IRRITATIONS INTERMITTENTES NERVEUSES DES VISCÈRES
Si les travaux auxquels se livrent sans cesse M. Broussais et les médecins physiologistes pour consolider , agrandir , épurer une théorie basée uniquement sur les Faits cliniques et l’anatomie pathologique , ont presque entièrement débrouillé le chaos des fièvres essentielles ; si , portant le flambeau de l’analyse dans les phénomènes si nombreux, si variés, que présente l’ inflammation suivant la nature et le siège des différents tissus qu’elle attaque, on a mieux su distinguer le cri de l’organe malade ou le mode de souffrance qui lui est propre à travers la foule des phénomènes sympathiques qui souvent l’accompagne , le précède ou marche à sa suite, il est un genre de maladies pour lequel on n’est point encore arrivé au môme degré de perfection, sur la nature et le siège desquelles il n y a rien encore de bien positif ,
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rien de bien déterminé ; nous voulons parler des névroses intermittentes ou de la plupart des affections convulsives, comateuses, mentales , etc.
La marche périodique ou intermittente de ces affections ou des maladies connues souslesnoms d’hystérie, d’épilepsie, delétanos, d’hydrophobie ,de chorée, d’hypocondrie, de manie , etc., est depuis long-temps connue etsi bien établie que plusieurs médecins les ont regardées comme le prototype des affections intermittentes en général , et ont pensé que les fièvres intermittentes ellesmêmes, dans un bon cadre nosologique, devaient être placées à côté des névroses périodiques. Loin d’éclairer l’ordre des fièvres en le rapprochant de celui des névroses , on ne fit que l’obscurcir davantage. C’est par l’analyse exacte des phénomènes fébriles , par l’examen attentif de leurs causes , par la perquisition opiniâtre et la connaissance des lésions organiques dont ils étaient le résultat , que la doctrine physiologique est parvenue à localiser presque toutes les fièvres , c’est-à-dire à faire voir qu’elles ne sont que des phénomènes sympathiques de la lésion primitive d’un ou de plusieurs organes.
Mais , si des deux ordres d’affections vitales et de maladies générales appelées névroses , fièvres , ce dernier est déjà sorti du chaos des abstractions et des hypothèses , pourquoi le premier n’en sortirait-il pas également? Pourquoi ne ferait-on pas pour les névroses ce qu’on a si heureusement opéré pour les fièvres? On dit que dans les névroses ( qui sont les maladies vitales par excellence ) il n’y a que perversion ou suspension du sentiment et du mouvement sans lésion locale ! On dit que l’autopsie ne fait point découvrir chez les individus qui y succombent des nerfs altérés dans leur forme, leur volume, leur texture, etc.! Mais pourquoi supposer que les névroses ont exclusivement leur siège dans tels ou tels nerfs ? pourquoi supposer que dans ces maladies quelques nerfs en particulier doivent être lésés ou affectés comme dans les névralgies ? Certes , il ne faut pas confondre celles-ci avec celles-là ; les névralgies ayant leur siège exclusif dans certains cordons nerveux, n’ont point comme les névroses le pouvoir d’exercer des influences sympathiques qui troublent les fonctions cérébro-spinales, de la même manière que les névroses n’ont point en général comme les inflammations la propriété de développer des phénomènes de réaction sur le cœur , l’estomac , les poumons , la peau, etc. On ne peut douter que dans la plupart des
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névroses une partie limitée du système capillaire sanguin ne prenne part à l’affection du système nerveux de tel ou tel organe , tout comnie ce dernier système prend une part plus ou moins marquée aux modifications particulières du système capilliire sanguin , qui constituent les inflammations ; mais , dans celles-ci , l’irritation prédominant dans le système sanguin, doit plus particulièrementinfluencer le cœur, l’estomac, les poumons, etc,, tandis que dans les névroses, l’irritation étant en excès dans le système nerveux , doit sympathiquement troubler les fonctions cérébro-spinales. Voyez une gastro-hépatite, une gastro duodénite chronique , chez un homme sanguin fortement constitué ; les symptômes sont toujours ceux d’une inflammation à différents degrés d’intensité avec une fièvre plus ou moins marquée. Voyez la même affection chez une autre personne d’un tempérament bilieux et nerveux , d’une constitution délicate et très irritable , la lésion du système nerveux de la muqueuse digestive sera prédominante ; il n’y aura pas de fièvre , et, à certains troubles des fonctions digestives se joindront des phénomènes nerveux d’inquiétude, de tristesse, d’amour de la solitude, de défiance ou de frayeur , des irrégularités dans les fonctions intellectuelles; «n un mot , la plupart des symptômes de l’hypocondrie , de la mélancolie, parfois de l’hystérie et delà manie.
Il ne faut donc pas voir dans une névrose l’irritation unique et exclusive du système nerveux , mais un état morbide complexe dans lequel prédomine cette irritation , et auquel prend une part plus ou moins sensible la souffrance des autres systèmes organiques. Mais quel est l’organe , ou quels sont les organes qui sont spécialement le siège de telle ou telle névrose ? C’est là la grande difficulté , dont la solution est fort embarrassante, pour ne pas dire impossible, à l’aide des faits recueillis jusqu’à ce jour. En effet, prenons les principales névroses telles que l’épilepsie , l’hystérie , le tétanos, l’hydrophobie et les diverses nuances d’aliénation mentale ; toutes ces maladies indiquent un trouble manifeste des fonctions cérébrales ou cérébro-spinales ; doit on pour cette raison en placer le siège exclusivement dans le cerveau et la moelle épinière? Non , pas plus que le siège de l’ivresse occasionnée par un excès de vin , que le siège du délire dans un cas d’indigestion ohez une personne nerveuse , pas plus que le siège des convulsions chez des individus affectés de panaris et d’odontalgie. Sans doute c’est bien le cerveau qui est ivre et qui . élire ; c’est bien
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par suite du trouble des fonctions ccn éliro-spinales que les muscles volontaires sont agités de mouvements convulsifs ; mais le cerveau ou le système nerveux cérébro-spinal n’est ici affecté que secondairement ou sympathiquement. Il nous semble qu’il faut . reconnaître le véritable siège d’une maladie quelconque, là où la cause efficiente porte son action , là où se trouve la lésion matérielle d’où partent des influences sympathiques variées et plus ou moins étendues. Tant qu’on s’éloignera de cette règle dans l’investigation du siège et de la nature des maladies , on s’exposera à des erreurs graves, non seulement dans leur diagnostic , mais encore , ce qui est bien plus funeste , dans le traitement qui leur convient.
