XVI. i
Tout accès morbide est le retour d’une irritation qui ressemble plus ou moins à une autre qui a précédé; elle présente en général les mêmes symptômes, vu qu’elle attaque ordinairement le même organe et le modifie de la même manière. Mais celte irritation, par la raison qu’elle revient quelque temps après une
(1) Voir les dévelr'ppements sur rhumorisme, t. ii.
aulre, est-elle absolument dépendante de celle qui a précédé? iuiest-elleaUacliéepar un lien nécessaire^ Ne peut-elle pas cesser de revenir par l’éloignement seul de sa cause déieiminante, par un simple changement d’air, par une affection morale vive, etc. (i)?
Quand une irritation revient le même jour, à la même heure, cette particularité dans sa marche ne prouve pas qu’elle soit liée à une affection antérieure ou postérieure, puisque les auteurs qui admettent ce lien sont obligés pour l'établir d’avoir recours à la supposition d’une cause inhérente dans iéconomie, d’un levain fébrile^ d'un principe morhifique. Or, n’est-il pas préférable, pour éviter toute supposition, de considérer les accès morbides comme indépendants les uns des autres, eu pdutôt de ne voir entre eux aucune autre dépendance que celle qui résulte naturellement de l’habitude, de l’influence périodique de certaines causes, de rintermiilence des fonctions organiques? Dans une phlegmasie intermittente externe, dont les phénomènes se passent sous nos yeux, que voyons-nous dans l'intervalle d’un accès à l’autre , qui les lie entre eux? Rien, absolument rien. L'organe auparavant enflammé, ne présente plus, durant l’intermission, ni douleur, ni tuméfaction, ni rougeur. Les muscles et les articulations, dans les cas de rhumatisme et de goutte (2) périodiques, reprennent leurs fonctions accoutumées durant l’inter\alle des accès arthritiques. Après un jour, deux jours d’inlennission, le rhumatisme, par exemple, revient au même lieu, attaque les mêmes tissus, pré. ente les mêmes symptômes inflammatoires; il disparaît pour revenir encore de la même manière. Voiltà sûrement une phlegmasie avec le type tierce ou quarte, pourtant il n’y a rien qui encliaîne ses accès ; ils nous paraissent ri’autant plus indépendants les uns des autres qu’ils sont loin de
(I) Voir, pour la solution de ces qucslions, nos Généralités sur les fièvres intermittentes , (. ii.
(2;. Nous nous servons encore des mots gontte et rhumatisme , quoique nous en reconnaissions louie la millUé pour exprimer le ^enre d’affecliou qu’ils représentent. Nous faisons des vœux pour que le langage médical soit bientôt épuré d un commun accord ; alors ces mots, comme tant d'autres qui ne valent pas mieux, seront bannis de la science, el remplacés par des noms qui expriment autant que possible le siège el la nature des maladies.
EJX GÉNÉRAL.
se ressembler toujours par le siège de l’irniation et par le degré d’intensité des symptômes qui la caractérisent : il n’est pas rare qu’un accès soit fébrile et l’auire non ; que ceiui-ci ait son siège dans tel point du corps, celui-là dans tel autre, par le déplacement et la mobilité de l’affection i hiimaiismale. Or, cette circonstance ne semble-t-elle pas éloigner la supposition d’une cause inhérente ou d’une modiScation particulière, persistant dans rintervalle des accès périodiques ? Ce que nous disons du rhumatisme intermittent s’applique également à l’érysipèle, à l’ophtbaîmie, au coryza et à toute autre affection présentant le même type.
Il est probable que chaque accès a sa cause, parce qu’il ne peut y avoir d’effet sans cause. îl est vrai qu’elle nous échappe bien souvent, cette cause, mais on ne doute point que le premier accès ait eu une cause quelconque ; et pourtant combien de fois n’estelle pas ignorée ou méconnue! Du reste, nul doute que l’action des causes soit d’autant moins nécessaire pour la production d’uo nouvel accès, que l’irritation en compte déjà un plus grand nombre; parce qu’il s’établit bientôt dans l’économie une sorte d’habitude ou de disposition en vertu de laquelle la meme affection peut se répéter; tout’comm.e une idée qui nous a vivement frappés se présente de nouveau à notre esprit, sans que la sensation qui l’a fait naître la première fois se répète sur nos organes (1).
