‹ Monographie des irritations intermittentes ou traité théorique et pratique des maladies périodiques ... et ... de tout ce qui offre de l'intermittence ou de la périodicité en pathologieChapitre 23 sur 79 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Arrivé au point où nous en sommes de Fhistoire des irritations périodicpies, il nous sera moins difficile de concevoir et de reconnaître la nature et le siège des subinflammations intermittentes internes. Toutefois, on conviendra volontiers, eu égard à l’obscurité du sujet et au peu d’accord qui règne entre les opinions des pathologistes sur ce genre de maladie, on conviendra, disons-nous , qu’il était bien important de procéder du connu à rinconnu , de passer de l’extérieur dans les viscères pour s’autoriser de ce qui est quand on voit et qu’on touche à ce qui peut ou doit arriver alors qu’on n’a plus les mêmes moyens d’investigation. En effet, nous avons vu, â l'extérieur du corps et sous type périodique, différentes espèces d’irritations morbides qui n’étaient ni des hémorrhagies , ni des inflammations , ni des névralgies , puisque les symptômes inflammatoires , hémorrhagiques et nerveux , n’étaient point ce qu’il y avait en elles de saillant et de caractéristique ; nous avons vu , sous les noms d’affection glanduleuse, éléphantiasis , pérical , goitre, dartre, teigne , tumeur scrofuleuse , sueur morbide , gonflement œdémateux, anasarque, etc., diverses maladies dans lesquelles le système blanc, lymphatico-exhalant ou sécréteur, était particulièrement et plus ou moins profondément affecté. Hé bien ! il en est absolument de même à l’intérieur, d’autant mieux que les surfaces internes et externes des viscères sont recouvertes de membranes dont le mode d’organisaiion et le genre de fonctions est absolument semblable à celui de la peau ; comme la peau , ces membranes , particulièrement les muqueuses, sont pourvues d’une grande quantité de vaisseaux blancs, de glandes, de cryptes, et de follicules, qui sécrètent et versent à leur surface différents liquides destinés d’une part à les lubrifier , à les abriter du contact des corps étrangers qui peuvent être mis en rap-

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port avec elles; d’autre part, à servir d’émonctoire à l’économie qui par eux se débarrasse des fluides qui doivent être portés au dehors , ou subir de nouvelles modifications avant d’être appelés à de nouveaux usages. Or, l’on comprend que par de telles fonctions , destinées même à suppléer ou à remplacer celles de la peau , quand par des causes cpielconqucs ces dernières se trouvent affaiblies ou arrêtées , on comprend , dis-je, que par de telles fonctions lés membranes muqueuses et séreuses des viscères puissent être exposées à des maladies dans lesquelles le système lymphatico-sécréteiir exhalant et absorbant se trouve particulièrement affecté ; on conçoit que des membranes séreuses , par exemple , deviennent le siège d’une exhalation surabondante tout-à-fait semblable à celle de la peau dans une sueur morbide périodique, et qu’ elles puissent, sans être enflammées^ exhaler une quantité de sérosité assez considérable pour constituer, suivant les cas, une hydroméningite, une hydropleurite, une hydropéricardite, une hydropéritonite ou ascite, une liydrométrite , etc. ; on conçoit que des membranes muqueuses , sans être plus rouges, plus chaudes que dans l'état normal, versent pourtant à leur surface, par suite de l’initation de leurs cryptes ou de leurs follicules , des matières beaucoup plus abondantes qu’à l’ordinaire, et dont la couleur, la consistance, l’odeur varient beaucoup selon le siège et le degré de l’irritation subinflammatoire , selon l’àge etla disposition des malades , selon la constitution atmosphérique, comme le prouvent certains catarrhes purement muqueux, les angines couenneuses ou membraneuses , plusieurs variétés de fièvres muqueuses ou pituiteuses, certaines diarrhées, la lieiUerie, la blennorrhée , la leucorrhée, etc. Il n’estpas rare encore que ce mode d’irritation des vaisseaux exhalants et sécréteurs n’attaque spécialement des glandes ou des organes chargés de l’élaboration ou de la sécrétion de certains fluides , comme les glandes salivaires , le foie, les reins ^ les organes génitaux , etc., dans le développement des salivations morbides , des ictères , des diabètes , des gonorrhées périodiques , c’est-à-dire d’un genre de maladie dont la nature et la marche sont autres que le mode inflammatoire et le type continu* Les subinflammations périodiques internes , comme celles que nous avons vues à l’extérieur du corps, ont donc spécialement leur siège dans le système vasculaire blanc , et attaquent de préférence les organes où ce système prédomine et dont les fonc-

IRRITATIOxNS INTERMITTENTES

lions consistent à excréter, à exhaler, et à sécréter des fluides particuliers excrémentiiiels ou récréinentitiels. Ce sont les différents troubles, les diverses altérations de ces fonctions qui, lorsqu’elles se manifestent et disparaissent à des époques déterminées, ou lorsqu’elles éprouvent des rémissions périodiques très sensibles , constituent les affections intermittentes ou rémittentes du système lymphatico-sécréteur, exhalant et absorbant.

Quelques unes de ces affections sont parfois accompagnées de phénomènes fébriles et nerveux assez prononcés chez les individus très irritables , de là les noms de fièvre pernicieuse hydrocéphaliqiiey fièvre salivaire, fièvre ataxique , asthme aigu, fièvre et angine scarlatineuse, angine maligne, fièvre catarrhale ou muqueuse, fièvre intermittente typhoïde, fièvres pernicieuses ictérique, cholérique, hépathique, etc. , comme dans les observations sous les n*’® 329, 336, 345, 346, 347, 348, 352, etc. Quand elles se manifestent chez des personnes d’une constitution lymphatique, d’une santélanguissante ou affaiblie par des maladies antérieures, il n’est pas rare que les subinflammations périodiques internes ne soient attribuées à la faiblesse, à la sérosité ou à l’altération du sang; de là les noms de diarrhées et d’angines asthéniques ou typhoïdes, putrides on gangréneuses ; de là les hydropisies passives , les diabètes et les ictères asthéniques ; de là aussi certaines fièvres adynamique , putride^ entéro-mésentérique , etc. D’autres fois , ayant égard principalement à la nature des causes, à la marche lente ou rapide, insidieuse et plus ou moins dangereuse, de certaines irritations subinflammatoires , on a voulu en faire des maladies spéciales, des inflammations d’tme nature particulière, suî generis, dont la nature ne peut être saisie , et échappe à toute explication (1). Telles sont particulièrement la syphilis, le croup ou la diphthérite,la dothinentérie , l’apoplexie séreuse, l’hydrocéphale ou l’hydrencéphale , etc. , d’après Willis , Home , Rush, Baumes , Bretonneau, Coindet, etc.

La spécialité de la syphilis est aujourd’hui jugée et rejetée par la majorité des médecins; il en est déjà ou il en sera bientôt de même de la prétendue spécialité des autres maladies dont nous venons de parler, ainsique des tubercules pulmonaires ou de la phthisie, du carreau, de la rage, etc., avec d’autant plus de raison qu’elles n’ont pas , comme la syphilis , une cause

(1) Bretonneau, Traité de la diphthérite , etc.

SUBINFLAMMATOIRES INTERNES.

susceptible de les reproduire constamment et à volonté, et qu’elles reconnaissent au contraire , comme toutes les maladies en général , un grand nombre de causes différentes , selon les lieux et les saisons où elles se développent, selon l’âge, le tempérament ou la disposition des individus qu’elles attaquent.

Avant d’embrasser d’une manière générale l’histoire des subinflammations périodiques internes , nous nous arrêterons en particulier sur les deux maladies les plus graves, les plus fréquentes de l’enfance, sur la nature desquelles on a si longtemps discuté et tant écrit sans parvenir jamais à s’entendre, contre lesquelles enfin les secours de l’art sont jugés presque toujours impuissants , nous voulons parler de l’hydrocéphale et du croup.

On ne sera pas étonné qu’il soit ici question de l’hydroc-éphale, si Ton fait attention que l’espèce de rémittence ou de périodicité qu’on observe dans les phénomènes qui caractérisent cette maladie n’a pas peu contribué à en imposer : Quin , Saint-Clair , Hippolyte Cloquet ont vu des cas où les accès de l’hydrocéphale étaient si réguliers qu’ils simulaient ceux de la fièvre intermittente. Quin cite même des exemples où le quinquina fut administré avec succès dans le but de prévenir les accès hydrocéphaliques (1). M. Cloquet rapporte l’observation d’une fièvre rémittente hydrocéphalique très grave, contre laquelle on avait inutilement employé tous les moyens qui paraissaient indiqués ; on commençait à désespérer du jeune malade , lorsque ce praticien, s’étant assuré de la périodicité des redoublements hydrocéphaliques , administra le quinquina, à l’aide duquel il en obtint une prompte guérison (2). M. Coindet dit que les symptômes de la seconde période de l’hydrocéphale peuvent être confondus avec ceux d’une fièvre ataxique ou d’une fièvre rémittente de mauvais caractère (3). M. Brechet appelle hydrocéphale ataxique l’hydrocéphale accompagnée de fièvre avec des exacerbations périodiques et des symptômes cérébraux plus ou moins graves (4). D’ailleurs , nous rapportons sous les nos 328 , 329 , 330 , 331 , 332 , 333, 334 et 335 , plusieurs observations qui prouvent évidemment que l’intermission plus ou moins complète des symp-

(1) Treatise su the dropsy of the brain, etc. Dublin, 1780.

(2) Nouveau journal de médecine » février, 1818.

(3) Mémoire sur Vhydr encéphale.

(4) Article Hydrocêphalk du Nouveau dictionnaire de médecine*

îômcs hydrocépbaliques peut avoir lieu sous toutes les formes, et pour ainsi dire à tous les différents degrés de l’irritation siibinflammatoire ou exhalante des méninges.

Au lieu du mothydrocépliale, nous nous servons de l’expression hydroméningite , parce qu’on ne peut guère douter physiologiquement que ce ne soit par suite de l’irritation sécrétoire ou exhalante des méninges, et particulièrement de l’arachnoïde, qu’un fluide séreux est accumulé dans les ventricules ou sur différents points de la surface du cerveau. Il nous semble qu’il faut d’abord voir les faits tels qu’ils se présentent dans l’ordre physiologique, afin de bien concevoir les modifications apportées ensuite par la maladie. Quant aux exceptions, il faut chercher à s’en rendre compte de la manière la plus satisfaisante sans jamais oublier ce qui a lieu le plus ordinairement : ainsi par exemple, que le fluide sécrété dans l’hydroméningite varie par sa couleur, sa consistance, qu’il soit ou non susceptible de se coaguler, ce sont là de ces variétés de composition qui peuvent tenir à fort peu de chose dans la marche, dans le degré d’acuité ou d’intensité de l’irritation morbide ; mais , parce que le fluide sécrété dans cette maladie n’est pas toujours parfaitement identique, parce qu’il ne ressemble pas constamment à celui qu’on trouve dans l’hydropleurite ou l’hydropéricardite , peut-on conclure qu’il est le résultat d’une inflammation spéciale et d’une altération de la substance propre du cerveau, comme le pensent Quin, Coindet , Hufeland , Brechet? S’il n’est pas rare qu’on trouve plus ou moins lésées quelques parties de la surface interne ou externe de la pulpe cérébrale , ne suffit-il pas du contact de la membrane siibenflammée pour expliquer les cas dont il s’agit, et concevoir la transmission de l’irritation à la substance cérébrale elle-même?

Nul doute qu’en faisant jouer un trop grand rôle aux complications ou aux exceptions [ dont l’histoire de presque toutes les maladies offre des exemples) , on ne finisse par jeter beaucoup d’obscurité sur les faits les plus simples; c’est probablement ce qui a été cause que la nature elle siège de la maladie qui nous occupe ont été jugés si diversement par la plupart des médecins : les uns se contentent d’en placer vaguement le siège dans la tête, comme l’indique la dénomination hydrocéphale; et, suivant qu’ils observent chez leurs malades des symptômes de force ou de faiblesse , d’ excitation ou de relâchement , les con-

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valsions ou le coma, ils la distinguent en affection aiguë ou chronique , active ou passive.

D’autres médecins, voulant préciser le siège de l’hydrocépliale, disent avec lUisk que c’est une inflammation de l’arachnoïde , mais une inflammation ^particulière et d’une intensité moindre que celle qui constitue la frénésie ; de là le nom de frenicula qu’on lui a donné. Quelques auteurs n’ont fait attention qu’aux phénomènes nerveux et fébriles, comme Macbride et Meyserey, qui ont transformé cette maladie en fièvre cérébrale , fièvre hydrocéphalique essentielles. J. L. Petit (1) soutient que l’hydrocéphale attaque particulièrement les individus atteints de quelque vice de la lymphe, d'obstruction des glandes conglobées , et qu’ elle provient souvent d'un état squirrheux de la glande pituitaire, M. Ba urnes, pensant que les fondions majeures de l’arachnoïde sont de pomper la lymphe qui se distribue dans le cerveau, soutient que la collection d’eau dans les ventricules qui constitue l’hydrocéphale, ne peut provenir que d’un état particulier de spasme ou d' inflammation qui suspend les fonctions dont il s’agit (2). Quelques médecins regardent encore l’hydrocéphale comme une hydropisie du cerveau résultant d’un état aqueux du sang et d’une faiblesse locale des absorbants. Enfin plusieurs praticiens ont considéré l’hydrocéphale comme une inflammation spasmodique, une inflammation d’une nature particulière de l’arachnoïde , et spécialement du cerveau ; telle est l’opinion émise par M. Coindet dans le savant mémoire qu’il a consacré à la maladie dont il s’agit , de là le nom de hydro-encéphale ou hydrencéphale qu’il donne à cette maladie pour indiquer particulièrement la lésion du cerveau. Enfin , beaucoup d’autres écrivains , à l’exemple de Qiiin et de Wittering, considèrent l’hydrocéphalite comme une maladie purement inflammatoire. Sans discuter ce qu’il y a de vrai ou de faux dans chacune des opinions dont nous venons de parler, la première conclusion qui se présente , c’est qu’on ne s’entend point sur la nature et le siège de l’hydroméningite ; et pourtant si l’on examine les causes prédisposantes et occasionnelles indiquées par presque tous les auteurs , si l’on analyse les symptômes qu’ils décrivent et les altérations organiques rencontrées sur les cadavres, on ne peut

(1) Académie royale des sciences. 1718.