Sans doute ce serait beaucoup simplifier Thisioire des affec- ' lions convulsives , comateuses, mentales, etc., que d’en placer toujours et exclusivement le siège dans le cerveau , par la raison que leurs principaux symptômes résultent du trouble ou de la suspension des fonctions cérébrales ; mais quand des faits nombreux sont là qui déposent le contraire , il faut bien y avoir égard et réduire à leur juste valeur les opinions exclusives qui sont en - opposition avec eux. En jetant un coup d’œil sur la plupart des opinions émises par les auteurs touchant la nature et le siège de l’hystérie, par exemple, nous voyons qu’elles sont loin de s’accorder ; les uns la regardent comme une affection spasmodique particulière , les autres la placent au rang des névroses , des vésanies; plusieurs la c^msidèrent comme une affection de nature inflammatoire. Kelaiivement à son siège , le plus grand nombre des auteurs le placent dans la matrice ; plusieurs l’établissent exclusivement dans le cerveau ; d’autres le reconnaissent quelquefois dans le canal digestif, le foie, les reins, les parties externes de la génération, etc. Les faits d’anatomie pathologique, en petit nom- , bre il est vrai , parce que l’hystérie est rarement mortelle , prouvent qu’on peut trouver des lésions dans tous ces organes divers , et que par conséquent le siège matériel de cette affection n’est point exclusivement dans tel ou tel organe. Quant à la nature (1) de cette altération ou de la lésion locale primitive, il n’est
(1) « L’ouverture du cadavre de quelques victimes d’un hystérisme opic niâtre (qu’on avait inutilement et peut-être fatalement traitées pendant plusieurs années avec toute espèce de remèdes stimulants et calmants, afin de vaincre les convulsions ), l’ouverture de ces cadavres , dit M. Tommasini, me montra que souvent ces maladies dépendent de quelque profond travail
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pas facile de se prononcer d’après le petit nombre de recherches d’anatomie pathologique faites jusqu’à ce jour. On ne peut pas dire qu’elle soit purement inflammatoire ou le résultat d’une phlegmasie chronique , parce que rien dans les symptômes de l’hystérie n’indique ce genre d’affection, parce qu’au lieu d’agir sympathiquement sur les organes de la circulation, elle porte une influence spéciale sur les centres nerveux cérébro-spinal et ganglionnaire; parce qu’on ne la voit pas se développer chez les femmes qui ont passé l’âge critique, et qui pourtant sont sujettes aux inflammations chroniques, aux affections squirrheuses des organes de la génération, et en particulier de l’utérus ou des ovaires; on sait qu’à cet âge les femmes sont exemptes d’hystérie. Ce fait bien certain prouve du moins que cette maladie tient le plus souvent à l’exaltation, au trouble, à un dérangement quelconque d’une fonction qui cesse avec la faculté d’engendrer, et qui commence avec elles , puisque les exemples d’hystérie observés avant la puberté sont fort rares , s’il en existe. Quel que soit donc le genre d’irritation, simplement nerveuse, ou plutôt nerveuse et inflammatoire de la atrice ou de tout autre organe qui pro\ oque les phénomènes connus sous le nom d’hystérie , il nous suffit de constater qu’une irritation ou qu’une lésion locale existe dans tous les cas d’hystérie. Est-il nécessaire de placer le siège de cette maladie exclusivement dans le cerveau, pour concevoir le trouble des fonctions cérébro-spinales, qui la caractérise? Quel médecin ignore les relations intimes du cerveau et de la matrice? Qui ne connaît la source des convulsions chez les femmes enceintes ? Qui ne sait qu’à la puberté un nouvel clan semble être donné aux fonctions intellectuelles par le développement des organes de la génération? Qui n’est chaque jour témoin des phénomènes nerveux, cérébraux, convulsifs, occasion nés par l’écoulement pénible des règles , par leur retard ou leur suppression? Il nous paraît donc qu’on pourrait placer exclusivement le siège de l’hystérie dans la matrice, avec plus de raisons qu’on n’en a de l’assigner constamment dans le cerveau ; mais nous pensons que ni l’une ni l’autre de ces opinions n’est exacte, et que le siège de l’hystérie est susceptible de varier autant qu’il y a d’organes dont la lésion pri-
d’une infl.immalion sourde , plus ou moins étendue , qui tiraille , comprime, irrite en quelque manière des nerfs très importants par leurs relations sympathiques. » [Clinique de ce professeur ^ Journal hebdomadaire de mé» decine.)
niitive peut donner lieu aux divers phénomènes qui la constituent. Nous rapportons plusieurs observations qui prouvent que les phénomènes hystériques peuvent être occas onnés par la présence des vers dans le canal digestif. Tissot , dans Vépidémie de fièvre bilieuse de Lausanne , a observé plusieurs malades qui présentaient tous les symptômes de l’hystérie vers la deuxième ou troisième période de cette fièvre, c’est-à-dire à une époque où la phlegmasie de la muqueuse digestive était arrivée à un degré plus ou moins élevé. Dans l’observation sous n» 388 , M. Chomel et les savants rapporteurs de l’Institut pensent que les accès d’hystérie furent occasionnés par l’ingestion de la belladone , dont la première action a dû se faire sentir sur l’estomac. On sait d’ailleurs qu’on a rencontré plus d’une fois des symptômes hystériques chez l’homme. Or, dans tous ces cas, on appelle des phénomènes qui ne tiennent point à l’irritation de la matrice. On sait que d'illustres praticiens, tels que Sydenham, Stahl et Hoffmann, ontregardèriiystérie et l’hypocondrie comme une seule et même maladie; cependant, on soupçonnait déjà anciennement que la lésion du canal digestif, du foie et de la rate, jouait un grand rôle dans la production des symptômes hypocondriaques.
De tout ce que nous venons de dire , nous concluons ; 1° que le système nerveux joue un grand rôle dans le développement des phénomènes hystériques , rôle prouvé par la grande variété de ces phénomènes , par leur mobilité qu’il est impossible de circonscrire dans un cercle limité, de renfermer dans des bornes prescrites ; !2o que le groupe de symptômes appelé hystérie , ne constitue point une affection essentielle , une maladie sut generis, existant par elle-même , indépendante de toute lésion organique, et toujours reconnaissable à la même intensité et au même nombre de phénomènes constituants (1); 3o que celte maladie est toujours
(1) Parmi les phénomènes nombreux qu’on rapporte à l’hystérie, on en trouve à peine un petit nombre qui se ressemblent parfaitement. Il n’est point rare que , chez une personne hystérique , des symptômes manquent , qui sont très sensibles dans une autre, qui paraissent dominer et constituer seuls la maladie chez une troisième. S’ensuit-il que pour faire ressortir la différence de tel fait avec tel autre, il faille les séparer, établir entre eux des distinctions pénibles, qui sont si peu dans la nature , qu’il n’est pas donné à deux observateurs de les saisir , alors même qu’ils se trouvent placés dans des circonstances semblables? Ne peut-on pas comprendre que la même cause, la même lésion, puisse produire des effets à différents degrés, et développer un symptôme déplus ou un symptôme de moins, sans qu’on soit autorisé à créer des êtres particuliers , ou des espèces de maladie à part, et
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symptomalique d’une lésion locale ou d’une irritation dont il est le plus souvent possible d’indiquer le siège et la nature , quoiqu’ils soient loin d’être toujours les mêmes, et si bien connus qu’on puisse les indiquer à l’aspect seul des phénomènes auxquels on a donné le nom d’hystérie; 4® que le siège le plus fréquent de la lésion locale ou de l’irritation dont il s’agit, se trouve dans la matrice ou les organes de la génération , assez souvent dans le cerveau, quelquefois dans les organes digestifs et dans d’autres parties du corps ; donc il n’y a pas une maladie particulière, fixe et bien déterminée, qu’on puisse appeler hystérie, mais il existe seulement des phénomènes particuliers, occasionnés par une lésion locale très variable par son siège , sa nature et la forme qu’elle présente aux yeux de l’anatomiste , phénomènes qu’on peut appeler hystériques par la raison qu’ils dépendent souvent d’une irritation de la matrice, mais auxquels il serait bon de chercher un autre nom que celui d'hystérie, puisqu’ils peuvent dépendre d’une affection siégeant ailleurs que dans la matrice.