XÎX.
Tout accès d’irritation intermittente est une véritable affection continue qui a ses différentes périodes de début, d’accroissement et de terminaison, comme toutes les maladies aiguës en général, avec la différence que sa marche est plus rapide, sa durée plus courte que celles des affections continues ordinaires.
Une maladie intermittente quelconque n’est jamais composée d’un nombre d’accès fixe et déterminé ; ce n’est point l’union de trois, de quatre, de huit ou de dix accès par exemple, qui la constitue intermittente ou périodique, parce qu’il n’y a rien de plus
(1) M. Pariset, article Cause du Dict, des sciences médicales.
variable que ce nombre d’accès. Cette variation ne se fait pas seulement remarquer d’une espèce d'irritation à l’autre; mais encore la même affection qui se termine aujourd’hui après trois accès, peut dans quelques jours ou dans quelques semaines attaquer le même individu, et ne se terminer qu’après douze, quinze, vingt accès. Il suffit souvent de la plus petite infraction dans le régime, delà moindre commotion physique ou morale, pour la rappeler, comme aussi quelquefois pour l’empêcher de revenir. Le nombre d’accès ou de répétitions d’une maladie périodique quelconque varie donc selon um; infinité de circonstances, et l’on peut établir avec certitude qu’il n’y a rien de fixe à cet égard.
Nous employons indifféremment les mots périodique et intermittent, quoique plusieurs auteurs aient établi une différence bien tranchée entre une maladie périodique et une fièvre ou affection intermittente quelconque. Senac (1), Fizes (2), Voulonne (3), Moreau de la Sarthe (4), par exemple , veulent que , dans celte dernière affection, quelque chose de morbide reste caché dans l’intervalle de ses accès, étalons même que rien n’en indique l’existence ! Dans la maladie périodique, au contraire , ils conviennent qu’il s’établit entre les accès morbides un -état de santé qui constitue une véritable intermission. Casimir Médicus soutient que toutes les fois qu’il y a fièvre avec des retours réguliers, il s’agit d’une affection intermittente, tandis qu’on n’a affaire qu’à des maladies périodiques quand la fièvre manque ; et c’est uniquement de celles-ci dont il s’occupe dans son Traité de< maladies périodiques. Frank n’admet point ces distinctions; pour lui, c’est le quinquina qui seul est le vrai juge entre les affections dont il s’agit. Tout comme l’efficacité du mercure est, selon lui, l’indice certain d’une affection vénérienne , de même toute maladie à périodes qu’on peut attaquer et guérir par le quinquina doit être placée au rang des intermittentes; celles , au contraire , qui résistent à ce médicament doivent en être exclues (5). Reil ne trouve , entre les maladies périodiques et les affections inter-
(1) De reconditâ feb. intermitt. naturd.
(2) Traité des fièvres.
(3) Mémoires sur les fièvres intermittentes.
(4) Article Périodique de Y Encyclopédie méthodique.
(5; Traité de médecine pratique , t. i.
EN GÉNÉRAL
mittentes , aucune autre différence que celle qui résulte de leur siège ; il pense qu’on devrait appeler intermittentes les affections de ce type qui résident dans les viscères , et périodiques celles qui se développent dans les membres et à l’extérieur du corps. Aucune de ces opinions ou de ces distinctions ne nous paraissant fondées , et n’ayant trouvé aucune différence essentielle, ni dans les épithètes dont il s’agit, ni dans le sens qu’il convient d’y attacher, nous les avons regardées comme synonymes , et employées indistinctement pour désigner toute maladie qui disparaît en grande partie et qui revient à des époques à peu près fixes et déterminées,
L’irritation intermittente , comme l’irritation continue, peut revêtir presque toutes les formes de maladie. Elle peut avoir son siège, soit à l’extérieur, soit à l’intérieur; elle peut attaquer tous les divers tissus, tous les différents organes et viscères qui entrentdans la composition du corps humain ; elle peut se manifester avec ou sans fièvre, c’est-à-dire être bornée aux symptômes locaux qui lui sont propres, ou bien susciter des phénomènes généraux , fébriles ou sympathiques, plus ou moins remarquables.
xxiir.
