‹ Monographie des irritations intermittentes ou traité théorique et pratique des maladies périodiques ... et ... de tout ce qui offre de l'intermittence ou de la périodicité en pathologieChapitre 22 sur 79 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

HÉMORRHAGIES INTERMITTENTES INTERNES. ^

Déjà une partie de ce que nous avons dit sur les phlegmasies intermittentes des viscères se trouve applicable aux hémorrhagiesr périodiques internes , si l’on fait attention qu’il existe entre ces? maladies une très grande analogie. Cette analogie, re'connue entre elles sous le type continu , est ici d’autant plus remarquable que les premières se rapprochent davantage des secondes en adoptant cette marche périodique qu’on sait être le type habituel des hémorrhagies. Aussi avons-nous vu, dans certains cas de pleuropneumonie et de métrite périodiques , des hémoptysies et des ménorrhagies se manifester et se terminer en même temps que les inflammations dont il s’agit , et se trouver comme associées entre elles chez les mêmes individus. Les observations rapportées précédemment sous les n°® 204, 211, 212, 285 et 287, en offrent des exemples.

Celte analogie entre les inflammations intermittentes et les hémorrhagies périodiques, est d’autant plus sensible que ces diverses maladies ont ordinairement leur siège dans les mêmes organes , dans les mêmes tissus ; cependant , comme elles peuvent exister indépendamment les unes des autres , et avoir chacune en particulier leurs causes et leurs symptômes caractéristiques, comme elles exigent un tra'tement particulier sous plusieurs rapports, il importe de ne point les confondre entre elles.

(1) Traité de la gonorrhée, 1. 1, p. 163

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Il n’est pas rare que les hémorrhagies intermittentes internes ne soient elles-mêmes un moyen prophylactique ou curatif qu’emploie la nature pour prévenir ou pour terminer certaines phlegmasies continues et périodiques. Cette considération , qui n’avait point échappé au génie observateur de Stahl , l’a porté à en exagérer l’importance, et à établir l’utilité constante de toutes les hémorrhagies qui surviennent spontanément ; mais, en signalant des idées exagérées, nous sommes loin de vouloir faire oublier ce qu’il y a de précieux dans le Traité de Stahl sur les hémorrhagies ; là comme en toutes choses il se montre l’homme de génie qui sort des voies étroites de la routine pour s’en frayer de plus larges , et surtout pour s’élever à de hautes et profondes idées sur l’organisme animal , idées qui firent apprécier la beauté et l’importance d’un pareil sujet, et firent pressentir les lumières qui devaient plus lard en rejaillir sur toute la pathologie.

Avertis par l’expérience de nos devanciers , nous savons aujourd’hui que les idées les plus lumineuses peuvent égarer quand elles sont poussées trop loin ; aussi nous tiendrons-nous dans un juste milieu J d’une part, pour apprécier sans exagération les avantages qu’il peut y avoir à laisser un libre cours aux hémorrhagies périodiques , et d’autre part pour ne point méconnaître les inconvénients et même les dangers qu’il y aurait dans plusieurs circonstances à ne point les modérer ou les arrêter, alors même qu’ elles se sont développées spontanément. Tel est le devoir du vrai praticien ; il doit observer attentivement les phénomènes de la nature, en santé et en maladie, non pour rester spectateur oisif, mais pour agir en temps et lieu convenables, pour favoriser les opérations qui ont un but utile, pour détourner, affaiblir, enrayer celles dont les suites peuvent être dangereuses ou funestes. C’est par la connaissance parfaite do l’état normal que le moindre désordre devient sensible à l’œil de l’observateur ) car c’est toujours par les lois de la vie que tout se meut, s’agite , se modifie et s’altère dans les tissus douloureux, dans les organes malades, jusqu’au moment où la réaction cesse, où la vie s’éteint. Toutes les théories médicales qui se sont placées en dehors de ce vaste point de vue, ou qui ont fait abstraction des lois de la vie pour ne voir que les maladies en elles-mêmes, ont manqué par la base et ont du s’écrouler. C’est dans les lois de la vie qu’il faut chercher l’explication des dérangements de la vie , c’est-à-dire dans les actes et le mouvement des tissus, dans

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les fonctions des organes , comparés dans l’état de santé , dans l’état de maladie , et mis en rapport avec la structure qui leur est propre avec les altérations morbides que l’observation et l’expérience y ont démontré. Telle était la double voie qu’il fallait suivre avec persévérance pour arriver à des connaissances médicales positives, à une théorie impérissable comme les faits qui lui servent de fondement. Stahl , et surtout Haller, commencèrent ce travail ; continué lentement par Bordeu et Pinel , activement conduit et fécondé par les travaux de Bichat, il a été poursuivi , développé, agrandi par le célèbre auteur de la doctrine physiologique.

Grâce aux travaux de l’école physiologique, la théorie des hémorrhagies continues et intermittentes est devenue simple, lumineuse et positive. Ce ne sont plus des maladies asthéniques , passives , dues à la pauvreté , à la sérosité du sang , au relâchement des extrémités artérielles et des vaisseaux exhalants , comme le voulaient Brown et Cullen. On ne voit plus en elles deux êtres particuliers , ni des hémorrhagies d’une nature différente dans le même organe et chez le même malade , par le seul fait de la présence onde l’absencede l’effort hémorrhagique. Qu’une hémorrhagie périodique soit ou non accompagnée de phénomènes sympathiques , quelle soit bornée à des symptômes locaux plus ou moins sensibles, on ne reconnaît plus là que différents degrés d’insensilé de la modification organique qui constitue Thémorrhagie ; et celle-ci n’est plus une maladie tantôt sthénique, c’est-à-dire occasionnée par un mouvement actif des capillaires sanguins et des vaisseaux exhalants, tantôt asthénique ou résultant de la faiblesse, de la passivité ou du bâillement de ces vaisseaux. Le premier de ces états est seul compatible avec la nature de l’irritation intermittente hémorrhagique, dont les accès sont forts ou faibles , c’est-à-dire plus ou moins prononcés selon la force ou la faiblesse de l’individu , selon le degré d’irritabilité de l’organe affecté. De là vient que le même individu et le même organe peuvent successivement présenter tous les symptômes qui caractérisent les hémorrhagies actives et les hémorrhagies passives de Stahl, sans que jamais l’exhalation sanguine cesse d’être un mouvement actif ou le résultat d’une action morbide locale ; car un mouvement passif n’est-il pas en contradiction à la fois et en opposition avec toutes les lois de l’organisme ?

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HEMORRHAGIES INTERMITTENTES

La théorie des hémorrhagies , suite naturelle de celle des irritations en général , a dû surtout être rapprochée de l’histoire des phlegmasies , avec lesquelles plusieurs points de contact et de rapport étaient naturellement indiqués. En effet, c’est dans des circonstances analogues que les unes et les autres se développent ; ce sont les mêmes tissus , ce sont des individus ordinairement disposés de la même manière qu elles attaquent. Ainsi , dans les cas de pléthore générale ou partielle , quand une phlegmasie est prête à s’établir , quand l’économie se trouve comme surchargée d’une trop grande quantité de sang, elle cherche à s’en débarrasser avant que l’équilibre de la santé ne soit rompu , tantôt par des sécrétions , des exhalations de fluides divers émanés du sang, et dont la déperdition surpasse alors la somme de ceux qui entrent chaque jour par voie d’absorption ou de digestion; tantôt par certaines hémorrhagies critiques, c’est-à-dire provoquées dans un but salutaire. Mais il n’est pas rare que ces évacuations sanguines, au lieu de se faire avec modération et par des endroits peu susceptibles d’altérations graves, comme sur la muqueuse pituitaire ou recto-intestinale , s’opèrent en trop grande quantité et par des organes dont l’irritabilité est trop vive , les fonctions trop imporantes pour qu’il n’en résulte pas de graves inconvénients ; c’est ce qui arrive quand il se fait un afflux rapide et considérable de sang sur la muqueuse pulmonaire. Il n’est pas rare aussi que ces ondées de fluides sanguins ne produisent des phlegmasies qui préviennent ou remplacent ces hémorrhagies de la même manière que celles-ci peuvent prévenir ou remplacer celles-là.

Tous les auteurs ont reconnu ce déplacement réciproque des hémorrhagies et des inflammations , et cette analogie manifeste qui existe entre une irritation hémorrhagique et une irritation inflammatoire. C’est ainsi que nous avons vu, sous le n® 205, une pleurésie rémittente quotidienne qui fut guérie par une hématurie critique; et sous le n° 212, une péripneumonie intermittente tierce qui se termina à la suite d’une épistaxis de même type. Mais une chose bien digne de remarque et qui semble confirmer la marche essentiellement périodique des hémorrhagies en général, c’est qu elles ont des relations plus intimes et une plus grande tendance à remplacer par une espèce de mouvement critiqueles inflammations dont la marche, plus ou moins rapide et mobile , est par là même plus disposée au type intermittent ; telles sont la goutte, le rhumatisme, l’érysipèle, les dartres, certaines angines, etc. M, Latour rap-

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porte un exemple remarquable de ce genre chez un proviseur de college âgé de soixante-cinq ans et sujet à des angines tonsillaires périodiques qui se terminaient tantôt par résolution, tantôt par l’apparition d’une hématurie ; celle-ci était quelquefois remplacée par un flux hémorroïdal. Ce malade était également sujet aune affection rhumatismale ou arthritique dans laquelle les doigts des pieds ou des mains devenaient rouges et gonflés. Chaque fois que cette dernière affection survenait ou que les amygdales se gonflaient, une turgescence générale dévoilait aux yeux du médecin le molimen hemorrhagiciim. En effet on ne tardait pas à voir reparaître le pissement de sang ou le flux hémorroïdal ; et aussitôt que l’hématurie avait commencé, les accidents inflammatoires, tonsillaire et arthritique, disparaissaient. Dans le cas où l’hématurie se manifestait la première, il suffisait alors qu’il survînt le plus léger gonflement arthritique dans un doigt de la main ou du pied pour qu’ aussitôt on vît cesser l’hémorrhagie vésicale (1).

Stalh avait souvent observé des douleurs goutteuses et rhumatismales puissamment soulagées ou dissipées par des effusions sanguines spontanées. Cet illustre praticien ayant vu d’autre part des individus devenir goutteux ou rhumatisants en cessant d’être sujets aux hémorrhagies, n’hésita point à regarder la goutte et le rhumatisme comme des effo7ds hémorrhagiques rendus vains par la structure des parties vers lesquelles ils se dirigeaient. Mais tout en reconnaissant l’analogie qu’il y a entre une inflammation et une hémorrhagie , nous croyons que beaucoup de médecins , à l’exemple de Stalh, ont exagéré cette analogie lorsqu’ils sont allés jusqu’à reconnaître leur identité parfaite; parce qu’il n’est point rare qu’une hémorrhagie ne s’opère que par la dilatation active des exhalants , sans être précédée d’aucune congestion , d’aucun effort hémorrhagique local ; ce qui détruit la première et principale ressemblance entre ces deux affections ; 2® parce qu’il n’y a le plus souvent dans l’hémorrhagie aucune douleur locale , ou , quand elle existe, elle est tout-à-fait différente de celle qui caractérise l’inflammation ; en efl^et , celle-ci est ordinairement] aiguë, gravative, lancinante ; celle-là est presque toujours bornée à un sentiment de prurit , de pesanteur et de tension locales ; 3° dans l’effort hémorrhagique , le sang ne fait que remplir ou distendre les vaisseauxcapillaires ; dans l’inflammation, il s’insinue

(1) Causes des hémorrhagies, t. n.

et s’incorpore en quelque sorte avec le tissu enflammé, qui devient comme on dit , rénitent; 4° une simple fluxion sanguine n’élève que peu ou point la température du lieu par où s’opère l’hémorrhagie, tandis que la partie enflammée est ordinairement chaude et brûlante ; 5^ l’inflammation tond plus ou moins vite à faire subir diverses modifications aux fluides accumulés ; dans la fluxion hémorrhagique , outre que le sang ne reste que fort peu do temps stationnaire, il n’éprouve jamais de modifications par suite de son accumulation; 6® dans le premier cas, il y a un véritable travail local , une réaction vitale particulière qui tend à éliminer les fluides accumulés par voie d’absorption , ou à leur faire éprouver les altérations diverses qui constituent la suppuration ; rien de semblable n’a jamais lieu dans le second cas.