On peut appliquer à l’épilepsie tout ce que nous venons de dire touchant la nature et le siège de l’hystérie : la plupart des auteurs font l’histoire del’épilepsiesans s’occuper de cette question, la plus importante dans l’investigation des maladies , question dont la solution seule peut autoriser à la ranger dans un cadre nosologique. On peut être étonné de cette lacune dans l'histoire de l’épilepsie , quand on pense que les phénomènes principaux de cette maladie ont été connus et décrits dès la plus haute antiquité ; mais si l’on réfléchit que les symptômes sont loin d’indiquer toujours le siège des maladies , si l’on réfléchit que la
basés uniquement sur ces différents degrés, sur la présence ou l'absence de tel symptôme ? Car que résulte-t-il de cette manière de procéder dans l’établissement et la description des maladies ? c’est qu’un praticien admet telle ou telle variété pathologique qui n’est point admise par l’autre; c’est que l’on trouve dans l’histoire d’une seule maladie assez de symptômes pour en établir plusieurs autres particulières qui ne diffèrent que par le plus ou le moins. On n’a pas songé que ce plus ou ce moins pouvait instantanément y être ajouté ou retranché par une foule de circonstances dont l’influence est ressentie d’un moment à l’autre par les malades. C’est ainsi que le groupe de symptômes appelé hystérie peut tellement varier, qu’en voulant conserver ce type de maladie comme identique et essentiel, on a été obligé de recourir à des complications diverses, à des espèces on variétés sans nombre, pour spécifier tous les autres symptômes un peu saillants qui , par une infinité de circonstances, peuvent s’ajouter au groupe essentiel ^ de là les variétés d’hystérie connues sous les noms d'h^sléries hypocondriaque , syncopale, mélancolique , épileptiforme j hydrophobique ^ etc.
même affection locale peut développer les phénomènes sympathiques les plus disparates, que les mêmes phénomènes peuvent être produits par une infinité de causes agissant sur des organes différents, de telle sorte cependant qu’il en résulte le même groupe de Symptômes pathognomoniques et morbides , on trouvera qu’il n’est point extraordinaire que les auteurs ne se soient point accordés ou aient différé d’opinion touchant le siège de la maladie dont il s’agit. Tissot , par exemple , qui donnait une grande attention aux organes génitaux dans le développement des maladies, ayant observé fréquemment que les causes de l’épilepsie agissaient sur ces organes et quelle dépendait bien souvent de l’excès dans les plaisirs de l’amour et surtout de la masturbation , en a conclu que cette maladie avait son siège habituel dans les organes de la génération. Sennert, Jonston, partageaient cet avis ; de là les noms d'epilepsia genitalis ou uterina du premier, et d'epilepsia ôh utero du second. D’autres écrivains croyaient cette maladie occasionnée par les humeurs , tels qu’Hoffmann , Charles Pison et Bonet ; de là les noms ù'epüepsia humoralis, plethorica , ca~ chectica , scrosa, scorbutica , syphililica , etc. Quelques auteurs modernes, tels que MM. Georget, Bayle etFalret, assignent toujours et exclusiveiTK'nt dans le cerveau le siège de l’épilepsie. D’autres, tels que Bartholin, Médicus, Prost, etc., ont pensé que c’était dans le plexus splanchnique abdominal ou dans les premières voies que résidait le plus souvent la cause de cette maladie. Quelques médecins ont reconnu que l’épilepsie pouvait avoir son siège dans la moelle épinière (1), dans les poumons (2), dans les reins, le foie, la matrice ou à l’extérieur du corps, dans une partie limitée de la surface cutanée des membres supérieurs et inférieurs. Faut-il s’en étonner, puisque tous ces praticiens citent des faits à l’appui de leurs opinions, ou faut-il en conclure
(1) M. Ollivier cite ou rapporte plusieurs observations qui tendent à établir le siège de l’épilepsie dans la moelle épinière et ses membranes ( Traité des maladies de la moelle épinière ^ t. ii 1824.)
(2) M Destrés {Médecine pratique] rapporte un exemple de pneumonie, chez un enfant de douze ans , d’un tempérament nerveux , dont les redoublements inflammatoires, qui avaient lieu chaque soir, développaient de véritables accès épileptiques; riiiflan)mation du poumon était caractérisée par des points de côté , une toux fréquente avec expuition de crachats sanguinolents , peau sèche et chaude , pouls serré , fréquent , etc.
Les mucilagineux , les sangsues appliquées sur le thorax, etc., procurèrent la guérison du petit malade en quinze jours. Avec la pneumonie disparurent les accès épileptiques.
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que ces faits sont faux ou de nulle valeur, parce qu’ils ont été cause des opinions différentes qui ont été émises touchant le siège de l’épilepsie? Nous pensons qu’il faut plutôt s’en prendre à la singularité de la maladie elle-même, ou bien à celte manière inexplicable et si différente d’agir des mêmes causes, suivant la disposition physique et morale des individus , suivant diverses circonstances de lieu , de température , etc. Il faut bien voir les choses telles quelles se présentent dans la nature; et quand des faits refusent de se plier à une théorie exclusive , peut-on raisonnablement en conclure qu’ils sont inexacts ou mal observés?
Pour nous , nous croyons que le siège de l’épilepsie n’est pas plus exclusivement dans le cerveau que celui de l’hystérie dans la matrice ; nous pensons qu’il est plus sage et plus conforme à l’observation de tous les siècles de reconnaître que l’épilepsie n’a point un siège déterminé , fixe ou invariable , et qu’ elle ne constitue point une maladie essentielle. Si l’on ne peut manquer de reconnaître, dans les symptômes qui caractérisent l’épilepsie, un trouble et une suspension des fonctions cérébro-spinales , on ne peut non plus contester que les memes symptômes puissent être occasionnés sympathiquement par la présence des vers dans le canal digestif, par des graviers dans les reins, par un calcul dans la vessie , par l’état de grossesse , par le retard ou la suspension des règles , par la masturbation , et qu’ils ne soient par conséquent le résultat d’une irritation placée dans le cannl digestif, le foie, les reins , la vessie, les organes de la génération ; delà même manière que l’ingestion trop abondante d’une boisson alcoolique peut produire, suivant les individus, un état d’agitation , de stupeur ou de somnolence, une espèce de délire gai ou triste, tranquille ou furieux, qu’on appelle ivresse; de même que toute espèce de phénomènes fébriles , ataxiques, adynamiques , comateux , convulsifs , etc. , peuvent être symptomaiiques d’une phlegmasie parvenue à son plus haut degré, quel que soit d’ailleurs son siège dans les viscères abdominaux, thoraciques et cérébraux.
On ne peut douter que les phénomènes épileptiques, comme ceux qui constituent le délire , la syncope , les convulsions , etc. , puissent être développés sympathiquement par une lésion, une irritation locale externe et résultant d’une cicatrice imparfaite, de la section incomplète de nerfs ou de leur agac( ment , de leur compression, comme dans certaines plaies par instruments pi-
quants, déchirants, comme dans le panaris, dans l’odontalgie, etc^ On voit sous le n® 369 l’exemple d’une épilepsie déterminée par la piqûre du nerf saphène. Nous rapportons (1) plusieurs observations d’épilepsies occasionnées par la masturbation , par une plaie externe, par le trouble ou le retard ou la suspension de l’écoulement menstruel , par la présence des vers dans le canal digestif, etc. Tissot, Pouteau, Dumas, Louyer-Villermay, Maisonneuve et Esquirol rapportent dans leurs ouvrages plusieurs exemples semblables. Le docteur Planchon rapporte une observation dans laquelle l’usage de la semence de jusquiame produisit des symptômes nerveux semblables à des accès d'épilepsie, lesquels se répétèrent un grand nombre de fois (2). Toutes ces observations prouvent qu’une lésion locale , dont la cause est connue et dont la nature est facile à déterminer, peut donner lieu aux symptômes de l’épilepsie ; dans tous les cas , on voit qu’il suffit d’éloigner la cause occasionnelle , qu’il suffit de détruire ou de modifier la lésion locale pour que le trouble ou la suspension des fonctions cérébro-spinales ne reparaisse point et que^ l’épilepsie soit à jamais dissipée. Or, il est évident que, dans tous les exemples indiqués , il n’y a point d’affection spéciale , sut generis, mais seulement des phénomènes particuliers appelés' épileptiques J et auxquels on aurait pu donner tout autre nom. Il est évident que ces phénomènes sont occasionnés par une lésion^ organique dont le siège peut exister ailleurs que dans le cerveau, par une irritation locale qui influence sympathiquement le système nerveux cérébro-spinal , de telle sorte qu’il en résulte^ cet ensemble de phénomènes qu’on est convenu d’appeler épilepsie (3).
