SI
accompagnée de tous les accidents dont nous avons par] ' O n est il pas dans l’ordre des choses que partout l’effet soit^ pr’^* cédé de sa cause? Si nous nous sommes arreté à discuter l’on^ nion émise sur ce fait par M. Jolly, c’est parce quelle se rattache cà la théorie antiphysiologique des irritations intermittentes qu’il a développée dans un mémoire dont nous avons déjà parlé. Du reste, nous n’avons pas besoin de multiplier les raisonnements pour combattre l’opinion de M. Jolly et de la plupart des médecins antiphysiologistes, nous n’avons qu’à leur opposer directement les faits qu ils ont observés eux-mêmes; c’est ainsi que nous en avons agi à l’égard de MM. Tommasini , Blaud et Bailly; c’est encore un fait dont il a été témoin , et qu’il a publié dans la JSouvclle bibliolhèque médicale pour l’année 1828 que nous allons opposer à la théorie hypothétique de M. Jolly Dans ce fait, rapporté sous le no 288, il s’agit d’une cuisinière de vingt quatre ans qui, à la suite d’un accouchement, cesse d’étre réglée, et conserve dans la région lombaire, soit dans l’ovaire gauche , une douleur sourde et habituelle qui va en augmentant surtout quand la malade se livre à un travail plus pénible encore que de coutume; à cette douleur se joint bientôt un sentiment de malaise général, de courbature, puis la fièvre et une céphalalgie violente. On pensa sans doute que cette fièvre était symptomatique de la lésion locale, puisqu’on prescrivit l’applicatioa de quarante sangsues sur l’endroit douloureux, des cataplasmes émollients, puis des lavements et des boissons délayantes. La t fièvre de continue devient intermittente, c’est-à-dire que la fièvre I symptomatique , qui était produite ou entretenue par l’irritatioa ! de l’ovaire gauche, disparaît pendant trente-six heures, parce i que cette irritation fut momentanément dissipée par l’application i des sangsues. Le surlendemain il se manifeste une exacerbation I aiguë dans la lésion de l’ovaire ou dans l’affection locale, et la i fièvre revient à son tour avec des symptômes cérébraux qui ne ^ sont plus bornés, comme la première fois, à une céphalalgie 1 violente; il y a de plus agitation extrême et délire effrayant; le I lendemain, rémittence absolue de l’affection de la matrice, et I par suite apyrexie ; le surlendemain, nouvelle exacerbation de a lésion utérine, nouvel accès de fièvre avec délire , loquacité , i agitation, yeux brillants, pupille contractée, etc. J1 est aisé de I reconnaître que l’affection d’abord sympathique du cerveau |l: devient de plus en plus grave, au point d’effacer par le désordre
PHLEGMASIES INTERMITTENTES
de ses fonctions les symptômes de la lésion primitive. M. Jolly administre avec raison quinze grains de sulfate de quinine , qui préviennent de nouveaux accès ; puis il fait appliquer des ventouses scarifiées qui font cesser entièrement la douleur que la malade éprouve encore dans la région de l’ovaire. Voilà le fait dont on se sert pour faire une fièvre intermittente pernicieuse délirante! S’il nous était permis de faire ici la part du praticien et du théoricien , nous dirions franchement que la première est iDonne , la seconde mauvaise, routinière, et même contradictoire avec un mode de traitement qu’on commence et qu’on achève par des moyens antiphlogistiques. Un tel diagnostic est, à notre avis, antiphysiologique et antirationnel, parce qu’il tend à multiplier en pure perte des entités pathologiques , et à nous faire voir chez une jeune femme une affection de l’ovaire qui date d’un accouchement, à la suite duquel les menstrues n’ont pas reparu; 2° une fièvre continue; 3» une fièvre intermittente pernicieuse. Ces deux fièvres (malgré leur efficacité, au dire de certains médecins qui pensent qu’une fièvre intermittente surtout est parfois un puissant moyen de guérison) n’ont point enlevé la lésion de l’ovaire qui les a précédées , et qui a persisté après leur disparition. M. Jolly nous dit que la fièvre de continue, qu’elle était, aussitôt après l’application des sangsues affecta le type intermittent; or conçoit-il , d’après une si prompte et si facile permutation de l’une dans l’autre, qu’il y ait une bien grande différence entre ces deux fièvres ? Et s’il est vrai que la fièvre continue tînt à la lésion de l’ovaire (comme on parut le croire quand on ne lui opposa que les sangsues et un traitement antiphlogistique local ) , pourquoi n’en serait-il pas encore de même dès que la jfièvre eut passé au type intermittent? Ne peut-on pas facilement se rendre compte des accès fébriles par les exacerbations périodiques de la lésion locale, et des symptômes pernicieux par une influence sympathique plus prononcée du côté du cerveau?