Un autre fait bien digne d’attention , puisqu’il se trouve confirmé par l’observation de plusieurs praticiens distingués , c’est le choix que paraît faire de telle ou telle membrane muqueuse , pour une hémorrhagie métastatique , telle ou telle affection cutanée , articulaire ou autre. C’est ainsi qu’il résulte de l’observation et de l’expérience de Stalh , d’Hoffmann, de Stoll, de Lordat, que la métastase hémorrhagique de la goutte et du rhumatisme se fait sur l’estomac et particulièrement sur le rectum pour produire l’hématémèse , et surtout des hémorroïdes. Dans l’observation sous le n» 325, on voit un homme âgé de cinquante ans qui est sujet à des douleurs de tête et à la goutte aux pieds chaque fois que des hémorroïdes périodiques mensuelles sont arrêtées par une cause quelconque. Chez les femmes , c’est ordinairement sur la matrice que le déplacement de la goutte et du rhumatisme a lieu ; leur disparition subite cause fréquemment des ménorrhagies continues ou intermittentes. On a remarqué que le déplacement des affections cutanées se faisait plus particulièrement sur la muqueuse pulmonaire ; de là des hémoptysies assez fréquentes. Stoll, De morhis chronicis , rapporte des exemples d’hémoptysie occasionnée par la répercussion de diverses affections cutanées. Lordat a observé un crachement de sang qui survint chez un élève en médecine par suite de la disparition rapide d’une dartre. Ce qu’il y a de fort remarquable dans l’observation du professeur de Montpellier , c’est que l’hémoptysie adopta précisément le même type ou un genre de périodicité absolument jonforme à celui que présentait la dartre. « Celle-ci , dit Lordat/

avait coutume de s’exaspérer à chaque pleine lune , et les retours de l’hémoptysie métastatique suivaient les mêmes périodes (1). » Nous avons vu un exemple remarquable de ce genre sous le no21*2, dans lequel une péripneumonie intermittente tierce se termine graduellement par une épistaxis critique, qui adopte dans ses retours le même type que la péripneumonie, et qui revient de deux jours l’un, quatre fois de suite.

A l’exemple du flux menstruel, qu’on peut regarder comme le prototype des hémorrhagies périodiques , toutes les irritations intermittentes hémorrhagiques sont caractérisées par un surcroît d’action organique des exhalants , en vertu duquel ils admettent le sang accumulé dans les capillaires sanguins et lui livrent passage au dehors. Nous ne répéterons pas ce que nous avons dit ailleurs relativement à la division des hémorrhagies périodiques en actives et en passives ; il nous suffit de savoir qu’ elles ont toutes un caractère d’activité qui leur est propre, et qui seul est en rapport avec les lois générales de l’économie , dont elles sont quelquefois une ressource ou un besoin ; aussi, dans plusieurs circonstances, faut-il plutôt diriger qu’intervertir ou arrêter la marche des hémorrhagies intermittentes , surtout quand elles se manifestent au déclin ou durant le cours de certaines inflammations aiguës plus ou moins graves.

La disposition que présentent les viscères à être affectés d’hémorrhagies périodiques, se mesure par la quantité de vaisseaux capillaires sanguins qui les pénètrent et par la multiplicité des causes irritantes qui peuvent agir sur eux , soit pour y provoquer un plus grand afflux de sang , soit pour disposer les exhalants à luili\rer passage. G’est particulièrement aux membranes muqueuses qu’on a reconnu la disposition dont il s’agit; mais toutes ces membranes ne sont pas également sujettes aux hémorrhagies intermittentes ; il y en a qui par leur siège à la partie la plus déclive du tronc , et surtout par la nature de leurs fonctions , en sont bien plus souvent affectées que les autres ; et l’on peut à cet égard établir l’ordre suivant: l’exhalation sanguine muqueuse utérovaginale qui constitue la ménorrhagie ; 2» celle qui se manifeste à l’extrémité inférieure du canal digestif et fournit les hémorroïdes ; 30 celle de la membrane muqueuse pulmonaire, siège de l’hémoptysie ; 4° celle de la muqueuse gastrique et intestin

fl) Traité des hémorrhagies.

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nale , qui donne lieu à l’hématémèse , à l’entérorrhagie et au flux hépatique ; 5° enfin , celle qui se montre par les voies urinaires et produit l’hématurie.

L’hémorrhagie périodique a quelquefois une très grande tendance à passer d’une membrane muqueuse dans une autre , et à se manifester successivement dans plusieurs organes plus ou moins éloignés les uns des autres. C’est ainsi qu’on voit, sous le m 310 , la suppression des menstrues donner lieu d’abord à une hématurie qui fut remplacée par une hémoptysie, et à laquelle succéda une hémalémèse qui présenta le type tierce pendant un certain temps et jusqu’à ce quelle fût attaquée par un traitement convenable.

Les membranes séreuses sont beaucoup moins sujettes que les muqueuses aux exhalations sanguines périodiques ; cependant elles n’en sont point exemptes. C’est à une semblable exhalation de l’arachnoïde que plusieurs médecins rapportent certains épanchements spontanés de sang dans les ventricules ou à la surface du cerveau , appelés coups de sang , attaques d’apoplexie périodiques. Les viscères parenchymateux ne sont pas non plus à l’abri de ces raptus instantanés de fluides sanguins, et nul doute que le cerveau , les poumons , le foie , et surtout la ‘rate , n’y soient plus ou moins exposés dans certaines circonstances, surtout durant le frisson prolongé de plusieurs fièvres d’accès ou de certaines gastro-entérites périodiques.

Indépendamment de cette aptitude de plusieurs membranes internes et de quelques viscères à être le siège d’exhalations sanguines intermittentes , il y a encore des dispositions individuelles qui tiennent à l’âge , au sexe , au tempérament , aux professions et aux climats ou aux saisons diverses. Ainsi, quoique les hémorrhagies périodiques puissent survenir à toutes les époques de la vie , on a observé que chaque âge était plus en rapport avec telle espèce d’hémorrhagie qu’avec telle autre ; les enfants, par exemple , sont plus sujets aux épistaxis, les jeunes gens aux hémoptysies , les personnes âgées aux hémorroïdes, aux ménorrhagies , aux hématuries. Les femmes sont plus souvent que les hommes affectées de toute espèce de flux sanguins périodiques ; il y a chez elles une disposition hémorrhagique qui semble coïncider avec l’action fluxionnaire de la matrice. L’influence de cette action a été exagérée par Bordeu , quand il a avancé que nulle hémorrhagie ne survenait chez le sexe sans lui

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être entièrement subordonné. Lordat pense au contraire et avec plus de raison , que plusieurs hémorrhagies ont lieu chez les femmes sans être nullement sous la dépendance de la matrice.

Relativement aux climats et aux saisons diverses, il est reconnu que les hémorrhagies périodiques des viscères se développent plus fréquemment durant les saisons très chaudes et où les vents sont secs et brûlants. Les hémorrhagies internes sont généralement plus communes dans les climats chauds que dans les pays tempérés ; Ramazzini à Modène, Lind dans les Indes, en ont observé plusieurs exemples; etLancisi dit qu’en 1705 et 1706, une épidémie d’accès apoplectiques, avec épanchement sanguin dans le cerveau , fit à Rome les plus grands ravages pendant un été brûlant , et durant lequel soufflait et dominait constamment le vent du midi. Picquer et Fouquet ont remarqué que c’était particulièrement durant les solstices et les équinoxes que se développaient les affections dont il s’agit.

Si les hémorrhagies par leur type intermittent en ont beaucoup moins imposé que les autres affections périodiques en général c’est sans doute parce que le flux menstruel s’offrait comme un exemple frappant et habituel de cette périodicité. Cependant plusieurs médecins n’ont pas laissé encore que de s’abuser à cet égard , surtout quand la marche de ces hémorrhagies, semblable à celle des fièvres intermittentes ordinaires, présentait le type quotidien , tierce et quarte ; alors iis n’ont pu résister à l’idée d’en faire des fièvres larvées , comme Storck , Picquer , sous les nos 301 et 308, ou de s’en servir pour créer de nouvelles espèces de fièvres intermittentes pernicieuses hémorrhagique , métrorrhagique jhémoptysique , entèrorrhagique , comme les docteurs Gaëtan-Caturegli , Puccinotti, Daniel , etc. A la suite de la ménorrhagie intermittente tierce, rapportée sous le 311, qu’il appelle une fièvre pernicieuse ménorrhagique, M . Arloing ajoute : « N’eston pas fondé à la ranger dans la catégorie des fièvres ataxiqnes dont elle forme une variété comme celles qui se présentent sous la forme de flux , la cholérique , Vhépatique , par exemple , ou celles avec crachement , avec vomissement de sang, et qui compromettent la vie des malades (!)?>:)

M. Deslandes dit , à l’occasion du fait rapporté sous le n® 302, « On pourrrait faire de cette irritation intermittente comme de

(1) Journal et Mémoire cités.

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tant d’autres une fièvre ménorrhagique , si les accès avaient été précédés, accompagnés et suivis de symptômes caractéristiques de la fièvre. On le pourrait meme sans cela puisqu’il y eut un symptôme grave , et qu’on trouve dans les auteurs des observations décorées du nom de fièvre pernicieuse , sans présenter les trois symptômes requis. Quoi qu’il en soit, il est facile de se rendre raison de leur absence dans le fait que je viens de rapporter. La matrice est peut-être de tous nos organes celui dont les irritations hémorrhagiques ou autres allument le plus difficilement la fièvre. J’ai vu les métrites les plus intenses , accompagnées des douleurs les plus vives , sans la moindre fréquence du pouls (1).» Enfin , les docteurs Routier et Thomas , sous les nos 312 et 314, ont cru également reconnaître des fièvres pernicieuses intermittentes essentielles dans les exemples de métrorrhagie sous type tierce, qu’ils ont observée et guérie par le quinquina et le sulfate de quinine.

L’erreur dans laquelle sont tombés les médecins qui ont voulu convertir les hémorrhagies périodiques en fièvres intermittentes pernicieuses ou larvées , est sans doute provenue de ce qu’ils ont cru, avec Mindérerus et Casimir Medicus, que la cause de leur périodicité ne pouvait pas être autre que celle des fièvres intermittentes en général , ou quelles étaient dominées par le prétendu génie intermittent de l’école de Montpellier. Il est bien vrai que plusieurs phénomènes généraux, rencontrés dans certains cas d’hémorrhagiepériodique, se rapprochent beaucoup de ceux d’un accès de fièvre intermittente ordinaire ; tels sont, par exemple, i’horripilation , qui n’est qu’une modification du frisson fébrile , la lassitude dans les membres, le resserrement et la pâleur des tégun/ents, quelquefois la fréquence du pouls, la céphalalgie, etc. Bordeu et Fouquet ont plusieurs fois observé la coïncidence du frisson fébrile , d’un sentiment de lassitude et de malaise général , de faiblesse et de refroidissement des membres , avec les signes de la congestion et du mouvement fluxionnaire qui constituent l’hémorrhagie ; mais cette similitude de phénomènes sympathiques ne prouve qu’une seule chose, c’est-à-dire l’analogie de l’irritation locale qui provoque, soit un accès hémorrhagique , soit un accès de fièvre intermittente. Il ne faut pas oublier d’ailleurs que les phénomènes sympathiques sur lesquels se trouve

{i) Bibliothèque médicale^ t lxxyiii, 1822,

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spécialement fondée 1 analogie dont il s’agit , ne sont qu’ accessoires , et ne se montrent que très rarement dans les hémorrhagies périodiques ; le plus souventelles ne sont point accompagnées de fièvres et se bornent aux symptômes locaux de congestion et d’effusion au dehors d’une certaine quantité de fluide sanguin. Il n’est pas rare encore que les symptômes de congestion locale ne manquent, et que, le sang s’échappant à mesure qu’il arrive, l’hémorrhagie ne soit privée des symptômes qui constituent ce qu’on a appelé le molimen hemorrhagicum ; mais alors elle n’en est pas moins, comme nous l’avons dit, le résultat d’un mouvement actif et spontané des capillaires sanguins et des vaisseaux exhalants , qui appellent et livrent passage , à des époques déterminées, à une quantité de sang plus ou moins considérable.

Quoiqu’on voie assez d’exemples d’hémorrhagies internes qui se répètent tous les jours , tous les deux jours , tous les trois jours , et aux mêmes heures , comme les accès de fièvre intermittente , cependant il arrive beaucoup plus fréquemment que leur type se rapproche de celui que la nature a dévolu au flux menstruel , c’est-à-dire que le retour des accès hémorrhagiques ait lieu à des intervalles de temps plus éloignés , comme de huit , ■de quinze jours , et plus souvent de vingt-cinq ou trente jours , intervalle ctui constitue le type mensuel ou lunaire. Ce dernier type au reste n’est point particulier aux hémorrhagies périodiques seulement , puisque nous avons vu plusieurs subinflammations intermittentes externes le présenter assez souvent. Les hémorrhagies internes peuvent aussi changer de type d’intermittence et en offrir plusieurs différents. C’est ainsi que la ménorrhagic sous le n^ 302 présenta deux espèces de périodicité, une mensuelle et l’autre quotidienne , ne paraissant chaque jour que de midi à quatre heures et demie. On voit aussi sous le n® 313 une autre métrorrhagie qui présenta tour à tour les types tierce et quotidien.