Toute irritation aiguë et périodique, quelle que soit sa nature, quel que soit son siège à l’extérieur ou à l’intérieur, peut non seulement provoquer un mouvement fébrile proportionné à la lésion locale , mais elle peut encore , suivant la disposition des individus, exercer sur la muqueuse digestive et sur le système cérébrospinal une influence sympathique telle qu’il en résulte un accès ' de fièvre intermittente ordinaire , comme le prouvent des exemples d’ophthalmie , d’érysipèle , de catarrhe pulmonaire , de rhumatisme, d’odontalgie , d’urétrite, etc., dont chaque récidive provoque un véritable accès fébrile quotidien, tierce ou quarte.
Une affection intermittente , alors même qu’elle provoque les phénomènes sympathiques et fébriles les plus généraux et les plus remarquables , ne constitue jamais une maladie générale ;
Cette circonstance indique seulement une organisation très irritable chez le malade , ou un très haut degré d’intensité dans la lésion locale, ou bien l’importance très grande de l’organe qui en est le siège et qui exerce au loin des influences sympathiques sur les principaux viscères. Dans tous les cas, ce sont des points * limités ou des tissus particuliers qui sont primitivement affectés, qui possèdent en plus l’excitation et les fluides qui se trouvent €n moins dans la plupart des autres organes.
L’irritation périodique peut attaquer à la fois plusieurs organes différents ; mais elle tend toujours à se fixer sur celui ou ceux dont la vitalité est la plus grande, sur ceux qui jouent un plus puissant rôle dans l’économie, et dont les relations sympathiques sont les plus actives et les plus étendues.
L’irritation intermittente ne constitue point une lésion simple, identique, et qui ne diffère que par son plus ou moins d’intensité. Outre quelle est suscept.ble de s’élever ou de s’abaisser à différents degrés , elle présente encore des caractères plus ou moins tranchés relativement à son siège et à sa nature. Si l’irritation paraît presque toujouis simple au premier abord, elle ne reste point matériellement dans cet état de simplicité qui en impose théoriquement. Le plus souvent, au contraire, elle constitue un état morbide complexe , résultant de la combinaison de deux, de trois ou d’un plus grand nombre de phénomènes morbides, combinaison dont chacune lui donne un caractère à part , suivant le choix qu’elle fait de tels ou tels tissus, et de la surexcitation organique plus ou moins forte quelle provoque dans chacun d’eux.
Dans les affections intermittentes, comme dans les continues, c’est dans le système capillaire rouge, c’est dans les vaisseaux blancs, c’estdans les extrémités où les expansions nerveuses'en qui
passent les phénomènes les plus importants de la vie, les opérations les plus admirables de l’économie animale ; c’est dans les organes où dominent ces tissus primitifs que s’opèrent les modifications et altérations organiques les plus remarquables; enfin,
EN GÉNÉRAL
c’est en eux et par eux que surviennent tous les symptômes locaux et généraux , sympathiques ou fébriles, qui constituent les maladies dont il s’agit.
xxvm.
Ï1 y a autant d’espèces d’irritations périodiques qu’on distingue de tissus primitifs ou de systèmes organiques susceptibles d’étre affectés isolément. Or, tout comme on voit des irritations continues dans les systèmes sanguin , lymphatique et nerveux, ou dans les différents organes dont ces systèmes générateurs font partie; de même onobserve des irritations intermittentes dans ces mêmes tissus , dans ces m.êmes organes. D'où il suit que les irritations intermittentes se trouvent naturellement divisées en quatre espèces principales et.bien distinctes, qui sont: l°celles qui se développent particulièrement dans lesystèine capillaire sanguin, et dont les symptômes, absolument semblables à ceux d’une congestion sanguine ou d’une inflammation ordinaire, les ont fait appeler inflammatoires ; 2^ \qs irnVàlious intermittentes qui, ayant leur siège dans le même système , sont caractérisées par une effusion sanguine plus ou moins remarquable , de là le nom hémorrhagiques qu’elles ont reçu; 3° celles qui se déclarent dans le système lymphatique , exhalant, sécréteur, absorbant, et qui, pour cette raison , ont été nommées subinfJammatoires ou lymphatico-sècrétoires ; 4® les irritations intermittentes nerveuses ^ qui portent le nom du système qu’elles attaquent plus spécialement.