(2) Annales de médecine de Montpellier . 1. 1.

s’empêcher de reconnaître une irritation subinflammatoire ou lymphatico-sécrétoire de l’arachnoïde dont le début, comme celui du croup et de la plupart des subinflammations internes , est presque toujours marqué par quelques symptômes inflammatoires résultant de la part plus ou moins active que prend souvent le système capillaire sanguin au début de rirritation lymphatico-sécrétoirc ou exhalante ; mais c’est la prédominance, de cette dernière irritation qui constitue!’ hydroméningite, comme c’est la prédominance de l’irritation sanguine ou inflammatoire qui constitue l’encéphalite et l’arachnitite. Les médecins qui ont donné toute leur attention au premier degré de l’ hydroméningite, en ont fait une inflammation spéciale de l’arachnoïde et du cerveau ; ceux qui n’ont eu occasion d’observer que le second degré , ou qui n’ont fait attention qu’à cette période de la maladie, l’ont regardée comme une apoplexie séreuse ou une affection spasmodiciue olnerveuse du cerveau, ou une fièvre cérébralCj comateuse, hydrocéphalique , etc. (3n conçoit l’erreur des premiers par la raison que nous venons d’indiquer ; et l’on se rendra compte de celle des seconds si l’on réfléchit que les symptômes presque toujours très graves de la deuxième période éloignent facilement l’idée d’une irritation sécrétoire, semblable à celle d’une hydropleurite ou d’une hydropéritonite. On ne fait pas attention aux fonctions délicates de l’arachnoïde et à la grande différence des cavités occupées par les membranes séreuses dont il s’agit ; on ne réfléchit pas que les unes peuvent admettre une grande quantité de fluide sans de graves inconvénients , tandis qu’il suffit d’une sécrétion plus active , d’une accumulation rapide et même très peu sensible de fluide séreux dans les ventricules ou sur quelques points du cerveau , surtout vers l’origine des principaux nerfs de la vie animale, pjour qu’il en résulte la gêne , la perversion ou la suspension des fonctions cérébrales , ou des accidents presque toujours très graves sinon rapidement mortels. 11 n’est pas rare alors qu’on voie survenir tout l’appareil des symptômes nerveux, ataxiques et comateux, puis la pâleur et l’altération des traits, les convulsions, ou bien rengourdissement de tout le système locomoteur , un collapsus général, l’amaurose, etc. M. Guersent a vu plusieurs fois ces derniers symptômes se développer subitement par suite d’un épanchement plus ou moins rapide de sérosité dans les ventricules du cerveau , épanchement qu’il compare avec raison à celui

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qui a lieu dans le tissu cellulaire pour développer l’anasarque, et qu’il a fait disparaître assez promptement par l’emploi méthodique des excitants à la peau et des déri\atifs aux extrémités. M. Butini , de Genève, a observé des exemples semblables. Si le médecin n’est appelé qu’à la seconde période dont il s’agit, il n’ose point avoir recours aux antiphlogistiques ; il stimule au contraire de toutes ses forces à l’extérieur et à l’intérieur, pour tirer le malade de l’état d’assoupissement et de stupeur dans lequel il est plongé -, ce n’est que dans le cas où il est appelé assez promptement pour être témoin des symptômes d’irritation , de fièvre et d’agitation générale qui caractérisent le premier degré de l’hydroméningite, qu’il prescrit la saignée et les autres moyens antiphlogistiques. Mais comme les symptômes qui annoncent la seconde période ne tardent pas ordinairement à paraître malgré le traitement antiphlogistique , alors on change de médication et l’on gâte le bien ciu’on avait pu faire par les premiers moyens, en voulant s’opposer aux symptômes nerveux , ataxiques et comateux par le musc , les fleurs de zinc , l’éiher , le camphre , l’alcali volatil et même le phosphore (1), sans parler du vin et du quinquina ; moyens qui , sous les noms d’antispasmodiques, de calmants et de toniques, portent dans les organes digekifs une stimulation qui augmente sympathiquement l’irritation subinflammatoire des méninges et cause une mort plus ou moins rapide. Cet effet funeste est d’autant plus certain que tous les auteurs s’accordent à reconnaître, dès le début de l’hydroméningite,des influences sympathiques très prononcées du côté des organes digestifs (2) ; ajoutez à cela qu’on ne retire que très peu d’avantages des révulsifs à l’extérieur, parce qu’on y a recours sans choix et sans méthode , parce qu’on les applique le

(1) Coindet, Mémoire sur l’hydr encéphale.

(2) Willis , par exemple , dit qu’elle attaque un grand nombre d’enfants de deux à cinq ans , surtout lorsqu’ils ont un virus scrofuleux dans le sang , et qu’ils ont le mésentère rempli de glandes squirrheuses. Elle commence, dit-il par l’inappétence, le dégoût de toutes sortes d’aliments, même de friandises.;

. les enfants sont inquiets, de mauvaise humeur, opiniâtres ; ils ont le visage pâle, le pouls faible , languissant; il leur monte par intervalle des feux au visage , tantôt sur une joue, tantôt sur l’autre ; ils perdent l’appétit, la tête leur brûle ; ils languissent ; leurs yeux deviennent fixes et troubles ; il leur prend des convulsions au visage et aux mains ; ils deviennent hébétés et stupides ; leur pouls devient fréquent, faible et inégal ; et ils meurent au bout de quelques jours. Lorsqu’on les ouvre , on leur trouve une quantité de sérosité dans les ventricules du cerveau.

plus souvent trop près de l’organe malade, et parce qu’on commence trop tôt à les employer.

C’est ainsi que dans l’observation sous le n» 332 on prescrivit en même temps les sinapismes, le tartre stibié , et l’application des sangsues aux tempes. L’effet de deux ou trois sangsues contrarié par les autres moyens dut être absolument nul , d’autant plus qu’on laissait cet enfant se gorger de lait pendant les intervalles de rémission. On n’a guère fait attention qu’à l’assoupissement du petit malade. On a voulu le secouer par l’émétique , et l’on n’y a que trop réussi , car nul doute que les vomissements réitérés produits par ce remède dans la nuit du 12 au 13 n’aient beaucoup contribué à rendre si intense et si rapide l’irritation sécrétoire de toute l’arachnoïde , de là les soubresauts et les mouvements convulsifs qui survinrent immédiatement après. Si l’on ajoute à l’effet de l’émétique celui de la mixture dite antispasmodique, composée de fleurs de zinc, de poudre de guttette , d’yeux d’écrevisses, etc. ( pour un nourrisson de onze mois), on concevra facilement la mort rapide du petit malade , et l’épanchement considérable que l’autopsie fit voir dans tous les replis de raraclmoïde. Le même auteur rapporte une autre observation semblable à celle-ci , et avec une rémission telle que la marche de l’irritation hydroméningite paraît tout-à-fait suspendue. ïl s’agit d’un enfant de vingt-cinq mois, fortement constitué, chez qui les symptômes d’agitation , d’insomnie , d’inquiétude , de morosité, puis d’assoupissement, de dilatation des pupilles, etc. , fur eut dès le début attaqués par les vésicatoires à la nuque et la mixture avec les fleurs de zinc, le succin et la c orne de cerf, et puis par force mercure (mercure noir d’IIahnemann, deux grains toutes les deux heures), qu’on ne suspendit que quand il produisit de vives douleurs de colique. L’autopsie fit voir la surface du cerveau couverte d’une couche épaisse de gélatine, les quatre ventricules remplis de sérosité limpide et des traces d’inflammation dans l’iléon.

On conçoit que l’indécision dont nous venons de parler sur la nature et le siège de l’hydroméningite , rende si peu méthodique le traitement qu’on lui oppose , et l’on conçoit qu’on convienne ensuite que cette maladie résiste à tous les remèdes dès qu’une fois elle est déclarée. N’est-il pas évident que ces remèdes, ou bien ont été nuis comme dans le fait sous le n» 333, ou bien n’ont été dirigés que contre des symptômes fugitifs et variables à l’iïifini , et qu’on s’est borné le plus souvent à une médecine tout-à-

SL'BINFLAMMATOIRES INTERNES.

fait empirique? N’est il pas certain qu’en adoptant, dans l’application des moyens thérapeutiques , les memes changements et la même versatilité qu’on a observés dans les phénomènes morbides , on a contrarié ou l’on a rendu n allés les faibles ressources que la nature pouvait encore déployer dans le but de conservation qui lui est propre , et vers lequel elle tend sans cesse?

Ces remarques sur l’incertitude du diagnostic et sur le peu de méthode de traitement, seraient applicables à plusieurs autres faits; nous en excepterons cependant celui sous le n® 323, dans lequel le traitement fut très physiologiquement dirigé et méthodiquement suivi; aussi fut-il couronné de succès. L’intermittence, des phénomènes morbides fit croire, il est vrai , à l’existence d’une fièvre intermittente hydrocéphalique; mais cette erreur, loin d’être préjudiciable au traitement, fut plutôt avantageuse, parce qu’après avoir combattu la première période de cette prétendue fièvre par les antiphlogistiques, on en vint promptement à l’administration du quinquina, qui prévint les retours périodiques de l’hydroméningite. On pourrait encore en exci'pter le fait sous le n® 33i, si l’on eût profité des rémittences très sensibles qu’offrit cette maladie pour administrer le sulfate de quinine, soit en lavements, soit <à la surface des vésicatoires, qui furent multipliés sans précaution , parce qu’on n’eut pas , comme dans le fait précédent , la prévoyance de les faire saupoudrer de camphre, et sans méthode , parce qu’au lieu de couvrir la tête de glace , il aurait fallu rappeler et entretenir derrière les oreilles !a suppuration qu’on y avaii d’abord provoquée avec la pommade épispasliqiie. Peut être aussi qu’on insista trop sur les applications de sangsues chez une enfant dont la constitution et les symptômes précurseurs de la maladie actuelle ne laissaient point de doutes sur sa nature lymphatico-sécrèloire ou subinflammatoire. En effet, doux irritations sécrétoires avaient eu lieu à l’extérieur ; l’une , placée sur les paupières, existait depuis un mois et fournissait un écoulement assez considérable de matières mucoso-purulenîcs. Pour faire diversion à cet écoulement , on avait sagement établi un exutoire derrière les oreilles. L’un et l’autre écoulement ayant disj)aru assez rapidement , des phénomènes survinrent qui indiquoient une nouvelle irritation dans le cerveau et ses membranes. D’après les caractères de celles qui avaient cessé à l’extérieur, ou pouvait soupçonner la nature de la nouvelle irritation qui les avait remplacées à l’intérieur. D’ailleurs les symptômes de celle-

ci pouvaient seuls faire reconnaître son caraclère , bien moins inflammatoire que sécrétoire ou subinflammatoire ; c’.'tait donc bien les cas de rappeler et d’entretenir à tojt prix un exutoire derrière les oreilles ou à la nuque par un séton ; d’ailleurs n’était-ce pas ici une occasion favorable pour essayer quelques révulsifs sur la muqueuse intestinale? Ce moyen n’éiail-il pas indiqué par l’état habituel de constipation , par l’absence de tout symptôme gastro-entérique , et parce que , dans les cas de subinflammation du cerveau et de ses membranes, il n’y a souvent point de révulsion plus énergique et plus efficace que celle qu’on peut porter sur la muqueuse intestinale ?

S’il est vrai que l’hydroméningite ne soit qu’une irritation subinflammatoire ou exhalante de l’arachnoïde , comme le prouvent la majorité des faits qu’on a recueillis sur cette maladie, on verra de meme que la diphthérite ou le croup et la dothinentérie ne sont que diverses nuances de subinflammation ou d’irritation lympathico-sécrétoire de la membrane muqueuse qui tapisse les voies aériennes et digestives , irritations sécrétoires dont on a fait des maladies sut generis ^ des spécialilés morbides réprouvées à la fois par le bon sens et la médecine physiologique.

xVprès avoir lu attentivement le Traité de la d i phthérite [i] , nous avons fini par où l’on commence ordinairement , c’est-à-dire par la préface , où nous avons trouvé ces lignes remarquables :

« Frappé du mode de terminaison le plus ordinaire de l’angine maligne, François Home se persuade qu’il vient de rencontrer une affection des canaux aérifères qui avait jusque là échappé , à l’attention de ses prédécesseurs ; il croit devoir lui donner le I nom populaire sous lequel il l’avait trouvée désignée dans une province d’Écosse. Le bruit de sa découverte se répand, et la nouvelle dénomination fascine tellement tous les yeux qu’elle empêche de reconnaître une maladie observée dès la plus haute antiquité, et qui de nos jours s’accompagne de tous les symptômes sous lesquels elle n’a jamais cessé de se montrer. » Hé bien ! que tout médecin impartial médite ces réflexions, à la fois justes et sévères, adressées par M. Bretonneau à François Home, et qu’il juge si ces réflexions ne s’appliquent pas exactement au créateur de la diphthérite lui-même. N’est-il pas vrai que cet auteur, frappé

(1) Bretonneau, Des inflammations spéciales du tissu muqueuse , et Cfk particulier delà diphthérite J Gic., iS2Q.