Les hémorrhagies périodiques internes sont en général plus fréquentes que les externes , à part les épistaxis ; elles présentent dans l’intervalle de leurs accès une intermittence et une apyrexie si complètes que les malades se trouvent comme en parfaite santé, et ne ressentent souvent rien qui ait rapport à leur affection , si ce n’est une faiblesse proportionnée à la perte de sang qu ils ont éprouvée. 11 est assez rare de voir des hémorrhagies continues avec des exacerbations périodiques, c’est-à-dire

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qu’elles présentent rarement le type rémittent si communn aux phlegmasies , avec lesquelles pourtant elles ont d’autant plus d’analogie qu elles peuvent alterner par une espèce de mouvement critique, et qu’il suffit à l’irritation hémorrhagique d’êtro .exaspérée par une cause stimulante quelconque pour passer à d’état inflammatoire. C’est ainsi qu’une impression vive de froid ,et de surprise peut transformer une hémoptysie, une ménorrhagie , en pleuro-pneumonite et en métro-péritonite aiguës.

Le nombre des accès que peuvent présenter les irritations intermittentes hémorrhagiques des viscères n’a rien de fixe ; elles ont cela de commun avec toutes les fièvres , avec toutes les affections périodiques. Il en est de même de la durée de leurs accès ; elle varie en général de quelques minutes ou de quelques heures à plusieurs jours.

Tout accès hémorrhagique interne peut être accompagné de fièvre , c’est-à-dire développer des phénomènes sympathiques plus ou moins sensibles ; mais le plus ordinairement il est borné à des symptômes locaux. S’il est arrivé dans quelques circon- ■Stances que les phénomènes sympathiques et fébriles aient été portés très loin, et qu’ils aient persisté même après la disparition de l’hémorrhagie périodique , c’est quand l’irritation d’abord sympathique des viscères, enparticulier de l’estomac, est devenue prédominante et a rendu nulle ou à peine sensible l’irritation hémorrhagique, d’après le principe ea? duobus dolorihus simul ohortis vehementior ohscurat alterum. Il peut arriver aussi que les symptômes de l’irritation gastro-entérique soient plus on moins sensibles en même temps qu’une exhalation hémorrhagique très abondante a lieu à sa surface et se trouve évacuée par des vomissements et par des selles de sang noir et liquide , comme dans l’observation recueillie par M. Trousseau , sous le nf» 300. a Dans ce cas, une quantité de trois ou quatre livres de matière liquide, noire, quelquefois mêlée avec un peu de bile , était rejetée parles vomissements ou évacuée par les selles. L’épigastre devenait douloureux un peu avant chaque vomissement. Il nous sembla , dit ce médecin , que l’intermittence et la périodicité étaient les phénomènes dominants , et qu’il fallait à tout prix combattre la modification spéciale de l’organisme en vertu de laquelle une si grande quantité de sang venait à une heure fixe , et seulement à cette heure , s’épancher dans le canal intestinal. Nous crûmes àj’existence d’une fièvre intermittente pernicieuse hémorrlia-

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^ique , et notre médication principale fut dirigée d’après cette idée. JO

» Les causes prédisposantes des hémorrhagies périodiques internes, sont une constitution forte, sanguine, pléthorique, un ;cœur volumineux et très irritable , une sorte d’orgasme général du système capillaire sanguin , la jeunesse , le printemps , les fortes secousses ou les exercices violents du corps , les passions ardentes comme la colère , les excès de table, une vie sédentaire interrompue tout-à-coup par des travaux fatigants , la transition subite du chaud au froid , l’omission d’une saignée et la suppression d’une évacuation habituelle quelconque. C’est ainsi que nous voyons sous le n» 299 un exemple d’hématémèse quotidien provoqué par la suppression des règles et guéri par leur retour, et sous les n°® 318 et 321 des hémoptysies causées par la suppression des hémorroïdes et guéries de même par leur retour. Ce sont là aussi les causes des hémorrhagies continues; mais il suffit de leur action répétée à certaines époques et de la disposition des malades pour que les hémorrhagies affectent le type périodique. D’ailleurs , quelles qu’en soient les causes , n’est-il pas reconnu que presque toutes les hémorrhagies sont intermittentes , et que ce type leur est en général plus familier que le type continu ? non qu’ elles présentent toujours une régularité parfaite dans leur développement, mais il est reconnu que la plupart reviennent par accès réguliers ou irréguliers.

Aux causes dont nous venons de parler et qui appartiennent à toute espèce d’hémorrhagie intermittente , il faut ajouter celles qui sont propres à chacune en particulier : ainsi pour l’hémoptysie, ce sont les efforts de voix brusques très violents et répétés à des intervalles plus ou moins rapprochés , une déclamation trop forte et trop vive , un coup ou un violent choc quelconque reçu dans la poitrine, l’étroitesse de cette cavité, les battements violents et précipités du cœur, la répercussion subite d’un exanthème, surtout de l’érysipèle et des dartres. Pour l’hématémèse, ce sont les grandes chaleurs de l’été , les contrastes de chaleur et d’humidité froide , la disparition rapide d’une affection goutteuse ou rhumatismale , la suppression des hémorroïdes , des menstrues, l’usage abusif des boissons tièdes et théiformes , surtout de certains assaisonnements, comme l’ail , les poireaux , la moutarde, les cornichons , les radis , etc. Nous connaissons une dame passionnée pour ces sortes d’assaisonnements, et qui éprouve tous

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les mois, à l’époque de ses règles, une hématémèse plus ou moins sensible. Quand meme l’écoulement menstruel s’établit comme de coutume, il est constamment précédé de quelque vomissement <le matières sanguinolentes ou sanguines noirâtres ; mais si , par une cause quelconque , cet écoulement est peu abondant , s’il 6St retardé ou arrêté , alors les vomissements de sang se succèdent d’une manière effrayante ; ils fatiguent et affaiblissent beaucoup la personne dont il s’agit, qui est obligée de leur opposer le repos du physique et du moral , la diète et un régime convenable.

Les causes particulières de l’hématurie sont l’âge de retour, la suppression des hémorroïdes chez l’un et l’autre sexe, et la cessation des menstrues chez les femmes; des coups , des chutes sur la région hypogastrique, l’abus du coït et l’équitation forcée chez l’homme , la présence de quelques calculs ou graviers dans les reins et la vessie, le catarrhe chronique de la muqueuse qui tapisse ces organes , l’abus des diurétiques , l’action stimulante de certaines préparations aphrodisiaques.

Pour les hémorroïdes, ce sont la plupart des causes que nous avons assignées à riiématurie et à F hématémèse, auxquelles il faut ajouter une disposition naturelle ou héréditaire à la dilatation des vaisseaux hémorroïdaux , le froid et l’humidité des pieds , une vie sédentaire et passée presque tout entière dans la position assise , surtout si l’on se sert de sièges fourrés , et qui , entretenant une chaleur habituelle au fondement , appellent sans cesse le sang vers cette partie ; l’abus des lavements , des purgatifs , et la constipation qui en est presque toujours la suite : ces dernières causes , quoiqu’elles agissent en sens opposé, ne tendent pas moins au même résultat, en stimulant tour à tour et diversement la muqueuse recto-intestinale. Les causes déterminantes de la ménorrhagie sont, l’abus du coït, les passions ardentes, les pensées lasci\es, une vie molle, oisive, le passage rapide d’une vie sédentaire à une grande activité , la station debout trop long-temps prolongée , surtout à l’époque des règles, la danse fréquemment répétée , une marche forcée, l’âge critique , la suppression trop rapide des. lochies après l’accouchement, ou du lait à l’époque du sevrage , etc.

Parmi les symptômes des hémorrhagies périodiques internes , il y en a plusieurs qui leur sont communs à toutes , comme les suivants : décoloration et sécheresse de la peau , sueurs par-

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5oî

lielles , anxiété , défaillance , lassitude , refroidissement des ex-^ trémités, frissonnement, fréquence et petitesse du pouls, sentiment local de pesanteur, de chaleur , de titillation particulière, quelquefois de douleur. Mais tous ces symptômes sont bien loin de se présenter constamment dans chaque accès d’hémorrhagie périodique ; le plus souvent on n’observe point de phénomènes fébriles et sympathiques vers la peau, le cœur , le cerveau, la moelle épinière, etc. Il n’est pas rare que les symptômes locaux de douleur, de titillation et de pesanteur , manquent également. Combien de fois n’arrive-t-il pas qu’on n’observe nuis autres symptômes caractéristiques de l’accès hémorrhagique que l’écoulement du sang et un léger frissonnement général , une faible sensation de chaleur locale au moment où l’hémorrhagie survient !

, Le diagnostic des hémorrhagies intermittentes internes est en général assez facile à établir, puisqu’on voit le sang couler et se porter au dehors par des orifices connus ; il y a cependant des cas qui peuvent en imposer et offrir quelques difficultés à cet égard : c’est ainsi qu’en voyant le sang sortir parla bouche, on peut douter avec raison si ce fluide vient de l’estomac ou des poumons; s’il s’agit d’une hémoptysie ou d’une hématémèse. Voici à quelle différence on reconnaîtra l’une et l’autre : l’hémoptysie , plus fréquente que l’hématémèse , attaque ordinairement les jeunes gens de quinze à vingt ou vingt-cinq ans , tandis que l’hématémèse ne survient guère qu’après l’age de trente cinq ou quarante ans. La première est annoncée par une espèce de bouillonnement qui accompagne la respiration avec un sentiment de chaleur et d’anxiété dans la poitrine, dyspnée, coloration des pommettes , toux suivie de crachement de sang vermeil, écumeux, liquide, ou mêlé à des mucosités mousseuses. Dans l’hématémèse , le sang est rejeté en plus grande quantité à la fois, sans toux et par des efforts de vomissement ; ce liquide est noir, granuleux , jamais pur ; le plus ordinairement il est mêlé à diverses matières bilieuses, glaireuses et alimentaires; il y a un sentiment de pesanteur , de gêne et d’ardeur dans la région épigastrique.

• A partir du duodénum, l’exhalation sanguine qui s’opère quelquefois à la surface de la membrane muqueuse des intestins grêles et des gros intestins est évacuée par les selles , avec chaleur, sentiment douloureux de resserrement autour de l’ombilic

5o2 HÉMORRHAGIES INTERMITTENTES

et dans les hypocondres , tranchées sans ténesme , et flux de sang plus ou moins abondant, en partie coagulé et noirâtre , mêlé ou non à des matières stercorales ; dans les hémorroïdes , il y a de plus un sentiment de gêne et de pesanteur vers le fondement et des envies assez fréquentes et souvent trompeuses d’aller à la selle ; celle-ci est plus ou moins pénible et douloureuse suivant qu’il y a un engorgement plus ou moins considérable des vaisseaux hémorroïdaux, suivant que la fluxion ou l’exhalation du sang est facile ou empêchée par une très grande irritation locale.

Dans l’hématurie , il y a également une distinction à faire entre l’hémorrhagie rénale et l’hémorrhagie vésicale : la première est précédée de douleurs profondes dans les reins , d’anxiété , d’envies infructueuses d’uriner ; le sang est porté au dehors sans douleur et plus ou moins pur ou intimement mêlé à l’urine. Dans le second cas , le sang est ordinairement évacué en grumeaux ou en petits caillots ; il y a des douleurs plus ou moins sensibles derrière le pubis , sentiment de chaleur et d’ardeur en urinant, et prurit à l’extrémité de la verge.

Il résulte des recherches anatomico-pathologiques les plus exactes touchant les hémorrhagies intermittentes et continues , que les membranes à la surface desquelles le sang est exhalé ne présentent en général que peu ou point d’altérations sensibles ; Morgagni et Bichat , ayant ouvert des individus qui avaient eu diverses hémorrhagies peu de temps avant de succomber, n’ont point trouvé les traces des ouvertures par lesquelles le sang s’était échappé. Quelquefois cependant on a trouvé les membranes muqueuses légèrement engorgées , parsemées de vaisseaux variqueux ou d’un grand nombre de petits points rouges et noirâtres. Ce n’est qu’à la suite d’hémorrhagies qui avaient duré très long-temps , et qui n’étaient elles-mêmes qu’un symptôme de quelque inflammation chronique , qu’on a trouvé les parois de ces membranes tuméfiées, épaisses, squirrheuses, et diversement corrodées ou altérées.