Dans ces quatre espèces d’irritations intermittentes se trouve compris tout ce qui offre de l’intermittence ou de la périodicité en pathologie ; il n’est aucune maladie périodique qu’on ne puisse rapporter à l’une ou l’autre de ces espèces ou de leurs combinaisons diverses. De ces combinaisons résultent certaines nuances d’affections mixtes ou qui tiennent à la fois de l’inflammation et de la subinflammation, telles que i’éléphantiasis, certaines dartres, le cancer, la phthisie pulmonaire, le carreau, etc. Si ces dernières affections ne présentent jamais un type intermittent bien marqué , du moins elles peuvent offrir dans les symptômes qui les caractérisent, des rémissions et des exacerbations régulières assez prononcées pour qu’on soit en droit, dans quelques
cas rares il est vrai , de les placer au rang des maladies périodiques. Il en est de même de la plupart des inflammations chroniques et profondes des tissus parenchymateux.
Des médecins physiologistes , tels que Marandel , MM. Roche et Jourdan, ont adopté une irritation sécrétoire par laquelle une quantité de fluides plus considérable que dans l’état normal est sécrétée ou exhalée dans une partie quelconque du corps , et de plus une irritation nutritive , par laquelle un tissu s’accroît et se nourrit trop sans devenir douloureux , sans donner lieu à aucune émission sanguine , sans se présenter plus rouge , ni plus chaud que dans son état normal. Tout cela est vrai , c’est-à-dire qu’on ne peut pas confondre ces deux états morbides avec les irritations nerveuse , hémorrhagique et inflammatoire } mais dans l’irritation nutritive (les loupes, les verrues , par exemple ) , le tissu affecté n’éprouve-t-il pas une altération notable dans sa forme , dans sa consistance, dans son poids , dans sa sensibilité organique , en un mot ne présente-t-il pas la plupart des phénomènes qui appartiennent à la subinflammation(l) ou à l’irritation du système lymphatico-exhalant? Quant à l’irritation sécrétoire, qu’est-ce qui la constitue si ce n’est un surcroît morbide d’action organique dans les vaisseaux blancs , sécréteurs et exhalants? N’est-ce pas le plus souvent quand l’exhalation l’emporte beaucoup sur l’absorption que se déclare l’espèce d’irritation dont il s’agit? Or, s’il est vrai que dans l’état de santé tout ce qui est du domaine des sécrétions et de la nutrition appartienne au système lymphatique , sécréteur , exhalant et absor-
(1) Nous conviendrons volontiers qu’il faudrait chercher un terme générique plus heureux ou plus convenable que celui de subin/lammation, pour embrasser à la fois toutes les nuances d’irritation du système lymphaticoexhalant, sécréteur et absorbant. Nous regrettons que M. Hoche ne se soit pas occupé à chercher l’expression qui nous manque; cela l’eût conduit sans doute à rattacher à la subinflammalion les deux ordres d’irritation sécrétoire et nutritive . qu'il a cru devoir traiter à part dans son excellente Pathologie médico- chirurgicale ; car, dans l’unicomme dans l’autre mode d’irritation, il n’est toujours et évidemment question que d’un surcroît d’activité, ou d’une action troublée et abnormale du système lymphatique , des vaisseaux blancs, sécréteurs, nourriciers, exhalants et absorbants. Nul doute que, dans cette circonstance, la vivacité de son imagination ne l’ait emporté sur la droiture et la sagacité de son jugement. Il lui suffira d’un peu réfléchir pour reconnaître qu’il est peu méthodique de placer les névroses entre les subin-
EN GÉNÉRAL
bant , pourquoi n’en serait-il pas de même dans l’état de maladie? Celui-ci , comme on le sait, n’est le plus souvent qu’une exagération de celui-là. Il nous paraît donc que les irritations nutritive et sécrétoire dont on veut faire des ordres de maladies à part , rentrent naturellement dans la classe des affections subinflammatoires ou lymphatico-sécrétoires.