Supposons maintenant qu’on ignore le siège de la lésion locale dont il s’agit; ne devra-t-on pas présumer quelle existe? et
(1) De la nature et du siège de la plupart des affections convulsives, comateuses, mentales, etc., 1828.
(2) Journal de méd-, de chirurg. , etc., t. xrii.
(3) Si l’on ajoute à ce que nous venons de dire la faculté qu’ont certaine» personnes de simuler parfaitement les symptômes de l’épilepsie ( on a vu, dit M. Esquirol, des conscrits simuler l’épilepsie pour être réformés du service militaire , des écoliers pour éviter d’aller en classe ; une jeune fille ayant su qu’on conseillait le mariage pour celles qui étaient épileptiques, feignit de l’être , et obtint le remède qu’elle désirait) , ne serons-nous pas porté à tirer la même conclusion, c’est-à-dire qu’il n’y a pas une maladie essentielle qu’on puisse appeler épilepsie, mais seulement des phénomènes particuliersauxquels on a donné arbitrairement le nom dont il s’agit.
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lorsque rien ne prouve que les fonctions cérébrales sont troublées sympathiquement , on est assez fondé à croire que c’est dans le cerveau lui-même qu’existe cette lésion , et que c’est là qu’il faut l’attaquer. Dans ce dernier cas, nous ne voyons point encore d’épilepsie essentielle. Ce cas, qui doit être assez fréquent, n’établit point, selon nous, l’existence d’une épilepsie idiopathique (1) ou cérébrale; nous ne voyons là que des symptômes épileptiques dépendant d’une lésion locale, mais d’une lésion qui ne mérite pas l’épithète idiopathique ou essentielle, parce quelle n’a pas de forme particulière et identique, parce qu’elle n’a pas un siège limité et reconnu dans tel ou tel point du cerveau ou de ses membranes, et à l’aspect desquels on puisse dire : voilà les traces d’une épilepsie, parce que cette lésion peut se présenter plusieurs fois chez des individus différents et chez le même individu sans développer de nouveau les phénomènes dont il s’agit; donc il n’y a pas d’épilepsie essentielle dans le sens qu’on attache généralement à ce mot , mais seulement des phénomènes épileptiques dont le nombre , l’intensité et la durée varient à l’infini suivant l’action des causes et suivant les idiosyncrasies individuelles ; donc il existe seulement des phénomènes épileptiques
(1) Nous pensons qu’au lieu de l’épithète essentiel (dont on est si porté à abuser que cela nuit aux progrès de l’art et à la connaissance des maladies), nous pensons qu’on ne devrait employer que celle d’idiopathique pour exprimer l’opposé de symptomatique ou de sympathique , en attachant toutefois au mot idiopathique l’idée d’une maladie ayant constamment son siège dans les organes dont les fonctions troublées constituent les principaux phénomènes. Il faudrait aussi que la maladie portât toujours le nom des organes dont il s’agit; de cette manière, l’on restreindrait beaucoup, il est vrai, l’application de l’épithète idiopathique , mais on s’entendrait mieux : ainsi , par exemple, on pourra dire d’une arachnitite , d'une pneumonite , d’une gastrite , qu’elles sont des maladies idiopathiques ; il n’en sera pas de même de l’hysîérie , du tétanos , de l’épilepsie , etc. , dont les symptômes très variables peuvent être développés par plusieurs lésions différentes , et ayant leur siège dans des organes bien distincts les uns des autres; ces dernière? maladies, devront, dans l’état actuel de la science , être considérées comme sympathiques ou symptomatiques. Dans le premier cas, il s’agit d’une lésion identique dans son siège et sa nature , c’est-à-dire d’une inflammation de l’arachnoïde, du poumon , de l’estomac. Que cette lésion soit primitive ou consécutive, qu’elle existe seule par elle-même, ou qu’elle ait été développée sous l’influence d’une autre maladie, toujours est-il vrai que ce sont constamment les mêmes organes énoncés qui sont le siège de la même lésion ou d’une inflammation. Dans le second cas, au contraire , les phénomènes qui constituent l’hystérie , le tétanos, l’épilepsie, bien qu’ils indiquent évidemmentun trouble dans les fonctions cérébro-spinales, ne dépendent point d’une lésion identique et reconnue la même dans tous les cas; combien de fois ces phénomènes ne tiennent-ils pas à la lésion de tout autre
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lout-à-fait analogues aux pliénomènes convulsifs , délirants , ataxiques , comaieux , et comme eux toujours symptomatiques d’une lésion organique très variable par son siège, sa nature et Son intensité. Ce que nous venons de dire peut s’appliquer en grande partie aux convulsions^ à la danse de Saint-Guy, à la catalepsie périodique dont nous rapportons des exemples sous les n«s376, 377 et 378.
Comme les maladies précédentes avec lesquelles ils ont beaucoup de rapport , le tétanos et l’hydrophobie peuvent présenter le type intermittent , comme on le a oit sous les nos 372, 373, 374,375, 407. La plupart des auteurs, parmi lesquels nous sommes surpris de compter M. Roche, soutiennent que l’hydrophobie est due à un virus particulier. Toutefois ils sont divisés d’opinion sur la manière d’agir de ce virus : les uns veulent qu’il soit absorbé et porté dans le torrent de la circulation d’où il influence tout le système nerveux ; les autres, tels que Pouteau, Leroux, Boudot, Perceval, Bouteille , Enaux et Chaussier , nient Tabsorption de ce virus , et pensent qu’il agit seulement par son impression locale sur la plaie. En admettant cette dernière opi-
organe qu’à celle du cerveau et de la moelle épinière ! Ne peuvent-ils pas être occasionnés par une affection de la matrice et des organes de la génération , par une irritatior» particulière de la muqueuse digestive, ou bien par toute autre lésion locale qui peut , abstraction faite de son siège , développer les mêmes phénomènes que quand Tulérus et le cerveau soril eux mêmes le siège de cette lésion? Dans ce dernier cas même , et quoiqu’aprés la mort d’une personne afrcclée d’ép.ib'psie ou d’bysléi ie r-n rencontrerait des lésions dans le cerveau et la maliiee, ^erail-on en dioil d’en conclure l'existence d’une épilepsie cérébrale , ô' nue hystérie itZioyja(/tû/ue ? pui-que la même lésion du cerveau et de. la matrice qui produit chez un individu les groupes de symptômes qu’on nomme épilepsie, bystéiie , ne les déveloiipe pas chez un autre, et semble exiger une disposilion pariiculléie du malade, ou cer- - taines influences organiques qu’il n’est pas facile de déterminer; puisque la même lésion locale peut se reproduire cinquante fois avant de donner lieu une seconde fois aux phénomènes épileptiques et hystériques; puisque cette lésion ne porte aucun type, aucun cachet particulier , qui puisse faire dire à l’observateur le plus attentif: voilà les traces matérielles d’une hystérie, d’une épilepsie, comme on dit voilà les traces d’un arachnitite, d’une pieurite, etc. Toutes les altérations organiques qu’on a découvertes jusqu’à ce jour dans le cerveau ou les membranes, dans la moelle épinière, dans les organes de la génération , à la suite de l’hystérie et de l’épilepsie, ne sent presque jamais les mêmes, et n’offrent absolument rien de particulier, même dans les é.pilepsies et les hystéries dites essentielles ou idiopathiques du cerveau et de la matrice ; les phénomènes qui les caractérisent, dans ce dernier cas , ne présentent non plus rien qui les distingue particuliérement des cas où ces maladies sont véritablement symptomatiques de la léslen de tout autre organe.