Le pronostic des hémorrhagies périodiques internes n’est pas en général bien grave , à moins qu’ elles ne soient très abondantes et quelles ne s’opèrent sur des organes très délicats et indispensables à l’entretien de la vie, comme le cerveau et les poumons. D’autres , comme les hémorroïdes , bien loin d’être des affections graves et de faire courir des dangers aux malades sont au contraire souvent utiles à l’entretien de leur santé et de-

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viennent des espèces de fonctions par lesquelles leur économie se débarrasse d’une quantité plus ou moins considérable de sang dont l’accumulation pouvait y devenir funéste. Le pronostic dont il s’agit varie beaucoup selon diverses circonstances, et particulièrement selon la nature des causes , la violence des symptômes et le siège de la maladie ; les hémorrhagies intermittentes qui se développent spontanément, surtout au retour du printemps, chez des individus pléthoriques ou qui ont négligé de se faire pratiquer une saignée habituelle, sont ordinairement favorables, à moins qu’elles n’aient lieu par des voies où ces sortes de raptus hémorrhagiques ne se répètent guère impunément à cause de la nature des organes et des fonctions qu’ils remplissent ; mais il est toujours favorable que le sang soit porté au dehors; par une hémorrhagie, au moment où il est près de s’accumuler dans les viscères pour y développer une inflammation ou des épanchements , surtout quand sa présence peut gêner ou suspendre l’action d’un organe indispensable à la vie , comme le cerveau en offre la preuve dans les cas d’apoplexies foudroyantes. Les congestions ouïes épanchements qui ont lieu dans le foie, dans la rate , surtout pendant le frisson violent et prolongé de plusieurs fièvres intermittentes, sont moins redoutables à cause de l’ampliation facile et de l’extensibilité de ces organes ; cependant ils peuvent encore être promptement funestes , comme Senac et Portai en rapportent des exemples ; quelquefois cependant la nature est parvenue à débarrasser des rates qui avaient acquis un volume prodigieux par des évacuations sanguines opérées par la voie du canal digestif, comme Marcellus Donatus en rapporte deux exemples. Les hémorrhagies qui ont lieu par suite de coups et de violences extérieures sont, toutes choses égales d’ailleurs, moins graves que celles qui surviennent durant le cours de certaines inflammations , c’est ainsi que l’hématémèse et l’hématurie par causes externes sont bien moins redoutables que celles qui se développent par suite de phlegmasies chroniques de l’estomac ou de vieux catarrhes de la vessie.

Avant d’employer les moyens dont l’art peut disposer contre les hémorrhagies périodiques internes , il importe d’examiner s’il convient d’y avoir recours ; car on ne peut pas douter , d’après ce que nous avons dit , qu’il n’y ait des hémorrhagies intermittentes des viscères véritablement utiles , dont il faut se contenter de suivre la marche d’étudier les résultats , afin qu’ils na.

5o4 HÉMORRHAGIES INTERMITTENTES

soient pas portés au-delà des bornes compatibles avec la santé; il importe quelquefois d’en favoriser ou d’en exciter le cours, et même de le rappeler s’il vient à être arrêté trop tôt et s’il peut en résulter des accidents plus graves que l’hémorrhagie ellemême. C’est ordinairement sous la forme hémorroïdale que se présente l’émission sanguine spontanée qui doit être respectée et même entretenue ou favorisée dans son cours : 1° parce que l’écoulement de sang qui a lieu à la surface de la muqueuse recto-intestinale ne peut point amener de désordres locaux funestes ; parce qu’il y a peu de personnes chez qui les vaisseaux hémorroïdaux , placés dans la partie la plus déclive du tronc, ne soient pas plus ou moins engorgés, dilatés et variqueux ; 30 parce que c’est ordinairement du sang veineux, peu animaîisé , et qui a déjà séjourné assez long-temps dans les nombreux replis du système veineux abdominal, qui s’écoule par le fondement et qui tend à dégorger convenablement des viscères toujours disposés à s’engorger et à contenir plus de sang qu’ils n’en ont besoin pour l’exercice régulier de leurs fonctions, tels sont surtout le foie , la rate , le mésentère ; aussi trouve-ton dans les auteurs beaucoup d’exemples d’hémorroïdes intermittentes dont la suppression intempestive a été suivie d’accidents plus ou moins graves : nous en rapportons quelques uns sous les nos 321 et 325. Nous voyons aussi par l’expérience de Tissot que, même chez les femmes, ces sortes de flux doivent être respectés, car la suppression de l’hémorroïde quotidienne, sous le n» 307, amenait constamment des douleurs d’estomac , des angoisses pénibles, des vomissements si violents qu’ils n’auraient pas manqué d’être bientôt poussés jusqu’à provoquer l’hématémèse, si l’on ne s’était empressé de rappeler le flux hémorroïdal. Il y a aussi d’autres hémorrhagies périodiques qui paraissent remplir une espèce de fonction utile quoique insolite chez l’homme : c’est ce que prouvent les exemples d’hématurie sous le n» 324 , principalement celui observé par M. Chaumeton chez un homme qui rendait chaque mois et régulièrement par l’urètre dix à douze onces de sang pur. Cet écoulement périodique offrait la plus grande analogie avec le flux menstruel par les phénomènes dont il était précédé, accompagné et suivi. La suppression de cette hématurie , occasionnée deux fois soit par l’immersion dans l’eau froide des extrémités inférieures, soit par un bain de tout le corps , fut constamment suivie de violentes douleurs dans les

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lombes, de céphalalgies , de vomissements, d’un éiat de Umgueur et de fréquentes attaques de dysurie que cette espèce de menstruation vésicale fit aussitôt disparaître par son retour.

Il faut également savoir distinguer et respecter certaines hémorrhagies critiques qui surviennent durant le cours ou vers la fin des phlegmasies ; toutefois il serait dangereux d’établir d’une manière générale qu’il faut respecter toute hémorrhagie ciui se manifeste au déclin ou durant le cours d’une inflammation aiguë (1) ; car il y a telle ou telle inflammation dont l’existence et la durée sont bien moins à redouter qu’une hémorrhagie de quelques heures, quand elle survient dans des organes dont les fonctions sont à la fois très délicates et indispensables à la vie ; nul doute , par exemple, qu’il rie faille arrêter sur-le-champ et dans tous les cas , une hémoptysie violente et une première attaque d’hémorrhagie cérébrale. Nul doute encore qu’on ne doive remédier le plus promptement possible à une hématémèse, à une hématurie , qui seraient dues à la disparition d’une dartre , d'un érysipèle , d’une affection goutteuse ou rhumatismale , et rappeler ou exciter ces affections, quelque violentes et aiguës qu’on les suppose. 11 n’y a point de cas où l’on doive respecter une hémoptysie continue ou périodique , parce qu’il suffit de laisser prendre au sang une direction morbide vers les organes pulmonaires pour qu’il en résulte bientôt des récidives dont il ne sera plus permis de modérer ou de prévenir le retour, et qui amèneront infailliblement des altérations organiques incurables. Il est bien rare également qu’il faille respecter une hématémèse7 une ménorrhagie , une hématurie. Sans doute il peut être convenable de ne point les arrêter sur-le-champ, mais il est toujours utile d’en modérer les accès , et quand ils sont terminés , d’en prévenir le retour par tous les moyens les plus convenables en pareils cas.

Le moyen le plus puissant dont l’art puisse disposer contre les hémorrhagies en général, c’est la saignée plus ou moins abondante et répétée selon le besoin ; c’est en diminuant la masse du sang et en rendant son cours plus libre qu’elle arrête ou prévient son afflux immodéré vers un organe quelconque. II est peut-être assez indifférent de la pratiquer au bras ou au pied pour une hémorrhagie siégeant à la partie supérieure ou infé-

(1) Dictionnaire abrégé des sciences médicales.

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HEMORRH\GI£S INTERMITTENTES

rieure du tronc, quoique des praticiens pensent qu’il faut toujours choisir la veine la plus éloignée. Ce qu’il importe surtout, c’est de régler convenablement la quantité de l’émission sanguine, suivant l’âge , le sexe, le tempérament , suivant l’organe affecté et la tendance plus ou moins forte de l’hémorrhagie à se répéter. Il y a encore une règle générale qu’il ne faut point oublier , c’est de ne jamais tirer une trop grande quantité de sang à la fois ; il vaut mieux y revenir à plusieurs reprises selon le besoin ; l’état du pouls est d’ailleurs un guide assez sur, et tant qu’il reste plein ou dur et vibrant , il ne faut pas hésiter de renouveler les saignées à des intervalles plus ou moins rapprochés. Après la saignée , ce sont les émissions sanguines locales par les sangsues et les ventouses scarifiées] qui sont le plus utde , [parce que ces moyens agissent comme révulsifs à la peau , en même temps qu’ils opèrent un dégorgement local plus ou moins avantageux ; ce dégorgement est d’autant plus nécessaire que l’hémorrhagie est accompagnée d’une congestion sanguine plus manifeste. C’est surtout quand l’hémorrhagie périodique est due à la suppression du flux hémorroïdal ou menstruel qu’il faut se hâter de les rappeler par les moyens dont il s’agit, appliqués autour de l’anus et de la vulve ; il convient alors d’employer un petit nombre de sangsues â la fois, d’en répéter l’application, et de la faire suivre de bains de siège, liquides ou en vapeurs.

Quand il s’agit d’un individu pâle et déjà beaucoup affaibli par des accès hémorrhagiques antérieurs , la compression circulaire des membres peut être employée avec succès et préférablement aux émissions sanguines ; nous l’avons appliquée avec succès aux deux bras chez une femme attaquée d’une hémoptysie violente â la suite d’une affection morale; cette femme, parvenue à l’âge critique , était d’ailleurs sujette â une ménorrhagie qui l’avait considérablement affaiblie et décolorée. On a été obligé quelquefois , pour arrêter la violence de la ménorrhagie périodique d’employer le tamponnement, comme dans l’observation sous le n” 312, mais il est rare qu’on puisse compter sur l’efficacité de ce moyen mécanique.

Plusieurs moyens révulsifs sont quelquefois indiqués , tels que les vésicatoires, les sinapismes aux extrémités des membres, les frictions sèches ou irritantes pratiquées sur les endroits de la peau qui sympathisent le mieux avec les organes affectés, et surtout dans les lieux où existaient , .soit un exutoire supprimé , soit des

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affections cutanées ou articulaires qu on aurait intention de rappeler ; d’autres fois on donne la préférence aux pédiluves et aux' nianuluves chauds , aux fomentations chaudes et sinapisées de la surface interne des membres, à l’usage des évacuants, des lavements émollients ou irritants , des cataplasmes adoucissants et narcotiques sur les points douloureux. Il est rare que les applications styptiques, réfrigérantes ou toniques puissent être employées sans inconvénients. Quant aux moyens généraux, c’est d’abord le repos du corps et la tranquillité de l’esprit, puis la diète ou un régime doux et fort peu nourrissant , les boissons délayantes et acidulées, telles que l’orangeade, la limonade, l’eau d’orge ou de riz oxymellée , ordinairement prises froides et en petite quantité à la fois, comme deux ou trois cuillerées tous les quarts d’heure. Chez quelques personnes, il faut une boisson douce et légèrement nutritive, comme l’eau de veau ou de poulet. Sydenham, affecté d’hématurie, se contentait pour tout remède, du repos, d’un régime doux et de l’usage abondant de la petite bière. C’est surtout dans l'hématurie qu’il faut bien s’abstenir de prescrire les boissons styptiques, nitrées , et même narcotiques. En général, les boissons fortes et chargées de principes diffusibles , aromatiques , résineux et toniques ne conviennent point; il en est de même dans le traitement de riiématémèse. Les boissons trop froides et acidulées sont presque toujours nuisibles contre l’hémoptysie, à cause delà réaction qui manque rarement d’avoir lieu du côté des poumons. Tels sont les pria- • cipaux moyens dont l’emploi sagement combiné peut servir à arrêter ou à modérer tout accès hémorrhagique. Pendant l’intervalle d’un accès à l’autre, dès que la masse du sang se trouve réduite par les émissions sanguines à une quanlilé modérée , la seule indication à remplir , quand les accès continuent à se répéter , c’est l’administration du quinquina ou du sulfate de quinine pour en prévenir le retour. Il est à remarquer qu’une dose assez modérée de ce médicament suffit pour remplir ce but, quand elle a été précédée par l’usage convenable des émissions sanguines générales et locales. Mais il est bon de continuer l’emploi du sulfate de quinine pendant un certain temps après la cessation de l’hémorrhagie périodique, afin de rompre entièrement l’habitude morbide et de prévenir de nouveaux accès hémorrhagiques , surtout aux époques où ils avaient le plus de tendance à récidiver. Il est très utile, dans quelques circonstances

HEMORRHAGIES INTERMITTENTES

OÙ l’hcmatose est trop active , raction du cœur vive et énergique , d’insister sur un régime très peu nourrissant, sur l’usage exclusif des légumes mucoso-sucrés , des fruits juteux et acidulés, sur la plus grande tranquillité possible du physique et du moral. On peut également associer avec avantage l’emploi de la digitale pourprée à celui du sulfate de quinine quand l’estomac est en état de supporter ces médicaments , car il n’est pas rare en pareille circonstance que cet organe ne soit d’une irritabilité extrême , qu’il ne faille prendre par conséquent beaucoup de précautions pour l’ingestion des médicaments dont il s’agit.

Observations qui prouvent l’existence des hémorrhagies

INTERMITTENTES INTERNES SOUS FORMES D’iIÉMOPTYSIE ,

d’iiématémèse , d’entérorrhagie , de gastro-entéror-

RHAGIE, DE MÉNORRHAG1E OU MÉTRORRHAGIE , d’hÉMA-

TURIE ET d’hémorroïde PÉRIODIQUES , SOUS TYPES QUOTIé DIEN, TIERCE, QUARTE, OCTANE , QUINDÉCIMANE , MENSUEL , \ ANNUEL ET BISANNUEL.