Parmi les trois systèmes organiques , ou tissus générateurs dont nous avons parlé , il en est un que l’irritation intermittente attaque de préférence : c’est le système capillaire sanguin ; et ce sont certains organes où ce système prédomine , telles que les membranes muqueuses , la peau , etc. , qui présentent le plus souvent les affections dont il s’agit. Aussi les irritations intermittentes sanguines ou inflammatoires sont-elles les plus fréquentes de toutes les maladies périodiques. Après elles viennent pour îa fréquence les affections nerveuses, puis les intermittentes hémorrhagiques, et enfin les irritations rémittentes et intermittentes subinflammatoires. Il n’est pas rare pourtant que ces dernières se montrent aussi souvent que les intermittentes hémorrhagiques et nerveuses.
Entre les quatre espèces d’irritations intermittentes que nous avons distinguées , celles qui ont le plus d’analogie et les plus fréciuents rapports entre elles, sont les affections hémorrhagiques et inflammatoires ; aussi arrive - 1 - il assez souvent qu’elles alternent entre elles et se remplacent réciproquement, tandis que
üammalions et les irritations sécrétoires , au lieu de réunir ces deux nuances d’irritation , de leur adjoindre , ou mieux de confondre avec elles l’irritation nutritive, qui, réduite à elle-même, présente des caractères si peu tranchés, que toutes les maladies dont on veut la gratifier se perdent , comme nous le verrons, dans les nuances des irritations inflammatoires et subinflammatoires. Quelle différence y a-t-il , par exemple , entre Y hypertrophie et la subinflammation û\x tissu cellulaire? Puisque l’anatomie et la physiologie ne nous offrent que deux ordres de vaisseaux rouges et blancs, sanguins et lymphatiques; puisque la doctrine physiologique fait aux premiers une si large part, que l’irritation sanguine ou inflammatoire ( abstraction faite de l’irritation nerveuse ) embrasse à elle seule les trois quarts au moins des maladies, est-il bien nécessaire , pour celte faible minorité qui reste et que nous connaissons si peu, d’établir trois ordres d’irritations à part et distinctes les unes des autres t
1 1\ RI T ATIO iN S I NT ER M ITTENT E 3
ccla ne s’observe presque jamais entre les autres espèces d’irritations intermittentes. C’est une loi uniforme et assez constante pour toutes les maladies périodiques en général, que ce sont celles de même espèce ou de même nature qui ont coutume de se remplacer ainsi par une espèce de mouvement critique. On voit partout dans l’iiistoire de ces maladies des plilegmasies remplacer des phlegmasies, des inflammations cutanées, par exemple, remplacer des inflammations gastro-entériques , et vice versâ ; l’on voit des irritations nerveuses succéder à des irritations nerveuses , des affections subinflammatoires alterner avec des affections de même nature , et des hémorrhagies en se manifestant dans un point faire cesser celles qui ont lieu dans un autre.