NEUVEUSES DES VISCERES.
nion , qui paraît la plus rationnelle, il n’est point nécessaire d’avoir recours a 1 existence d un virus particulier pour se rendre compte des phénomènes de la rage, parce qu’il est prouvé par des faits certains que d’autres lésions locales , que la morsure d'animaux non enragés, peuvent développer les phénomènes dont il s’agit; 2° parce qu’on a plusieurs fois essayé vainement d’inoculer \q virus rabique; 3o parce qu’il suffit de modifier la lésion locale, ou de cautériser le lieu de la morsure, même plusieurs jours après l’accident, pour empêcher les effets de ce prétendu virus ou le développement consécutif des phénomènes nerveux et inflammatoires qui font périr les malades. Mais, objecte-t-on , comment expliquer sans virus la période d’incubation plus ou moins considérable qui sépare l’instant de la blessure et l’époque où se développent les symptômes de l’hydrophobie? Nous répondrons qu’il n’est pas donné à l’effet de toute cause de la suivre immédiatement. On a vu des coups, des chutes sur la tête ne produire que long-temps après le trouble des fonctions cérébrales et la paralysie. Il y a des piqûres profondes au bout des doigts qui ne semblent révéler leur effet funeste que vingt-cinq ou trente jours après qu’elles ont été produites; alors à quelques douleurs sourdes succèdent bientôt les signes qui indiquent l’existence d’un panaris , et parfois des symptômes généraux de fièvre, d’agitation, d’insomnie, de délire, etc. Dailleurs , quand on ne pourrait pas se rendre raison de la période d’incubation relative au développement de la rage, ne vaudrait-il pas mieux avouer son ignorance à cet égard, que de faire de nouvelles suppositions dont on ne peut pas davantage se rendre raison ; telle est celle qui fait sécréter aux glandes salivaires ou à la muqueuse qui tapisse le pharynx ou le larynx, un prétendu virus qui échappe à tous nos sens et à tous nos moyens d’analyse. N’est-il pas plus simple et plus rationnel de considérer les phénomènes hydrophobiques comme l’effet d’une irritation locale , fixée sur le lieu de la morsure , et réagissant d’une manière très prononcée sur tout le système nerveux cérébro-spinal et ganglionnaire? L’influence de l’irritation locale sur le cerveau dont les vaisseaux sont gorgés de sang après la mort , nous explique l’inquiétude , la tristesse , la recherche de la solitude, la défiance, l’agitation, les rêves sinistres des malades, puis ces accès plus ou moins fréquents de terreur profonde , de spasme, de délire, de tressaillement au moindre bruit, à l’aspect
de l’eau, des corps brillants; l’influence spéciale de la plaie sur le système nerveux rachidien et ganglionnaire nous fait concevoir le sentiment de constriction , de douleur et de chaleur qui de la gorge et du larynx se propagent au loin dans les voies aériennes et digestives où l’on rencontre presque toujours des traces d’irritation après la mort ; puis cette agitation convulsive, et bientôt la paralysie des muscles qui servent à la déglutition et à la respiration , et d’où résulte la mort par asphyxie et non par l’action d’un virus délétère dont rien ne prouve l’existence.
Gomme l’hydrophobie , le tétanos est presque toujours occasionné par une lésion locale qu’il suffit de traiter ou de modifier convenablement dans le principe pour éviter ce trouble sympathique , cet ébranlement général communiqué à tout le système nerveux, et en particulier à la moelle rachidienne d’où résultent les phénomènes caractéristiques de la maladie dont il s’agit. S’il est vrai que les mêmes causes , les mêmes lésions , les mêmes imprudences puissent, suivant les individus, développer tantôt des phénomènes hydrophobiques, tantôt des symptômes tétaniques , ne sera-t-on pas porté à reconnaître entre eux beaucoup d’analogie? Nous avons prouvé ailleurs l’analogie parfaite qui existe entre la tétanos et l’hydrophobie par le rapprochement des causes qui produisent ces deux maladies , par l’examen des principaux phénomènes qui les caractérisent, etc.; nous avons fait voir que les malades périssaient d’asphyxie dans l’une comme dans l’autre affection , par suite de l’influence nerveuse portée sur les deux centres nerveux rachidien et ganglionnaire. On con» çoit que cette influence portée sur la moelle épinière ne se borne pas toujours à une irritation sympathique; cette irritation, d’abord secondaire , peut devenir la lésion principale ; on conçoit aussi qu’elle puisse être primitive et idiopathique. L’un et l’autre cas rendent raison des lésions organiques trouvées après la mort sur la pulpe et les membranes rachidiennes chez des individus qui ont présenté à un très haut degré les phénomènes tétaniques et hydrophobiques ; pour le tétanos , nous pourrions citer des observations recueillies par Bréra , Dupuytren , Barbier , Clôt , Gendrin , Uccelli, etc. ; pour l’hydrophobie, des faits observés par Sallin, Hufeland , Trolliet, Matihey , Bobertd-Beid , etc. Le trismusdes nouveaux nés peut tenir aussi à la lésion idiopathique des mêmes organes d’après l’expérience de Thompson à Philadelphie , et de Goëlis à l’hospice des Enfants-Trouvés de Vienne.
NERVEUSES DES VISCERES,
Tous ces faits sont des données sans doute très précieuses pour déterminer bientôt d’une manière plus générale et plus positive la nature et le siège du tétanos et de l’hydrophobie. Tout ce qu’on peut en conclure pour le moment , c’est que diverses nuances d’irritation inflammatoire et subinflammatoire de la moelle épinière et de ses membranes , donnent lieu quelquefois aux phénomènes tétaniques et hydrophobiques. Maison n’en peut pas tirer la conséquence que ces phénomènes constituent une affection essentielle , generis , dont on puisse assigner nettement la place dans un cadre nosologique , parce que les faits dont nous venons de parler ne suffisent point pour les rattacher à une lésion idiopathique de la pulpe et des membranes rachidiennes. Il y a pour le moins un aussi grand nombre d’observations qui tendraient à faire donner le même siège à l’épilepsie , et cependant la plupart des auteurs sont plus portés à rattacher les phénomènes épileptiques à une lésion du cerveau ou de ses membranes qu’à celle de la moelle épinière. Tout ce qu’on sait d’une manière positive , c’est que l’irritation idiopathique et très souvent sympathique du système nerveux rachidien peut donner lieu aux phénomènes les plus variés et les plus remarquables , au nombre desquels peuvent se rencontrer les symptômes du tétanos et de l’hydrophobie, comme ceux de l’épilepsie, de la catalepsie et de tant d’autres.
Tout ce que nous venons de dire sur la nature et le siège de l’épilepsie, de l’hystérie, du tétanos, dql’hydrophobie, s’applique également aux diverses nuances d’aliénation mentale. Quand il s’agit d’une maladie caractérisée par le trouble plus ou moins complet, plus ou moins persistant, des fonctions intellectuelles; comment , disent plusieurs auteurs , peut-on en placer le siège ailleurs que dans le cerveau? A une telle objection on répond par les faits qui établissent le contraire. Nous ne voulons pas dire que le cerveau ne prenne point de part, par sa manière d’être et son organisation particulière , aux maladies dont il s’agit , puisque c’est le contraire que nous pensons ; nous voulons dire que le premier élan , que la cause matérielle qui fait souffrir le cerveau et qui trouble ses fonctions, existe souvent ailleurs que dans les organes encéphaliques. Ainsi l’érotomanie est bien une maladie nerveuse, mais c’est la masturbation ou un état particulier des organes de la génération qui provoque ou entretient ce genre de susceptibilité morbide du système nerveux. D’ailleurs^pourquoi
IRRITATIONS INTl RMITTENTES
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n’en serait-il pas du trouble des fonctions intellectuelles comme de celui qui constitue la fièvre , lequel indique bien un trouble de la circulation du sang, sans avoir son siège dans le cœur ou sans être produit par la lésion de cet organe ?