Hémoptysies inierrnitlentes quotidiennes.

N’o 298. L’on rapporle ( déc. 1er, an iv et v, obs. 93 ), qu’un jeune théologien ayant éprouvé une forte commotion du corps, éprouva tout-à-coup un crachement de sang assez considérable et qui dura plusieurs heures. Le malade croyait en être quitte, lorsque le lendemain malin cette hémorrhagie reparut à peu prés aux mêmes heures ; il en fut de même le jour suivant. Le crachement de sang dont il s’agit, était précédé et accompagné d’un peu de toux.

Christian Schrader parle d’une jeune personne âgée de quatorze ans qui tous les jours éprouvait régulièrement dans la matinée un crachement de sang plus ou moins considérable. Elle ne ressentait rien pendant le reste de la journée. ( Observ. médic., fascic. l^i-, p. 90. )

Ilématémèse intermittente quotidienne et mensuelle.

No 299. Dallar et Campardon rapportent le cas d’une fille dont les régies avaient été supprimées après avoir dansé. Elle fut attaquée de vomissements d’un sang noir et pareil à de la poix. Ces vomissements revenaient périodiquement à cinq heures après midi, pendant cinq jours de suite. Après ce temps, qui répondait à celui pendant lequel la malade était réglée , les vomissements cessaient pour revenir de la même manière un mois après. Les retours de cette évacuation insolite devinrent ensuite irréguliers , et la malade en guérit très bien par le retour de ses menstrues. {Journal de méd. de Vandennonde j t. xii. )

Nous connaissons une dame qui éprouve à chaque période menstruelle une hémalémése assez sensible , mais qui devient très abondante , et se trouve accompagnée de violentes douleurs d’estomac chaque fois que, par une cause quelconque , les régies ne reviennent point ou ne coulent qu’en petite

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quantité aux époques dont il s’agit. C’est ainsique, quand elle a l’imprudence de se livrer à son goût décidé pour les choses fortes , telles que radis , poivrons, cornichons , choucroûte , aune époque rapprochée de l’écoulement menstruel, celui-ci , au lieu d’avoir lieu par l’utérus, s’opère en tolaiité ou en grande partie par l’estomac.

Gastro-entérorrhagie quotidienne. (Fièvre pernicieuse

hépatique.)

No 300. Un jeune homme de vingt-deux ans entre à rnôtel-Dieu de Paris dans le courant de septembre 1833. Il jouissait habituellement d’une l)onne santé, et jamais il n’avait éprouvé de maladie du canal intestinal. Quatre jours avant d’entrer à l’hôpital, il éprouva à onze heures du matin un frisson , des envies de vomir et quelques coliques.il alla aux lieux d’aisances, et en se plaçant sur le siège il vomit une énorme quantité de matières noires et s’évanouit. Cependant il recouvra ses sens, se mit au lit, et ne vomit plus de la journée. Le lendemain, vers midi, il ressentit encore un peu de frisson, suivi immédiatement d’un vomissement noir qui fut évalué à trois ou quatre livres. Pendant la nuit , il eut des earderobes également noires. Le lendemain , à onze heures , il entra à l’Iïôtel-Dieu. Notre visite était faite , et nous île le vîmes pas. A une heure après midi , il eut encore un léger frisson , et presque aussitôt il vomit environ cinq livres dune matière noire, poisseuse, semblable à du goudron liquide , et toul-à-fait identique au vomissement noir des malades atteints de la fièvre jaune. Ce qu’il y avait de très remarquable , c’est que , avant le vomissement noir, il y avait des vomissements purement bilieux, et un quart d’heure après, les vomissements bilieux recommençaient pour durer jusqu’au lendemain Pendant la nuit , le malade rendit par les selles six ou huit livres d’une matière noire semblable à celle qu’il avait vomie.

Nous le vîmes à sept heures du matin. Il était profondément pâle, et tellement affaibli que le plus léger mouvement était fort difficile. Le pouls était mou et fréquent. Nausées continuelles, vomissements verdâtres et exhalant l’odeur de la bile. Ventre souple et indolent : le foie , la rate , l’estomac , ne présentèrent à la palpation rien d’anormal. L’épigastre devenait fort douloureux un peu avant le vomissement noir.

Il était évident qu’une nouvelle hémorrhagie serait mortelle. Les trois qui avaient eu lieu s’étaient reproduites à vingt-quatre heures d’intervalle , et la dernière avait été pbis abondante que la première. 11 nous sembla que l’intermittence et la périodicité étaient les phénomènes dominants, et qu’il fallait à tout prix combattre la modification spéciale de l’organisme en vertu de laquelle une si énorme quantité de sang venait, à une heure fixe , et seulement à cette heure, s’épancher dans le canal intestinal. Nous crûmes à l’existence d’une fièvre intermittente pernicieuse hémorrhagique, et notre médication principale fut dirigée d’après celte idée. Toutefois, il nous parut convenable de porter en même temps sur la membrane muqueuse gastrointestinale un agent thérapeutique capable de produire une aslriclion assez énergique. On prescrivit donc une potion avec trente grains de sulfate de quinine, et un grain d’extrait aqueux d’opium. Un lavement avec une décoction de quinquina , et laudanum de Sydenham dix gouttes ; trois potions effervescentes de Rivière, en doublant la dose d’acide tartarique ; eau glacée pour boisson.

La moitié de la potion avec sulfate de quinine fut prise à neuf heures et demie. A onze heures, il y eut un vomissement de sang que 1 on put évaluer à une demi-livre tout au plus. Les nausées continuèrent , et pendant la nuit les garderobes furent noires comme la veille. Le lendemain matin , les

nausées duraient encore, il y avait eu quelques vomissements bilieux. Le même traitement fut continué pendant quatre jours, etc. ; la fièvre ne se reproduisit plus. Les maux de cœur cessèrent au bout de deux jours, et la convalescence ne fut entravée par aucun accident. Le malade sortit de l’hôpital un mois apres y être entré : sa santé était parfaite. (Trousseau, Journal des Connaiss. médico-chirurrjicales ^ 1833.)

Ménorrhagie intermittente quotidienne. ( Fièvre intermittente

larvée ou partielle.)

No 301. Une fille âgée de quarante ans, d’un tempérament sanguin, ayant toujours joui d’une assez bonne santé, fut attaquée, sans cause connue, d’une perte de sang périodique. Chaque jour, vers les six heures du malin, il lui survenait quelques frissons qui ne se faisaient sentir que vers la région de la matrice ; une chaleur assez forte et fixée à la même partie se manifestait ensuite , et alors le sang coulait très abondamment. Vers midi , l’hémorrhagie s’arrêtait d’elle-même. Après avoir inutilement employé les délayants, les adoucissants, les tempérants , les styptiques , les saignées révulsives et quelques minoralifs , j’eus recours au quinquina. Les retours périodiques de cette perte, la façon dont elle se présentait et se terminait , me firent soupçonner que ce n’était peut- être qu’une fièvre intermittente partielle. Ni le pouls, ni les urines, ne m’indiquaient ce genre de maladie : mais le succès confirma mon idée. Deux onces d’écorce du Pérou emportèrent totalement jusqu’au moindre vestige du mal. (Picqué, Journal de médecine j t.\Ln , an 1774.)

Ménorrhagie intermittente quotidienne et mensuelle.

No 302. Mademoiselle Virginie *** , âgée de vingt-deux ans, d’un tempérament sanguin, avait toujours été régulièrement menstruée pendant quatre jours chaque fois, et avec abondance. Le 13 avril 1821, les régies revinrent à leur époque ordinaire , mais coulèrent douze jours au lieu de quatre , et furent accompagnées de douleurs vives dans le ventre et les reins ; ces doaleurs se faisaient surtout sentir de midi à quatre heures , et la force de l'écoulement augmentait pendant leur durée. Le mois suivant ( mai ), l’époque des régies n’oiïrit rien de particulier ; mais le mois d’ensuite (juin ), même état qu’en avril. Au mois de juillet , l’écoulement des menstrues fut naturel. .4umois d’août il fut encore troublé. Cette fois, les quatre premiers jours de la menstruation se passèrent naturellement ; mais, au bout de ce temps, la malade ayant éprouvé une impression morale vive, cet écoulement changea de caractère. Tous les jours la malade était prise, à midi, de douleurs vives dans l’hypogastre et la partie la plus déclive des lombes: leur intensité s'accroissait, puis diminuait peu à peu. Vers quatre heures et demie, elles cessaient entièrement ; elles étaient accompagnées d’un écoulement de sang très abondant, dont la quantité était en rapport direct avec leur intensité. La malade éprouvait en outre , dans la région hypogastrique , le sentiment d'une tumeur qui se déplaçait en obéissant à son poids. Dans l’intervalle des accès, sauf un très léger suintement sanguinolent par la vulve, la santé était parfaite. Ces accès revenaient quotidiennement depuis six jours , et avec une intensité toujours croissante. Lorsque je fus appelé, l’accès touchait à son terme. Le ventre était mou, plus résistant dans la région hypogastrique , où cependant je ne distinguai pas la forme du globe utérin. La pression était douloureuse en cet endroit. Le pouls, sans fréquence, n’offrait ni développement, ni dureté morbide. Les douleurs et l’écoulement du sang commençaient à diminuer; on n’observait rien de plus. Je conseillai la limonade, le repos, et je fis poser de suite dix'huit sangsues sur le bas-ventre. La nuit fut tranquille comme les

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précédentes; et le lendemain matin (11 août) je trouvai la malade sans fièvre, sans doiiIeuretsansécoulementdesang.Cejour, l’accès avança de deux heures et demie, fut moins long, mais plus violent encore que les jours précédents.

A neuf heures du soir, la malade prit un scrupule d’extrait sec de quinquina. La nuit fut calme comme d’ordinaire. Le 12 août, l’accès revint à midi, ne fut pas plus long que la veille, mais avait considérablement perdu de sa violence. Les douleurs étaient légères, et le sang coula à peine. Avant et après l’accès, l’appétit fut très vif. Le soir deux scrupules d’extrait sec de quinquina. Le lendemain, les symptômes ne reparurent plus. Je fis encore prendre une dose de quinquina, semblable à la précédente. La guérison fut complète. (Deslandes, Bibliothèque médicale^ t. Lxxviii, 1822. )

Métrorrhagîe quotidienne. (Fièvre pernicieuse de l’auteur.)

No 303. Marie Roquette , femme Espitalier, âgée de trente-un ans, d’un tempérament nerveux-hystérique , étant parvenue au troisième mois d’une quatrième grossesse , avorta par suite d’une commotion morale, le 25 avril 1823. Cet accident n’eut pas d’abord des suites funestes , et Marie Roquette jouissait encore de la meilleure santé, le 8 mai suivant, lorsqu’elle fut prise tout-à-coup d’une hémorrhagie utérine, à trois heures après midi. Le sang et les caillots étaient abondants ; la malade et les parents s’alarmèrent, et je fus appelé. La figure présentait cette physionomie sinistre qui fait connaître les accès insidieux ; la malade du reste paraissait calme , et aucun symptôme ne pouvant me bien fixer sur la nature de la maladie , je me contentai d’ordonner une limonade légère. La nuit fut agitée; la malade , naturellement mobile , fut en proie à une exaltation extrême ; mais la langue était dans sou état naturel , l’abdomen était souple et sans douleur; et quoique le pouls fût petit et concentré , je ne pouvais encore bien asseoir mon jugement.

Le 9 au matin, l’hémorrhagie diminua successivement, et cessa tout-à-fait vers dix heures et demie. Marie Roquette resta pâle, défaite, et dans un accablement qui contrastait fortement avec sa vivacité ordinaire. Je me réduisis encore à l’expectation. Le calme continua jusqu’à trois heures; mais à peine venaient-elles de sonner que le sang reparut en abondance, et l’accès parcourut ses périodes comme le précédent. Dés qu’il fut terminé, on administra dix grains de sulfate de quinine, et le troisième paroxysme n’eut pas lieu.

Les jours suivants, je diminuai les doses de quinine.. Bientôt je pus permettre les aliments, et à la fin du mois la guérison était complète. (Daniel , Èphémérides médicales de Montpellier^ t. iv, 1827.)

Métrorrhagie intermittente quotidienne.

No 304. La femme d’un laboureur, âgée de trente-six ans, mère de cinq enfants, dont le dernier était âgé d’un an et demi , était réglée parfaitement depuis sa dernière couche; sa santé générale était très bonne. Elle se fatigua beaucoup aux travaux de la moisson , par une chaleur de 28 degrés. Le 21 août, elle fut prise d’une métrorrhagie foudroyante, à deux heures de l’après-midi. Celte hémorrhagie reparut les jours suivants à la même heure; et le 24, la malade était dans un état d’affaiblissement extrême, ayant le pouls petit et vacillant, la face pâle, etc. On ordonna le repos, la position horizontale, l’application de compresses froides sur l’abdomen. Le lendemain, l’hémorrhagie reparut à la même heure avec une nouvelle violence. Le type intermittent quelle affectait, décida l’auteur à employer la formule suivante : poudre de quinquina , une once; de cannelle et de sel ammoniac, de chacun cinq grains ; divisez en huit grains; à prendre toutes les heures dans une cuillerée de laudanum de Sydenham. Le 26, 1 hémorrhagie ne re-

•^>2 HÉMORRHAGIES INTERMITTENTES

parut plus, et l’état de la malade était très satisfaisant. (Schmidtmann, Jowrna.l de Hufeland, 1831.)