SUBINFLAMMATOIRES INTERNES.

de la marche et du mode de terminaison le plus ordinaire de l'angine maligne, ou du croup, se persuade qidil vient de rencontrer une affection suî generis qui avait échappé à l’attention de ses prédécesseurs , et à laquelle il croit devoir donner le nom de diphthérite ? Ce n’est pas un nom populaire comme celui de Home , ni destiné jamais cà le devenir ; c’est un nom de nouvelle création dont l'utilité et la validité sont à la fois contestés ; et pourtant c’est à l’aide de ce nom que son créateur veut répandre le hruit de sa découverte , et fasciner tellement tous les yeux par ■cette nouvelle dénomination quelle empêche de reconnaître une maladie observée dès laphis haute antiquité , et qui de nos jours encore s'accompagne de tous les symptômes sous lesquels elle n’a jamais cessé de se montrer l En effet, qu’est-ce que la diphthérite , d’après M. Bretonneau lui-même, sinon une phlegmasie pelliculaire ou membraneuse de la membrane muqueuse qui tapisse la bouche, la gorge, les conduits œsophagien et laryngo-trachéal? Or tous les médecins savent que les noms nous manquent si peu que nous avons déjà l’embarras du choix pour indiquer les diverses nuances de l’affection dont il s’agit ; tels sont les suivants : maux de gorge gangréneux , angine maligne , angine tonsillaire, pharyngienne et laryngée , croup de F. Home ; angine membraneuse de Michaelis et de Rosen ; affectus suffocatorius de Carnevale; morbus slrangulotorius de Starr ; inflammation couenneusc. laryngo-trachéale de plusieurs auteurs modernes, etc. SiM. Bretonneau avait trouvé un terme générique mieux approprié à la nature de la maladie, qui nous en donnât une idée exacte et qui pût à lui seul remplacer convenablement tous ces noms divers , on aurait généralement applaudi à la violence qu’il dit s’être faite à lui-même pour introduire un mot nouveau dans la science ; mais le pire de cette violence c’est que le mot nouveau n’exprime rien de nouveau; c’est que l’épithète diphthéritique ajoutée à l’inflammation n’exprime rien de plus que celles de membraneuse et couenneuse déjà consacrées par l’usage. Le praticien de Tours veut nous persuader qu’il s’agit d’une inflammation spéciale , sut qeneris; mais le mot diphthérite ne nous apprend rien à cet égard. Nous pensons qu’il doit être rejeté, s’il est vrai, d’après le sens qu’y attache son inventeur, qu’il n’indique qu’une seule nuance de phlegmasie , et c’est de quoi l’on ne peut douter quand on voit M. Bretonneau en distinguer plusieurs autres différentes •de la diphthérite , et qu’il appelle angine striduleuse , trachéite ,

iriRrrATiois’s intermittentes

angine membraneuse ou polypeuse; quand on le voit admettre pour 1 isthme du gosier six affections phlegmasiques distinctes; savoir : 1 angine catan liale , 1 angine tonsillaire , l’angine couenneuse commune , l’anp.ine scarlatineuse , l’angine couenneuse lïieicuneiie , ëî i an^îrië uij;htheritic|ue. On juge , d’après celte énumération, qnela création du mot dipJUhérile ne nous préserve pas de plusieurs autres phlegmasies pharyngiennes et laryilgiennes , dont les caractères sont également spécifiques , d’après M. Bretonneau ; de telle sorte qu’entre plusieurs phlegmasies toutes également spéciales , il en choisit arbitrairement une pour lui faire les honneurs d’une ovation dont toutes auraient pu être jugées dignes au même prix ! d’où il résulte que la dénomination dont il s’agit n’est qu’une superfétation de mot ajoutée cà celle qui existait déjà, et qu’il serait facile démultiplier à l’infini si l’on voul lit baptiser d’un mot nouveau chaque nuance un peu prononcée de la même irritation morbide ; car il est bien reconnu que la nature est inépuisable dans les nuances de forme qu’elle peut prêter à la même maladie , selon une infinité de circonstances relatives à la constitution atmosphérique, à l’âge, au sexe, au tempérament et aux idiosyncrasies individuelles.

Quant à la méthode thérapeutique , voici dans quel doute nous!

laisse âî. Bretonneau : a Peut être reste-t-il encore à décider si la diphtliérite est susceptible de céder dans le temps de son acuité aux moyens thérapeutiques généraux, ou si elle ne peut être efficacement combattue que par des médications spécia^ les (1). » Cette indécision, relative au traitement qui termine le Traité de la diphihérite , n’étonne point le lecteur attentif qui l’a trouvée partout dans l’exposé delà théorie comme dans celui de la pratique. Ce traité, malgré les faits nombreux, les tableaux descriptifs exacts , et les recherches d’anatomie pathologique qu’il renferme , ne conduit à aucune conséquence théorique et pratique satisfaisante et positive ; pourquoi? parce que la physiologie y est oubliée , parce qu’on s’arrête à la superficie des choses, et qu’on ne prend point la modification organique des tissus pour point de comparaison et pour point de départ dans l’appréciation des phénomènes morbides; de là ces distinctions subtiles , vagues , arbitraires de phlegmasies et toujours de phlegmasies , alors même qu’on décrit des symptômes qui ne sont nullement inflammatoires ; et, pour se tirer d’embarras , on imagine une phlegmasio

(1) Ouvrage cité.

SUBINFLAMMATOIRES INTERNES.

spèciale , sut generis , à laquelle on ne peut physiologiquement rien comprendre, et dont M. Bretonneau lui-même ne peut se rendre compte, puisqu’il finit par dire « qu’il y a là un quid di~ vinum qui ne peut être saisi, et qui échappe à toute explication. »

Tout ce que nous venons de dire sur la diphthérite s’applique également à la dothinentéric , expression nouvelle au moyen de laquelle l’auteur dont il s’agit a voulu donner du relief à une maladie observée et décrite sous différents noms, tels que fièvre muqueuse , entérite chronique, éruptions internes , fièvre eniéromèsentérique , entérite folliculeuse , etc., dont quelques uns lui conviennent beaucoup mieux que celui de dothinenlérie , puisqu’il signifie, d’après son inventeur, un développement de pustules, ou una véritable variole intestinale; or, cette dénomination et le sens qu’on y attache, se trouvent en opposition avec les faits anciens et modernes. En effet, sous les noms indiqués précédemment, on a toujours décrit , et les autopsies ont fait voir une maladie dans laquelle le système lymphatico-ganglionnaire qui entre dans la composition de la membrane muqueuse gastro-intestinale est plus ou moins saillant, développé, et altéré de diverses manières , principalement vers la fin des intestins grêles où les glandes et les follicules muqueux existent en plus grande quantité que partout ailleurs, et de la réunion desquelles résultent des plaques elliptiques, gaufrées, fongueuses, en un mot dont la forme , la couleur et la consistance varient beaucoup. Mais a-t-on jamais vu sur la muqueuse intestinale des pustules circonscrites dont le développement et la suppuration sont indispensables à leur guérison, dont la marche est tellement fixe et régulière, qu’on puisse par le nombre de jours juger du point de développement où elle est arrivée, etc.? Est-il constant que ces boutons soient entourés d’une auréole enflammée, remplis au bout de quelques jours d’un fluide demi-ti ansparent , logé entre l’épiderme et le corps réticulaire, et d’où résulte une desquamation, une ulcération? Enfin, a-t-on jamais reconnu sur la muqueuse gastro-intestinale des phénomènes morbides toiit-à-fait semblables à la variole? « On a dit que l’exanthème intestinal affectait dans son développement des périodes fixes qui pouvaient être comparées à celles que parcourt l’éruption variolique, etc.; et nos observations, dit le professeur Andral(l), ne

(1) Clinique médicale, t. iii.

nous ont pas conduit à des résultats semblables. Il ne nous paraît pas non plus exact de dire que l’exanthème en plaques ou en boutons, tende nécessairement à la suppuration et à l’ulcération , que par conséquent un individu ne puisse guérir qu’après que les plaques ou les boutons se seront formés en ulcérations, et que celles-ci se seront ensuite cicatrisées. » D’après M. Andral , les exanthèmes de la muqueuse intestinale sont beaucoup plus fréquents que ceux en boutons qui existent presque seuls, d’après M. Bretonneau. Quôi^qu’il en soit, on convient que ce sont les glandes de Peyer et de Brunner qui sont enflammées ; alors que signifie ces pustules et ces furoncles qu’on imagine si gratuitement? D’ailleurs ces glandes de Peyer et de Brunner , dont on fait tant de bruit, ne sont, abstraction faite du volume, que des cryptes et des follicules tout-à-fait semblables à celles qu’on rencontre partout et sur toute espèce de membrane muqueuse ; leur nature et leurs fonctions sont absolument les mêmes , il n’y a que leur forme et leur nombre qui diffèrent , suivant le lieu où on les observe ; c’est ainsi qu’elles sont très nombreuses sur le pourtour du pharynx , où il n’est pas rare de rencontrer diverses nuances de subinflammation. La dénomination dephlegmasie folliculeiise , proposée par MM. Grimaud et Scoutetten , quoique préférable à celle de M. Bretonneau, ne nous paraît pas devoir être adoptée , parce que la maladie dont il s’agit est bien moins caractérisée par les symptômes d’une irritation inflammatoire que par ceux d’une irritation lymphatico-exhalante ou sécrétoire; et parce qu’il suffit du terme générique subinflammation pour indiquer la lésion du système lymphatico-sécrétoire et ganglionnaire correspondante à celle du système capillaire rouge qu’on désigne par le mot inflammation.

Il suffit d’y réfléchir un instant pour reconnaître qu’on a tant parlé de l’identité de la variole et de la dothinentérie que pour paraître autorisé à faire de celle-ci une inflammation spéciale , et d’autant plus spéciale qu'elle est éminemment contagieuse, et quon ne la contracte jamais qu'une seule fois dans le cours de la vie ! Cette particularité, à l’égard d’une maladie signalée depuis quelques années, et qu’on ne peut constater que par l’autopsie, n’est-elle pas aussi remarquable que bien imaginée? Si fausse que puisse être une pareille allégation , n’est-il pas physiquement impossible qu’on puisse de sitôt prouver le contraire? car, l’autopsie pouvant seule établir quelque certitude à cet

SUBINFLAMMATOIRES INTERNES.

égard , il est toujours facile de nier qu’un malade , qui meurt actuellement de dothinentérie, ait eu précédemment la même maladie! Mais ce qu’on peut opposer avec plus de succès à la spécialité merveilleuse et à l’identité constante de la dothinentérie avec la variole , ce sont les autopsies de tous les temps et de tous les lieux. Chaque observateur trouve des formes nouvelles et des altérations diverses dans le système muqueux et glanduleux du canal digestif; tantôt ce sont des plaques gaufrées , des granulations ou des indurations blanches et partielles, des points rougeâtres ou blanchâtres , de petites ulcérations partielles ou des aphthes, et presque toujours une turgescence, une altération plus ou moins sensible des glandes ou des follicules de la muqueuse intestinale , particulièrement du jéjunum et de l’iléon. Baglivi, Rœderer et Wagler, MM. Petit et Serre, dans leurs nombreuses autopsies , ne signalent pas une seule fois ces pustules varioliques ou dothinentériques. Il faut donc convenir que la dothinentérie joue de malheur plus encore que sa sœur la diphthérite! L’anatomie pathologique ne la reconnaît pas sous Informe qu’on veut lui donner ; la physiologie la repousse; et quel médecin impartial ou doué de quelque jugement pourra jamais admettre une maladie spéciale sous une forme exclusive et inaperçue avant M. Bretonneau, une maladie suî generis , pour laquelle il faudra faire intervenir ehcore un quid divinum qui en impose aux incrédules ?

Le seul moyen de sortir de la spécialité ^ c’est-à-dire du vague et du merveilleux dans les maladies, c’est de scruter plus attentivement leur origine et leur mode de développement, c’est de surprendre en quelque sorte la nature sur le mécanisme de leur formation, sur la modification des tissus primitivement affectés, sur les changements et le trouble apportés dans leurs fonctions, et par suite dans les fluides qui en sont le résultat. Nous savons que le danger occasionné par les fluides sécrétés ou exhalés dans certaines maladies , dans l’hydroméningite et le croup , par exemple, ne provient pas seulement de leur nature, mais particulièrement du lieu quelles occupent , et du genre de fonctions des organes malades.

Rappelons-nous maintenant ce que nous avons vu , ce que nous avons dit touchant les subinflammations périodiques qui ont leur siège à l’extérieur du corps ; n’est-il pas vrai que pendant longtemps on n’a rien su voir en elles que des éruptions, des croû-

tes, des granulations, des tubercules, etc., dont on distinguait avec soin la forme , la couleur , la consistance , l’odeur ; particu** larités qu’on cherchait à exprimer par diverses épithètes, telles que furfuracée , squameuse , éléphantiasiqiie , lichénoïde , amiantacée , ulcéreuse , etc. Hé bien î la même chose est arrivée à l’intérieur pour les maladies de même nature à celles-là On a distingué des fièvres sous formes muqueuse , adynamique , putride ; des angines sous formes ulcéreuse , grangréneuse , couenneuse, et à plaques lichénoïdes , éléphantiasiques; des angines stridiileuses, aphtheuses, membraneuses ou diphthéritiques. A. l’extérieur , on ne voyait dans ces formes si variées , dans ces produits si bizarres , que des phlegmasies cutanées , mais tout-dfait spéciales , sous les noms de gale , lèpre , dartre, teigne, éléphantiasis, etc., parce qu’en effet il n'était pas permis de les confondre avec l’érysipèle, véritable type de la phlegmasie cu^ lanée. On ne peut pas non plus confondre le croup ou l’angine couenneuse avec l’angine catarrhale aiguë et la trachéite ; on ne peut pas confondre l’hydroméningite avec la céphalite et l’arachnitite ; résulte-t-il de là que le croup et l’hydroméningiie soient des phlegmasies spéciales, sut generis, si mystérieuses enfin , que leur nature ne puisse être ni saisie , ni expliquée'? Non, pas plus que les dartres et les teignes ne constituent des spécialités morbides inexplicables, par la raison quelles sont des maladies distinctes de l’érysipèle ; seulement il faut y voir autre chose qu’une inflammation du système capillaire rouge ; il faut reconnaître dans le croup et l’hydroméningite, comme nous l’a^ vons fait pour les teignes, les dartres , etc., des affections du système lymphatico-exhalant ou sécréteur ; il faut concevoir que dans chacune de ces maladies l’irritation du système capillaire sanguin n’a lieu qu’au début de la maladie, et qu’elle ne tarde point , cette irritation , à devenir tout-à-fait prédominante dans les vaisseaux blancs. Dans l'angine couenneuse , par exemple , les cryptes muqueuses ou les bouches exhalantes , mises à nu par le dépouillement de l’épiderme , et sans cesse irritées par le contact de corps étrangers liquides ou gazeux , versent constamment des matières muqueuses ou séro-albumineuses; ces matières , promptement condensées par les courants d’air alter* nativement froids et chauds que produisent les inspirations et expirations de l’acte respiratoire , prennent une forme, une consistance, une couleur, qui varient selon la place quelles occu-

SUBINFLAMMATOlUES INTERNES.

pent , selon l’intensité de l’irritation subinflammatoire , et selon la disposition des individus. De ces diverses circonstances résulte aussi une grande différence dans la gravité de la maladie et dans les suites plus ou moins fâcheuses quelle peut avoir , suites que le médecin peut souvent prévoir et rarement prévenir ou combattre efficacement , parce qu’il n’est point appelé assez promptement , et avant que le produit de la subinflammation ne soit devenu une gêne et bientôt un obstacle insurmontable à la respiration.