On ne peut douter que les eonvulsions, le délire, puissent être le résultat d’une ii ritation très vive placée à l’extérieur du corps. Il est >rai que le délire occasionné par toute irritation extra cérébrale n’est qu’un délire passager ; mais l’influence sympathique portée au cerveau peut, en se répétant ou en se [irolongeant, devenir assez intense pour constituer l’affection principale ; cet effet est surtout à craindre quand la lésion primitive a son siège dans le canal digestif, parce que les influences sympathiques de cette dernière lésion sur le cerveau sont parfois tellement prononcées qu’elles développent consécutivement dans ce viscère des altérations assez considérables pour qu’elles puissent cà leur tour, la lésion gastro-intestinale ayant disparu , entretenir le délire , le transformer en manie , et même conduire à la démence. Remontez à la source des convulsions , du délire , et parfois de la manie , surtout chez les enfants , vous découvrirez que ces phénomènes sont dus le plus souvent , soit à l’agacement ou à la compression des nerfs maxillaires au moment de la dentition, soit cà une inflammation de la muqueuse digestive et à l’irritation occasionnée par la présence des vers. Tout le mal est bien alors dans le canal digestif, puisqu’il suffit de le combattre par les moyens convenables , de procurer l’expulsion des vers pour dissiper le délire , les convulsions et la manie , comme le prouvent plusieurs observations consignées, soit dans le Traité des maladies^m.enlales de M. Esquirol , soit dans notre Mémoire sur la nature et le siège des maladies dont il s’agit. — Cherchez à découvrir les causes principal s de la folie chez les jeunes gens de l’un et de l’autre sexe ; appliquez-vous à déterminer les organes où ces causes ont spécialement porté leur action dans le développement de la maladie qui nous occupe , vous trouverez que ce sont presque constamment les organes de la génération qui sont le siège de l’affection primitive, delà lésion matérielle qui entretientla folie, etvous trouverez en première ligne la masturbation, l’évolution difficile des règles, ou le retard, ou la suppression de cet écoulement. La folie n^a point ici son siège dans le cerveau, puisqu’il suffit de rompre ou de faire cesser des habitudes vicieuses, de déterminer l’évolution, le retour et la régularité des menstrues, pourdissiper à jamais le
NERVEUSES DES VISCERES.
trouble des fonctions intellectuelles. Cherchez encore à découvrir les causes de l’aliénation mentale chez beaucoup d’autres personnes, ^vous apprendrez que chez les unes cette maladie est survenue par l'impulsion particulière ou le changement survenu dans la matrice au moment de la conception. On rapporte plusieurs exemples de femmes qui ont été prises de manie chaque fois qu’elles sont devenues grosses; d’autres au contraire ont été guéries de la folie par le mariage et la grossesse. L’observation de manie intermittente tierce, rapportée sous le n® 392 , et dont les accès ont été calmés après l’âge critique , ne semble-t-elle pas prouver que cette maladie tenait à un certain degré d’excitation de la matrice?
âl. Castel rapporte deux faits dans lesquels la folie était occasionnée chez un des malades par une lésion du foie , et chez l’autre, par une affection du poumon. H y a des exemples d’aliénation mentale occasionnée par une constipation prolongée , par une irritation gastro-intestinale, parle pica ou un appétit désordonné des boissons fortes , dont l’usage cause une aliénation plus ou moins marquée et durable. M. Prost a observé plusieurs faits de ce genre. M. Guislain a constaté que la phlegmasie des intestins grêles accompagnait très souvent la manie du suicide (1). J’ai vu , dit M. Esquirol (2) , un militaire éprouver trois accès de manie après avoir pris chaque fois la maladie vénérienne. Une femme a eu deux accès après la même infection. Chez quelques femmes , l’accès éclate à chaque période menstruelle , à chaque grossesse , à chaque couche. 11 y a des femmes qui deviennent maniaques chaque fois qu’elles allaitent ou qu’elles sèvrent. J’ai donné des soins à un jeune homme qui avait eu trois accès de manie à l’entrée du printemps ; avant l’explosion du délire, la face de ce Jeune homme se couvrait de dartres qui cessaient avec l’accès. L’ivresse ramène très souvent les accès. Une dame devient maniaque tous les ans ; l’accès prélude toujours par les symptômes de la métrite.
De ce que nous venons de dire , qui n’est que l’expression de faits nombreux et authentiques, nous concluons que le groupe de phénomènes nerveux, que le trouble général ou partiel des fonctions intellectuelles qui constitue la folie est souvent symp-
fl' Traité des phrénapathies , 1835.
JUes maladies mentales, t. ii,1838.
tomatique d’une lésion placée ailleurs que dans le cerveau. Nous concluons qu’une aliénation mentale quelconque peut être occasionnée par une irritation locale, par une lésion matérielle ayant son siège soit dans les organes de la génération , soit dans le canal digestif, soit dans quelque autre viscère des cavités abdominale et thoracique ; lésion ou irritation qui porte sur le cerveau des influences telles qu’il en résulte tous les divers troubles des fonC' lions intellectuelles appelés manie , hypocondrie , monomanie , mélancolie, panophobie , etc.