Tout ce que nous venons de dire se trouve confirmé par l’observation de Morton sous le n» 283 , dans laquelle la malade I grosse de cinq mois ) éprouvait tous les deux jours une douleur cruelle dans la région hypogastrique, avec des vomissements, des cris, et des efforts comme pour accoucher ; deux saignées abondantes lui furent pratiquées avant l’emploi du quinquina; et pour mieux faire supporter ce médicament par l’estomac très irritabla
internes,,
de la malade, Morton l’administra en teinture et assoei/^ laudanum. ^ ^
Il en est de même de l’observation sous le no 286, dans laquell une femme , à la suite de sa couche et au moment de la nèvre de lait, éprouve les symptômes d’une fièvre pernicieuse délirante Dans ce cas , la cause de la fièvre paraît assez évidente puisauê les lochies ne coulent point comme à l’ordinaire , puisque des douleurs vives se font sentir dans la région hypo<^astrique La fièvre revient par accès et avec délire à cause de l’influence sym'pathique de la matrice sur le cerveau ; on administre le sulfate de quinine ; les exacerbations périodiques et fébriles se calment les lochies reprennent leur cours, et tout marche vers la guérison’ Il est impossible de méconnaître ici une fièvre symptomatique de affection aigue et évidente de la matrice , laquelle affection est sujette a des exacerbations périodiques. Si la maladie de cette femme s est prolongée, c’est parce qu’on a été trop timide dans J emploi des moyens antiphlogistiques; car ce n’était pas seulement par les fomentations émollientes et les lavements adoucissants qu’il fallait combattre les douleurs d’abord très vives et persistant à différents degrés dans la région hypogastrique; si 1 on avait eu recours à quelques applications de sangsues sur cette région et au fondement, n’est-il pas probable que fefficacité du sulfate de quinine aurait été plus prompte pour prévenir des exacerbations inflammatoires et fébriles qui seraient devenues
alors de plus en plus légères, et qui bientôt eussent été séparées par une intermittence parfaite?
Bien quelle présentât des exacerbations très fortes régulièrement tous les deux jours , laffection de la matrice sous le n'’ 289 est rendue évidente par l’âge, la constitution et les maladies anterieures de cette demoiselle. D’ailleurs le diagnostic du médecin qui l’a soignée , l’efficacité constante des applications des sangsues, des bains, de la diète, des boissons délayantes , en un mot d un traitement antiphlogistique, ne laissent point de doute sur la nature inflammatoire de l’affection dont il s’anit. On I’ ne peut pas ici accuser la fièvre essentielle d’être la cause des n ou eurs violentes qui reviennent sous type tierce dans la région ^ ypogastrique; car il n’y a point de fièvre, et dans le plus fort , es accès morbides périodiques le pouls conserve son rhythme jinaturel. Tous les antispasmodiques et narcotiques sont plutôt I nuisibles qu utiles ; il n’y a que les antiphlogistiques qui soula-
PHLEGMASIES INTERMH TE?<TES
gent la malade; mais ils ne préviennent pas le retour des accès* c’est dans ce but qu’on essaie d’administrer la potion slibio-opiacée dePeysson, bien disposé à prescrire, aussitôt après, le quinquina, si ce premier essai n’eùt point réussi. On fut dispensé d’avoir recours à ce dernier médicament; les accès métritiques ne reparurent point. La potion dont il s’agit détermina un grand nombre de selles qui cependant fatiguèrent peu cette demoiselle. Sa santé a été depuis lors assez bonne, si ce n’est qu’elle est restée sujette à des douleurs lombaires et hypogastriques aux époques menstruelles.