Ce que nous disons n’est que la conséquence de tout ce qu’on a observé et écrit sur le genre de maladie qui nous occupe ; en le soumettant à l’analyse physiologique, nous avons l’avantage de nous rendre compte des nombreux et incontestables succès obtenus par le traitement antiphlogistique, quand il est employé convenablement et dès le début de la maladie , taudis que ces succès contrarient singulièrement le système de la spécialité, et forcent les médecins qui l’adoptent à détacher de leur entité pathologique spéciale tous les exemples de guérison par les antiphlogistiques. a On ne peut douter, dit M. Bretonneau, que l’angine diphthérique ne figure assez souvent parmi quelques unes de ces lésions strideuses de la respiration (les différentes espèces de croup des auteurs), parmi celles-là surtout dont la terminaison a été funeste ; tandis, au contraire , que dans les cas où le traitement antiphlogistique a eu un succès aussi prompt qu’efficace, il est probable qu'une autre phlegmasie grave ou bénigne^ mais de nature différente ^ a été confondue avec celte redoutable maladie (la diphthérite). » On conçoit dès lors que le médecin de Tours accuse Fotergill, Planchon , Miilar, Jiirîne, Gucrsent, Chomel, etc., d’avoir confondu rangine scarlatineuse, l’angine coucnneuse, l’asthme aigu , certains croups aigus, le pseudo-croup , les maux de gorge gangréneux , avec l’angine diphthériîique ! quand nous pensons qu’il était en effet très difficile, pour ne pas dire impossible, aux praticiens qui ont observé les croups et les angines dont il s’agit, de ne pas confondre ce qui n’est au fond que la même maladie, reproduite sous diverses nuances et en différents lieux. D’un autre côté, n’estil pas évident que c’est le mot magique spécialité, qui, n^is à côté de la diphthérite , force ]\î. Bretonneau à isoler celle-ci et à créer d’autres espèces d’angine pour les cas non breux qui se trouvent en opposition avec elle ? De là , ces angines slriduleuse,

membraneuse ou polypeuse qui simulent la diphthérîte des voies aérifères;de là, ces angines scarlatineu e ^ couenneuse commune, tonsillaire, couenneuse mercurielle , qui simulent la diphthérite pharyngienne , et qui prouvent que le médecin de Tours u’est pas heureux dans la création d’une entité pathologique que tant d’autres maladies simulent tour à tour, et qu’on peut même produire à volonté par un gaz irritant, puisque le professeur Chaussier et M. Palloni ont vu l’inspiration du chlore produire , dans la trachée-artère, les narines et la conjonctive , des fausses membranes tout-à-fait analogues à celles du croup. Quelque bien disposé qu’on puisse être en faveur de la diphthérite, on est toujours porté à se demander d’où vient que telle ou telle autre maladie lui ressemble parfaitement? N’est-ce pas parce quelles ont une origine commune , et qu’elles sont identiques par leur nature? Et ces questions, que tout médecin observateur se fait malgré lui , réduisent au néant la spécialité diphthéritique . En effet, il suffit de lire et de méditer attentivement tout ce qu’on a écrit sur l’angine catarrhale , la trachéite , sur le croup , l’asthme aigu , l’angine couenneuse et la diphthérite , en un mot sur toutes les variétés de croup et d’angine observées jusqu’à ce jour , pour reconnaître que toutes se rapportent à deux espèces d’irritation de la membrane muqueuse qui tapisse les voies pharyngo-œsophagienne et laryngo-trachéale, l’une inflammatoire, qui embrasse les diverses nuances d^angine catarrhale aiguë , de laryngo-trachéite , de bronchite , dont nous nous sommes occupé en traitant des phlegmasies périodiques internes ; l’autre subinflammatoire ou lymphatico-sécrétoire , qui constitue les diverses nuances d’angine muqueuse ou folliculeuse , d’angine couenneuse pharyngienne et laryngo-trachéale ou croupale.

Voyons d’abord ce qui se passe dans les cas où la partie affectée est accessible à nos sens ; nous jugerons mieux ce qui doit avoir lieu alors que l’irritation subinflammatoire survient trop profondément pour que nous puissions la suivre dans son développement. Dans l’angine pharyngo-tonsillaire inflammatoire, comme nous l’avons vu sous le n'' 142 , la membrane muqueuse qui tapisse les parties affectées est uniformément rouge, chaude, gonflée; dans l’angine subinflammatoire , folliculeuse oucouenneuse, cette membrane présente d’abord çà et là un grand nombre de stries ou de points d’un rouge foncé ; quelques uns de ces points sont blancs , bientôt ils le deviennent tous , se réunis-

subinflammatoires internes. 541

sent par plaques ou par filières blanches, correspondantes à des agglomérations de glandes sécrétoires et à des faisceaux de follicules muqueux , dont la sécrétion et l’exhalation augmentées et modifiées se montrent sous formes de nappes séro-albumineuses ou de taches blanches et grisâtres , qui se détachent d’abord assez facilement ; de là ces fragments de bandelettes ou de franges étroites et poreuses que présentent les crachats dans les cas où la maladie existe depuis peu de temps , et offre une tendance à se terminer heureusement. Dans le cas contraire , la consistance et la fixité des concrétions albumineuses vont en augmentant à mesure que l’irritation subinflammatoire se prolonge et acquiert de l’intensité ; elles s’étendent en surface , se joignent, et forment une couche solide qui tapisse et se moule à la surface des piliers du voile du palais , des amygdales , des orifices postérieurs des fosses nasales, etc., et qui peut gagner la muqueuse laryngo-trachéale. En effet , il arrive souvent que la subinflammation ou l’irritation sécrétoire commence par le pharynx ou les amygdales , dans les cas où elle doit se propager dans le larynx et la trachée pour constituer l’angine couenneuse ouïe croup. Ce n’est pas de sa nature subinflammatoire que provient le danger de celte affection , mais principalement de la disposition des conduits où elle a lieu , et de l’importance de leurs fonctions; car le même danger existe dans certains cas d’asthme aigu ou de laryngo-bronchite dans lesquels il n’y a point de sécrétion muqueuse et albumineuse. C’est alors le boursouflement inflammatoire de la muqueuse , et parfois le spasme ou la contraction des muscles du larynx , qui tendent à obstruer ou à clore plus ou moins rapidement ces conduits indispensables à la vie. D’ailleurs, toute la membrane muqueuse des fosses nasales , de la bouche, de l’œsophage, et même de l’estomac, serait atteinte de subinflammation ou d’irritation sécrétoire, toute la surface pourrait être recouverte de plaques albumineuses, ou d’une pellicule couenneuse, sans qu’il en résultât aucun danger pour la vie des malades; ces produits muqueux et membraneux seraient peu à peu détachés et expulsés par l’éternument, par des efforts d’expectoration et de vomissement, et le dégorgement local opéré par cette sécrétion surabondante amènerait la solution de l’irritation , comme le fait une hémorrhagie dans le début , et la suppuration vers la fin d’une inflammation.

Dans le cas même où l’irritation se montre de prime abord

SOUS forme exhalante ou sécrétoire, nous avons vu que le système capillaire rouge prenait également dans le principe une part plus ou moins sensible à l’irritation des vaisseaux blancs, tout comme celle-ci prend parta toute espèce de phlegmasie; car toutes les irritations ont entre elles une sorte de liaison et d’enchaînement qui les rapproche, de la même manière que tout se lie et s’enchaîne dans les fonctions de l’économie. Gela n’empêche pas que chaque espèce d’irritation puisse se montrer de prime abord avec les caractères qui lui sont propres, et sous des couleurs assez tranchées pour quelle soit reconnue. Elles peuvent égalementÿe succéder les unes aux autres. Une irritation hémorrhagique peut être suivie d’une irritation inflammatoire , tout comme celle-ci peut précéder une irritation subinflammaloire. Cette dernière circonstance est une de celles qui se rencontrent le plus souvent, parce que les dispositions individuelles et les conditions atmosphériques qui la favorisent ne sont pas rares; c’est ainsi qu’une simple angine tonsillaire inflammatoire , dans une saison froide, et chez un enfant de deux ou trois ans, disposé à la toux, à l’enrouement , peut facilement dégénérer en subinflammation couenneuse ou croupale ; un catarrhe pulmonaire aigu, chez une personne âgée ou d’une constitution lymphatique, s’il n’est pas traité convenablement dans le principe , peut facilement dégénérer en catarrhe folliculeux ou sécrétoire, surtout dans un temps froid et humide. L’irritation de la muqueuse pulmonaire peut aussi se présenter de prime abord sous forme subinflammatoire , comme dans certains cas de fièvre muqueuse , de catarrhe pulmonaire chronique , qui ne sont guère remarquables que par une sécrétion très abondante de mucosités ; ce travail subinflammatoire peut, à certaines époques , être précédé ou accompagné de frissonnement, de toux, de difficulté de respirer, d’agitation, de fréquence du pouls, de lassitude et de malaise général , qui constituent de véritables accès, suivis d’une expectoration plus ou moins abondante ; il n’y a de symptômes locaux qu’un sentiment de gêne et d’embarras dans la poitrine ; la respiration est languissante , un peu râleuse , surtout pendant la nuit. Les accès ou redoublements dont il s’agit reviennent particulièrement vers le soir; ils sont quelquefois caractérisés par des quintes de toux avec frisson dans le dos , sentiment de faiblesse et de fatigue dans les membres , crachement abondant de matières muqueuses , plus ou moins épaisses, blanches ou jaunâtres; le pouls est en

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général peu fréquent, mou, dépressible; lapeau sèche et aride, comme dans l’observation sous le n» 3i0.

Tout ce que nous avons dit de l’irritation intermittente et rémittente subinflammatoire de la membrane muqueuse pharyngienne, laryngo-trachéale et pulmonaire, s’applique également à la muqueuse gastro-intestinale, dans plusieurs cas de fièvre muqueuse , d’embarras gastrique et intestinal, de lienterie , de diarrhée , etc. Les phénomènes locaux sont également très peu sensibles; ils se bornent à un sentiment de gène, de pesanteur, d’embarras ; il n’y a pas de douleur , ou si l’on parvient à en dé^ terminer , ce n’est qu’à l’aide d’une forte pression. L’abdomen est mou , plutôt volumineux et arrondi , qu’étroit et aplati ; il y a souvent des borborygmes , parfois une espèce de roulement autour de l’ombilic et des coliques venteuses. Ce qu’il y a de plus remarquable, c’est la sécrétion surabondante de matières muqueuses, glaireuses, séro-albumineuses , blanches, jaunes ou verdâtres ; des selles plus ou moins abondantes se succèdent à des intervalles plus ou moins rapprochés, sans douleur et sans chaleur ; il n’y a pas même des épreintes bien sensibles; la peau est sèche sans être brûlante; il n’y a que peu ou point d’influences sympathiques sur le cœur et les poumons; les sympathies cérébro spinales ne se manifestent guère que par un sommeil agité , des rêvasseries plus ou moins fréquentes et pénibles ; un sentiment de fatigue , de lassitude et de malaise général ; les urines épaisses , peu abondantes , et d’unecouleur variée, déposent un sédiment briqueté.

C’est ordinairement dans l’extrémité inférieure des intestins grêles, surtout depuis le milieu du jéjunum jusqu’à la fin de l’iléon , que se fixe de préférence l’irritation subinflammatoire ; parce que c’est là que la muqueuse digestive, par le grand nombre et le volume de ses glandes et de ses follicules, est I e plus disposé à l’espèce d’irritation dont il s’agit. Les lésions organiques qu’on trouve sur la membrane muqueuse consistent en des taches plus ou moins étroites et isolées les unes des autres, de couleur grisâtre ou violette ; les follicules muqueux sont gorgés de mucosité demi-concrète, ordinairement transparente; ils se présentent sous forme de granulations dont le volume varie depuis un grain de chènevis jusqu’à un noyau de cerise; ils sont tantôt durs, tantôt mous; à mesure que ces follicules augmentent de volume et se rapprochent les uns des autres, ils forment des

plaques blanches et fongueuses , élevées d’une ou deux lignes à la surface de l’intestin. Ce qu’il y a encore de constant et de remarquable dans les lésions pathologiques dont il s’agit, c’est l’engorgement des ganglions correspondants du mésentère , tout le long delà portion d’intestin qui se trouve affectée d’irritation subinflammatoire. Cette circonstance est remarquable , parce qu’elle semble former un des caractères distinctifs de la subinflammation , quel que soit son siège sur telle ou telle membrane muqueuse. C’est ainsi que dans l’angine couenneuse pharyngienne et laryngo-trachéale , il survient assez promptement un engorgement plus ou moins considérable des glandes sublinguales et sous-maxillaires ; dans l’angine catarrhale ou pulmonaire, on trouve cet engorgement dans la plupart des ganglions qui accompagnent les divisions des bronches et des principaux vaisseaux qui pénètrent dans le poumon. Les tubercules euxmêmes , dont on fait tant de bruit, ne sont autre chose que le produit de la subinflammation dont il s’agit. On sait également avec quelle promptitude s’engorgent les ganglions de l’aine dans les blennorrhées.