Les faits qui nous portent à tirer cette conclusion ont conduit des praticiens distingués à émettre des opinions plus exclusives touchant le siège de la folie ; les uns, tels que Tissot, Cabanis , le placent presque exclusivement dans les organes de la génération ; d’autres , comme Médicus , Prost, ont soutenu que le siège de la maladie dont il s’agit était le plus souvent dans les organes digestifs. Nous pensons que la folie n’a pas plus un siège exclusif ou habituel dans les organes génitaux et digestifs, que l’hystérie n’a le sien constamment dans la matrice ; nous croyons que la folie n’a pas plus exclusivement son siège dans le cerveau que l’épilepsie , le tétanos et i’hydrophobie. Nous sommes persuadé que toute aliénation mentale dépend d’une irritation ou d’une lésion quelconque ayant son siège très souvent dans le cerveau et ses membranes , souvent dans les organes génitaux et digestifs, quelquefois dans d’autres viscères, et même* à l’extérieur du corps , vu les fréquentes relations sympathiques de la peau avec les organes cérébro-rachidiens. '
L’expression vague de folie n’apprend rien, et ne nous donne pas plus l’idée d’une maladie spéciale et identique , qu’une simple accélération du pouls n’établit une fièvre essentielle, inflammatoire, gastrique et autres, pas plus qu’une simple dyspnée ne nous fait connaître une péripneumonie. Le mot folie indique seulement un trouble dans l’exercice de la pensée , tout comme les mots fièvre y dyspnée, indiquent un trouble dans la circulation du sang , dans la respiration. Il n’y a pas plus de folies essentielles qu’il n’y a de dyspnées , et qu’il n’y a aujourd’hui de fièvres essentielles, parce qu’on ne peut plus admettre en pathologie des êtres purement abstraits ou imaginaires ; parce que si l’être qui pense en nous est inaltérable par lui-même, il ne peut agir qu’avec des organes et qu’au moyen des organes ; et quand ceux-ci éprouvent des modifications idiopathiques ou sympathî-
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ques, il en résulte un changement vicieux, un trouble quelconque dans l’exercice de leurs fonctions ; de la même manière que,, malgré sa force motrice qui existe toujours , le ressort d’une montre n’en fait plus mouvoir l’aiguille qui indique les heures du moment qu’un seul rouage est dérangé. Ainsi donc les causes de la folie , comme celles de toute autre maladie, en dernier résultat, portent toujours leur action sur des organes; elles agissent ou sur le cerveau lui-même, ou sur d’autres organes qui sympathisent avec lui ; les causes morales elles-mêmes , comme les émotions vives de joie , de douleur, de surprise , les ennuis , les chagrins, les contrariétés, etc., portent à la fois leur action sur les centres nerveux cérébro-spinal et ganglionnaire. Interrogez la personne qui vient d’éprouver une émotion vive de joie ou de douleur; dans le premier cas, elle éprouve un sentiment de bien-être, d’épanouissement et de dilatation qu’elle rapporte au creux de l’estomac ou au centre nerveux de la vie organique ; tandis que dans le second cas elle se plaint d’un resserrement au centre épigastrique , parfois d’une espèce de suffocation et d’étouffement qui semble partir de l’estomac pour monter dans la poitrine, au cou, à la gorge, etc. De tout temps les médecins, les plus célèbres ont reconnu l’influence très grande qu’exercent sur les principaux organes de l’économie, et en particulier sur les organes digestifs, toutes les affections morales vives, surtout les ennuis et les chagrins prolongés. Les causes morales sont donc loin d’agir uniquement sur le cerveau , comme on l’a dit;^ le plus souvent, au contraire, elles vont retentir avec autant d’énergie au centre épigastrique , et par suite dans les organes^ qui reçoivent le plus de filets nerveux du plexus solaire , et où va s’épanouir le nerf pneumo-gastrique. Aussi les recherches d’anatomie pathologique qui ont été faites touchant les aliénations mentales ont-elles fait voir des lésions , soit dans les organes digestifs , soit dans le cerveau et ses membranes, soit dans les organes de la génération, etc.; et si, dans plusieurs cas, on n’a point trouvé de lésion organique sur le cadavre des aliénés , peuton en conclure qu’il n’y en avait pas? N’est-ce pas plutôtparce qu’oa n’a pas su la découvrir, ou parce qu’on ne s’est pas donné la peine de la chercher , qu’on ne l’a point trouvée ? En effet , combien de fois ne se contente-t-on pas en pareilles circonstances d’ouvrir le crâne , et d’observer superficiellement le cerveau et ses membranes ! Combien de fois ne néglige-t-on pas d’observer les viscèi es
abdominaux, tandis que c’est dans l’estomac, les intestins , le foie , la tTiatrice, qu’il faut chercher , et qu’on trouve bieii souvent la lésion locale qui développe sympathiquement le trouble partiel ou général des fonctions intellectuelles ! Mais cette lésion ne varie pas seulement par son siège, elle varie encore dans sa forme et sa nature , de telle sorte qu’il est impossible en la voyant de prononcer à quelle nuance d’aliénation mentale ou à quelle névrose elle appartient. Ceux mêmes qui placent le siège de cette altération organique exclusivement dans le cerveau , ou bien se contentent de l’indiquer d’une manière vague et générale dans la masse encéphalique, sans indiquer en quoi elle consiste, sans rechercher dans quel point du cerveau et de ses membranes pourrait être ce siège en particulier pour tel ou tel genre d’aliénation mentale; ou bien s’ils s’occupent de cette recherche, ils ne s’accordent point à cet égard : les uns indiquent des ramollissements , les autres des indurations de la pulpe cérébrale ; les uns veulent cette lésion dans la substance grise , externe ou cor^ ticale, les autres dans la substance blanche ou interne; plusieurs autres soutiennent qu’il n’y a de lésion sensible que dans les membranes cérébro-rachidiennes, principalement dans l’arachnoïde, comme dans le délire, les convulsions et dans la manie aiguë. Ce qu’il y a de certain, c’est que les altérations qu’on rencontre dans le cerveau et ses membranes à la suite des aliénations mentales, loin d’être constantes, ne se présentent pas deux fois de la même manière et escortées de la même nuance de symptômes cérébraux, ou des phénomènes convulsifs, délirants ou maniaques; elles n’offrent aucun cachet particulier qui puisse faire dire en les voyant : voilà les traces de la manie, de l’hypocondrie, de la démence, etc. ; bien plus , il n’est pas rare de rencontrer ces mêmes lésions chez des indiNidus qui n’ont jamais présenté aucune nuance d’aliénation mentale. De toutes les données de l’anatomie pathologique, on peut conclure, dit M. Esquirol , qu’il y a des folies dont la cause immédiate échappe à nos moyens d’investigation ; que la folie dépend d’une modification inconnue du cerveau; qu’elle n’a pas toujours son point de départ dans le cerveau, mais bien dans les foyers de sensibilité placés dans les diverses régions du corps.
Comment se fait-il donc que telle irritation locale , telle lésion matérielle du cerveau et de ses membranes , ou des organes fpénitaux, digestifs, biliaires, qui chez un individu développe
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des symptômes d’encéphaliie , d’arachniiite , de métrite , de gastro-hépatite, de gastro-entérite, produise chez un autre des symptômes convulsifs , délirants , des symptômes d’hydrophobie et d épilepsie ; tandis que chez un troisième, un quatrième, il en résultera des symptômes d’hypocondrie, de démence, de monomanie? Pourquoi la suppression des menstrues , l’excès des plaisirs de l’amour, qui chez une femme produisent des symptômes d’hystérie , chez une autre développent-ils la manie , la nymphomanie? Nous ne répondrons à ces questions que par l’aveu de notre ignorance j elles renferment un problème qu’il ne nous sera peut-être jamais donné de résoudre, parce que cette solution tient à des dispositions individuelles , à des secrets d’organisation presque toujours impénétrables. Mais des faits existent, et sans en rechercher la cause première, contentonsnous de noter les causes occasionnelles , alors même qu’elles ne sont pas toujours en rapport avec leurs effets; essayons de nous rendre compte des phénomènes qui les caractérisent de la manière la plus satisfaisante, et qui se concilie le mieux avec les altérations organiques trouvées sur les cadavres. Car tout ce qu’on sait de positif touchant le mode d’action des causes , c’est qu’il peut être modifié dans ses résultats suivant l’âge, le sexe , et la constitution particulière des malades. Ainsi telle cause , la répercussion subite d’un exanthème, par exemple, qui chez un enfant développe des symptômes de convulsions , chez un adolescent produira de préférence le délire, la manie; dans l’âge mûr, l’hypocondrie; dans la vieillesse, l’apoplexie , la démence, la paralysie. La suppression des règles qui, chez une jeune personne, produit l’hystérie , la nymphomanie; chez une femme de trente-huit à quarante ans donne lieu à des accès de monomanie , de lypémanie. Mais, indépendamment de l’âge et du sexe, il y a des causes dont l’action paraît être la même, et qui chez deux individus également constitués développent sans qu’on sache pourquoi, ni comment, des groupes de symptômes différents .* l’un devient épileptique , tandis que l’autre, sous l’influence des mêmes causes, tombe dans l’hypocondrie, la manie. On ne voit pas que les partisans de la nervosité essentielle et des êtres mor~ bides spéciaux soient plus heureux que les médecins physiologistes , et qu’ils puissent , malgré la subtilité de leurs hypothèses, se rendre compte des faits dont il s’agit; aussi nous abstiendronsnous de parler des prétendus états d’éréthisme et d’atonk du
système nerveux, imaginés par Grimaud, et ressuscités dans ces derniers temps pour établir une espèce de théorie des névroses essentielles ; nous avouons de bonne foi que nous n’avons rien compris à cette théorie, et qu’il n’est pas donné à tout le monde de reconnaître des maladies toutes sentimentales, et dans lesquelles il n*y a rien de matériel , rien qui tombe sous les sens de l’anatomiste. Nous dirons avec M. Esquirol que nous n’entendons rien à la dénomination de folies idéales; que nous ne comprenons pas ce qu’on veut dire par folies intellectuelles, par folies mentales, en ce sens qu’on veut faire résider la folie uniquement dans le trouble des idées, dans la perversion des fonctions intellectuelles.