Hématurie à type quotidien,

Ao 305. M. Gergerés est appelé auprès d'un jeune homme, capitaine de navire , jouissant habituellement d’une bonne santé, qui fut pris pendant deux heures de frissons très vifs, et après lesquels se développa une forte chaleur. Pendant cette période , le malade eut besoin d’uriner ; mais au lieu d’urine, il rendit par l’urètre une grande quantité de sang. Quelques heures après, une sueur s’établit , et le malade se crut guéri. Le lendemain , à la même heure, retour des mêmes accidents fébriles et de l’évacuation du sang. Vf. Gergerés prescrit un traitement émollient tant interne qu’externe. Les symptômes cédèrent encore à la même heure que dans le premier accès. Le troisième jour, les mêmes phénomènes se reproduisirent encore avec plus de violence. Dés lors on s’empressa, vers la fin de l’accès, d administrer le sulfate de quinine à la dose de vingt-cinq grains; ce moyen mit fin à tous les accidents et empêcha leur retour. [Journal de la Société royale de médecine de Bordeaux, 1837.)

Hématurie avec le type quotidien.

A“ 306. Christophe Burgmann a observé un pissement de sang périodique chez une femme très sanguine, âgée de soixante-quinze ans. Il récidivait tous les malins à cinq heures, et teignait les urines d’une couleur rouge noirâtre. Vers les huit heures, la couleur des urines devenait moins chargée ; elles contenaient une moindre quantité de sang ; à midi, celle couleur était naturelle et persévérait ainsi jusqu’au lendemain matin à cinq heures. Cette urine noirâtre était un vrai sang qui continua à couler ainsi pendant deux mois. [Commère, litt., Norimb., 1733.)

Hémorroïdes intermittentes quotidiennes.

Ao 307. J’ai vu , dit Tissot (lettre à Zimmermann) , en 1750 , une femme qui perdait tous les jours , à peu prés aux mêmes heures, environ dix-huit onces de sang par les veines hémorroïdales ; en sorte que la somme de ces pertes faites dans l’espace d’une année , et pesées assez exactement, passait quatre cent douze livres.

(1 arriva deux fois que le sang cessa de couler pendant deux jours, et cette temme fut attaquée d’une cruelle douleur d’estomac, avec une angoisse excessive et des maux de cœur continuels, en sorte qu’elle vomissait tout ce qu’elle avaitavalé. Cessymptômes ne cessèrent quelorsquel’écoulementdont il s’agit fut rétabli; et il n’est pas douteux qu’ils n’eussent dégénéré en vomissement de sang , si le flux hémorroïdal avait été plus long-temps supprimé.

Hémoptysie intermittente tierce. (Fièvre intermittente larvée.)

Ao 308. Un homme âgé de trente ans avait tous les deux jours, vers les neuf heures du matin , un frisson suivi d’un froid intense , d’un sentiment de douleur et de gêne dans la poitrine et de la fréquence du pouls. A mesure que le froid disparaissait, il survenait de la sécheresse et un sentiment de titillation dans la gorge , puis il se manifestait une toux sèche et violente ; la face se gonflait, les lèvres prenaient une teinte livide ; enfin , le malade rendait, en toussant, une grande quantité de sang vermeil et écumeux qui faisait disparaître la titillation , l’anxiété de la poitrine , et qui le soulageait considérablement. Après cette évacuation sanguine , la toux s’arrêtait peu à peu, et avec elle le crachement de sang, Leparoxjsme terminé, le malade

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ne se plaignait d’aucune incommodité ; la respiration devenait libre , il conservait ses forces et son appétit. Après que j’eus observé trois paroxysmes semblables, dit Storck , j’administrai en trente-trois heures une once et demie de quinquina. L’effet de ce médicament fut si heureux, qu’il n’y eut plus depuis lors la moindre trace du paroxysme ; on ne vit plus reparaître ni la toux, ni la fièvre, ni l’hémorrhagie. On continua pendant quelques jours, et à petite dose , l’emploi du quinquina ; le malade fut si bien guéri , qu’en peu de temps il prit de l’embonpoint. Sa respiration fut dés lors toujours libre, et quoiqu’il marchât rapidement, ou qu’il montât des escaliers , il ne ressentit plus la moindre gêne dans la poitrine ; il ne fut plus sujet à la toux ni au crachement de sang. (Storck, Ann. medec. secund , p. 100.)

? Le docteur Gaétan Caturegli rapporte l’observation d’une hémoptysie grave qui présenta le type intermittent. Cette hémorrhagie commença le 26 juillet et dura à peu prés jusqu’au 20 du mois d’août suivant ; ce n’est qu’à cette époque que les crachats furent tout-à-fait exempts de traces sanguinolentes Quoique l’exemple d’hémoptysie intermittente dont il s’agit ne soit pas des mieux caractérisés , et que l’intermittence fût à peine sensible dans le commencement de la maladie, l'auteur en a profité pour établir une nouvelle espèce de fièvre intermittente ataxique ou pernicieuse qu’il ap- ’ptWGhémoptysique. {Mémoires de lasocxété médicale de Bologne, 1. 1, 1807.)

Hémoptysie périodique f type tierce.

309. Madame Dayat, âgée de soixante-deux ans, assez pléthorique, fit appeler M. Mermet dans la soirée du 20 février 1830. Comme il était absent, M. le docteur Bonet visita la malade à laquelle il trouva beaucoup de fièvre, une vive douleur dans la poitrine et de la difficulté de respirer. Elle avait déjà vomi une grande qtianlilé de sang et continuait à en rendre par gorgées. M. Bonet n’hésita pas à lui pratiquer une forte saignée et à couvrir les jambes de moutarde; il prescrivit en outre une boisson délayante et la diète. Le lendemain matin, M. IWermetvitla malade. Elle avait delà fièvre, de l’oppression; elle expectorait encore du sang, mais souffrait moins que la veille. Il ordonna un looch blanc, des lavements émollients et le silence le plus absolu. Le pouls était encore très plein, il fit placer vingt sangsues aux cuisses; le sang ayant coulé abondamment, la malade parut soulagée; la fièvre elle crachement de sang diminuèrent d’une manière sensible. Cependant la nuit suivante il survint un nouvel accès de fièvre avec hémoptysie moins active que la première. Même prescription que la veille excepté la saignée; vers le malin, l’accès se termina par une sueur générale, et la malade rendit des urines briqiietées; la journée fut bonne ; le soir, nouvel accès présentant les mêmes caractères. M. Mermet profita de l’apyrexie pour administrer, dans l’espace de six heures, six grains de sulfate de quinine , étendus dans une potion de six onces. 11 y eut encore un quatrième accès, mais il fut très faible. On continua la même potion pendant quatre jours, et la maladie disparut complètement, seulement la convalescence fut assez longue. [Société dQ méd. de £^on, 1831.)

Hématémèse à type tierce.

No 310. Louise Dubuisson, culoltiére, âgée de quarante-deux ans , d’un tempérament sanguin , éprouva à la suite d’une suppression des menstrues, une gastro-entérite sous forme adynamique dont elle fut guérie. Ses règles ne reparurent point, et six mois après elle eut une hémorrhagie par le canal de l’urètre; mais elle ne tarda pas à s’arrêter; elle fut bientôt remplacée par ■une violente hémoptysie qui l’obligea d’entrer à l’hôpital de la Charité, le

5l4 HEMORRHAGIES INTERMITTENTES

17 avril 1823. Pendant les cinq premiers jours de son arrivée, on lui pratiqua joiunellement une saignée du bras. On prescrivit des potions gommeuses et des boissons adoucissantes, et l’hémoptysie cessa. Quatre jours après la cessation de celte hémorrhagie , il se manifesta tous los deux jours un crachement de sang d’une teinte d’abord jaunâtre, qui prit bientôt une couleur noire. Cet étal dura une douzaine de jours, pendant lesquels trois nouvelles saignées lui furent pratiquées. La malade ressentant des douleurs au côté gauche de la poitrine, on lui appliqua cinquante sangsues en deux fois, et ce traitement diminua l’hémorrhagie. Cependant l’épigastre devenait très sensible, et le sang, conservant toujours sa couleur noire, était rejeté presque sans toux, de telle sorte qu’il paraissait être rendu en totalité ou en partie par l’estomac. L’hémorrhagie cessa de revenir de deux jours l'un, et mit cinq ou six jours sans reparaître ; le pouls se releva un peu jusqu’au 20 mai, où la malade rendit par l’anus une grande quantité de sang avec douleur et ténesme; le vomissement recommença avec plus de violence. On lui appliqua trente sangsues à l’anus ; la malade éprouva un grand soulagement. Elle ne rendit plus de sang par le rectum, et l’hématémése diminua. Un vésicatoire fut appliqué sur l’épigastre ; mais quelques jours après l’hémalémèse et l’hémorrhagie rectales reparurent avec beaucoup d’intensité, accompagnées de vives douleurs et d’oppression très forte à la région épigastrique. On mit au creux de l'estomac et sur la poitrine un assez bon nombre de sangsues; les révulsifs furent employés , tels que les sinapismes aux extrémités, les pédiluves irritants qu’on répéta souvent dans le cours de la maladie. La malade resta un peu calme pendant quelques jours ; l’hématémése reparut encore à différents intervalles et avec une intensité variée; les lavements huileux, les fomentations émollientes, le régime, de nouvelles applications de sangsues et même de nouvelles saignées lui furent opposées; et la malade sortit de l’hôpital dans un état satisfaisant, mais rendant encore des crachats sanguinolents de temps à autre. (Silva, Dissertation sur l’hématémése, 1824.)

Ménorrhagie intermittente tierce. (Fièvre pernicieuse fl^ ménorrhagique. )

No 311. IVI. Arloing rapporte qu’il a vu une hémorrhagieintermittente tierce de l’utérus, qui était accompagnée de fièvre , et qu’il appelle une fièvre tierce ménorrhagâfue. Cette affection avait lieu chez une dame âgée de trente-six ans, bien constituée , d’un tempérament sanguin. La perte fut si abondante pendant les deux premiers accès , que la malade était décolorée , faible à ne pouvoir se soulever, et tombant en syncope au moindre mouvement Ces accès débutaient par un froid léger, mais général , et la débilité , déterminée par l’hémorrhagie, rendait la réaction fébrile extrêmement faible. On se hâta de prévenir le troisième accès en donnant le quinquina. [Journal général de méd. , t. LViii.)

Ménorrhagie fébrile à type tierce, (fièvre essentielleintermittente

hémorrhagique.)

No 312 Une femme âgée de trente-sept ans , mère de six enfants , fit une fausse couche, le 19 février 1806 , à trois mois et demi ou quatre mois de gestation Elle était bien rétablie , lorsque le 14 avril , elle ressenlil un frisson avec tremblement suivi de chaleur et de sueur; elle éprouva , en même temps que le frisson, une hémorrhagie utérine qui continua jusqu’au moment où la chaleur et la sueur se développèrent. M. le docteur Routier, appelé vers la fin de l’accès, trouva le col de l’utérus dans l’étal naturel. Il fit gar-

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der le lit à la malade, prescrivit une infusion de camomille, et til appliquer sur le ventre des compresses trempées dans le vinaigre. Le 15, nulle altération; la malade se lève et vaque à ses affaires. Le 16 dans la matinée , nouvel accès avec hémorrhagie , comme la première fois; même prescription. Le 17, point de fièvre. La malade prend vingt-quatre grains d’ipécacuanha et un grain de tartre stibié. Le 18 , frisson avec hémorrhagie assez considérable pour produire la syncope. M. Routier tamponne le vagin, et fait ajouter à chaque tasse d’infusion de camomille quelques gouttes d’élixir de propriété. Les accidents se terminent, comme dans les paroxysmes précédents, par la chaleur et la sueur. Le 19 , apyrexie , la malade est seulement faible ; elle prend un pende nourriture; le tampon est retiré du vagin et remplacé par un nouveau. Le 20, quatrième accès avec hémorrhagie et syncope; même terminaison que dans les autres. M. Routier reconnut alors la nécessité d’arrêter la maladie par le quinquina; mais comme la malade répugnait à le prendre en poudre , il lui donna deux gros d’extrait de celte écorce dans une potion appropriée. Le 22 , autre accès , mêmes accidents. Le 23 , intermittence parfaite ; la malade prend du quinquina en substance. Le 24 , léger ressentiment de fièvre , sans perte de sang On donna fcxtrait de quinquina pendant quelques jours, et le sixième accès n’eut pas lieu ; la malade entra dés lors en convalescence. (Jowrnai de Corvisart^ Leroux , etc., janv. 1815.)