C’est ordinairement à la suite des phénomènes décrits sous les noms de fièvres rémittentes muqueuses ou pituiteuses , de fièvres putrides et entéro-mésentériques, de diarrhées épidémiques, qu’on rencontre les altérations organiques dont nous venons de parler ; mais il arrive souvent que les glandes et les follicules muqueux ne sont point aussi généralement et aussi profondément affectés que dans ces dernières circonstances; il n’est pas rare que leur irritation se borne à un léger gonflement , à un surcroît d’exhalation semblable à celui occasionné par un purgatif ; dans ce cas , les phénomènes sympathiques ou fébriles sont peu ou point sensibles. Il suffit d’une impression morale vive , de Faction subite d’un froid humide , pour produire , chez quelques personnes , l’effet dont il s’agit. Si ces mêmes causes viennent à agir peu de temps après le repas , il peut en résulter le trouble ou la suspension des fonctions digestives , qui constitue la lienterie. Quand c’est à la suite d’une impression de froid que la diarrhée et la lienterie se manifestent, alors la suppression de l’exhalation cutanée se joint à l’irritation causée par les aliments non digérés pour exciter les follicules muqueux et faire prédominer Faction du système lymphatico-sécrétoire et ganglionnaire. Tous les effets dont nous venons de parler sont plus

SÜBINFLAMMATOIRES INTERNES.

prompts et plus marques chez les jeunes gens que chez les vieillards , surtout chez les individus de vingt à trente-cinq ans, d’un tempérament lymphatique ou lymphatico-sanguin.

Il peut arriver aussi, chez les individus dont le système hépatique est très irritable et qui ont éprouvé des affections morales vives et profondes , que la stimulation se fasse particulièrement sentir aux vaisseaux sécréteurs de la bile ; alors il en résulte un ictère. Dans ce cas, l’irritation semble portée à la fois sur les vaisseaux sécréteurs et absorbants du système biliaire , car la bile est non seulement sécrétée en plus grande quantité qu’à l’ordinaire , mais elle est encore promptement absorbée et répandue partout dans les solides comme dans les fluides , jusque dans les humeurs de l’œil , dans la pulpe cérébrale et les os. Les fluides même sécrétés par les autres glandes éprouvent une teinte et des modifications particulières; delà vient que le lait d’une nourrice ictérique purge son nourrisson, d’après les observations de Basilewitch, de Sœmmering, etc.

On sait aussi de quelle activité jouit le système absorbant dans l’irritation subinflammatoire de la muqueuse qui tapisse les organes génitaux de l’un et de l’autre sexe , dans certains cas de blennorrhée , de leucorrhée , dans lesquels la transmission de l’irritation se propage avec rapidité, non seulement dans les vaisseaux lymphatiques et les glandes voisines, mais encore dans les endroits les plus éloignés quand ils se trouvent disposés à ce genre d’irritation, comme la membrane muqueuse du pharynx, du voile du palais , de la bouche, etc. Il est facile de concevoir cette grande ressemblance qu’on a de tout temps remarquée entre les ulcères des gencives , les maux de gorge ou les angines syphilitiques , avec les angines couenneuses , puisque c’est absolument la même maladie, produite par des causes différentes. Il en est de même des ulcères scorbutiques de la bouche et des gencives ; c’est toujours l’irritation portée dans les vaisseaux blancs et sécréteurs qui produit cette couche blanche et grisâtre qu’on observe sur les ulcères dont il s’agit ; quelquefois aussi l’absorption est si active qu’il en résulte une sorte d’usure et de déperdition de substance locale; de là cette profondeur qu’acquièrent parfois les ulcères.

Les subinflammations du péritoine , des reins , de la matrice , qui constituent l’ascite , le diabètes , l’hydrométrite , ont cela de commun avec les affections de même genre , .de présenter des

phénomènes locaux et généraux à peine sensibles, si ce n’est dans l’ascite , le gonflement de Tabdomen , et la fluctuation du liquide contenu dans la poche péritonéale; ces affections n’éveillent que peu ou point de sympathies ; à peine si les fonctions cérébrales, respiratoires, digestives et circulatoires se ressentent de leur existence ; celles de la i espiration et de la digesiion ne sont guère dérangées que par la compression mécanique du liquide dans les cas où son accumulation devient considérable. La peau est sèche et décolorée ; le pouls faible et quelquefois plus lent que dans l’état normal; l'influence du cerveau et de la moelle épinière n’est annoncée que par un sentiment de faiblesse, de malaise et de lassitude générale. S'il arrive que des phénomènes sympathiques et fébriles soient très marqués, c’est quand ils se montrent sous forme d’accès précédés de frisson , de bâillements , de dégoût, de vomissements , de soif, d’anxiété et autres symptômes qui indiquent l’affection simultanée de la muqueuse digestive.

Mais, en général, le développement insensible, la marche pour ainsi dire latente et l’absence de phénomènes généraux ou sympathiques ont été cause que plusieurs auteurs n’ont vu dans les affections dont il s’agit que des hydropisies passives , des maladies asthéniques, produites par la faiblesse, le relâchement des tissus , la sérosité ou la pauvreté du sang. II est vrai qu’aujourd’hui le nombre des partisans des hydropisies passives commence à devenir fort petit , si toutefois il en existe encore. On commence à comprendre que les prétendus obstacles mécaniques au cours des fluides par des obstructions , par certains engorgements glanduleux, etc., n’existent jamais tels qu’on les suppose ; ces engorgements , ces obstructions ne sont le plus souvent eux-mêmes que le résultat de la môme irritation subinflammatoire qui commence à attaquer les organes glanduleux avant de se manifester dans les membranes sereuses; c est ainsi qu’il n’est pas rare que l’hydropleurite, l’hydropéritonite , l’hydrométrite, ne soient précédées du développement de quelques tubercules dans les poumons et dans le mésentère , d’un engorgement dans le foie , la rate , les ovaires. Les femmes , bien plus souvent que les hommes , sont sujettes aux hydropisies dont il s’agit , et c’est ordinairement quand elles sont mal réglées ou quand elles sont arrivées a l’âge critique , que ces maladies se développent, c’est-à-dire dans des circonstances où il s’établit volontiers chez elles une pléthore sanguine ou lymphatique, et

SUBIiNFLAMMATOlRES INTERNES.

par suite des pblegniasies clironîques , des subinflamniations et des hydropisies dont raclivité ne peut être méconnue.

On reproche à la doctrine physiologique de regarder toutes les hydropisies comme sthéniques ou le résultat de l’inflammation , et de ne tenir aucun compte de celles produites par la suspension ou le ralentissement de la circulation veineuse et lymphatique. Il nous semble que ce reproche est établi vaguement et sans motifs plausibles : il sera toujours très difficile de s’entendre tant qu’on se tiendra de part et d’autre dans les extremes, Il nous paraît que les partisans des hydropisies passives ou asthéniques ( s’il y a encore des médecins de bonne foi qui puissent l’être ) ne réfléchissent pas qu’on ne peut sortir de l’irritation sans se jeter dans le vague ou sans sortir des lois qui régissent nécessairement toutes les opérations organiques en maladie comme en santé ; il faudrait supposer qu’un obstacle à la circulation des fluides rouges ou blancs, eût assez de puissance pour faire aussitôt tomber ces fluides dans le domaine des lois physiques, tandis que la mort seule peut anéantir l’empire des lois vitales ou organiques qui contre-balancent ou rendent presque nulle l’action des premières ; et la preuve, c’est qu’il suffit souvent de quelques heures pour dissiper des œdèmes et des hydropisies regardées comme passives : et pourtant Faction qui exhale n’est pas plus asthénique ou passive que l’action qui absorbe ; donc la passivité telle qu’on l’entend est tout-à-fait en dehors des lois physiologiques. Peut-on dire par exemple que l’œdème des extrémités inférieures chez les femmes enceintes soit passif ou asthénique , bien qu’il soit occasionné par la compression des veines iliaques? Tant de praticiens qui chaque jour lui opposent la saignée, ne le pensent pas. Sans doute il y a des cas où la saignée serait nuisible; il y a des femmes pales, étiolées, chez qui les fluides blancs prédominent tellement et dont l’hématose est si peu productive qu’elle fournit juste la quantité de sang nécessaire pour faire battre leur cœur et alimenter leur nutrition. De tels cas sont fort rares, il est vrai; mais, tout comme on admet des pléthores sanguines dans lesquelles le sang semble déborder de toutes parts , de même aussi il peut y avoir des pléthores lymphatiques dans lesquelles le système blanc prédomine à tel pioint qu’il en résulte des fluxions on des engorgements de même nature. Tout comme la prédominance du système sanguin, conduit aux inflammations et aux hémorrhagies , de

même celle du système blanc favorise le développement des subinflammations et des hydropisies; une congestion sanguine locale est produite à volonté par la ligature circulaire d’un membre , chez un individu sanguin ; la même cause ne peut-elle pas produire un engorgement blanc chez une personne d’une constitution lymphatique? S’il existait une plaie antérieure dans ce membre , une hémorrhagie pourrait avoir lieu à la surface de cette plaie dans le premier cas ; dans le second , il en résulterait au contraire une sécrétion ou une exhalation plus ou moins considérable de fluide séreux ou séro-albumineux. Hé bien, peut-on dire qu’il y ait force dans un cas et faiblesse dans l’autre? Hémorrhagie est elle active, et l’exhalation séreuse passive ? On ne le pense pas : il est trop évident qu’il n’y a dans ces deux cas d’autre différence dans le produit de l’irritation occasionnée par la pléthore locale , que celle qui résulte de la disposition locale et de l’idiosyncrasie individuelle. Supposons maintenant une pléthore générale , occasionnée par l’obstacle à la circulation qui résulte parfois de l’hypertrophie du cœur ; qu’arrive-t-il alors ? S’il s’agit d’un homme sanguin , tous les observateurs conviendront qu’il sera d’abord plus exposé à toute espèce de phlegmasie ; il sera disposé aux étourdissements , à la céphalalgie , à de fréquents catarrhes, à la pneumonie , à des appétits voraces, à des constipations opiniâtres ou à diverses nuances de gastrite et de gastro-entérite ; mais ce défaut d’équilibre dans les fonctions organiques , par suite d’un trouble ou d’un obstacle dans la circulation, alors même qu’il ne conduirait pas à des phlegmasies aiguës et bien tranchées, ne laisse pas de nuire à la santé ou à la nutrition générale de l’individu , les principaux éléments du sang ne sont pas tous réparés ou reproduits, et à la pléthore sanguine peut succéder lentement la pléthore lymphatique , de là l’anasarque ou diverses hydropisies qui commencent ordinairement par les pieds, les malléoles, et qui montent ou se rapprochent peu à peu du centre. Tous ces derniers phénomènes, qui n’ont lieu que graduellement chez un individu sanguin , peuvent se manifester de prime abord chez une personne lymphatique : or, l’œdème des jambes, l’hydropisie des bourses, l’ascite, rhydrothorax,qui ne tarderont pas à survenir, peuvent-ils être regardés comme des affections passives? Non, pas plus que chez les premiers , les catarrhes , la pneumonie et parfois l’hémoptysie ne peuvent être taxés d’asthéniques.

S1JBINFLAM3IATOIRES INTERNES. 549

M. Andral ayant ouvert plusieurs individus morts par suite d’hydropisies assez considérables du péritoine et delà plèvre, et n’ayant point trouvé à la surface de ces membranes, ni dans la sérosité abondante qu’elles contenaient, aucuns débris de fausses membranes , aucunes traces évidentes d’inflammation , et tous les autres viscères ne présentant point d’altération remarquable, demande si ce ne sont pas là des hydropisies essentielles et des maladies humorales. Singulière question de la part d’un écrivain aussi distingué I question pourtant qui a fait tellement fortune que notre prudent et habile professeur est obligé lui-même aujourd’hui de modérer le zèle de ceux qui dès lors se sont élancés dans l’antique théorie de l’humorisme... Quoi! l’on accuserait les humeurs quand on les trouve viciées dans leur quantité et leur qualité , sans réfléchir que ces humeurs ne s’étant pas formées toutes seules, on ne peut physiologiquement s’en prendre qu’aux organes qui les produisent dans l’état de santé comme dans l’état de maladie! N’est-ce pas évidemment à ces organes qu’il faut demander compte de la qualité et de la quantité de ces humeurs, et s’ils ne les sécrètent pas dans les conditions requises pour la santé , n’est-ce pas parce qu’ils ont eux*mêmesr éprouvé une modification , une lésion quelconque dans leur organisation? Tant qu’on n’aura pas d’autres faits et d’autres données que celles qu’on a mises en avant pour rentrer dans l’humorisme , nous ne pensons pas qu’on aille bien loin dans cette voie. Pour le moment, nous sommes convaincu que des faits si rares qu’ils font exception à la règle générale, ne peuvent être un motif suffisant pour nous faire sortir de la théorie à la fois si large et si sûre de l’irritation. M. Andral a trop d’esprit pour vouloir créer des maladies générales ou abstraites et indépendantes des organes par ces mots : hydropisies essentielles ; sans doute il ne veut pas nier quelles soient le produit de la subinflammation ou de l’irritation lymphatico-sécrétoire de la plèvre, du péritoine , etc. j et s’il convient de cette irritation , qu’importe qu’il n’ait pas trouvé sur les cadavres dont il s’agit d’autres altérations organiques que le produit de cette irritation ; celle-ci n’est-elle pas suffisante pour affaiblir et tuer peu à peu des malades. Un défaut d’équilibre quelconque dans les fonctions organiques, quand il se prolonge, ne peut-il pas miner peu a peu les forces du malade ? les sources de la vie ne peuvent-elles pas s’épuiser aussi bien par l’activité morbide des vaisseaux sécréteurs

IRRÎTATIOiMS INTER^MITTEISTES

exhalants et absorbants d’une surface plus ou moins étendue, que si cette activité existait dans les capillaires sanguins pour constituer des phlegmasies ou des hémorrhagies?