Quel ejue soit l’organe ou le viscère affecté d’irritation intermittente, celle-ci n’attaque pas à la fois la masse ou la totalité des tissus qui entrent dans sa composition ; c’est-à-dire qu’il n’y a Jamais un tel équilibre entre la surexcitation morbide des nerfs, dos capillaires rouges , des vaisseaux blancs , qu’aucune des trois ne prédomine de manière à constituer tantôt une irritation nerveuse, tantôt une congestion sanguine ou inflammatoire, tantôt une irritation subinflammatoire ou lymphatico-sécrétoire. Ce ne sont pas là différents degrés d’irritation , ce sont évidem¬
ment des irritations de diverses natures , des irritations prédominant dans tel ou tel tissu primitif, où chacune d’elles est ensuite susceptible de s’élever, de s’abaisser à différents degrés. On ne peut pas dire , par exemple, que l’irritation intermittente nerveuse soit le premier degré de l’irritation considérée d’une manière générale. Non , la névralgie n’est pas mieux le premier degré de l’irritation inflammatoire qu’elle n’est le premier degré lie rirritation subinflammatoire , ou le premier degré de l’irritation hémorrhagique ; car il est bien certain cpie dans plusieurs drcoiîstances l’irritation nerveuse est beaucoup plus vive, plus intense , plus dangereuse que l’irritation inflammatoire elle-même. Qui ne connaît les accidents convulsifs , cérébraux et tétaniques , qui peuvent être la suite d’une odontalgie , d’une otalgie, d’une simple piqùré , etc. Il y a également des irritations
sécrétoires ou exhalantes assez graves pour compromettre rapidement les jours des malades; telles sont celles qui constituent
EN GÉ.MâlAI..
riiydrocéphale , l'hydropéricarde. Enfin, il y a des irritations hémorrhagiques plus dangereuses que la plupart des phlegmasies, puisqu’elles joignent aux symptômes locaux d’une congestion sanguine le caractère grave d’une effusion capable d’amener rapidement des convulsions , des syncopes et la mort.
Nous ne considérerons donc point l’irritation en général , continue ou intermittente , comme un état morbide unique et identique dans sa nature ; ce serait une pure abstraction ou un être tout -à -fait imaginaire, semblable au tempérament tempéré de quelques physiologistes. En effet, tout comme il n’y a pas d’individu dans lequel on observe un équilibre si parfait des fluides et des solides organiques qu’il ne puisse être rattaché à iun des tempéraments sanguin, nerveux, lymphatique, bilieux ou gastro-hépatique, de même nous sommes fondés à croire , d’après robser\ation , d’après la grande majorité des faits, qu’il ne se présente pas d’irritation où il y ait un tel équilibre entre la surexcitation des nerfs , des capillaires sanguins et des vaisseaux blancs , qu’on ne puisse indiquer comme particulièrement affectés les uns ou les autres de ces tissus primitifs. D’ailleurs, dans la supposition dont il s’agit, ne serait-on pas forcé de rendre ce tout, unique et homogène, divisible par tiers ou par quart pour concevoir les nuances inférieures , à partir du plus haut degré de l’irritation? nuances qui sont tellement dans la nature qu’on ne peut se réfuser de les reconnaître. Non , ce n’est qu’abstractivement et d’une manière générale qu’on peut considérer l’irritation morbide intermittente comme une échelle dont l’irritation nerveuse occupe le sommet et l'irritation sécrétoire le bas. Dès qu'on en fait l’application aux individualités morbides l’abstraction ou la supposition s’évanouit, parce que les faits sont là qui prouvent que chaque espèce d’irritation intermittente peut avoir son échelle d’augmentation et de dinnnution ; quelle peut présenter successivement différents degrés qui lui sont propres. Ces faits prouvent qu’une irritation nerveuse , si elle reste soumise à l’action de certaines causes , s’adjoindra des phénomènes sanguins. Ces faits prouvent que l’irritation inflammatoire, combattue par un traitement anti[)hlogist!que très actif et trop prolongé, pourra être suivie d’une irritation nerveuse ou se transformer ennévrose. Dans des circonstances opposées à
celles que nous venons d’indiquer , l’irritation inflammatoire peut devenir hémorrhagique ; l’irritation hémorrhagique peut se transformer aussi en une véritable inflammation ; celle-ci peut à son tour passer plus ou moins promptement à l’état subinflammatoire , et vice versâ.