Métrorrhagie intermittente , type tierce et quotidien.

No 313. Madame G***, âgée de trente-cinq ans, ayant déjà eu quatre enfants, devint enceinte pour la cinquième fois, après un intervalle de huit ans. Arrivée au sixième mois de sa grossesse, elle eut de temps en temps de légères pertes, qui se renouvelèrent six fo-is jusqu’au neuvième mois où elles devinrent plus fortes et plus inquiétantes. Les premières fois on parvenait à les apaiser par des saignées du bras , par l’usage de la poudre tempérante et l’oxycrat ; mais à la fin, ces moyens *tant insiiftisants, M- le professeur Lobstein fut appelé au secours de celle malade. Le 14 janvier, elle se plaignait de maux de reins , et était tourmentée par une toux catarrhale. Rien n’annonçait, chez elle, le commencement du travail. En la touchant on ne put atteindre l’orifice de la matrice, qui paraissait cachée par des caillots de sang. On ne distingua rien aussi de l’enfant à travers les parois de la matrice. L’hémorrhagie ayanlà peu prés cessé , la malade étant forte et sanguine , son pouls fort et élevé, M. Lobs stein se contenta de lui recommander le repos , et lui prescrivit une potion rafraîchissante et propre à calmer la toux et les maux de reins. L’hémorrhagie fut arrêtée pendant toute la journée du 14, et reparut un peu vers les deux heures du malin. Elle cessa pendant la journée du 15, et la malade sortit même de son lü. Elle recommença dans la nuit du 15 au 16 , à une heure du matin, plus forteel plus inquiétante que jamais ; elle ne put être arrêtée qu’au moyen d’applications froides sur le bas-ventre. La journée du 1 6 fut bonne ; mais dans la nuit du 16 au 17, à minuit, la perte reparut, quoiiiu’avec moins de force que la nuit précédente. Outre celle périodicité, il y avait ceci encore de particulier, que chaque accès était précédé d’une douleur dans la région iliaque droite , sur laquelle la malade ne fjouvait plus se coucher, et que celte douleur cessait dés que le sang commençait à paraître ; une seconde jiarticularilé , c’est que la toux disparaissait comme par enchantement aus.sit(3t que l’hémorrhagie se déclarait.

Lajournée du 17 et la nuit du 17 au 18 se passèrent sans accidents, II en fut de même du jour et de la nuit suivants. Mais dans celle du 19 au 20 . l’hémorrhagie se renouvela à onze heures du soir, et devint même assez inquiétante. Cependant, elle s’arrêta par les applications froides et l’eau vinaigrée. Dans la nuit du 20 au 21, l’iiémorrhagie fut moins considérable; mais

HÉMORRHAGIES INTERMITTENTES

Wâfls la nuit suivante, elle devint plus forte. Celte dame crut remarquer ellemême que les perles étaient assujetties à un type intermittent. On lui prescrivit, le 22, une décoction de quinquina , qui fut continuée pendant plusieurs jours. Le 23 , 24 et le 25 , la perle diminua de plus en plus et ne suivit plus de périodicité; mais il se déclara, dans les reins et dans la région hypogastrique, une douleur qui parut être l’avant-coureur du travail de l’enfantement. Le 26 , aucun accident. Le 27, les douleurs commencèrent le matin ; l’orifice de la matrice s'ouvrit, la poche des eaux se tendit, et l’on s’aperçut flue le placenta n’était pas greffé sur l’orifice de l’utérus, comme on se l’était imaginé. L’accouchement fut assez prompt; l’enfant mâle fut vivant et bien ronslitué. (Brossard, Dissertation sur V hémorrhagie utérine.)

Métrorrhagxe intermittente tierce. (Fièvre pernicieuse " '

métrorrhagique. )

îS» 314. Madame B***, âgée de vingt-six ans, d’un tempérament lymphatique, ayant déjà fait plusieurs fausses couches, éprouve, sans cause appréciable, vers les dix heures du soir, le 21 novembre 1826, de petits frissons, puis des douleurs lombaires , et après s’être couchée , une perte accompagnée d’un tremblement assez violent Cet état dure une heure; l’écoulement sanguin diminue avec le retour de la chaleur, à laquelle succède de la sueur vers le matin. La femme affaiblie croit devoir l’attribuer au sang perdu. La nuit du 22 au 23 a été moins pénible que celle du 21 : le sang n’a presque pas coulé, Je frisson a été à peine sensible; la malade espère son retour prompt à la santé. Mais le 23 , à dix heures du soir, tous les symptômes se représentent avec plus de violence que le 21 ; le frisson est violent; le sang coule avec mie effrayante activité ; des convulsions viennent compliquer cet état désespérant. C’est au milieu de tous ces symptômes que je suis appelé : le visage de la malade est pâle et annonce le découragement ; elle reste couchée sur le dos ; son pouls est petit , dur , et la soif vive. Potion calmante à prendre par cuillerées, deux par heure; dissolution de sulfate de fer; décoction de ratanhia ; application de topiques froids et acidulés sur les parties génitales.

Visite du 24*. tous les accidents ont disparu pendant la nuit ; la chaleur s'est rétablie; la malade n’a point de fièvre; plus de douleurs lombaires. Continuation des mêmes moyens.

Dans la nuit du 24 au 25 , le frisson et la perte reparaissent , faibles à la vérité , mais le sang coule encore à ma visite du malin. La malade, qui , hier .'tpiéssa perte, avait reparu recouvrer son courage, maintenant ne pense plus qu’à mourir. Tout parait faire présager une nuit terrible. Ayant remarqué que la perte n’était si violente que pendant le froid de l’accès , et présumant avoir affaire à une fièvre pernicieuse, que je crois devoir nommer métrorrhagique , la malade ne pouvant se résoudre à prendre du quinquina en poudre , je prescrivis une potion avec dix grains de sulfate de quinine, qui fut prise en quatre fois à une heure d’intervalle entre chaque prise; le dernier quart.de la potion avait été pris à midi, c’est-à-dire deux heures avant le frisson, j’attendis avec anxiété le retour de l’accès. J’eusse pu faire prendre une plus grande dose de sulfate, maisje dois faire observer que cinq grains m’avaient toujours suffi pour prévenir le retour des accès ou les suspendre. L’accès, qui aurait dû, d’après les antécédents, être très violent, fut nul ou à peu près nul , et j’eus la satisfaction de voir ma malade presque sauvée. Le sulfate continué à une plus faible dose pendant plusieurs jours, la décoction de ratanhia et les amers ont suffi pour guérir la malade , qui depuis est devenue enceinte et est accouchée à terme d’un enfant fort et bien portant, .'i’homas , Nouvelle Bibliothèque médicale, 1828. }

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- “ - - Hémoptysie intermittente quarte.

No 315. Alexandre Thomson a observé l’exemple d’un crachement de sang qui avait lieu régulièrement tous les trois jours chez une femme.

Cette hémorrhagie périodique persista pendant plus d’une année; cependant la personne qui y était sujette avait ses évacuations sexuelles bien régulièrement. ( Observ. d’Edimh., vol. 3«. }

Hématémèse et ménorrhagie intermittentes avec le type octane.

No 316. Gesner rapporte qu’un mari jaloux ayant jeté sa femme sur le plancher, la foula aux pieds; en conséquence elle fut prise d’un vomissement qui récidivait tous les huit jours , avec de très vives douleurs , et à des heures fixes. .4 peine les récidives étaient-elles finies , qu’elle se trouvait assez bien, sinon qu’elle n’avait pas d’appétit. (Schenck, Observ. med.^ pag. 361.)

Samuel Charles rapporte qu’il a vu une femme , âgée de quarante ans , qui était sujette à un écoulement menstruel et à des hémorroïdes, qui avaient lieu en même temps et qui paraissaient régulièrement tous les huit jours. [Act. natur. curios., vol. 3, obs. 83.)

Mènorrhagies , type quindécimane. ''

No 317. On trouve dans la collection que je viens de citer (cent 7 et 8, obs. 39) l’exemple dune fille qui avait régulièrement, tous les quatorze jours, un écoulement menstruel assez abondant qui continuait à avoir lieu pendant cinq ou six jours de suite. Cette fille avait déjà eu pendant six mois l’écoulement dont il s’agit, sans que sa santé en eût éprouvé aucune atteinte, elle était au contraire toujours forte et même pléthorique.

Hatte rapporte, dans le deuxième volume de l’ancien Journal de médecine^ l’exemple d’une femme qui, pendant tout le temps qu’elle allaitait , avait un écoulement menstruel tous les quinze jours; hors ce temps elle était réglée comme dans l’état naturel, c’est-à-dire tous les mois.

Hémoptysie intermittente mensuelle. *

No 318. Une femme âgée de trente-deux ans, mère de plusieurs enfants, ordinairement pâle et très laborieuse, s’étant exposée au froid au moment où ses régies commençaient à couler, fut prise tout-à-coup d’une violente hémoptysie accompagnée de toux. Cette femme n’en continua pas moins ses travaux ordinaires, et fut délivrée de l’affection dont il s’agit au bout de cinq jours ; elle croyait en être délivrée pour toujours, mais lorsque l’époque de ses régies fut revenue, elle ressentit une douleur gravative dans le côté et une sorte de titillation ou d’orgasme vers le haut de la poitrine , qui furent les avant-coureurs de l’hémoptysie et delà toux, qui ne tardèrent pas à se manifester comme auparavant ; le sang des crachats était d’un rouge vermeil. La malade ne s*en inquiéta point, jusqu’au troisième accès ou jusqu’à la troisième époque des règles , que les mêmes symptômes se manifestèrent encore avec une douleur violente dans le côté , crachement de sang , toux , etc. ; alors la malade, craignant les suites de cette affection, se décida à invoquer les secours de l’art. On lui pratiqua une saignée du pied , et on lui prescrivit différents remèdes propres à augmenter l’écoulement des menstrues , qui avait lieu en même temps que l’hémoptysie, mais en moindre quantité qu’à l’ordinaire. La malade négligea bientôt les remèdes qu’on lui avait prescrits : scs régies cessèrent entièrement de couler; mais étant fort heureusement devenue enceinte, elle fut complètement délivrée de son hémoptysie périodique. (N. Pechlin , déc. le*-, an. ix et x, obs. 27.)

HÉMORRHAGIES INTERMITTENTES

Hémoptysie mensuelle, ( Fièvre hémorrhagique sous forme ÿ d’hémoptysie.)

No 319. Je connais une demoiselle âgée de vingt-huit ans qui, depuis sa première menstruation, avait toujours eu des régies abondantes^ Vers l’âge de vingt-six ans elles diminuèrent des deux tiers, sans cause connue. Dés lors elle éprouvait régulièrement à chaque époque des douleurs de tête lanci^ «antes; des oppressions qui , sans beaucoup gêner la respiration, étaient néanmoins accompagnées d’une toux d’irritation très fréquente, d’un pouds plein , développé , et presque toujours fiévreux. Ces accidents disparaissaient avec la terminaison des règles, mais ils reprenaient avec elles aux époques subséquentes. Tout indiquait le besoin des saignées dérivatives ; les médecins appelés en apercevaient l’indication. Avec la maigreur extrême de la malade, ils n’osaient les employer. Il survint enfin une hémoptysie concomitante du flux menstruel, mais qui persista plus long-temps que lui. Elle durait depuis dix-sept jours, et il yen avait dix que le flux des règles avait cessé. Je fus appelé. Je trouvai le pouls de la malade, annonçant une turgescence sanguine , vif, plein et très agité. Les crachats étaient mucoso-sanguins. La demoiselle était d’une maigreur effrayante , mais son énergie morale n’annonçait aucun vice tabifique. Quoique pâle et décolorée. la ténuité de ses muscles «’empêchait pas leur force. Toute sa famille était convaincue que l’hémoptysie était déjà un symptôme delà phthisie pulmonaire. Je ne partageai point cette opinion, et je prétendis qu’en rappelant un flux plus abondant des règles, on préserverait le poumon des atteintes dont il était menacé. En conséquence je proposai de suite huit sangsues à la vulve, qui excitèrent une abondante effusion sanguine , mais nullement l’éruption des régies. Les accidents de la poitrine furent un peu mitigés par cette saignée dérivative , mais l’hémoptysie ne fut pas combattue. Le pouls était rebondissant et très développé beaucoup plus fréquent que dans l'état naturel. Je conseillai deux fois par jour des bains de jambe et un bain de vapeurs qui furent dirigées vers les parties sexuelles. Deux jours après il apparut des hémorroïdes ; je fis de nouveau appliquer quatre sangsues à la vulve , et autant sur les boutons hémorroïdaux. Cette fois l’hémorrhagie fut considérable , mais la violence du pouls n’en fut pas déprimée. L’eau de poulet émulsionnée et nitrée était la seule boisson de la malade, qui reposa, après cette effusion sanguine abondante, quatre heures de suite sans tousser et sans éprouver le moindre besoin d’expectorer. A son réveil elle cracha du sang noir, mais en petite quantité. Je me flattai que l’hémoptysie était vaincue ; en effet, elle cessa totalement. L’époque des règles revenait huit jours après, et déjà deux jours auparavant la malade se plaignait de maux de tête, de battements des artères temporales, d’oppression. Le pouls était toujours dilaté et fréquent. Tous ces avant-coureurs des règles me firent juger que leur éruption serait difficile. On appliqua d’avance huit sangsues au haut de l’une des cuisses; elles produisirent encore une forte évacuation. Les régies parurent immédiatement après; et, sans être très abondantes , elles ne furent pas accompagnées de l’hémoptysie supplémentaire de leur flux. La malade a continué depuis pendant six mois, aux époques des régies, l’application des sangsues, et elle a prévenu ainsi tous les accidents qui accompagnaient les menstrues durant leur période. Je lui fais prendre des bains de fauteuil , des pédiluves, pour accoutumer la nature à se passer enfin des secours de l’art ; mais l’exploration du pouls, avant et durant l’éruption des régies, fait juger que nous ne sommes pas encore prés du temps où ce flux se fera sans difficulté ; en effet , les artères battent toujours avec trop de force. Le mariage ferait peut-être un plus grand bien que tous nos moyens. (Latour, Causes des hémorrhagies ^ t. ii.)