C’est à cause des faibles données ou du peu de certitude qu’on peut avoir dans quelques circonstances sur le siège et la nature de la lésion locale que des médecins , d’ailleurs très instruits , sont encore portés à admettre des fièvres intermittentes muqueuses et pernicieuses essentielles ; nul doute que si l’on était plus avancé dans la connaissance d’un grand nombre d’affections subinflammatoires des viscères , surtout des organes digestifs et cérébraux , on ne se rendît compte facilement de tous ces phénomènes fébriles, muqueux , ataxiques , putrides, etc., dont l’origine nous échappe quelquefois ou qu’il n’est pas facile de rattacher à des lésions organiques ; mais ces phénomènes généraux ou sympathiques cesseront bientôt d’être considérés comme essentiels ou comme le résultat d’une affection morbide générale du moment qu’on aura scruté leur nature et leur mode de développement par l’analyse physiologique et les recherches anatomicopathologiques. En effet, combien d’engorgements, de collections, d’épanchements de matières diverses , combien d’exhalations morbides de sérosité dans les cavités abdominales, thoraciques et cérébro-spinales, dont on n’est pas encore parvenu à se rendre compte et dont le mode de développement servirait peut-être à expliquer bien des phénomènes insolites, fébriles ou sympathiques, qui ne semblent se rattachera aucune lésion matérielle ! Il ne faut pas se dissimuler que la connaissance des maladies du système lym.phatico-exhalant , sécréteur et absorbant, est bien peu avancée dans les viscères proportionnellement au rôle important qu’il y joue dans l’exhalation, l’absorption, la sécrétion d’un grand nombre de fiuides , dans leurs déplacements fréquents et leurs combinaisons diverses, dans le flux et le reflux du sang et des humeurs de la périphérie au centre et

mouvements de composition et de décomposition qui s’opèrent sans cesse au dedans de nous, etc. Combien de fois n’arrive-t-il pas que , faute de connaître une opération simple et naturelle, ou de réfléchir au mécanisme d'une sécrétion inaccoutumée, d’un épanchement insolite , on perd la trace qui conduirait à l’origine et expliquerait le développcm.ent de tels ou tels phénomènes morbides , regardés comme essentiels ! Combien de cas où l’on’

SUBINFLA.MMATOIRE3 INTERNES. 55 1

reconnaît des chan^^cmenls dans la quamité et la nature des humeurs , sans songer que ces changements n’ont pu survenir spontanément et sans qu’il se soit établi des points d’irritation dans les organes chargés de sécréter, d’élaborer ces humeurs , de leur imprimer des qualités et une direction bonnes ou mauvaises, utiles ou nuisibles à l’entretien de la vie ! N’est-il pas reconnu aujourd’hui que tout changement survenu dans la qualité et la quantité de nos humeurs et de nos fluides divers , en suppose un autre dans les solides ou dans les vaisseaux chargés de les fournir dans l’état normal ? Et n’est-ce pas par suite de la modification plus ou moins sensible qu’ils ont éprouvée , que ces organes en font subir une autre plus ou moins remarquable aux fluides qu’ils sont chargés de sécréter ou d’exhaler ?

Î1 est d’observation que les irritations subinflammatoires internes peuvent se remplacer réciproquement, quel que soit leur siège, sur des membranes muqueuses ou des membranes séreuses, sur des glandes , etc. ; elles peuvent alterner avec des affections de même nature ayant leur siège à l’extérieur du corps; ou bien celles-ci peuvent remplacer celles-là. C’est ainsi que la diarrhée intermittente quarte , sous le n® 354, fut remplacée par l’anasarque ou l’hydroleucite des pieds et des jambes. Ces irritations peuvent aussi passer d’une cavité dans une autre, puis d’une membrane muqueuse à une membrane séreuse, et vice versâ. M. Coindet ( Mémoire cité ) rapporte qu’il a vu, sur un enfant âgé d’une année , la conversion du croup en une hydrocéphale; celle-ci se termina par la mort du jeune malade. On voit sous le n® 330 une affection hydrornéningite qui succéda à des ophthalmies et à des exanthèmes cutanés ; sous les nos 331 ^ 332 et 333 , des hydrocéphales qui se déclarent, l’une à la suite d’une suppression purulente de l’oreille droite , et l’autre par la brusque disparition d’une tumeur lymphatique du cou ; la troisième à la suite de la coqueluche. Nous voyons aussi sous le m 356 des diarrhées périodiques qui alternent avec des fleurs blanches et des sueurs anormales à la plante des pieds, àl. Andral rapporte plusieurs observations qui confirment ces sortes de déplacement de l’irritation lymphatico-sécrétoirc interne ; nous citerons entre autres l’exemple d’une bronchorrhée qui fit disparaître très rapidement un hydrothorax, l’exemple d’une diairhée qui dissipa delà même manière ou remplaça une hydropéi itoniie ou ascite. Le déplacement de l’irritation sécrétoire a lieu très souvent aussi d’une

membrane séreuse à l’autre . M. Andral a vu la disparition d’une ascite qui fut remplacée par une hydroménin(Tite promptement suivie de la mort du malade. Au reste > cette loi de déplacement par une espèce de mouvement critique, que nous trouvons dans l’histoire des subinflammaiions périodiques internes, a déjà été signalée dans celle des phlegmasies et des irritations hémorrhagiques internes et externes. Nous avons vu que c’est presque toujours entre les irritations de même nature que cette espèce de migration a lieu. C’est une loi dont la connaissance est d’autant plus importante qu’elle peut quelquefois fournir des indications thérapeutiques très utiles, et, dans tous les cas, elle doit rendre le praticien attentif à prévenir des déplacements aussi funestes que le premier et le dernier faits dont nous venons de parler.

Les irritations subinflammatoires des viscères peuvent se présenter sous tous les types de rémittence et d’intermittence dont nous avons parlé ; elles n’ont guère de types d’élection ou qu’elles choisissent le plus ordinairement. Elles peuvent se présenter dans toutes les saisons , chez tous les âges , tous les tempéraments et sous toutes les constitutions atmosphériques ; mais elles sont plus fréquentes dans les lieux et les temps froids et humides, surtout en automne et à l’entrée de hiver. Elles attaquent aussi de préférence les individus d’un tempérament lymphatique , d’une constitution délabrée, particulièrement les femmes et les enfants.

Le pronostic de ces affections n’estpoint en général très fâcheux ; mais il varie beaucoup suivant les organes quelles attaquent, suivant l’époque à laquelle on est appelé pour les traiter , suivant qu’ elles ont déterminé des altérations organiques plus ou moins profondes , suivant qu’ elles sont plus ou moins accessibles à nos moyens thérapeutiques. Entre toutes les subinflammations des membranes muqueuses et séreuses , le croup , l’hydroméningite et l’hydrorachis , sont les plus graves , soit en raison de la place qu’elles occupent ou de l’importance des fonctions dont elles amènent le trouble et la suspension , soit par l’obscurité des signes qui servent aies caractérisera une époque où il faudrait un diagnostic aussi rapide que sûr pour employer avec la méthode et la vigueur convenables les moyens thérapeutiques , soit en raison de la rapidité des accidents , qui laisse à l’art trop peu de temps pour agir, surtout si l’on n’est pas appelé dès le début de ces terribles maladies.

Causes, — Ce que nous venons de dire explique pourquoi nous

SUBINFLAMMATOIRES INTERNES.

ne pouvons faire qu’une énumération générale et très incomplète des causes productrices, et surtout des causes prochaines ou efficientes des subinflammations périodiques internes. Ces causes sont d’ailleurs à peu près les mêmes que celles indiquées pour les subinflammations intermittentes externes , et toutes celles qui déterminent des affections analogues sous le type continu ; les principales sont : un tempérament lymphatique ou lymphaticosanguin , l’enfance, la vieillesse, certaines variations atmosphériques , qui se rencontrent surtout dans les transitions de l’hiver au printemps et de l’automne à l’hiver; le retour spontané de certains courants d’air , plus ou moins rapides et froids ; la suppression d’une humeur purulente des oreilles , comme sous le II® 331 , ou d’un flux habituel quelconque; la répercussion rapide de la transpiration cutanée ou de quelques affections lymphatico-sanguines et sécrétoires , comme la gale, les dartres , la teigne, ou lymphatico-exhalant , comme l’œdème, l’anasarque, î’hydrocèle, les sueurs abondantes et fétides de la plante des pieds , des aisselles , qui ont lieu chez quelques personnes , etc., la disparition brusque d’une tumeur lymphatique externe , comme sous le n° 3 32; puis l’habitation dans des lieux chauds et humides, froids et humides, au milieu des effluves marécageux ou d’un air vicié quelconque; la proximité des rivières, des lacs , et de tout ce qui entretient une humidité habituelle ; l’usage d’aliments et de boissons de mauvaise qualité,da diète végétale prolongée et la privation du vin ; l’abus des plaisirs vénériens , des purgatifs , des mercuriaux , etc. ; l’usage immodéré de certaines boissons , comme le thé , la bière , le cidre ; les grandes fatigues du corps et de l’esprit , les affections morales tristes ; quelquefois une violence extérieure , une forte commotion , certains obstacles au cours des humeurs, etc.

Il n’y a pas plus de causes spéciales pour la subinflammation qu’il n’y en a pour l’inflammation; c’est principalement de la disposition des individus dont il faut tenir compte; car tous les mé^ decins savent qu’il y a des personnes tellement organisées que les causes les plus stimulantes , celles mêmes qui , chez le plus grand nombre, produisent constamment des inflammations, chez elles , ne développent jamais que des irritations sécrétoires et lymphatiques ; c’est-à-dire que l’affection d’un organe donné, birritation de la conjonctive par exemple, au lieu d’offrir les I symptômes inflammatoires qui caractérisent habituellement I. 24

IKRITÀTIO.NS IXi î.l.M i 1 Tr.Ml'.S

l’ophllialmie , sera surtout rciuai qüuLlo pae ijiîc sécrétion très abondante de mucosités, par un Oii-;oiMeiiieut. indolent et lymphatique des paupières, par ractivité des glandes lacrymales et sébacées dont le produit plus épais , plus abondant , plus glutineux , attache en quelque sorte les paupières Tune à l’auire., rend les yeux chassieux, très sensibles à la lumière et impropres à remplir leurs fonctions, et constitue ce que des médecins appellent une ophihalmorrhée. Ce que nous disons de l’œil peut être appliqué à tout autre organe affecté de la même manière. Une des causes les plus spéciales qu’on connaisse , celle de l’action mercurielle , est bien loin d’être constamment la même chez tous les individus : chez l'un , son usage produit une sali> ation et une subinflammation couenneuse assez prompte de la muqueuse buccale et pharyngienne; chez un autre , il en résulte une irritation inflammatoire de la muqueuse digestive , une espèce d’empoisonnement ou de superpurgaiion , etc.

Symptômes, — Nous ne pourrions point ici exposer en détail les symptômes qui caractérisent chaque espèce d’irritation subinflammatoire ou lymphatico-sécrétoire. Ces symptômes sont absolument les mêmes que ceux qui caractérisent ces affections' lorsqu’elles sont continues. Ils présentent beaucoup de différence suivant les organes qui se trouvent affectés , suivant les causes qui ont agi , suivant 1 âge, le sexe, le tempérament des malades, la constitution atmosphérique, etc.; ils ne peuvent être exposés d’une manière générale. Les faits que nous avons recueillis, joints aux considérations générales que nous v( nous d’exposer , suppléeront aux descriptions particulières dans lesquelles nous ne pourriojs entrer sans nous exposer à beaucoup de répétitions. D’ailleurs , saisir les principaux traits sous lesquels se pi éventent ordinairement les subinflammations périodiques , éclairer leur diagnostic en faisant ressortir leurs caractères communs, et ceux qui sont relatifs aux principales affections dont il s’agit , telle était la seule tâche utile que nous avions à remplir. Quel que soit son siège dans les membranes muqueuses , dans les membranes séreuses et dans les viscères parenchymateux , il est certain que la s,ubinflammation exerce de^ influences sympathiques en général peu étendues et peu marquées ; les principales semblent avoir lieu sur le système nerveux de la moelle épinière pour, produire un sentiment de lassitude , de courbature et.de faiblesse générale ; de leur influence sur le cerveau ne résulte que peu gu point

su B 1 N FL A M ai A TO 1 R ES INTERNES.