Nous avons peu de chose à dire des exemples de néphrites périodiques, rapportés sous les n°* 291 , 292 , 29V. La nature inflammatoire et le siège de ces diverses affections paraissent assez indiqués pour qu’on n’ait pas de doute à cet égard. Dans l’exemple de Morton, il s’agit d’une femme robuste qui a cessé d’être réglée depuis un an , et qui est sujette à des coliques néphrétiques; bientôt les douleurs de reins deviennent atroces , et prennent une marche périodiciue; les médecins qui voient la malade avant Morton la traitent tantôt pour une néphrite , tantôt pour une suppression de règles. Ce praticien prescrit d’abord une saignée , puis des lavements émollients , des apozèmes et le quin- (|uina, auquel il joint quelques gouttes de laudanum; sous l’influence de ce traitement, les accidents cessent; on cherche à rappeler les règles, et la malade arrive peu à peu à une guérison complète. Le fait indiqué par Gabrieli paraît en tout semblable à celui de Morton, excepté que la malade était arrivée à l’age critique, et que les douleurs néphrétiques présentaient le type mensuel.
L’observation de colo-néphrite périodique sous le n» 293 est remarquable d’abord par son type d’intermittence parfaitement réglé tous les huit jours à la même heure, ensuite par le siège et la nature de la lésion locale, fixée et limitée dans la région iliaque gauche, particulièrement sur le rein, oit le malade éprouve,, durant chaque accès morbide , une douleur vive comme déchirante , avec sentiment de tiraillement dans les testicules qui oblige le malade à se servir alors d’un suspensoir; pendant'toute la durée de cet accès qui se prolonge jusqu’au lendemain (environ vingt-quatre heures ) , la sécrétion de l’urine se trouve diminuée, le pouls est plein et fréquent , etc. ; ce qu’il y a encore de remarquable dans le fait dont il s’agit, c’est le retour également pério-
INTERNES
dique d’une diarrhée qui précède de deux jours l’invasion de la néphrite aiguë , et qui se termine constamment avant l’arrivée de celle-ci qui semble lui succéder ou la remplacer. Quoi qu’il en soit, le médecin appelé pour donner des soins à ce malade employa d’abord un traitement antiphlogistique très actif par les saignées générales , et les applications de sangsues sur l’endroit douloureux ; ces moyens n’ayant fait que calmer la violence des douleurs néphrétiques , on prescrivit le quinquina pour en prévenir le retour, mais elles continuèrent à revenir avec la même régularité ; alors Marcq, dans l’espoir, dit-il, de rompre l’ordre vicieux des mouvements organiques, prescrivit les bains généraux; le malade en prit un chaque jour de la semaine qui précédait le jour de l’accès , et ce jour-là il fit plonger dans le bain son malade peu de temps avant l’heure où les douleurs néphrétiques avaient coutume de revenir; mais cette fois elles ne récidivèrent plus , et le malade fut guéri aussi de la diarrhée qui en était le précurseur.