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Autres hémoptysies , type mensuel.

Vo 320. Un homme qui avait été sujet, depuis l’âge de quatorze ans, à des crachements de sang qui se renouvelaient tous les ans deux lois vers le temps des équinoxes, éprouva tout-à-coup, durant son sommeil, une hémoptysie si considérable , que tout son lit fut baigné de sang, et que sa femme craignant pour ses jours, fit appeler le médecin. Cette hémorrhagie ne tarda point à s'arrêter, mais continua à revenir régulièrement tous les mois ; elle était précédée de soif, de chaleur fébrile , d’une anxiété considérable , et il s’établissait comme un ruisseau de sang vermeil venant du poumon et sortant par la bouche ; cette hémorrhagie continua à revenir aux mêmes époques, jusqu’à la mort du malade, qui , durant les intermissions , paraissait comme en parfaite santé et devint encore père de plusieurs enfants. CDec. 3, an. 5 et 6, obs. 24.)

Le docteur Masson a observé un homme , âgé de vingt-cinq ans , chez qui la disparition d’un écoulement hémorroïdal , qui se manifestait de temps à autre sans régularité , donna lieu à une hémoptysie qui se renouvela régulièrement tous les mois, et qui résista pendant prés d’un an à tous les moyens qui furent employés contre elle. C’est en vain que les sangsues furent appliquées plusieurs fois à la marge de l’anus, quelques jours avant l’apparition du crachement de sang; l’hémoptysie intermittente mensuelle dont il s’agit ire se termina qu’aprés que la nature eut fait reparaître spontanément l’écoulement supprimé. [Dissertation sur l’hémoptysie, 1815.)

Autres hémoptysies intermittentes mensuelles.

No 321. Une femme âgée de trente et un ans fut frappée d’une grande frayeur au moment de l’écoulement menstruel. Suppression à l’instant, anxiétés précordiales, poids sur la poitrine , palpitations de cœur très considérables. A l’époque suivante, menstruation presque nulle, précédée d’une douleur tensive et compressive du dos et des hypocondres, d’un sentiment de resserrement et de pesanteur dans la poitrine , accompagnée d’un peu de toux et d’une expectoration sanguine, qui cessa d’elle-même au bout de quatre jours. Depuis ce temps , elle éprouva régulièrement une évacuation sanguine plus ou moins abondante par les voies pulmonaires, à toutes les époques menstruelles. Pendant ses grossesses , les régies et l’hémoptysie cessaient. Après l’accouchement, et même pendant la lactation , l’hémoptysie revenait. Il n’en e.sl résulté aucun inconvénient pour la femme ; la santé D’en a point été altérée, et les différents remèdes qu’elle a employés pour faire cesser cet accident ont tous été inutiles. (Hoffmann, œuvres,!, ii, p. 207.)

Amatus Lusitanus a vu un homme âgé de quarante cinq ans sujet tous les mois régulièrement à un crachement de sang. Cet homme avait eu des hémorroïdes fluanles qui s’étaient arrêtées ; le sang qu’il crachaii en abondance était vermeil. Cette évacuation périodique cessa par le retour du flux hémorroïdal. [Cent curât. 3.)

Le docteur Robert rapporte qu’une femme âgée de quarante-deux ans était très mal réglée depuis sa dernière couche; enfin les menstrues ayant manqué, elle cracha le sang. A chaque époque périodique, celte hémoptysie revenait, et elle était accompagnée d’un pouls vraiment critique , tel que celui qui s’observe dans l’appareil d’une crise qui doit se faire par le poumon. La saignée et les sangsues à la vulve, ainsi que le lait d’ânesse , disposèrent favorablement l’éruption des régies à reparaître par l’utérus, et la malade n’eut plus ensuite de crachement de sang. [Dissertât, médic. )

HÉMORRHAGIES INTERMITTENTES

Hèmatèmèse inlermittente mensuelle.

No 322. Cumes a observé un exemple de vomissement de sang qui récidivait régulièrement tous les mois chez une femme ; elle rendait chaque fois plus de quaire livres de sang noir. Ce vomissement périodique lui venait de la suppression de ses régies. [Acad, desscrut. natur. obs. 95)

EntérorrJiagie mensuelle, ’■

No 323. Lambsma rapporte, dans les Mélanges des Curieux de la nature, l’observation d’une femme de la campagne qui, n’ayant eu qu’une fois ses régies depuis son dernier accouchement, eut ensuite pendant long-temps des selles sanguines, mais seulement à l’époque ordinaire de ses régies et durant tout le temps que celles-ci avaient coutume de couler. Ce nouveau flux de sang était précédé et accompagné de tous les accidentsque les femmes ont coutume d’éprouver durant l’écoulement du flux menstruel. Il cessait après trois ou quatre jours ; c’était le temps qu’employait la nature chez cette femme pour la crise périodique mensuelle. {Decad. 2, ann. 10, p. 379.)

Hématuries intermittentes mensuelles.

No 324. M.Lebeuf rapporte qu’il a vu un jeune berger qui, depuis deux ans, était sujet à une évacuation de sang par la verge dont les retours étaient réglés comme ceux de la lune. Cet écoulement durait deux jours , et donnait environ quatre onces de sang vermeil. Le retour de cet écoulement n’était précédé d’aucune douleur soit dans les reins , soit dans les parties de la génération ; il commençait ordinairement à se manifester durant la nuit.

Cet individu n’était pas le seul qui fût sujet à cet écoulement périodique ; il avait un père et quinze frères qui, comme lui , avaient régulièrement tous les mois un écoulement sanguin par la verge. {Journal de méd., l. v, âtinée 1756.)

M. le docteur Chaumeton rapporte qu’un militaire qui avait été, pendant son enfance, d’une santé très faible et tourmenté pendant plusieurs années par des fièvres intermittentes opiniâtres, tomba à dix-neuf ans dans un état de langueur avec gonflement des yeux, trouble de la vue, vertiges, tintement d’oreilles et céphalalgie. Cet état durait depuis dix mois , lorsqu’il survint un gonflement de la région hypogastrique , et une dysurie qui obligea de recourir au cathétérisme On évacua par ce moyen une grande quantité d’urines sanguinolentes. Dés ce moment , toutes les incommodités cessèrent; la santé du jeune homme s’améliora notablement et a toujours été depuis parfaitement bonne. Mais depuis la même époque , cet homme , âgé aujourd’hui d’environ trente ans, rend chaque mois par Turélre dix à douze onces de sang pur. Cet écoulement offre une analogie singulière avec le flux menstruel des femmes; des phénomènes semblables le précédent, l’accompagnent et le suivent. Deux fois sa suppression, causée par l’immersion des mains ou de tout le corps dans l’eau froide, a été suivie de violentes douleurs aux lombes , de céphalalgie , de vomissements , d’un état de langueur et de fréquentes attaques de dysurie , accidents qui n’ont cessé que lorsqu’on est parvenu à rappeler cette espèce de menstruation. {Bulletin des sciewes médicales 1809.)

Hémorroïdes intermittentes mensuelles.

No 325. Un prêtre âgé de cinquante ans, qui s’était toujours très bien porté, avait, depuis plusieurs années, une évacuation de sang par l’anus qui se répétait régulièrement tous les mois, et qui durait pendant deux ou trois jours. Il n’était averti par aucun signe du retour de cette hémorrhagie ;

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qui d’ailleurs ne lui faisait éprouver aucune incommodité ; bien plus , elle ne pouvait être supprimée sans qu’il n’éprouvàt des douleurs de reins , des hémicrânies ou des douleurs goutteuses aux pieds et une sorte d’engourdissement par tous les membres. [Act. natur. cur. vol. lei.)

M. Schulze dit qu’un savant éprouvait , tous les mois , depuis l’âge de dixhuit ans , une perte de sang par l’anus ; cet homme se portait bien tant que ses hémorroïdes fluaient régulièrement; mais à peine étaient-elles arrêtées, qu’il était exposé à divers symptômes fâcheux. Il en était de même si elles ne fluaient pas assez abondamment. [Acad, des scrut. nat. part. 2«, p. 107.)

Un homme âgé de soixante ans avait depuis sa jeunesse un flux hémorroïdal qni paraissait régulièrement chaque mois, et qui continua encore mais en petite quantité. Chaque fois que les hémorroïdes ne coulent pas dans le temps ordinaire ou avec la quantité accoutumée, sa santé en est altérée ; alors chaleur considérable, anxiété, gonflement des hypocondres, constipation, langueur du corps et de l’esprit; disparition de tous ces symptômes au retour de cette évacuation salutaire. [Ephém. nerm, an 3. obs.108.)

Le professeur Michel Albert a vu un cas singulier chez une dame. Elle était vigoureuse, pléthorique, très vive étirés active; elle avait été sujette autrefois à un flux hémorroïdal qui revint ensuite périodiquement tous les mois, nonobstant le cours des régies qui avait simultanément lieu, quoiqu’on petite abondance, avec des douteurs anomales. Ces deux effusions utérine et hémorroïdale étaient d’autant plus incommodes, que la colique intestinale et des douleurs de sciatique les accompagnaient toujours. Ces derniers accidents inquiétaient beaucoup la malade, parce qu’ils allaient en augmentant et devenaient continuels. Ils furent bientôt suivis, comme cela arrive ordinairement, d’une dégénération scorbutique, à laquelle on opposa un traitement approprié, jusqu’à ce que la maladie fut terminée. {Kuckert, de hemorr.]

Hémoptysie bisannuelle,

No 326. Une demoiselle âgée de dix-huit ans, d’un tempérament sanguin, bien réglée, sujette deux fois l’année à des hémoptysies fort alarmantes, m’a fourni plusieurs fois l’occasion d’observer la coïncidence du froid fébrile avec les signes de la congestion et du mouvement fluxionnaire. La maladie débutait toujours par un frisson, par le refroidissement des extrémités, et en même temps par un sentimentde pesanteur et de constriction dans le thorax; il survenait ensuite de la chaleur et de la douleur sous le sternum, avec une sensation de bouillonnement dans le conduit aérien ; enfin, la malade expectorait, en toussant, un sang vermeil et écumeux. J’ai toujours regardé cette hémorrhagie comme critique, et je l’ai toujours modérée avec succès par un traitement antiphlogistique et par le repos du corps et de l’esprit. Dés que l’effusion sanguine venait à cesser, le pouls revenait aussi à son état ordinaire. Après avoir fait usage de differents moyens prophylactiques, je suis enfin venu à bout de prévenir les retours périodiques de cette maladie (qui pouvaitdevenir dangereuse), en faisantsaigner la maladetous lesans vers les deux équinoxes, et en lui faisant remplacer son genre de vie sédentaire par un exercice varié et un peu fatigant. (Bordeu, Recherches sur le pouls.) ’

Hémoptysie et hématémèse intermittentes annuelles. ^

>0 327. Albrecht a observé l’exemple d’un crachement de sang qui récidivait tous les ans très régulièrement chez un négociant. Il rendait beaucoup de sang vermeil au commencement de chaque récidive ; mais la quantité en diminuait peu à peu, et le huitième jour il ne paraissait plus rien. Cet

homme y fut sujet pendant plus de quarante ans. Du r^sle, il se portait bien dans les intervalles. {Dec. ann. 5, 6, p. 55.)

Thornas-Barlholin dit qu’il a eu occasion de voir un vomissement de sang noir qui récidivait tous les ans, à la même époque , et qui était si considérable, que le sujet rendait chaque fois plusieurs pots de sang avec les plus vives douleurs d’estomac. {Tlist. anatoni-, rar. p. 128.)

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