Quand , sous l’influence d’une cause quelconque, survient une irritation intermittente , la nature réagit par tous les moyens qui sont en son pouvoir; elle empêche souvent le point irrité d’appeler des fluides en assez grande quantité et pendant assez longtemps , pour qu’à la douleur se joignent la chaleur, le gonflement, la rougeur, en un mot, tous les symptômes d’une inflammation phlegmoneuse. 11 peut arriver au contraire qu’il en résulte seulement une légère nuance d’inflammation, une simple congestion sanguine avec rougeur, dans laquelle le gonflement est nul , la douleur et la chaleur à peine sensibles ; c’est ce qui constitue proprement Y irritation rouge. Il n’est pas rare encore que la lésion locale ne soit portée qu’au point de rendre les organes affectés plus impressionnables à l’action de leurs stimulants hygiéniques. Le plus souvent, il y a en même temps congestion de fluides avec ou sans gonflement bien sensible, avec ou sans chaleur ; mais , dans tous les cas , quelques fonctions organiques sont troublées , parce qu’en général ces fonctions ne peuvent plus s’exercer avec régularité du moment que l’organisation des tissus qui en sont chargés s’éloigne plus ou moins de l’état normal.
Dans toute irritation intermittente, le système nerveux, porteur du sentiment et lien commun des organes , joue un certain rôle. Il est quelquefois seul affecté, ou l’est d’une manière beaucoup plus marquée que les autres tissus ; ou bien, en recevant la première impression stimulante, le système nerveux ne fait que s’aider au développement de l’irritation , qui glisse en quelque sorte sur lui , pour constituer promptement une affection hémorrhagique , inflammatoire ou lymphatique. Quoi qu’il en soit, presque toujours il avertit le cerveau, soit de l’impression funeste qu’il a reçue , soit de l’afflux des liquides qui s’établit vers un^point quelconque , et qui tend à produire graduellement ou
E?î GÉNÉRAL,
rapidement depuis les plus simples phénomènes d’une congestion sanguine ou d’une supersécrétion lymphatique passagère, jusqu’à l’inflammation la plus profonde et à la subinflammation la plus étendue. Dans tous les cas, la lésion locale peut disparaître, en tout ou en grande partie, dans l’intervalle d’un accès à l’autre. Mais la promptitude ou la lenteur de cette disparition , sont toujours en raison directe du peu de développement ou de l’intensité des symptômes locaux inflammatoires et subinflammatoires ; elles varient encore selon la disposition des individus et la texture des tissus affectés.
La durée d’un accès périodique ou de l’irritation locale qui le constitue, varie selon le plus ou le moins d’activité et de force que met l’économie à réagir contre l’agent stimulant; elle varie surtout selon la nature et l'intensité de la lésion locale. On conçoit la mobilité, la prompte et facile disparition d’une simple irritation nerveuse ; dans ce cas , l’accès peut ne durer qu’un instant ( depuis quelques minutes jusqu’à un quart ou une demiheure , par exemple) ; alors il n’y a que peu ou point de sympathies morbides ; le cerveau est presque seul averti de la lésion d’une partie limitée du système nerveux; il n’y a que peu ou point de fluides appelés localement , et tout se termine par la cessation de la douleur. Beaucoup d’accès hémorrhagiques, abstraction faite de l’écoulement du sang, ne présentent également que très peu de symptômes locaux ; il n’y a guère qu’un sentiment de chaleur et de titillation qui précède ou accompagne l’hémorrhagie; mais il n’en est point ainsi dans la plupart des irritations intermittentes , inflammatoires et subinflammatoires : leur durée est en raison de l’afflux local , plus ou moins considérable, du sang ou de la lymphe; en raison de l’accumulation et de la combinaison de ces fluides avec rougeur , tuméfaction , chaleur et douleur dans l’accès inflammatoire; avec gonflement , décoloration , engourdissement local , ou simplement supersécrétion de fluides blancs dans l’accès subinflammatoire ou lymphatico-sécrétoire. Il faut, dans ces deux dernières espèces d’irritations périodiques , tantôt huit , dix, douze , vingt-quatre heures ; tantôt plusieurs jours pour que les lésions organiques qui les caractérisent, puissent arriver à une solution complète. Cette durée plus ou moins longue de l’accès subinflammatoire