’abord sympathique de cet organe, devient l’affection prédominante : de là l’intensité de la douleur temporale, face plus rouge, assoupissement, mouvement machinal et tremblotant de la main qui se porte vers la région douloureuse. Appelé en consultation , M. Nepple pensa avec raison qu’il s’agissait d’une phlegmasie cérébrale sujette à des exacerbations périodiques. Plusieurs applications de sangsues sur la région temporale et
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les révulsifs aux extrémités ramenèrent au type intermittent l’irritation fébrile, qui, en augmentant d’intensité, avait passé à la continuité. On l’attaqua dès lors avec succès par le sulfate de quinine.
Les faits que nous devons à MM. Faure , Maillot et Melcion , ont été observés sur des théâtres différents , mais qui se rapprochent beaucoup par le degré élevé de la température et par les circonstances dans lesquelles ils ont été recueillis. Aussi ce que nous avons à dire leur est-il applicable à tous , et les réflexions particulières, provoquées parles faits de chacun d’eux, ne feront qu’augmenter le nombre de celles qui, réunies, doivent nous conduire plus sûrement à établir notre diagnostic, et à reconnaître la nature et le siège des affections dont il s’agit. Dans le premier fait , recueilli par M. Faure sous le n<> 171 , il s’agit d’un boucher de l’armée , d’une bonne constitution , habitué à faire des excès de boisson, et qui se plaint d’abord d’un grand mal de tête; on lui pratique une saignée , après laquelle il se sent tellement bien qu’il oublie la défense faite et se rend au cabaret avec des amis ; il passe la nuit à boire , et le lendemain matin on l’apporte à l’hôpital sans connaissance, sans parole. On pratique une seconde saignée qui ramène encore un mieux assez marqué; ce mieux , après un coma vigil aussi grave, fait penser à M. Faure qu’il s’agit d’une fièvre intermittente pernicieuse comateuse; en conséquence il prescrit le sulfate de quinine, mais à la dose de dix grains seulement , parce que , dit-il , cet homme devait avoir Vestomac irrité y et que je craignais de trop agir sur cet organe avec un pareil médicament, — (Nonobstant, M. Maillot, comme nous le verrons , l’eût employé à une dose quadruple et par la même voie; tandis que âî. Broussais l’eût prescrit seulement en frictions ou selon la méthode endermique.) Quoiqu’il en soit, à la visite du soir, le malade fut trouvé très mal; il avait de la peine à parler et à respirer; il éprouvait un malaise insupportable , comme s’il était menacé de suffocation par un poids placé sur l’épigastre. L’accès pernicieux, qu’on ne put prévenir, emporta le malade dans la nuit, et l’autopsie fit voir toute la surface interne de l’estomac d’une couleur livide, qui indiquait un état habituel d’excitation par l’intempérance. Les membranes du cerveau étaient généralement injectées et rouges , etc. Cf Chez ce malade, dit M. Faure , il y avait une gastrite incontestable, et qui paraissait dater déjà de quelque temps.
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Mais il est également évident que les symptômes auxquels il Succomba n’étaient pas ceux de la gastrite. La cause principale de la mort fut l’afPection cérébrale , de nature intermittente , qui avait été développée par l’influence de la saison , chez un sujet disposé par son affection gastrique à contracter une telle maladie. Chez lui , l’affection de l’estomac , produite par l’abus des excitants , a donc pu influencer le système nerveux cérébral , et le rendre plus susceptible d’être dangereusement affecté par l’action solaire. Les signes de l’affection cérébrale ont été évidents pendant la vie , comme ses traces reconnaissables après la mort. » Nous sommes parfaitement de l’avis de M. Faure , et l’on ne saurait analyser plus physiologiquement un fait pathologique. Aussi n’aurions-nous rien à ajouter, si ce médecin n’ajoutait luimême que c’est la fièvre intermittente , d'abord nerveuse , qui a amené la mort; et si, dans le cours de son ouvrage , cet écrivain distingué n’avait subi l’influence d’un système de nervosité encore trop à la mode pour qu’il ait osé en secouer le joug. Sans doute aussi qu’il s'en est laissé imposer par le phénomène de l’intermittence ou delà périodicité : car dès qu’une maladie présente ce type , dès qu’une gastrite , une méningite, une pleurite, comme il en rapporte des exemples , adoptent une marche périodique ou reviennent par accès ; en un mot , dès qu’on doit les combattre et guérir autrement que des affections continues, alors ce médecin s’embrouille et se perd dans sa théorie , en voyant d’une part des fièvres intermittentes pernicieuses ( qui ne sont selonlui que des névralgies), et en reconnaissant, d’autre part, des phlcgmasies rendues plus graves par l'influence de la cha^ leur atmosphérique , mais qu’il place , on ne sait trop pourquoi, sous la dépendance de ce je ne sais quoi de nerveux et de pernicieux qui constitue , selon lui , une fièvre intermittente comateuse ! Sans doute , il faut reconnaître le grand rôle que joue le système nerveux dans le développement des maladies; c’est par son influence que, dans le fait dont il s’agit, l’estomac irrité d’ancienne date et surexcité encore par une nouvelle intempérance, a réagi d’une manière si active et si funeste du côté des organes encéphaliques , dont l’inflammation aiguë et consécutive a dû faire périr plus rapidement le malade. Ce que nous disons aune importance pratique d’autant plus grande que, s’il n’y avait eu dans ce cas aucun prestige de nervosité et de perniciosité, l’on aurait employé de prime abord et puis fortement insisté sur