Ce que nous venons de dire de l’observation rapportée sous le n° 289 est tout-à-fait applicable à celle décrite sous le n^ 295. Dans celle-ci comme dans celle-là , il s’agit d’une irritation locale qui éprouve de fortes exacerbations sous type tierce. En effet , nous voyons ici un chirurgien, dans la force de l’àge, robuste, qui depuis quelques années est sujet à une affection des voies urinaires qui lui fait craindre , dit-il , une disposition aux hémorroïdes de la vessie. C’est dans cet état qu’il lui survient, tous les deux jours , des accès morbides caractérisés par un désir trïs pénible et continuel d'uriner, accompagné de vives douleurs et d’une sensibilité^ l’hypogastre telles, qu’il redoute le moindre contact; ces douleurs sont comme des espèces de coliques qui répondent dans la vessie , de telle sorte que le malade ne doute pas qu’elles no soient la suite de son affection habituelle. Mais , comme ces phénomènes se présentent dans un moment où régnent beaucoup de fièvres intermittentes, leur type tierce fait croire au confrère qui assiste le malade de ses conseils, qu’il s’agit aussi d’une fièvre intermittente pernicieuse qu’il nomme cystique , à cause de la souffrance de la vessie. M. N***, qui jusqu’à ce moment s’était toujours fort bien trouvé de l’emploi des moyens antiphlogistiques, ne se pressa point d’avoir recours au quinquina qui lui fut conseillé ; il commença par faire usage d’un minoratif, des bains de siège , des fomentations émollientes , des émulsions
486 PHLEGMASXES INTERMITTENTES INTERNES.
lîitrées en boisson, etc. Mais , les coliques cystiques continuant à revenir aux mêmes époques avec une intensité croissante , il n’hésita plus à prendre le quinquina qui prévint de nouveaux accès morbides.
L’observation d’urétrite intermittente fébrile, rapportée par Giannini sous le n° 297, est remarquable sous plusieurs rapports : lo par la constance avec laquelle la même cause a développé, à différents intervalles plus ou moins éloignés , la même lésion ; 2° par le retour constant des mêmes symptômes fébriles provo* qués par cette lésion , c’est-à-dire les mêmes influences sympathiques sur les organes digestifs et cérébro-rachidiens , d’où sont résultés les symptômes ordinaires d’une fièvre intermittente ; 3® par le développement des symptômes généraux et fébriles pernicieux , c’est-à-dire des vomissements violents, une céphalalgie atroce , le délire , etc. , aussitôt que la même lésion locale fut portée au plus haut degré par l’obstination et la violence de sa cause matérielle ; la lésion locale fut chaque fois dissipée par réloignementdela cause, et l’habitude morbide des accès fébriles périodiques fut également rompue par Tadministration du quinquina ; 4® par la mutation définitive de l’irritation périodique qui passa du canal de l’urètre dans l’estomac, où elle devint très grave et très opiniâtre, parce qu’on n’imagina point d’administrer le quinquina par une autre voie , et qu’on voulut forcer cet organe à le digérer malgré son irritabilité extrême , et avant qu’il fût en état de supporter ce médicament.
Enfin , dans l’observation sous le n° 296, on ne peut pas douter que les symptômes généraux et fébriles ne fussent occasionnés par la lésion locale du canal de l’urètre, puisque le malade ne peut s’écarter du régime, et abandonner l’usage des bougies, sans que ces symptômes ne reviennent aussitôt par l’exacerbation qui en résulte dans l’affection lymphatico-sanguine de la muqueuse urétrale. Cette exacerbation s’étant une fois réglée en tierce , on crut reconnaître dans les symptômes fébriles qui l’accompagnaient tous les deux jours, une véritable fièvre intermittente. On administra le quinquina en substance; ce remède fut nuisible; les symptômes locaux augmentèrent; la fièvre devint presque continue , et l’on reconnut qu’elle dépendait de Vétat inflammatoire de V urètre et de la vessie. On fit appliquer à plusieurs reprises des sangsues au fondement; on employa un traitement antiphlogistique convenable ; alors la fièvre disparut, les
hémorrhagies intermittentes internes. 48^
douleurs locales cessèrent, et les urines reprirent un libre cour^.'
(T J’ai vu, dit Benjamin Bell, quantité de malades chez qui ia moindre irritation de la prostate , produite par des causes externes , a déterminé des accès de fièvre absolument semblables à ceux des fièvres intermittentes. Les accès reviennent souvent avec une certaine régularité de deux jours l’un ; quelquefois ils laissent quatre ou cinq jours d’intervalle. La fièvre quintane dont parlent les auteurs était certainement due à une 'cause de ce genre , ou à quelque affection des viscères du bas- Yentre (1). »