On voit, d’après les faits que nous avons rapportés et tout ce que nous venons de dire , combien le diagnostic de la plupart des affections convulsives et mentales est difficile à une époque où l’on n’a encore pour les représenter que des noms insignifiants, et qui ne nous apprennent rien touchant leur nature et leur siège j quand on n’a pour les caractériser que des phénomènes de réaction ou de sympathie ; quand ces phénomènes sont susceptibles de varier d’un accès à l’autre , comme dans les observations sous les nos 382 , 391 , et quand le même accès|peut présenter successivement (1) plusieurs physionomies morbides différentes, telles que l’hystérie, le tétanos, la manie, comme dans l’observation sous le n® 409. On conviendra de l’énorme et parfois de l’invincible difficulté d’arriver à la découverte de l’organe ou des tissus primitivement affectés ; et puis quand on a fait cette découverte , ne reste-t-il pas encore à reconnaître la nature de la lésion locale? Car ce n’est pas assez de savoir que les fonctions de tel ou tel organe sont troublées, il faut encore savoir en quoi consiste ce trouble , et d’où il provient, s’il tient à une lésion idiopathique ou sympathique , et quelle est la nature inflammatoire , nerveuse ou subinflammatoire de cette lésion. Les agents' physiques et moraux, quels qu’ils soient, en dernier résultat modifient des organes, et quand il survient un trouble dans les fonctions intellectuelles , dans l’action des muscles soumis à la’ volonté , c’est parce que les organes qui président à ces fonc-
(1) On trouve dans le tome xiy du Journal de méd. chîrurg., etc., l’exemple d'un militaire qui présenta successivement des accès d’épilepsie, puis tantôt des accès de délire, tantôt des symptômes d hydrophobie.
M Esquirol dit qu’il n’est pas rare de voir la manie alterner chez le même malade avec la phthisie, l’hypocondrie, la lypémanie.
NERVEUSES DES VISCERES.
lions ont été lésés , modifiés , ou influencés d’une manière vicieuse. Mais il s’en faut bien que le véritable siège du mal soit toujours là d’où proviennent les phénomènes morbides, quelque saillants qu’ils paraissent dans certaines circonstances ; l’expérience n’a-t-elle pas appris et ne confirme-t-elle pas tous les jours le contraire? Combien de fois le délire et les convulsions ne tiennent-ils pas à l’irritation de l’estomac et du canal intestinal, et même à certaines lésions externes visibles et incontestables! Or, dans ces cas, le cerveau et la moelle épinière ne sont pas altérés dans leur structure; leurs fonctions ne sont troublées que sympathiquement. Quelque nom que porte une maladie, quelque rang quelle occupe dans un cadre nosologique, lorsqu’elle n’est établie que sur un groupe de symptômes très variables et susceptibles d’être produit tour à tour par la lésion de plusieurs organes différents, elle ne nous semblera jamais devoir constituer une maladie particulière, identique ou essentielle. On conviendra sans doute que le délire, les convulsions, se trouvent parfaitement dans ce cas; on conviendra qu’il n’y a pas de maladies essentielles et existant par elles-mêmes , auxquelles on puisse donner les noms dont il s’agit, mais qu’il existe seulement des phénomènes convulsifs , délirants , qui peuvent survenir dans une infinité de circonstances différentes et accompagner la plupart des affections aiguës , lorsqu’elles arrivent à leur plus haut degré, surtout chez les enfants (1) et les adultes très irritables. Hé bien ! nous croyons devoir conclure d’après tous les faits que nous avons rapportés et d’après tout ce que nous avons dit, qu’il en est absolument de même des différents groupes de symptômes qui constituent l’hystérie , l’épilepsie , le tétanos, l’hydrophobie, la chorée, l’hypocondrie, la manie , etc. Il importe, dans l’état actuel de la science , et pour provoquer de nouv elles et utiles recherches, de reconnaître franchement qu’il n’y a pas de maladies particulières , d’affections organiques reconnues et identiques auxquelles on puisse donner les noms dont il s’agit , mais qu’il y
il) L’observation a appris aux médecins qui traitent beaucoup d’enfants tju’il n’est pas rare de voir ces malades présenter des convulsions générales ou partielles, une roideur tétanique, d’autres fois un collapsus assez marqué pendant le cours d’une maladie grave et étrangère à l’encéphale , et le plus souvent peu de temps avant la mort , sans qu’a l’examen du cadavre les recherches les plus exactes puissent faire découvrir quelque lésion de l’encéphale ou de ses enveloppes. (Senn, Recherches anatomico-pathologiques sur la méningite aiguë des enfants, 1825.)
IRRITATIONS INTER3IITTENTES
a seulement des phénomènes hystériques, épileptiques, tétaniques , cataleptiques , maniaques, etc., susceptibles d’être développés par un grand nombre de lésions locales différentes dont le siège et la nature n’ont rien de fixe , que le médecin prudent et observateur doit rechercher dans tout l’organisme , et reconnaître sous les formes pathologiques les plus variées ; il se livrera à cet examen avec d’autant plus de soins que de hà doit résulter un diagnostic plus ou moins sûr, et un traitement plus ou moins méthodique et efficace.
Mais il ne faut pas oublier qu’en se répétant un certain nombre de fois, chacun des groupes de symptômes dont il s’agit peut déterminer une altération durable dans les mêmes organes dont les fonctions ne sont troublées que sympathiquement dans le principe (1); aussi tous les praticiens s’accordent-ils à dire que la plupart des hystéries, des épilepsies, des aliénations mentales, finissent par conduire les malades à la paralysie et à des démences incurables (2). En effet , sous quelques formes variées et bizarres que se présentent les névroses en général, quelles qu’en soient les causes matérielles, ou quels que soient les organes lésés d’où partent des influences sympathiques sur le cerveau et la moelle épinière, en un mot, quelles que soient les diverses lésions dont elles nesont que des symptômes secondaires, toujours est-il constant que ces symptômes constituent un trouble plus ou moins complet, plus ou moins durable des fonctions cérébrales et rachidiennes; on ne doit donc pas être étonné que des retours plus ou moins fréquents, et que la durée plus ou moins grande de ces troubles, même lorsqu’ils sont purement sympathiques , finissent par amener peu à peu des changements dans la structure et l’organisation de tissus aussi mous , aussi délicats que le sont ceux du cerveau , de la moelle épinière et de leurs membranes. Cela explique pourquoi l’on trouve presque toujours des altérations plus ou moins remarquables dans les organes encéphaliques et rachidiens, sur les cadavres des épilep-
(1) Chez deux maniaques qui avaient succombé à une mort violente peu de temps après avoir été atteints de cette maladie , on ne trouva , dit M. Esquirol, aucune lésion dans les organes cérébraux.
(2) Il résulte de relevés faits à I hôpital de la Salpêtrière, que le plus grand nombre des épilepsies anciennes, quelles que soient leurs causes . se changent en démences incurables. On sait qu’à Charenton , un sixième de> malades est atteint de paralysie, et que la plupart de ceux qui périssent, présentent, peu de temps avant leur mort, des symptômes de paralysie.