de douleur , mais seulement une espèce de gène, de pesanteur eide conslriction locale; puis une tendance à la tristesse, à la mélancolie, une sorte d’exaltation , et plus souvent d’hébétude de stupeur ou[d'engourdissemenl du moi rd, un s( n n eü rgiié par des rêves ou des songes pénibles ; le pouls est en général peu fréquent, quelquefois dur et séné, [lus .‘ouvent fail le cl facile à déprimer. Les fonctions respiratoires et d-geslives re sont guère troublées que dans les irritations subirdiammatoires qui atiacucnt les membranes muqueuses des voies aériennes et digestives; il y a même des diarrhées périodiques qui n’( mptehent pas la digestion de s’opérer comme dans l’état de santé, cependant les fonctions digestives sont celles qui sont le [)Ius souvent dérangées par l’influence sympathique de l'irritation sécrétoire interne, et avant de provoquer des symptômes fe biües e t nerveux presque toujours elle commence par développer des phenem.cnes gastriques plus ou moins sensibles. Une des fonctions qui sont le plus souvent troublées sympathiquement, c’est l’exhalation delà peau, qui est presc[ue toujours sèche , pâle , écailleuse , sujette à des sueurs froides et partielles. La sécrétion des urines est aussi plus ou moins troublée ou suspendue, suivant l’abondance des exhalations muqueuse ou séreuse qui sont le produit de la subinflammation viscérale. Les urines sont souvent épaisses, nmges et briquetées. La fièvre, quand elle existe, est presque toujours modérée et sujette à des accès ou redoublements dont la fréquence et la durée n’ont rien de fixe. Le frisson qui les précède n’est point vif et universel ; le plus souvent il est borné aux extrémités, ou paraît comme un sentiment de froid qui se clisse entre cuir et chair sans produire aucun tremblement. La oériodicité des accès ou redoublements est en général assez marquée ; le type quotidien et double tierce est celui qu’elle adopte de préférence; il n’est pas rare aussi quelle présente le type quarte. Ces mouvements fébriles se montrent presque toujours vers le soir, et sont souvent accompagnés de douleurs plus ou moins sensibles dans le dos , les reins , les articulations. Le système lymphatico-ganglionnaire , pl^ace a la surface du corps, manifeste sou\ent un surcroît d action par des salivations copieuses, des engorgements glanduleux du cou , des aisselles ou des aines , dont quelques uns vont quelquefois jusqu’à la suppuration. Enfin, de 1 irritation locale, primitive et principale , résulte une supei*séerétion ou une exhafettonplus ou moins considérable de fluides,

iFiRITATIO^NS INTERMITTEÎNTES

dont la quantité, la couleur, la consistance, varient selon que l’or^jane affecté est une glande, comme dans le ptyalisme , l’ictère, le diabètes ; ou une membrane séreuse , comme dans l’hydroméiiingiie, l’hydropleurite , l’hydropéritonite ; ou une membrane muqueuse, comtre d<ms la bronchorrhée, l’entérite folliculeuse, la hmcorrhée , la bli'nnorrhée , etc.

Toutes ces sécrétions et exhalations morbides périodiques peuvent être la suite de l’ inflammation , dans ce sens que l’inflammatu:)îi est une des causes prochaines les plus fréquentes de la subinflarn naiOn. S i! n’est pas rare quecelle-ci se manifeste sans avoir été précédée d’infl.ïmmation , il arrive plus souvent encore qu'elle en soit la suite; mais il y a, dans ce dernier cas, cette différence essentielle, que la supersécrétion ou l’exhalation morbide attend pour se manifester que les symptômes de l’inflammalion soient arrivés tà hur déclin , tandis que cette supersécrétion se manifeste de prime abord dans la subinflammalion dont elle constitue le principal caractère. Les choses se passent ainsi quels que soient le siège et h' produit de l’irritation lymphaiico-sécrétoire ou exhalante ; quelle que soit la nature séreuse, muqueuse , séro-albumineuse du [vroduit subinflammatoire. Ce produit est sou‘ ent semblable , quel que soit le tissu affecté, et quelle que soit la cause de la siibinflamrnation : on voit des membranes séreuses subenflammées fournir une sécrétion séro-albumineuse, susceptible de se coag der et de former une couenne ou pellicule tout-à-fait semblable à celle de quelques angines, surtout quand les parties les plus fluides sont rapidement enlevées par l’absorption. Si la forme couenneuse ou membraneuse est si fréquente sur la muqueuse pharyngienne et laryngo-trachéale, cela provient à la fois de la prompte évaporation des fluides sécrétés et de leur condensation par les courants d’air alternativement chauds et froids qu’entretient l’acte respiratoire, de la même manière que se trouvent promptement coagulées et desséchées à l’extérieur du corps les sécrétions morbides qui constituent les dartres elles teignes. Dans la membrane muqueuse gastro-intestinale , le produit de l’irritation sécrétoire et folliculeuse ne se transforme presque jamais en croûtes et en membrane , parce qu’il conserve la même température , parce qu’il est sans cesse abreuvé de fluides divers, et qu’il n'est point soumis aux dernières causes de condensation dont nous venons de parler. Il ne faut pas confondre le produit couenneux ou membraneux de la subinflammation

SDBiNFLAMMATOIRES INTERNES.

avec les escarres couenneuses occasionnées par le contact de certains acides , de l’acide hydrocliloi iqne par exemple , ou de l’ingestion de substances caustiques quelconques dans les cas d’empoisonnement ; ces escarres sont le résultat de la mortification de la couche épidermoïque de la muqueuse digestive, et non le produit d’une humeur sécrétée et coaguh'e. 11 y a cependant des médicaments qui, portant une action directe sur le système lymphatico-exhalant, donnent lieu à une exhalation qui se transforme en membrane absolument semblable à celle de l’angine couenneuse et du croup: telle est celle produite par l’inge.^t'on du mercure, par exemple; mais le danger de la supersécrélion et de la couenne mercurielle n’est pas à comparer h celui du croup , parce que l’effet du mercure , presque tou jours 1 orné aux glandes salivaires, à la muqueuse buccale et pharyngienne, ne pénètre que très rarement dans celle qui tapisse le lai ynx et la trachée-artère. Nous ne disons pas jamais, comme M. Bretonneau, parce qu’on peut citer plus d’une phihia'e laryngée, suite d’affection vénérienne et de l’abus du mercure.

. Traitement. — S’il est vrai que dans l’hisioire des maladies en général la partie relative au traitement soit la plus Importante et la plus utile, aucun médecin ne aoutera de l’importance et de l’iitililé de la division des maladies en inflammatoires et en subinflammatoires ou lymphatico-exhalantes. Celte distinction, établie par M. Broussais, et développée seli>n les principes de la doctrine physiologique, est non seulement lumineuse et satisfaisante pour la théorie , mais elle est encore éminemment utile pour Icf pratique , et nul doute qu’on en sente déplus en plus les avantages à mesure qu’on avancera dans rhistoire encore si incomplète des irritations subinflammatoires. Quelle que soit aujourd’hui cette histoire, et en nous arrêtant seulement aux maladies bien connues qui entrent naturellement dans la classe des subinflammalions , la théorie physiologique nous permet déjà de nous rendre compte, à leur égard, de la pratique bonne ou mauvaise, des succès et des insuccès obtenus par telle ou telle méthode de traitement. Les faits ont été et seront à jamais ce qu’il va de positif et d’immuable en médecine, aussi la meilleure théorie sera toujours celle qui deviendra l’expression du plus grand nombre de faits , et qui les embrassera t<>us , ou du moins servira à se rendre compte de tous d’une manière plus ou moins satisfaisante, surtout relativement aux moyens constatés par l’expé-

rience p >ur la (ja3ris')n des malades. Or , il y a beaucoup d*© faits P uh )lo,<^i(piPs , a icieas et modernes , dont ou ne pouvait se rendre co uple convenablem nt , dont ou ne pouvait concevoir h guériso I par les ioniques, les stimulants divers, par une méthode perturbatrice quelconque, sans renouveler les hypothèses à jamais oubliées de i’humorisme , et dont on se rend compte au-* jourd’hui facilement , soit par l’époque de la maladie où l’on a employé ces moyens, soit par sa nature subiiiflammatoire. En effet, comliien de prétendues fièvres essentielles hydrocépha'liques , putrides , catarrhales, muqueuses ou pituiteuses, mésentériques ; combien de toux épidémiques, d’an^fines jpangréneuses, mali"oes ou couennenses ; combien de diarrhées, d’hydropisies, de leucorrhées , d'ictères, de blennorrhées , etc., se trouvent dans le cas dont il s’a^^itl

L exce'Ient I raité des phlegmasies chroniques avait déjà prouvjé qu’iit'e p!dograisie,quelqueancienne, quelque latente qu’elle fût, tant qii'c-’lle conserve ses caractères inflammatoires , devait être poursuivie avec persévérance et méthode parle traitement antiphlogistique ; il avait prouvé que s’il arrivait parfois qu’une inflammation pût suppo! U i‘ plus facilement, en raison de sa chronicité , l’action de certains stuT^ulants , que, s’il y avait quelques

succès rares et hasardeux à cet égard, ce ii’éiaîl pas une raison

siiinsante pour le médecin prudent d’y avoir recuurs. Mais à côté de ces principes, rendus à jamais certains et immuables par l’expérience de tous les temps , d’autres règles thérapeutiques durent être la conséquence de beaucoup d’autres faits également observés par tous les praticiens; ces règles, indiquées d’une manière générale par M. Bi oussais, parurent d’abord en opposition avec les i>récédentes, alors qu’on n’avait point encore réfléchi à la nature différente des affections auxquelles seules on pouvait les appliquer avec sécurité et succès, alors qu’on n’avait point encore reconnu que l’irritation sanguine qui constitue la phlogmasie, pouvait être modifiée à son tour et se transformer en irritation lymphatico-exhalante ou sécrétoire. De telle sorte que la lésion des mornes ojgincs qui , dans le principe et dans certains cas, avait été traitée avec succès et exdusivement par les antiphlogisiit^ues , pouvait l'étre plus tard, ou dans d’autres circonstances , avec le même succès , et seulement par une méthode sftimulaaie et perturbatrice. Nous avons yn d’ailleurs que la sub- 4nflammaiion , alors même qu’elle li’était pas la ‘suite d’une

SXJBINPLAWnvrATOruES INTEimES. 559

phlpfjmasie , et qu’elle commençaft de pritue alaord arec les 'caractères qui lui sont propres, pouvait êirc guérie par la méthode anirphlogislique ; nous avons vu qu’en général roxpérience avaiiprouvé le succès des antiphlogistrques appliqués avec méthode dès le ‘début de la subinflammation , soit parce que Tirritation d(^ capillaires rouges prend toujours quelque part dans le principe à celle des vaisseaux blancs , soit parce qu’en diminuanft la masse du sang, d’où sont tirés tous les divers matériaux des sécrétions et des exhalations morbides, on rend ces dernières moins abondantes et moins dangereuses, principalement dans les cas où tout le danger proxient de leur quantité et deleur densité. C’est ainsi que dans le croup et dans l’hydroméningite , les plus dangereuses de toutes les subinflammations , la saignée générale et surtout les applications locales de sangsues , employées dès le début et avec vigueur , ont éié reconnues les moyens les plus efficaces pourprévenir ou ralentir l’exhalation séreuse et séro-albumineuse qui occasionne la mort des malades. On peut tirer parti de la méthode aniipblogistisque même dans certaines affections catarrhales , regardées comme asthéniques parce qu’elles se présentent chez des personnes âgées, et dans lesquelles la sécrétion muqueuse est si abondante qu’elle nécessite des efforts continuels de toux et d’expectoration qui ébranlent, fatiguent les organes pulmonaires , et affaiblissent -beaucoup les malades ; il faut profiter des premiers moments de gène, d’anxiété, et de constriction ressentie sur le trajet de l’arbre bronchique, pour appliquer des sangsues localement, mais le plus souvent à l’anus , pour diminuer à la fois la quantité du sang , et produire une dérivation toujours avantageuse sur les vaisseaux hémorroïdaux ; les fiictions sèches et humides sur toute la surf. ce du tronc, irritantes sur les extiémités des membres; enfin tous les moyens révulsifs externes particulièrement ceux qui tendcmt à activer l’action delà peau , comme l’usage de la flanede, un exercice modéré et propre à exciter la moiteur, etc., doivent être méthodiquement employées. Enfin, c’est en augmentant l’exhalation cutanée par tous les moyens dont l’expérience a constaté i’efficacité comme les préparations antimoniales , sulfureuses, la poudre de Dower, etc. ; d’autres fois, c’est en portant une stimulation plus ou moins énergique sur la muqueuse digestive , et en remplaçant les boissons adoucissantes par les décoclioni amères, qu'on réussira calmer ou à arrêter celle de la mu-

IRRITATIONS INTERMITTENl'ES

queuse pulmonaire, principalement dans le cas où l’on n’a pas été appelé dans le début , et où la prolongation de la maladie et la faiblesse des individus contre-indiquent l’emploi des émissions sanguines, comme on en voit un exemple sous le n® 340.

Ce que nous disons du catarrhe chronique ou purement muqueux s’applique également à ^tous les cas de diarrhée dans lesquels l’abondance de la sécrétion muqueuse , la fréquence des selles et l’absence des symptômes inflammatoires , indiquent uni) irritation du système lymphatico-ganglionnaire de la muqueuse intestinale. C’est dans des cas pareils qu’on a employé avec succès ripécacuanha pour provoquer dans la partie supérieure du canal digestif une secousse qui semble faire diversion à l’irritation des follicules muqueux de la partie inférieure de ce canal , et particulièrement des intestins grêles ; la décoction blanche et le laudanum liquide de Sydenham, la décoction de quinquina , de gentiane, de cascarille , associée au camphre, à l’opium, ont été quelquefois utiles. Mais aussitôt que la fréquence et la dureté du pouls, la sécheresse de la langue, la chaleur de la peau , l’agi tatioa générale et la constipation , indiquent la recrudescence ou la complication de l’irritation inflammatoire , il ne faut pas hésiter à abandonner tous les stimulants directs pour revenir aux moyens antiphlogistiques, aux cataplasmes, aux fomentations émollientes sur l’abdomen, aux lavements adoucissants et aux sansgues appliquées au fondement. Il y a, dit M. Andral , des cas de flux ou de fièvres muqueuses dans lesquels il ne faut ni affaiblir, ni stimuler, ni tirer du sang, ni donner des toniques, et qui guérissent très bien par les purgatifs. Plus d’un flux muqueux intestinal cède,^ par exemple, tantôt aux astringents, tantôt aux purgatifs amers, à des substances, en un mot, qui semblent surtout agir en substituant une autre modification à la modification actuelle des follicules muqueux. J’ai connaissance d’un cas dans lequel une femme tourmentée de digestions pénibles , avec vomissement presque quotidien de mucosités blanchâtres , qu’elle appelait des glaires, a été guérie par l’usage d’eaux minérales ferrugineuses et de la rhubarbe. Nous voyons dans le fait sous le n® 348 que M. Bonnet administra avec succès l’émétique pour combattre une supersécrétion biliaire, résultat d’une véritable subinflammation du foie ; les exacerbations de celle-ci donnaient lieu à des accès de fièvre dont l’intensité fut diminuée par le même moyen , et qui put dès lors être combattue avec un rare succès par le sulfate de quinine.

SÜBÎTÏFLAMMA-TOIRES INTERXES.

On sait de qiielleyogue jouissent depuis lon(y-temps les préparations mercurielles conlre plusieurs affections morbides qualifiées dLQmaladies virulentes , de phlegmasies spéciales. Cesrew.èdes euxmêmes en ont obtenu le titre de spécifiques ; or , n’est-il pas vrai qne toute la spécialité de ces maladies consiste dans le choix que fait l’irritation du système lymphatico-gan^ylionnnire de préférence au système sanguin? Quant aux remèdes spécifiques, n’estil pas vrai encore que tout ce qu’il y a de merveilleux dans ce mot se borne aujourd’hui à reconnaître leur action plus marquée sur le système blanc, sécréteur et exhalant? Il en est de même de la plupart des stimulants diffusibles connus sous les noms de sudorifiques, d’apéritifs, de diurétiques, etc Les diverses préparations d’iode, qui sont devenues un moyen thérapeutique si précieux etqii'on associe encore avec avantage auxmercuriaux dans h* trai tementdes affections scrofuleuses et siph liiiques; tous ces mi^yens n’ont plus ùeu de spécifique, selon l’acception de ce mot, que d’être des contre-stimulants du système lymphatique, d’être à l’égard des subinflammations ce que sont les antiphlogistiques à l’égard des inflammations. Les saignées, les sang-^ues, désemplissent les vaisseaux sanguins , comme les stimulants diffus’bles , en augmentant l’action du système exhalant sécréteur de la peau , des glandes salivaires et rénales, désemplissent les vaisseaux blancs , et font cesser la pléthore lymphatique ou l’irritation s ;>binfiammatoire; ils font cesser les sécrétions morbides portées , soit sur des membranes séreuses , comme l’arachnoïde , la plèvre, le péritoine, soit sur les membranes muqueuses gastio-inteslinale , jiulmonaire, urétrale et vaginale, en provoquant une stimulation diffusible, une exhalation cutanée générale et plus abondante, ou d’autres sécrétions partielles, qui tendent à ramener l’équilibre en faisant diversion aux irritations subinflammatoires dont il s’agit.

Dans certains cas, c’est en opposant irritation à irritation ou en provoquant une légère irritation inflammatoire (|u’on fait cesser la subinflammation : c’est ce qui arrive quand on pratique des injections stimulantes dans le canal de l’urètre, dans le vagin pour certains cas de blennorrhée , de leucorr hée, plus ou moins abondantes et opiniâtres. C’est pour obtenir le même résultat qu’on emploie les gargarismes stimulants et même les applications cathérétiques, comme la poudre d’alun, l’acide hydroclr!ori(|ue , seul ou simplement mêlé avec un peu de miel , sur les ulcérés

I R Kl T A T I OIN’ s 1 N TE R AT I TT F. MRS

s^torbutiquos des gencives, dans lesmauic de gorge gangréneux, et les angines coiienncuses. !^îais l’emploi de ces moyens exige beaucoup de prudence, et ne doit être essayé que dans les cas où les parties affectées sont assez à découvert pour qu’on puisse limiror à elles seules l’action des caustiques, et dans les circon- Sptances Où I on est bien certain que'le système capillaire sanguin lie prend aucune fiart h l'irriiation subinflammatoire, autrement ’on courrait risque d augmenter l’intensité de la ‘lés oa locale et de provoquer la gangrené ou une dégénérescence cancéreuse. D’autres fois les applications peu modérées d'un acide aussi actif que l'hydrocliorique peuvent elles-mêmes provoquer la formation d’une fausse membrane, ou plutôt d’une escarre membraneuse, résultant de la cautérisation de la surface muqueuse sur laquelle on les pratique, l.a quinzième dbservation rapportée par M. P> retonneau en offi-e un exemple remarquable. Les applications d acide hydrocb’oi ique furent mis en usage fréquemment et presque dès l’invasion de la diphthérile. Le malade succomba le sixième jour, et l’autopsie fit voir la tunique villeuse de la langue profonrlément altérée par l’action du topique. Une concrétion ^blanche , membraniforme , répandue sur toute la partie antérieure du voile du palais et des amygdales, était due également à la c lutérisation. Cette concrétion remontait vers l’ouverture gutturale des fosses nasales, où elle avait beaucoup d’épaisseur ; elle ne s’étendait pas du côté du larynx au-delà de l’épiglotte ; mais elle descendait depuis le {ibarynx jusqu’au cardia. M. Bretonneau dit qu’t/ est peu probable que cette concrétion ait été déterminée par l'application de l’acide , parce que chaque cautérisation occasionnait des efforts de vomi semcntl Ces efforts ne semblent-ils pas prouver au contraire que l’effet de la cautérisation était ressenti par l’estomac lui-même ? Quoi qu’il en soit , nous avons vu, parla conclusion que tire le praticien de Tours de ses différents essais sur l’emploi des moyens dont il s’agit contre l’angine couennense , pbaryngienne , tonsillaire et laryngo-traebéate , qu’il y a beaucoup d’incertitude sur lès avantages qu’on peut en retirer. D’ailleurs cette médication locale devient absolument nulle ou impraticable du moment que l’irritation sécrétoire a pénétré dans le larynx et la iracbée-artère: car il n’y a’plus moyen de Faire fiarvenir sur la muqueuse affectée les remèdes stimulants ou cathérétiques sans s’exposer à faire plus de mal que de bien ;’les fumigations d’acide bydrochlorique etles-m'émes ne sont 'pas

sübinflammatoires internes. 563

exemptes de danger, et n’ont guère réussî que dansées ca« où’les malades auraient très bien guéri sans elles.

Quant à la trachéotomie proposée par quelques praticiens , Ü est bien reconnu aujourd’hui qu’un pareil moyen doit être rejeté malgré le fait donné par M. Bretonneau à l’appui de son effieacité; car, dans ce fait même, on n’en voit point la nécessité ; et si le malade a guéri , ne [)eut-on pas dire qu"il a résisté à la fois au danger de sa rraladie et au danger de l’opération dont il s’agitt Nul doute qu’on ne se fasse une fausse idée du croup quand on songe à y remédier par la trachéotomie, car il est bien rare que les malades périssent d’asphyxie seulement par l’occlusion du larynx ; le plus souvent chez les enfants , et l’on peut dire près* que toujours chez les adultes , c’est parce que la subinflammation se répand au loin dans les divisions de Tai bre bronchicpie ; les malades sont alors asphyxiés, non par l’oblitération de l’ouver* ture laryngienne , mais parce que l’air ne peut plus circuler dans les bronches à cause de l'abondance et de la ténacité des mucosités sécrétées tout le long de leur surface interne. Quand la maladie tend à se propager au loin et à atteindre le degré d’intensité dont il s’agit, les ressources de l’art deviennent bien faibles , sinon tout-à-fait nulles. On a proposé l’ipécacuanha pour exciter des efforts de vomissement et des secousses propres à détacher les matières qui obstruent les voies aériennes; mais ce n’est point en général par des moyens mécaniques qu’on peut obtenir cet effet important : il est bien à craindre que les ébranlements et les secousses qui résultent des efforts de vomissement n’augmenterilla fatigue et l’angoisse des malades. Les stimulants révulsifs les j)lus convenables sont ceux qui attirent les humeurs vers un autre point , ou qui , imprimant une forte stimulation à tout le système lymphatico-ganglionnaire, tendent à établir une puissante diversion à l’irritation subinflammatoire ou k l’exhalation morbide partielle qu’il importe d’arrêter ; c’est dans ce sens qu’agissent les vésicatoires , les frictions ammoniacales à la peau , les cataplasmes sinapisés entre les épaules , à la partie interne des bras et des jambes, l’administration des préparations mercurielles et iodatées , soit à l’extérieur do corps en bain et en friction , soit à l’intérieur sous forme liquide et en pilules. Dans ce dernier cas , le calomel a très souvent fixé le choix des praticiens, sans doute parce qu’il porte en même temps une action très marquée surles gros intestins pour provoquer des évacuations

alvines plus ou moins abondantes. M. Jurine, comme on le voit dans les exemples de croup sous les n®* 3^2 et 344, a employé avec succès le tartre stibié. L’utilité des stimulants révulsifs dans l’angine couenneuse laryngo-trachéale, est d’autant mieux indiquée, que c’est moins la couche membraneuse actuellement existante qui fait périr les malades que la reproduction d’une seconde , d’une troisième plus épaisse , plus étendue et plus adhérente à mesure que la première est détachée, ramollie, divisée et expulsée par les efforts répétés de toux et d’expectoration. C’est à empêcher cette reproduction que doivent tendre tous les stimulants diffusibles et dérivatifs à la peau, sur la mu-* queuse intestinale et sur tout le système exhalant et lymphatique en général. Enfin , quand il y a des intermissions ou seulement des rémissions bien sensibles et régulières dans les phénomènes morbides qui constituent l’affection dont il s’agit, il ne faut pas hésiter à administrer le plus promptement possible le quinquina ou le sulfate de quinine pour en prévenir les retours ou les redoublements périodiques.

Tout ce que nous venons de dire pour le traitement du croup s’applique également à celui de rhydroméningite et de la plupart des autres subinflammations des membranes séreuses. Dans l’hydroméningite comme dans le croup, les moyens dont nous venons de parler ne peuvent guère être accompagnés d’améliorations et suivis de succès qu’ autant qu’ils sont dirigés avec méthode, avec énergie , et qu’ autant qu’ils ont été précédés par les moyens antiphlogistiques, employés dès le début des affections dont il s’agit. Quand leur première période a été combattue convenablement par les émissions sanguines et la diète , il est rare que ces affections fassent des progrès rapides et qu’on ne parvienne pas à les enrayer tout-à-fait par les stimulants dérivatifs : c’est ea portant une puissante dérivation sur la muqueuse digestive par l’émétique en lavage que Vieusseux, Laënnec, Jadelot, Capuron, ont réussi à combattre les premiers symptômes de l’hydrocéphaîite et à prévenir un épanchement si souvent mortel. Percival. Bouvier, Formey, Odier, Matthey , ont préconisé le mercure doux à l’intérieur et les vésicatoires à l’extérieur. Nous pensons qu’il faut surtout compter sur les moyens révulsifs externes, parce qu’ils sont sujets à moins d’inconvénients et qu’on 'peut mieux en graduer, en augmenter ou en diminuer l’action, suivant la gravité du mal , l’âge et la susceptibilité des individus : c’est

SUBINFLAMMATOIHES INTERNES.

ainsi que chez ceux qui sont très irritables et chez les enfants , il ne faut jamais négliger d’associer quelques calmants aux révulsifs externes ; il est même très utile de faire camphror tous les vésicatoires qu’on applique à l’extérieur du corps. On se gardera bien surtout de négliger l’emploi du moyen dont Quiu avait déjà retiré de si bons effets pour combattre et prévenir les exacerbations périodiques de l’hydrocéphale, nous voulons parler du quinquina , dont l’administration a obtenu la guérison de l’hydroméningite quotidienne, sous le n” 329. M. Ilippolyte Gloquet a obtenu un égal succès chez une petite fille de quatre ans , près de périr d’une hydrocéphalite, quand ce praticien distingué reconnut la périodicité des redoublements , et prescrivit le quinquina en lavement qui sauva la malade.

Quand l’irritation subinflammatoire est fixée sur le foie et les reins, comme dans les cas d’ictère et de diabète périodiques dont nous rapportons des exemples, les stimulants révulsifs à la peau sont encore les moyens les plus efficaces, à cause de la grande sympathie d’action qui lie cette membrane avec les organes dont il s’agit. On sait que l’activité de leurs fonctions est presque toujours inverse l’une de l’autre, qu’elle peut se suppléer réciproquement; on sait que quand la sécrétion des reins, par exemple, est très abondante, l’exhalation cutanée est presque nulle, et vice versa; aussi les diverses stimulations cutanées par les bains chauds, les bains de vapeur, les frictions sèches et humides , l’usage de la flanelle, des brosses, l’application des ventouses, des sinapismes , des vésicatoires , sont-ils les principaux moyens curatifs, joints à un régime convenable , et suivant les cas, diététique, rafraîchissant ou tonique et stimulant ; il en est de même relativement aux autres moyens : tantôt les bains, les sangsues et la diète; tantôt des aliments restaurants , du bon vird, puis l’eau de chaux , les préparations ferrugineuses , et surtout le quinquina ou le sulfate de quinine dans l’intervalle des accès ictériques et diabétiques toutes les fois que leur périodicité est bien marquée. Les observations sous les n"" 3à9 et 361 prouvent l’efficacité de ce dernier moyen.

Dans les subinflammations fébriles et périodiques qui se présentent sous la forme de fièvre muqueuse, cholérique, putride, entéro-mésentérique , sous la forme d’embarras gastrique ou gastro-intestinal, de flux lientérique, diarrhéique, etc., les moyens appliqués à l’extérieur du corps sont également très utiles , a

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